01/02/2017

Tournai : balade en ville - le quartier Sainte-Marguerite !

Nous poursuivons notre balade par les rues de la cité des cinq clochers, une promenade entamée la semaine dernière. Après les environs de l'Hôtel de Ville et de la place Reine Astrid, toujours sur des photos datant d'une dizaine d'années, nous partons à la découverte de lieux que les multiples chantiers qui fleurissent un peu partout en ville n'ont pas (ou très peu) modifiés.

Nous avions terminé la balade précédente dans la rue de France, une petit rue qui débouche dans le haut de la rue Saint-Martin où se trouvait jadis la ferme Casterman. Cette fois, nous descendons la rue As-Pois qui rejoint la place de Lille. Nous allons donc en grande partie parcourir le quartier Sainte-Marguerite.

La rue As-Pois est une longue rue, un peu pentue, aux maisons ouvrières occupées jadis par les "balotils", ces ouvriers tisserands à domicile, des hommes qui tissaient principalement des bas sur des métiers installés au sein même de leur modestes habitations. 

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1. Jadis les maisons de la rue As-Pois étaient occupées par des "balotils", ouvriers tisserands à domicile. 

Dans cette rue, on peut admirer de nombreux exemples de maisons de type tournaisien construites en briques et pierres avec de larges corniches dites "à corbeaux" dépassant largement. Les briques étaient, le plus souvent, recouvertes d'un couleur rouge.

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2. Dans la rue As-Pois, on découvre encore des maisons tournaisiennes typiques.

C'est dans la rue As-Pois qu'est né le baryton tournaisien Jean Noté dont nous avons retracé la biographie au sein de ce blog (Pour en prendre connaissance, il suffit d'encoder son nom dans la case "rechercher" située dans la colonne de droite, sous les liens)

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3. Emplacement de la maison natale de Jean Noté, baryton à l'Opéra de Paris. 

Nous voici arrivés sur la place de Lille, au milieu de celle-ci se dresse la "colonne française" érigée en hommage aux soldats français partis défendre la toute jeune Belgique lors du siège d'Anvers en 1831. L'empereur Guillaume des Pays-Bas avait envoyé ses troupes afin de reprendre le territoire qui était sous sa gouvernance avant l'indépendance de notre pays.  

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4. Sur la place de Lille, la déesse de la "Colonne Française" a le regard dirigé vers la France distante d'une dizaine de kilomètres.

Quittant la place de Lille par la rue Dorée nous parvenons à la place Rogier de le Pasture du nom de ce peintre tournaisien devenu, à Bruxelles, Roger Van der Weyden (voir article paru sur le blog). Sur celle-ci, on peut encore admirer le porche de l'abbaye de Saint-Médard qui s'étendait jadis jusqu'à l'église Sainte-Marguerite.

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5. Porche de l'ancienne abbaye de Saint-Médard à la place Rogier de le Pasture. 

En faisant une petite infidélité au quartier Sainte-Marguerite, nous empruntons la rue Perdue et découvrons un personnage connu des enfants du monde entier : "Martine et son chien Patapouf". Cette statue rappelle que les livres des auteurs tournaisiens Marcel Marlier et Gilbert Delahaye qui l'ont emmenée dans de multiples aventures étaient imprimés à Tournai par Casterman.

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6. A la rue Perdue, Martine et Patapouf veillent jour et nuit !

La statue de Martine se trouve au pied du "Fort Rouge " un des vestiges toujours visibles d'une des enceintes de la ville. Celui-ci a été rénové, au début du XXIème siècle. 

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7. Le "Fort Rouge" vu de la rue Perdue.

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8. Le "Fort rouge" vue du square Delannay.

Le Fort Rouge se trouve à l'entrée du "square Delannay" (du nom du pilote tournaisien abattu près de Saint-Trond par la chasse allemande, le premier jour de la seconde guerre mondiale, il fut le premier militaire belge à perdre la vie au cours de ce conflit). Ce square est un passage entre la rue Perdue et la Grand-Place. Au centre de celui-ci, on découvre le mémorial au pilote disparu (voir article qui lui a été consacré sur ce blog).

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9. Le "square Delannay" permet le passage entre la rue Perdue et la Grand-Place. 

Nous voici revenu dans le quartier Sainte-Marguerite, par la place Rogier de le Pasture nous arrivons à la rue Roc Saint-Nicaise. Nous y découvrons également une rangée de maisons tournaisiennes. C'est dans cette rue qu'est né le peintre tournaisien qui a donné le nom à la place (voir article que nous lui avons consacré). Une pierre, hélas, plus trop lisible, a été apposée sur la maison construite à l'emplacement du lieu de naissance, pratiquement en face du Musée des Armes. 

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10. Rangée de maisons tournaisiennes à la rue Roc Saint-Nicaise

(documents photographiques de Francis Bauduin - Renelde Rauwers (n°6) et de l'auteur (n°1)).

S.T. janvier 2017.

18/11/2015

Tournai : la lente mutation de la rue Perdue.

tournai,rue perdue,hôtel du maisnil,hôtel dumortier,théâtre de tournai,hôtel des pompiers,réidence le théâtre,fort rougeDans le courant du mois de juillet 2015, le blog vous a proposé un article consacré à la lente mutation de la rue Saint-Eleuthère. De nombreux mails de lecteurs m'ont prouvé que ces transformations du paysage de Tournai présentaient un réel intérêt pour ceux qui sont passionnés par l'Histoire de la cité des cinq clochers.

La rue Perdue, un nom étrange !

A propos de cette rue, en pavés, d'une longueur d'environ deux cents mètres qui relie la rue Dorée, au moment où celle-ci aborde la place Roger de le Pasture, à la placette aux Oignons, on s'est longtemps interrogé sur l'origine de sa dénomination. 

Certains ont prétendu que celle-ci lui avait été donnée par une famille du nom de "Perdu" qui y aurait demeuré jadis. D'autres, probablement plus proches de la vérité, y voit un rappel de sa situation, une rue située hors les murs de la deuxième enceinte communale symbolisée par le Fort Rouge qui s'y trouve. Une de ces rues où il ne faisait peut-être pas bon se promener, une fois la nuit tombée.

Un peu d'histoire.

Les nombreuses fouilles qui y ont été réalisées lors de la construction de fondations d'immeubles ont révélé la présence de tombeaux, d'urnes funéraires, de médailles prouvant l'existence à cet endroit d'un cimetière. A l'époque gallo-romaine, les morts étaient toujours enterrés en dehors des cités. Ce cimetière n'est que l'extension de celui qui se trouvait sous la Grand-Place.

La rue Perdue fut jusqu'à la fin du XVIIIe, un haut lieu du "Jeu de Paume". Un acte notarié de 1788 renseigne en effet que le sieur "Ignace Morant a acheté une maison, rue Perdue, enseignée le Waux-Hall, ci-devant le jeu de Paume".

Jusqu'en 1781, selon Hoverlant, cette large rue était ombragée de beaux tilleuls.

Le théâtre.

On note au XVIIe siècle, la présence, sur la droite de la rue en venant de la rue Dorée, de bâtiments formant un grand quadrilatère fermé appelé les "Baraques". C'est sur ce terrain que sera construit le théâtre, en 1745, sur les instances du sieur Bernard, lieutenant du Roi et commandant la place. La disposition de la salle n'étant pas des plus heureuses, l'architecte et charpentier Douai la modifia. Par la suite, la salle de spectacle qui appartenait à un certain Declipelle, fut rachetée par la Ville pour la somme de 18.000 francs de l'époque.

Un peu plus de cent ans après sa construction, le 21 décembre 1852, le théâtre fut totalement détruit par un incendie. Sa reconstruction fut confiée à l'architecte tournaisien Bourla et les travaux à l'entreprise Bulot. Le nouveau théâtre fut inauguré le 11 septembre 1854 en présence de la famille royale.

Sept ou huit marches donnaient accès à un péristyle composé de trois arches de style roman. Au-dessus de celui-ci, un balcon présentait trois hautes fenêtres entourées de colonnes corinthiennes. Le tout était surmonté d'un attique décoré de cartouches finissant le frontispice. Le bâtiment se terminait par deux personnages symbolisant la Belgique et l'Escaut tenant l'écusson de la ville. Beaucoup, à l'époque, ont critiqué la lourdeur et le style emprunté du bâtiment.

Le théâtre sera endommagé lors des bombardements de mai 1940 et démoli dans le courant de l'année 1942 afin de dégager une perspective sur le chœur de l'église Saint-Quentin située derrière, probable argument pour justifier sa disparition.

Durant près de cinquante ans, le terrain vague sera un des nombreux chancres qui parsemèrent le paysage tournaisien après la seconde guerre mondiale, au même titre que l'ilot des Douze Césars situé entre la Grand-Place et la rue Perdue. La FGTB, toute proche, y aménagea, durant une quinzaine d'années, un parking privé pour ses employés. En 2009 débutèrent les travaux de construction de la résidence-service du "Théâtre" qui s'y dresse actuellement s'étendant jusqu'à l'angle de la rue des Maux. 

A la droite du théâtre, lorsqu'on regarde sa façade, au début du XXe siècle existait encore le "Café des Variétés", tenu par un certain J.B. Dupont, loueur de voitures. Entre ce café et l'angle de la rue des Maux, on découvrait un autre estaminet à l'enseigne du "Café de l'Univers".

L'hôtel Barthélémy Dumortier.

Cet hôtel particulier de deux étages était bien visible depuis le haut de la rue Perdue puisqu'il fermait la perspective, à hauteur de la placette aux Oignons. Il est paradoxal de constater que c'est lorsque la large rue Perdue se rétrécit que la voirie qui la prolonge porte le nom de placette.

Laissé à l'abandon, cet hôtel, menaçant depuis bien longtemps ruine, a été rasé dans le courant des années nonante. A sa place s'élève désormais un immeuble à appartements de standing érigé dans le cadre de la rénovation globale du site des Douze Césars.

L'Hôtel du Maisnil.

Faisant face au théâtre, sur le trottoir de gauche en descendant la rue, se trouvait l'Hôtel du Maisnil, une demeure du XVIIe siècle qui allait subir une transformation au XIXe. Un très long bâtiment de huit fenêtres, toutes munies de "battantes" (volets qu'on referme de l'extérieur) et d'une grand-porte. Au premier étage, sur toute la façade courait un balcon, le deuxième étage semblait semi-mansardé vu la petitesse des fenêtres. Une carte postale ancienne, malheureusement non datée, renseigne que ce bâtiment accueillait une école d'infirmières. Paul Rolland plaidait pour la conservation de ce type d'hôtel particulier devenu rare à Tournai.

Le massacre des années soixante.

Peut-on parler de "golden sixties" en ce qui concerne la conservation de ces bâtiments faisant partie de notre patrimoine architectural. Une nouvelle génération d'architectes avait fait son apparition et elle vouait un culte, tout particulier, au "Dieu béton". Hôtels de maîtres et petites maisons au charme désuet ont été ainsi systématiquement sacrifiés, sans regret, pour faire place à des résidences dont on peut relever la pauvreté architecturale. Elles ont l'apparence de cubes, munis de balcons, faits d'une ossature en béton, de cinq à six niveaux, en brique et béton apparent recouvert d'une simple couche de peinture. Même si ces immeubles assurent un réel confort intérieur aux gens qui y résident, il faut bien dire que leur aspect extérieur est d'une banalité affligeante.

Ce fut le sort réservé à la partie de gauche de la rue Perdue. L'hôtel du Maisnil mais aussi des petites maisons dont le café à l'enseigne de "La Contrebasse" disparurent en un clin d'œil frappés par les engins de démolition.

L'Hôtel des Pompiers.

A la fin des années soixante, le conseil communal vote le transfert de l'Hôtel des Pompiers situé, depuis plus d'un siècle, à la place Saint-Pierre dans un bâtiment offert par les frères Crombez en 1856. Un nouvel immeuble est construit sur le trottoir faisant face à l'ancien théâtre. Il est composé de deux bâtiments, l'un d'un vaste garage à six portes au rez-de chaussée, d'une salle à l'étage éclairée par neuf fenêtres le long d'un balcon, lieu où se déroulaient les banquets, les réunions et les répétitions de l'harmonie et de sept autres fenêtres pour les bureaux et salles de repos. Un second bâtiment de deux étages comprenait un mess au rez-de-chaussée et les services dont la centrale de secours d'urgence "100" à l'étage.

En investissant ce lieu, en 1970, les sapeurs-pompiers tournaisiens revenaient un peu aux sources puisque le corps fut déjà logé de 1834 à 1856 à la rue Perdue à proximité du domicile de leur Commandant d'alors Philippe Nève.

Le temps qui passe exige une nouvelle approche de l'organisation services de secours et nécessite, bien souvent, une nouvelle localisation pour faire face à la rapidité d'intervention. La rue Perdue, située sur un axe de traversée de ville, était bien souvent embouteillée aux heures de pointe et rendait parfois difficile le départ des véhicules d'intervention. En 2006, les hommes du feu déménagèrent donc à l'avenue de Maire dans de nouveaux locaux.

L'ilot de l'ancienne caserne qui s'ouvrait également sur la rue des Bouchers Saint-Jacques et la rue Dorée fut réaffecté en logements. Des résidences ont été aménagées ou construites. Elles sont destinées au logement de standing, dans la rue Perdue, et au logement social, dans la rue des Bouchers Saint-Jacques, le tout dans un but avoué d'intégration sociale. La caserne a conservé l'aspect qu'on lui connaissait au niveau de la rue Perdue.

Notons encore qu'une petite maison a été détruite dans les années septante, elle était située entre la caserne et la café à l'enseigne de "la Parenthèse" s'élevant au coin de la rue Dorée. Un immeuble abritant le secteur du livre du syndicat FGTB a été construit dans un style relativement moderne.

Le parking souterrain.

A l'instar des autres villes grandes ou moyennes, le problème du stationnement est devenu crucial à Tournai. C'est ainsi qu'en 2011 débutèrent les travaux de construction d'un parking souterrain de 116 emplacements sur deux niveaux. Celui-ci a été inauguré en avril 2014.

tournai,rue perdue,hôtel du maisnil,hôtel dumortier,théâtre de tournai,hôtel des pompiers,réidence le théâtre,fort rougeEt maintenant ?

Les rues de l'Yser et de l'Hôpital Notre-Dame étant en sens unique et ne permettant plus le passage direct de l'Escaut vers la Grand-Place, la rue Perdue fait désormais partie d'un des deux axes de la traversée Nord-Sud de la cité au même titre que la rue de la Tête d'Or. 

En bas de la rue, à droite, le square Delannay permet désormais une jonction piétonne avec la Grand-Place. Il est malheureusement le lieu de rassemblement d'individus au commerce louche et le site de soulagement de personnes ayant forcé sur la dive bouteille !

Il est bien loin le temps où elle était perdue le long des murs de l'enceinte.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, réédition parue en 1974 - "Tournai perdu, Tournai gagné", ouvrage édité par la Fondation Pasquier Grenier en 2013 - la presse locale).

S.T. novembre 2015.

19/12/2012

Tournai : on a retrouvé la rue... Perdue !

Voici quelques semaines que la rue Perdue est à nouveau accessible à la circulation automobile, cela faisait trois ans qu'elle était fermée en raison de la construction d'un parking souterrain sur deux étages. Il n'a pas fallu longtemps pour que les automobilistes tournaisiens et autres se réapproprient cet important axe de traversée de la ville, une des deux branches de l'axe nord-sud menant de la gare à la place de Lille. 

Comme chaque année, le Marché de Noël a amené des milliers de visiteurs à Tournai et la rue Perdue rénovée a été envahie par les véhicules au point de voir les conducteurs stationner, sans respect pour le code de la route, sur la voie cyclable et les trottoirs, au grand dam des piétons obligés d'emprunter le milieu de la rue.

L'aspect de cette ancienne rue de Tournai édifiée sur les remparts de la première enceinte communale a été modifié en profondeur. Paradoxalement, la partie la plus étroite de la voirie qui débute à la rue Piquet est appelée "placette aux Oignons", c'est au moment où elle devient plus large qu'elle prend le nom de "rue Perdue".

Si la placette aux Oignons a pratiquement conservé l'aspect qui était le sien après la seconde guerre mondiale (si on excepte une nouvelle résidence construite il y a peu sur un ancien terrain vague jadis fermé par un mur), celui de la rue Perdue a été modifié, au fil du temps, au cours de ces cinquante dernière années.

Une série de petites maisons parmi lesquelles un café à l'enseigne de "la Contrebasse" ont été rasées dans le courant des années soixante afin d'édifier une première résidence à appartements, ensuite, l'hôtel des pompiers a été érigé à la fin des années soixante et a permis à ceux-ci de quitter la place Saint-Pierre, le 11 juillet 1970. les hommes du feu y sont restés durant un peu plus de trente six avant de rejoindre une nouvelle caserne à l'avenue de Maire en 2006. La caserne abandonnée par ses occupants a été transformée, dès 2008, en divers appartements. Entre la résidence et l'ancienne caserne des pompiers, on a par la suite construit un énorme bâtiment siège d'un organisme financier, le CPH. Entre les pompiers et le café de la Parenthèse qui fait le coin avec la rue Dorée, un petit terrain a encore permis l'édification du siège d'un syndicat. On peut donc dire que ce côté de la rue possède des immeubles qui datent d'à peine une cinquantaine d'années à usage d'habitations ou de bureaux. 

De l'autre côté, à l'angle de la rue des Maux, la résidence "le Théâtre" a pris la place de l'ancien théâtre communal, inauguré le 11 septembre 1854 en présence de la famille royale et disparu lors des bombardements de 1940. 

Bozière nous donne une description de ce bâtiment :

"sa façade, d'une lourdeur choquante, se compose d'un porche à trois arcades, posées sur des degrés et surmontées d'un balcon. L'étage est cerné de colonnes corinthiennes engagées, et exhaussées par un attique couronné de vases et de figures symboliques de la Belgique et de l'Escaut tenant l'écusson de la ville. Dans la partie qui forme arrière-corps, il y a des fenêtres à fronton. On y trouve encore de groupes de génies, armés du poignard tragique et de la verge comique. Ces figures soutiennent des cartouches sur lesquels on a tracé les noms des plus fameux musiciens et auteurs dramatiques. Les macarons qui ornent les clefs de voûte du porche, complètent la décoration sculpturale du frontispice". 

Un style qu'on qualifierait aujourd'hui de pompeux, de délirant voire de rococo bien dans l'esprit du XIXe siècle !

Juste à côté de la résidence "le Théâtre", au n°18, une petite maison a été restaurée. Elle faisait jadis partie d'un rang de maisons bâti d'une seul tenant probablement au XVIIe siècle. Peut-on parler d'un sauvetage d'un témoin du passé de la ville ? On parlera plutôt de "façadisme", car seule la façade a été conservée tout en y ajoutant même des éléments modernes. La maison est belle mais n'est plus représentative du passé au contraire de sa voisine au n°16.

Pièce importante du site dit des "Douze Césars", le Fort Rouge a été restauré et remis en valeur, de chaque côté, des nouvelles résidences à appartements ont été construites. Pour les édifier, on a été obligé de démolir les immeubles qui se dressaient auparavant.

Au pied du Fort Rouge, les visiteurs peuvent admirer une statue de "Martine et de son chien Patapouf", en hommage aux dessinateur Marcel Marlier, dessinateur qui, sur des textes de Gilbert Delahaye, a donné vie à cette héroïne tournaisienne de la bande dessinée mondialement connue.

A l'angle de la rue Perdue et de la placette aux Oignons, a disparu, en 1996, "l'Hôtel Saint- Sébastien". Celui-ci fermait le bas de la rue Perdue juste avant le rétrécissement de la placette. Il était nécessaire de le démolir pour des raisons de sécurité mais aussi si on voulait mettre en valeur le "Fort Rouge" car il le dissimulait à la vue des passants. Il avait été acquis par la Ville en 1965 dans le cadre d'une revitalisation du site mais laissé durant un peu plus de trente années à l'abandon tout comme les nombreux projets d'aménagement des lieux qui se succédèrent.

Ni Bozière, ni Soil de Moriamé n'ont évoqué dans leurs ouvrages une description de ce bâtiment. Tout au plus parlent-ils du "fossé Kinsoen" qui se trouvait à cet endroit. Heureusement, Benoit Dochy s'est penché sur cet immeuble et a publié son étude dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier. 

Le fossé situé au pied du Fort Rouge, aussi appelé "le jardin des Archers ou de Saint-Sébastier", était affecté à l'entraînement des archers. Une maison voisine servait de logis au valet du serment, de lieu de réunion pour les Confrères et de chambre corporative pour les métiers de la ville. 

Suite à de nombreuses démolitions effectuées en mars 1677, les archers se trouvèrent dépouillés  de leur jardin, ceux de la confrérie de Saint-Sébastien déménagèrent dans un atelier de cordier, acheté par la Ville, situé entre les portes de Morelle et Marvis. 

Le bâtiment resta propriété communale, il hébergea la "Société des Concerts" fondée en 1774, dont les membres appartenaient au clergé, à la noblesse et à la bourgeoisie et assistaient à de nombreuses réunions musicales. En 1782, en raison du nombre de plus en plus important de membres, la société déménagea vers la Halle-aux-Draps et l'immeuble fut loué à la loge maçonnique "les Frères Réunis" au loyer de cent-vingt florins par an. La loge partageait l'immeuble avec un menuisier, le sieur Dumont.

En 1803, la loge quitta l'hôtel des Archers pour une maison située à la rue As-Poids, au pied de l'église Sainte-Marguerite. Un autre menuisier, du nom de Cottignies occupa le n°2 de la rue Perdue. En juillet 1827, l'immeuble fut mis en vente publique par la Ville. C'est un nommé Henry Kinsoen, natif de Bruges, qui s'en porta acquéreur. Veuf, il avait épousé, en seconde noce, une tournaisienne répondant au nom de Marie Sophie Brice en avril 1817. Il se déclarait fournisseur de l'armée hollandaise comme entrepreneur de vivres. L'acquéreur reconstruisit, comme cela était exigé lors de la vente, les façades de la rue Perdue et de la placette aux Oignons. Dans le fossé qui jouxtele bâtiment, il construisit également onze maisonnettes qui seront occupées par la suite par des personnes très modestes, dans des conditions d'hygiène qui laissaient bien souvent à désirer. Cette "courée" prit le nom de "Fossé Kinsoen" (dit plus souvent Kinseon en patois). Après la mort des époux Kinsoen (1866), l'immeuble changera plusieurs fois de mains et deviendra notamment propriété de Barthélémy Noël Dumortier (fils). La Ville le rachètera en 1965 à un couple de médecins. Ce n'est qu'en 1996 après qu'une partie de la rue se soit effondrée en raison de la présence d'une de ses caves sous la voirie qu'on procèdera à sa démolition. 

Rue du centre-ville, au caractère essentiellement résidentiel, séparée de la Grand'Place par le square Delannay et le passage des "Douze Césars", la rue Perdue a retrouvé toute son animation et verra probablement la circulation augmenter dès que la parking sera (enfin) opérationnel ! Pourvu simplement qu'à l'avenir les automobilistes qui désirent y stationner ne le fassent pas en dépit du bon sens mais dans le respect des autres !

(sources : "Au pied du Fort Rouge, l'hôtel Saint-Sébastien" étude de Benoit Dochy, parue dans le n° 93 de la revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier en juin 2008, "L'habitation tournaisienne, l'architecture des façades"" de Soil de Moriamé, édition originale parue aux éditions H. et L. Casterman en 1904, "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, édition originale parue aux éditions d'Adolphe Delmée en 1864 et recherches personnelles).

(S.T. décembre 2012)