18/01/2017

Tournai : l'élargissement de l'Escaut, acte I - scène 1

Le prélude au grand bouleversement !

Enfin diront certains, hélas penseront d'autres : nous y voilà ! Dans quelques jours, le 23 janvier précisément, le pont Notre-Dame sera mis en position haute et sera ainsi interdit à toute circulation pour une dizaine de semaines. Même si sa rénovation est prévue de longue date et est indépendante du projet qui a fait couler beaucoup d'encre, ces deux dernières années, à Tournai, pour certains, ce chantier représente le prélude aux grandes manœuvres découlant du projet Seine-Nord que la France ne semble pourtant pas décidée à rapidement mettre en oeuvre puisque le "Journal Officiel", l'équivalent de notre Moniteur Belge, reste muet à ce sujet.

Attendus par ceux qui y voient un intérêt économique certain, redoutés par les habitants du quai Saint-Brice qui vont connaître un rabotage maximum de leur voirie, espérés par les adeptes de la modernisation et regrettés par les amoureux de l'image "éternelle" de Tournai, ces travaux annoncent ceux qui, de la halte nautique au Pont des Trous, vont défigurer Tournai pendant trois ou quatre années. Avec la cathédrale dont l'énorme chantier a débuté, il a près de quinze ans, avec le quartier cathédral qui n'est pas entièrement terminé (des finitions sont encore nécessaires) et avec tous les projets prévus pour cette année et dont nous avons parlé précédemment, le Tournaisien ne doit pas s'attendre à promener tranquillement dans les rues de sa cité au cours des années à venir.  

Les opposants au projet d'élargissement de l'Escaut semblent croire que jamais des travaux aussi importants n'ont été réalisés par le passé sur le fleuve. Sans remonter jusqu'à Louis XIV qui a profondément modifié le visage de l'Escaut dans sa traversée de la ville, nous avons retrouvé des documents photographiques extraits de la presse locale durant le XXème siècle qui prouvent le contraire.

Sur le premier document datant de 1910, découvert dans le "Courrier de l'Escaut" par ce dénicheur d'archives qu'est mon ami Jean-Paul Foucart, on peut voir un remorqueur passant sous le Pont-à-Pont, encore appelé Pont-aux-Pommes, un bateau obligé de coucher sa cheminée. Le pont ne ressemble en rien à celui qu'on connaît aujourd'hui et qui est appelé à disparaître prochainement (photo 2 de 1954)

1910 Tournai le pont aux pommes.JPG

1954 Tournai Pont à Pont.jpg

Entre 1910 et 1920, le pont levant Notre-Dame présente une structure bien différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.

Tournai Pont Notre-Dame début du XXe siècle.jpg

1963 Tournai Pont Notre-Dame.jpg

Un document de 1936 montre un Pont des Trous nettement différent de l'actuel.

1936 Tournai le Pont des Trous.jpg

Tournai Pont des Trous années 50.jpg

Même le Pont de Fer a subi de profondes modifications, il se trouvait jadis dans l'axe de la rue du Château et lors de sa reconstruction, après la guerre, il a été érigé à l'endroit actuel en prolongement de la rue du Cygne.

Tournai Pont de Fer au début du XXe siècle.JPG

Tournai Pont de Fer avant 1940.jpg

le pont de fer avant la seconde guerre mondiale

1953 Tournai chantier du Pont de Fer.jpg

Une ancienne lithographie présente le Pont de l'Arche, à Saint-Jean, qui a totalement disparu pour permettre la navigation moderne. 

1954 Tournai Pont de l'Arche.jpg

Les quais aussi ont été profondément modifiés, il suffit de se rappeler les importants travaux réalisés dans les années soixante au Luchet d'Antoing.

1956 Tournai Luchet d'Antoing.jpg 

Le Luchet d'Antoing en 1956

1961 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

la dernière péniche déchargée sur l'ancien quai du Luchet d'Antoing en 1961.

1964 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

le Luchet d'Antoing en 1964

Conclusions.

Comme on le voit, une ville vit, évolue, se transforme. Son visage est sans cesse remodelé au fil des siècles. L'important n'est pas de figer sa structure pour des millénaires mais de conserver, avant tout, intacts les témoignages de son riche passé. Il y a vandalisme lorsqu'on touche au patrimoine de la cité. En cela, nous rejoignons les arguments émis par les opposants au projet de transformation du Pont des Trous. La nouvelle mouture proposée pour ce dernier alliant le côté massif des tours moyenâgeuses à la dentelle ultra moderne des fines arches (même si la structure reste en pierre comme cela a été souhaité par les Tournaisiens) choque les amoureux de Tournai et l'Optimiste, défenseur de sa ville natale et de son patrimoine, est forcément de leur avis. Il faut être Tournaisien pour comprendre cela !

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L'économie primant sur le tourisme, l'Escaut, à Tournai, ne sera jamais un long fleuve tranquille

(photos : "Le Courrier de l'Escaut" - presse locale - collection de l'auteur)

S.T. janvier 2017

03/11/2016

Tournai - des chantiers en pagaille !

L'automobiliste tournaisien va devoir ronger son frein !

Depuis plusieurs années, Tournai vit à l'heure des chantiers routiers. Les Tournaisiens ont tout d'abord vécu ceux qui concernent la pose d'impétrants comme le renouvellement des conduites d'eau pour éliminer le plomb ou celui des anciennes conduites de gaz en acier par des nouvelles beaucoup plus souples, le remplacement de câbles électriques dont certains commencent à poser problème ou la pose du câble optique pour la télédistribution et les liaisons téléphoniques. Il y a eu également les intempestives ruptures de canalisations et les découvertes fortuites d'anciens égouttages surannées (et inconnus) qui provoquèrent des affaissements de chaussée (au boulevard du roi Albert, à la rue de Barges, au parvis du beffroi et maintenant à la rue du Parc). Tout ces chantiers engendrent, inévitablement, des problèmes de circulation, celle-ci se déroule alors, soit sur une voirie rétrécie (rue Saint-Eleuthère), soit réglée par des feux (chaussée de Roubaix) ou est totalement impossible (depuis deux mois déjà dans la rue des Aveugles et, depuis le week-end de Toussaint, le long du Conservatoire).

Mieux vaut choisir la marche à pied !

Il y a également les chantiers de rénovation du centre-ville qui, après avoir concerné l'entièreté du quartier cathédral, se sont déplacés vers le quai Dumon et le quartier du Becquerelle. Tout devrait être terminé dans quelques semaines. Hélas, on constate déjà des réouvertures ponctuelles des voiries à peine terminées, c'est actuellement le cas à la rue du Four-Chapitre (au pied d'une cabine électrique) et à la rue de Courtrai (face à un magasin). La question que se posent les Tournaisiens est la suivante : la pose des impétrants a-t-elle été bricolée ou bien est-on systématiquement dans l'impossibilité d'appréhender certains problèmes ?

La fin des gros chantiers actuels ne signifie pourtant pas que tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes comme l'aurait dit d'Aldous Huxley. La presse locale et le site du SPW viennent de dresser un tableau "apocalyptique" de la circulation automobile, dans et aux alentours immédiats de Tournai, lors des deux prochaines années. Qu'on en juge !

Le quai Donat Casterman.

On semble les connaître depuis toujours, ces tours jumelles appartiennent au paysage de ce qu'on appelait, jadis, le quai de déchargement des péniches, à deux pas du pont Delwart. En raison de sa vétusté, une des deux centrales à béton de la firme Thiébaut est en cours de démantèlement, depuis ce mercredi 2 novembre. Il faut dire qu'elle datait de 1963 et sa construction avait été réalisée par des firmes alors bien connues à Tournai, les Ateliers Louis Carton, la Maison Caucheteux et les pompes Déplechin. Pour d'évidentes raisons de sécurité, la circulation sur le quai se déroule alternativement entre la rue des Roctiers et l'ancien entrepôt de la douane, réglée au moyen de feux tricolores. Ce quai est emprunté quotidiennement par les clients se rendant à la zone commerciale de Froyennes et par les automobilistes qui souhaitent éviter le rond-point de l'Europe et les files de l'avenue de Maire aux heures de pointe. Pendant une semaine, voilà donc un itinéraire bis un peu moins efficace, heureusement que nous sommes en période de congés scolaires. 

L'autoroute E42/A8 à "Tournai Froyennes".

Dans quelques jours va débuter la phase 4 de la rénovation en profondeur de l'autoroute E42/A8, commencée voici près de deux ans. Celle-ci sera exécutée dans la section comprise entre l'échangeur de Marquain et l'embranchement de la liaison vers Bruxelles à hauteur de Kain. Ce chantier va engendrer le fermeture des bretelles d'accès et de sorties de Froyennes (vers Pecq et vers Bruxelles). Une déviation sera mise en place et les véhicules concernés devront emprunter les entrées et sorties de "Tournai-Nord" (chaussée de Renaix). Cette situation qui devrait durer quelques mois (fin prévue aux grandes vacances de 2017) augmentera sensiblement la circulation sur l'axe de pénétration qu'est la chaussée de Renaix à Rumillies, une voie déjà presque saturée aux heures de pointe !

Le carrefour de la chaussée de Bruxelles.

Lorsque les travaux d'extension de la zone commerciale des Bastions seront terminés (en 2018), on devra faire face à une augmentation de la circulation puisque le nouveau parc commercial comprendra alors 90 cellules. Un plan de transformation de l'accès à Tournai par la chaussée de Bruxelles va donc entrer en vigueur et nécessite, dès à présent, d'importants aménagements. Un problème va se poser en terme de mobilité, il s'agit du carrefour le plus fréquenté, après le rond-point de l'Europe, avec un flux de 28.600 véhicules/jour, très loin devant la Porte Saint-Martin avec ses 17.800 véhicules/jour.

Le chantier va s'étendre du carrefour de la rue de la Lys (boulevard Walter de Marvis) à la rue d'Amour (boulevard des Combattants). Il concernera la modification du carrefour existant à hauteur de la rue de la Lys, celui-ci sera équipé de feux tricolores pour faciliter l'accès à la nouvelle zone commerciale et la rénovation totale du boulevard Walter de Marvis. Il concernera ensuite le carrefour de la chaussée de Bruxelles et nécessitera, durant plusieurs mois, la fermeture de cet axe  à la Porte de Marvis. Comme à l'avenir, il sera interdit d'entrer en ville par le début de la rue de Marvis, dont le dernier tronçon sera mis en sens unique vers la sortie de ville, les véhicules qui souhaitent y entrer seront obligatoirement déviés vers la droite et un rond-point sera aménagé au carrefour avec la rue de la Lys.

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La dernière rénovation du carrefour Marvis datait de 1978 (photo presse locale), il faut lire Nationale 7 !

Ce chantier sera réalisé en une phase continue. Il débutera au printemps de l'année 2017 et durera environ six mois (sans aléas !) mais... comme "chat échaudé craint l'eau", ce délai paraît un peu court pour réaliser ce chantier qui s'étend sur plus d'un kilomètre. Pour cela, il faudra une bonne coordination de toutes les entreprises chargées de poser les impétrants, une disponibilité de nombreux ouvriers présents quotidiennement sur la chantier et aucune interruption dans le déroulement des travaux. Des exemples récents (notamment celui de l'autoroute E42) ont démontré que pour des raisons diverses, les ouvriers étaient parfois absents pendant de nombreux jours. Comme la période des congés d'été se situera également dans le calendrier, l'Optimiste redoute (et il n'est pas le seul) que ce chantier dure un peu (beaucoup) plus longtemps. Les automobilistes qui empruntent ordinairement cet axe pour conduire les enfants à l'école ou pour se rendre au travail seront invités à utiliser des axes parallèles (mais ceux-ci ne sont pas déserts d'ordinaire !).

A la fin des travaux de la zone commerciale, il y aura aussi lieu de réinstaurer la liaison entre le parking et la rue de la Lys, interrompue depuis le début du chantier. 

Gérer le flux de circulation sera un véritable casse-tête pour l'échevin de la Mobilité et pour les responsables de la police chargés de la circulation. Le diriger vers la chaussée de Renaix et la chaussée d'Antoing ne fera qu'amplifier les embouteillages aux Porte de Morelle ou de Valenciennes. Quant à une déviation vers l'avenue de Maire par l'autoroute, elle ne sera possible que si les travaux sont terminés sur cet axe qui contourne la ville. 

La place Verte.

Dans le courant de l'année 2017, d'importants travaux seront également entrepris à la place Verte. Depuis trois ans, régulièrement, l'Optimiste vous informe que la voirie entre la rue de l'Epinette et du Sondart a été extraite à la circulation en raison des dangers d'effondrement d'un égout principal. Le chantier concernera la réparation de cet égout, la pose d'impétrants et la réhabilitation de la chaussée. L'Administration communale a rappelé que la circulation et le stationnement y sont interdits mais de nombreux automobilistes semblent ignorer le danger. Il est pourtant courant sur les sites internet de voir, un peu partout, des véhicules "avalés" par une route dont le sous-sol a été fragilisé ! Un risque que certains n'hésitent pas à prendre afin de bénéficier d'une facilité (!) et d'une gratuité de parking.

La rénovation du plateau de la gare et de la rue Royale.

L’administration communale détient depuis longtemps un projet de réhabilitation du plateau de la gare et de la rue Royale. C'est un pieux souhait de rendre plus convivial et plus attractif cet axe emprunté par les visiteurs venus dans la cité des cinq clochers par le train. Des rumeurs insistantes fixent le début du chantier juste après la fin de celui du Becquerelle dont il formerait une continuité. Celui-ci devrait impacter également une section de la ceinture des boulevards et cette dernière est située à un peu plus d'un kilomètre du carrefour de la chaussée de Bruxelles.

L'élargissement de l'Escaut.

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Le projet suit son cours, on discute et on pinaille encore sur l'aspect à donner au futur Pont des Trous. Comme toujours dans ce genre de débat, on fluctue entre le choix rétrograde pur et dur et le snobisme futuriste. Un juste milieu semblait pourtant avoir été trouvé lors de réunions citoyennes mais ne satisfait pas entièrement les uns et les autres. Il est toujours impossible de récolter une unanimité. Cela ne devrait pourtant pas retarder le début du chantier d'élargissement dont les prévisions, déjà maintes fois modifiées, le fixent dans le courant de l'année 2017.

 

Il faudra également construire un nouveau Pont-à-Pont et cela nécessitera, là aussi, de dévier la circulation. Il ne restera plus que deux ponts disponibles dans le centre-ville : le pont Notre-Dame et le pont de Fer. Ces deux points de passage devront canaliser toute le circulation passant d'une rive à l'autre du fleuve ! Des déviations, il en sera encore question durant les travaux d'élargissement du fleuve dans la section entre le Luchet d'Antoing et le quai Saint-Brice. 

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Déjà en 1963 la presse locale évoquait une possible démolition du Pont-à-Pont avant que n'intervienne, en 1977, la solution de l'alternat préconisée par Raoul Van Spitael. 

 

Utiliser les moyens modernes de transport !

Face à cette situation délirante, l'Optimiste songe sérieusement à acheter un "segway" ou une trottinette électrique et, pour se former à la conduite, il ira demander conseil à un échevin tournaisien, spécialiste de ce genre d'engin.

(sources : "Le Courrier de l'Escaut", édition du 2 novembre - recherches personnelles, photos de la presse locale Courrier et Nord-Eclair, document du Pont des Trous : collection personnelle).

S.T. Novembre 2016. 

 

15/06/2016

Tournai : la lente évolution du Pont des Trous

Le Pont des Trous, star de l'été !

Depuis que le projet de mise à grand gabarit de l'Escaut est paru, on ne parle plus que de lui, il soulève les passions, oppose les Tournaisiens, donne du travail aux journalistes, entretient l'éternel combat entre les Anciens et les Modernes, entre les défenseurs du passé et les hommes résolument tournés vers l'avenir. 

Faut-il dénaturer le Pont des Trous ?

Le Tournaisien de naissance est viscéralement attaché à son patrimoine. Ce dernier est l'héritage de ses ancêtres, l'illustration de son Histoire, le jalon des événements du passé et l'oeuvre de défenseurs de la cité au temps où celle-ci suscitait, à cause de sa richesse, la convoitise de ses voisins. Les personnes ayant vu le jour dans des villages savent combien il est important de garder vivaces les traditions, les gens des villes veillent jalousement sur leurs trésors architecturaux.  

Hélas, au cours des siècles, combien de fois a-t-on jeté bas des témoignages intéressants. Pensons à la destruction de la "Tour des VI" à la rue Garnier, des églises Sainte-Catherine, Saint-Pierre, Saint-Nicaise et Notre-Dame, de l'abbaye de Saint-Martin lors de la Révolution, des fortifications qui, contrairement à des villes comme Carcassonne ou Avila, n'entourent plus la cité scaldéenne et ne vivent désormais que par quelques tours (tour du Cygne, Saint-Georges, Fort Rouge) ou par quelques lambeaux d'enceinte (Tours Marvis). Parmi ces derniers vestiges, le Pont des Trous possède la particularité d'être une porte d'eau, une des dernières en Europe du Nord et, à ce titre, est le monument le plus photographié par les touristes après la cathédrale Notre-Dame.

Mais voilà, le développement économique a, par la force des choses, depuis toujours, été le vandale de l'Histoire. L'homme crée des moyens de transports de plus en plus longs, de plus en plus larges, d'une plus grande capacité. Pour permettre des liaisons rapides entre les lieux de chargement et de déchargement, par souci de rentabilité, on s'efforce de construire des voies rapides, des lignes directes et... malheur au monument qui se trouve au milieu de la route des bâtisseurs.

Tournai Pont des Trous années 50.jpg

 Il en a déjà subi de nombreuses modifications, le vieux pont et, même si ceux qui devaient lui conserver sa beauté architecturale l'ont laissé aller ces dernières années (probablement pour mieux argumenter au sujet de la nécessité de le modifier), il a survécu et, jusqu'à aujourd'hui, continué à se dresser fièrement à la sortie Ouest de la cité des cinq clochers, ses arches se mirant dans le noir miroir du fleuve.

Le pont dans l'Histoire.

Né à la fin du fin du XIIIe siècle, il a permis de relier les deux tours qui s'élevaient de part et d'autre du fleuve, la tour de la Thieulerie sur la rive gauche et celle du Bourdiel, élevée en 1282. Au début, il prit le nom d'Arcs des Salines (des salines se trouvaient, à proximité, sur le quai de la rive gauche portant aujourd'hui ce nom). 

 

1936 Tournai le Pont des Trous.jpg

Comme le démontre ce document photographique tiré des archives du journal "le Courrier de l'Escaut", en 1936, le pont présentait encore trois arches de même largeur. Il faut savoir qu'à l'origine la courtine était recouverte d'un toit qui a disparu lors de la rénovation de 1847. 

1945 Tournai le Pont des Trous.jpg

Un premier coup dur lui sera asséné en 1940, lors du second conflit mondial. Bombardées, ses arches sont détruites. A la fin de la guerre, on construisit un chenal provisoire pour permettre le passage des bateaux.

(document du Courrier de l'Escaut).

1948 Tournai le Pont des Trous.jpg

photo tirée des archives du Courrier de l'Escaut

A partir de 1947, les ingénieurs des Ponts et Chaussées vont réaliser un travail remarquable pour une époque durant laquelle ils ne possédaient pas encore le matériel de construction dont on dispose septante années plus tard. Ils vont rehausser les deux tours et reconstruire les trois arches en réduisant la largeur des latérales au profit de la centrale portée à un peu plus de 11 mètres.

1963 Tournai Pont des Trous.jpg

Déjà en 1963, la presse locale s'interrogeait sur l'avenir du Pont des Trous, le passage de bateaux de 1.350 tonnes allait-il sonner le glas pour un des monuments préférés des Tournaisiens ? Le problème de l'élargissement de l'Escaut permettant à des péniches de se croiser dans la traversée de Tournai allait empoisonner la vie des riverains du fleuve pendant plus d'une décennie jusqu'à ce qu'il soit résolu par l'arrivée du bourgmestre Raoul Van Spitael. Celui-ci proposa d'adopter la solution dite de "l'alternat", les bateaux étant autorisés à remonter ou à descendre le fleuve à des périodes déterminées réglées par un système de feux. Le centre-ville était ainsi sauvé, on pouvait recommencer à investir dans les commerces et dans les habitations. Par la volonté d'un homme, défenseur de la cité dont il était devenu le premier magistrat, l'épée de Damoclès venait d'être brisée.

 

Trois décennies de tranquillité.

Pendant un peu plus de trente ans, on n'entendit plus parler d'un possible élargissement, ni même d'un grand détournement de fleuve par les quartiers Nord de la ville. Le commerce local pouvait retrouver une seconde jeunesse, la ville était embellie par des rénovations, des constructions nouvelles s'élevaient en harmonie avec le paysage local...

Et voici que, soudainement, les Français décidèrent de remettre à l'ordre du jour, un vieux projet de près de deux siècles, la création de la "liaison Seine-Nord", une voie d'eau permettant le transport des marchandises du Sud vers le Nord de l'Europe. N'attendant pas la construction toujours aléatoire en raison de la crise financière de ce projet, la Région Flamande embraya le pas et se mit à élargir la Lys afin d'être prête à s'articuler sur le projet français lorsque celui-ci serait réalisé. La Région Wallonne ne pouvait être en reste. Après tout, le réseau routier étant saturé et l'écologie ayant le vent an poupe, on décida de créer une "dorsale wallonne" fluviale. Tout a été étudié. Contrairement à la voie ferroviaire, la navigation sur cette liaison ne peut souffrir de retards, il faut gagner une minute par-ci, trente secondes par-là. Le brave Pont des Trous est devenu le gêneur de service dans la traversée de Tournai. On aurait pu recommencer le travail effectué en 1947-1948, après tout les moyens modernes auraient permis d'élargir un peu plus l'arche centrale mais, c'est oublier que les jeunes générations d'architectes et d'ingénieurs souhaitent marquer d'une empreinte indélébile leur passage sur cette terre et comme l'époque n'est plus à la protection outrancière des vestiges, on préfère raser.

Les Tournaisiens furent surpris de découvrir le résultat de leurs cogitations, de leurs élucubrations. On alla jusqu'à leur proposer un "pont-fantôme" fait en résille d'époxy reliant les deux tours, mariage du passé et de la modernité chère à ses auteurs.  

Devant la levée de boucliers et surtout pour calmer la population en vue des prochaines élections, moment où le pont sera normalement en cours de finition, on organisa un référendum qui démontra que le Tournaisien est attaché à ses vieilles pierres au grand dam des bureaux d'études dont les projets avaient ainsi été balayés.

Sortir par la porte, rentrer par la fenêtre.

Un commission à laquelle ont participé des citoyens a planché sur le sujet. Avouons quand même que ce travail a été dirigé afin de ne pas trop s'écarter du but recherché. Finalement le pont actuel sera sacrifié et les arches reconstruites en pierre, deux arches latérales étroites surplombant un passage à créer pour les piétons et une arche plus haute et plus large au centre. Pour avoir vu le projet, on se dit que c'est la moins mauvaise des solutions, même si on aurait voulu que les arches soutiennent un passage.

Prochainement, le collège communal sera amené à se positionner à propos de cette solution. Ensuite, on attendra les deniers jours du pont actuel sacrifié sur l'autel des intérêts économiques qui restent à prouver. Comme l'Optimiste est, par définition, une personne tournée vers l'avenir qu'elle voit toujours avec confiance, espérons qu'elle ne se trompera pas et que les générations futures ne nous reprocheront pas ce saccage de nos richesses. Des plans dressés dans des lointains bureaux de Bruxelles et de Namur où le tourisme qui devrait être la principale richesse pour Tournai, suite à la perte des industries, est le cadet des soucis. 

(S.T. juin 2016)

23:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, projet seine-nord, pont des trous |

26/10/2015

Tournai : la population a choisi et... maintenant ?

tournai,consultation populaire,vote,pont des trous,pierre,résille,contournementChronique d'un dimanche ordinaire et doux.

Le dimanche 25 octobre 2015 restera probablement marqué dans les annales comme un dimanche ordinaire, pourtant, à cette date correspond cependant la première consultation populaire jamais organisée dans la cité des cinq clochers.

On a remarqué à cette occasion que cette consultation était considérée comme un exercice de démocratie par les uns ou comme un vote superflu par les autres. Depuis toujours, la population a été obligée, par la Loi, de laisser le choix de ce qui était bon ou mauvais pour la cité entre les mains des seuls élus. Le vote que nous émettons lors des élections communales, régionales, provinciales ou fédérales donne un blanc seing à ceux qui ont été portés au pouvoir.

Consulter la population est un pas vers une démocratie participative à condition, bien sûr, qu'on n'interroge pas les gens pour un oui ou pour un non. Le législateur semble d'ailleurs avoir accordé ce nouveau droit en faisant la fine bouche et en créant des balises qu'on pourrait interpréter comme marquées par un manque d'honnêteté intellectuelle.

Le taux de participation.

Prenons le fait du dépouillement. Celui-ci n'a lieu que si 10% de la population a émis un avis. Ce n'est pas foncièrement honnête et en voici la preuve :

la ville de Tournai compte 69.210 habitants. Selon la loi, il faut donc  que 6921 votes soient exprimés pour que le dépouillement devienne effectif. Si ce nombre n'est pas atteint, les bulletins passent tout simplement aux oubliettes. Dans ce nombre sont comptés les moins de 16 ans qui ne peuvent voter ainsi que les éventuels interdits. Si on tient compte de ces éléments, on voit apparaître un nombre réel de 57.541 personnes pouvant participer à la consultation. Or 10 % de ce nombre représentent 5.754, fameuse différence ! On constate donc que le législateur a voulu mettre la barre le plus haut possible pour espérer échapper au dépouillement ! A lui de nous prouver le contraire !

Ce dimanche, 11.366 Tournaisiens se sont déplacés dans les bureaux de vote de la ville et des villages formant le Grand Tournai. Ce taux de 16,42 % de la population est calculé sur la totalité des Tournaisiens (même ceux qui sont interdits de vote parce qu'ils n'ont pas la capacité juridique). Si on calcule le taux de participation par rapport aux inscrits, on obtient maintenant 19,75%. C'est ce chiffre plus représentatif que nous retiendrons donc. tournai,consultation populaire,vote,pont des trous,pierre,résille,contournement

La bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ?

Comme nous ne voulons pas entrer dans des considérations bassement politiciennes, nous dirons donc qu'un Tournaisien sur cinq (20% des inscrits) a donc pris la peine de se déranger, un dimanche matin, pour faire entendre sa voix, juste le jour où il pouvait dormir une heure de plus en raison du passage à l'heure d'hiver.

On peut considérer ce nombre comme important étant donné que le vote n'est pas obligatoire mais on peut aussi agiter le fait que 80% des inscrits n'ont pris la peine de se déranger (les absents ont toujours tort). Il est néanmoins important de rechercher les raisons de cet absentéisme, elles sont multiples.

On pourrait concevoir que parmi les 53 % de Tournaisiens qui habitent les villages, le problème du lointain Pont des Trous n'était pas d'un intérêt primordial, ce ne fut, semble-t-il, pas le cas.

On doit considérer que depuis l'annonce de cette consultation, de nombreuses voix discordantes se sont élevées dans différents milieux.

Il y a tout d'abord eu certains élus et non des moindres qui, sans faire une campagne avouée, ont distillé leur aversion pour cette consultation. Le coût de 150.000 euros leur paraissait outrancier pour une ville désargentée. Ils se sont enfermés dans cette logique ! Au fond d'eux-mêmes, peut-être ne voulaient-ils pas revenir sur le choix fait "en catimini" par le Collège (pour rappel, à l'unanimité celui-ci avait choisi la solution en résille d'acier) mais surtout, ils ne voulaient pas faire le jeu d'adversaires politiques qui, il faut bien le dire, avaient réalisé une magnifique volte-face sentant que leur position aurait été, très certainement, mal appréciée des Tournaisiens. Certains ont donc dit : "Je ne me rendrai pas à cette consultation" donnant ainsi à leurs supporters et à leurs proches un message à peine subliminal de s'abstenir !

Il y a eu ensuite ces déclarations du directeur des Voies hydrauliques sur les antennes de No Télé annonçant que le choix pour la solution en résille avait été marqué par le collège, que le certificat de patrimoine avait déjà été obtenu et que si les Tournaisiens faisaient au autre choix, ils risquaient de perdre des millions. Cette forme de chantage dictatorial de la part d'un haut fonctionnaire tenu à un devoir de réserve a eu des effets pervers, dans un sens comme dans l'autre. Ses propos ont, dans un premier temps, même été confirmés par son Ministre Maxime Prévot qui ne souhaitait pas revenir en arrière. Ces deux interventions ont donc eu pour but de faire croire aux Tournaisiens que les dès étaient jetés et que la consultation n'aurait aucune valeur, à quoi bon dès lors, se déranger ! Samedi soir, j'ai personnellement entendu des personnes dire sur la Grand-Place: "Je ne vais pas voter, tout est déjà fait, c'est comme toujours". il est vrai que ce même Maxime Prévot, alors bourgmestre de Namur, avait donné un bien mauvais exemple du respect du choix de ses concitoyens ! C'est la démocratie qu'on foule du pied au nom d'intérêts supérieurs !

Il y a également une association ayant pignon sur rue à Tournai qui a fait campagne pour un contournement, rejetant les deux propositions présentées. Beaucoup de personnes ont trouvé aberrant que pour garder le Pont des Trous dans sa structure actuelle, certains faisaient le choix de jeter, une nouvelle fois, la population dans des travaux d'un coût exorbitant avec des expropriations et destructions d'habitations à la clé. Leur rêve devenait avant tout un cauchemar pour beaucoup de Tournaisiens.

Il y a eu certains architectes de la région qui étaient, à juste titre, déçus de ne pas avoir été consultés tout comme ils ne furent point pour l'aménagement du quartier cathédral. Qui sont donc ces dirigeants tournaisiens ou wallons qui délaissent les leurs en pensant qu'ils n'ont pas la capacité de grands architectes étrangers ! Beaucoup ont d'ailleurs mis en exergue l'indigence des projets, un choix peut-être voulu pour atteindre un coût minimaliste ! Pour se faire entendre, ils demandaient de rejeter cette consultation !

Il y a eu une campagne d'un parti prônant la pierre qui a peut-être eu le don d'énerver les personnes neutres ou les sympathisants des autres partis.

Enfin, il y a le désintérêt devenu chronique de la part du Tournaisien pour tout ce qui est organisé dans sa ville, il suffit de voir le peu de succès rencontré par les cortèges des Amis de Tournai, la Halle Gourmande, la procession historique, les foires aux manèges de mai et septembre qui font le désespoir des forains, la braderie, les cirques, les concerts au parc qui ont disparu, le football qui faute de supporters risque de disparaître... A croire que Tournaisien n'est heureux que devant sa console de jeux ou son ordinateur.

Comme on le voit, tous les éléments étaient réunis pour donner à cette consultation un goût amer que certains ont décidé de vomir en ne se rendant pas aux urnes. tournai,consultation populaire,vote,pont des trous,pierre,résille,contournement

Les résultats.

Comme je l'ai écrit, plusieurs fois sur ce blog, j'ai privilégié la solution en pierre parce que, comme le découvrent soudainement nos édiles, celle-ci est l'ADN de notre région, parce que cet ouvrage, une des trois dernières portes d'eau d'Europe du Nord, est, depuis l'origine, érigé dans ce matériau, parce que, tout en n'étant pas opposé au modernisme, je ne veux pas que ce dernier vandalise un témoignage du passé.

Aussi sur le coup de 15 heures, j'ai été heureux d'apprendre que près de 20% de Tournaisiens n'avaient pas écouté le chant des sirènes et avaient montré qu'ils "étaient là". Avec 16,42 % de participation par rapport au chiffre total de la population, le dépouillement pouvait avoir lieu. Qu'allait-il néanmoins en sortir ?

A 19h, une émission spéciale sur No Télé nous donnait le choix des Tournaisiens :

Sur 11.366 votants, il y avait étrangement 19 votes blancs, 1.442 bulletins considérés comme nuls dont 730 portant un double non, un vote recommandé par ceux qui n'étaient pas d'accord avec les solutions présentées. Il y avait 978 (9,85 %) de votes en faveur de la résille et 8.946 (90,15%) en faveur de la pierre. Pour ces deux questions posées, la conclusion n'était pas difficile, il n'y avait pas photo !

Et maintenant ?

Le Président du Conseil communal, Rudy Demotte a annoncé que ces chiffres seraient présentés en réunion de Collège échevinal ce matin et lors de la séance du Conseil communal ce soir. Il a déclaré qu'il porterait ensuite le choix des Tournaisiens au Ministre Prévot, dès le lendemain. Peut-on arguer que 80% des Tournaisiens ne se sont pas exprimés, non, comme dans toute élection, celui qui ne se déplace pas ne doit jamais contester le choix de ceux qui ont voté.

Que va faire le Ministre de la Région wallonne ? Il serait mal venu pour les siens qu'il balaye ses résultats alors que le CDH a lui-même été parmi les trois partis qui ont réclamé l'organisation  de cette consultation populaire.

Le temps presse car, il faut demander une nouvelle étude, peut-être répondre au souhait de ceux qui voudraient voir des écoles d'architecture de Tournai intégrées à celles-ci dans un grand concours international, obtenir un nouveau certificat de patrimoine et signaler la modification aux pouvoirs subsidiant. Y aura-t-il une réelle volonté politique de respecter le choix des Tournaisiens ? Mettra-t-on le prix pour cette nouvelle donne ? L'avenir nous le dira !

 

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(S.T. octobre 2015).

27/07/2015

Tournai : les évènements sur la ligne du temps (5)

Le XIIe siècle.

A la charnière entre le XIIe et le XIIIe siècle : construction de l'église Saint-Jacques. Celle-ci est située sur la route empruntée par les pèlerins de Flandres et de Hollande qui se rendent à Compostelle.

En l'an 1202 : le bourg de Saint-Brice est incorporé à la cité.

En l'an 1213 : nouvelle tentative d'annexion de la cité par la Flandre et le comte Ferrand du Portugal, l'abbaye de Saint-Martin est ravagée, la ville est pillée. Philippe-Auguste envoie des troupes pour chasser l'envahisseur.

En l'an 1229 : la grande procession de septembre attire une telle foule que, selon le chroniqueur li Muisis, abbé de Saint-Martin, trente et une personnes meurent étouffées au passage de la porte Prime.

En l'an 1232 : établissement par l'évêque Walter de Marvis du Monastère Notre-Dame du Conseil aux Prés Porcins.

En l'an 1234 : reconstruction de la Halle des Consaux (hôtel de ville de l'époque).

En l'an 1238 : Fondation de l'abbaye du Saulchoir par Jean Altaque, construction de la porte de la Sainte-Fontaine (enceinte de la ville).

En l'an 1241 : fondation dans le quartier de la Madeleine du béguinage.

Vers l'an 1243 : l'évêque Walter (Gauthier) de Marvis désire transformer sa cathédrale romane en un édifice gothique. Pour cela, il commence par faire démolir le chœur roman et dresser, à sa place, un immense chœur gothique. Les travaux seront terminés vers 1255. Depuis cette époque, la cathédrale Notre-Dame présente deux styles : le roman pour la nef et le transept et le gothique pour le chœur. Ce qui en fait une de ses nombreuses particularités avec ses cinq tours et sa longueur exceptionnelle.  

En l'an 1247 : confection de la châsse de saint Eleuthère, chef d'œuvre de l'orfèvrerie du Moyen-Age, relevant de l'école d'Hugo d'Oignies. C'est encore une des pièces maîtresses du Trésor de la cathédrale avec la châsse de Notre-Dame, exécutée un cinquantaine d'années plus tôt.

 En l'an 1251 : construction de l'église Sainte-Marie-Madeleine.

En l'an 1255 : construction de la porte Prime (enceinte de la ville).

En l'an 1257 : visite à Tournai du roi de France, Saint Louis. En souvenir de son passage, on construira et on lui dédicacera une chapelle ouvrant dans la partie droite de la nef de la cathédrale Notre-Dame.

En l'an 1261 : construction de l'église Sainte-Catherine, celle-ci est située dans le quartier qui mène à la route de Valenciennes. Elle sera démolie ainsi que pratiquement tout le quartier lors de la construction de la citadelle à l'époque de Louis XIV.

En l'an 1277 : vingt-six personnes meurent étouffées à proximité de la Ladrerie (léproserie) du Val d'Orcq dans la petite chapelle qui accueillent les pèlerins venus assister à la procession.

En l'an 1278 : construction des murs de l'enceinte entre l'Escaut et la porte de Lille.

En l'an 1281 : construction de la tour du Bourdiel, élément du Pont des Trous, située sur la rive gauche de l'Escaut (enceinte de la ville). La seconde, la tour de la Thieulerie sera bâtie, sur la rive droite, une vingtaine d'années plus tard. Cette année-là, on note le séjour de Charles d'Anjou à l'abbaye de Saint-Martin.

En l'an 1284 : officialisation par Philippe-Auguste de la "Franche Foire" organisée depuis longtemps déjà et qui coïncide avec la grande procession du 14 septembre. Désormais, elle se déroulera durant les quinze jours qui suivent le 8 septembre. A noter qu'il existe également, à cette époque, une ducasse qui sera appelée par la suite "Foire de Mai", organisée en souvenir de la dédicace de la cathédrale Notre-Dame, elle se déroule alors de l'Ascension à la Fête-Dieu.  

En l'an 1288 : construction de l'église Sainte-Marguerite.  

En l'an 1289 : intégration du quartier du Bruille (quartier du château) à la cité, cela permet de poursuivre la construction de la grande enceinte sur la rive droite de l'Escaut.

En l'an 1294 : rehaussement du beffroi pour lui donner pratiquement la forme qu'on lui connaît actuellement.

En l'an 1297 : venue à Tournai du roi Philippe le Bel, il vient chercher le reine Jeanne, réfugiée à l'abbaye de Saint-Martin durant le siège de Lille.  

En l'an 1298, Philippe-Auguste insiste pour qu'on relie par l'enceinte la porte Saint-Martin à l'Escaut.

Durant ce XIIe siècle, on construit une première halle-aux-draps, totalement en bois. Elle sera détruite par une violente tempête au XVIIe siècle.

(à suivre)

S.T. juillet 2015.

09/02/2015

Tournai : le visage de la cité en sera transformé

 

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Depuis de très nombreuses années, tel le monstre du Loch Ness ou une Arlésienne à la sauce tournaisienne, un projet revient régulièrement à la "une" de l'actualité. Attendu avec impatience par les uns ou voué aux gémonies par les autres, il ne laisse personne indifférent, ni les hommes politiques, ni les industriels, ni les défenseurs du patrimoine, ni même, à plus petite échelle, les habitants amoureux de leur cité des cinq clochers. Pendant que beaucoup d'eau coulait sous les ponts de notre fleuve, lui faisait très souvent couler beaucoup... d'encre sous la plume des journalistes.

Un projet vieux de près de trois siècles !

On peut allègrement remonter jusqu'à la première partie du XVIIIe siècle pour découvrir sa naissance lorsqu'un ingénieur militaire français propose de relier l'Escaut à la Somme. Ce projet, peut-être trop ambitieux pour l'époque, fera long feu et, par la suite, différentes moutures seront enterrées à peine présentées. Cela pour des raisons diverses : importantes difficultés pour la mise en œuvre résultant de la structure du terrain (on parlait alors de la création d'une voie navigable souterraine), manque de financements, développement du transport par rail tout d'abord, par la route ensuite et, surtout, manque de volonté politique.

Un projet qui refait surface !

En 2008, le projet refait surface, c'est à l'occasion du "Grenelle de l'Environnement et du développement du fret fluvial" soutenu par le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Par décret du 11 septembre de cette année-là, le projet de "liaison Seine-Nord" est déclaré d'utilité publique et figure, dès lors, parmi les trente projets prioritaires définis par le gouvernement français. Porté par les régions du Nord de la France et par les Chambres de Commerce et d'Industrie, il consiste en la création d'un canal de 54 mètres de largeur et d'une longueur légèrement supérieure à une centaine de kilomètres. Celui-ci relierait l'Oise, au départ de Compiègne, au canal Dunkerque-Escaut dans la petite commune d'Aubencheul-au-Bac, située dans le Cambraisis. Durant les quatre années qui vont suivre, ce projet va sommeiller en raison d'une difficulté pour réunir la somme nécessaire à sa concrétisation. On parle à l'époque de 3,5 milliards d'Euros.

Un projet qui éveille des appétits !

En 2012, Nicolas Sarkozy cède la présidence à François Hollande et on croit que le projet va, une nouvelle fois, être classé sans suite, surtout lorsqu'on entend les propos émis par Ségolène Royal. Le coût a été, entretemps, estimé à 7 milliards d'euros, à un moment où la France est sommée par l'Europe de réaliser des économies afin de réduire son endettement. Néanmoins, ce projet a éveillé des intérêts au niveau européen, la Belgique (Flandre et Wallonie) s'y intéresse de près et on commence à entrevoir une liaison des canaux wallons qui viendrait s'y greffer. La Flandre va beaucoup plus vite, elle l'intègre déjà dans les chantiers qu'elle réalise notamment sur la Lys.

Au début de l'année 2013, deux acteurs importants estiment que le contexte économique permettrait sa mise en œuvre. Il s'agit du ministre français, délégué aux Transports, le nordiste Frédéric Cuvillier et du PACO (Port Autonome du Centre et de l'Ouest), représentant la Belgique. On vante ses atouts : il permettrait de désengorger les voies de communication routières menant de Paris vers le Nord de la France (notamment l'autoroute A1, Paris-Lille, souvent au bord de la saturation), il assurerait le transport des marchandises du Sud de la France jusqu'à Rotterdam et inversement et, argument de poids en période de crise économique, il générerait pour sa mise en œuvre près de 5.000 emplois directs et par la suite 25.000 emplois durables dans le secteur fluvial, logistique et industriel. La mise en service prévue en 2017, délai irréaliste, aura lieu plus que probablement en 2023 ou 2024 ! La commission européenne vient d'ailleurs de lancer un appel à projet de 11 millions d'euros.

La ville de Tournai est directement concernée par le projet wallon.

Face à ce projet générateur de revenus économiques, la Wallonie picarde a été de suite partie prenante et cette participation au projet a un prix : un important bouleversement de notre paysage urbain. On répète souvent que les patrons carriers sont les premiers intéressés par la mise à grand gabarit de l'Escaut. C'est vrai, mais ils ne sont pas les seuls. Si la C.C.B, Holcim et les carrières Lemay y voient des possibilités de rationnaliser le transport de leurs produits, des entreprises comme les Ateliers Louis Carton, les Enrobés du Tournaisis, BBE Béton et bien d'autres ne regardent pas d'un mauvais œil cette possibilité de passer de la route à la voie fluviale. C'est dans ce but avoué que la plate-forme de chargement et de déchargement de Vaulx est en cours de construction.

Modifier le gabarit de l'Escaut dans la traversée de Tournai ne pourra se réaliser sans entraîner d'importants travaux qui vont nous préoccuper durant de nombreuses années (par expérience, on peut estimer leur durée à une petite décennie). Sont concernés, en effet, les quais Taille-Pierre et des Poissonsceaux, le quai Saint-Brice, le Pont-à-Pont, le quai Sakharov, le remarquable Pont des Trous et les quais Donat Casterman et des Vicinaux. Plus loin, un important chantier modifiera totalement la configuration de l'écluse de Kain empiétant largement sur les terrains situés à l'arrière du zoning commercial de Froyennes qui deviendra riverain du fleuve.  

Comment réaliser ce chantier sans (trop) démolir ce qui vient d'être fait ?

Pour ne pas donner l'impression de jeter les financements publics par les fenêtres et par respect pour les habitants de la rive gauche du fleuve qui ont, par trop, souffert des travaux de rénovation des quais des Salines, Notre-Dame et du Marché aux Poissons ainsi que du quartier cathédral, l'élargissement, en centre-ville, devra être réalisé sur la rive droite. Il sera nécessaire de faire sauter le goulot du quai Saint-Brice permettant ainsi d'adoucir une courbe impossible à négocier par des convois beaucoup plus longs que les actuelles péniches. Cette option concerne également le Pont-à-Pont qui devra être élargi. Un nouvel ouvrage, un peu plus haut et plus long le remplacera. Il faudra ensuite élargir le Pont des Trous.

Pas touche à mon pont !

Ce chantier, depuis qu'il a été évoqué, fait débat au sein de la ville de Tournai. Les défenseurs du patrimoine tournaisien y voient un geste sacrilège. Ils rappellent que le Pont des Trous est la dernière porte d'eau qui subsiste au Nord de l'Europe, qu'il est le monument probablement le plus photographié de Tournai par les touristes après la cathédrale Notre-Dame. Il fait partie, au même titre que les tours Marvis, de la dernière enceinte communale dont les remparts ont été détruits à la fin du XIXe siècle. Il est difficile de concilier deux notions diamétralement opposées. Mettant en évidence son riche patrimoine historique, Tournai se veut être une ville touristique et souhaite attirer, à ce titre, de très nombreux visiteurs belges ou étrangers générateurs de revenus pour le commerce local mais, en même temps, la Ville se doit de défendre ses industries car, sans elles, le chômage serait plus élevé qu'il n'est actuellement. Est-ce une quadrature du cercle ? Entre les ardents défenseurs de l'immobilisme et les passionnés du tout détruire pour reconstruire, il faut savoir naviguer ! C'est le cas de le dire ! Comme dirait un capitaine que nous avons tous connu durant notre jeunesse : "Ce n'est pas facile, moussaillon, mille milliards de mille sabords !".

Une consultation populaire ou une mascarade ?

On peut, en effet, être déçu par la tournure qu'ont pris les événements. Du moins contraignant au plus moderniste, du plus onéreux au moins coûteux, six projets ont été présentés à l'avis de la population tournaisienne. Une majorité de participants s'est portée sur l'élargissement de la porte centrale et inévitablement la réduction des arches latérales. On conservait ainsi l'image du pont. Il est important de rappeler que cette consultation réalisée sur internet n'est nullement contraignante pour ses instigateurs. Ce n'est donc pas le projet choisi par des Tournaisiens qui sera mis en œuvre par le service des voies hydrauliques, celui-ci a opté pour le modernisme (n'allons pas jusqu'à dire "outrancier") qui consiste en la démolition des arches en pierre et à leur reproduction en résine. On souhaite créer une sorte de fantôme du Pont des Trous, un ersatz comme ces produits servis durant l'occupation pour remplacer le produit original. L'honnêteté de la part des pouvoirs publics eut été d'avouer à la population qu'on avait choisi la solution la moins contraignante en terme de travaux et delà la moins onéreuse en terme de coût. On a passé outre les vœux des Tournaisiens décidant, à Namur ou ailleurs, ce qui serait bien pour eux. Silence dans les rangs ! "Les orwettiants (c'est-à-dire ceux qui regardent, en patois) n'ont rien à dire !" comme on dit à l'ombre des cinq clochers !

Pourtant, il faut bien avouer à la population tournaisienne actuelle que le Pont des Trous qu'on lui présente comme la porte d'eau du Moyen-Age faisant partie des remparts qui ceinturaient le ville n'est plus que l'ombre de l'originale. Depuis cette période de notre histoire, on lui a retiré les herses qui empêchaient les invasions par le fleuve et on lui a enlevé sa couverture qui reliait les deux tours. Protégé lors du premier conflit mondial, le pont a été bombardé lors du second. On a démoli ses arches pour les reconstruire en les modifiant par l'élargissement de la partie centrale au détriment des parties latérales et on a rehaussé les tours, un travail qui fut même considéré comme un exploit technique pour l'époque !

Le passage central d'une largeur de 11m30 est trop étroit, on n'arrête pas de nous le répéter, aussi pour l'élargir des quelques dizaines de centimètres nécessaires au passage des futurs convois fluviaux, autant voir beaucoup plus large, "Au diable l'avarice et les avaricieux". Il faut savoir qu'il est prévu, à terme, d'y faire transiter des convois de péniches d'un maximum de 185 m de long et 11m40 de large et quand la cabine du marinier se trouve à plus de 175 m de la proue, il est difficile de viser, avec justesse, le passage ! En élargissant au maximum, de mauvaises langues disent que certains préfèrent avoir une vision à longue échéance et rêvent sans doute de voir circuler de véritables paquebots porte-conteneurs sur l'Escaut ! Réflexion grotesque (je l'admets) mais... il y a des décisions prises dans des bureaux dont il vaut parfois mieux rire pour ne pas nuire à sa santé ! 

Tout cela, c'est pour quand finalement ?

En Wallonie, ce projet est appelé "Seine-Escaut Est" car le canal principal passera par Lille et la Flandre. les porteurs du projet évoquent une mise en service définitive en 2025. 

A l'heure actuelle, les chantiers concernant la cité des cinq clochers sont "phasés" de la façon suivante :

- 2016-2017 : (c'est déjà dans une année !!!) travaux au Luchet d'Antoing et au quai Vifquin,

- 2017-2018 : travaux à la halte nautique, au quai Taille-Pierre et des Poissonsceaux,

- 2018-2019 : travaux au quai Saint-Brice et construction du nouveau Pont-à-Pont,

- 2019-2020 : travaux au quai Sakharov et au Pont des Trous

Ensuite, le chantier concernera le quai Donat Casterman et le quai des Vicinaux qui lui fait face.

Un peu plus loin ! 

L'aménagement de l'écluse de Kain devra également être réalisée. D'importants travaux seront nécessaires et l'élargissement de l'Escaut empiètera sur la rive gauche derrière le centre commercial de Froyennes jusqu'aux locaux de la Poste.

Tout est déjà dit ?

Oui et non. Ces travaux s'inscrivent dans un cadre qui dépasse largement les frontières de la Wallonie picarde, tout comme pour la ligne TGV Bruxelles-Lille-Paris ou Londres, l'avis de Tournai ne pèsera pas très lourd dans la balance au moment des prises de décisions définitives. Pourtant, le bourgmestre Rudy Demotte a promis à sa population, dans le courant de l'année 2014, qu'il n'y aurait pas de feu vert pour le début des chantiers dans le centre-ville sans subsides compensatoires pour l'amélioration de la rive droite.

En son temps, un de ses prédécesseurs, Raoul Van Spitael a réalisé un coup de force en imposant la règle de l'alternat à la place de cet élargissement déjà souhaité, cette fois les ukases risquent de venir non seulement de la Wallonie mais aussi de l'Europe. On verra alors si les Tournaisiens sont respectés par ces instances de décisions et si le mot solidarité existe bien dans le vocabulaire européen. On a, en effet, tout à crainte d'une Europe où les décisions sont parfois prises ailleurs qu'à Bruxelles !

(Sources : rapport des voies hydrauliques de Wallonie - articles parus dans la presse locale - recherches personnelles)

S.T. janvier 2015.

14/08/2013

Tournai : l'année 2007 sous la loupe (1)

L'année 2007, voici six à peine ou... six ans déjà. Notre mémoire a probablement retenu certains faits et en a oublié d'autres. A la lecture de la rétrospective, on se dit : "il y a déjà si longtemps !" ou bien "tiens, je pensais que c'était plus vieux !". Retenir dates et faits n'est pas donné à chacun d'entre nous, aussi cette rubrique "Tournai, l'année 2007 sous la loupe" va apporter les précisions nécessaires. Il s'agit d'une sélection d'événements heureux ou malheureux qui ont fait l'actualité de la cité des cinq clochers au cours de ces douze mois. Le choix est subjectif et les faits les plus douloureux ont été volontairement omis pour ne pas réveiller une douleur chez leurs acteurs ou victimes.

2007, une année qui a vu, au niveau international, l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne en date du 1er janvier, l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française, le 6 mai et la mort, dans un attentat, de Bénazir Bhutto, au Pakistan, le 27 décembre à quelques jours des élections.

2007 a aussi connu son lot de décès : celui de l'abbé Pierre (le 22 janvier), de la résistante française Lucie Aubracq (le 14 février), du jeune chanteur Grégory Lemarchal (le 30 avril), du comédien Michel Serrault (le 29 juillet), et du maître de ballet, Maurice Béjart (le 22 novembre)...

2007, en Belgique, fut une année d'élections législatives fédérales. Au soir du 10 juin, on constate un recul du parti libéral flamand de Guy Verhofstadt, du parti socialiste et une avancée d'Ecolo et du Vlaamse Belang. Ce sera aussi l'entrée en vigueur de la loi sur l'interdiction de fumer dans l'Horéca, le drame de Nivelles où une mère poignarde ses cinq enfants ou, plus près de nous,  l'affaire de l'Excelsior de Mouscron.

Comme toujours, heurts et malheurs composent l'actualité de la cité des cinq clochers.

Janvier.

Au 1er janvier 2007, on apprend que Tournai comptait 67.598 habitants au 1er juillet 2006, soit une très faible augmentation de 45 unités par rapport à la même date, l'année précédente.

Pluie et vent sont au rendez-vous de la nuit de la Saint Sylvestre, les pompiers sont appelés à effectuer de nombreuses sorties pour des câbles électriques détachés, des panneaux publicitaires abattus, des branches d'arbres jonchant les chaussées.

En ce début d'année, "les Polaris" sortent leur second DVD en concert live, la captation a été réalisée par un spécialiste en la matière, Pascal Dauvillée qui oeuvre également au sein de No Télé. Par la suite, Christian Croain, le chanteur du groupe, lancera également le groupe "Jolie Fille". 

Le 14 janvier, la plantureuse victoire obtenue par le Football Club de Tournai à Maldegem sur le score de 2-5, conjuguée à la défaite du leader Wetteren sur le score de 2-3 face à Willebroeck permet aux Tournaisiens de reprendre la tête de la Division 3 nationale avec 36 points pour 34 à leurs rivaux et 30 à Diegem. 

A la mi-janvier, dans le populaire quartier du Maroc, on évoque la probable construction d'un centre culturel et social pour les musulmans du Tournaisis. La mosquée devrait être construite sur un terrain, propriété de l'institut des Marronniers, le long de la rue Général Piron. Une pétition forte de plusieurs centaines de signature sera remise à l'administration communale qui mettra fin au projet et recherchera un nouveau lieu d'implantation pour le culte musulman. 

La presse signale, le 16 janvier, que la future liaison Seine-Nord constituera bel et bien une menace pour le Tournaisis si les mandataires régionaux restent absents du projet. Celui-ci impliquerait le passage de péniche de 2 à 3.000 tonnes et nécessiterait l’aménagement de divers obstacles à la navigation : l'écluse de Kain et le Pont des Trous. Bizarrement,  à ce moment, on n'évoque nullement le redressement de la courbe du fleuve dans la traversée de Tournai et la modification du Pont à Pont. Est-ce une façon de préparer le Tournaisien en douceur, une volonté de ne pas le heurter ? 

Le 18 janvier, la météo se déchaîne, la Belgique n'a plus connu une aussi violente tempête depuis l'année 2002. Elle a fait deux morts : une septuagénaire dans la région hutoise et une adolescente à Hal. Notre région n'est pas épargnée, à Tournai, le hall Tournai-Expo, le musée de la porcelaine et celui des Beaux-Arts, l'école du Chemin d'Ere et celle de la Porte de Lille, l'établissement de défense sociale, l'école et la crèche de Warchin... comptent au nombre des bâtiments ayant subi le plus de dégâts. 

Evénement extraordinaire, en ce dernier week-end de janvier en l'église Saint-Paul. La chorale "A travers Chants" dirigée par Michel Jakobiec a souhaité célébrer par un grand concert la clôture de l'année Mozart. Pour la circonstance, les choristes tournaisiens sont accompagnés par l'orchestre "Les Symphonistes européens" et renforcés par "Akwaba", une chorale universitaire de Valenciennes et les chœurs de "Musique en Andrésis". Plus de 200 exécutants sont ainsi rassemblés sur la scène improvisée tandis que près de 1.000 spectateurs ont pris place sur les chaises et les bancs ne pouvant même pas bouger un petit doigt, ce qui ne les empêchera pas d'applaudir longuement cette parfaite prestation. 

Février.

Le 1er février, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture accueille le spectacle "Sois Belge et tais-toi" présenté par la Compagnie Victor, à l'invitation du Lion's Club les Templiers.

Le samedi 3 février, Bruno Delmotte est l'invité de la soirée des Insolents en la salle La Fenêtre. L'auteur patoisant et défenseur de notre langue picarde a plus d'un tour dans son sac pour faire rire une salle une nouvelle fois pleine à craquer !

En ce début du mois de février, on commence à beaucoup parler de la gestion de la régie autonome du stade communal Luc Varenne. Les administrateurs sont las du manque de transparence qui y règne. Tarek Bouziane est désigné pour reprendre la fonction d'administrateur délégué. 

Le conseil communal approuve la mise au gabarit de 3.000 tonnes pour l'Escaut. Ceci équivaut à la démolition totale des arches du Pont des Trous ou au creusement d'un contournement, une solution qui coûtera quatre fois plus cher. 

Une société flamande présente un projet d'ouverture d'un hôtel "trois étoiles" de 80 chambres dans le centre-ville. Rapidement, on évoque l'emplacement de l'hôtel des anciens prêtres. 

Mars.

Au début de ce mois, "La Piste aux Espoirs" fête ses vingt ans. Le festival international de cirque amateur connaît une fois encore un énorme succès de foule.

En tête depuis la mi-janvier, le Football Club Tournai, défait le dimanche 11 mars par Torhout (1-2), se fait rattraper par Diegem, les deux clubs totalisent 48 points pour 42 à Geel.

Le lundi 12 mars, un incendie éclate, vers 18h, dans le magasin de confection Line, à la rue de Courtrai. Le feu a pris naissance dans le plafond de la vitrine heureusement séparée du reste du magasin, ce qui limite les dégâts.

Le mardi 13 mars, la princesse Mathilde visite "Lire et Ecrire", au quai Andréï Sakaharov. Dans le Tournaisis, 250 à 300 personnes participent régulièrement à des formations dans les différentes structures mises en place. Son arrivée est saluée par des classes de deux écoles du quartier, l'école Saint-André et l'école du Château.

Les 16 et 17 mars, Tournai vit à l'heure de son carnaval. La cuvée 2007 est une nouvelle fois un succès, pour une fois les chiffres publiés par les organisateurs sont identiques à ceux de la police (c'est tellement rare que cela mérite d'être signalé!) : plusieurs milliers de personnes ont envahi les rues de la ville. Sur le thème "A chacun son paradis", les forces du Bien et du Mal ont rivalisé au cours d'une nuit d'enfer, le vendredi soir, tandis que le samedi les "carnavaleux" avaient une nouvelle fois participé à ce grand rassemblement festif annuel. 

Le dimanche 25 mars, les mélomanes sont conviés à un spectacle extraordinaire, le "Tokyo String quartet et ses Stradivarius" est en concert en la Halle-aux-Draps dans des œuvres de Haydn, Toshio Hosokawa et Beethoven.  

En cette fin de mois de mars se termine le procès des auteurs du violent braquage de la banque Dexia de la rue Royale. Le tireur est condamné à neuf ans fermes, les deux autres braqueurs à 7 ans, le complice au sein de l’organisme financier à cinq ans dont quatre avec sursis. Ce hold-up avait été un des plus violents perpétrés à Tournai depuis celui réalisé par la bande d'Haemers à la rue Saint-Eleuthère.

(à suivre)

(sources : le Courrier de l'Escaut de l'année 2007 et autres articles de presse)

S.T. août 2013.

 

10/01/2013

Tournai : un patrimoine à sauvegarder

Habitants de la ville, habitués à parcourir ses rues pour vos rendre au travail ou faire des emplettes, vous ne voyez peut-être plus ce qui en fait sa richesse, visiteurs de la cité des cinq clochers, lors d'un bref séjour, vous avez probablement découvert une partie de celle-ci, lecteurs de ce blog vous, avez, au fil des articles, eu connaissance de ses trésors. La richesse d'une ville, c'est son patrimoine, ce legs inestimable reçu de ceux qui nous ont précédés.

La liste des bâtiments et monuments remarquables est longue. Il y a l'héritage civil dans lequel on retrouve le Beffroi, la Halle-aux-Draps, le Pont des Trous, la Tour Henri VIII, les Tours Marvis, le Fort Rouge, la Tour du Cygne, les souterrains de la citadelle de Vauban, la gare édifiée par l'architecte Henri Beyaert, les hospices civils, le séminaire de Choiseul, le béguinage, la salle des Concerts, la grange aux dîmes de l'abbaye de Saint-Martin, le Palais de Justice, l'Hôtel de Ville et sa cour d'honneur, le Mont de Piété, le Musée des Beaux-Arts d'Horta...

Il y a l'héritage religieux dont le joyau, la cathédrale Notre-Dame (XIIe), est entouré d'églises ayant pour nom Saint-Jacques (XIIe), Saint-Piat (XIIe), Sainte-Marguerite (XIIIe), Saint-Quentin (XIIIe), Sainte-Marie-Madeleine (XIIIe), Saint-Brice (XIIIe), Saint-Nicolas (XIIIe), Saint-Jean (XIVe), l'église des Rédemptoristes (XIXe), la chapelle de l'Athénée, la chapelle Saint-Vincent... mais aussi par le palais épiscopal, le séminaire et sa chapelle du XVIIe siècle, la Maison des Anciens Prêtres...

Edifiés entre le XIIe et le XXe siècle, voilà autant de pièces indspensables à la réalisation de ce grand puzzle qu'est l'Histoire. 

Ce sont des témoignages importants, ils apportent un éclairage particulier sur la façon de vivre, de construire, d'aménager l'espace aux diverses époques, ils racontent une histoire, ils sont l'Histoire. Ils ont traversé stoïquement le temps, témoins muets de transformations, de drames, de conflits, ils ont subi les outrages des iconoclastes ou des Révolutionnaires, souffert d'incendies ou tremblé sous les bombardements. Les acharnés du progrès, les iconoclastes des temps modernes ont souvent menacé leur existence sans toutefois mettre leurs projets de vandales à exécution. 

Voici qu'au 21e siècle, leur survie est à nouveau en danger, ils sont régulièrement mis sous les feux de l'actualité au nom du "Profit", le dieu d'une nouvelle religion.  

Aucune autorité, aucun industriel aussi puissant soit-il, aucun homme n'a le droit devant l'Histoire, pour le peu de temps qu'il passe sur terre, de s'arroger celui de vie ou de mort sur ces géants du patrimoine. Il n'en est pas le propriétaire, il en est l'usufruitier moral et il doit le gérer en bon père de famille afin de le transmettre aux générations futures. Peut-être même que parmi ces démolisseurs, il y en a qui se sont un jour ému du plasticage de temples ou de la destruction de statues en Afghanistan ou ailleurs, peut-être y en a-t-il qui ont admiré et encouragé le déplacement des temples d'Abou Simbel avant la construction du barrage Nasser en Egypte, peut-être militent-ils pour la conservation de sites situés aux antipodes ?

Qui sont-ils ces pestiférés dont certains voudraient voir la disparition ?

Le vieux Pont des Trous, porte d'eau du Moyen-Age, un des derniers si ce n'est le dernier de ce type dans le Nord de l'Europe, site le plus photographié par les touristes après la cathédrale est devenu la vedette d'une feuilleton à rebondissements, celui de l'élargissement de l'Escaut, le fleuve qui traverse la cité. Certains en viendraient presque à regretter qu'il ne fut pas totalement détruit lors de la seconde guerre mondiale et que nos prédécesseurs, dans un souci de protection du patrimoine, aient pensé à le restaurer.

Les Tours Marvis, dernière partie visible de l'ultime enceinte de la ville qui se dégradent, pierre après pierre, dont les lèpres sont pudiquement cachées à la vue des promeneurs par un manteau de verdure et un lierre qui les mine chaque jour davantage. 

L'église Sainte-Marguerite, fermée au culte en 1965 et rapidement délaissée par manque de moyens financiers. Offertes aux intempéries et aux colonies de pigeons qui sont venus la peupler, elle menace ruine et, seul, son porche a jusqu'à présent été classé et restauré. 

L'église des Pères Rédemptoristes, fermée lors du départ des derniers occupants du couvent en l'an 2000, elle a été livrée au saccage d'un "antiquaire" néerlandais qui n'a pas fait dans la dentelle pour arracher ses boiseries et son maître-autel au moyen d'un bull ! depuis lors le bâtiment est mis en vente et aucun des projets imaginés par les architectes n'ont abouti. 

Nous allons réveiller un de ses géants endormis, agonisant dans l'indifférence presque généralisée sous les coups de boutoir du vent, noyé sous les pluies, écrasé par le guano des volatiles qui sont venus le coloniser, l'église Sainte-Marie-Madeleine fait partie de ce patrimoine tournaisien à sauvegarder !

(S.T. janvier 2013)


10/10/2012

Tournai : des projets qui font débat (2)

Où on reparle du Pont des Trous !

Un autre projet qui fait débat en cet automne 2012 est l'avenir du Pont des Trous et du tracé de l'Escaut dans sa traversée de la ville. La vieille porte d'eau, une des plus anciennes d'Europe du Nord, érigée à la fin du XIIIe siècle (1380-1400) a vu couler beaucoup d'eau sous ses arches et fait, malheureusement, depuis quelques années couler beaucoup d'encre.

Il y a quelques semaines, les défenseurs de ce précieux témoin de l'histoire de notre cité avaient vu naître l'espoir puisque le gouvernement français semblait mettre un frein à la liaison Seine-Nord, la situation économique résultant de la crise de 2007 resserrant les nombreux budgets alloués aux grands projets de liaisons, "on va pouvoir souffler un peu" pensèrent-ils !

Cette annonce d'abandon provisoire du projet par les français n'a pas ému les Voies Hydrauliques de notre région qui poursuivent, imperturbablement, le projet de mise à gabarit de l'Escaut pour des bateaux de classe Va, soit 2.200 tonnes. Le 29 septembre, on apprenait que le bureau d'ingénierie Greisch associé au bureau ANMA avaient été désignés afin d'établir les plans concernant la traversée de Tournai. Ces deux bureaux ne sont pas inconnus dans la cité des cinq clochers puisque le premier est à l'origine du nouveau commissariat de police de la rue Becquerelle et le second s'occupe actuellement de la revitalisation du quartier cathédral. 

Etude technique, esquisses, étude d'incidence, demande de permis d'urbanisme, attribution du permis et adjudication précèderont le début d'un gigantesque chantier qui concernera non seulement le Pont des Trous mais aussi la rectification de la courbe prenant naissance au Pont à Pont et l'élargissement de ce dernier. Il faudra aussi revoir les capacités des autres ponts tournaisiens et moderniser les barrages des écluses de Kain et d'Hérinnes. Avant le début effectif des travaux, on peut estimer à une douzaine de mois le temps nécessaire pour ces différentes phases. 

Ainsi, après la rénovation des quais (teminée en 2011), celle en cours pour de nombreuses années encore de la cathédrale Notre-Dame (débutée en 2000), la (trop) lente transformation du quartier cathédral (débutée fin 2009), la rénovation de l'ilôt Cherquefosse (toujours en projet), voici qu'à l'horizon 2013-2014 se profile un nouveau chantier d'importance. Une réalisation vitale pour les milieux économiques car le transport de marchandises ne cesse de croître, le bureau du plan évoquant une augmentation de 68% dans les vingt prochaines années. Nos routes ne peuvent déjà plus supporter ce charroi incessant de camions et ce type de transport augmente sérieusement le risque d'accidents et la pollution tout en détruisant, peu à peu, le réseau routier (il suffit de lire les faits divers dans la presse quotidienne ou d'emprunter nos autoroutes pour être conforté dans cette affirmation). La dorsale wallonne pour le transport par eau devient donc une nécessité mais nous pensons également que le développement de l'offre de transport par rail ne devrait pas être négligé, la SNCB ayant pris un trop grand retard par rapport aux pays voisins. 

Une autre vision du problème.

Rudy Demotte, probablement le futur bourgmestre empêché de la cité des cinq clochers, a livré récemment sa vision de ce nouveau chantier. Il n'est nullement question de détruire le Pont des Trous, l'ouvrage le plus visité et le plus photographié avec la cathédrale Notre-Dame par les touristes venus des quatre coins de la planète. Il est également hors de question de créer une déviation du fleuve qui marquerait le centre-ville d'une cicatrice, détruirait l'habitat des quais et replongerait Tournai au rang des villes sinistrées. Pour lui, la raison la plus sage est d'envisager d'écarter les tours, de part et d'autre, pour élargir le pont et permettre le passage de bateaux de 11,40 m et de 110 m de long. Déjà en 1947, le vieux pont avait été en partie dénaturé. Lui qui n'était déjà plus équipé de sa toiture couvrant les arches au 14e siècle, lui qui avait vu ses mêmes arches détruites par les bombardements, fut réhaussé de plus de deux mètres grâce aux techniques de l'époque. Avec les moyens actuels, l'élargissement du pont qui garderait ainsi son rythme architectural serait possible. Les puristes, les défenseurs de notre patrimoine renieront très certainement cette solution car ce serait "travestir" l'histoire et faire du "faux vieux". Ce projet risque donc d'encore faire débat et d'apporter son lot de pétitions aux responsables communaux et régionaux. 

La plus grande crainte des Tournaisiens est que le transport de marchandises par des péniches de 2.200 tonnes ne soit qu'une étape vers des convois de 4.000 tonnes (sachant que le canal Albert pourrait accueillir des convois de 9.000 tonnes), l'élargissement du Pont des Trous ne serait alors qu'une solution transitoire et le débat concernant sa conservation se reposerait inévitablement dans deux ou trois décennies, nos hommes politiques ayant par la passé prouvé avoir souvent une vision limitée à la durée de leur(s) mandat(s) (cfr : la solution de l'alternat défendue par Raoul Van Spitael en 1976). Les riverains des quais verront-ils un jour des capitaines au long cours les saluer de la main à hauteur du deuxième ou troisième étage de leur maison ou appartement, crainte évoquée par la représentante Ecolo, Marie-Christine Lefebvre, lors d'un débat télévisé sur la RTBf, le 9 octobre ? Avec la mégalomanie galopante de certains (notamment des patrons de multinationales soucieux d'une rentabilité à outrance et de la défense du portefeuille de leurs actionnaires toujours plus gourmands) tout est possible ! Tout le monde sait qu'en cette période de crise, le chantage à l'emploi est une sorte d'arme de destruction massive des illusions entretenues par ceux qui souhaitent sauvegarder un environnement de plus en plus menacé.

Tournai s'apprête donc à vivre un nouveau gros chantier et ses habitants se demandent, si un jour, ils pourront, à nouveau, flâner tranquillement dans une ville ayant retrouvé un visage serein, sans se heurter à une barrière Héras, sans devoir marcher dans la boue, sans devoir fermer les yeux à la belle saison en raison de la poussière soulevée par les engins de chantier, sans devoir chercher des itinéraires alternatifs en raison des rues fermées pour la durée des travaux ! Pour ces promenades, ce n'est pas demain la veille, il coulera encore beaucoup d'eau sous les ponts de la cité des cinq clochers avant que celle ne présente son plus beau visage, propose ses plus beaux atours dans un écrin exempt de tranchées et de monts de terre.

(S.T. octobre 2012) 


11/01/2012

Tournai : l'année 1901 sous la loupe (2)

Poursuivons la rétrospective des évènements qui marquèrent l'actualité en cette année 1901 à Tournai. Un Tournaisien se distingue : Mr. W. Bulot reçoit un brevet d'invention pour une nouvelle lampe à arc, à point lumineux, pour courant continu.

La météorologie se distingue également, l'année débute par une vague de froid qui se manifeste durant le mois de janvier et une partie de février. Les températures stagnent aux environs de zéro degré et descendent même largement en dessous. Par ce froid glacial, deux garçonnets âgés de dix ans, ont pris comme terrain de jeu les Près de Maire, près des Emprises. Ce vendredi 18 janvier, ils s'amusent à glisser lorsque la plaque de glace cède et précipite le petit François Lecomte, né en 1890, dans les eaux glacées. Son compagnon de jeu, Léon Delvigne a le réflexe de le saisir par les poignets et de le hisser hors de l'eau. Réchauffé et réconforté dans une maison voisine, la victime doit le vie sauve grâce à la présence d'esprit de son ami. 

D'autres aussi se distinguent aussi mais... de la pire des façons. Voici ce qu'écrit le journal à leur sujet : "le lundi 18 janvier, une bande de braillards, a, vers 11h00 du soir, fait un tapage infernal, tordant les cordons de sonnettes, frappant sur les volets et brisant la vitrine d'un magasin. Les habitants réclament de la part des autorités, un peu de surveillance à ce sujet". Décidément le vandalisme en bande existe depuis toujours. Est-ce la même bande qui, deux mois plus tard, la nuit du 20 au 21 mars, provoque de nombreux dégâts à des habitations du faubourg Morelle ? Cette fois la police procède à des arrestations.

Un député se distingue lui aussi. Mr Surmont dépose un projet de loi relatif aux accidents du travail. Il est intéressant, avec le recul, de lire la définition qui était donnée pour ce type d'accident; "Les accidents du travail sont, en quelque sorte, la tare, la rançon naturelle et fatale du travail industriel considéré comme l'exercice ordinaire de l'activité de l'homme moderne". Cette définition contenue dans l'avant-propos de la loi traduit parfaitement la mentalité de l'époque qui considérait un accident du travail comme inévitable (une fatalité) et résultant de l'activité même. Il n'existait aucune notion de prévention, tout au plus le projet de loi, évoquait-il des réparations financières pour l'épouse et les enfants du travailleur qui se voyaient du jour au lendemain privés de ressources en raison de sa disparition. La loi sur la protection du travail viendra bien plus tard. En cette année 1901, la carrière Delwart enregistre à nouveau de nombreux accidents du travail dans lesquels des ouvriers perdent la vie ou sont "estropiés" pour le reste de leur vie (terme utilisé alors pour qualifier un handicap permanent).

Le 14 avril, la presse présente un projet de rénovation du Pont des Trous. Celui-ci prévoit de rendre aux deux tours leurs toits pointus. Ces toitures, devant rappeler celles qui se trouvaient à l'origine, seraient construites en chêne et recouvertes d'ardoises. La partie du pont enjambant le fleuve recevrait, elle aussi, une toiture dans les même matériaux et on rétablirait les anciennes fenêtres. Dans la foulée, on restaurerait également une partie du mur d'enceinte jouxtant l'ouvrage.

Il est remarquable de constater que cette époque (où l'économie n'avait pas encore pris l'ascendant sur toutes les autres considérations) se distingue par le souci de redonner à ce témoignage historique, son aspect d'origine alors que cent ans plus tard, la vieille porte d'eau, toujours aussi prisée des touristes, dérange les projets de ceux qui veulent faire transporter des marchandises par des bateaux de 2.500 tonnes et plus sur l'Escaut. Au cours de ce dernier siècle, les progrès ont été tels qu'une forme de mégalomanie induite, un besoin de toujours vouloir plus, des ambitions sans aucune limite, se sont emparé de ceux qu'on appelle les décideurs, toujours prêts à agiter le spectre d'une faillite si leurs projets n'étaient pas admis ou ne devaient pas aboutir (à suivre).