28/09/2016

Tournai : les festivités de septembre (5)

Lundi 12 septembre : la Braderie.

Voici le troisième jour consécutif de sortie pour les Tournaisiens, un nouveau rendez-vous incontournable des festivités locales de ce mois de septembre. L'expression si souvent entendue depuis que cette manifestation existe : "Faire braderie" perd malheureusement, peu à peu, sa signification. Où sont les braderies d'antan ? Où sont les commerçants et surtout les particuliers qui étalaient la marchandise, parfois à même le sol ? Du haut de la rue Saint-Martin à la place Crombez, de l'église Saint-Jacques à celle de Saint-Piat, les chalands se frayaient, jadis, un passage souvent difficile dans une foule composée de milliers d'habitants de la cité des cinq clochers ou venus des villages voisins. Partageant désormais le calendrier annuel avec les soldes d'hiver et celles d'été, la Bazarderie et les Chiffonnades, les marchés aux puces de Froyennes et des Bastions, la braderie n'est plus le moment privilégié pour sortir ses "viés'ries" (vieilles choses auxquelles on n'accorde plus grande valeur) comme on dit à Tournai. Elle est devenue un grand marché !

Jusque dans les années nonante, les administrations, les organismes financiers et les écoles étaient fermées afin de permettre à leur personnel et aux écoliers de participer à ce soutien au commerce local. Alors que nous vivons une période de crise économique et que le commerce souffre tant à l'ombre des cinq clochers, les décideurs des entreprises du secteur privé et les directions d'écoles ne prévoient plus ce jour de fermeture depuis quelques années déjà. Seule l'administration communale continue à soutenir la manifestation en octroyant un jour de congé à son personnel. Les organismes financiers, désormais dans les mains de multinationales, ignorent totalement les initiatives locales pourvu qu'ils conservent la clientèle locale. Comble de la surprise, même des commerçants ayant pourtant pignon sur rue dans la cité scaldéenne profitent de cette journée pour laisser le rideau baissé, comprenne qui pourra !

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On monte les échoppes à la rue de l'Yser

Le matin, dès 6h, venus de Wallonie, de Flandres ou de France, les "bradeux" prennent possession du pavé tournaisien. Comme une peau de chagrin, le périmètre de la braderie se réduit chaque année, les rues Saint-Martin, des Chapeliers, du Bourdon Saint-Jacques ou des Clairisses sont désormais exclues de la manifestation, les rues de l'Yser et du Cygne n'attirent plus la toute grande foule. Même la Grand-Place affiche désormais son visage quotidien !

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Les premiers promeneurs arrivent  à la rue de la Tête d'Or

On se souvient du temps où des fanfares déambulaient dans la foule, où les Gilles de Saint-Piat martelaient les pavés de leurs sabots. On se rappelle, dans la rue de l'Yser, du magasin de fruits et légumes, aujourd'hui disparu, à l'enseigne "Aux Scoubidous", dont le propriétaire Serge Gruielle vendait des dizaines de caisses de raisin tout en présentant Vic Vony et son orchestre ou en amenant le joueur de football, Paul Van Himst, pour dédicacer ses photos. On a encore le souvenir de ces commerçants qui organisaient des jeux, prétexte à présenter leurs produits, attirant de nombreux badauds ravis d's'arrêter un instant et de se distraire. On entend encore les mille sons qui se chevauchaient en une indéfinissable cacophonie. Cette année, si on excepte les micros des bonimenteurs, c'était le calme plat, un peu comme si l'Association des Commerçants faisait déjà le deuil de cette journée, jadis festive. Osons faire la comparaison : c'est au son de nombreux groupes musicaux que les rues de la cité de Clovis avaient été parcourues, la veille, par la procession tandis qu'en ce jour de braderie les passants visitaient Tournai dans un silence propice à la dépression !

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La rue des Puits l'Eau connaît toujours une grande affluence.

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la rue de la Tête d'Or

Cette année, beaucoup d'amoureux du folklore de Tournai ont déploré l'absence du stand de la "Confrérie du Mutiau" qui, habituellement, invitait, à la rue de l'Hôpital Notre-Dame, les Tournaisiens et les visiteurs à déguster cette spécialité tournaisienne accompagnée de la bière éponyme. La braderie de Tournai sans son stand à la gloire du mutiau, c'est un peu la braderie de Lille sans ses traditionnelles moules. On nous dit que les membres de la confrérie avaient fusionné avec le stand d'un service-club, encore fallait-il le trouver ?

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En raison de la chaleur, le marchand de glaces a fait recette.

Heureusement, à côté des commerçants qui participent habituellement au marché du samedi, à côté des pakistanais qui vendent leurs vêtements à 5 euros, il y a toujours les incontournables symboles de la braderie : les bonimenteurs qui vous présentent des produits miracles vus à la télé, des éponges magiques, des coupe-légumes sans effort, des produits pour rendre votre véhicule étincelant ou pour essuyer facilement une vitre. Il y a toujours l'éternel noir vendant son carabouya, il y a encore les membres de la Fondation Follereau et leur stand de la rue de Courtrai où il fait bon se rafraîchir avec une Père Damien tout en n'oubliant pas de repartir avec la confiture-maison, il y a les buvettes tenues par des associations et par de joyeux moines, les barbecues qui fument et les restaurants qui font le plein de clients. 

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Le stand de la fondation Follereau 

Pour cette braderie 2016, le soleil, omniprésent, était accompagné d'une chaleur estivale. Certains se rappelleront ces deux affirmations entendues jadis : le marché aux fleurs du vendredi Saint permettaient aux belles dames d'étrenner leur toilette printanière tandis que la braderie de septembre annonçait presque l'arrivée de l'hiver. C'était, il y a plus de quarante ans, c'était avant le réchauffement climatique ! Autre symbole des temps nouveaux, beaucoup moins réjouissant, chaque accès au périmètre commercial était barré par d'énormes blocs de béton et des barrières Héras, triste constatation mais nécessaire sécurité.

Photos : S et R Van Rompaye, Vincent Dubois

S. T. septembre 2016

 

02/08/2011

Tournai : Vic Vony, chanteur populaire.

Vic Vony, de son vrai nom Victorien Houzé, est né à Froidmont, village situé aux portes de Tournai, le 2 janvier 1924, deuxième enfant d'une modeste famille qui en comptera huit. Comme c'était très souvent le cas, dans le milieu ouvrier des années trente, après l'école primaire, il entra dans le monde du travail. Il sera tour à tour, pâtissier-boulanger, poissonnier et peintre, des petits boulots qu'il réalisait avec conscience et courage, ne reculant jamais devant la tache. Sa carrière va ensuite se stabiliser quand il entrera aux filatures Philippart tout d'abord, à l'usine Allard-Bataille ensuite avant de terminer son parcours professionnel comme huissier à l'Hôtel de Ville de 1973 à 1988. 

Le jeune Victorien avait hérité de son père le don de chanter, il apprendra la technique vocale au Conservatoire de Tournai. Jeune adulte, il court les "crochets", ces concours ouverts aux amateurs, nombreux après la seconde guerre mondiale. Son moment de chance, il le connaîtra en participant à celui organisé par la station de radio "Radio-Luxembourg" présenté par Jean Jacques Vital et patronné par la célèbre marque de shampoing "Dop". A Tournai, au cinéma Palace, il avait choisi de chanter "Ramuntcho" mais c'est en interprétant sa chanson "Boléro" qu'il sera remarqué par un imprésario. Victorien Houzé sera sélectionné pour la grande finale qui se déroulait à Paris.

C'est à cette occasion qu'est né son nom de scène, Vic Vony, un nom d'artiste que lui avait trouvé le célèbre animateur de l'époque Zappy Max. Il aurait pu faire carrière en France mais Vic Vony était fort attaché à sa région de Tournai et aux tournées à l'étranger, il préférait l'atmosphère des bals tournaisiens. On le verra à l'affiche des fête de quartiers, des fancy-fairs alors très nombreuses, des soirées sous chapiteau et même lors d'évènements commerciaux comme les braderies. Dans les années septante, il avait été invité par Serge Gruielle, patron du magasin Scoubidou, à la rue du Cygne, pour animer un podium, avec son groupe, il attira des centaines de spectateurs et passa, en chanson, près de deux heures en leur compagnie.

"Viens à la parade" fut un de ses succès mais avec "La Madone d'amour", une chanson qu'il a créée durant les années cinquante, il récoltera les fruits de son travail de compositeur en vendant près de 45.000 disques en un temps record. Au total, c'est pas moins de 150 chansons dont il a écrit les paroles et souvent l'accompagnement musical.

Sa réputation dépassa les frontières de notre région et il se produisit à l'étranger à Paris, Dunkerque, Lausanne, dans le Nord de la France et à l'Ancienne Belgique à Bruxelles. Au cours de ces galas, il eut la l'occasion de côtoyer Edith Piaf, Luis Mariano (qu'il appréciait énormément), Georges Brassens et Yvette Horner. 

Le garçon est néanmoins resté simple, affable et c'est dans le Tournaisis qu'il préférait se produire. On le retrouve également, durant les années septante, au sein de la troupe de théâtre de l'Excelsior où il joue la comédie. En 1990, alors qu'il est déjà âgé de 66 ans, il décide créer son groupe "Les Muchachos", vêtus de costumes mexicains avec lequel il continuera à animer les bals et les soirés dansantes.

Atteint d'un grave handicap sur la fin de sa vie, Vic Vony est décédé le 28 février 2006. Celui qui avait été comparé à un rossignol dans sa jeunesse s'était définitivement envolé !