03/04/2017

Tournai : Amédée Coinne, héros oublié comme tant d'autres !

Amédée Coinne, un devoir de réhabilitation.


1940 Amédée Coinne.JPGLes conflits qui eurent lieu durant le XXème siècle ont révélé le courage et le dévouement d'hommes et de femmes engagés dans un combat, le plus souvent discret, afin de débarrasser le sol natal d'un ennemi. Ils ont donné naissance à des héros anonymes qui ont bien souvent laissé leur vie au service de leur pays. Les années succédant aux années, leurs actes de bravoure ont sombré peu à peu dans l'oubli. Les livres d'histoire n'évoquent que très rarement leur mémoire et sur les immeubles qu'ils habitaient aucune plaque ne rappelle leur sacrifice. Ce sont des héros oubliés dont le souvenir n'existe plus qu'au sein de leurs familles.

Me plongeant dans l'histoire familiale, j'ai pu reconstituer, il y a bien longtemps déjà, l'histoire d'un cousin de mon grand-père maternel. Il s'appelait Amédée COINNE.

Amédée Coinne était né en août 1897. Il avait épousé Valentine Foulon et, lorsque la seconde guerre mondiale éclata, le couple demeurait au n°94 de la chaussée de Roubaix à Tournai.

Jusqu'en 1939, Amédée Coinne, militaire de carrière, était fourrier au 3e Chasseur. Au sein de l'armée, on désignait sous cette appellation, un sous-officier chargé du cantonnement des troupes et du couchage, de la distribution des vivres et des vêtements. Lors du dédoublement du 3e Chasseur, il fut affecté au 6e Chasseur et avec ce bataillon, il participa à la campagne des dix--huit jours. 

Revenu à Tournai, au début de l'année 1941, il mit rapidement sa maison de la chaussée de Roubaix à la disposition de la "Phalange Belge", un groupe de résistants assermentés fondé en octobre 1940. Ce groupe fusionnera, en cette année 1941, avec la "Légion Belge" qui deviendra par la suite "l'Armée Secrète".

Au sein de ce groupe, Amédée Coinne collabore tout d'abord à la diffusion de la presse clandestine. Sous le pseudonyme de "Médée", il stigmatise ceux qui sont entrés en collaboration avec l'ennemi. Il distribuera également "La Libre Belgique" et "Le Vigilant".

Il deviendra le spécialiste des petits sabotages en semant des clous sur le parcours des camions allemands, retardant ainsi quelque peu leur avancée. Il y eut ainsi durant la guerre de nombreux petits gestes du genre qui empoisonnaient le déroulement des opérations programmées par l'occupant.  

Son dévouement à la cause de la résistance le fera repérer par l'Intelligence Service qui le recrutera en qualité d'agent du Service de Renseignement et d'Action (le S.R.A). Il sera agent de liaison entre la région de Tournai et les groupes du Nord-Pas-de-Calais.

En 1942, les Allemands imposent le Service de Travail Obligatoire (le S.T.O.). A Tournai, celui-ci sera installé dans un immeuble de la rue Duquesnoy (pratiquement en face des bâtiments de l'Athénée Royal). Amédée Coinne parvient à y recruter deux employées et, en quelques mois, plus de 400 dossiers vont être falsifiés. De plus, le réseau aura connaissance de lettres anonymes de dénonciation ce qui permettra d'exfiltrer les personnes menacées. Le résistant n'attire pas l'attention de l'occupant. Aux yeux des Allemands, Amédée Coinne est un simple employé du Secours d'Hiver dont les magasins aident les plus démunis par la distribution de vêtements, de vivres ou de charbon. Comme cette organisation a été créée avec l'accord des Allemands, certains à Tournai y voient un repaire de collaborateurs. On prononce parfois la phrase "Secours d'Hiver, secours d'Hitler". Ceux qui propagent pareilles allégations au sujet de cette organisation humanitaire ne peuvent imaginer qu'elle sert également de couverture pour des résistants ! En décembre, il est recruté par le service Mill.

Son habitation servira de lieu d'hébergement pour les réfractaires au travail volontaire. C'est là également que la résistance sera en contact radio avec Londres. 

Amédée Coinne va être averti que l'occupant est à la recherche d'un certain Médée, l'employée de la rue Duquesnoy a été découverte mais avertie du fait, avec la complicité de la résistance, elle a quitté Tournai juste avant d'être arrêtée. Elle n'y reviendra que le conflit terminé.

Au courant de ces derniers développements, Amédée Coinne se méfie et décide de ne plus demeurer à la chaussée de Roubaix. Valentine, son épouse, restera seule. Un code établi entre eux va lui permettre de lui rendre visite de temps à temps. Un carton placé à la fenêtre lui prévient qu'il n'y a aucun danger.

Le 13 février 1944, il est présent à son domicile pour fêter son anniversaire de mariage. Durant le repas, on sonne à la porte, c'est la Gestapo et la G.F.P (Geheime Feldpolizeï, la police secrète allemande). Amédée Coinne voulant fuir par l'arrière de l'habitation est arrêté. Il a été dénoncé par une femme qui travaillait à la Kommandantur et à la Werbestelle. Valentine ne le reverra plus.

Il a été emmené à Arras, au Grand Hôtel du Commerce, quartier général de la Gestapo. Interrogé, il ne vendra jamais le réseau. Lors d'une tentative d'évasion, il sera gravement blessé à la tête et le 18 mai 1944, il est abattu avec onze autres résistants et enterré dans une fosse commune sans que son nom soit transcrit sur les sinistres registres allemands.

Après la fin de la guerre, la famille se mettra à sa recherche. A Arras, des anciens geôliers certifient qu'il faisait partie d'un convoi parti vers l'Allemagne durant le mois d'août 1944. L'espoir de le revoir vivant renaît et, qui plus est, un prisonnier français assure l'avoir croisé au camp de Belsen en septembre 1944. En 1945, un journal local annonce, sur base d'on ne sait quelle information, que la famille d'Amédée Coinne a reçu un télégramme lui annonçant sa présence dans le camp allemand. Hélas, en 1950, l'exhumation de douze corps des fossés de la citadelle d'Arras va mettre fin à l'attente et à l'espérance. Le 18 octobre, une étude du squelette, de la dentition, de la veste militaire belge, de la chevelure ondulée qui le caractérisait et de la trace d'une ancienne blessure, conséquence d'un coup de crosse reçu lors du premier conflit mondial, va permettre d'identifier formellement sa dépouille.

Le samedi 21 octobre 1950, son corps sera rapatrié à Tournai et des funérailles nationales seront organisées le lendemain. La famille pourra enfin faire son deuil, elle avait longtemps espéré le revoir vivant. Amédée Coinne avait 47 ans lorsqu'il a été tué par la barbarie d'un régime heureusement vaincu ! 

tombe d'Amédée Coinne.JPG

La stèle d'Amédée Coinne au cimetière du Sud

Durant ma jeunesse, son histoire était souvent racontée lors des réunions de famille. C'était donc un devoir de mémoire pour moi de la conter à mon tour. Au travers de ce récit, c'est un hommage qui est rendu à ces anonymes qui, un jour, se sont levés contre l'occupant et ont travaillé à la perte de celui-ci ! Les jeunes qui vivent en paix depuis plus de septante ans grâce à ceux qui combattirent l'ennemi devraient parfois s'inspirer de leur patriotisme, eux qui sont le plus souvent absents des commémorations encore organisées en souvenir de ces héros. 

mémorial soldats 14-18 40-45.JPG

Pensées d'Emile Verhaeren à l'entrée de la pelouse du souvenir au cimetière du Sud. 

(sources : histoire familiale - journal le Nord-Eclair. Il est à noter que sa photo est également parue dans l'ouvrage de Pierre Bachy, professeur à l'Athénée Royal de Tournai : "Vie et Mort dans le Val de Verne" - photos S.T.).

S.T. avril 2017. 

12/11/2015

Tournai : le mot du soldat, un acte de résistance.

Une cérémonie bien suivie.

Les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale semblent avoir ravivé la flamme du souvenir parmi les plus jeunes générations. Nombreux, en effet, étaient les jeunes qui ont participé, ce 11 novembre, aux cérémonies organisées dans la cité des cinq clochers. Leur présence était un prolongement de l'exposition que des élèves des classes supérieures de l'enseignement officiel et libre ont mis sur pied et présenté au Centre du Tourisme "Les Tournaisiens dans la guerre".

Emmenés par l'Harmonie des Volontaires Pompiers suivie d'un détachement de vétérans des hommes du feu, de jeunes scouts portaient un imposant drapeau aux couleurs nationales. Venaient ensuite les porte-drapeaux des associations patriotiques, les autorités communales, les représentants des corps constitués et de nombreux habitants de la cité des cinq clochers soucieux de rendre un hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la patrie et qui sont "morts pour l'Honneur et le Droit" pour reprendre la citation gravée dans la pierre du Monument aux Morts.

Ce sont des étudiants de rhétorique de l'Athénée Royal qui ont tout d'abord rappelé le sacrifice de ces jeunes Flamands et Wallons, à peine plus âgés qu'eux, qui, un jour d'août 1914, furent appelés à défendre leur pays face à l'invasion allemande. Certains y laissèrent la vie, d'autres furent gravement blessés, gazés parfois, tous vécurent dans des conditions extrêmement difficiles au sein des tranchées de l'Yser. Prenant ensuite la parole, Rudy Demotte, Bourgmestre de Tournai, a rappelé la mémoire des habitants morts au cours de ce premier conflit : soldats sur le front, civils mais aussi déportés. Il dressa ensuite le portrait de ces citoyens, mus par un élan patriotique, qui entrèrent en résistance comme le firent Gabrielle Petit, Louise de Bettignies et les édiles tournaisiens Edmond Wibaut, Albert Allard, Edouard Valcke... mais également des centaines d'anonymes qui apportèrent, bien souvent au péril de leur vie, une pierre à l'édification de cette victoire commémorée, en ce jour de novembre, pour la 97e fois. Ce sont des élèves de rhétorique du Collège de Kain qui, auprès des monuments respectifs, rappelèrent l'attitude héroïque du Roi Albert et de la Reine Elisabeth restés auprès des soldats pendant ces quatre années de guerre.

La résistance à l'ennemi fait partie de toutes les guerres, elle est inhérente à tous les conflits. Des hommes et des femmes se dressent sans bruit; toujours dans le plus grand secret, pour contrecarrer les plans machiavéliques et les méthodes barbares de ceux qui veulent imposer à un pays, par la force, leur vision de l'avenir.  

Le Mot du Soldat.

La résistance peut prendre de multiples formes : l'espionnage ou le renseignement au profit des forces alliées, le sabotage, la résistance passive qui fut notamment le fait de l'échevin Wilbaut refusant de livrer à l'ennemi la liste des Tournaisiens au chômage, la distribution de la presse clandestine pour informer la population...

Une autre forme de résistance est née dans le courant de l'année 1915 : le soutien du moral des troupes cantonnées sur l'Yser par la création du "Mot du Soldat". Il était en effet important de maintenir un lien entre les hommes défendant ce bout de territoire national et leur famille. C'est le Roi Albert 1er qui, en janvier 1915, émit le vœu de voir la fondation d'un organisme chargé de faire le trait d'union avec les absents, partis au front. Une sorte de lien secret qui unirait famille et militaires.

C'est grâce à deux Pères Jésuites bruxellois que cette œuvre a vu le jour, les R.P. Pirsoul et Méaul. Quelques semaines plus tard, une section locale fut créée à Tournai par le Révérend père Mazure qui passa le relais, en août, à l'abbé Morelle, curé de la paroisse Saint-Nicolas. Ce dernier s'entoura de nombreux bénévoles parmi lesquels Joseph Devred et l'horloger Victor Batt.

Des feuillets-lettres étaient imprimés et remis par des chefs de groupe à ceux qui désiraient correspondre avec un père, un fils ou un époux. Chaque semaine, à jour fixe, de nombreux billets écrits par les proches des soldats étaient récoltés et transitaient par Tournai où on les annotait et les numérotait avant de les envoyer à Bruxelles pour l'expédition au front. Ce transfert se faisait frauduleusement via La Haye en passant par l'enclave belge de Bar-Le Duc.

Rappelons qu'à l'époque la ville de Tournai avait été décrétée par les Allemands "Etapengebied", c'est-à-dire territoire tampon entre zone de guerre et zone pacifiée (occupée). Madame Marthe De Rodere, âgée de 26 ans en 1914, a raconté qu'à Tournai, la tâche consistait à faire passer ces billets au-delà du poste de garde allemand situé au bout de la Drève de Maire, à un endroit où se trouvait un parc avec une auberge et un étang (NDLR : probablement à proximité de chez les Dames de Saint-André).

Curieusement la première grosse entrave au "Mot du Soldat" ne vint pas de l'occupant mais bien du gouvernement belge qui, le 29 juin 1915, décida de l'interdire en qualifiant l'œuvre d'éminemment suspecte. Selon lui, elle trahissait les positions des troupes. Celle-ci se poursuivit néanmoins et la sanction belge fut levée le 1er août à condition que le "Mot du Soldat" véhicule uniquement des nouvelles de la famille et/ou du terroir.

Le 8 août 1916, Joseph Devred est arrêté. Le 31 août, il quittera la prison de Tournai pour celle de Malines. Il fut par la suite envoyé à la prison d'Anrath en Allemagne.

Par malheur, quelques lots de billets furent interceptés à la frontière hollandaise au début de l'année 1917, ceux-ci portaient la mention "TAI" (Tournai). C'est donc vers  la cité des cinq clochers que se dirigèrent les enquêteurs allemands. L'abbé Morelle fut arrêté avec 27 autres collaborateurs. Lors du procès, L'abbé Mazure fut condamné à 2 ans de prison, Joseph Devred à 18 mois, Victor Batt à 12 mois, l'abbé Henri Leroy à 6 mois, Paul Brasseur à 5 mois, Edmond Carbonnelle, Auguste d'Espierres, Victor Honoré, Félix Richeling, Louis Wastraat à 3 mois, Marie Landrieu et l'abbé Alfred Morelle à 2 mois, la chanoine Buisseret à 1 mois. Onze autres personnes furent condamnées à des amendes allant de 100 à 500 marks. En ce qui concerne l'abbé Morelle, il faut savoir qu'une autre condamnation avait été prononcée contre lui pour espionnage et, pour cette accusation, il fut condamné à deux fois dix années de travaux forcés.

Grâce au travail de ces résistants, suivant les différentes sources, entre 12 et 13.000 Mots du Soldat ont pu être expédiés et 6.000 réponses étaient revenues du front.

(sources : témoignage de Mr. Etienne Triaille, neveu de Joseph Devred, paru sur un forum internet consacré au Mot du Soldat, témoignage de Marthe de Rodere, paru dans le livre "Au nom de tous les nôtres 1914-1918", ouvrage publié par les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde en juin 2014). 

S.T. novembre 2015

 

09:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1914-1918, guerre, mot du soldat, résistance |

16/05/2014

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (3)

Comme souvent lorsqu'un pays est plongé dans la tourmente, nombreux furent les Tournaisiens qui se comportèrent en héros lors de ce premier conflit mondial. Issus des milieux les plus modestes jusqu'aux plus aisés, des hommes et des femmes démontrèrent leur appartenance au pays et luttèrent, dans le secret souvent, jusqu'à donner leur vie, pour sauvegarder son intégrité territoriale et la liberté de ses habitants. Peu nombreux, hélas, sont encore ceux qui se sentent redevables de gratitude à leur égard.

Mes recherches m'ont permis de rencontrer Mr. José Van Hulle qui s'est donné pour mission d'être un "passeur de mémoire" et à ce titre rencontre les jeunes générations et les invitent à participer aux cérémonies du souvenir. Celui-ci m'a brièvement conté l'histoire de Léon Desobry, un nom bien connu à Tournai puisque la famille est à la tête d'une biscuiterie renommée depuis plusieurs générations.  

Léon Desobry ou "l'appel du front".

Léon Desobry avait à peine 17 ans (il était né en 1897) lorsqu'éclata le premier conflit mondial. Malgré son jeune âge, il n'hésita pas un seul instant à s'engager dans l'armée dans le but de servir la patrie. Il voulait rejoindre ses frères ainés, Albert et Henry, enrôlés au début de la guerre. Bien qu'il fut désireux de rejoindre au plus vite le front, Léon Desobry fut engagé comme interprète auprès de l'armée anglaise. Son désir de rejoindre le front le fit envoyer à Fécamp pour y recevoir un formation de combat à l'arme blanche. Il réussit celle-ci et fut, de ce fait, promu au grade de sergent, on lui proposa de devenir instructeur pour les jeunes recrues mais son souhait initial n'avait pas changé.

C'est au grade de caporal qu'on le retrouva alors sur le front de l'Yser où il va multiplier les actes de bravoure comme l'attaque d'un bunker allemand sous le feu du bunker voisin ou encore l'approche des lignes ennemies pour comprendre la raison des mouvements des troupes allemandes (il découvrit, à cette occasion, que l'ennemi utilisait la technique des fausses haies mobiles qui lui permettait d'approcher sans se faire remarquer des tranchées alliées). Le commandement ne sachant pas quel régiment se trouvait face au sien, Léon Desobry n'hésita pas à s'approcher de la tranchée ennemie, à sauter dans celle-ci, à tuer au couteau un soldat et, avec l'aide de compagnons, à ramener sa dépouille pour identification.

Vers la fin de la guerre, dans la forêt de Houthust dont nous aurons l'occasion de reparler,  lorsque son régiment, le 23ème de ligne, lança une offensive, il fut gravement blessé recevant quatre balles de mitrailleuse, deux dans le bras et deux dans le bassin. Laissé pour mort par les brancardiers qui passèrent près de lui, il faut sauvé, in extrémis, par ses deux frères partis à sa recherche. Evacué sur La Panne, il fut veillé, la première nuit, dans la chapelle des Pères Oblats par la reine Elisabeth, l'épouse du roi Albert 1er. Quand son état le permit, il fut transféré et hospitalisé à Ypres où il resta deux ans. 

Entretemps la guerre avait pris fin, revenu à la vie civile, il partit pour Bruxelles où il donna des cours d'anglais au collège Cardinal Mercier. C'est là qu'il rencontra Marguerite qui deviendra son épouse et lui donnera huit enfants. Léon Desobry est mort en 1973, à l'âge de 76 ans.

Herman Planque, le "roctier inébranlable".

Cet habitant d'Allain, petit hameau situé aux portes de la cité des cinq clochers, était né le 3 mars 1890 à Lille (F). Il exerçait la profession d'ouvrier carrier, plus communément appelé "roctier" dans le Tournaisis. Un dur labeur car ce "chaufournier-défourneur" était la personne qui déchargeait la chaux-vive des fours dans des brouettes en tôle, seul élément capable de résister à la très forte chaleur.

Dès la première année de guerre, l'occupant allemand s'attela à réquisitionner les matières premières mais aussi les outils des entreprises. Des usines furent entièrement vidées de leur matériel qui prit le chemin de l'Allemagne. Les entreprises ainsi dévalisées furent incapables de produire et des centaines d'ouvriers se retrouvèrent, du jour au lendemain, à la rue. Le but de l'ennemi au travers de ce "butin de guerre" était d'enrichir l'Allemagne tout en appauvrissant le pays occupé et surtout de mettre à disposition des usines allemandes de la main d'œuvre.

A Tournai, l'orstkommandant Schuster organisa, dès 1916, de nombreuses rafles parmi les ouvriers au chômage. Le 18 octobre, les soldats allemands frappèrent à la porte de la petite maison occupée par Herman Planque à Allain et l'emmenèrent de force rejoindre 180 autres travailleurs réquisitionnés comme lui. Dans des wagons de marchandises, ces hommes prirent le chemin de Fresnes-les-Condé (Nord de la France) avant d'être conduit à Prémontré. C'est à Sainte-Beuve qu'Herman Planque fut transféré. Là, il refusa obstinément de se mettre au service de l'ennemi.

Décrit comme un homme athlétique, résistant à la douleur, il fut alors torturé et subit de nombreuses privations qui eurent tôt fait de le transformer en "loque humaine". A l'agonie, il fut ramené à Tournai, le 27 avril 1917 où il mourut deux jours plus tard. Il avait 27 ans.

Devenu le symbole de la résistance passive à l'ennemi, son nom a été donné à place du hameau d'Allain. Sur la plaque on peut lire : "place Herman Planque, symbole de la résistance patriotique, qui mourut en martyr plutôt que de travailler pour l'ennemi". Un monument a été également érigé à sa mémoire, un bloc de pierre porte la mention : "Herman Planque 1890-1917 - ils ne feront jamais branler un "roctier", mots qu'il a prononcé à la veille d'être emmené pour le travail obligatoire.

(sources : Léon Desobry, du 23e régiment d'infanterie, récit écrit par Albert son fils, indiqué par Mr. Jose Van Hulle que je remercie (voir ce récit complet et photos sur internet) - "Biographies tournaisiennes des XIX et XXe siècles" de Gaston Lefebvre et articles parus dans la presse locale concernant Herman Planque).

S.T. mai 2014

 

14/05/2014

Tournai : 1914-1918, les acteurs d'une tragédie (2)

Louise de Bettignies, une frêle jeune femme devenue résistante et espionne.

Louise, Marie-Jeanne, Henriette de Bettignies est née le 15 juillet 1880 dans la ville française de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), commune située à moins de vingt kilomètres de la cité des cinq clochers.

Elle est issue d'une très vieille famille noble dont on trouve déjà la trace au XIIIe siècle dans la région de Mons. Un des ses aïeux, François-Joseph Péterinck de la Gohelle est venue de France s'installer à Tournai et a fondé, sur le quai des Salines, à proximité du Pont des Trous, la célèbre fabrique de porcelaine d'art qui fera la renommée de la cité scaldéenne et portera d'ailleurs le titre de Manufacture impériale et royale.

Au tout début du XIXe siècle, un descendant, Maximilien-Joseph de Bettignies, avocat inscrit au barreau de Tournai, grand-père de Louise de Bettignies, va ouvrir une filiale de la fabrique à Saint-Amand-les-Eaux, celle-ci sera gérée par le père de Louise.

Après des études secondaires effectuées chez les Sœurs du Sacré-Cœur à Valenciennes, Louise de Bettignies, jeune fille d'apparence fragile (un élément important à souligner) va déménager à Lille. A peine installée dans la grande ville nordiste, elle quitte sa mère devenue veuve et rejoint l'Angleterre où elle poursuit des études chez les Ursulines à Upton et ensuite à Wimbledon et Oxford. En 1903, elle revient à Lille et s'inscrit à la Faculté des Lettres de l'Université. Son séjour en Angleterre lui a permis de parfaire ses connaissances en langue anglaise qu'elle parle désormais couramment. En outre, elle possède des notions d'Allemand et d'Italien.

Quittant une nouvelle fois la France, on la retrouve en Italie, à Milan tout d'abord, et en Autriche ensuite où elle exerce la fonction de préceptrice auprès de la princesse Elvire de Bavière. C'est dans ces circonstances qu'elle parfait ses connaissances des langues italiennes et allemandes.

Au début de l'année 1914, elle revient à Lille, une cité qui sera déclarée "ville ouverte" le 1er août. A partir du mois d'octobre, Louise de Bettignies va prendre une part active au conflit, elle ravitaille les soldats qui défendent la cité mais se rend également dans les hôpitaux afin d'écrire aux familles les correspondances de soldats allemands mourants.

Elle va alors entrer en contact avec le service d'espionnage anglais de l'Intelligence Service et établir un vaste réseau d'espionnage qui va couvrir la région frontalière, elle le dirigera sous le nom d'Alice Dubois. Elle centralise les mouvements des troupes allemandes en Belgique et dans le Nord de la France et communique ces informations aux Anglais. Dans ce cadre, elle effectue de nombreux déplacement en Hollande.

Durant l'année 1915, elle va procéder au sauvetage de plus d'un millier de soldats britanniques.

Hélas, elle va commettre deux erreurs qui lui seront fatales :

Lors d'un de ses déplacements dans la région, elle va occuper une chambre à Estaimpuis qui a servi à piéger une résistante quelques temps auparavant et qui est surveillée par les Allemands. Cette erreur ne prêtera cependant pas à conséquence, les soupçons de l'occupant n'ayant pas été éveillés.

Au mois d'octobre se promenant avec une jeune fille à Froyennes, elle attira l'attention de deux allemands en civil qui la firent arrêter et transférer à Bruxelles où elle fut jugée pour espionnage. Le 16 mars 1916, le tribunal prononça à son encontre la peine de mort qui sera commuée en travaux forcés à perpétuité.

De nature frêle, affaiblie par l'emprisonnement, les privations et les mauvaises conditions de détention, elle fut victime d'une pleurésie et mourut dans un hôpital de Cologne, le 27 septembre 1916.

Elevée dans la religion catholique, rien ne laissait présager le destin héroïque de cette jeune fille assez timorée, de condition modeste suite à la faillite de l'entreprise de Saint-Amand-les-Eaux  et la mort de son père. Une jeune fille dont on dit même qu'elle envisageait, avant la guerre, d'entrer au couvent peut-être en raison d'une déception amoureuse devint une héroïne de ce premier conflit mondial.

Dans le village de Froyennes situé aux portes de la cité des cinq clochers où elle fut arrêtée, le long de l'ancienne route qui mène de Tournai à Courtrai, une plaque commémorative a été apposée en 1926 sur la façade d'un ancien café portant l'enseigne "Au Canon d'or" et la placette, à proximité, porte depuis lors son nom.

(sources : "Lille dans les serres allemandes" de René Deruyck - hommage paru dans la presse tournaisienne (Courrier de l'Escaut) - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre);

S.T. Mai 2014.

01/05/2013

Tournai : Henri Philippart, un résistant dont on parle peu !

Dans la cité des cinq clochers, au pied de l'église Saint-Brice, un monument rappelle le souvenir de Gabrielle Petit, héroïne tournaisienne de la première guerre mondiale à laquelle le présent blog a consacré un article le 13.6.2007, de nombreux écrits relatent les faits de guerre de Simone Ghisdal, dite "Tante Gaby" ou "ma tante" (voir article du 20.12.2008), dans le village de Kain, une rue commémore également le nom de l'abbé Georges Dropsy, dit" Mon oncle" (voir article du 16.4.2010).

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a également évoqué le souvenir de Marcel Demeulemeester, de Paul Carette, d'Adelson Dehon, d'Amédée Coinne ou de Raymond Fiévet. Autant de Tournaisiens (et bien d'autres) qui oeuvrèrent, souvent dans la plus grande discrétion, afin d'empêcher que notre vie bascule un jour sous la domination d'un ennemi barbare. C'est grâce à l'action cachée de ces hommes et de ces femmes, combattants de l'ombre, que des victoires ont pu être remportées et que la liberté a pu être sauvegardée. 

Au hasard d'une lecture, l'occasion m'a été offerte de découvrir un résistant d'une grande modestie, dont le nom n'apparaît que trop peu dans le souvenir des faits de guerre à Tournai : Henri Phillipart.

Comme pour les autres, rien ne prédestinait cet homme à devenir un héros de l'ombre.

Henri Philippart est né à Tournai, le 2 septembre 1875, au sein du foyer d'Alphonse et de Léonie Serweytens. Il est l'aîné d'une famille de onze enfants, des personnes bien connues dans la cité scaldéenne, des industriels du textile. Son père est le cousin de Simon Philippart, grand financier (voir article lui consacré le 12.2.2008).

A la fin des études secondaires, le jeune Henri travaille durant quelques temps dans la filature du quartier Saint-Brice. Le 30 mai 1894, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à Arlon. En 1896, il part à Louvain étudier la philosophie et entre 1899 et 1905, on le retrouve successivement dans les collèges de Charleroi, Namur et Mons. Il est ordonné prêtre le 16 août 1908. 

Entre 1912 et 1915, il est sous-préfet au collège Saint-Michel d'Etterbeek (Bruxelles). C'est à cette époque qu'éclate le premier conflit mondial.

Le jeune religieux va entrer en résistance, presque subrepticement, en commençant par donner des conseils aux élèves qui veulent gagner le front en se dirigeant vers Turnhout, Postel ou Sichem-Montaigu. Lorsque ces voies seront découvertes par l'ennemi, Henri Philippart sollicitera alors l'aide d'un médecin de la clinique Sainte-Elisabeth d'Uccle qui s'occupait de recrutement, le docteur Van Swieten. 

Quelques jeunes seront arrêtés lors d'un passage en Hollande et l'ennemi va remonter la filière  jusqu'au collège bruxellois. Entretemps, Henri Philippart, désigné dans les rapports allemands sous l'identité du "grand blond" est arrivé au collège Notre-Dame de Tournai. Les militaires allemands ne retrouveront pas sa trace.

A Tournai, notre homme va s'occuper d'un autre secteur de la résistance, la correspondance et notamment de la distribution du "Mot du Soldat" créé par une organisation qui s'occupait de la correspondance clandestine entre les soldats au front et leur famille. Créé en 1915, cet organe allait être à l'origine de 13.217 départs du "Mot du Soldat" et de plus de 6.000 billets reçus du front. 

Déjà lorsqu'il était à Bruxelles, au sein du collège Saint-Michel, Henri Philippart avait été propagandiste du journal "La Libre Belgique", fondé en février 1915 par le journaliste Victor Jourdain et de "l'Ame belge", mensuel catholique, créé en novembre de la même année.  

D'abord recruteur, ensuite propagandiste, le religieux va, peu à peu, glisser vers le service de renseignements. Ses fréquents voyages à Bruges, Sluys, Namur ou Liège lui permettent de récolter diverses informations qu'il transmet au Père Van Ortroy du collège Saint-Michel, en relations suivies avec des membres du gouvernement belge exilé à Sainte-Adresse, village normand proche du Havre. Dans ses mémoires, il se définira lui-même comme un "espion franc-tireur" profitant des occasions qui lui sont données de glaner des renseignements.

Au début de l'année 1917, il sera mis en relation avec le Frère Cyrille (Cyrille Lesage), un Français né à Saint-Venant, lui aussi ancien distributeur du "Mot du Soldat". Celui-ci fait partie du réseau Liévin de Tourcoing fondé par un négociant local, Arthur Duvilliez. 

Jusqu'au 16 avril 1918, Henri Philippart sera "la boîte aux lettres" et responsable de la transmission entre le groupe français Liévin, du nom de son organisateur Liévin Lahaut qui se trouvait en Hollande et le service Biscop de l'abbé Ghislain Walravens, ancien aumônier du navire-école et vicaire d'Arendonck. Les rapports rédigés à l'encre sympathique arrivaient en moyenne tous les dix jours à Tournai. Les renseignements concernaient les transports de troupes observés, les cantonnements, le passage de trains ou des informations récoltées auprès d'ouvriers déportés en France à proximité du front.

Parmi les nombreux faits d'observation cités dans son rapport, deux d'entre eux ont particulièrement retenu mon attention :

"A Orcq, dans la propriété Crombez, dans le plus grand secret, avait été installé la section des aviateurs-photographes de la VIe armée allemande. Le 16 août 1917, Henri Philippart se rend à cet endroit en empruntant "le ravin de la Marmite", un sentier étroit que les Allemands avaient négligé de barrer. A l'approche du parc, il découvre la présence de tentes-hangars et des avions cachés sous la futaie. Surpris par deux Allemands, il leur déclare qu'il n'a pas vu de barrière interdisant la passage par le chemin qu'il vient de parcourir. L'information donnée par ce religieux égaré parvient à les réjouir, ils viennent de découvrir une faille dans le périmètre de sécurité qu'ils ont installé. Probablement inconscients du danger représenté par ce "brave" homme, ils le laissent repartir. Pendant l'entretien, celui-ci a mémorisé la topographie des lieux et, dès son retour l'a transmise à Bruxelles. Deux jours plus tard et durant plusieurs nuits, la propriété d'Orcq sera arrosée de bombes. Les Allemands n'ont pas fait la relation avec la visite de ce prêtre mais ont eu leur attention attirée par des feux de fanes, allumés aux alentours par des fermiers soucieux de nettoyer leurs champs après la récolte des pommes de terre".

"Les bombardements effectués suite aux renseignements fournis sont parfois à l'origine de dommages collatéraux regrettables ainsi, lors de l'action menée par l'aviation contre le dépôt provisoire de munitions situé à proximité de l'ancienne sucrerie de Blandain, quelques bombes tombèrent loin du but visé et à proximité immédiate du village. Deux enfants de l'orphelinat jouant dans la cour de l'institution furent tués par des éclats. Ce fut là le seul accident survenu à des civils suite aux rapports fournis par les observateurs tournaisiens". 

Comme ce fut souvent le cas, Henri Philippart a été victime de trahison. Dans la soirée du mardi 16 avril 1918, il est arrêté par les Allemands qui fouillent son domicile mais ne trouvent que des journaux, éléments important pour la suite. Au même moment à Tourcoing, Wattrelos en France, à Froyennes, Estaimpuis, Esquelmes en Belgique, les autres membres des réseaux sont arrêtés. Ils ont été dénoncés à l'occupant par un certain Mr. Georges, habitant à Schaerbeek (pseudo de Georges Gylling, né en 1885, voyageur de commerce mais aussi trafiquant et mercanti en tout durant la guerre). Cet homme agissant sous le nom de Durant était utilisé par la police allemande installée à la rue Berlaimont à Bruxelles et parvenait à tromper la vigilance des services britanniques en Hollande avec lesquels il entretenait de nombreux rapports et qui le prenaient pour un des leurs. En fait, il était un agent double.  

Henri Philippart est transféré le lendemain à la prison de Loos près de Lille (France), il y restera jusqu'au 1er octobre, dans l'isolement le plus complet et le secret le plus absolu. En qualité de prêtre, il est respecté par les autres prisonniers, il est celui qui remonte le moral défaillant des plus faibles, il redonne ''espoir aux démoralisés, il exerce le rôle d'aumônier au sein de la prison. 

Au début du mois d'octobre, il est transféré à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles). Il décrit cet endroit comme un purgatoire après l'enfer de Loos où il avait souvent entendu les hurlements des prisonniers torturés ou battus par les Allemands. 

Le 7 novembre 1918, il est emmené, en compagnie de 32 autres personnes, au tribunal. Le 8 novembre ont lieu les réquisitoires. L'avocat qui le défend argue du fait qu'on n'a retrouvé chez lui que des journaux de la presse clandestine, de leur côté, les accusateurs allemands ne peuvent apporter la preuve de ses multiples activités dans la résistance. La sentence tombe, il est condamné à 15 jours de travaux forcés. Il ne les effectuera pas, car trois jours plus tard, c'est l'armistice et il est libéré. Il restera un des derniers condamnés par le Kaiser Guillaume.  

Henri Philippart revient dans sa ville natale et exerce à nouveau en qualité de professeur au collège mais est aussi nommé Sous-Secrétaire à la Commission des Archives des Services Patriotiques. Il retourna à Bruxelles en 1928 et deviendra le préfet de discipline du collège Saint-Michel jusqu'en 1936. 

A 61 ans, il devient le confesseur et prédicateur au collège de Charleroi. Il décèdera le 20 août 1960, à quelques jours de son quatre-vingt cinquième anniversaire. 

Pour son travail au sein de la résistance, il fut fait Chevalier de l'Ordre de Léopold, obtint la Croix civique 1914-1918 décernée par la Belgique et la Croix de guerre britannique "Metal for God and the Empire" lui remise le 30 janvier 1920, à l'hôtel de Ville de Bruxelles par le général Sir Thwaites, délégué du roi d'Angleterre. Il fut également décoré de la médaille de la reconnaissance française et de multiples autres distinctions. 

Sur le souvenir que fit distribuer la famille lors de ses funérailles, on peut lire la mention "condamné à mort de la guerre 1914-1918", fait qu'il ne traduit pas dans ses mémoires de la Commission des Archives Patriotiques du front de l'Ouest, parlant uniquement de travaux forcés, peu importe, cela n'ajoute rien à son mérite.

La copie dactylographiée du rapport de ce jésuite a été transmise aux Archives de la cathédrale par Mr. Aristide Dumoulin, le père du chanoine qui en fut l'archiviste.

(sources : étude de Mr. Gaston Preud'homme, assistant aux archives de l'Etat à Tournai, parue dans Les mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai, tome IV de 1983 aux pages 367 à 427).

20/12/2008

Tournai : "tante Gaby", Une héroïne de la résistance

Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler de Gabrielle Petit, héroïne tournaisienne de la guerre 1914-1918. Celle dont nous évoquons aujourd'hui la biographie n'est pas native de la cité des cinq clochers mais le Tournaisis fut son rayon d'action lors de la seconde guerre mondiale.

Simone Ghisdal est née le 13 juillet 1898 à Renaix, ses parents étaient domiciliés dans le petit village de Cordes. Le 9 mai 1921, elle épouse Raoul Dumont de Saint-Sauveur qui décèdera rapidement. Veuve sans enfant, elle vient s'installer à Blandain. Elle y mène une vie paisible jusqu'à ce qu'éclate la deuxième guerre mondiale. Le 10 mai 1940, suite aux bombardements allemands sur la ville des cinq clochers qui firent de nombreuses victimes et rasèrent des quartiers entiers, elle laisse éclater sa colère, elle veut venger ces attaques honteuses contre des populations civiles. Elle commence donc par ravitailler les personnes entassées dans des convois ferroviaires au moment de l'exode (l'évacuation comme disent les Tournaisiens qui ont connu cette époque). Elle-même prend la direction du Pas de Calais avec la ferme intention de rejoindre la Grande-Bretagne. Mais la route est barrée par les soldats allemands et elle est contrainte de revenir dans la Tournaisis où elle fait oeuvre humanitaire en rôdant près des trains de prisonniers, récoltant leur courrier afin de le porter aux membres de la famille, aidant l'un ou l'autre à s'échapper. Action dangereuse également que cette vente de photos de Churchill et de De Gaulle au profit des Anglais installés dans la région. Elle entre alors dans la résistance et vend le journal clandestin "La Liberté".

En 1942, on la retrouve au sein de la "Légion belge". C'est à ce moment qu'elle prend le surnom de "Ma tante" ou "Tante Gaby". Elle accueille chez elle les personnes recherchées par la Gestapo. Avec son vélo, elle va parcourir quotidiennement des kilomètres pour récupérer des parachutistes anglais ou américains ou des compatriotes recherchés par l'occupant. En 1943, elle accompagne un agent officiel des renseignements traqué et le conduit jusqu'à Montauban en passant par Paris, Dijon, Dôle et Montpellier. Revenue à Blandain, elle apprend qu'elle est recherchée et trouve refuge tout d'abord chez le docteur Delbecque à Rumes puis à Taintignies et à Vezon. Arrive le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, les actions de sabotages s'amplifiant, elle va parcourir le Hainaut Occidental, prendre livraison à Brasménil de 117 kilos d'explosifs parachutés et à Bois de Lessines prendre en charge 550 kilos de produits détonnants. Après la guerre, pour ses actes de bravoure au service du pays et son inlassable travail au sein de la résistance (elle avait été la cheville ouvrière du groupe féminin de communication au refuge A30-ZI de l'Armée secrète et adjointe de l'abbé Dropsy, chef de réseau), elle recevra de multiples décorations et citations à l'ordre de la Nation et le 4 avril 1946 sera nommée au grade d'adjudant en qualité d'agent de renseignements. Agée, elle se retira au Home Destrebecq à Leuze-en-Hainaut où elle décèdera le 2 novembre 1984 dans sa quatre-vingt sixième année. Elle est inhumée à Saint-Sauveur. Ces médailles ont été remises au Musée d'Armes de Tournai le 24 novembre de la même année par ses amis résistants.

(sources : article du "Courrier de l'Escaut" paru en novembre 1984 au moment de son décès et "Biographies Tournaisiennes" de Gaston Lefebvre).

16:53 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, resistance, tante gaby, armee secrete |

16/12/2007

Tournai : Le Musée Royal d'Armes.

De son appellation complète, "Musée Royal d'Armes et d'Histoire Militaire", il était installé au XXe siècle, à proximité de la place Verte, dans la Tour Henry VIII, dernier vestige de l'occupation de la ville par les Anglais.

Il y a quelques années, il a été transféré dans un propriété bourgeoise sise aux n° 59-61 de la rue Roc Saint Nicaise, à quelques centaines de mètres de la Grand'Place. On accède à cet hôtel de Maître du XVIIIe siècle, en franchissant une large grille donnant accès à une cour pavée. Sur la droite un long corps de logis en "L" avec étage, sur la gauche des dépendances où étaient logés les serviteurs et entreposés les calèches et les chevaux.

Une dizaine de salles ont été aménagées dans ce bâtiment longtemps inoccupé et le visiteur peut ainsi parcourir l'Histoire militaire selon différents thèmes. La "Salle du 1er Empire" comporte des vitrines d'armes, des panoplies d'armes blanches et armes à feu, divers objets et documents de l'époque. La "Salle de la Dynastie" présente elle aussi des armes blanches mais rappelle également que le Congo fut donné à la Belgique par son propriétaire, le roi Léopold II, on peut ainsi voir des panoplies d'armes africaines et différents objets de l'ex-Congo belge.

La "Salle de la Marine" regroupe différents documents et des gravures qui relatent l'histoire de la Marine belge et du matériel de la Force navale. La "Salle des deux Guerres" offre une collection d'uniformes portés par les belligérants et de très nombreuse armes à feu allant des différents types de fusils, de mitrailleuses, grenades... une salle est consacrée à "la Résistance", décorations, drapeaux de sections de résistants, souvenirs d'agents de renseignement (groupe Mill), nombreux documents sont présentés dans d'émouvantes vitrines en hommage aux Tournaisiens et habitants de la région qui luttèrent pour la libération du pays, parmi ces pièces, on découvre un poste-émetteur utilisé à l'époque. La "Salle de la Légion étrangère" permet de découvrir des armes et uniformes de ce prestigieux corps d'élite.

Beaucoup ignore que durant la guerre de Corée, quelques jeunes tournaisiens s'y sont engagés. L'Optimiste a eu l'occasion de rencontrer l'un d'eux et d'écouter ses souvenirs de combats. La "Salle des maquettes" présente de façon didactique le débarquement de Normandie, la bataille des Ardennes, paysages recomposés au moyen de figurines et de modèles réduits. La "Salle des radios et munitions" comporte différents postes belges et anglais, des centraux téléphoniques ainsi que des munitions et explosifs, bien entendu, démilitarisés et donc neutralisés. Emouvante est la "Salle des drapeaux", symboles de régiments dissous, drapeaux de sociétés patriotiques dont les représentants sont aujourd'hui disparus. Située sous le toit, cette salle dominée par la magnifique et bien conservée charpente du XVIIIe siècle regroupe aussi les bustes de nos rois et une fresque représentant le bombardement d'Ypres durant la bataille de l'Yser.

Dans la cour, le matériel lourd et les canons sont conservés dans les garages. Une guérite qui évoquera tant de souvenirs aux miliciens ayant monté la garde aux portes des casernes y est aussi visible. Pour peu que vous ayez la chance de croiser le conservateur, Charles Deligne qui a succédé à Mr. Pitot, il ne manquera pas de vous apporter d'autres précisions sur son musée qu'il aime faire vivre en y organisant de temps à autres des expositions militaires ponctuelles.

10/09/2007

Tournai : des origines à nos jours (23)

La seconde guerre mondiale.

Durant la guerre, de nombreux tournaisiens ont eux aussi réfusé la domination allemande. Résister à l'occupant prit alors différentes formes. On pouvait fournir de renseignements sur les troupes, leur matériel, dresser des plans, on pouvait prendre en charge des hommes recherchés par la Gestapo afin de les évacuer vers l'Angleterre, on pouvait aider les aviateurs alliés abattus, distribuer la presse clandestine ou encore saboter le voies de communications et le matériel de l'ennemi.

Afin de rendre hommage aux habitants de la cité des cinq clochers qui, connus ou inconnus, ont rendu tant de services à leur patrie, nous évoquerons les actes de bravoure de quelques concitoyens. Citons l'abbé Georges Dropsy, né le 20 février 1898 en France. Professeur de sciences au collège d'Ath, il occupe cette même fonction au collège de Kain lorsque le conflit éclate. Déjà lors de la première guerre mondiale, il avait collaboré à de nombreuses missions d'espionnage. En mai 1940, alors que les autres professeurs avaient évacué vers la France, il resta seul au collège et le préserva ainsi d'un pillage certain. Par la suite, il remplira de nombreuses missions de porteur de messages. Découvert par la Gestapo, il entrera dans la clandestinité. En 1942, il parvient à sauver un des deux parachutistes américains tombés sur le territoire de Kain, aviateurs dont l'appareil venait d'être abattu. A la fin de la guerre, il était le chef de l'Armée Secrète du Tournaisis. Il est mort le 21 avril 1958, une rue de Kain porte son nom.

Marcel Demeulemeester est né en 1904. En 1929, on le retrouve comme policier à Tournai. En juin 1940, il va se distinguer par le sabotage de véhicules anglais tombés aux mains de l'ennemi et entreposés au quai de l'Arsenal. Chargé par la police allemande d'enquêter sur de possibles résistants, ils les avertissait d'une arrestation imminente et ceux-ci n'avaient plus qu'à disparaître dans la nature. En compagnie d'autres policiers, il fonda la section de police de la Légion belge où il restera jusqu'en 1942. A cette époque, il s'engagera dans l'Armée Secrète des Partisans. Il participera activement du service de renseignements, profitant de ses tournées pour dresser certains plans. Il s'occupera également du rapatriement de prisonniers français évadés en leur faisant passer la frontière, fera la distribution la presse clandestine, participera à des sabotages. Avec son ami Raymond Fiévet, du corps des Pompiers, il organisa la résistance passive en laissant brûler tout ce qui était vital à l'occupant, jamais les valeureux pompiers tournaisiens ne mirent si peu d'ardeur à combattre ces foyers. Après la guerre, il devint inspecteur de police. Retraité, cet amoureux du folklore athois devait être terrassé d'une crise cardiaque alors que les géants qu'il admirait tant venaient d'apparaître dans cette rue d'Ath dans laquelle il se trouvait.

Paul Carette travaillait au chemin de fer, tout naturellement, oserait-on dire, il se spécialisa dans le sabotage à la gare de Tournai. Evoquons aussi les noms d'Adelson Dehon et d'Amédée Coinne, du service Mill, d'Albert Deffroyennes du groupe 750 qui y perdra la vie. Tous ont apporté leur contribution à la victoire. Le 3 septembre 1944, les troupes américaines pénétrant en ville par la chaussée de Valenciennes firent la jonction avec les soldats britanniques progressant par la chaussée de Douai et la chaussée de Lille. Une plaque commémorative apposée sur la beffroi rappelle que Tournai fut la première ville belge libérée, honneur que lui dispute aujourd'hui encore la ville voisine d'Antoing.

Tournai affronta encore d'importants soubresauts de la défaite nazie. Le 17 septembre 1944 un premier V1 survola la ville et s'écrasa dans un village voisin et le 12 décembre 1944, un sinistre V2 s'écrasa sur le village de Marquain. Selon les historiens les chiffres varient, on recenserait la chute de 3 ou de 8 bombes volantes dans le Tournaisis. Le 8 mai 1945, le IIIème Reich capitulait, celui qui avait mis l'Europe à feu et à sang, venait de se suicider dans son bunker de Berlin. Une nouvelle fois, à Tournai, les sirènes retentirent, les cloches sonnèrent, mais cette fois, au milieu des rues se sont des cris de joie qui se faisaient entendre. A la rue Saint-Piat, les frères Delcroix, avaient depuis bien longtemps sortis leur matériel et faisaient danser les couples au son des airs de jazz américain. L'orchestre "Johnny Delcroix" venait de naître. Jean Delcroix est mort, il y a une dizaine d'année, son frère Raymond qui fut par la suite chef de l'Harmonie des Volontaires Pompiers vient de le rejoindre au début du mois de septembre 2007. Roger qui fut le bourgmestre de la ville décèdera en octobre 2010.

(sources : "Vie et Mort dans le Val de Verne" de Pierre Bachy et recherches personnelles).