26/07/2014

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (4)

Inexorablement, l'ennemi, mieux armé, approche de Bruxelles.

Après les combats de Loxbergen, la longue marche reprend, les troupes traversent Waenrode, Keersbeek, Putte, Wavre Notre-Dame. Par petites étapes, les soldats belges se replient vers la position retranchée d'Anvers. Plus de 200.000 soldats allemands poussent l'armée belge vers la mer.

Le régiment des Guides du Major-Médecin Léon Debongnie arrive le 20 août à Wijneghem, à proximité d'Anvers, il est désormais abrité par les forts qui protègent la cité portuaire. Le médecin militaire tournaisien note que la première phase de la campagne, débutée trois semaines plus tôt, est terminée.

A ce moment, l'habitant de la cité des cinq clochers se berce peut-être encore d'illusion, la presse relate des victoires de l'armée belge à Diest et à Eghezée. Afin d'entretenir le moral de la population, il y a certainement une volonté de faire croire que la progression de l'ennemi est bien contenue. On dit même qu'un dépôt de prisonnier allemands, le troisième en Belgique, sera établi à Tournai. En réalité, la ville de Liège est occupée par les troupes de l'empereur Guillaume et de nombreux habitants ont été pris en otages. L'ennemi continue sa progression à travers le pays !

Très rapidement, cependant, les informations vont prendre une note plus inquiétante, on commence à parler de la barbarie allemande, les prisonniers sont tués, les blessés achevés, des enfants et des vieillards sont massacrés, on brûle les corps des suppliciés... Les teutons ne respectent pas les "lois" de la guerre, pour eux, tout individu qui croise leur chemin est un ennemi qu'il faut éliminer.

Ma grand-mère paternelle qui avait 15 ans à l'époque me racontait souvent qu'au sein de sa famille on craignait les cavaliers allemands, les sinistres uhlans, s'adonnant aux pires exactions contre la population civile. Elle utilisait l'expression : "des diables montés sur des chevaux arrivant au grand galop dans un bruit d'enfer", la description se passe de commentaire. Les premiers seront aperçus à Tournai le 22 août, ils se sont rendus à l'hôtel de ville où le bourgmestre leur a déclaré que Tournai était une ville ouverte.

A Wijneghem, les troupes belges ne restent pas retranchées, l'armée tente quelques sorties offensives auxquelles participe la cavalerie.

La capitale est aux mains des Allemands.

Le 20 août, les Allemands entrent à Bruxelles. Le 25, le régiment de Léon Debongnie quitte la région anversoise et prend la direction de Louvain. Il passe la nuit à Tremelo, le lendemain, les hommes franchissent le Démer à Werchter. Les envahisseurs sont déjà arrivés à Louvain, des combats s'engagent, "les balles sifflent à nos oreilles" note le Major-Médecin, le commandement décide d'une retraite vers Wijneghem. "Lamentable " commente le Major-Médecin.  

Les Tournaisiens redoutent l'arrivée de l'ennemi.

Que se passe-t-il durant ces jours à Tournai, cette ville dont le médecin militaire est originaire ?

Le 21 août, la presse relate les déclarations d'un voyageur qui, ayant pris le train pour Bruxelles, a aperçu des uhlans allemands à Hal. Vers 9h, un avion ennemi survole la ville des cinq clochers, probablement en mission d'observation. Deux individus pauvrement vêtus sont arrêtés au faubourg Morelle, les pauvres gens qui avaient été pris pour des espions étaient tout simplement deux braves cheminots.

Le bourgmestre Stiénon du Pré fait placarder l'avis suivant :

"Il ne paraît pas impossible que les troupes allemandes envahissent TOURNAI, je viens faire appel au calme et au sang-froid de la population, si cette éventualité malheureuse se présentait, Les TOURNAISIENS se garderont de toute panique et de tout affolement. L'Administration Communale restera à son poste.

L'envahisseur n'a pas le droit de traiter les habitants paisibles en ennemis, il ne peut les soumettre à des traitements violents. Il n'en serait autrement que s'ils commettaient des actes d'hostilité.

Il ne peut légitimement porter atteinte ni à l'honneur des familles, ni à la vie des citoyens.

Il doit respecter l'exercice du culte et les convictions religieuses ou philosophiques des habitants.

Il lui est interdit de confisquer les biens et les propriétés privées.

Tenez vous en garde contre les entraînements que pourrait vous suggérer votre patriotisme et surtout contre les espions et agents étrangers provocateurs qui cherchent à recueillir des renseignements et à fomenter des manifestations dont on pourrait tirer prétexte pour vous persécuter et vous rançonner.

Tous les citoyens, grands et petits, doivent s'abstenir de tout acte d'hostilité, de tout usage d'armes, de toute intervention quelconque dans les combats et rencontres.

CONCITOYENS,

Souvenez-vous que le vrai courage est dans la maîtrise de soi. Quoiqu'il arrive, écoutez la voix de votre Bourgmestre, soyez confiants dans l'Autorité communale qui ne cessera jamais de vous aider et de vous défendre.

Que Dieu protège la Libre Belgique et son Roi !                                            Baron Stiénon du Pré

Se berce-t-on d'illusions quant au respect des lois de la guerre par  la soldatesque allemande ?

Le bourgmestre tournaisien croit encore en l'esprit chevaleresque des militaires, mais on n'est plus au temps de la guerre en dentelle, on ne s'exclame plus comme à Fontenoy "Messieurs les Anglais, tirez les premiers", le soldat allemand ne fait pas dans la dentelle, il fait même preuve d'une violence inouïe. Sur la ligne de feu, les Allemands utilisent les habitants comme boucliers humains comme le décrit Henri Pirenne dans son Histoire de Belgique. Les 20 et 21 août, on dénombre 211 victimes civiles (hommes, femmes et enfants) à Andenne, 665 à Dinant et 173 à Aarschot près de Louvain.

L'ennemi est maintenant à moins de 20 kilomètres de la ville.

La Garde civique licenciée !

Les chasseurs à pied de la Garde civique tournaisienne reviennent de Mons, le samedi 22 août. Les hommes qui la composent ne sont pas reconnus comme des troupes régulières, en cas de reddition, ils risquent d'être considérés comme déserteurs.

Un avion allemand survole la ville vers 8h40 et se dirige vers Douai. On rapporte qu'il aurait été abattu au-dessus d'Orchies.

Alors que Léon Debongnie soigne de nombreuses victimes d'affrontements dans la plaine de Flandre, les Tournaisiens ne savent pas encore qu'un terrible combat va avoir lieu moins de 48 heures plus tard sur le territoire de la commune, un épisode sanglant, oublié des historiens et que nous allons vous conter en mémoire de ceux qui y participèrent et y perdirent la vie. 

 (à suivre).

(sources : voir articles précédents)

S.T. Juillet 2014.

17/07/2014

Tournai : 1914-1918, les carnets du Major-Médecin Léon Debongnie (2)

L'été meurtrier.

Juillet 1914, si la presse rapporte, de plus en plus régulièrement, des événements révélateurs d'une tension croissante entre la Prusse et l'empire austro-hongrois d'une part, l'Angleterre, la France et la Russie d'autre part, la toute grande majorité des habitants du royaume de Belgique vaque à ses occupations habituelles probablement rassurée par la neutralité déclarée du pays. Les sportifs, principalement les adeptes de la "petite reine", se réjouissent, le 26 juillet, de la seconde victoire consécutive de notre compatriote Philippe Thys dans le 12e Tour de France.

Le 29 juillet, les principaux leaders socialistes européens, à l'invitation de Huysmans et Vandervelde, se réunissent à Bruxelles. Parmi les participants, on retrouve le Français Jean Jaures, un pacifiste militant qui sera assassiné deux jours plus tard, la révolutionnaire allemande Rosa Luxembourg, le russe Roubanovich et l'autrichien Victor Adler. Les participants veulent faire pression sur leurs gouvernements respectifs afin de calmer les velléités guerrières affichées par certains. Comme on le voit, dans les derniers jours de juillet, on veut encore croire à la paix mais on ignore qu'on se trouve à quelques heures à peine du début d'une des plus grandes tragédies qui va marquer le XXe siècle.

En ce mois de juillet, le Major-Médecin Léon Debongnie ne croit pas plus à l'éventualité d'une guerre. Pour preuve, le 21 juillet, il écrit, depuis le camp de Beverloo où son unité fait une période d'exercices préparatoires aux grandes manœuvres :

"C'est le jeudi 6 août à midi que nous retournons à Bruxelles et le départ est définitivement fixé au 7".

Ce départ du 7 août dont il parle est le voyage qu'il doit effectuer en Roumanie, en compagnie de son épouse où ils vont retrouver des cousins de la famille Dan-Debongnie.

Le vent se lève, l'orage éclate.

Ce voyage, il ne va jamais l'effectuer, dans son agenda, en date du 1er août, il note cette phrase laconique :

"C'est la guerre. Que Dieu me protège !".

Vers 14h, son unité est rassemblée face aux casernes, la famille l'imagine, monté sur son cheval, donner les dernières recommandations au régiment aligné sur le boulevard Saint-Michel à Bruxelles.

La troupe prend la route des coteaux de Hesbaye. Il nous est dit que les hommes ne semblent pas particulièrement inquiets. A cette époque, le sentiment patriotique est fortement ancré dans les mentalités. Un soldat part défendre sa patrie, sa famille, ses valeurs, sa liberté. Le sentiment religieux est également fortement présent, en ce début de XXe siècle, et il est paradoxal de constater que tous les militaires se rassurent en proclamant en français "Dieu avec nous", en allemand, " God mit uns", et en anglais, "God with us". Chacun est certain de son bon droit ! Dieu doit-il est être l'arbitre de la folie des humains ? Le dimanche 2 août, dans toutes les églises de Belgique des prières publiques sont récitées afin que soit sauvegardée la neutralité de la Belgique.

La première halte aura lieu à Ophem, village que le régiment quittera le 3 août pour prendre la direction Sud-Est. Tout le long de la route, les militaires sont acclamés par les habitants des lieux traversés. Ils reçoivent un accueil enthousiaste à Wavre, émouvant à Gembloux. C'est au cours de ce périple que les hommes apprennent que l'Allemagne, par l'entremise de son ministre von Belowe-Saleske, a, ce 3 août, adressé un ultimatum à la Belgique, faisant fi de sa neutralité, sous le prétexte fallacieux que des soldats français faisaient route vers Namur.  

Avant même l'échéance de cet ultimatum, impatientes de semer la terreur, les troupes du Kaiser Guillaume ont franchi la frontière et envahi l'Est du territoire.

L'émotion est grande parmi la population belge. A Tournai, une foule en colère pille la maison d'un certain Valentin Hoër située sur la place Victor Carbonnelle. Cet homme paisible avait le tort d'être de nationalité autrichienne. Il est même emmené durant quelques heures au commissariat de police et ensuite relâché.

Du château de Grand-Mainil où il loge, Léon Debongnie écrit à sa femme :

"Les Allemands marchent contre Liège, les Français et les Anglais viennent nous secourir. C'est la guerre sur notre sol national. Le devoir patriotique nous anime, les sentiments familiaux nous affligent. Devant l'effrayante réalité de demain, nous prions Dieu de nous donner à tous le courage (...) Je t'affirme que tu n'as rien à craindre pour moi. Sois courageuse, sois-le pour nos chers enfants (...) Prie pour nous et pour que cette campagne ne soit pas l'anéantissement de notre indépendance. L'esprit des hommes est excellent, les populations sont admirables, toute la Belgique est profondément remuée...".

On retrouve dans cette correspondance, l'esprit qui animait les hommes partis combattre, le sentiment religieux, le besoin de protéger la famille, la lutte pour préserver l'indépendance nationale et la liberté.

A Tournai, ce 4 août, une foule énorme assiste au départ des troupes à la gare. Les 3e et 6e Chasseurs partent pour le front, ils seront remplacés à Tournai par la Garde civique. Les enrôlements volontaires sont nombreux et des citoyens se mettent au service de la patrie. Dans leur hôtel particulier de la rue Saint-Martin, Mr et Mme Duquesne de la Vinelle proposent d'ouvrir une ambulance (nom par lequel on désignait l'endroit où on donnerait les premiers soins aux blessés). Les autorités communales réunies en conseil font placarder l'avis suivant :

" Le Bourgmestre de la Ville de Tournai, en présence des événements qui se précipitent dans le pays, conjure ses concitoyens de conserver le calme et le sang-froid et surtout d'éviter tout acte de violence envers les étrangers. Le soin de veiller à l'ordre public n'appartient qu'aux Autorités, à la Garde civique et à l'Armée - Tournai, le 4 août 1914 (s) Le Bourgmestre Stiénon du Pré".

Pour Léon Debongnie et son régiment, l'itinéraire se poursuit et les choses vont rapidement se compliquer.

( à suivre)

(sources : archives remises par la famille du Major-Médecin Léon Debongnie, - "1914-1918, aux géants de Vendée" plaquette souvenir éditée en 2004 par le Souvenir Franco-Belge tournaisien - "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée, Contribution à la culture de guerre" de Céline Detournay, étude publiée dans les Publications extraordinaires de la Société Royale d'Historie et d'Archéologie de Tournai, tome IX de 2003 - "Le Courrier de l'Escaut", éditions de juillet et août 1914).

10:14 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai 1914-1918, léon debongnie, stienon du pré |

13/03/2012

Tournai : 1909, la Semaine de l'Aviation (2)

la semaine de l'Aviation (2)

Les derniers préparatifs.

le 28 août, les hangars destinés à abriter les appareils des participants sont terminés, on commence à clôturer la plaine des Manoeuvres.

Le dimanche 29 août, à l'occasion de la présentation de cette manifestation, le journaliste du "Courrier de l'Escaut" publie un article emprunt de lyrisme duquel ont été extraites ces quelques phrases :

" La conquête de l'air est un grand mot. Bien que d'aucuns proclament le contraire, ce n'est pas encore un fait accompli (...). Le vent est un facteur indépendant de la volonté (de l'aviateur) qui impose ses capacités et fait sentir sa puissance aux aviateurs qui sillonnent les routes de l'espace (...) mais s'envoler n'est pas tout, il faut encore se maintenir en l'air, y manoeuvrer, y avancer (...). Reims, à l'arrivée de ces héros a vu doubler sa population".

Paulhan, le héros de l'époque.

Parmi les tous premiers inscrits, on retrouve le nom de Paulhan. Louis Paulhan est né, au sein d'une famille de notaires, le 19 juillet 1883 à Pezenas dans L'Hérault. Il est sorti de l'école professionnelle Rouvier à Toulon. Entre 16 et 18 ans, il a navigué comme pilotin sur les Messageries maritimes. Ensuite, il sera engagé volontaire au 1er Génie dans le bataillon des Sapeurs aérostiers. Libéré du devoir militaire, il a été engagé par les ateliers aérostatiques Surcouf et a fait la campagne du dirigeable "Ville de Paris", en qualité de mécanicien. Par la suite, il a créé une maison de jouets d'aviation. Il sera acquéreur d'un planeur "Voisin" et montera une petite société qui lui permet d'acquérir les engins de propulsion pour transformer ses planeurs en avions. Entre le 7 juin et le 28 août 1909, il vole à Bar-sur-Aube, Issy  les Moulineaux, Brayelles, effectue le voyage Douai-Arras, il vole également à Vichy, Dunkerque et à la "Semaine de l'aviation" de Reims Bethény. Paulhan et son équipe descendent à l'Hôtel de l'Impératrice.

Le 3 septembre, la presse annonce que de nombreux visiteurs sont attendus, venant de toutes les villes du pays et du Nord de la France. La ville de Tournai va connaître une affluence extraordinaire. Les Chemins de Fer de l'Etat organisent des trains spéciaux au départ de Bruxelles, Gand, Courtrai, Charleroi et Mons. 

Les trois coups sont frappés.

Nous voici enfin arrivés à cette journée du 5 septembre. Dès une heure de l'après-midi, des spectateurs se rendent en rangs serrés vers la plaine des Manoeuvres. On permet au public de se masser le long du boulevard Bara et des chaussées de Lille et de Douai. Dans l'enceinte, la pelouse est rapidement envahie par les spectateurs munis du précieux billet d'entrée. Les tribunes se garnissent plus lentement. Problème d'importance, le vent s'est levé et souffle à 7 mètres par seconde. A 4h très précisément, la musique du 1er Régiment de Chasseurs à Cheval entame son concert et... Eole faiblit. A 4h15, on décide de voler et pour l'annoncer une flamme rouge est hissée au sémaphore. A 5h00, Paulhan décolle et parcourt environ 400 mètres à une hauteur de 5 à 6 mètres. Il volera ainsi à une basse altitude jusqu'à 5h50 à la grande joie des 40 à 50.000 spectateur présents selon la presse. 

Des incidents le deuxième jour

Le journée du lundi 6 septembre sera marquée par d'épouvantables conditions météorologiques, un vent violent souffle et une fine pluie fait son apparition durant l'après-midi. La décision est prise, il n'y aura pas de vols. Ce n'est pas du goût d'une partie du public et certains poussent des huées, sifflent et réclament : "notre argent ou on vole, sortez l'appareil". Les gendarmes présents sur la plaine sont vite débordés par ces énergumènes et des renforts sont appelés, la gendarmerie à cheval fait son apparition, sabre au clair et prend position près des hangars. Un Tournaisien se voit dresser un procès-verbal pour ne pas avoir rapidement obtempérer à un ordre d'un maréchal des logis, tandis qu'un citoyen français, sans doute plus vindicatif, est mis en état d'arrestation. La plaine est totalement évacuée vers 7h du soir. 

Le "Journal de Roubaix" (qui deviendra après la guerre le Nord-Eclair) rend compte de ces incidents survenus à Tournai et rapporte qu'à Baisieux, le passage à la douane des voyageurs du train à destination de Lille demanda près de trois quarts d'heure. Les occupants des wagons affichent leur mécontentement, sifflent les douaniers et veulent même enfoncer les portes de la petite salle où on les a stationnés. Le train arrivera finalement à Lille avec quarante minutes de retard. 

Le temps ne s'arrange pas le troisième jour.

En cette journée du mardi 7 septembre, c'est maintenant une véritable tempête qui souffle sur la cité des cinq clochers, elle est accompagnée de pluies diluviennes, cinq arbres qui séparent la plaine des champs s'abattent et le terrain est transformé en un marécage. 

Pendant ce temps, les propriétaires de "l'Estaminet de la Bonne Chère", situé au n°36 de la chaussée de Douai, annoncent qu'ils louent des fenêtres au prix de deux francs par personne. Voilà des cafetiers opportunistes. 

Le temps s'améliore le quatrième jour

Le mercredi 8 septembre, la foule est présente dès 3h de l'après-midi. Paulhan va voler ! Durant dix minutes, il effectue neuf fois le tour de la plaine des Manoeuvres à des hauteurs allant de 4 à 20 mètres. 

Les journalistes présents sont admiratifs et l'un d'eux écrit :

"Longtemps le public est resté sous l'impression que lui avait causée la vue du gigantesque oiseau montant, oscillant avec coquetterie, faisant des plongées puis remontant d'une courbe élégante comme la mouette en pleine course et opérant des virages audacieux avec une grâce véritable. (...) C'est un spectacle splendide et presque angoissant : on sentait que l'aviateur est complètement maître de son appareil, qu'il peut le soumettre à toutes ses volontés lorsque les éléments atmosphériques ne sont pas contraires". On retrouve là ce style suranné auquel la consultation des journaux de l'époque nous a habitués. 

La journée du jeudi 9 septembre.

Les visiteurs étrangers sont arrivés en foule durant la matinée. Depuis la gare, les rues de l'Hôpital Notre-Dame et Saint-Martin sont littéralement noires de monde.

A 2h30 de l'après-midi, la circulation est très difficile sur la chaussée de Douai.

Cette journée est marquée par la venue à Tournai de Mr. Hubert, ministre de l'Industrie et du Travail. Il visite en compagnie du bourgmestre Stiénon du Pré et du député Duquesne, la "linière tournaisienne" et ensuite l'exposition de tableaux de la Halle-aux-Draps. A l'invitation de Mr. Duquesne, il se rend ensuite au château de Vaulx. A trois heures, il arrive sur la plaine des Manoeuvres où il est reçu par Hidulphe Stiénon du Pré, Président du Comité et par Mr Coquelz, consul de Perse. Après la visite des hangars, le Ministre s'entretient avec les aviateurs Paulhan et Bulot et le pilote de planeur Scrive.

Pendant le concert, après deux vols de planeurs, le biplan de Paulhan décolle et s'élève à 3 ou 4 mètres avant d'attérir, victime du bris d'une nervure de la petite cellule. Après réparations, vers 5h45, Paulhan redécolle et parcourt quatorze fois le champ d'aviation, à une hauteur de 2 à 8 mètres. 

Mr Bulot exhibe son monoplan vers 6 h du soir et annonce son premier vol pour le lendemain. (à suivre).


07/03/2012

Tournai : l'année 1909 sous la loupe (1)

Avec la rétrospective des évènements qui marquèrent l'année 1909, nous arrivons presqu'à la fin de la première décade du XXe siècle. 

Dans l'actualité internationale, nous retiendrons que le 22 mars, la Russie reconnaît l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche sous la pression de l'Allemagne et que cette annexion donne des idées au nouveau premier ministre serbe qui, le 23 février, annonce son programme de "Grande Serbie" en révendiquant ces régions mais également la Croatie et la Dalmatie. Notons deux exploits : le 6 avril, l'explorateur américain Robert Peary atteint le pôle Nord tandis que le 25 juillet, le français Louis Blériot réalise la traversée de la Manche en aéroplane, il reliera Calais à Northfall Meadow en 38 minutes. Le 29 septembre, Maurice Utrillo participe, pour la première fois, au Salon d'Automne de Paris. En sport, le cycliste luxembourgeois Nicolas Faber remporte le Tour de France, il est le premier vainqueur étranger de l'épreuve, depuis la création de l'épreuve, un coureur français s'était toujours imposé.

Dans l'actualité nationale, c'est la mort du roi Léopold II, survenue le 17 décembre, au château de Laeken, qui éclipse toutes les autres nouvelles. Le second roi des Belges est décédé des suites d'une embolie à l'âge de 74 ans, le jour même où il fêtait le quarante-quatrième anniversaire de son accession au trône de Belgique. Le 24 décembre, le prince Albert monte sur le trône. Le 7 novembre se tient à Bruxelles, le congrès de l'Internationale socialiste, on y remarque la présence du russe Vladimir Ilitch Oulianov mieux connu par la suite sous le nom de Lénine. Le 18 novembre, le Parlement vote la réforme instaurant le service militaire obligatoire et personnel, c'en est définitvement fini du tirage au sort et de ses injustices. Au 31 décembre, la Belgique compte 1.630.875 citoyens de plus de 25 ans parmi lesquels 322.500 environ sont illettrés, c'est dans le monde ouvrier qu'on trouve le plus de personnes qui ne savent ni lire, ni écrire.

Un évènement marquera l'actualité locale, "la semaine de l'aviation" qui se déroulera du 5 au 14 septembre, nous consacrerons un article à cet évènement majeur qui attira la grande foule à Tournai.  

La rubrique consacrée à la vie politique nous informe des tensions qui existent entre la nouvelle majorité catholique et le parti libéral qui a été rejeté dans l'opposition. Quand on parle des anciens administrateurs de la Ville, on emploie presque toujours le terme de "décholés" (décholer en patois tournaisien signifie faire partir quelqu'un pour prendre sa place). Le nouvelle majorité dirige également le Bureau de Bienfaisance et publie les résultats financiers de 1906 et 1907, le compte est positif d'environ 20.000 francs en 1906 et de 4.500 francs en 1907, à cela il faut ajouter la somme d'un peu plus de 171.000 francs détournée par le receveur indélicat condamné depuis lors. 

Le 18 juillet, le monde politique belge se rassemble à Tournai pour des festivités organisées à l'occasion du jubilé de 25 années consécutives de gouvernement catholique en Belgique. Un office solennel est célébré à 11h en la cathédrale Notre-Dame, une réunion se tient ensuite à la Maison des Brasseurs où Mr. Colaert fait une conférence et tout le monde se retrouve à 14h00 pour le traditionnel banquet qui a lieu dans les établissements industriels de Mr. Liénard, à la rue des Augustins, seul lieu capable d'accueillir tous les invités. Au cours de celui-ci, le bourgmestre Adolphe Stienon du Prè, Mrs. Joseph Hoyois, Liebaert et Octave Leduc prononcent un discours. 

Au mois d'août, le Conseil Communal vote un budget de 54.000 francs pour équiper le faubourg de Lille de l'égouttage à la satisfaction des habitants qui attendaient celui-ci depuis bien longtemps.

A la fin de l'année 1909, les quartiers du faubourg de Morel et de Saint-Jean sont victimes d'importantes inondations en raison du débordement du rieu d'Amour. A cette occasion tout le monde s'accorde pour dénoncer le manque d'entretien de celui-ci, depuis des années aucun curage n'y a été effectué et on découvre même qu'un barrage en maçonnerie obstrue le cours d'eau au sein de l'usine Larochaymond, ateliers qui abriteront plus tard l'entreprise Meura. Une souscription est lancée en décembre, dès le quatrième jour, elle aura récolté la somme de 7.408,80 francs en faveur des familles parfois totalement sinistrées. (à suivre).