31/07/2014

Tournai : 1914-1918, les combats du 24 août.

tournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehaintournai,1914-1918,antoine de villaret,territoriaux de vendée,24 août,rumillies,warchin,mourcourt,esplechin,wannehainUn fait historique oublié.

Le 23 août, les Allemands sont aux portes de Tournai. Durant la journée, dans les villages environnants, on assiste à quelques escarmouches entre eux et l'avant-garde des troupes françaises, bien souvent des soldats envoyés en éclaireurs.

Par respect pour ces hommes venus mourir en terre tournaisienne, nous ne rejoindrons pas les propos partagés par les historiens Hocquet et Diricq qui déclarent "qu'il s'agit d'amuser les Allemands aussi longtemps qu'on le pourra en ayant l'air de les menacer d'une attaque de front afin de donner à la gauche anglaise assaillie dans la région de Mons, le temps de se retirer des griffes du gros de l'armée de von Bülow et faire ainsi échouer le mouvement enveloppant de von Klück par Tournai" (propos attribués au Général de Villaret). Nous ne partagerons pas non plus l'avis d'historiens actuels qui nient l'importance de cette journée du 24 août l'assimilant à une escarmouche régionale, préférant ainsi ramer à contre-courant de l'Histoire dans un souci de créer la polémique et de faire parler d'eux. N'est-ce pas là snober une page de l'Histoire ?

Est-ce pour cette raison que les combats sanglants qui eurent lieu au sein du faubourg Morel, le lendemain, furent ignorés par une majorité d'historiens ? On évoque, à juste titre, la bataille de Liège, de Mons et d'Ypres, mais on laisse étrangement dans l'ombre le sacrifice des soldats Territoriaux de Vendée, morts à des centaines de kilomètres de chez eux, qui, par leur résistance et leur sacrifice, ont retardé l'avance des troupes allemandes et permis ainsi au plus gros des troupes britanniques défaites dans le chef-lieu du Hainaut de pouvoir se replier vers la côte. Ils ont, eux aussi, contribué à changer le cours de la guerre !

Si le nom de von Klück est souvent cité par les passionnées d'histoire qui se penchèrent sur ces événements tragiques, en réalité, c'est le 2e corps de cavalerie commandait par von der Marwitz qui participa aux combats à Tournai (et non le 2e corps d'armée de von Kluck), comme le précise le conservateur du musée militaire, Charles Deligne.

Comme le fait depuis toujours le "Souvenir Franco-Belge" tournaisien, il y a une nécessaire réhabilitation du sacrifice de ceux qu'on appelle à Tournai, les "Vendéens".

Les forces en présence.

L'armée française a envoyé, vers le Nord, deux régiments de soldats territoriaux, ce sont des hommes âgés de 35 à 41 ans appartenant aux classes de 1892 à 1898. La plupart sont des gens de la terre, des agriculteurs, des cultivateurs, des ouvriers de fermes, l'armée française leur a fourni un armement obsolète, de vieux fusils Lebel, datant de la fin du siècle précédent. Les Territoriaux de Vendée, sous les ordres du général Antoine de Villaret, se trouvent le 23 août à la frontière, dans le village nordiste de Wannehain (F). Une reconnaissance effectuée le jour même les informe que la ville de Tournai n'est pas occupée. Le 24 août, à six heures du matin, c'est par le carrefour de la Bleue Vache, l'Bleusse Vaque" comme l'appellent les habitants du village d'Esplechin que les soldats français vont entrer sur le territoire belge. Ensuite par Froidmont, Willemeau et Ere, les hommes vont rejoindre la cité des cinq clochers.

Ils ont reçu pour mission d'organiser la défense de la ville.

Les Allemands ont aussi mené des reconnaissances en ville, notamment le 23. L'historien-archiviste Hocquet rapporte celles-ci en ces termes :

"Au petit trot, la cigarette aux lèvres, l'air ironique et dédaigneux, ils traversèrent la ville de l'est à l'ouest, de la chaussée de Bruxelles à la chaussée de Douai, avec une aisance assurée qui témoigne hautement de leur connaissance topographique de Tournai".

Il évoque aussi le passage de deux autos blindées, l'officier allemand qui descend de l'une d'elles, aurait dit au commissaire de police :

"Vous étiez avant-hier Belge, hier Français, demain vous serez définitivement Allemand".

En quittant les lieux, il annonce le passage de 40.000 hommes durant la journée du lendemain.

Deux bataillons de soldats français (environ 1.600 hommes) sont arrivés au petit matin en ville, le 2e du 83e Régiment d'Infanterie Territorial et le 1er du 84e Régiment. Savent-ils qu'en face d'eux dans les villages de Rumillies, Mourcourt et Kain situés au nord de la cité, 15.000 hommes, armés de mitrailleuses et de canons, du deuxième corps de von Klück sont massés discrètement dans l'attente de franchir l'Escaut.

Le Général de Villaret place ses hommes le long de la chaussée de Renaix, abrités derrière les murets  des jardins de ces petites maisons ouvrières qui constituent ce quartier, dans le chemin 37 qui prendra par la suite le nom de "rue du 24 août", au hameau de la Verte-Feuille et dans le rue du Petit-Hôpital à Warchin. D'autres hommes gardent les ponts Morel (écrit aussi, comme pour le quartier, sous la forme Morelle) et du Viaduc ainsi que la drève de Maire. On a levé les ponts de l'Escaut et ceux-ci sont également gardés. Pour défendre les lieux, chaque homme dispose de cent cartouches !

Le combat s'engage.  

Après avoir envoyé des avions de reconnaissance, les Allemands se mettent en marche. Ce ne sont pas ces pauvres soldats âgés d'une quarantaine d'années qui vont pouvoir résister à cette machine de guerre composée d'hommes déterminés, sans foi, ni loi dont le seul but est d'anéantir tout ce qui résiste sur leur passage. Il est un peu plus de sept heures du matin, ce 24 août.

Invisibles jusqu'alors, ils débouchent soudainement de partout et le massacre commence. C'est tout d'abord le couvent de la Sagesse qui est pris d'assaut, les Allemands pensent qu'il sert d'abri à de nombreux soldats français. De l'étage, ils ont une vue imprenable sur les champs et ils peuvent tirer sur les soldats français qui s'y trouvent. On amène les premiers blessés au couvent qui sert d'ambulance, cinquante Allemands, vingt français et des habitants du quartier. Entre 9h30 et 10h, économisant les maigres munitions dont ils disposent encore, c'est à la baïonnette que les Territoriaux de Vendée attaquent l'ennemi. Le combat est féroce, au corps à corps, maison par maison. Au cours de celui-ci, le commandant de bataillon, Gaston Delahaye, est atteint d'une balle à la poitrine, il va s'effondrer quelques minutes plus tard contre la porte du n° 134 de la chaussée de Renaix, où une petit fille de onze ans est seule, son père étant au travail et sa mère étant partie ensevelir une voisine. La fillette voit probablement son premier mort et s'enfuit retrouver sa mère.

Les hommes reculent vers le pont Morel. Ce n'est pas une fuite devant l'ennemi, les soldats français reprennent position un peu plus loin, là où ils ont trouvé un abri, et font feu sur l'ennemi afin de l'empêcher de franchir le pont au-dessus du chemin de fer. Selon le témoignage d'une religieuse du couvent de la Sagesse, les soldats Allemands prennent des habitants du quartier en otage et s'en servent comme boucliers humains, les obligeant à avancer, les bras en l'air, pendant qu'ils tirent.

C'est un déluge de feu qui s'abat sur la ville et ses défenseurs. A la tête des assaillants, les hommes du régiment "Gibraltar" se distinguent par leur sadisme. Rencontrant quelques soldats français agitant un drapeau blanc, signe de reddition, ils les abattent immédiatement au mépris de toutes lois de la guerre ! D'ailleurs, peut-on encore qualifier d"hommes", des soudards qui détroussent les cadavres rencontrés sur leur route ! Même les médecins militaires allemands refusent de secourir les soldats français blessés et ceux-ci sont achevés (un blessé gisant sur la rue est tué à coups de crosse de fusil), on interdit aux Tournaisiens de porter secours aux victimes, certains le feront quand même au péril de leur vie.

On ne compte plus les exactions commises par ces barbares, jeunes filles violées, feu mis à une rangée de douze maisons au chemin dit du Séminaire, habitants abattus au sein même de leur habitation, commerces dévalisés.

Pendant que les soldats français se replient vers Orchies et Douai, les troupes de von Klück vont brièvement occuper Tournai, avant de quitter la ville, vers 17h, à l'abri de trois cents habitants utilisés comme boucliers humains, heureusement ceux-ci seront abandonnés, en vie, quelques heures plus tard.  

Des soldats français ne pouvant rejoindre la frontière se fondent alors dans une population tournaisienne qui les cache et leur donne des vêtements civils, d'autres blessés se réfugient dans des cachettes (parfois au fond d'un jardin) où, découverts par les propriétaires des lieux, ils sont soignés et durant la nuit conduits par des petits chemins déserts vers Mouchin (F) où ils retrouveront les leurs.

Après le passage de ces monstres venus de "Germanie", il ne reste dans le quartier nord de Tournai que des ruines, des murs calcinés, des habitants traumatisés, des morts qu'on enterre et ... également le plus terrible des souvenirs que laissera aux Tournaisiens, une guerre qui ne fait, hélas, que commencer.

Le souvenir.  

Soixante-trois hommes laisseront leur vie à Tournai, ils étaient, pour la plupart, originaires de villes ou villages vendéens : Fontenay-le-Comte, Olonne, les Sables d'Olonne, Challans, Saint-Hilaire-de-Bois, l'Aiguillon-sur-Mer, Maillezay... et appartenaient aux subdivisions de Fontenay-le-Comte et La Roche-sur-Yon. Les corps, non réclamés par les familles, ont été enterrés sous un tertre érigé à leur mémoire près du pont Morel, le long de l'avenue à qui a été donné le nom du commandant Delahaye.

Un tertre-ossuaire où brûle la flamme du souvenir, un nom de rue rappelant le commandant de ces héros, un autre rappelant la date du combat, témoignages d'une population tournaisienne reconnaissante. En cette année du centenaire de la grande guerre, on évoquera cette journée pour que ce sacrifice ne tombe pas dans l'oubli. Le 24 août, une cérémonie d'hommage se déroulera dans le quartier en présence de nombreuses personnalités et des Tournaisiens soucieux de conserver la mémoire des événements qui jalonnèrent l'Histoire de la cité.

(sources : plaquette "Aux géants de Vendée tombés pour la justice et le droit" éditée en 2004 par le Souvenir franco-belge tournaisien - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" par Céline Detournay, ouvrage édité par les publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, tome IX de 2003 - presse locale)

photos : Jacques de Ceuninck   

S.T. Juillet 2014

 

 

27/06/2013

Tournai : les festivités de juillet

En ce premier mois des vacances, les activités bien souvent sous chapiteaux vont nous emmener aux quatre coins de l'entité tournaisienne. De la musique, des concerts, des shows, des jeux et des barbecues...


Du vendredi 5 au Dimanche 7, Maulde, "Fête des jeunes" concert de la fanfare de Maulde, Musique 2000, Paul Severs et ses danseuses, soirée spéciale Années 80, randonnées 4x4, balades pédestres...

Du vendredi 5 au dimanche 7, Blandain-Hertain, "Gymkhana tracteurs", animations avec Jenny Johns Show, soirée techno...

Du vendredi 5 au dimanche 7, salle Chez Nous, "Saint-Martin en Fête", balade cyclo, animations diverses, repas...

Samedi 6 et dimanche 7, Warchin, salle de l'école, "Les Crazy Girls" et "le Marvis Star Show"

Dimanche 7, Tournai, le Vieux Marché aux Poteries prend "un air de Montmartre", peintres, dessinateurs, sculpteurs...

Du Vendredi 12 au dimanche 14, Melles, "week-end Mooky Toy's", trial 4x4, show transformiste, show Claude François avec Alain Dès, jeux inter-quartiers...

Dimanche 14, Mont Saint-Aubert, "Fête du pain", petits déjeuners, messe en picard, balades découvertes, concert, repas campagnard, animations diverses, bal populaire et feu d'artifice.

Dimanche 21, Grand'Place, à l'occasion de la Fête nationale, animations musicales, jeux pour enfants, orchestres, en vedette Herbert Léonard, à 23h feu d'artifice.

Dimanche 21 juillet, Blandain, "Grande Brocante" animations diverses, exposition autos-motos anciennes, bourse militaria, concert rock, balades en poneys...

Vendredi 26, Ere, "Soirée Conc'Ere" avec le groupe Goldmen (cover de Jean Jacques Goldman), Plastic Bertrand, la Bande à Basile.

A partir du 26 juillet " quai Andréï Sakharov, "Tournai la Plage", journées thématiques, festivités, jeux, soirées dansantes...

Du vendredi 26 au dimanche 28, Gaurain-Tamecroix, "Gaurain en Fête", randonnée moto, initiation à l'arbalète, tournoi de Badminton Beach, foire aux moules, foire aux steaks, The Crystal Show, Paul Severs et ses danseuses.

Samedi 27, Tournai, esplanade du Conseil de l'Europe, 17h, " Tournai Tempo Festival" avec Lilo, Wendy Nazaré, Quentin Mossiman et Pascal Obispo

Dimanche 28, Tournai, esplanade du Conseil de l'Europe, 17h,  "Tournai Tempo Festival", avec RMS, Abbey Road (cover des Beatles), Roger Hodgson (le chanteur de Supertramp). 


Pour les expositions, voir le programme paru dans l'article concernant les festivités de juin...

06/05/2011

Tournai : Jacques De Ceuninck ou la recherche de l'avion perdu !

Si l'auteur français Marcel Proust était à "la recherche du temps perdu", on peut dire que le tournaisien Jacques De Ceuninck, lui, passe son temps à la recherche des avions qui ont été abattus en survolant notre région ou à dénicher la moindre information concernant les pilotes qui ont perdu la vie dans le ciel de Wallonie Picarde.

Cet ancien de la police tournaisienne, membre du cercle des médaillés et décorés de Belgique, a déjà publié cinq livres, fruits de son travail opiniâtre, à la découverte du moindre indice, aux recoupements de témoignages, à la récolte de souvenirs de témoins de moins en moins nombreux.

Après "Morts au combat dans le ciel de 14-18", l'histoire des 25 aviateurs de la R.A.F et de l'A.F.C enterrés au cimetière du Sud à Tournai et dans les cimetières environnants, "Squadrons et jastas dans le ciel de Wallonie Picarde, octobre et novembre 1918", "La semaine de l'aviation de Tournai du 5 au 14 septembre 1909", "Ils sont là" ou l'avance des 5 armés britanniques à travers le Nord-Est de la France et la Wallonie Picarde du 1er octobre au 11 novembre 1918, jour de l'Armistice, "Bob, Chuck et les autres, Warren, Heber, Leonard, Lyle, George, Jack et Donald" qui narre la tragédie du quadrimoteur américain B17G tombé à Kain (Tournai) le 28 janvier 1945, voici que l'auteur vient de sortir de presse : "Le mémorial Robert Mercer", de sa création jusqu'après les cérémonies de l'inauguration. Un sixième tome consacré à un travail de mémoire qu'il a entrepris pour que demeure le souvenir de ces jeunes gens venus de la lointaine Amérique pour nous libérer de l'envahisseur allemand.

Grâce à ce passionné d'histoire, l'Optimiste a eu l'occasion de rappeler le sacrifice de ce pilote américain dans deux articles parus les 22 et 23 octobre 2008. Je vous invite à remonter dans le temps et à les lire ou à les relire.

Tous les renseignements utiles pour vous procurer cet ouvrage de 60 pages abondamment illustré peuvent être obtenus auprès de l'auteur j_de_ceuninck@hotmail.com .

l'Optimiste vous invite également à visiter son blog consacré plus spécifiquement à l'histoire du village de Warchin sur http://warchin-varcinium.skynetblogs.be

17:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, histoire, aviation, b17-g, jacques de ceuninck, warchin |

30/03/2011

Tournai : le rieu d'Amour.

Lors de son passage dans la cité des cinq clochers, l'Escaut s'enrichit des eaux de trois rieux. En amont, à hauteur de Chercq, il reçoit celui de Barges, un ruisseau qui prend sa source entre les villages frontaliers de Bachy (France) et d'Esplechin (Belgique), à quelques centaines de mètres de la frontières française. A son arrivée dans le quartier Saint-Jean, c'est le rieu d'Amour qui vient s'y jeter tandis qu'en aval, à hauteur de Froyennes, il récupère les eaux du rieu de Maire.

Le rieu d'Amour, une dénomination poétique qui évoque ces couples d'amoureux qui devaient probablement se promener le long de ses berges, elle, en robe longue à crinoline et portant ombrelle, lui, en costume trois pièces, coiffé d'un canotier. Les couples romantiques des années folles ont aujourd'hui disparu, les jeunes préfèrent, durant les nuits, l'ambiance embrumée et bruyante des discothèques à la balade vespérale dans nos campagnes et, il faut malheureusement le constater, le rieu d'Amour n'est plus l'endroit bucolique où il faisait bon flâner.

Ce petit ruisseau prend sa source dans les collines situées au Nord-Est de Tournai, sur le territoire de Béclers. Sans se hâter, il se dirige vers Havinnes, un village qu'il partage en deux, Rumillies où il accueille le "Folet" et arrive à Warchin, un village sur lequel vous pouvez vous documenter en lisant le blog de Jacques : http://warchin-varcinium.skynetblogs.be/.

Après les terribles inondations qui marquèrent le début de l'année 1926, les autorités communales chargèrent un groupe d'experts des voies hydrauliques de leur faire rapport sur ce rieu. Voici le rapport qu'ils rentrèrent :

"A Warchin, le rieu d'Amour passe sous les trois voies de chemin de fer, celle de Tournai-Bruxelles, de Tournai-Mons et de Tournai-Douai (aujourd'hui disparue). A proximité des chaudronneries Meura, il reçoit le ruisseau de Warchin. Il longe ensuite la tannerie Constant-Heinen, disparaît sous une voûte et réapparaît le long des écoles communales. A cet endroit, à l'aplomb de la haie de clôture de l'école, il n'est plus visible, il passe sous l'école, sous le boulevard de ceinture de la ville et aboutit où coulait jadis, la "petite rivière", un égout à ciel ouvert, comblé au début du vingtième siècle pour des raisons de salubrité. Sous celle-ci, le rieu d'Amour passait en siphon, un trop-plein déversant par temps de crue, dans la petite rivière, la quantité d'eau que le siphon ne pouvait absorber. Le comblement de la petite rivière a donc eu des conséquences fâcheuses lors de fortes averses ou de pluies continuelles. Le rieu d'Amour, toujours souterrain, traversait la rue de Marvis, passant sous les habitations, sous celles de la rue des Croisiers, le long des Ateliers Electro-Techniques, la rue des Six-Filles, traversait sous la propriété des Dames carmélites, la rue Saint Jean et débouchait par une voûte dans l'Escaut à hauteur de la place Saint-Jean (actuelle place Gabrielle Petit). En 1909, la première crue qui survint après le comblement de la "petite rivière" fut à l'origine des inondations au faubourg Morel et dans les habitations des rues des Croisiers et Saint-Jean. Suite à celle de 1926, certains suggérèrent de dévier le rieu par les boulevards, mais le coût du chantier de l'ordre d'un million et demi de francs fit reculer les responsables. Ils optèrent pour la solution de l'entretien régulier du ruisseau, sur toute sa longueur, en y retirant les racines, les branches d'arbres, les plantes aquatiques et les buissons qui risquaient de faire obstacle à son bon écoulement".

Aujourd'hui dans le triangle formé par les rues Jean Baptiste Carnoy, de l'Hôpital et Germaine Devalet, une zone de marais et de friches permet le débordement du rieu d'Amour empêchant ou retardant les inondations des zones habitables à Warchin. Hélas, le manque récurent de civisme des citoyens voit ses berges envahies par les canettes, les bouteilles et autres déchets que des gens sans scrupules déversent régulièrement. Ce lieu dit "les Prés d'Amour" abrite une flore et une faune exceptionnelle pour notre région. Saulées, roseilières, prairies humides où poussent la cardamone et le jonc, un habitat pour les tritons alpestres ou crêtés, les lézards, les batraciens, la libellule à ailes bleues, les râles d'eau. Un martin-pécheur y a, parfois, été observé.

A Tournai, lors de violents orages, les maisons de la rue des Croisiers et les caves de celles de la rue Galterie Saint-Jean sont encore régulièrement inondées. Le rieu d'Amour ne peut-être, comme par le passé, rendu responsable de ces désagréments pour les habitants. La cause est, plus probablement, à rechercher dans l' importante urbanisation qui a eu lieu ces cinquante dernières années. La création de résidences comme celle du Luchet d'Antoing et la construction de nouvelles maisons à la Galterie Saint-Jean, non seulement, amènent de nouveaux déversements d'eaux usées mais privent le sol de terres qui absorbaient les pluies, envoyant désormais le tout dans des canalisations d'égout dont le diamètre n'est probablement plus prévu pour une telle quantité d'eau en quelques heures.

Dans le prochain article, nous évoquerons le rieu de Barges qu'un comité de passionnés d'histoire essaie de protéger.

(S.T. mars 2011)

18:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, rieu d'amour, warchin, inondations |

08/08/2007

Tournai et ses villages : Warchin

Situé entre Rumillies, Tournai, Gaurain et Havinnes, Warchin compte un peu plus de 1.300 habitants et occupe une superficie de 345 hectares.

Au début du XIIème siècle, l'autel de Warchin appartient à l'abbaye de Saint Amand. Cette possession est confirmée par les papes Pascal II en 1107 et Calixte III en 1119. Plus tard, Warchin cessera d'être une paroisse, celle-ci sera rattachée à celle de Rumillies. En 1289, comme Rumillies, le village fut acheté par la ville de Tournai à Hughes de Châtillon, comte de Saint Pol, seigneur d'Avesnes. Quatre ans plus tard, un différend s'élève entre l'ancien seigneur et la ville, il faudra l'arbitrage du bailli du Hainaut pour rétablir Tournai dans ses droits. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, Warchin fera alors partie de la banlieue de Tournai. Durant la période révolutionnaire, le 14 fructidor de l'an IV (date qui correspond au 31 août 1796), le Comité de Salut Public érige Warchin en commune.

D'abord tourné vers l'agriculture, comptant deux importantes fermes, celle de la Motte et du Bourlu, le village de Warchin perdra peu à peu ses activités de culture et deviendra une banlieue industrielle de Tournai suite à la création des Usines Meura. Jean Baptiste Meura, originaire de la province de Namur vint s'établir à Tournai lors de son mariage en 1848. Il exerçait alors le métier de serrurier-mécanicien. En 1865, il installe une forge et une machine à vapeur dans ses ateliers de la rue Cambron, dès ce moment, il fabriquera des chaudrons en cuivre pour la fabrication de la bière. Son fils, Philippe-Auguste Meura, né à Tournai en 1849, aide son père à la chaudronnerie et suit des cours de dessin et d'architecture à l'Académie. Ensuite, il entreprendra des études de mécanique à l'Ecole industrielle. Il mettra au point un filtre à maische permettant de filtrer le mélange obtenu en broyant du malt avec de l'eau sucrée. Il déménage au quai de l'Arsenal mais décide rapidement de racheter les chaudronneries Larochaymond, située à l'entrée de Warchin, au lieu-dit le pont d'Amour puisqu'y coule le rieu du même nom.

Conservant ses locaux du quai, la dynastie Meura s'installe en ce lieu et connaîtra dès lors une expension constante. Philippe Meura né en 1877, bardé de diplôme (ingénieur en brasserie de l'Ecole de Gand, ingénieur technicien de l'Institut industriel de Lille) reprend les affaires en 1912. Il fera ériger de grands halls pour la chaudronnerie et la fonderie. Juste avant que ne débute le premier conflit mondial, l'usine procure un emploi à près de 150 personnes. Philippe Meura décèdera en 1918 sans avoir connu l'issue du conflit qui avait dévasté son usine. Paul Meura est à peine âgé de quinze ans quand son père meurt, l'intérim à la tête de l'entreprise sera exercé par Emile Dereume, chaudronnier d'Ecaussinnes.

En 1933, Paul Meura deviendra administrateur-directeur général et au début des années cinquante, la direction, sera confiée à Philippe Meura, né en 1937 et à Gaston Delehouzée, le gendre de Meura. C'est la grande époque de l'entreprise qui donne du travail à plus de 600 personnes. Aux heures de pointe, la rue de la Paix est envahie par des centaines de cyclistes se rendant à l'usine. Meura exporte ses cuves de brasseries et ses chaudières Meurabloc dans le monde entier. Des convois exceptionnels quittent réglièrement les halls de productions, des dizaines d'équipe de monteurs parcourent le monde entier. En 1968, on élève un nouveau hall. Mais au début des années quatre-vingt, un déclin brutal s'amorce, le monde vit une période récession, le carnet de commande se vide, les premiers licenciements apparaissent.

Le 31 décembre 1985, l'usine de Warchin ferme ses portes, les activités seront reprises par le groupe Carton-Polysius-Krupp. Les usines Meura sont désormais installées dans des locaux ultra-modernes dans le zoning industriel de Péruwelz. Les Warchinois ont vécu trois-quart de siècle au rythme des coups frappés sur les toles, des sifflets annonçant le début ou la fin des postes de travail, des entrées et sorties des ouvriers. Les locaux ont été repris par un ferrailleur qui y stocke de vieux engins démilitarisés.

Pas loin des usines, dans un ilôt de verdure s'est installée "La Marelle", centre occupationnel de jour, pour personnes handicapées adultes. Par leur présence, résidents et membres du personnel ont redonné vie à ce quartier désormais très calme. A l'autre bout du village, à la limite de Rumillies, le Logis Paul Carette est, avec le quartier du Maroc à Tournai, une des premières implantations de cité sociale dans la région.

(sources : "Tournai vers le futur" édité par l'ASBL Tourisme et Culture, "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebbvre et recherches personnelles).

08:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : warchin, meura, la marelle |