22/03/2017

Tournai : le prix de l'asbl Pasquier Grenier

Deux magnifiques restaurations primées par Pasquier Grenier. 

Fortes de plus de 400 membres, L’ASBL Pasquier Grenier oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine immobilier tournaisien. Depuis sa création en 1984, on ne compte plus le nombre d'interventions que ses administrateurs ont effectuées auprès de différents services responsables afin de défendre des constructions remarquables appartenant au patrimoine immobilier de la ville ou afin de signaler des immeubles fortement dégradés ou carrément laissés à l'abandon. On ne compte plus les courriers adressés au service de l'Urbanisme pour signaler des restaurations mal réalisées en ce qui concerne notamment les matériaux ou les couleurs utilisés ou le respect de l'harmonie de l'environnement.

Les restaurations sont l'oeuvre tant du secteur public que de propriétaires privés, elles représentent un combat de longue haleine qui peut parfois décourager certains téméraires tentés par l'aventure. Aussi l'ASBL Pasquier Grenier intervient pour soutenir le projet, apporter son aide dans les démarches à effectuer, donner des conseils et récompenser les meilleures réalisations. Depuis plus de 30 ans, des propriétaires audacieux ont ainsi été récompensés.

Le 9 février dernier, le Conservatoire de Tournai accueillait un nombreux public convié à la remise du prix annuel.

Cette année deux réalisations exemplaires ont été primées, l'une entreprise par le secteur public, l'autre par un propriétaire privé. Toutes deux présentent une telle qualité qu'il a été impossible au jury de les départager.

Le Conservatoire de la Ville de Tournai.

Pour admirer le travail réalisé, il suffit de comparer deux photos prises à dix ans d'intervalle, l'une prise en 2006, l'autre aujourd'hui :

2006 Tournai la Salle des Concerts.JPG

Une toiture et des corniches en mauvais état, les éléments entourant les fenêtres totalement dégradés, le revêtement du pourtour qui s'effondre sur la voie publique et des locaux intérieurs non adaptés aux exigences d'accueil des nombreux élèves. En clair, une impression de délabrement au centre d'une place Reine Astrid accueillante (photo F.B).

2017.03 place Reine Astrid salle des Concerts rénovées.JPG

C'est tout l'ensemble qui a été rénové en comprenant également les façades des immeubles de l'ilôt des Primetiers. De larges vitres ferment désormais le péristyle créant ainsi un lieu de réception convivial, la salle des concerts situées à l'étage a été totalement rénovée ainsi que les ascenseurs et les classes (photo : S.T.). 

 

L'immeuble situé à l'angle de la rue de l'Hôpital Notre-Dame et le la placette du Bas Quartier.

2017.03 rue de l'Hôpital N-D prix Pasquier Grenier.JPG

(photo : S.T.).

Cet immeuble abritait jadis le café à l'enseigne de "l'Entracte" en raison de sa proximité avec le cinéma Multiscope Palace aujourd'hui disparu. Il a été racheté et entièrement rénové par Mr. Yves Boyaval avec l'aide du cabinet d'architecture Archipel (Eric Marchal et Frédérique Matagne). La réalisation n'était pas simple, car il a notamment fallu supprimer et remplacer des éléments qui avaient été ajoutés au fil des restauration précédentes. Cet immeuble de style Louis XIV a aujourd'hui retrouvé sa splendeur historique avec sa toiture totalement refaite, ses larges corniches débordantes à corbeaux, ses pierres et briques et son badigeon rouge sang de bœuf.

Mer et Mme Yves et Anne Boyaval, d'origine française, passionnés par les anciennes pierres, ne sont pas inconnus à Tournai. Ils sont tombés sous le charme de la cité des cinq clochers, il y a de nombreuses années et ont déjà été primés par Pasquier Grenier, en 2010, pour une autre rénovation, celle d'une rangée d'immeubles située aux numéros 8, 9 et 10 du quai Notre-Dame, au sein d'un ensemble immobilier plus vaste, héritage de l'aménagement des quais de Tournai et de la rectification du cours de l'Escaut entrepris sous Louis XIV. 

Tournai Quai Notre-Dame maisons rénovées (2013).JPG

Quai Notre-Dame 8, 9 et 10 (juste après la façade en pierre jusqu'à l'angle du quai avec la ruelle des Noirets- photo J d.C).

De nombreux propriétaires n'hésitent pas de se lancer dans la restauration de leur immeuble afin de lui redonner l'aspect et le lustre de jadis. Année après année, Tournai retrouve des témoignages de son riche passé. L'Optimiste vous emmène à la découverte de ces différentes réalisations primées en vous les situant.

En vous promenant dans la ville, vous pourrez les admirer :

Quai Taille Pierre n°22, rue des Récollets n°26, rue des Augustins n°53, rue du Floc à Brebis n°13, rue de la Ture n°29, rue du Château n°33, rue Haigne n°27, rue Saint-Jacques n°17, rue des Corriers n°22, quai du Marché-au-Poisson n°18, rue Saint-Jacques n°9, rue du Ballon n°16 et 18, rue Sainte-Catherine n°30, rue du Palais Saint-Jacques n°5, rue Roc Saint-Nicaise n°19, rue du Louvre n°1 et 3, rue Sainte-Catherine n°25, rue des Jésuites n°19, place Victor Carbonnelle n°5, rue des Récollets n°4, rue des Corriers n°50, rue Saint-Piat n°1, quai Vifquin n°19, rue Dame Odile n°4, rue des Puits l'Eau n°9 et 11, rue de la Cordonnerie n°2, rue des Augustins n°27 et 29, rue de la Madeleine n°17, avenue Van Cutsem n°28 et 29 (deux maisons "Art Nouveau" érigées en 1904), Quai Notre-Dame N° 8, 9  et 10, rue Roc Saint-Nicaise n°15 (angle de la rue Jean Noté), rue des Cloches n°4, rue de l'Hôpital Notre-Dame à l'angle de la placette du Bas-Quartier (immeuble dit "Aux Scènes bibliques" faisant face à la réalisation primée en 2016), rue des Croisiers n°1 (ancien presbytère de l'église Saint-Jean Baptiste), Boulevard des Déportés n°36 (immeuble Art Nouveau), Boulevard Léopold (bâtiment néogothique de l'Institut Don Bosco, ancien orphelinat et oratoire Saint-Charles).

(sources : revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier - presse locale : le Courrier de l'Escaut).

S.T. Mars 2017.

01/03/2016

Tournai : la lente évolution de la rue de l'Hôpital Notre-Dame

Le rue de l'Hôpital Notre-Dame tire son nom de l'institution hospitalière dénommée "Hôtellerie de Notre-Dame" ou "Charité du Gué" qui y existait, probablement, dès le IXe siècle. A partir du XIIIe siècle, ce lieu de soin fut desservi par la congrégation des sœurs de l'Hôtellerie. Cette institution sera remplacée fin du XIXe siècle, par l'Hôpital Civil construit au boulevard Lalaing qui regroupa, déjà, certaines maisons de soins comme, également, les hôpitaux de Marvis et de la Planque. Cette rue rénovée récemment dans le cadre du projet cathédral est située sur l'axe principal qui relie la gare à la Grand-Place, elle fait jonction entre la place Paul-Emile Janson et l'Escaut à hauteur du pont Notre-Dame.

La rue à travers le temps.

1970 Tournai travaux pont Notre-Dame.jpgAu moyen-âge, cette voirie menait au vieux "wez", nom donné alors aux abreuvoirs pour animaux, ce qui lui amena l'appellation de "rue du Vieux Wez". Au XIXe siècle, dans un hôtel particulier situé à peu près au milieu de la rue, y habita la famille Crombez dont un des fils, Louis, sera bourgmestre de la ville de 1872 à 1883. En 1856, les trois frères Crombez (Louis, François et Benjamin) mirent cet hôtel familial à disposition du corps des volontaires-pompiers tournaisiens afin d'y installer leur arsenal. Lorsque l'hôpital Notre-Dame ferma ses portes, les bâtiments furent destinés à accueillir l'Académie de Dessin créée le 1er avril 1757 et située alors à Grand-Garde, elle prendra par la suite le nom d'Académie des Beaux-Arts.

Le cinéma Palace.

Avec l'arsenal des Volontaires-Pompiers et l'Académie des Beaux-Arts, voici la troisième institution tournaisienne située dans cette rue relativement animée : le cinéma Palace. En 1912, les bâtiments de l'école primaire supérieure située au n°17 de la rue de l'Hôpital Notre-Dame avec entrée secondaire à la rue de l'Arbalète sont vendus pour 50.000 francs à la société allemande Hanséatic pour la construction d'un cinéma. Celui-ci ouvrira ses portes le 25 août 1913. Repris après la première guerre par Julien Carpreau, il passera très vite sous la direction de Michel Vanden Broecke, un pâtissier de formation qui deviendra le "roi du spectacle " à Tournai, y organisant des soirées de music-hall, de théâtre, des bals et même des rencontres de boxe. Il accueillit les plus grandes vedettes de l'époque : le chanteur parisien Mayol, l'actrice Colette Darfeuil ou les héros cinématographiques, aujourd'hui oubliés, Double-Patte et Patachon.

Durant le second conflit mondial, Michel Vanden Broecke, mieux connu sous le nom de Chelmy, sera victime des bombardements de Bruxelles, ville où il avait émigré. C'est la famille Evrard qui était devenue propriétaire du bâtiment. Par succession, c'est leur fils Germain Evrard, dénommé "Germain du Palace" (NDLR :voir l'article que nous lui avons consacré), un garçon, malheureusement intellectuellement limité, qui devint le propriétaire. Les gestionnaires seront Mr et Mme Deblir. Le 16 mai 1940, le bâtiment fut détruit par les bombardements mais rapidement reconstruit. Les Deblir seront responsables du cinéma et en deviendront propriétaires à la mort de Germain Evrard en 1972. En 1976, le cinéma sera racheté par la famille Carpentier qui, après une brève fermeture, le transformera en Multiscope Palace, cinq salles remplaceront l'unique salle d'alors. Une trentaine d'années qui virent parfois la foule faire la file sur le trottoir lors de la projection de films à succès passèrent. Le dimanche 20 décembre 2005 sera celui de la dernière séance (si bien décrite dans une chanson d'Eddy Mitchell). Ce jour-là, le nom de Palace va disparaître du paysage cinématographique tournaisien pour renaître sous la forme du "Complexe Imagix" situé le long du boulevard Delwart.

Une mutation beaucoup trop lente.

2005 Tournai rue de l'Hôpital Notre-Dame.JPGDurant la seconde guerre mondiale, certaines parties de la rue furent relativement épargnées, ce qui explique que des bâtiments anciens y sont encore visibles. Hélas, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, jadis commerçante et animée, se meurt. Est disparu le café "Le Phare", situé à l'angle du quai Notre-Dame, qui fut tenu dans les années soixante par Eudore Godart et son épouse, un coiffeur-perruquier, attaché au service de la revue annuelle du Cabarat Wallon Tournaisien. A fermé sa porte, le café "Le Vertigo" à l'angle de la placette du Bas Quartier (aussi anciennement dénommé l'Entracte), rasés le restaurant "Chez Pietro" qui avait succédé à un magasin d'encadrement, le cinéma Palace et les anciens locaux du Courrier de l'Escaut. Même le corps des Pompiers allait quitté son hôtel pour un nouvel arsenal situé dans la rue Perdue. Il ne subsiste actuellement qu'un terrain vague entre la rue de l'Arbalète et la place Paul-Emile Janson. Le trottoir d'en face n'a rien à envier : la pharmacie "Multi-Pharma", ancienne Maison des Mutualistes, a été transférée, la salle de jeux a fermé ses portes après avoir connu un drame lors du meurtre d'un jeune homme, le magasin de laines pour canevas est devenu une maison particulière...

Il reste une commerce de torréfaction de café dont l'enseigne s'intitule "Aux scènes bibliques". Le bâtiment est, en effet, décoré de sculptures en haut relief représentant des scènes tirées de la Bible comme la Samaritaine, l'enfant prodigue, le jugement de Salomon... Il reste également le "Beau Bar", un bar fréquenté par des personnes en difficulté ou ayant des difficultés à s'intégrer dans la société, un salon de coiffure, une armurerie, l'école des Beaux-Arts avec son extension pour les cours du soir dans l'ancien couvent situé en face et quelques maisons particulières occupées par des étudiants qui leur donnent l'impression de maisons inoccupées où pendent, aux fenêtres, des draps ou couvertures en guise de rideaux.

A l'angle du quai du Marché aux Poissons, l'immeuble appartenant aux Voies Hydrauliques occupé, au premier étage par le pontonnier chargé de manœuvrer le pont, est le seul endroit qui donne une impression de vie, le soir.

L'avenir ???

La rue vient donc d'être rénovée au même titre que les autres voiries du quartier cathédral. Mise en sens unique vers l'Escaut depuis sa réouverture à la circulation, les rares automobilistes qui l'empruntent ignorent et surtout feignent ignorer que la vitesse y est limitée à 20km/h, le panneau annonçant un espace partagé entre véhicules et mobilité douce le signalant pourtant. Certains feignent aussi ignorer que les stationnement des véhicules n'y est pas autorisé et squattent les parties légèrement surélevées symbolisant l'idée des trottoirs anciens. On voit souvent des chauffeurs, principalement ceux de services de livraisons expresses, la descendre sans relever le pied. Il faut dire à leur décharge que la rue de l'Hôpital Notre-Dame donne actuellement l'aspect d'une large voirie sans vie, comparable a celui des rues au temps des dimanches sans voiture. Rien n'est fait non plus pour la rendre attractive, ce ne sont pas les trois bacs fleuris (!) posés face à l'Académie des Beaux-Arts et parfois bien bousculés qui peuvent, un tantinet, l'égayer. La fermeture du lieu d'enseignement artistique et des deux ou trois commerces qui y subsistent durant le week-end et lors des vacances scolaires amplifie même cette morne impression.

Dans quelques semaines débutera le chantier de construction d'un immeuble à appartements à l'emplacement de l'ancien siège du Courrier de l'Escaut, on nous annonce un rez-de-chaussée commercial. Encore faut-il qu'un commerce durable vienne s'y installer sinon il faudra encore louer les lieux à un magasin de nuit !!!! Pendant ce temps, le terrain vague où s'élevaient jadis le cinéma Palace et le restaurant Chez Pietro rappelle les images du Tournai d'après-guerre et de ses ruines.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière, ouvrage paru en 1864, "Tournai sous les bombes", ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1974, "Tournai, les Toiles oubliées" ouvrage de Max Hovine sur les cinémas tournaisiens paru en 2006, recherches personnelles - documents photographique 1 : presse locale, document 2: collection personnelle).

S.T. mars 2016.

16/10/2014

Tournai : un quartier sinistré en héritage !

On a appris cette semaine que Mr. Robert Delvigne succèdera, au poste d'échevin de la ville de Tournai, à Mme Marie-Christine Marghem, désormais ministre au sein du gouvernement fédéral.

On ne sait pas si de nombreux Tournaisiens lui ont souhaité "bonne chance" dans cette nouvelle fonction. L'homme en aura besoin, car il lui a notamment été légué l'urbanisme et le suivi du projet cathédral, un héritage empoisonné pour ce commerçant qui va devoir affronter la lassitude de ses confrères des rues entourant le prestigieux édifice.

Est-ce en guise de cadeau de bienvenue qu'un journal local a présenté, cette semaine, en première page, une photo de la rue de l'Hôpital Notre-Dame affublée de la légende : "Tournai sous les bombes", titre d'un excellent ouvrage d'Yvon Gahide, paru en 1984 ?

L'Optimiste partage, depuis bien longtemps, cette vision dantesque, cette impression sinistre que laisse le quartier depuis le début de sa rénovation, voici déjà quelques années. Bien sûr, chacun sait qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs et qu'une rénovation débute toujours par une phase, dans le cas qui nous occupe, d'importantes démolitions. Toutefois, quand les ruines deviennent un chancre qui s'installe et perdure, alors là, on comprend que le dossier a été soit mal ficelé, soit mal géré. Dans le cas précis, il y a un peu des deux à la fois et aussi un grain de malchance.

Le remplacement des pavés et trottoirs de la rue de l'Hôpital Notre-Dame a été réalisé "presque" dans les délais prévus (on sait que ce dossier va beaucoup moins vite que ne le laissait prévoir le planning paru à l'origine dans une gazette de chantier qui semble avoir disparu par manque de crédibilité).

L'immeuble du Courrier de l'Escaut est vide depuis le départ du journal pour de nouveaux locaux, d'abord situés à la rue de Paris et ensuite à l'avenue de Maire. Cela fait donc déjà quelques années. Les ateliers d'impression ont été rasés et la dalle de béton est devenue au fil du temps, un zone de parking sauvage entourée de barrière Héras formant un site digne d'une des plus célèbres scène du film "West Side Story". 

Juste à côté, l'imposant bâtiment qui abritait le cinéma Palace, ses cinq salles de projection et le magasin de pralines a été rasé, voici plus de trois ans et sert désormais de dépôt à l'entreprise chargée des travaux de rénovation du quartier. Monts de terre, de sable, de pierres, de briques, engins de chantier composent, depuis longtemps, un paysage que n'aurait pas renié Joris Yvens pour son film "Misère dans le Borinage".

Le restaurant italien situé à l'angle que fait la rue de l'Hôpital avec celle de l'Arbalète a été le théâtre des exploits des démolisseurs, il y a quelques mois déjà. Depuis tout est resté en l'état, comme pour narguer le passant soucieux de l'esthétisme de sa ville, une imposante grue a pris ses quartiers tout en haut du tas de gravats. Entre l'ancien couvent abritant des classes de l'Académie des Beaux-Arts et la cathédrale drapée dans les voiles de l'indifférence, elle semble veiller sur "Le petit monde de Don Camillo".

La raison de cet immobilisme est simple. Pour ne pas défoncer le revêtement qui vient d'être posé, l'évacuation des déchets ne peut se faire au moyen de semi-remorques. Est-ce pour cela, que ce mardi soir, l'Optimiste a vu, dans la pénombre, une bande d'individus emporter des pierres dans un caddy de supermarché ! Ces gens-là devaient penser : "La nuit est à nous".

Dans la rue du Curé Notre-Dame, les fenêtres des bureaux du Courrier de l'Escaut ont été obturées par des panneaux de bois afin d'éviter les squatteurs. Cet immeuble est aussi voué à la démolition. Hélas, le projet de construction, à cet emplacement, d'appartements de standing présenté par la firme Dherte tarde à se concrétiser en raison du rejet par les services de l'Urbanisme de la première mouture des plans. Il est vrai qu'il ne s'intégrait pas dans le paysage et qu'il devait faire l'objet de quelques modifications. Voir un jour s'élever un bâtiment flambant neuf, cela devient peu à peu :"La grande illusion".

Juste à côté, l'ancien espace Pic-Puce accueille désormais une agence immobilière, bien réelle et active (une activité commerciale, c'est devenu rare dans le quartier) et le toujours futur "Espace Depardieu" que les Tournaisiens comparent déjà à "L'Arlésienne", celle dont on parle tout au long de la pièce mais qu'on ne voit jamais (précision pour les gens qui n'ont pas la veine théâtrale).

A l'angle de la place Paul-Emile Janson, la pharmacie, installée dans le quartier depuis des lustres a, définitivement, fermé ses portes, tandis que les compagnies d'assurances se battent toujours en justice pour découvrir la société responsable de l'importante fuite d'eau qui a obligé les autorités communales à faire évacuer la résidence en janvier dernier. En attendant, la place reste inaccessible, une grande partie du nouveau revêtement ne pouvant être posé au cas où de nouvelles recherches seraient nécessaires. Terminer cette place, cela semble être "Mission impossible" et le nouveau Centre de Tourisme de la Ville de Tournai risque d'encore rester longtemps sur "L'île du bout du monde" !

Probablement jalouse, la rue de l'Hôpital fraîchement rénovée a voulu, elle aussi, jouer les martyres. Le magnifique fil d'or (du laiton) qui occupe la ligne médiane des rues du quartier cathédral a commencé par jouer les castagnettes au passage des véhicules (un souvenir de "Taxi, roulotte et corrida") et a rapidement "divorcé" du revêtement en pierre. Tout cela fait... qu'il ne fait pas bon passer là lorsqu'il fait noir, ce coin de Tournai devient alors : "La cité de l'indicible peur".

Les égouts du parvis du beffroi sont en mauvais état, ils perdent les eaux qui leur sont confiées, on a interdit la circulation à tout véhicule motorisé et le rassemblement de foules est interdit (heureusement il n'y a pas de championnat d'Europe de football avant 2016 et les clubs belges n'iront pas très loin au niveau des présentes coupes européennes). On va les "chemiser", c'est-à-dire les tapisser d'une résine pour les rendre étanches. Après l'enfer, ils deviendront :  "Les égouts du paradis".

Tout cela bien examiné, doit-on supposer que, lasse de ce dossier qui avance au rythme de la procession d'Echternach, Marie-Christine Marghem a préféré partir à Bruxelles ? C'est possible, mais alors... elle vient de découvrir là-bas une autre atmosphère (atmosphère, atmosphère...) et depuis deux jours, au parlement, elle doit se souvenir de ce film qu'elle a peut-être vu dans sa jeunesse :  "Règlement de compte à O.K. Corral" ! 

S.T. octobre 2014.