24/05/2012

Tournai : origine du noms des rues des faubourgs (2)

Nous poursuivons notre visite du faubourg Saint-Martin à la découverte de l'origine du nom de certaines rues.

Nous avons traversé la chaussée de Willemeau et nous prenons la direction du quartier dit du "Maroc". Presqu'en face de la rue Jean Cousin se trouve la rue Doublet, appellation qui lui a été conférée en 1969 en remplacement de celle de "chemin Doublet ou chemin n°42". Dans cette rue se situe l'entrée principale de l'école paroissiale créée vers 1890 par la congrégation des religieuses de la Providence de Saint-Jean de Basel. En face, le Centre public d'Aide Sociale a érigé une résidence pour personnes agées composée de maisons sans étage et d'une tour à appartements de six étages. le nom de la rue provient probablement d'un des habitants.

Parallèle à la rue Doublet, en revenant vers la rue Général Piron (dont nous avons déjà parlé), la rue Mullier est le nom que porte, également depuis 1969, le "chemin Mullier ou chemin n°69". A l'arrière de l'école maternelle et primaire, la salle paroissiale a aussi accueilli, au milieu du XXe siècle, le Cinéclair, cinéma familial, qui présentait des films anciens ou de série B. Elle aussi doit son nom à un des habitants du lieu. 

Ces deux rues débouchent sur le Vieux Chemin d'Ere dont il est inutile de préciser l'origine du nom. 

Alors que celui-ci se dirige vers le village, un embranchement a pour nom la rue des Moissons, anciennement dénommée "chemin n°41 ou carrière de Barges". Il est situé à proximité des terrains d'entraînements de l'ancienne Union Sportive Tournaisienne. Il passe ensuite sous le pont de chemin de fer de l'ancienne ligne Tournai-Orchies transformée à cet endroit en un sentier de promenade qui mène jusqu'au centre du village d'Ere. A son extrémité, lorsqu'il rejoint la rue du Hameau de Barges, se trouvait un ancien moulin à eau.

La liaison entre le Pont à Rieu, carrefour situé au bas de la rue Général Piron et le centre du village d'Ere porte trois noms successifs : tout d'abord la rue des Carrières en raison de l'existence de deux carrières exploitées au XIXe et au début du XXe siècle dont l'une, la carrière de Barges, est bien connue des amateurs de plongée sous-marine. Ensuite, la rue du Hameau de Barges et enfin la rue du Château qui rappelle l'existence du château occupé par la baronne de Croëser durant la première partie du XIXe siècle qui en fit don au père passioniste italien Dominique pour la construction d'un noviciat, d'un couvent et d'une chapelle, entre 1842 et 1845. 

Là où s'élève ce couvent occupé par les Pères entre 1842 et 1995, la rue a pris tout naturellement le nom de rue des Pères

Revenant sur nos pas, nous traversons rapidement le quartier du Maroc, nous avons déjà parlé de l'origine de la rue Adolphe Prayez (1883-1917, membre fondateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien qui a donné son nom à un concours pour la défense de notre patois) dont l'appellation a été décidée par le conseil communal en 1946, de la rue Roméo Dumoulin (1883-1944, peintre tournaisien), nom donné en 1951 et la rue des Collets Rouges dont le nom date d'avril 1965 lors de l'agrandissement du quartier. Celui-ci commémore ces pourvus qui, au XIXe siècle, exécutait des travaux légers chez les bourgeois contre une maigre rétribution. Leur habillement désignaient ces personnes souvent légèrement handicapée par le port d'un collet rouge pour les hommes. Elles étaient, hélas, bien souvent l'objet de moqueries.

En décembre 1972, voulant rendre hommage à la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, l'administration communale décida de donner le nom de place du Cabaret Wallon, à la place du jeu de balle tracée au coeur du quartier et que ses habitants appelaient alors la "Grande Piste". L'inauguration par le bourgmestre Fernand Dumont eut lieu le dimanche 15 septembre 1974 et se termina par...une séance de cabaret !

Dernière rue de ce lieu populaire, la rue Saint-Eloi, qui forme elle aussi une placette, a été ainsi baptisée lors du conseil communal de mars 1927. C'est à cet endroit que furent construites, par le Logis Tournaisien, les premières habitations sociales de ce quartier en 1923.

Les amoureux du ballon rond et, particulièrement, de la Royale Union Sportive Tournaisienne se souviennent, probablement avec nostalgie, de la rue des Sports où était situé le terrain des Rouge et Vert. Son nom lui a été donné lors du conseil communal de septembre 1933, elle relie la rue de la Citadelle à la rue Général Piron. Désormais se dresse, à cet endroit, le nouvel hôpital du CHWAPi (Centre Hospitalierde Wallonie picarde). C'est dans cette rue qu'habitaient deux Tournaisiens connus, Alfred Verdière (1896-1965), Chef de l'harmonie des Volontaires Pompiers et professeur au Conservatoire de Tournai et Lucien Jardez (1916-2000), Président du Cabaret Wallon Tournaisien. 

La rue de la Citadelle qui prolonge la rue des Sports vers le carrefour des Résistants a été ainsi baptisée en juin 1877 après le démantèlement des fortifications de la ville et de la citadelle dite de Vauban, érigée sous Louis XIV. On y trouve notamment l'ancien hôpital militaire "Quartier Major Médecin de Bongnie", construit entre 1899 et 1908 et inauguré en 1912, la caserne Baron Ruquoy qui s'élève à l'emplacement de l'ancienne citadelle et les anciens bâtiments de la gendarmerie, aujourd'hui abandonnés depuis la fusion avec la police. Sous la rue, les "Amis de la Citadelle" ont mis à jour les souterrains qui partent vers le centre de la ville. Chaque année, des équipes de passionnés découvrent et sécurisent de nouveaux tronçons afin de permettre les visites à ceux qui aiment découvrir des éléments de notre patrimoine. Large, très pentue et aux pavés disjoints, la rue de la Citadelle aurait pu être inclue au programme des coureurs du Tour de France lors de l'arrivée du 2 juillet, elle aurait probablement permis une sélection à moins d'un kilomètre de l'arrivée, toutefois, à hauteur du carrefour des résistants, son accès est rendu impossible pour un imposant peloton de coureurs en raison de la sinuosité et de l'étroitesse des voiries qui la séparent des boulevards. 

Située entre la rue de Barges et la rue de la Citadelle, la rue Jean de Mesgrigny date des années septante lors de la construction de logements pour les militaires. Jean de Mesgrigny a vécu au XVIIe siècle, ingénieur, il fut également capitaine des Cadets gentilhommes de Tournai en 1682. On lui doit, en compagnie de Deshoullières, les plans de la citadelle.

Connue, également, la rue Despars qui se situe entre l'arrière des bâtiments militaires et l'institut de Défense Sociale, "les Marronniers". Jacques Despars est né à Tournai à la fin du XIVe siècle, Il fit des études à Paris et à Montpellier. Il fut médecin et clerc, chanoine et premier médecin de Charles VII, ambassadeur au concile de Constance qui eut lieu entre 1414 et 1418. Il est mort dans sa ville natale de Tournai en 1458, à près de quatre-vingt ans. Il a instauré trois bourses perpétuelles pour trois étudiants tournaisiens. 

(sources : étude de Ghislain Perron parue dans les mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - tome VI de 1989 et recherches personnelles).


04/04/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (3)

j'ai fait l'expérience d'interroger quelques personnes sur la localisation de certaines rues tournaisiennes. Peu nombreuses étaient celles qui savaient où se trouver les rues citées.

La rue André Hennebicq, par exemple, parallèle au boulevard Lalaing, elle débute dans l'avenue Montgomery pour venir se perdre contre une grille donnant accès au parc de l'ancien Hôpital Civil, devenu le "site Union" du CHWapi, elle traverse la rue Cottrel.

André, Charles Hennebicq est né à Tournai le 16 février 1836. Il fut élève de l'Académie des Beaux-Arts avant de suivre les cours de Portaels à l'Académie Royale de Bruxelles. En 1865, il obtient le Premier Grand Prix de Rome avec une oeuvre imposée intitulée : l'ensevelissement des SS. Pierre et Paul. Son retour dans sa ville natale sera mémorable, une réception grandiose y sera organisée. Refusant la direction de l'Académie des Beaux-Arts, il part pour l'Italie et visite Florence et Venise. Dans l'atelier qu'il ouvre à Rome, il compose Messaline sortant de Rome huée par le peuple. Il revient en Belgique en 1870 et devient directeur de l'Académie de Mons. En 1879, il s'installe définitivement à Saint-Gilles (Bruxelles), il sera fait membre de l'Académie Royale de Belgique. Ses oeuvres se retrouveront aux cimaises du musée de Bruxelles, dans l'Hôtel de ville de Leuven et au Conseil provincial du Hainaut. . En 1890, il reçoit au salon de Paris, la croix de la Légion d'Honneur. La toile Philippe Auguste remet la charte des libertés communales aux magistrats de Tournai en 1187 sera détruite dans l'incendie de l'Hôtel de Ville de Tournai, lors des bombardements durant  la dernière guerre mondiale. Il est mort 31 mars 1864 à Saint-Gilles.

Autre peintre tournaisien célèbre, Louis Gallait, il était né à la rue As-Ratte (rue aux rats), elle porte désormais son nom, rue Gallait, et se trouve dans le piétonnier de la Croix du Centre, entre la rue des Chapeliers et la rue de la Tête d'Or. Ce peintre a fait l'objet d'un article complet dans le présent blog, il est né à Tournai en 1810 et mort à Bruxelles en 1887. Une statue de bronze le représente en pied, la palette à la main dans le parc communal, sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville. Ses toiles monumentales ornent une salle du musée des Beaux-Arts.

Dans le populaire quartier du Maroc, situé au Sud de la ville, se trouve la rue Roméo Dumoulin, du nom d'un illustrateur, graveur et peintre né à Tournai, le 18 mars 1883. Dès son jeune âge, il montre des dispositions pour l'art. il apprend la lithographie avec son père et ensuite à la "Lithographie Saint-Augustin" située à l'angle du boulevard Léopold et de la rue Saint-Eleuthère. Il suivra également les cours de l'école Saint-Luc et les classes de solfège de l'Académie de musique où il décroche un premier prix de violon. Il va parfaire ses connaissances en peinture à l'Académie des Beaux-Arts. A l'âge de 26 ans, il part pour Bruxelles. Il sera le peintre des évènements de la vie locale, des petites gens, des scènes de liesse populaire comme le montrent ses oeuvres : le remouleur, les grévistes, vers l'usine, le mât de cocagne, la boutique, la montée du ballon, la petite femme du café riche entre autres... Il décède à Bruxelles le 20 juillet 1944, depuis le bombardement de mai 1940 du musée d'Amsterdam où une rétrospective de ses oeuvres avait lieu, il était plongé dans le désespoir d'avoir une grande partie de ses toiles.

(sources : "biographies tournaisiennes" de Gaston Lefebvre, ouvrage parue en 1990)

11:44 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, rues, louis gallait, roméo dumoulin, andré hennebicq |

22/12/2007

Tournai : le Musée des Beaux Arts

En 2008, le Musée des Beaux Arts de Tournai, situé à l'Enclos Saint Martin, à deux pas de l'Hôtel de Ville, a soufflé ses quatre-vingt bougies. Pourtant son histoire a commencé bien avant 1928, année de son inauguration.

C'est en effet en 1903 qu'un mécène bruxellois, Henri Van Cutsem, ami du peintre tournaisien Louis Pion, offrit à la ville de Tournai non seulement sa prestigieuse collection de peintures mais également une importante somme d'argent destinée à bâtir un nouveau musée. La ville de Bruxelles avait fait la fine bouche pour accepter ce don. Les plans du musée furent confiés à Victor Horta qui élabora un bâtiment répondant, dans sa disposition et son éclairage, aux exigences de la muséographie du XXe siècle.

Le musée des Beaux Arts de Tournai a été inauguré le 17 juin 1928. La collection Van Cutsem vint donc s'ajouter aux nombreuses peintures anciennes que possédait la Ville. On peut y découvrir des oeuvres des "primitifs", Robert Campin, Roger de la Pasture, Breughel, celles de maîtres des XVIIe et XVIIIe siècle tels Rubens, Jordaens, Watteau et Piat Sauvage. Les impressionnistes sont présents grâce aux tableaux de Monet, Seurat, Van Gogh mais aussi avec deux oeuvres maîtresses "Argenteuil" et "Chez le Père Lathuile" d'Edouard Manet.

Les artistes tournaisiens trouvent tout naturellement place aux cimaises (Louis Pion, Roméo Dumoulin, Leroy). Louis Gallait, le grand peintre romantique tournaisien est présent avec ses tableaux monumentaux dont "la Peste à Tournai", "les Têtes Coupées" ou le "Sacre de Charles Quint".

Dès l'entrée du musée, on est accueilli par une sculpture de Georges Grard intitulée "l'Ode au Soleil". Louis Pion, Serge le Bailly de Thilleghem ont été des conservateurs bénévoles, attentifs et attentionnés des richesses du musée, désormais la ville a opté pour un conservateur professionnel, le premier de l'histoire des musées tournaisiens. Celui-ci devra continuer l'oeuvre entamée par ses prédécesseurs mais probablement aussi entamer un combat pour faire prendre conscience aux responsables qu'un musée doit être l'objet d'un suivi régulier et faire entreprendre des travaux de rénovation nécessaires (hygrométrie, climatisation) afin d'éviter que ses véritables trésors ne souffrent de l'usure du temps (celui qui passe et celui qu'il fait), ennemi des toiles qu'il détend et décontracte au gré des caprices de la météo, craquant la peinture et laissant des cicatrices indélébiles. Encore un musée dont la visite d'impose aux connaisseurs, amateurs de peintures ou de sculpture, aux amoureux de l'Art...