18/07/2008

Tournai : sur les chemins de Saint Jacques (4)

Depuis que le pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle existe, de nombreux tournaisiens l'ont effectué. Le plus souvent dans le plus strict anonymat, démarche personnelle portée par la Foi et aussi par un certain goût de l'aventure. Déjà au XVe siècle, Jean de Tournay écrivait : "nous boutions (poussions) nos bourdons bien souvent dans cette neige jusqu'au bout, pour savoir s'il n'y avait point de montjoie (morceau de pierre pour marquer le chemin ou rappeler un évènement important) et quand nous ne trouvions rien nous nous recommandions à Dieu et allions toujours, et quand nous oyons que notre bourdon cognait, nous étions bien joyeux car c'était-à-dire qu'il y avait un montjoie". Ce long cheminement vers Saint-Jacques de Compostelle, d'autres l'ont effectué, même récemment.

Ainsi Etienne Tonneau, cet ancien ingénieur de la Compagnie des Ciments Belges à Gaurain qui, poussé par une motivation religieuse et aussi le goût de la randonnée dont il était un adepte, n'hésita pas à entreprendre ce voyage long de 2.200 km qui séparent Tournai de Saint Jacques. C'était une idée qui mûrissait depuis longtemps. Au courant de ce souhait, maintes fois abordés en famille, ses trois enfants, ses huit petits enfants et des amis lui offrirent, en 1993, le jour de son soixantième anniversaire, une ânesse nommée Rosalie. Deux ans plus tard, le 1er avril 1995, Etienne emprunta le chemin des pélerins en compagnie de l'âne harnaché, portant les 25 kilos de bagages qu'il avait emportés avec lui. A une vitesse de 3 à 4km par heure, il parcourait de 15 à 20 km par jour, s'arrêtant le soir dans une petite commune pour passer la nuit. Selon une tradition républicaine, comme le faisaient les vagabonds, il s'adressait au maire de l'endroit afin d'obtenir un gîte. C'est ainsi qu'Etienne, tout au long de son voyage, trouva refuge dans des fermes, des écoles, des mobil homes, des monastères, des salles polyvalentes, des gîtes ruraux et même dans une cabine de camion. Il n'utilisa que quatre ou cinq fois la tente qu'il avait emporté avec lui et coucha même une nuit à... la "Belle Etoile", le nom de l'auberge qui l'avait accueilli. Durant son long périple, il eut de très nombreux contacts avec les habitants des régions traversées. Il faut dire que Rosalie était son meilleur ambassadeur, elle attirait les enfants et leurs parents.

Un soir qu'il gagnait une salle polyvalente, il fut invité par l'homme à tout faire de la commune. Son épouse et lui allaient souvent au Portugal et avaient effectué le pélerinage à Notre Dame de Fatima. Etienne ne savait pas encore qu'il les retrouverait au terme de son voyage, eux qui désiraient l'emmener à Fatima. Il fut accueilli par des croyants mais aussi par des francs-maçons, il partagea même une soirée avec un couple musulman qui lui déclara que tous partageaient le même Dieu. Certaines personnes le chargèrent de mission tel cet homme dont l'épouse était décédée et qui lui remit sa bague afin de la déposer au sanctuaire. Sur son parcours, il fit un bout de chemin avec des pélerins et des touristes anglais, américains, canadiens, brésiliens qui laissèrent un petit mot dans son carnet de route. Le 21 juillet, jour de la fête Nationale belge, il franchit le mont Cebreiro en compagnie d'un Bruxellois et d'une dame originaire d'Anvers, bel exemple d'entente entre gens de bonne volonté ! Il connut aussi des moments plus difficiles quand, dans le village de Wy, près de Paris, il fut chassé par le fils du maire qui craignait que Rosalie ne se soulage sur sa pelouse ou quand cette parisienne le traita de bourreau...d'âne en raison des 25 kg portés par Rosalie.

Après ce long parcours et de nombreuses autres péripéties, Etienne arriva au terme de son voyage, le 30 juillet. Il avait mis quatre mois pour parcourir les 2.200 km qui séparent Tournai de Saint Jacques de Compostelle. De retour à Tournai, Etienne Tonneau confia Rosalie à l'ASBL "Au Détour du Possible", un centre d'hippothérapie pour jeunes et adultes handicapés installé dans les bâtiments de l'ancien couvent des Pères à Ere. Rosalie y coula des jours heureux, soigner par les résidents, avant de fermer les yeux sans, peut-être, avoir eu conscience du magnifique périple qu'elle avait effectué avec son maître et ami. Aujourd'hui, âgé de 75 ans, Etienne consacre ses loisirs à un projet pour le village de Kirimbi au Burundi, il souhaite récolter assez d'argent pour offrir un élément précieux qui lui manque : l'eau. ... Nous aurons l'occasion d'en reparler.

(sources : Jean Luc Dubart m'a aimablement transmis les souvenirs qu'Etienne Tonneau lui avait confiés et l'Optimiste a pris également contact avec l'intéressé, cet ancien membre qu'il avait connu au Cercle Montbrétia de Maubray pour réaliser cet article).

10/05/2007

Tournai : le quartier Saint-Jacques (2)

Il y a tant de choses à voir dans ce quartier Saint-Jacques que nous y resterons une journée de plus.

Après l'avoir rejoint par les rues des Carmes, Claquedent et des Augustins, trois rues parallèles en légère déclivité, nous arrivons sur un axe transversal qui débute au boulevard Léopold pour rejoindre l'église Saint Jacques.

La rue Frinoise doit son nom à une déformation de rue Froyennoise, voie qui menait au village de Froyennes. On y trouve, la caserne des Sept Fontaines, une des nombreuses casernes construites sous Louis XIV sur base de plans de Vauban. Sa construction fut autorisée par lettre patente du roi Soleil en date du 24 février 1673. Comme ses soeurs de Saint Jean et des Capucins, elle fut financée par un impôt de 3 florins prélevé sur les sacs de grains à brasser, et de deux florins par foyer. Lever une taxe pour financer des investissements, voilà une trouvaille qui ne date donc pas d'hier ! La caserne a accueilli jusqu'à la seconde guerre mondiale, les logements des agents de police de la ville, les personnes agées désignent d'ailleurs encore ce bâtiment sous le vocable de "caserne des agents de police". En ruine durant plus de trente années, elle fut classée et entièrement rénovée dans les années quatre-vingt, elle offre désormais de magnifiques appartements et a abrité jusqu'en 2011 les bureaux de l'office des Contributions. Quand on vous dit que cette caserne est symbolisée dès sa naissance par la taxation !

Par le Floc à Brebis (marché à Brebis) gagnons la rue des Soeurs Noires et débouchons dans la rue du Palais Saint Jacques qui se situe face à l'église. Celle-ci s'étend entre le bas de la rue des Carmes et le bas de la rue des Bouchers Saint Jacques. Plusieurs origines sont données à son appellation : palais pourrait tout simplement symboliser le tabernacle de l'église : "le Saint des Saints - dit l'historien Hoverlant - est le seul palais que veulent habiter les vrais chrétiens". Ducange, autre historien, croit en la présence d'une maison destinée à recevoir des hôtes ou voyageurs, peut-être même y trouve-t-on un hôpital accueillant les itinérants, n'oublions pas que cette rue est un lieu de passage obligé pour les pélerins du Nord de l'Europe se rendant à Saint Jacques de Compostelle. Enfin le nom de la rue ne serait que la déformation du mot "palis" (palissade) rappelant le mur d'enceinte du cimetière qui entourait jadis l'église.

Les rues du Louvre et du Grain d'Or tiennent leur nom d'enseignes de maisons qui s'y trouvaient. Enfin la rue des Bouchers Saint Jacques, anciennement appelée rue du Viel (mot désignant en langue romane un veau) rappelle cette profession qui avait élu domicile en ce lieu peu éloigné du marché aux Vaques (place de Lille). C'est d'ailleurs à proximité de cet endroit qu'on trouvait la "petite boucherie" dont une reconstitution sous forme de maquette est visible au musée de Folklore de la ville. Une des maisons de cette rue possède sur sa façade des "cartouches", sculptures nous montrant, comme une bande dessinée de l'époque, les étapes de l'abattage du cochon.

(sources : A-F-J Bozière, Tournai ancien et moderne et recherches personnelles)