21/06/2007

Tournai : le quartier Saint Jean (2)

Partant de l'église Saint Jean, la rue des Croisiers rejoint la rue de Marvis au croisement de celle-ci avec l'avenue Decraene. Sur la gauche, face au couvent des Croisiers, une rue étroite qui ne portait aucun nom lorsqu'en 1652 un certain Joachim Raguez instaura une fondation par lequel il faisait don d'une maison située "devant les prés" et destinée à recevoir treize filles chargées d'enseigner la jeunesse indigente. Le nombre de pourvues a ensuite été réduit à six, et c'est ainsi que cette voirie tortueuse prit le nom qu'on lui connaît actuellement de rue des Six Filles. Dans son prolongement, la rue des Moulins où est située l'école Industrielle et où se trouvait encore au siècle dernier la filature Philippart. Celle-ci offrant de l'emploi à des centaines de travailleurs ouvrit un second site à la rue de la Culture et regroupa ensuite l'ensemble de ses activités à la chaussée de Douai, au lieu dit Pic au Vent, avant de tomber en faillite (la crise du textile fait, hélas, aussi partie de l'évolution économique de Tournai). Loin de se décourager, de nombreux travailleurs reprirent l'activité sous forme d'une exemplaire co-gestion, qui permit ainsi de sauver plusieurs dizaines d'emplois, mais en 2002, ils furent également contraints de déposer le bilan, le prix de revient des produits hautement manufacturés ne pouvant rivaliser avec celui des pays du Tiers Monde où les travailleurs perçoivent des salaires de misère. Les locaux modernes de l'usine Daphica d'Ere sont désormais abandonnés dans l'attente d'un éventuel repreneur ou d'une nouvelle affectation.

Face à l'église Saint Jean, une longue rue permet de rejoindre le boulevard Walter de Marvis. Elle a pour nom rue Galterie Saint Jean. Son nom évolua beaucoup au cours des siècles. Dans un écrit de 1280, elle est dénommée "ruyelle (ruelle) derrière les Croisiers", en 1393 un nommé Jaquemars Polés vend une "maison à la rue des Caurois haboutant (attenant) par derrière au gardin des Croisiers". Au XVème siècle, on lui donna le nom de ruelle Saint-Jehan et une centaine d'années plus tard, les écrits la présente comme la "rue des Cabroys" dite de la Gailleterie. On approche ainsi de son appellation actuelle bien que plus tard certains actes la désignent par "rue des Casernes". Galterie, déformation de Galleterie, pourrait tout simplement rappeler un endroit caillouteux probablement en rapport avec les carrières qui s'y trouvaient alors.

Dans cette rue, le long de l'école où sont dispensés aux adultes les cours communaux de coupe et couture, s'ouvre un passage pour véhicules entre les immeubles construits par le Logis Tournaisien permettant de rejoindre le quai du Luchet d'Antoing. On lui a donné le nom de rue Rifflée, en souvenir d'une ruelle disparue au milieu de la seconde moitié du vingtième siècle et qui reliait alors la rue Saint Jean à ce même quai. A l'origine, cette rue s'orthographiait Rifflet au XIVème siècle et Rufflée au XVIème siècle. Elle porta même le nom de "rulette (ruelle) Marie-Jeanne", cette Marie-Jeanne étant une cabaretière probablement très connue à une certaine époque.

Le quai du Luchet d'Antoing ne comporte que des bâtiments récents, immeubles à appartements érigés par la société de logements sociaux de Tournai. le Luchet est une corruption de huisset ou huisselet, diminutif qui vient de huis (petite porte), nous dit Bozière, il était auparavant appelé "rivage as Caufours" (rivages des chaufours). On y trouvait à proximité une chapelle dédiée à Saint Job, édifiée par la corporation des bateliers. Pour l'entretien de celle-ci, on prélevait une légère rétribution sur chaque bateau de passage dans la ville.

Dans le triangle formé par la Galterie Saint Jean, le boulevard et l'avenue Decraene se trouvent les bâtiments de la caserne Saint Jean, école de logistique, certainement bien connue par ceux qui vinrent y accomplir leur service militaire (du temps où celui-ci existait encore !). Déjà sous Louis XIV était érigée une caserne dénommée caserne Saint Julien qui fut transformée en accueil de familles pauvres à la fin du XVIIIeme siècle. La caserne d'infanterie Saint Jean, dont la construction fut autorisée par lettre patente du roi le 24 février 1673, pouvait abriter à l'époque 1299 hommes, 17 capitaines et 30 lieutenants ainsi que leurs valets ! La caserne adjacente de cavalerie permettait d'accueillir 700 hommes, 12 capitaines et 30 lieutenants. Enfin celle des Dragons avait place pour 470 hommes, 58 officiers et bas-officiers. Ces chiffres permettent de visualiser l'étendue de la propriété militaire d'alors.  

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne" et recherches personnelles).