29/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret (9)

Le "renouveau" du Cabaret a déjà vingt ans !

Après la démission de Lucien Jardez, les membres ont élu un nouveau Président en la personne de Philippe De Smet (voir l'article que nous lui avons consacré au sein du blog) et préparé la saison du 90ème anniversaire.

S'il n'y a pas eu de "révolution de palais", les fidèles amis du Cabaret ont néanmoins constaté une modernisation notamment dans la présentation des membres.

Finies ces deux rangées de tables où les membres siégeaient par ordre de préséance, abandonnée la présentation de chaque chansonnier par une introduction présidentielle, désormais, les membres sont attablés par groupes de deux ou trois auprès d'une petite table comme dans une guinguette et c'est le chansonnier lui-même qui présente sa chanson, son poème ou son monologue et demande le ban pour le précédent. 

Deux nouveaux membres sont venus renforcer l'équipe, Claude Delonville, un poète qui écrit tantôt en patois, tantôt en français et Michel Petit. Ils sont tous les deux lauréats du concours Prayez de 1996. Bientôt Jean-Marc Foucart (voir l'article que nous lui avons consacré au sein du blog) viendra les rejoindre. A la fin de l'année, pour fêter les nonante ans, le Cabaret enregistre un CD reprenant les quatre airs les plus connus des Tournaisiens dont l'hymne "Les Tournaisiens sont là" qu'ils n'avaient jusqu'alors jamais enregistré.  

Le Cabaret a acquis rapidement une nouvelle vitesse de croisière et, d'année en année, de nouveaux membres sont venus frapper à sa porte : Vincent Braeckelaere, Bernard Clément, Jean-Michel Carpentier, Pascal Winberg, Michel Derache, Danny Batteauw, Pol Wacheul, Christian Bridoux, Luc Feron, Georges Vico, Gérard Platevoet et l'actuel aspirant, Jonathan Delforge. 

Certains ne feront qu'un bref passage comme Michel Petit ou Bruno Delannay et, ainsi va la vie, d'autres nous quitteront pour toujours comme Marcel Roland, René Godet, Félicien Doyen, Jean-Pierre Verbeke ou André Wilbaux. 

Marcel Roland était né le 20 juin 1921 à Tournai. Lauréat du concours Prayez en 1953  avec ses chansons "L'Parc Communal" et "Mi, j'aime bin cha", il entre dans la Royale Compagnie en 1959. Avant de devenir directeur d'agence au sein d'un organisme financier, il avait tenu avec Fernande, son épouse, la coopérative socialiste de la rue Saint-Brice et, nanti d'un diplôme de comptabilité, avait travaillé aux Cafés Hivre. 

Au sein de la Compagnie, il exerça la fonction de grand argentier jusqu'à son départ le 15 janvier 1997. Il était reconnu comme remarquable interprète des œuvres des anciens mais on lui doit aussi "L'Vie tournaisienne" et "M'pétite école". Il restera à jamais dans la mémoire des amateurs de Revues comme le compère de Lucien Jardez dans le duo hilarant "Jojo et Nénesse". Habitant la rue Royale, il est décédé inopinément en septembre 2000.

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René Godet (à gauche de la photo) en compagnie de Jean-Marc Foucart et de Pierre Vanden Broecke en 1997.

René Godet était né à Tournai, le 18 juillet 1934. Fils de teinturier, il tint l'entreprise familiale située à la rue du Bourdon Saint-Jacques en compagnie de son épouse Josiane jusqu'au début des années 2000. René était un homme sensible à la détresse humaine et, avec son épouse, il s'est investi profondément au sein de  la Fondation Follereau (antenne tournaisienne des Amis du Père Damien), rendant souvent visite à "ses" amis, les lépreux de la léproserie espagnole San Francisco de Borja de Fontilles. Il est d'ailleurs à l'origine d'une charte signée entre la léproserie et la Ville de Tournai et de la venue à Tournai de malades guéris ou stabilisés. Il a évoqué son engagement dans un livre qu'il a publié  sous le titre"La Joie d'Aimer", paru en 1992. Serviteur de la cité des cinq clochers, il sera membre du Comité de l'a.s.b.l. "Les Amis de Tournai" et Chevalier Massier de la Confrérie des Chevaliers de la Tour.

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René Godet (à droite sur la photo) en compagnie de ses amis de la Fondation Follereau de Tournai en 1992.

Lauréat du Concours Adolphe Prayez en 1977 avec sa chanson "Edmond", il est entré au Cabaret en 1979. Dans l'esprit de la majorité des auditeurs, il a succédé à Louis Urbain avec ce côté "fleur bleue" qui transpirait dans la plupart de ses chansons. Inconditionnel de Charles Trenet qu'il nous disait avoir rencontré à Bruxelles et être allé applaudir à Paris lors de ses adieux, il choisissait souvent un air du "fou chantant" pour nous distiller ses textes où on sentait souvent pointer son côté Cyrano de Bergerac, pourfendeur des travers de la Société. Au sein de la Compagnie, il exerça la fonction de Secrétaire-bibliothécaire (succédant à Ghislain Perron) de 1997 à  2000. Obligé de quitter le ponton en raison du mal qui était apparu, il nous a quittés le 18 avril 2011. Son fils "Loulou Godet" est bien connu des auditeurs de l'émission "Les enfants de chœur", le dimanche sur Vivacité où il est fait de fréquentes apparitions, des téléspectateurs de No Télé où il apparaît, avec son compère Dominique Watrin, chaque samedi dans l'émission "Les Wapirates de l'Info", des spectateurs des Pi-Menteurs, spectacle de la salle La Fenêtre, et des lecteurs de la presse, où il fait paraître régulièrement des billets d'humeur et d'humour ! Bon sang ne peut mentir !

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Remise de la charge de René Godet en 1997 par Jean-Pierre Verbeke et André Wuibaut.

Alors qu'on disait son nonantième anniversaire menacé, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien fête, cette année, ses cent dix années d'existence et, comme dit la chanson : "Au Cabaret, i-a toudis des bieaux jours". 

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Philippe De Smet au piano accompagne Georges Vico - Christian Bridoux - Pascal Winberg et Gérard Platevoet lors d'un Cabaret donné à la "Résidence du Théâtre" à Tournai en janvier 2016.

Voici résumées les septante dernières années du Cabaret mais l'histoire est loin d'être terminée, l'Optimiste va continuer à brosser le portrait des membres actuels qu'il n'a pas encore eu l'occasion de rencontrer.

(sources : "Florilège du Cabaret", ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Compagnie - "Chint ans d'Cabaret", ouvrage de Pol Wacheul publié lors du centième anniversaire de la compagnie -  "Les Charges de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien", de Jean-Luc Dubart et Freddy Gaspardo, paru en 1998 - souvenirs personnels - photos : "Courrier de l'Escaut" et R.R.). 

S.T. mars 2017.

23/09/2013

Tournai : l'année 2008 sous la loupe (4)

Si, sur le plan international, national ou local, l'actualité a un peu ronronné durant l'automne, les événements vont se succéder à un rythme effréné au cours des trois derniers mois de l'année.

Sur le plan international, ce sont les élections américaines qui retiennent l'attention. Le 4 novembre, le démocrate Barak Obama triomphe de son adversaire, le républicain John McCain. Pour la première fois un homme de race noire entre à la Maison Blanche. Il incarne un espoir pour des millions d'américains lassés par la gestion d'un Georges Bush soumis aux lobbying financiers et "va-t-en guerre" invétéré. 

On apprend les disparitions du comédien Guillaume Depardieu, le 13 octobre, à l'âge de 37 ans, de la religieuse belge Sœur Emmanuelle, la petite sœur des chiffonniers du Caire, à l'âge de 99 ans, une semaine plus tard, du footballeur belge Régis Genaux, à l'âge de 35 ans, le 8 novembre et du célèbre couturier français des "sixties", Ted Lapidus, le 29 décembre, à l'âge de 79 ans. 

Sur le plan national, on retiendra l'appel à l'aide lancé au gouvernement par les organismes financiers belges en pleine tourmente. Vingt milliards d'argent public seront injectés pour soutenir Fortis, Dexia, Ethias et KBC. On n'avait jamais imaginé que les rois de la finance, ceux qui dans l'ombre tiraient les ficelles de l'économie mondiale allaient devoir supplier l'Etat de les aider. Cette crise financière n'allait d'ailleurs pas être sans conséquence pour le gouvernement d'Yves Leterme, contraint de démissionner en décembre. Le Roi fait alors appel à Herman Van Rompuy pour former une nouvelle équipe dirigeante. Crise financière déclarée, crise économique qui se profile, éternels problèmes communautaires, la tâche est énorme, elle ressemble même à une mission impossible, il faudra, comme dit la presse, un Sup..Herman.

A l'ombre des cinq clochers, les journalistes ne vont pas chômer.

Octobre.

Le jeudi 2, la circulation fluviale est interrompue dans la traversée de Tournai. Vers 8 h 30, on a constaté la présence d'une nappe compacte de près de cinq cents mètres de longueur en amont de l'écluse de Kain. Les pompiers tournaisiens étrennent à cette occasion une nouvelle technique de lutte contre ce type de pollution : un boudin hydrophobe (rempli d'une sorte de cellulose, il a pouvoir d'absorber l'huile tout en laissant filtrer l'eau). La Division de la protection de l'Environnement arrivée sur place détermine qu'il s'agit d'une huile de vidange. Une question se pose : perte accidentelle ou acte de malveillance ?

Le samedi 4, en la salle La Fenêtre, les Insolents passent, comme à leur habitude, l'actualité locale, nationale et internationale à la moulinette. L'invité d'honneur de cette soirée n'est autre que Catherine Fonck, Ministre de l'Enfance, de l'Aide à la Jeunesse et de la Santé en Communauté française.

A partir de ce samedi 4 jusqu'au 31, "l'Art dans la Ville" permet aux habitants de la cité des cinq clochers d'admirer les différentes facettes de l'expression artistique. Peinture, sculpture, photographie, tapisserie..., on retrouve les œuvres exposées dans les vitrines des magasins, les musées, les galeries, les bâtiments publics mais aussi dans les ateliers d'artistes ouverts exceptionnellement au public.

Le dimanche 5 octobre, comme c'est la tradition, la dernière étape du circuit Franco-Belge se termine au pied du beffroi. Elle est remportée par Sébastien Rosseleer devant Juan Manuel Flecha et le regretté Wouter Weylandt. Le classement final voit la victoire de Flecha devant Rosseleer et Jurgen Roelandt. Leader, le matin même au départ d'Havré, ce dernier s'est vu contraint de céder le maillot jaune et de se contenter du maillot vert du classement par points. 

Le 8 octobre, pour inaugurer sa nouvelle saison culturelle, la Maison de la Culture accueille dans la salle Lucas, un spectacle haut en couleur, "Kermesse", l'histoire d'une fête foraine qui vire tout doucement au drame, car derrière les sourires de façade affichés pour la circonstance se trament des jalousies, des liaisons, des intrigues. Le spectateur est progressivement entraîné dans cette folle farandole, passant d'attraction en attraction, pour être le témoin d'un tableau final qui lui fait prendre conscience du côté artificiel de ce monde de la fête. 

En ce début de mois d'octobre, à Liège, parmi les quatre villes hennuyères primées pour la qualité de leur gestion centre-ville, Tournai est la seule à remporter deux palmes : le coup de cœur pour les Chiffonnades et pour l'instauration du "sac mission" destiné à ses représentants qui sillonnent la ville et renseignent les visiteurs. Ces trophées récompensent le travail inlassable de Jean Michel Van de Cauter et de son équipe.

Le dimanche 12 octobre, après huit rencontres sans défaite, le Football Club Tournai est battu, à domicile, par le S.K. Beveren sur le score de 1-2. Les Sang et Or se retrouvent quatrième au classement de la Division 2 Nationale. Avec 4 victoires, 4 nuls et 1 défaite, ils comptent un actif de 16 points et sont devancés par Saint-Trond (20 pts), Tirlemont (19 pts) et le FC Brussels (16 pts également mais comptant une victoire de plus).

Un drame de la route va endeuiller la journée du mardi 14. Sur l'autoroute E42, à hauteur de Kain, une voiture percute une camionnette transportant des ouvriers. Suite à la violence du choc, l'utilitaire est projeté au-dessus de la glissière de sécurité et termine sa course dans la végétation qui borde la chaussée, ses occupants sont fortement choqués. Dans le véhicule tamponneur, il n'y a, malheureusement, plus rien à faire pour la conductrice, une quadragénaire originaire de France mais habitant Gaurain-Ramecroix.

La Maison de la Culture accueille Thomas Dutronc et son univers manouche. Le fils de Jacques et de Françoise Hardy enchante le nombreux public venu le découvrir.

En cette mi-octobre, une information parue dans la presse locale va soulever une vague de protestation parmi la population tournaisienne. Le concepteur de la rénovation du quartier cathédral, le parisien Nicolas Michelin, dévoile le projet de construction d'une tour de conception ultra-moderne, en béton et verre, d'une hauteur de près de cinquante mètres, sur la place Paul Emile Janson, juste à côté des cinq tours presque millénaires de la cathédrale Notre-Dame. Si certains apprécient cette touche de modernisme dans le paysage tournaisien, beaucoup d'autres crient au scandale. Un comité de défense va très vite se constituer, il lancera une pétition intitulée "une tour de trop" refusant cette érection "iconoclaste" aux côtés d'un chef d'oeuvre inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. A Paris a-t-on construit la Tour de la Défense à deux pas de celle érigée par Gustave Eiffel ou des tours de Notre-Dame ? Non, il n'y a pas là confusion des genres !

Un nouveau drame se déroule la nuit du 16 au 17 octobre. Ayant assisté à une soirée estudiantine à Ramegnies-Chin, trois jeunes Français, deux garçons et une fille, longent la voie ferrée à hauteur de Blandain pour regagner leur domicile situé juste de l'autre côté de la frontière. Lorsque surgit le train assurant la liaison entre la gare de Tournai et celle de Lille-Flandres, les garçons parviennent à s'écarter, la jeune femme de vingt ans est happée par le convoi et tuée sur le coup.

En cette fin de mois, la presse révèle que la gare de Tournai a été le théâtre d'un vandalisme "officiel". Mandatée par la S.N.C.B, une firme a procédé au nettoyage du passage sous les voies. Depuis 1988, les murs carrelés de celui-ci étaient décorés par des œuvres de l'artiste local Edmond Dubrunfaut. Celles-ci n'ont pas résisté à l'intensif nettoyage et à l'usage de produits décapants. 

Novembre.

En ce début du mois de novembre, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture affiche "complet" lors des différentes représentations du "Cabaret du Centenaire" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. 

Alors que la crise s'installe et que les difficultés économiques vont grandissantes, une entreprise tournaisienne continue à progresser, la biscuiterie Desobry. Son bilan, paru en juin 2008, annonce un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros en augmentation de 6%. La firme débute un chantier d'extension des capacités de stockage de produits, un hall de 33 m sur 12, sur les terrains de la rue du Vieux Colombier, en plein cœur du Vert-Bocage, lieu où elle existe depuis 1946. Desobry dispose déjà d'un vaste entrepôt de 3.200 m2 sur le zoning de Tournai Ouest destiné à accueillir les produits finis, en partance pour la vente.

Le 12 novembre, les Baladins du Miroir ont dressé leur chapiteau sur la plaine des Manœuvres pour les quelques représentations données sous l'égide de la Maison de la Culture de leur nouvelle création "Tristan et Yseut".

Habitant le hameau de Fourcroix à Blandain, l'écrivain et conteur Paul André nous quitte le vendredi 14 novembre. Cet homme de lettres avait été récompensé du Prix Charles Plisnier en 1981, il était l'auteur de nombreux ouvrages dont on retiendra "le Pays alezan" ou encore "Le petit cri têtu du perce-neige". Travaillant également en autodidacte le bois, le fer, la pierre bleue ou la céramique dans son atelier blandinois, cet homme, épris de solitude, est décédé à l'âge de 68 ans.  

Pas de grands discours, pas de séance académique où le tout Tournai se côtoie à l'occasion des trente ans de la télévision locale No Télé, le vendredi 21 novembre, la télévision organise à cette occasion une grande émission en direct, un jeu, dans lequel les bourgmestres de Wallonie Picarde s'affrontent épaulés par un sportif, un représentant culturel et un membre de l'associatif.

Le samedi 22, les amateurs d'humour se donnent rendez-vous en la salle La Fenêtre pour une nouvelle soirée décapante en compagnie des Insolents qui reçoivent, en invité d'honneur, le chroniqueur sportif Stéphane Pauwels. Le même soir, les mélomanes sont conviés par la Chapelle Musicale de Tournai qui leur propose un concert de piano avec une des plus remarquables pianistes de jazz, Nathalie Loriers et la virtuose sino-canadienne Fu-Chen dans des œuvres de Mozart.

C'est un véritable sentiment de délivrance qui a envahi les 147 touristes qui viennent d'arriver à Barry, au soir du lundi 24 novembre. Suite à la faillite de l'intermédiaire entre le firme de voyages tournaisienne et un hôtelier turc, ceux-ci avaient été littéralement retenus "en otage", par les responsables de l'hôtel où ils logeaient, pour défaut de paiement de la totalité de la somme due. Ils ont même été obligés de payer des sommes importantes pour pouvoir obtenir une chambre et un repas. L'agence tournaisienne totalement indépendante de cette situation déplorable a multiplié les contacts pour pouvoir les rapatrier.

Décembre.

Le 6, le Ballet du Hainaut, compagnie Jean Jacques Van Velthem, fête son vingtième anniversaire à la Maison de la Culture et présente quatre chorégraphies : "Adagio", "Concerto" , "Seven" et "Brel for ever".

Pour faire du sensationnel, on aurait pu titrer cette information "Coup de théâtre à Mourcourt sur un air de divorce", on aurait même pu écrire un roman, une histoire d'amour et d'amitié qui débute par l'osmose qui apparaît entre un chef de musique professionnel, le talentueux Eloi Baudimont, et une fanfare d'un village faisant partie du grand Tournai, comptant alors une quinzaine de musiciens amateurs. L'histoire ressemble à ces contes de fée de notre enfance. Très rapidement forte de soixante musiciens, la Fanfare de Mourcourt va se produire en Italie, en Roumanie, en Espagne, va faire l'ouverture du festival d'Avignon, va monter le projet "Mali-Mali" avec Baba Sissoko et le présenter à Tournai et au Mali, va collaborer avec Franco Dragone, accompagner la Piste aux Espoirs ou encore se muer en fanfare de Moulinsart pour fêter la parution d'un album de Tintin en patois picard. On l'invitera même au Palais Royal pour l'anniversaire du Roi Albert II, on la verra sur la RTBf ou sur No Télé, véritable ambassadrice de la cité des cinq clochers. Pendant quelques années, elle surfera ainsi sur la vague du succès jusqu'à ce jour de décembre où le chef décidera de la quitter. Peut-être las du succès, probablement pris d'un vertige provoqué par cette ascension fulgurante, des tensions sont apparues entre certains musiciens traditionalistes voulant revenir, un peu, en arrière et le bondissant chef toujours en recherche de nouveautés. Le roman de la fanfare n'a pas connu le "happy end" que chacun était en droit d'espérer. Eloi Baudimont part vers de nouvelles aventures, la fanfare se cherche un nouveau chef !

Le 6 décembre, l'église Saint-Paul, accueille le concert annuel de "l'asbl Michaël", intitulé "Chœurs et Clarinettes chantent Noël" avec l'ensemble vocal du Conservatoire dirigé par Michel Jakobiec et celui des clarinettes sous la direction d'André Caucheteux. Au cours de la soirée, le public peut aussi assister aux prestations du groupe "Arpèges et Rencontres" du Saulchoir de Kain et du groupe des "Flûtes des P'tits Colibris", émouvantes prestations effectuées par les enfants fréquentant ces deux centres d'accueil pour jeunes handicapés qui récoltèrent de très longs applaudissements.

Le mercredi 10, le Rotary 3 Lys organise lui aussi son concert de Noël. Il se déroule à l'église Saint-Jacques et met le chant grégorien à l'honneur. Les voix de la "Schola féminine Cum Jubilo" sont accompagnées par Jean Vernier aux grandes orgues, Dick Decae au trombone, et par le quatuor de flûtes à bec d'Ypres dirigé par Jean Lesage. 

En cette fin d'année 2008, Philippe Brunin, coordinateur des musées tournaisiens a mené à bien un long travail. Biologiste de formation et ancien préfet de l'Athénée Royal de Tournai, ancien conservateur du musée d'Histoire Naturelle, il a, avec l'aide de son ami, Jean Paul Theys, acheté et retapé un vieux manège pour enfants datant d'avant-guerre, un petit moulin découvert en Champagne. Les voitures ont été fabriquées spécialement par une firme française spécialisée dans la conception de voitures de manèges ou à pédales. Il est équipé de représentations de voitures Peugeot en circulation durant les années trente. Actuellement, en septembre 2013, ce manège est visible sur la Grand'Place de Tournai, au pied de la statue de la princesse d'Espinoy, il va raviver les souvenirs des nostalgiques des ducasses d'antan. 

Depuis longtemps, Paul Wacheul, Secrétaire de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, caressait un rêve, se muer en historien pour donner une suite au "Florilège du Cabaret" écrit par Lucien Jardez en 1982. C'est chose faite en ce mois de décembre, "Chint ans d'Cabaret" est paru, un ouvrage indispensable pour les vrais Tournaisiens.

En ce mois de décembre se termine la tenue de la Chambre du Conseil devant statuer sur le renvoi éventuel en correctionnel des présumés responsables de la catastrophe de Ghislenghien. En raison du nombre de personnes concernées, les débats répartis sur seize séances ont été organisés dans le hall de Tournai-Expo transformé pour l'occasion en une extension du tribunal tournaisien.

A la veille de la trêve hivernale, suite à son match nul réalisé contre Ostende sur le score de 1-1, le F.C. Tournai remonte à la 6e place du classement de division 2.

Dramatique soirée de Noël, le mercredi 24, vers 19 h, lorsqu'un Tournaisien perd le contrôle de son véhicule et termine sa course contre un arbre. Il sera tué sur le coup.

Suite à la démission de Philippe de Smet de sa fonction de Président du Cabaret Wallon, les membres de la Royale Compagnie désignent Michel Derache pour lui succéder. Il sera entouré de Jean Marc Foucart et de Vincent Brackelaere, vice-présidents. Au cours de cette cérémonie, trois membres sont mis à l’honneur : Félicien Doyen, Ghislain Perron et René Godet fêtent respectivement 60, 40 et 30 années de présence au sein du groupe des chansonniers tournaisiens. Tous les trois reçoivent la médaille du "Petit Potier" des mains du bourgmestre Christian Massy.

(sources : le Courrier de l'Escaut et souvenirs personnels).

S.T. septembre 2013. 

  

 

12/09/2012

Tournai : les mémoires du faubourg de Lille

Le doyen des faubourgs de Tournai ?

Il est aux portes de Tournai un lieu né d'une léproserie, un faubourg de fermes, de bergeries et de moulins, d'immeubles bourgeois et d'habitations ouvrières, de villas et de maisons sociales, un endroit où depuis bien longtemps déjà la mixité sociale a été perçue comme une richesse. Le faubourg de Lille, pour l'appeler par son nom, est probablement un des plus anciens à "flirter" avec la cité des cinq clochers, il en est certainement le plus campagnard.

Entre Plaine des Manoeuvres et barrière d'Orcq, entre chemin de la Ramée et Tir à la Cible, c'est une campagne qui se donne des allures de petite ville, c'est une cité largement teintée du vert de la nature, des près et des bosquets qui se prend pour la campagne.

Le faubourg de Lille est huit fois centenaire, son histoire est riche et ses habitants actuels ont accumulé un tas de souvenirs : des faits, des personnages, des lieux, des aventures émouvantes ou cocasses parfois profondément enfouis dans la mémoire mais qui ne demandaient qu'à être ravivés.

Bien intégrée au coeur du quartier, la quadragénaire maison des jeunes "Port'Ouverte" a souhaité fait revivre toute cette histoire, elle a confié la clé qui ouvre les souvenirs à l'équipe des Ecrivains Publics de Wallonie picarde. Ceux-ci avaient déjà réalisé, il y a trois ans, un travail similaire sur le quartier Saint-Piat, le plus ancien de la cité scaldéenne. 

Le réveil de la mémoire collective. 

Dès septembre 2011, l'idée était lancée, les personnes y résidant ou y ayant vécu ont été invitées à se rencontrer dans les locaux de l'avenue Minjean. A la veille de la première réunion, une question taraudait cependant les initiateurs du projet : combien seraient-ils à oser pousser la porte, dix, vingt peut-être, trente, plus encore ? Ce serait extraordinaire ! Catherine, Colette, Micheline, Monique, Nicole, Suzanne, Yvonne mais aussi Claude, Christian, Georget, Jacques, Jérome, Pierre, ... furent parmi la cinquantaine d'habitués qui se retrouvèrent régulièrement autour de Caroline, Annick, Dorothée, Eliane ou Denis, les Ecrivains Publics, animateurs des ateliers d'écriture.

Lors de chaque rencontre, un thème fut abordé : les écoles, les usines, les festivités, les figures populaires ou les personnages connus, les fermes, les moulins, les couvents, les cafés, les commerces, tous ces éléments qui façonnent la vie d'une petite entité, génèrent des souvenirs, lient les habitants par un dénominateur commun. Certains ne s'étaient plus vus depuis vingt, trente ou quarante années, depuis la "petite" école ou la communion solennelle, depuis un mariage qui les avait éloignés de leur faubourg natal mais leurs souvenirs communs étaient toujours intacts, toujours vivaces. D'une première réunion un peu guindée, on passa rapidement à de mémorables soirées parfois teintées d'émotions, toujours de bonne humeur. Le thème à peine lancé, le voici qui rebondissait sur un autre, déliant les langues, faisant naître les rires ou nouant les gorges. Parfois le brouhaha s'installait au grand dam de ces pauvres Ecrivains publics qui devaient tout noter en n'omettant pas de traduire les sentiments exprimés, obligés souvent d'agiter une sonnette pour canaliser cet enthousiasme débordant. 

"Walter Chabeot", "Marie trois côtelettes", "Valère" ou "la fille cigarette" étaient tout à coup ressucités tout comme l'accordéoniste Pierre Duchateau, Luc Varenne, l'instituteur Jean Pipart et son épouse, l'ancien bourgmestre Fernand Dumont ou encore les "Noirtes gueules", une famille de bougnats. On revivait les ducasses du lundi de Pentecôte, les rencontres de la Juventus Saint-Lazare, on évoquait les cafés dont la plupart sont aujourd'hui disparus : "le café du Garage", "le Petit Turcq" et son presque voisin "le Grand Turcq", "le Bras de Fer", on se rappelait le "Monobloc", "l'imprimerie Desclée" et la première fabrique de plumes de Belgique ! On alla même jusqu'à reconstituer un plan immense reprenant le nom des habitants des différentes maisons du faubourg, un travail de fourmi, une oeuvre de bénédictin ou... plutôt de bénédictines puisqu'il fut réalisé en un temps record par Monique et Colette. 

Une parution sur un air d'accordéon.

Ce joyeux temps de gestation a donné naissance, neuf mois plus tard, (quel heureux hasard !) à un livre, à une compilation des Mémoires du faubourg de Lille. Celui-ci paraîtra officiellement le vendredi 21 septembre prochain au cours d'une soirée de présentation, apothéose d'un travail collégial. 

Les invités se retrouveront, à 18h00, en la chapelle Saint-Lazare, mieux connue des habitants sous le nom de "chapelle des Lépreux", dernier vestige de la léproserie "la Bonne Maison du Val", véritable berceau du faubourg, pour un hommage à la Fondation Follereau et à celui qui en fut son chantre, René Godet, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, décédé il y a une année. 

Emmenés par l'accordéon de Laurent Pitot, élève de Pierre Duchateau, les participants gagneront ensuite l'église Saint-Lazare non sans avoir fait une halte face à la "Port'Ouverte" où se concrétisera bientôt le voeu cher à ces auteurs d'un jour, la création d'un jardinet, en haut de l'avenue Minjean, où il fera bon, dès l'été prochain, se reposer à l'ombre des essences locales. 

Au sein de l'église, les chansons sur le faubourg créées pour la circonstances seront interprétées par leurs auteurs avec un accompagnement de Philippe Desmet, ancien Président de la Royale Compagnie venu en voisin, des extraits du livre seront lus, l'exposition de photos (qui sera également visible les samedi 22 et dimanche 23) sera inaugurée, un verre de l'amitié servi. Une rencontre que personne ne souhaite ultime !

Le livre, largement illustré grâce à la précieuse collaboration de Monique, de Colette, de Claude et de Jacques pourra être acquis au prix réellement accessible de 8 euros, on pourra aussi se le procurer, par la suite, au Conservatoire de Musique ou chez les libraires du quartier.

Les "Mémoires du faubourg de Lille, une porte ouverte sur la campagne", un témoignage pris à la source et une modeste contribution à l'histoire de Tournai, est un ouvrage loin d'être nostalgique, une série de clichés qui, feuilletés les uns après les autres, créent l'atmosphère d'un endroit où il fait encore bon vivre.  

(S.T. septembre 2012)

19/04/2011

Tournai : Au revoir, René !

Dans le grand jardin de la Vie, tu avais su, René, cultiver deux fleurs rares, deux espèces qui pourraient un jour être en voie de disparition si nous ne prenons garde : les fleurs d'Amour et d'Amitié.

La fleur d'Amour, aux tons si tendres, aux pétales si délicats, tu l'avais spécialement réservée pour les tiens, tes parents, ton épouse Josiane, tes enfants et petits-enfants. Elle garnissait la table des réunions de famille, égayait les anniversaires et éclairait les jours parfois plus sombres de l'existence.

La fleur d'Amitié, tu l'avais semée à profusion pour tes amis de la Fondation Follereau, de la léproserie de Fontilles, du Cabaret Wallon, des Chevaliers de la Tour et bien d'autres encore qui nous resteront à jamais inconnus. Cette fleur, symbole de ta sensibilité, tu nous l'offrais à chacune des réunions auquelles tu participais.

Tu cultivais aussi, tout spécialement pour la Royale Compagnie dont tu étais un membre fidèle, la fleur bleue, celle qu'aimait aussi Louis Urbain, ton prédécesseur. Bien souvent, sur le ponton de la Halle-aux-Draps, en ces soirées uniquement réservées à la gente masculine, sur des airs de Trenet, l'artiste que tu appréciais, on a vu perler furtivement, au sein de ton auditoire, une larme rapidement essuyée lors de tes interprétations empruntes de poésie, de sincérité et de pudeur.

Amoureux de la vie, tu nous avais gratifiés d'un essai, d'un petit roman, une sorte de testament qui reprenait l'essentiel de ta philosophie. Tel Cyrano, pour lequel tu avais une grande admiration, tu y avais mené un combat contre l'hypocrisie, l'égoïsme, les lèpres de l'existence, tu l'avais tout simplement intitulé : "La Joie d'Aimer".

Ce lundi 18 avril 2011, au début de soirée, le jardinier a rangé définitivement ses outils, laissant aux autres le soin de continuer la récolte, de semer encore et encore des fleurs d'Amour et d'Amité, René Godet, Ami de Tournai, a rejoint, tout là-bas, le grand jardin dont il a souvent rêvé.

(voir également les rubriques "expressions tournaisiennes" n°104 du 8.01.2011 et n°60 du 6.03.2010)

07:21 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rené godet |

01/12/2007

Tournai : le Cabaret Wallon Tournaisien (7)

L'Optimiste ne peut parler de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien sans évoquer les membres qu'il a particulièrement bien connus.

Ainsi Jean Leclercq (connu à Tournai sous son nom d'artiste animant les soirées d'après-guerre : Jean Clercel) entré au cabaret en 1959, journaliste Sportif à l'Avenir du Tournaisis, organisateur de la course pour cyclistes professionnels "le Trèfle Quatre Feuilles", fervent supporter de l'Union de Tournai, club pour lequel il tenait une rubrique dans le journal le "Rouge et Vert", il avait le don de croquer des personnages réels ou imaginaires tel "l'Bédéeau" portrait humoristique d'une fonction aujourd'hui presque disparue au sein de nos églises ou "Adieu, Charlot", hommage écrit à la mort de Charlie Chaplin : "Ein' moustache, ein' canne, ein p'tit capieau, des sorlets à treos : ch'éteot Charlot... Pou l'plaisi' des p'tits et des pus grands, T'as su nous distrair' pindant longtemps... Si t'mimique de clown nous a quittés, sois seûr, Charlot, qu'on n't'obliera jamais....".

Ainsi également Edmond Roberte, entré au cabaret en 1965, natif du village de Maubray, près d'Antoing, cet employé d'Electrabel (le fournisseur d'électricité en Belgique) se définissait lui-même comme "l'paysan du Cabaret". Toutes ses créations furent de véritables succès. Qu'on en juge avec un extrait de sa chanson "Orfroidis'mint" (refroidissement) sur l'air de "Tchi Tchi" de Tino Rossi dont il imitait à la perfection la voix : ""Chaque année, l'hiver i nous ramène, La mot' (mode) des écharp's et gilets d'laine... Et tout l'meonte (monde) attrape ein' mauvaiss' mine, L'gosier irrité, fluxieon d'poitine ou roupie (goutte) à s'nez...Alors quand l'catarrhe éclate, At tchi !, ch'est l'succès du hit parat", At tchi, On s'demant' dùsqu'on a pris cha ? Ah, Ah, on éternue à tour de bras, ah, ah...".

Comment ne pas évoquer également René Godet, entré au Cabaret en 1979, ce teinturier de profession, également membre des Amis de Tournai et des Chevaliers de la Tour cultive le genre sentimental, la chanson "fleur-bleue", digne successeur de Louis Urbain décédé en 1965. Venant "su' l'ponteon" (l'estrade) après un chanteur humoristique, la main éternellement dans la poche du pantalon, il transforme les larmes de rires en larmes d'émotion. Un exemple est sa chanson intitulée "Prière" ; "D'ceux qui n'eont pos d'amis quand i seont dins l'malheur, Quêquein (quelqu'un) pour acouter (écouter) c'qu'on n'dit qu'du bout du coeur, Qui partireont tout seus (seuls) sans qu'personne n'les pleur', Des satisfaits d'euss-mêmes, d'ceux qui s'prenn'nt au sérieux Et d'ceux qui, à vingt ans, éteot'tent déjà vieux...Ayez pitié , mo Dieu !".

Au départ de Lucien Jardez, entourés de quelques anciens, les plus jeunes ont repris le flambeau et désormais l'avenir du Cabaret est entre les mains de Vincent Brackelaere, Jean Michel Carpentier, Bernard Clément, Claude Delonville, Michel Derache, Géry Derasse, Philippe Desmet (l'Prési), Jean Marc Foucart, Rudy Sainlez, Pierre Vandenbroeck, Pascal Winberg, entourés et conseillés par les anciens Félicien Doyen, René Godet, Ghislain Peron, Jean Pierre Verbeke et André Wilbaux.

Paul Wacheul qui assure le secrétariat et les relations publiques, Danny Batteauw, le Trésorier, sont les deux hommes de l'ombre, des habitués des coulisses qui rendent d'immenses services à la société. Le Cabaret a cent ans. Heureux anniversaire... "Au Cabaret i-a toudis des bieaux jours"...

(sources : Florilège paru lors du 75e anniversaire de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1982 et souvenir personnels).

Si vous voulez en connaître plus, n'hésitez pas de visiter le site du Cabaret :www.cabaretwallon.be.