10/08/2016

Tournai : évolution de la ville lors des dernières décennies (5)

Les années nonante.

De nombreux événements vont marquer cette décennie. Nous les présenterons en quatre catégories principales :

Les  nombreux incendies, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, les disparitions de personnalités et la Fondation Follereau.

Les incendies :

Deux incendies spectaculaires vont avoir raison de la firme "Unisac" située à l'avenue de Maire.

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   1995 incendie Unisac (5).JPG

Le premier éclate au petit matin, le 16 avril 1995 (photo ci-dessus). Durant quelques heures le ciel tournaisien est assombri par une épaisse colonne de fumée noire visible à des kilomètres à la ronde.  

      

1995 incendie Unisac (1).JPG

Les installations seront totalement détruites mais le bâtiment sera reconstruit et l'usine qui imprimait notamment des sacs de papier reprendra ses activités sous le nom de "New Unisac".

Ce ne sera pas pour longtemps, hélas, car le 2 janvier 1999, un nouvel incendie criminel détruira définitivement l'entreprise tournaisienne, le personnel qui avait surmonté les restructurations successives et fait face au sinistre précédent ira, malheureusement, grossir les rangs des demandeurs d'emplois. 

Deux incendies toucheront également l'Administration Communale. Le 11 août 1990, vers 2h30 du matin, les bâtiments situés dans la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville sont en feu. Les services de l'Etat Civil sont particulièrement touchés, des archives inestimables reconstituées après les bombardements de 1940 sont à jamais détruites. Cinq mois plus tard, les locaux provisoires qui abritent ces mêmes services sont une nouvelle fois la proie des flammes. Cette fois, le bâtiment du Musée d'Histoire Naturelle est menacé. 

On notera également les incendies du magasin "Le Roi du Matelas" à Froyennes, d'une pizzeria à la rue Saint-Martin et la tentative criminelle dans une résidence à appartements du quai Sakharov, tous les trois en 1995. En 1997, ce sont les établissements "Blanchitou" à la rue Hautem qui seront détruits par le feu et en janvier 1999, la discothèque "l'Indigo" à la rue Saint-Martin.

Le Cabaret Wallon

Année noire pour les chansonniers tournaisiens, entre  les mois de février 1994 et de janvier 1995, ils vont perdre quatre des leurs :

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Anselme Dachy, le pianiste, avant-dernier à droite de la seconde rangée) décède en février 1994, Jean Leclercq (dernier à droite de la seconde rangée, voisin d'A. Dachy) décède en juillet 1994, Lucien Feron (2ème à gauche de la dernière rangée) nous quitte en octobre 1994 et Eloi Baudimont (2ème à gauche de le première rangée) décède en janvier 1995.

En 1991, le Cabaret avait déjà enregistré le décès de Cyril Delbecq. 

Des divergences de vues au sein de la compagnie quant à la pérennité de celle-ci vont amener la démission du président Lucien Jardez en novembre 1996. Heureusement, grâce à l'arrivée de jeunes pousses, la Compagnie va poursuivre sa route vers son centième anniversaire. Certains la voyaient déjà disparaître !

 

1992 décès Raoul van Spitael.jpg

Autres disparitions enregistrées lors de cette décennie : celle de Raoul Van Spitael, en 1992, qui était bourgmestre depuis 1976, de l'évêque Charles-Marie Himmer en 1994 et de Roger Leveau dit '"Casquette", sans nul doute, le plus connu des supporters du Racing de Tournai, en 1995.

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La fondation Follereau (antenne régionale des amis du Père Damien) :

Voilà une association dont les membres se donnent sans compter afin de venir en aide aux parias de notre société : les lépreux. Depuis les années soixante, on les rencontre à leur quartier général de la Halle-aux-Draps lors du dernier week-end de janvier dans le cadre de la "Journée Mondiale des Lépreux" et on ne peut manquer leur stand à la Braderie de Tournai installé alors en face de la teinturerie Godet. Durant cette décennie, les membres de la fondation vont multiplier les actions au service des malades de la lèpre. Ils tisseront des liens d'amitié avec la léproserie d'Abou Zabaal près du Caire où iront travailler chaque année de nombreux bénévoles comme ils l'avaient fait depuis les années septante pour la léproserie de San Francisco de Borja à Fontilles en Espagne. Ils accueillent des résidents du centre espagnol à l'ombre des cinq clochers.

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Le 8 octobre 1999, les membres de la fondation seront en émoi car des individus peu scrupuleux ont volé le buste de Raoul Follereau installé près de la chapelle Saint-Lazare (ou chapelle des Lépreux) inauguré en décembre 1997. 

Nous ne pouvons terminer ce rappel de la décennie nonante sans évoquer deux noms de Tournaisiens qui restent à jamais gravés dans la mémoire collective :

Bruno Méaux, para-commando assassiné avec neuf compagnons d'armes à Kigali en avril 1994 et Sabine Dardenne enlevée sur le chemin de l'école par un pervers le 28 mai 1996 et qui sera retrouvée 80 jours plus tard. 

(documents photographiques : photos remises par Jacques de Ceunink, photos tirées de la presse locale, collaboration appréciée de Jean-Paul Foucart).

S.T. août 2016.

02/12/2015

Tournai : la lente évolution de la rue Saint-Martin

2005 Tournai rue Saint-Martin (2).JPG

Un peu d'Histoire.

Si la place de Lille est, comme nous l'avons vu, le lieu de pénétration en ville pour les visiteurs venant de la grande métropole du Nord de la France, la rue Saint-Martin qui lui est parallèle, à l'autre extrémité du boulevard Bara, se trouve, elle, dans le prolongement de la route venant de Douai. D'une longueur d'environ 650 mètres, elle relie la porte Saint-Martin (aussi appelée le "Bavaro Saint-Martin" par les anciens en référence au café situé jadis à l'angle du boulevard Lallaing et de l'avenue Montgomery) au beffroi et à la rue des Chapeliers. Elle fait partie d'une des deux voies principales qui traversent la ville suivant l'axe Nord-Sud.

La rue Saint-Martin est classée dans la catégorie des voiries de la cité qui portent leur nom depuis leur origine. Elle doit celui-ci à la présence de l'abbaye des moines bénédictins qui s'y élevait à proximité, à l'emplacement de l'actuel Hôtel de Ville. Cette dénomination est déjà repris dans le "Chirographe" de 1253 à l'occasion de la vente d'un immeuble.

Dans son ouvrage "L'habitation Tournaisienne", paru en 1904, Soil de Moriamé évoque une maison située, à l'époque, au n°24 qui, malgré la forme moderne qui avait été donnée à la façade, trahissait son origine gothique. La façade vers la cour était bien conservée et, excepté son soubassement qui était en pierre de taille, tout le reste était en pans de bois avec remplissage en briques. Les fenêtres multiples occupaient presque toute la surface de la façade, sans autre interruption que les potelets en bois qui les divisaient. Une autre maison de type espagnol avec escalier extérieur en bois se trouvait au numéro 29. Ces maisons existaient donc toujours à la fin du XIXe siècle et ont été emportées dans la tourmente des guerres.  

2014.09.06 anniversaire libération (5).JPGEn légère pente descendante vers le beffroi et la cathédrale, la rue Saint-Martin offre une vue2014.09.06 anniversaire libération (7).JPG souvent captée par les photographes sur les deux monuments tournaisiens inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Au bas de celle-ci, sur le mur du beffroi, une plaque de cuivre rappelle la libération de Tournai par les troupes anglo-américaines, le dimanche 3 septembre 1944. Les deux photos ci-contre ont été prises lors des cérémonies commémoratives qui se sont déroulées en septembre 2014.

A l'origine, la rue Saint-Martin était principalemenet une rue résidentielle pour la bourgeoisie où s'élevaient de nombreux hôtels particuliers dont "l'hôtel de Rasse", acheté en 1839 par le baron Alphonse de Rasse, bourgmestre de la ville, après la mort de Charlotte, Thérèse, Cunégone de Saint-Genois, douairière de Mr Alphonse de Grasse, seigneur de Bouchote. Derrière une porte d'entrée composée de colonnes accouplées, de style composite, cet riche hôtel était l'œuvre de l'architecte tournaisien Bruno Renard qui l'avait construit pour Nicolas-François de Saint-Genois. Relevons également "l'hôtellerie Saint-Christophe" tenant au dit hôtel Saint-Genois, "l'hôtel du corps des Artilleurs Volontaires Tournaisiens", l'Hôtel Peeters, l'hôtel Monnier...

Une première mutation.

1952 Tournai porte Saint-Martin.jpgPeu à peu et, surtout après la seconde guerre mondiale, la rue a vu l'apparition2005 Tournai rue Saint-Martin (1).JPG de nombreuses maisons de commerce et la disparition progressive des hôtels de maître. Rien que dans la section haute comprise entre le boulevard Bara et la rue des Aveugles, on notait la présence, jusque dans les années quatre-vingt et nonante du marbrier, Georges Delcourt, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et de son épouse Angélina, mémorable figure des revues (photo de gauche), de la librairie tenue par Mademoiselle Angèle, d'une boulangerie, d'une crèmerie, d'une boucherie, de deux épiceries et de trois estaminets. Tous ces commerces sont aujourd'hui disparus. Ils ont été remplacés par le bureau d'un agent d'assurances, le magasin d'une fleuriste qui vient malheureusement de fermer boutique, par une sandwicherie-traiteur, un magasin spécialisé en électro-ménager, un cabinet de reconstruction dentaire et faciale (photo de droite) et un antiquaire.

2006 Tournai plan abbaye de St Martin.JPGSur le trottoir d'en face se trouve un cabinet de bien-être à l'enseigne "1,2,3... la vie" et surtout "l'Auberge de Jeunesse", bien connue des nombreux routards qui passent par la cité des cinq clochers. Celle-ci occupe les locaux autrefois attribués au Conservatoire de Musique avant son déménagement, en 1986, vers la place Reine Astrid.

A gauche s'ouvrent deux petites rues aux maisons ouvrières : la rue de France et la rue des Aveugles, à droite, l'enclos Saint-Martin donne accès au Musée des Beaux-Arts et à une habitation sur le mur de laquelle apparaît, gravé, le plan de l'abbaye de Saint-Martin (photo de gauche). 

 

Le couvent des Petites Sœurs des Pauvres.

L'ordre des Petites Sœurs des Pauvres a quitté le couvent qu'il occupait au n° 87 à la fin des années nonante. Durant le XXe siècle, on voyait régulièrement ces religieuses, tout de noir vêtues, parcourir les rues de la ville et des faubourgs, à pied, à vélo, à mobylette et, par la suite, sacrifiant au modernisme, au moyen d'une petite Citroën 2CV. Elles allaient à domicile pour soulager la misère, soigner les malades, ensevelir les morts et, le soir, elles recevaient également dans leur dispensaire les personnes qui devaient être soignées pour un petit bobo ou à qui le médecin avait prescrit une série de piqures. Elles y tenaient aussi un vestiaire pour les démunis.

Ma grand-mère y assurant l'entretien, je m'y rendais régulièrement et j'ai conservé le souvenir de ce grand bâtiment de deux étages, possédant, dans la cour, une hostellerie pour les résidents de passage, une petite chapelle et un jardin, embaumant la rose, veillé par une statue de la Vierge, endroit propice à de longues méditations. Les religieuses logeaient aux étages dans des pièces divisées en petites cellules sobrement meublées d'un lit et d'un prie-Dieu. Cet immeuble froid à la façade grise, ce bâtiment austère aux pièces d'une hauteur qui semblait démesurée à un enfant de six ou sept ans, respirait le savon noir utilisé pour l'entretien des carrelages, l'encaustique pour celui des boiseries et l'éther pour les soins au dispensaire. Une fois la porte franchie, les bruits de la rue s'estompaient et on se déplaçait alors dans un havre de sérénité seulement troublé par le tintement de la cloche au moment où elle invitait les sœurs à la prière.

Lors de leur départ, les responsables de la communauté formulèrent le vœu de voir utiliser l'immeuble pour une activité à finalité sociale. En 2008, à l'étroit dans ses locaux de la place Verte, "l'Entracte", service résidentiel de nuit pour les personnes handicapées fréquentant le centre de jour "La Marelle", s'y est installé après d'importants travaux de rénovation afin de mettre les locaux aux normes de sécurité et afin de les rendre les plus confortables possible pour les résidents. Les lieux n'ont pas fondamentalement changé mais les rires et conversations des occupants actuels ont remplacé le silence des religieuses de jadis.

L'hôtel Peeters.

Situé sur le même trottoir que le couvent des Petites Sœurs des Pauvres, au numéro 47, se dresse, en retrait de la rue, "l'hôtel Peeters". On dit qu'il a été construit sur une propriété ayant appartenu aux enfants de Nicolas de Flines et qu'au XVIIe siècle s'y élevait, face au Musée de Folklore, dans la rue Massenet, le couvent des "religieuses Augustines de Sion". Cet ordre fut dissout en 1783. La propriété fut achetée par un nommé Jacques Duvivier qui serait à l'origine de l'édification du bâtiment entre la rue Massenet et la rue Saint-Martin dans une période qu'on situe entre 1807 et 1823. On évoque le nom de Bruno Renard comme architecte mais on ne possède pas de certitude à ce sujet.

1940 Tournai rue St Martin.jpgEn 1827, l'hôtel devient la propriété du banquier Leman et ensuite du banquier Delecourt qui le vendit en 1835 au baron de Loen. C'est en 1852 que Charles Peeters, fabricant de Sucre, archéologue et passionné par l'Histoire de la ville va en devenir propriétaire, il restera dans la famille jusqu'à la mort de la dernière habitante, Mademoiselle Peeters qui y offrit l'hospitalité à l'évêque Carton de Wiart en 1940, suite au bombardement du palais épiscopal. Situé en retrait de la rue, contrairement aux immeubles voisins, l'hôtel Peeters avait miraculeusement échappé à la destruction. Racheté par la Ville en 1980, il abrite désormais le Centre de la Marionnette de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On y accède en franchissant une grille ouvrant sur un porche menant à une cour pavée où se dresse le bâtiment.

 

L'Hôtel des Artilleurs.

tournai,rue saint-martin,hôtel peeters,hôtel monnier,hôtel de rasse,soeurs des pauvres,royale compagnie du cabaret wallon tournaisien,les filles,celles picardes,hôtel des artilleurs,abbaye de saint-martinUn autorisation du commissaire général de la guerre, datée du 15 janvier 1831, a permis la formation de l'association des Artilleurs-Volontaires de Tournai. La société, officiellement constituée le 29 février 1836, a, à cette même date, acquis l'hôtel situé au milieu de la rue Saint-Martin, face à la rue Roquette Saint-Nicaise. Ce corps d'élite qui ne se composait, à l'origine, que de citoyens ayant pris part à la révolution de 1830 était fort de 115 hommes.

L'hôtel de la rue Saint-Martin était connu pour les fêtes brillantes qui y étaient organisées auxquelles assistèrent de nombreuses personnes étrangères à la ville et même le duc et la duchesse de Brabant et le comte de Flandre. Dans les jardins, on trouvait des tirs à l'arc, à l'arbalète et autres jeux prisés à l'époque. Le grand salon construit sur des plans de l'architecte Justin Bruyenne était destiné aux bals somptueux et aux concerts.

Cet hôtel servit au XXe siècle de local pour des réceptions données par les dirigeants du club de football de la Royale Union Sportive Tournaisienne et fut le local d'une section de supporters forte de plusieurs centaines de membres jusqu'au début des années soixante (article de presse ci-contre). Les lieux sont désormais occupés par le musée d'Histoire Naturelle implanté aux abords de l'Hôtel de Ville.

L'Hôtel Monnier.

Celui-ci était situé au numéro 26, en face de la rue Massenet. Sa façade dessinait une avancée sur le trottoir. Il faisait partie d'un ensemble d'immeubles cossus avec l'hôtel Louis XVI voisin. Nous avons déjà l'occasion de signaler, notamment lors de la présentation de la rue Perdue, cette "folie" de construction de résidences sans âme architecturale, qui a envahi les promoteurs immobiliers et les jeunes architectes, dépourvus de tout souci d'esthétisme, dans le courant des années soixante et septante. L'hôtel Monnier qu'on avait volontairement laissé se dégrader au point de le rendre dangereux pour les passants a été détruit au début des années septante. La construction d'un nouveau bâtiment a été stoppée en raison de la faillite de l'entreprise et a repris après quelques années d'abandon. On trouve désormais, à sa place, un bâtiment d'une grande simplicité architecturale à vocation commerciale et résidentielle ayant pris le nom de "Résidence Saint-Eloi" pour rappeler la présence de la petite chapelle inclue dans le bâti actuel et dont nous avons eu l'occasion d'évoquer l'existence dans l'article consacré à la place Reine Astrid.

Des adresses connues.

On ne peut parler de la rue Saint-Martin sans évoquer des adresses bien connues des Tournaisiens : tel le n° 50, une ancienne maison bourgeoise qui abrite le Musée des Arts décoratifs, plus communément appelé par les tournaisiens, le "Musée de la Porcelaine", tel le n° 52 dont le porche monumental mène à la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville, tel aussi le n°54 qui est abrite le local de la "Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien" ou encore la maison voisine, local des "Filles, Celles Picardes". En face, le café des "Amis réunis" mérite une visite afin de découvrir son décor typiquement tournaisien. On y sert encore la bière à partir de pompe en cuivre, on y joue encore au jeu de fer et aux cartes et on s'enorgueillit d'avoir reçu la visite régulière du chanteur Renaud et de l'équipe du film Germinal, lors du tournage qui avait pour cadre la région de Valenciennes. Une seule chose a disparu, on ne voit plus ces volutes de fumée bleutée exhalées par les "touquettes" (les pipes) des vieux consommateurs. 

La rue des Primetiers.

Presqu'en bas de la rue Saint-Martin, sur la droite, s'ouvre la rue des Primetiers. Jusqu'à la rénovation de l'ilot éponyme, cette toute petite rue de quelques dizaines mètres de longueur, longeant la salle des Concerts, permettait d'éviter le carrefour du beffroi pour rejoindre la rue de la Tête d'Or en passant par la rue Garnier. Combien de cyclistes ont emprunté ce raccourci ! Cette voirie a été fermée par des arcades et rendue piétonne pour assurer la sécurité des centaines d'élèves fréquentant le conservatoire.

Et maintenant ?

1982 commerçants rue St Martin.jpgCette longue rue, dotée de petits pavés placés en "queue de paon", est une des plus animée de la ville. Aux heures de pointe, la circulation y est importante. Dans la partie comprise entre la rue Massenet et le carrefour du beffroi, elle compte encore de nombreuses maisons de commerce (restaurant, organismes financiers, boucherie, librairie, local de la gestion centre-ville ou les locaux d'Infor-Jeunes). Par contre, les magasins de meubles Ronse et Imexcotra, les cafés de l'Equipe et de la Raquette, le Khéops, le magasin de jouets Monnier, les boulangeries Van Gheluwe et Doutreluigne, le traiteur Eric, la pharmacie Thérasse ou encore le magasin de prêt à porter "Hit Boutique" sont disparus avant même la naissance du présent siècle.

Dans le nouveau plan de mobilité édicté par l'Administration communale, la décision de la mettre à sens unique a soulevé une levée de boucliers, au point que ce projet a été abandonné. On évoque la prochaine sécurisation du haut de la rue par un nouvel aménagement, ceci afin de réduire la vitesse de certains véhicules qui s'y engouffrent sans ralentir quand le feu vert leur permet de franchir le carrefour de la Porte Saint-Martin. La photo (ci-dessus) de l'Association des Commerçants de la rue Saint-Martin date de 1982, très peu y sont encore actifs mais la rue ne s'est pas endormie pour autant.

(photos : "le Courrier de l'Escaut", le "Nord-Eclair" et collection de l'auteur)

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" d'A.F.J. Bozière, ouvrage paru en 1864 - "L'habitation Tournaisienne", d'E.J. Soil de Moriamé, ouvrage paru en 1904 - " Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990 - "Tournai perdu, Tournai gagné", de Béatrice Pennant, ouvrage publié par l'ASBL Pasquier Grenier en 2013 - la presse locale : Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut - souvenirs personnels).

S.T. décembre 2015.

02/01/2012

Tournai : les festivités de janvier

Les chalets du Marché de Noël vont être démontés, les illuminations se poursuivront durant une semaine encore, il est temps de se pencher sur les festivités du mois de janvier à Tournai.

Le dimanche 8, à l'église de Froidmont, à 16h, "Concert de Nouvel-An".

Le lundi 9, en famille ou au restaurant, on fête le traditionnel "Lundi Perdu", appelé depuis peu le troisième réveillon des Tournaisiens. .

Le mercredi 11, Maison de la Culture, Salle Jean Noté, à 20h : "Britannicus" de Jean Racine par la Compagnie Belle de Nuit, dans une mise en scène de Georges Lini.

Le jeudi 12, Maison de la Culture, 14h30, conférence "Charles Darwin et Georges Lemaître, une improbable mais passionnante rencontre" par Dominique Lambert, professeur aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le samedi 14, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Braque à Fond" par la Compagnie du Chien qui Tousse, un braquage théâtral entre polar et dessin animé pour les jeunes à partir de 9 ans.

Le dimanche 15 janvier, en l'église Saint-Brice, à 11h, le Cercle choral Tornacum fête Sainte-Cécile.

Le dimanche 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 18h, théâtre "Les Montagnes Russes" avec Bernard Tapie et Béatrice Rosen, une organisation du Club Soroptimist de Tournai.

Le mardi 17, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Minutes opportunes" par la compagnie Michèle Noiret, une chorégraphie créée avec la complicité des interprètes Dominique Godderis, Filipe Lourenço, Igor Shishko et Lise Vachon.

Le jeudi 19, Maison de la Culture, 14h30, conférence "L'avenir économique de la Wallonie" par Giuseppe Pagano, Professeur à l'Universite de Mons dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le vendredi 20, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Eloge de l'Oisiveté", un spectacle de Dominique Rongvaux d'après Bertrand Russell. Meilleur spectacle "Seul en scène", prix de la Critique 2010.

Le samedi 21, Halle-aux-Draps, salle de l'étage, 20h, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien propose son "Petit Cabaret" réservé à la gente masculine.

Le samedi 21 janvier, Maison de la Culture, 20h, Concert, "Aux Choeurs d'Aïda" par la Roayle Philarmonie de Saint Symphorien sous la direction de Michel Méaux, avec les solistes : Marie Luce Diaz (soprano), Laurence Frère (mezzo), Bertrand Lhote (ténor), Michel Jakobiec (baryton), Gérard Mengal (baryton), Romain Dayez (basse), accompagnés de 140 choristes. Les bénéfices de ce concert, né d'une collaboration des Lions Clubs Cathédrale et Childéric, seront versés à l'opération Cap48.

Le dimanche 22, dans le cadre du 10e Festival européen de Quatuor à Cordes "Les Voix intimes", le Quatuor Tana/ Musique nouvelle string quartet

Le mercredi 25, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Le signal du promeneur" par le Raoul Collectif, dans le cadre de "Roulez Jeunesse" en partenariat avec la Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq (F).

Le jeudi 26, Maison de la Culture, 14h30, conférence "La Crête" par Louis But et Jean Claude Sadoine, reporters-conférenciers, dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le vendredi 27, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h30, concert de Terez Montcalm, auteur, compositeur, interprète canadienne dans le cadre du Tournai Jazz Festival qui se poursuit jusqu'au 29 janvier avec également Toots Thielemans, Philippe Catherine, le Brussel Jazz Orchestra, Thierry Crommen et d'autres artistes à découvrir. 

Le vendredi 27 et le samedi 28, Halle-aux-Draps, La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien propose son "Petit Cabaret" réservé à la gente masculine.

Du 17 au 24 janvier, au cinéma Imagix, la Maison de la Culture, No Télé... s'associent pour vous présenter le "2e Ramdam Festival", le Festival du film qui dérange de Tournai.

Du côté des expositions signalons :

du 14 janvier au 12 février, Maison de la Culture, exposition consacrée à Jacques Vandewattyne, dit Watkyne, l'artiste du Pays des Collines, voguant entre réel et imaginaire.

Aux mêmes dates, à la galerie Art est Création, 15 boulevard Léopold, exposition "Autour de Jacques Vandewattyne".

du 20 janvier au 19 février, Espace Bis de la Maison de la Culture, "Collectif Juke Box/éditions Vanille Goudron" l'underground graphique franco-belge. 

Du 21 au 23 janvier et du 27 au 29 janvier, Tournai Expo, "Batirama", le salon consacré à la construction, la rénovation et l'aménagement de la maison.

Ce programme est susceptible d'être modifié !

 

19/09/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (24)

Plongeant de la ceinture des boulevards vers le carrefour du beffroi, la rue Saint-Martin tire sa dénomination d'une abbaye de moines bénédictins et ce nom est déjà présent dans le chirographe de 1253 où on peut lire : "Vente d'une maison en la rue Saint-Martin tenant en la capièle Saint Loi". Cette rue se caractérise par la présence d'immeubles modernes, construits après la seconde guerre mondiale, sur la partie droite en partant du beffroi, et d'immeuble plus anciens sur la partie de gauche. Le côté gauche de cette rue a été sauvegardé lors des bombardements de mai 1940 et avec lui les maisons bourgeoises et les hôtels de maître.

Parmi les hôtels de maître disparus citons, l'Hôtel de Rasse portant le nom du baron, bourgmestre et sénateur de Tournai qui l'avait acheté en 1839, après la mort de Madame Charlotte de Saint-Genois. Bozière nous dit qu'il se distinguait par l'élégance de sa porte d'entrée, ornée de colonnes accouplées, de style composite, un immeuble si parfaitement distribué pour les fêtes qui s'y déroulaient, érigé sur les plans du père de l'architecte Bruno Renard. Autre édifice disparu, la chapelle Saint-Eloi. De quand datait son origine ? Les avis divergent. Pour l'historien Cousin, elle est une des plus anciennes de la cité, spécifiée en 1108 dans une bulle du pape Pascal II mais dans un opuscule du vicaire-général Descamps sur Walter de Marvis, il est stipulé que Jean de Lens donna vingt-deux bonniers de terre, en 1231, aux chapelles de Saint-Pierre et Saint-Eloi, rue Saint-Martin, qu'il avait fondées. C'est en ce lieu que se réunissaient les corporations des orfèvres et des maréchaux-ferrant le jour de la fête patronale. En 1726, un écclesiastique du nom de Dupriez, la reconstruisit à peu près complètement et à ses frais. En 1855, l'édifice fut vendu par la Ville au bourgmestre Alphonse de Rasse qui l'incorpora à son habitation. On sait qu'elle était située à proximité de l'actuelle rue des Primetiers et de la chapelle Saint-Pierre (elle aussi disparue). Elle fut rasée dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Egalement disparue l'hôtellerie Saint-Christophe où logeait une compagnie de soldats irlandais au moment du siège de Tournai par Louis XIV.

Un peu plus haut dans la rue, en retrait, au milieu d'un petit parc, l'Hôtel des Artilleurs était accessible par un porche muni d'une grille situé face à la Roquette Saint-Nicaise. Il était occupé par les Artilleurs-Volontaires-Tournaisiens, société constituée le 29 février 1836. Dans le jardin, on trouvait des berceaux pour le tir à l'arc, à l'arbalète et d'autres jeux. Par la suite et jusqu'aux début des années soixante, l'hôtel devint le local de la section des supporters de la Royale Union Sportive Tournaisienne qui y organisait les réunion et les festivités. Il est depuis près de cinquante ans la propriété de la Ville de Tournai qui l'a intégré au Musée d'Histoire Naturelle.

Au n°50, une maison bourgeoise a été aménagée, il y a une vingtaine d'années, pour accueillir le Musée de la Porcelaine et des Arts de la Table. Le numéro 52 est un porche qui mène à l'Hôtel de Ville, le n° 54 est le local de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Au n° 64, jusqu'à son déménagement pour la Salle des Concerts, se trouvait le Conservatoire de Musique, les vastes bâtiments sont désormais occupés par l'Auberge de Jeunesse.

Sur le trottoir d'en face, au n° 47, le Centre de la Marionnette et le Créa-Théâtre occupent les bâtiments de l'ancien hôtel acquis en 1852 par Charles Peeters qui lui donna son nom. Ce prestigieux bâtiment, dont nous aurons l'occasion de vous reparler, a été acheté par la Ville dans le milieu des années quatre-vingt. Le n° 87 était occupé jusqu'au début des années 2000 par le couvent des Soeurs Servantes des Pauvres. Ces religieuses qui étaient surnommées les "Petites Soeurs des Pauvres" par les Tournaisiens avaient pour vocation de soigner les malades, ensevelir les morts et secourir les plus démunis. Je me souviens avoir visité régulièrement ce bâtiment car ma grand'mère maternelle y assurait l'entretien journalier. Le couloir distribuait à gauche, une salle d'attente et à droite le dispensaire où on venait pour une piqûre, nettoyer une plaie ou faire soigner mille petits maux. A gauche de l'entrée principale, une grande porte ouvrait sur le vestiaire où étaient conservés les vêtements et les couvertures ramenés par la population en faveur de leurs petits protégés. Derrière, dans une cour ouvrant sur un jardin toujours fleuri, un petit bâtiment à deux étages qu'on appelait l'hôtellerie. C'est là que les religieux de passage recevaient gîte et couvert. A 16h, une religieuse sonnait la cloche pour annoncer que le goûter était servi. Sur la table, d'épaisses tranches d'un grand pain, du beurre, de la confiture et une cafetière fumante étaient disposés pour combler les meilleurs appétits. Face à l'hôtellerie, la chapelle toute simple mais avec de magnifiques petits vitraux accueillait les voisins lors des offices journaliers. Sur deux étages, en façade, les chambres de religieuses. Le souvenir que j'ai gardé de mes visites, c'est l'odeur qui y régnait, un mélange de savon noir, d'encaustique, de fleurs et parfois d'encens qui constrastait avec l'odeur d'éther qui émanait du dispensaire et qui vous prenait dès l'entrée. Au départ des religieuses, le bâtiment a été aménagé pour accueillir des personnes handicapées fréquentant le centre de Jour "La Marelle". On le connaît désormais sous le nom de l'Entracte.

Juste à côté, le café à l'enseigne "Les Amis Réunis" est un des plus typiques estaminets de la ville. Avec son comptoir ancien aux pompes décorées de porcelaine et ses banquettes en bois, on y vient pour jouer aux cartes ou faire une partie de jeu de fer, en dégustant une "bonne crasse pinte", un endroit que le chanteur Renaud a découvert et apprécié lors du tournage du film Germinal dans la région de Valenciennes. Enfin à l'angle de la rue de France se trouvait, naguère, un autre établissement du secteur Horéca, à l'enseigne du "Café de Foy", tenu par Emile Jacquerie et son épouse, Madeleine. Il était également le rendez-vous des joueurs de cartes et de jeu de fer. L'interdiction de fumer dans les cafés n'étant pas d'application à cette époque, on pouvait encore y humer le parfum des "touquettes" (pipes) sur lesquelles tiraient les vieux joueurs en pleine concentration ! Emile Jacquerie était bien connu à Tournai car il tenait la "grosse caisse " dans l'harmonie communale des Volontaires Pompiers. Depuis la disparition de ce couple sympathique et la fermeture du café, le bâtiment a accueilli une vidéothèque et a été transformé récemment en un commerce de vente de pain et dégustation de viennoiseries.

Située à proximité du carrefour de la Porte Saint-Martin, une voirie ouvre sur la gauche, elle a pour nom "rue de l'Enclos Saint-Martin" et rappelle la présence de la puissante abbaye dont il a été souvent fait référence dans ce blog. Rue étroite et pavée, accessible par un porche, elle longe l'Auberge de Jeunesse et le Musée des Beaux Arts et se termine à la rue Fauquez.

La rue Fauquez présente la particularité d'être bordée de longs murs dans lesquels s'ouvrent les portes donnant accès à des propriétés situées au fond de jardins. Son nom lui a été donné en souvenir de Jean Baptiste Fauquez, mécène et collectionneur, né à Valenciennes en 1778 et décédé à Tournai en 1843. En 1789, lorsqu'éclate la révolution française, la famille se réfugie à Tournai mais doit rapidement quitter la Ville pour Pragues lors de l'arrivée des révolutionnaires. En 1803, ils reviennent habiter dans la rue des Carliers. Mécène, Fauquez consacra une partie de son immense fortune à soulager les démunis. Il fut également un collectionneur de tableaux, d'estampes, de livres et de médailles. A sa mort, il légua à la Ville de Tournai : 410 tableaux, plus de 2.000 gravures ou litho-gravures, 40.000 médailles, des livres, des bijoux et des objets rares. Reconnaissante pour ce leg "colossal", l'administration communale lui fit ériger un monument au cimetière du Sud et donna son nom à cette rue, le 22 octobre 1870.

Au bout de la rue Fauquez qui se termine en impasse aux grilles d'entrée du parc communal, une allée, à droite, donne accès à quelques petites maisons dans la ruelle des Moines, en souvenir de ceux de l'abbaye située à cet endroit.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre et souvenirs personnels).