13/01/2014

Tournai : l'année 1853 sous la loupe.

Notre virtuelle machine à remonter le temps vient de s'arrêter sur l'année 1853 !

Cette dernière est marquée, au niveau international, par le début de la guerre de Crimée. Le Tsar Nicolas 1er de Russie souhaite le démembrement de l'empire ottoman, dès le début de l'année, il multiplie les rencontres avec les diplomates européens mais reçoit peu de soutien de la part des diverses chancelleries. Conséquence de ses visées expansionnistes, la guerre de Crimée éclate le 4 octobre et va bouleverser l'échiquier européen.

Le 30 mars, une naissance passe peut-être inaperçue à Groot-Zundert aux Pays-Bas, le nouveau-né porte le nom de Vincent Van Gogh.

En cette même année, un américain du nom d'Oscar Levis Strauss invente un nouveau type de pantalon inspiré de celui des cow-boys : le blue-jeans.

Sur le plan national, un évènement retient l'attention des Belges : le mariage de Léopold, duc de Brabant, fils aîné du roi Léopold 1er avec Marie-Henriette de Habsbourg-Lorraine. Le jeune couple sera un jour appelé à régner.

Le Borinage est marqué par deux catastrophes minières, l'une à Elouges qui fait 71 victimes, l'autre à Dour où on dénombre 27 morts.

Le 2 décembre meurt, à Bruxelles, le banquier Rischtenberger, il est le représentant de la maison Rothschild dans la capitale de la Belgique. Le lendemain, son beau-fils, Samuel Lambert prend sa succession à la tête de l'institution financière et lui donne le nom de "Banque Lambert". Le nouveau banquier est âgé de 47 ans.

On enregistre très peu d'évènements au niveau de la vie locale, l'actualité de la cité des cinq clochers est faite de l'enchaînement des habituels faits divers, reflets d'une époque qui n'était pas aussi joyeuse que certains pourraient le penser, une année où la misère apparaît souvent en filigrane au détour d'une information.

Je rappelle, une nouvelle fois, que les articles en italique sont les reflets fidèles de ceux parus à l'époque, vous constaterez ainsi que le style et les détails fournis sont parfois bien différents de ce qui se pratique à notre époque.

Insouciance de jeunesse ou distraction (journal du 2 janvier).

"Le samedi 1er janvier, un garçon de quinze ans, nommé Alphonse Martins, ayant vu tomber quelques charbons ardents d'une locomotive remorquant le convoi ferroviaire de Tournai à Bruxelles s'est dirigé vers la voie pour allumer sa pipe. Il a été atteint à la tête par la locomotive venant de Bruxelles qu'il ne croyait pas si proche, renversé sur les rails, il a eu les deux jambes broyées".

Un moulin à l'huile part en fumée (journal du 5 janvier).

"Le mardi 4 janvier, en soirée, un incendie dont on apercevait la lueur jusqu'à Tournai a complètement détruit le moulin à huile situé à Hertain, commune distante de deux lieues de Tournai (la "lieue terrestre" aussi appelée "lieue commune" représente 4,445 km, soit ici près de neuf kilomètres). Le feu qui s'était déclaré à six heures n'a pas été maîtrisé, malgré les prodiges de valeurs exécutés par les pompiers de Chéreng, commune française. A 10 heures, il ne restait que des décombres fumants. Le moulin appartenait au sieur Chanteraine et s'élevait à la limite de Blandain. Heureusement, ce propriétaire était assuré par Monsieur Quanone" (voir nos articles le concernant lors des années 1849-1850).

Que fait la police ? (journal du mardi 11 janvier).

Interventions pour des vols également très nombreux à cette époque, rixes et disputes ayant souvent l'ivresse pour cause, arrestation de vagabonds, meurtres et tentatives de meurtres, suicides, la police communale ne chôme pas et les arrestations sont nombreuses, les prévenus étant emmenés à la prison des Carmes. Pourtant dans le fait relaté ci-après, on est surpris de constater son inaction :

"Le 10 janvier, trois individus, trois mauvais sujets sans doute, ont profité de la soirée du Lundi Perdu pour aller de porte en porte et, avec un air menaçant, demander l'aumône. La police, quoique prévenue, n'a pas fait diligence pour arrêter ces singuliers mendiants qui s'étaient noircis la figure et avaient revêtu des habillements de femme".

Surprenante attitude (journal du 2 mars).

"Un feu de cheminée s'est déclaré, vers 1 heure, dans une maison de la rue des Augustins, habitée par plusieurs ménages d'ouvriers. Pendant que les pompiers du voisinage étaient occupés à éteindre l'incendie, le mari et la femme dans la chambre desquels le feu se trouvait, leur dirent, avec la plus grande insouciance, qu'il était une heure et qu'ils allaient travailler n'aimant pas perdre un quart de jour. Nos pompiers, étonnés de cette insouciance de la part des ouvriers à l'égard de leur mobilier, constatèrent, lors de l'inventaire des lieux, que pour tous meubles, il y avait : une mauvaise table, deux chaises dans le même état, une cage suspendue contenant... deux brosse et une boîte de cirage". 

Les façades de beaucoup de maisons à cette époque cachaient une profonde misère souvent ignorée du voisinage.

Trois articles démontrent que le journal pouvait bien souvent servir de relais entre des citoyens et les autorités ou jouer le rôle de moralisateur dans des circonstances particulières.

La fermeture de la bibliothèque.

Un lecteur écrit au journal qu'il s'est rendu le dimanche précédent à la bibliothèque communale et que celle-ci était fermée sans qu'aucun avis ne soit affiché afin de prévenir les lecteurs. Le journal termine cette courte relation par la phrase : "Le simple fait de porter cette relation à la connaissance de tous permettra sans doute que pareille situation ne se renouvelle plus "!

Non assistance à personne en danger. (journal du 5 avril).  

Lors d'un malheureux accident survenu sur l'Escaut à hauteur du hameau d'Allain, le journaliste fustige l'attitude passive des témoins :

"Un malheur est arrivé au hameau d'Allain, une jeune femme de vingt ans environ est tombée d'un bateau". D'abord tétanisé à la vue de la chute de sa fille dans l'eau, le père tenta vainement de lui porter secours en lui tendant les bras car il ne savait nager. "De nombreux témoins sachant nager l'ont regardée se noyer sans intervenir. Ces gens n'ont pas eu l'humanité de secourir la victime. Cette conduite est méprisable sous tout rapport et nous voudrions certes connaitre le nom de ces gens pour les livrer au mépris public". Le corps de la malheureuse victime sera retrouvé quelques temps plus tard à hauteur du café "la Borgnette" à Kain.

On se demande ce que pensent les adeptes de la loi Franchimont votée dans la foulée de l'affaire Dutroux qui interdit depuis lors de révéler l'identité des victimes et auteurs d'accidents, de vols ou de meurtres... qui plus est celui de témoins !

Plus grave cet article paru dans l'édition du 1er septembre :

Un enfant "totalement" abandonné.

"Le jeune D., enfant abandonné de huit ans, à propos duquel nous avons déjà publié divers articles, continue à être complètement délaissé par les administrations de charité et par la Ville. Cet enfant serait mort de faim depuis longtemps, sans le secours de plusieurs habitants de la rue des Aveugles. Nos magistrats qui ont évidemment à remplir à son égard des devoirs d'assistance et de protection que la bienfaisance officielle doit remplir envers tous ceux qui ne peuvent pas, par leur travail, subvenir à leur subsistance, ne s'en sont pas préoccupés en ce que ce soit depuis notre dernier article. Nous le répétons et le répéterons tant qu'il n'aura pas été fait droit à notre réclamation. Il ne reste qu'à ce petit malheureux que le vol pour obtenir un abri et du pain. Qu'il commette un délit et la magistrature l'enverra à Saint-Hubert (prison pour mineurs) jusqu'à 16 ou 18 ans et il recevra là, dans cette institution pénitentiaire, une nourriture suffisante, un logement convenable et de l'instruction qui le mettront à même d'exercer un état à l'expiration de sa détention. Que ce malheureux reste, au contraire, probe et honnête et si la charité privée lui fait tout à coup défaut, il est exposé à mourir de faim et de froid ou plus tard, sans instruction, sera incapable d'exercer un travail et gagner de quoi se nourrir. Nos magistrats et nos administrateurs de nos institutions de bienfaisance auront fait de lui un criminel, par leur inacceptable apathie et leur inhumaine abstention".

En cette année 1853, Emile Zola était âgé de treize ans, mais les personnages que nous rencontrons parfois au détour d'une page du journal local nous font penser à ceux qu'il fera naître plus tard sous sa plume au sein de la saga des Rougon-Macquart.

Un remède efficace et nullement... agréable.

Régulièrement la quatrième page du journal contient une publicité bien représentative de cette époque.

"Contre les maladies de la poitrine et de la peau, les affections scorbutiques, scrofuleuses (maladie des écrouelles), rhumatismales et goutteuses, l'Huile de Foie de Morue de Hogg et Cie à Paris, est fabriquée sur les lieux mêmes de la pêche à la morue. Elles est fraîche, sans odeur et sans saveur".

Sans odeur et sans saveur, qu'en pensent donc les générations d'enfants qui ont vécu ce moment "difficile" où il fallait avaler cette "potion magique" pour bien grandir !

La solidarité n'est pas un vain mot (journal de juin).

"Un vol important a été commis, en plein jour, à l'aide d'escalade et effraction, chez le sieur Huart Henri, propriétaire et cultivateur à Froyennes alors que celui-ci était occupé aux travaux des champs.  Fort heureusement, l'audacieux auteur de ce vol avait été vu rôdant autour de l'habitation, les habitants coururent dans la direction qu'ils l'avaient vu prendre et parvinrent à l'atteindre derrière le Petit Colisée, au faubourg de Maire. Il était nanti de la somme de 4.800 francs et de la montre en argent qu'il venait de voler au sieur Huart. Remis entre les mains des agents de police, cet homme de 46 ans, François Verdière, journalier, demeurant à Maubray possède des antécédents déplorables, il a déjà été condamné plusieurs fois pour vols de même nature".

On apprendra par la suite qu'il s'était aussi rendu coupable d'un vol de linge et d'argent à Warchin et d'un autre à Taintignies durant les jours qui ont précédé son arrestation.

Les orgues de la cathédrale (journal du 1er juillet).

"On annonce que l'orgue de la cathédrale va être démonté et remplacé par un autre que l'on confectionne à Paris et qui sera la plus fort du pays. Ce nouvel orgue ne coûtera pas moins de 50.000 francs".

Précisons que l'orgue de 1808 qui est toujours en place en cette année 1853 a été construit par Van Peteghem et qu'il est issu de l'abbaye d'Affligem.

Bilan de la gendarmerie pour le mois de juin 1853.

"La gendarmerie communique que durant le mois de juin, en province de Hainaut, elle a constaté : 19 vols, 17 incendies, 26 morts accidentelles, 1 meurtre, 1 infanticide et 5 suicides".

Les suicides sont nombreux ainsi il est relaté celui d'une veuve.

Une personne se promenant sur les bords de l'Escaut, a découvert sur le quai, une mantille et un parapluie déposés probablement par une dame. Elle a immédiatement fait part de cette trouvaille au bureau de police et les policiers sont venus arpenter les bords du fleuve à la recherche d'un éventuel corps. Celui-ci sera découvert quelques jours plus tard, il s'agissait d'une dame qui venait de perdre son époux, quelques mois auparavant, et qui se trouvait, de par la mort de celui-ci, au bord de la misère.

Diffamation contre un médecin (journal du vendredi 12 août).

"Une femme de Saint-Piat est tombée morte, mardi dernier, à la suite d'un accès de colère. On dit qu'un médecin salarié par la Bureau de Bienfaisance et qui demeure à proximité de l'habitation de la malheureuse, n'a pas daigné se déranger afin de lui donner les soins que pouvait réclamer sa position (sic). Nous aimerions à croire que ce bruit est un mensonge et si nous publions ces quelques lignes c'est pour donner au médecin dont il s'agit l'occasion de démonter une rumeur qui peut être due à la malveillance".

Quelques jours plus tard, le journal apporte la version du médecin.

"Celui-ci n'a pu se déplacer étant alité suite à une congestion cérébrale provoquée par les fatigues excessives dans la profession de son art".

Accident, meurtre ou suicide ? (journal du 16 octobre).

"La justice s'est portée, hier après-midi, dans une maison de la rue Saint-Martin. La rumeur publique attribuait à un empoisonnement la mort d'une personne de cette rue. L'autopsie du cadavre de la victime a été faite et les intestins ont été emportés (!) pour être soumis à un contrôle approfondi. On croit que cette mort est due à une imprudence".

Tout qui précède n'est finalement qu'un bref aperçu de l'actualité qui a marqué cette année 1853 à Tournai. J'aurais pu encore évoquer des vols domestiques, des chevaux qui s'emballent et font verser la charrette qu'ils tirent en blessant soit des passants, soit les occupants, des militaires ivres qui agressent des habitants du quartier Saint-Jean parfois même en faisant usage de leur sabre, des nombreux enfants victimes d'accidents mortels lors de jeux au bord de l'Escaut ou sur les remparts, des accidents graves du travail dans les filatures ou les brasseries... Tout cela nous prouve que la vie n'était pas facile à l'époque pour une grande partie de la population, quelques privilégiés seulement pouvaient se permettre de courir les bals et les concerts, les banquets et les réceptions dont il est régulièrement fait mention au sein des colonnes du journal !


(sources : Le Courrier de l'Escaut de l'année 1853 et recherches personnelles)


 

 




11/05/2012

Tournai : l'année 1919 sous la loupe

Le pays qui a déclenché la guerre est, à son tour, plongé dans la tourmente. Le début de l'année 1919 voit la création du parti communiste allemand ou "Ligue Spartakus". A peine fondé, celui-ci déclenche une insurrection, rejoint par les sociaux-démocrates indépendants berlinois. Cette révolte sera matée en moins de deux semaines. Le 15 janvier, la révolutionnaire Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht sont assassinés. Le 11 février, l'Allemagne se dote d'un président, le social-démocrate Friedrich Ebert et le 21 du même mois, le dirigeant social-démocrate indépendant des Conseils de Bavière, Kurt Eisner, est lui aussi assassiné à Munich. 

On va assister, dans le courant de cette année, à la signature de différents traités de paix, le 28 juin, tout d'abord au château de Versailles entre les Alliés et l'Allemagne. Le "Traité de Versailles" doit entrer en vigueur en janvier 1920. Le 10 septembre, à Saint-Germain en Laye est signé le traité de paix entre les Alliés et l'Autriche et le 27 novembre, à Neuilly-sur-Seine, entre les Alliés et la Bulgarie.

L'actualité nationale est marquée par les conséquences de la guerre. Le 30 janvier, la Belgique reçoit des alliés dix milliards de francs d'indemnités. Les manifestations et mouvements sociaux sont nombreux, le 24 février les débitants d'alcool manifestent contre le projet de loi Vandervelde sur la répression de l'alcoolisme, le 4 mars, les ouvrier de la métallurgie défilent à Charleroi pour réclamer la journée des huit heures et le 11 mars la sidérurgie liégeoise est en grève pour le même motif. Au printemps, la loi instaurant le suffrage universel à 21 ans est adoptée tandis qu'en octobre une autre loi instaure la Société Nationale des habitations à bon marché. 

Une information en rapport avec le monde littéraire passe pratiquement inaperçue, en juillet, notre compatriote Maria Nys épouse l'auteur du "Meilleur des Mondes", l'écrivain britannique Aldous Huxley. Le même mois, le belge Firmin Lambot remporte le premier Tour de France d'après-guerre et en décembre le prix Nobel de médecine est attribué au bactériologiste Jules Bordet. 

A la lecture de ces évènements, on en arriverait à oublier la guerre, c'est loin d'être le cas et à Tournai, chaque information qui paraît dans la presse est là pour la rappeler. 

A partir de janvier 1919, on assiste à une vague d'arrestations de Tournaisiens ayant eu des accointances avec l'ennemi (femmes maîtresses de soldats allemands, dénonciateurs, personnes ayant fourni des vivres à l'occupant) ou s'étant enrichis de façon malhonnête (marché noir). Si les procès furent nombreux, celui du 26 juin 1919 a retenu notre attention. Il est relatif à des faits graves de compromission avec l'ennemi et amène à la barre les dénommés Charles H., 22 ans, ébéniste, Liévin G., prêtre français de 43 ans domicilié à Tournai et Léon C, 19 ans, étudiant. Charles H. et Léon C. se rendaient chez des particuliers, les mettaient en confiance, souhaitaient acheter, si cela était possible, des marchandises destinées à une oeuvre humanitaire. Au moment de la transaction, la police allemande surgissait. Le prêtre a, notamment, joué le rôle de provocateur chez un notaire de Tournai. De nombreux témoins défilent, certains présentent l'abbé G. comme un fantasque dont l'autorité écclesiastique se méfiait. H. sera condamné à deux fois quatre années de prison et à 500 francs d'amende, les deux autres à quatre années d'emprisonnement et à une forte amende. 

Au mois de mai, un comité est constitué afin de récolter des fonds pour l'érection d'un monument à la mémoire des "Enfants de Tournai", mort pour la patrie au cours du conflit qui vient de s'achever. Afin de rassembler les fonds nécessaires pour ériger ce "monuments aux morts", une fête est organisée au cinéma Palace le samedi 10 mai. 

Pour beaucoup d'habitants la situation est difficile, on vit avec le strict minimum et certains tentent de s'enrichir par des procédés malhonnêtes. Les larçins seront nombreux. Un vol important est commis le samedi 17 mai au bureau de ravitaillement, à la Grande Boucherie. Le mardi 20, le voleur est arrêté, les policiers sont surpris en raison de son âge, Charles D, demeurant à la rue Duquesnoy, est âgé... de 14 ans. Les dépenses auxquelles il s'est livré la veille ont attiré l'attention des commerçants qui ont prévenu la police. Il explique qu'il n'avait eu qu'à passer la main sous le papier qui remplaçait le vitrage du bureau pour s'emparer d'une enveloppe contenant 2.253 francs. Il dit aussi qu'il a partagé cette somme avec ses amis qui l'avaient encouragé à le commettre et qu'avec sa part du butin, il s'était acheté un vélo et en avait offert un autre à la petite fille avec laquelle il jouait. Des 500 francs qu'il avait conservés, il ne restait plus que 75 francs. Un des jeunes bénéficiaire du partage avait caché une somme de 306 francs sous les débris du pont de Fer, cette somme a été retrouvée par les policiers à l'endroit désigné par le jeune voleur. Cette affaire va donner lieu à d'autres perquisitions puisque l'enquête amène les policiers vers d'autres pistes. 

A partir du lundi 3 juin, la population est invitée à se rendre à l'administration communale afin de retirer les documents nécessaires aux demandes de dommages de guerre. 

Le samedi 21 juin, une terrible explosion se produit, vers 12h30, au hameau des Petits Bois à Maulde, dans une maison située à une centaine de mètres de la voie de chemin reliant Tournai à Bruxelles. On va dénombrer cinq morts, le propriétaire de la maison, Mr Camille Cauchy, 52 ans, ses deux fils âgés de 18 et 12 ans, sa belle-soeur, Angelina Lochegnies qui venait juste d'arriver de Tournai où elle habitait et un militaire britannique. Les deux filles de la maison qui se tenaient à distance de la cour où les faits se sont déroulés seront gravement blessées aux jambes. L'épouse a la vie sauve parce qu'elle se trouvait à ce moment là dans la cave. Que s'est-il passé au milieu de cette cour ? Un soldat britannique était venu rendre visite aux époux Cauchy, chez qui il avait été accueilli, en amenant deux obus. Il voulait faire don des corps en cuivre de ceux-ci à la famille, c'est au moment où il désamorçait l'un d'entre eux que l'explosion se produisit, probablement en raison d'une mauvaise manipulation. 

Le vendredi 27 juin, Edmond Wibaut est installé au poste de bourgmestre de la ville de Tournai. Quelques semaines plus tôt, il avait été acclamé par la population lors de son retour de déportation. En 1916, il avait refusé de livrer au général allemand, commandant d'étape, la liste des ouvriers chômeurs et avait été envoyé à Holzminden en compagnie de travailleurs de Tournai et de Templeuve.

Le 21 juillet, la Fête Nationale revêt un faste particulier. On constate souvent que les guerres insufflent toujours un esprit patriotique, un élan de civisme qui va, par la suite, disparaître avec l'arrivée des générations suivantes qui n'auront pas connu les affres des conflits.

Le dimanche 21 août Tournai rend hommage à une de ses héroïnes, Gabrielle Petit, fusillée par les Allemands le premier avril 1916 pour espionnage, dans le quartier saint-jean où elle habitait avant la guerre. un comité est créé afin de trouver les fonds pour ériger un monument à sa mémoire. Trois jours plus tard, le 24 août, un autre hommage était rendu, aux soldats territoriaux de Vendée massacrés par les Allemands dans le quartier du faubourg de Morel dans un horrible corps à corps. 

Les "réclames" ont fait leur réapparition dans le journal, on y découvre parmi tant d'autres, celle pour la "Boucherie américaine", située au n° 16 de la rue de l'Yser, qui vend du boeuf bouilli à partir de trois francs le kilo et de la viande frigorifiée extra en quartiers, celle également de la brasserie Saint-Pierre à Vaulx qui recommande sa bière de Noël, double brune extra, vendue 75 francs pour 150 litres, celle encore de la "Maison Veuve Lecrenier", au coin de la rue des Chapeliers et de la rue de Paris, qui propose ses articles de ménage et d'éclairage, spécialiste des lanternes tempête américaine à levier, qui ne s'éteignent pas, brûlent dix-huit heures et dégagent ni odeur, ni fumée. Notons toujours dans le même domaine, cette "Tisane des Pères Dominicains" qui guérit la constipation, les migraines, les hémorroïdes, les maladies du foie, de l'estomac, de la peau ou des reins ainsi que la grippe. Encore un de ses nombreux médicaments miracles vendu par boîte au prix d'un franc et cinquante centimes. Tout cela pourrait nous faire oublier que le ravitaillement est toujours d'actualité en cette année 1919.

(sources : Le Courrier de l'Escaut - année 1919)

04/05/2012

Tournai : 1914-1918, la vie quotidienne sous la loupe (3)

Dans l'actualité internationale, des évènements dont on ne soupçonne pas encore réellement la portée pour les années futures vont marquer cette année 1917. En février, l'Allemagne déclare la guerre sous-marine, cette décision amène, dans un premier temps, la rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis et, en avril, l'entrée en guerre de ceux-ci. En Russie, le 16 mars, le tsar Nicolas II abdique suite à l'insurrection de Pétrograd et en novembre, la "Révolution dite d'octobre" proclame le transfert du pouvoir aux ouvriers et paysans, Lénine devient le Président du Soviet. En France, durant le mois de mai, une offensive de l'armée française au Chemin des Dames échoue et a pour conséquence le remplacement immédiat de Nivelle par le général Pétain. En octobre, une néerlandaise du nom de Margaretha Zelle, mieux connue sous le nom de "Mata-Hari", est fusillée sous l'accusation de connivence avec l'ennemi. On enregistre également les décès de deux grands artiste, le peintre Degas est mort à Paris le 26 septembre, tandis que le sculpteur Auguste Rodin décède le 17 novembre à Meudon

L'actualité nationale est également riche en cette année 1917. L'Allemagne s'immisce un peu plus dans les affaires belges lorsque le gouverneur allemand promulgue la séparation administrative entre la Flandre et la Wallonie en mars. A Sainte-Adresse, le gouvernement belge en exil s'oppose à cette décision et menace de représailles ceux qui collaboreraient à celle-ci. Le 31 juillet débute la bataille de Flandre par une offensive britannique, au cours de celle-ci, le héros français de l'aviation, Georges Guynemer, 23 ans, commandant de l'escadrille des Cigognes, est abattu, en septembre, au-dessus de Poelkapelle, le pilote allemand, responsable de sa mort, sera lui-même descendu quelques jours plus tard par le français Fonck. Les relations entre néerlandophones et francophones se tendent de plus en plus. En juin, le Conseil de Flandre désigne une commission qui est chargée de se pencher sur l'avenir de la région néerlandophone du pays. En juillet, un manifeste est envoyé au roi Albert par les soldats flamands qui se plaignent de discrimination linguistique, au sein de l'armée, sur le front de l'Yser, les francophones qui dirigent l'armée ont peut-être tort de ne pas attacher d'importance à cette lettre ouverte. En août, les Allemands proclament que le néerlandais sera désormais la langue administrative non seulement de la Flandre mais aussi de Bruxelles et de sa périphérie. En novembre, le conseil de Flandre déclare ne plus respecter les ordres venant du Havre. Cette année 1917 a probablement officialisé le divorce entre Flamands et Wallons.  

L'actualité locale nous montre que les Tournaisiens sont surtout préoccupés par la misère qui peu à peu prend de l'ampleur. La vie n'est pas facile et le froid qui s'installe au début de cette année 1917 apporte de nouvelles difficultés. On constate que pour sortir de cette pauvreté, certains n'hésitent pas à voler. La chance n'accompagne pas toujours les apprentis voleurs, comme va le constater le dénommé Jean B., âgés de 42 ans, domestique chez les époux Desmons à Esplechin. Croyant ses patrons absents, nuitamment, il pénètre, dans le corps d'habitation par le toit, emballe un certains nombres d'objets en vue de les emporter et se dirige ensuite vers la chambre des fermiers où se trouve un petit coffre contenant de l'argent. Pour forcer celui-ci, il s'empare d'une pioche mais il n'a pas le temps de s'en servir que la fermière, qui n'avait pas accompagné son mari, s'éveille et appelle à l'aide. Plusieurs voisins alertés s'amènent et se saisissent de Jean B. dans l'attente de l'arrivée de la police.

Plus dramatiques sont les évènements qui se déroulent au Luchet d'Antoing, le jeudi 22 mars. Ce sont, en effet, des faits odieux, invraisemblables qui ont été portés à la connaissances des voisins et de la police. Au n°53, vivent, dans une misérable pièce qui sert à la fois de salle de séjour, de cuisine et de chambre, Anaïse L., âgée de 27 ans et un ouvrier charbonnier, Désiré B., un veuf âgé de 39 ans. La femme est séparée de son mari et a emmené avec elle ses deux jeunes enfants dont le petit Felix N., à peine âgé de trois ans. Le journal nous renseigne que, ce qui était alors appelé, le "faux ménage", existe depuis plusieurs années et les deux personnages ont même comparu en justice pour cette cohabitation immorale autant qu'illégale (sic). Les voisins entendent souvent l'enfant pousser des cris ou des gémissements mais... ne s'en retournent pas. Ce jeudi là, vers 8h30, la femme a averti une voisine que son enfant était mort, celle-ci, arrivée sur place, a constaté que le jeune garçon porte un bandeau serré devant la bouche comme pour l'empêcher de crier, il présente également des traces de coups sur les lèvres et à la base du crâne. La femme avoue à la police qu'elle lui a donné des coups de poing et de pied, mais que c'était son compagnon qui était responsable de la mort du petit. Devant le juge, en toute simplicité, la mère déclara qu'elle n'avait jamais aimé cet enfant, qu'elle le battait régulièrement (l'autopsie révéla qu'il avait une oreille arrachés, le nez cassé et des fractures anciennes à la jambe) mais qu'elle était certaine de ne pas avoir porté le coup fatal, "pensez-vous, Monsieur le Juge,ce sont des choses qui ne se font pas !".

Le vendredi 27 avril, le Président du Comité local d'Alimentation, homme bien connu dans la cité des cinq clochers, est placé sous mandat d'arrêt par le tribunal pour fraudes. Le lundi 23 juillet, Mr. Louis C. comparaît en compagnie de trois autres personnes, Mr Clarence D., Mr. Jean L. et Melle Claire B. Le premier pour faux, usage de faux, tentative d'escroquerie, concession et tromperie sur la marchandise. Les trois autres personnes sont accusées de faux, usage de faux et escroquerie. Le jugement est prononcé le 31 juillet, le Président du Comité est condamné à six mois de prison et 50 francs d'amende du chef de fausse carte et à deux ans et à 27 amendes de 26 francs pour les faux commerciaux, Jean L. à 18 mois et 27 amendes de 26 francs, les deux autres sont acquittés. Pour le détournement de 115 francs de la caisse du Comité, le Président est également condamné à 1 mois de prison et 26 francs d'amende. Pour sa défense l'homme avait plaidé la grave maladie dont souffrait son épouse qui nécessitait des soins onéreux. 

La guerre se rappelle soudainement aux "mauvais" souvenirs des habitants de Tournai, le mercredi 22 mai, vers 3h30 de relevée (l'après-midi). Une petite escadrille d'avions survole la ville. On entend soudain le bruit d'une violente détonation, un projectile est tombé, à proximité de l'église Sainte-Marie-Madeleine, une dame qui se trouvait dans son corridor a été atteinte par un éclat et a expiré quarante cinq minutes plus tard. Elle laisse quatre enfants en bas âge. On dénombre également quatre blessés, une cinquantaine de maisons ont été endommagées, les vitraux de l'église ont été brisés. L'année 1917 va encore amener son lot de vols et de fraudes. 

(à suivre)

(sources : "le courrier de l'Escaut")

S.T. mai 2012

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1917, guerre, vols, fraudes, guynemer, mata hari |

24/04/2012

Tournai : l'année 1913 sous la loupe (2)

Si au niveau mondial, l'actualité est marqué par la violence (attentat, guerre...), à Tournai, on est surpris, lorsqu'on découvre les évènements qui marquent cette année 1913, par la soudaine montée de la criminalité. Ce ne sont plus des bagarres entre ivrognes dans des cafés ou sur la voie publique, de petits vols domestiques ou des conflits familiaux trouvant leur origine dans la jalousie, ce sont des faits de banditisme parfois organisés en bande. 

Que s'est-il passé le 31 décembre 1912, vers 4h00 de l'après-midi, dans une des dépendances du château Six-Scrive à Froyennes ? C'est la question que se posent les habitants du village, le premier jour de l'année 1913, lorsqu'ils apprennent, au petit matin, le drame qui s'y est déroulé. Le concierge, faisant une ronde avant la tombée de la nuit, a découvert le fils de la maison, âgé de 21 ans, artiste flûtiste, allongé, gémissant et présentant une importante blessure à l'abdomen. A côte de lui, se touvait un fusil. Deux médecins sont appelés et prodiguent les soins, mais la décharge de plombs a atteint des organes vitaux, les reins sont perforés. dans le courant de la soirée, vers 7h30, Raymond Durieux rend le dernier soupir. L'enquête va conclure à un coup de feu accidentel survenu alors que le jeune homme nettoyait son arme. 

En ce même mois de janvier, une jeune ouvrière se rendant à son travail et passant prendre une amie est abordée, à la rue de la Marnière, par deux individus qui l'entaînent de force dans un terrain vague où ils lui font subir des violences, ils la laissent pour morte. Reprenant ses esprits, elle confie les faits à des voisins qui appellent la police. Malgré la description qu'elle a fait des deux hommes ceux-ci ne seront jamais retrouvés. 

Le 1er mai, on découvre un important cambriolage perpétré au château de Froyennes appartenant à Mme la douairière Amédée Van de Kerkhove qui habite Bruxelles depuis le mois de décembre précédent. Elle avait fait aménager un petit pavillon dans d'anciennes écuries et c'est là que vit le rentier qui a constaté les faits. Absent depuis la veille, il remarque, à son retour, que la porte d'entrée du château est ouverte. Suspectant un fait délictueux, il en informe les autorités locales et la police. Les policiers, pénétrant dans la demeure, ont vite fait de constater que tous les objets de valeurs ont été emportés. Des tapis, des porcelaines de chine, des tableaux, des pendules et même le linge de literie ont été emportés. Des oeuvres d'art ont été arrachées des murs. Le coffre est ouvert et vide. Le préjudice est rapidement estimé à plus de 50.000 francs de l'époque. 

Deux arrestations sont opérées le 6 mai par la police. Un garde-champêtre, très perspicace, avait remarqué de nombreuses allers et venues dans une maison du quartier dont il assurait la surveillance. Les faits de Froyennes étant récents, il en a avisé les services judiciaires. Les deux personnes interpellées s'appellent Henri D., négociant, habitant le quartier de Guéronde à Antoing et Charles F. agent d'affaires, directeur de l'agence générale tournaisienne, habitant la chaussée de Bruxelles. Ce dernier a été intercepté à la descente du train, il revenait d'un déplacement avec sa famille. Les jours qui suivent, la police procèdent à d'autres interpellations. Tout d'abord chez un dénommé Oscar T., marchand de métaux, domicilié à Gaurain, ensuite, les époux Louis D. et de Cécile D. On a retrouvé au domicile de ses personnes de très nombreux objets dérobés au château de Froyennes, certains étaient même enterrés dans une malle dans un jardin.

En ce temps-là, l'arriéré judiciaire ne devait pas être important puisque l'affaire est jugée à partir du 23 juillet au tribunal correctionnel de Tournai. une douzaine de personnes sont amenées à comparaître. Mr. Edouard C., dit "le Baron", sans profession, né à Paris mais habitant Froyennes, considéré comme le commanditaire ou la personne qui a renseigné les comparses est condamné à 2 ans de prison, Charles F. qui a supervisé l'entreprise malhonnête récolte 3 ans de prison, Louis D., représentant de commerce, est lui aussi condamné à 3 ans. Jean Baptiste D., dit "Zozo", ouvrier carrier à Gaurain, en prend pour 18 mois, c'est la même peine qui est infligée à Oscar T., dit "Caramel", négociant à Gaurain et à Henri F., dit "le Ficelé" carrier à Gaurain. Clément C, employé demeurant à Tournai s'inscrit pour une peine de 2 ans, Léon de B., dit "de Formanoir" assureur, Tournaisien vivant à Roubaix est acquitté. 

Les épouses avait connaissance de la provenance des objets mais n'avaient pas osé dénoncer les faits sont condamnées pour recel. Aline V. épouse Charles F., à 3 mois et 26 francs d'amende. Le même tarif est appliqué à Marie L., épouse Henri F. Louis D. , dit "Louis du Ciment", ouvrier carrier, de Gaurain est condamné à 4 mois et 26 francs d'amende, tarif qui sera également appliqué à Henri D. d'Antoing. L'antiquaire, chez qui une partie des objets a été retrouvée, est acquitté, il n'a pas été permis de prouver qu'il pouvait connaître la provenance des objets. Non satisfaits des peines, le procureur du Roi interjette appel, ce que font également, pour les mêmes raisons, même si cela ne va pas dans le même sens, les différents condamnés. 

Durant le dernier trimestre deux autres vols importants vont occuper les journées des enquêteurs.  Au mois d'octobre, on procède à l'arrestation d'un certain Richard Marchal, originaire de Zevicote en Flandre Occidentale. Il est au service de l'avocat Broquet depuis sept ans et depuis un certains temps de nombreux objets de valeur ont disparu. Le butin est composé d'étoles en hermine, en chinchilla, de manchons en renard blanc, d'argenteries, de linges divers, de pendules, de garnitures de cheminée. On s'interroge également sur un vol commis antérieurement chez le gendre de l'avocat et qui n'avait jamais été élucidé. De l'argent avait été dérobé et quelques temps plus tard, le chauffeur avait déposé une somme importante sur son livret d'épargne. 

La nuit du 5 au 6 décembre, ce n'est certainement pas Saint-Nicolas qui s'était introduit à la caserne d'infanterie où un audacieux vol a été également perpétré. A l'aube, on découvre le coffre-fort éventré dans un jardinet qui sépare le haut mur d'enceinte du bâtiment dans lequel il se trouvait. Il faut savoir que ce coffre pèse pas moins de 400 kilos. Il va sans dire que 10.000 francs qu'il contenait ont disparu. L'enquête fait apparaître que les voleurs se sont introduits dans la caserne en franchissant le haut mur au moyen d'une échelle trouvée sur un chantier à proximité. On ne peut écarter une connivence interne. Les soupçons se portent sur un ouvrier habitant la rue des Choraux car il a travaillé peu de temps auparavant dans la caserne mais l'homme est rapidement mis hors de cause. La résolution de cette affaire va bénéficier d'un sérieux coup de pouce de la chance. De sortie, un militaire néerlandophone surprend une conversation, en flamand, dans un café du faubourg Saint-Martin, il croit comprendre que deux individus parlent du partage du butin. Rentré à la caserne, il en informe son officier qui prévient la police. Les deux hommes sont des habitués du café, l'un est domestique dans une ferme du faubourg tandis que l'autre est ouvrier briquetier, occupé sur un chantier d'Ere. Un des deux a fait son service dans cette caserne et avait eu l'occasion de connaître l'existence du coffre-fort. Ils seront arrêtés et passeront aux aveux. 

(à suivre)



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06/04/2012

Tournai : l'année 1912 sous la loupe (3)

S'approprier le bien d'autrui par le vol est une constante dans l'Histoire, l'année 1912 n'échappe pas à cette constatation. Parmi les nombreux cambriolages effectués tout au long de ces douze mois, un fait a retenu l'attention car il démontre la solidarité qui existait à l'époque et qui ne serait peut-être plus de mise à notre époque. 

Dans le courant du mois de janvier, de nombreux vols ont eu lieu notamment au Luchet d'Antoing, à la chocolaterie Manderlier, au boulevard du Hainaut ou encore au boulevard du Nord. Durant la soirée du samedi 27 janvier, un habitant du chemin du Crampon aperçoit des lueurs en provenance du chalet de son voisin. Il sait que celui-ci est momentanément absent. Discrètement, il alerte d'autres habitants de la rue et six d'entre-eux munis de bâtons, d'un fusil et d'un révolver cernent le bâtiment sous la direction d'un lieutenant du 3e Chasseur à pied. En approchant du chalet, ils constatent la présence, à l'extérieur, de sacs contenant des argenteries, des bijoux et autres objets de valeur, ils remarquent également qu'une fenêtre située à l'arrière du bâtiment est fracturée. C'est par là que les voleurs sont entrés. Ayant entendu du bruit, les cambrioleurs tentent de sortir par le même chemin, des coups de feu éclatent et des projectiles viennent se ficher dans les façades des habitations voisines. Ces détonations ont attiré l'attention du garde-champêtre qui arrive sur les lieux, il lui reste à passer les menottes à un des malfrats ceinturé et tenu en respect par les voisins. Le second sera capturé par la police alors qu'il retourne à son domicile à la rue Dame Odile. Les deux hommes transférés au commissariat de police nient l'évidence. Des perquisitions effectuées dans leurs habitations de la rue Dame Odile et du quai Taille-Pierre permettent de découvrir des objets dérobés lors du cambriolage de la chocolaterie Manderlier, un trousseau de clés emporté au Luchet d'Antoing et des objets volés au boulevard du Hainaut. Les deux voleurs, un Tournaisien et un habitant de Roubaix sont mis sous les verrous et la vague de vols cessera. 

Au cours de la rétrospective de l'année 1911, nous avions relaté le dossier judiciaire ouvert pour des fraudes constatées lors de la construction de l'hôpital militaire, à la rue de la Citadelle. L'affaire avait été plaidée durant le mois de mai et le verdict devait être rendu en juin. Le ministère de la Défense Nationale s'étant porté partie civile, une délibération avait été nécessaire et celui-ci avait été débouté. Après une très longue interruption, le procès se poursuit à partir du 19 mars 1912. On y entend le réquisitoire et les réponses de la défense des accusés (militaires chargés de la surveillance du bon déroulement des travaux et entreprises qui les avaient réalisés). Le jugement est prononcé le 20 avril et les six prévenus sont acquittés. Le procureur du Roi décide de se pourvoir en appel de cette décision. 

Un numéro spécial du Courrier de l'Escaut est publié le dimanche 28 avril à 4h de l'après-midi. Une simple feuille de format A4, imprimée sur un seul côté. Elle comporte également un seul titre :" les bandits de Paris : Bonnot cerné se donne la mort à Choisy-le-Roi". Suit un bref compte-rendu du siège d'une ferme isolée mené par la police. 

Le mercredi 17 avril, les tournaisiens assistent à un évènement rare sous nos latitudes, une éclipse totale du soleil. Voici la relation qu'en fait un journaliste : " C'est vers 10h50, dans un ciel sans nuage, que la lune a commencé a rogner l'astre du jour, vers 11h45, le ciel prend une teinte bleu-indigo. Bizarrement les oiseaux se taisent, au moyen d'un verre fumé, les Tournaisiens regardent le soleil peu à peu disparaître, c'est exactement à midi et treize minutes que l'éclipse atteint son maximum, 98 % du disque solaire sont cachés par la lune. Une heure trente plus tard, le soleil brille, à nouveau de mille feux. La prochaine éclipse se produira en 1999 et ... chacun souhaite à son voisin de pouvoir encore y assister (sic) !". On était optimiste quant à la durée de vie à cette époque et on ignorait encore la catastrophe qui allait s'abattre sur l'Europe deux ans plus tard. 

Comme le brave curé du Nord de la France l'avait fait un an plus tôt, Mme Renard d'Allain publie la "réclame" suivante : "Monsieur, en guise de reconnaissance, je vous permets de publier ma guérison, elle est due à l'emploi régulier des pilules Gery qui sont pour l'estomac et la constipation, l'unique et le seul remède. En vente en boîtes de 80 pour 1,25 francs à la pharmacie Canivet, à la place Saint-Pierre à Tournai". Ce petit encart faisait face à une page complète vantant les vertus des "Pilules rouges", autre remède miracle qui guérissait tout !

En guise de distraction, les sportifs tournaisiens assistent, le 22 septembre, sur la piste de la plaine des Manoeuvres à des courses vélocipédiques, organisées dans le cadre de la kermesse. La course reine est remportée par le coureur mouscronnois De Ruytter qui devance le champion du monde en titre et vainqueur du Tour de France 2012, le belge Odile Defraye, le champion français Octave Lapize, champion du monde 1909, termine cinquième de l'épreuve. Pendant ce temps, femmes et enfants avaient assisté à la représentation du cirque du clown Foottit, revenu sur la Grand'Place après son succès de l'année précédente.

(Sources : "Le Courrier de l'Escau"t éditions de l'année 1912)

09:11 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, odile defraye, cirque foottit, vols |

02/01/2011

Tournai : l'année 1921 sous la loupe.

Après la parenthèse des fêtes de fin d'année, nous reprenons les articles consacrés à l'actualité des "années folles" à Tournai et nous abordons l'année 1921.

De nombreux évènements vont marquer cette année 1922 au niveau international. En France, Landru est condamné à mort, le 1er décembre, reconnu coupable d'avoir assassiné huit femmes, le 27 juillet, le chercheur canadien Frederick Grant découvre l'insuline, le 6 juin, l'auteur Georges Feydeau décède à Rueil Malmaison tandis que le 2 août, un des plus grands ténor, l'italien Enrico Caruso, s'éteint à Naples. En décembre, on notera encore la mort du compositeur Camille Saint-Saëns à Alger.

Si les accidents de la circulation ne sont pas encore très nombreux à l'époque car le parc automobile n'est pas très développé, on notera quand même cette tragédie de la route survenue le dimanche 30 octobre, vers 19h, sur la chaussée de Douai, à hauteur de la briqueterie Bodart. En compagnie d'un ami, un cycliste tournaisien, âgé de 37 ans, revient de Willemeau, un véhicule en provenance de Tournai se déporte vers le bord de la chaussée et semble foncer délibérément sur les deux cyclistes, l'un évitera la collision tandis que l'autre sera projeté dans un fossé. Le malheureux cyclo souffre d'une fracture du crane et succombe rapidement à ses blessures quant à l'automobiliste, il poursuit sa route en direction de la France ! La victime laisse une veuve et deux enfants.

Les faits divers qui marquèrent surtout les années vingt sont les vols. La nuit du 21 au 22 janvier, des individus s'introduisent dans la fabrique de draps Bertouille, rue de l'Ecorcherie et emporte le coffre-fort contenant 750 francs de l'époque et les livres de comptabilité. Le coffre a été transporté au moyen d'une charrette à bras laissée dans la cour de la fabrique, il sera retrouvé, éventré, entre les villages de Ramegnies-Chin et d'Esquelmes. Il était sur le sol, à côté de la charrette, et contenait encore la comptabilité de l'usine, seul l'argent avait disparu. La police ouvre l'enquête et le 28 janvier, une semaine plus tard, trois individus sont arrêtés à Bruges. Deux d'entre eux avaient travaillé à Tournai après la guerre et avaient souvent été envoyés par leur patron pour des courses à la fabrique Bertouille.

En ce même mois de janvier 1921, ce sont les usines Philippart, rue des Moulins, qui sont elles aussi victimes d'un vol. Cette fois les malandrins ne peuvent emporter le coffre et jettent leur dévolu sur une machine à écrire et un appareil téléphonique.

Le vol le plus audacieux a lieu la nuit du 18 au 19 septembre. Une bande de voleurs bien organisés dérobe deux véhicules dans une concession automobile du boulevard Delwart. La valeur de ce vol est estimée à 50.000 francs d'alors. C'est à Bruxelles qu'on retrouve, tout d'abord, la trace des véhicules volés. Le gang est composé d'un Bengalais, d'un Anglais, de deux Bruxellois et d'un... Kainois. Les véhicules sont entreposés chez un garagiste de Deinze à côté d'un autre véhicule, lui aussi probablement volé mais dont on recherche le propriétaire. Tous les membres du gang seront sous les verrous à peine quelques semaines après avoir perpétré ce vol.

Il est remarquable de constater que sans disposer d'Internet, de téléphones mobiles et même automatiques (il fallait passer par une téléphoniste pour obtenir les numéros appelés), de faxs, de véhicules rapides permettant de se déplacer partout en Belgique, de méthodes de recherches sophistiquées, les policiers de l'époque parvenaient à résoudre leurs enquêtes avec un minimum de moyens, en un minimum de temps et... à arrêter les auteurs. C'était il y a presqu'un siècle !

(à suivre)

(sources : presse locale et nationale)

18:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, années folles, vols, accidents, faits divers |

30/01/2009

Tournai : l'année 1988 sous la loupe (3)

Une rubrique qui ne désemplit pas dans la presse locale, durant l'année 1988, est celle des vols. Vols domestiques, vols de voitures, vols à l'étalage mais aussi vols beaucoup plus mystérieux comme celui d'un tableau constaté au Musée du Folklore, le vendredi 4 mars. Une oeuvre ne présentant aucune valeur particulière et placée dans un recoin a disparu. Il s'agit du portrait d'un jeune homme "Erebe fils", garçon mort à l'âge de 23 ans en 1873. A sa naissance, il avait été déposé au tour des enfants trouvés, il fit de brillantes études et termina directeur du Journal de Bruxelles. Qui avait souhaité récupérer cette représentation ? Tout aussi mystérieuse la disparition, en pleine journée, d'un tableau, dans ce même Musée des Beaux Arts, le dimanche 22 mai vers 15h45. Il s'agit de "La rixe" de Louis Watteau, une oeuvre sur bois de 18,5 cm/24,5cm faisant partie de la collection Fauquez et datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le tableau était estimé à l'époque à 100.000 Fb (2.500 euros), des passants ont bien vu un homme sortant précipitamment du musée et courant vers la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville mais ce sont là les seuls indices qui furent portés à la connaissance de la police chargée de l'enquête.

Le lundi 4 juillet, vers 4h du matin, c'est un magasin de vêtements de la rue du Curé Notre-Dame qui est cambriolé, la propriétaire qui occupe l'étage est réveillée par le bruit provoqué par une vitrine qu'on brise. Elle voit un homme qui, avec calme, transporte dans sa voiture des vêtements dérobés dans l'étalage et prend ensuite la fuite vers la rue de Courtrai. On constatera la disparition d'une vingtaine de costumes, tous de la taille 48 (!). C'était la troisième fois que ce magasin subissait pareil préjudice. Nouveau cambriolage le dimanche 24 juillet, dans un magasin de l'avenue de Maire spécialisé dans le matériel automobile et pièces détachées pour l'industrie, cette fois le préjudice est important : 2 millions de FB (50.000 Euros).

Mais le fait divers le plus traumatisant de cette année se déroule le mardi 21 juin, à la rue Saint Eleuthère, face au bureau de poste situé à proximité de l'école Saint Michel. Il est 8h30, les 200 écoliers sont à peine en classe, quelques parents discutent encore sur le trottoir, quand un camion "blindé" de transport de fonds de la Poste s'arrête, il est immédiatement entouré par deux ou trois hommes portant vêtements kakis et cagoules noires surgis d'un véhicule en stationnement. Munis d'armes de guerre, ils n'hésitent pas à tirer sur le camion en direction du chauffeur mais aussi sur la partie arrière, les détonations s'entendent à des centaines de mètres à la ronde. De leurs maisons, les témoins appellent les forces de l'ordre qui arrivent toutes sirènes hurlantes. Contrariés dans leurs plans, les malfrats s'enfuient dans une puissante voiture vers Froyennes et l'autoroute située à moins de deux kilomètres, laissant deux facteurs blessés et de nombreux témoins fortement choqués. On apprendra plus tard que cette violente tentative de hold-up avait été réalisée par la tristement célèbre bande Haemers, des gangsters sans scrupules pour qui la vie humaine et la présence d'enfants à proximité n'avaient que peu d'importance face à leur seul but, l'argent. ... Dans le prochain article, nous parlerons "Culture" pour détendre un peu l'atmosphère car jusqu'à présent on peut considérer 1988 comme une année noire !

02/09/2008

Tournai : l'année 1973 sous la loupe (4)

Jetons un dernier coup d'oeil sur cette année 1973 à Tournai. On enregistre avec satisfaction une diminution importante du nombre de victimes sur les routes, bien que le nombre d'accidents reste très élevé. L'année précédente le bilan était catastrophique (32 victimes), si le premier trimestre de l'année est encore meurtrier avec 10 personnes ayant perdu la vie, lors du second semestre, ce chiffre descendra à 3. Pour améliorer la sécurité, on parle de plus en plus d'équiper de feux tricolores les carrefours les plus dangereux situés sur la ceinture des boulevards et on aménage le croisement des différentes routes à hauteur de la Dorcas car avec la chaussée de St Amand (route de Valenciennes), la chaussée d'Antoing, le boulevard du roi Albert, l'avenue des Etats Unis, la rue de la Citadelle et la rue du Chantier, ce sont six voiries qui se croisent à cet endroit.

La ville de Tournai possède la particularité d'avoir une Caisse d'Epargne communale, la C.E.T., plus que centenaire. Celle-ci était jusqu'alors logée dans des bâtiments relativement vétustes et inconfortables situés dans le parc communal. Le 24 avril 1973, la Ville inaugure le nouveau siège du Vieux Marché aux Poteries juste au pied du beffroi et à l'ombre de Notre-Dame. Le samedi 23 juin, dans les bâtiments de l'ancien Hôtel Cathédrale, place Paul Emile Janson, on inaugure, cette fois, le siège tournaisien de la Banque de Paris et des Pays Bas. Epoque heureuse pour les jeunes tournaisiens à la recherche d'un emploi dans le secteur financier car avec la Banque de Bruxelles, la Société Générale de Banque, la banque Jules Joire, la banque André Joire, le Crédit Communal, la banque de Paris et des Pays Bas, le Crédit Professionnel du Hainaut, la caisse d'Epargne de la Ville de Tournai, la société de prêt Fimen, la ville de Tournai possédait un secteur financier florissant procurant des centaines d'emplois locaux. Hélas, au cours des décennies qui suivront, les centralisations et la mondialisation seront à l'origine du départ des sièges bancaires vers d'autres cieux et la perte de nombreux emplois sur le territoire de la ville. En cette année 1973, on assiste aussi à la première rénovation conduite sous l'égide de la Fondation Pasquier Grenier, le porche du prieuré de l'ancienne abbaye de Saint Médard est restauré. Il se situe à l'ancien Marché aux Toiles devenu la place Rogier de le Pasture.

La nuit du 5 au 6 octobre sera difficile pour les habitants de la région, un violent orage provoque de très nombreux dégâts à Hertain, Marquain, Taintignies, Ere, Tournai. Deux maisons sont incendiées par la foudre à Blandain et Templeuve, du bétail est foudroyé dans les prairies, des arbres sont abattus, des routes et des caves sont inondées. Les pompiers de Tournai seront sur la brèche durant tout le week-end. Les vols seront encore nombreux, le 1er novembre après un vol de statue en l'église Saint Jacques, c'est à la cathédrale qu'une statuette est dérobée dans la salle du Trésor, oeuvre du style Louis XVI, datant du début du XIXe siècle, elle est une représentation de la Vierge, statuette vissée à l'extrêmité d'un bâton de maître de cérémonie. Terminons par une affaire rocambolesque. En cette fin 1973, un propriétaire n'ayant plus de nouvelles de son locataire fait ouvrir le domicile par la police. Celle-ci découvre un stock important de faux billets de banque. Les recherches pour retrouver l'individu seront longues. Il sera enfin localisé à Bruxelles où il purge une peine de prison pour vagabondage. C'est là qu'il donnera l'explication pour la fausse monnaie. Ayant travaillé au sein d'une production de films, ces billets étaient utilisés pour le tournage de scènes. L'affaire du siècle venait de se dégonfler !

09:58 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, vols, fausse monnaie, caisse d epargne cet |