03/01/2011

Tournai : l'année 1921 sous la loupe (2)

Nous avons débuté la revue des évènements de l'année 1921 à Tournai en évoquant les faits divers mais que se passe-t-il durant ces douze mois au niveau national ?

Le 19 février, une loi étend le droit de vote aux femmes pour les élection communales du mois d'avril. Le 24 mai, le gouvernement dirigé par Mr. Carton de Wiart accorde le droit d'association aux travailleurs en abrogeant l'article 310 de la Constitution qui jusqu'alors leur interdisait, par la même occasion le droit de grève est implicitement reconnu aux syndicats. Le même jour, il publie également une loi rendant obligatoire l'assurance-vieillesse. Très dynamique, le parlement vote, le 14 juin, la loi instaurant la journée de huit heures de travail et la semaine de quarante-huit heures. Elle entrera en vigueur le 2 octobre. Toutefois, certaines professions échappent à celle-ci, il s'agit des pêcheurs, des agriculteurs et des entreprises familiales. Le 6 novembre, une violente tempête traverse la Belgique et provoque de nombreux dégâts. A la fin de l'année 1921, on apprend que 20.000 véhicules sont en circulation en Belgique (voitures particulières, camions et autobus). Il faudra bien longtemps encore pour voir apparaître, à propos de nos routes, les termes "bouchons" et "heures de pointe" et les dépassements devaient être extrêmement rares à l'époque !

A Tournai, les élections communales du dimanche 24 avril 1921 vont donc permettre aux femmes de se rendre pour la toute première fois aux urnes. A partir de la mi-avril, le Courrier de l'Escaut, journal catholique, va se déchaîner contre les adversaires de la liste catholique emmenée par Edmond Wibaut, le bourgmestre sortant. Des articles incendiaires où on retrouve les termes de "fumistes"," imposteurs" et autres gentillesses du genre vont tenter de jeter le discrédit sur les libéraux et les socialistes. Au soir du 24 avril, la liste catholique sort vainqueur des urnes en remportant 8.004 voix, pour 5.553 à la liste socialiste et 4.861 voix aux libéraux. Aux voix de préférence, Edmond Wibaux l'emporte avec 878 voix devant le libéral Roger qui en totalise 400. Pourtant le dimanche 8 mai, à la très grande surprise de l'éditorialiste du journal, un cartel est conclu entre libéraux et socialistes pour diriger la cité des cinq clochers. La majorité est composée de six libéraux et de sept socialistes. Le journal publie directement un article informant ses lecteurs qu'on a livré l'Hôtel de Ville de Tournai aux dirigeants de la Maison du Peuple et le journaliste compare les résultats de 1921 avec ceux des élections précédentes de 1919. Avec 26,3% les libéraux ont perdu 1,4 % de l'électorat, avec 30,1% les socialistes en ont perdu 8%  tandis que les catholiques avec 43,4% ont augmenté le chiffre électoral de plus de 9%. On peut donc en conclure que, pour la première fois qu'elle étaient amenées à faire entendre leur opinion, les femmes ont voté en majorité pour la liste catholique ce qui ne constitue pas une surprise à cette époque. Durant les jours qui suivent la constitution du cartel, les membres de ce dernier font faire apposer des tracts sur les murs de la ville informant la population que "C'en est fini de la rapacité de la bourgeoisie" !

Les réunions du nouveau conseil communal présidé par Edmond Wibaut vont donner lieu à des joutes oratoires mémorables mais qui seraient veritablement jugées comme inacceptables à notre époque. Dès le premier conseil, certains élus du cartel accueillent les représentants catholiques en scandant "à bas la calotte," ou encore en criant "à l'évêché !", des attitudes dignes des meilleurs Don Camillo. Pire encore, le nouvel échevin de l'Instruction publique provoque la stupeur (le mot est faible) en parlant de "son ami" Sassenbach (un allemand controversé établi dans la région du Centre) dont il aurait été fier de faire partie de la garde d'honneur durant la guerre. Si ses déclarations provoque la colère sur les bancs catholiques, elles créent un sentiment de gêne chez les alliés du cartel. La législation qui commence promet de belles empoignades.

(à suivre)

(sources : presse locale et nationale feuilletée par S.T.)

18:50 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, années folels, politique, edmond wibaut |

18/06/2009

Tournai : analyse des années nonante

Comme le veut la tradition, dès que se termine la relation d'une décennie, nous analysons l'évolution connue par la ville de Tournai durant celle-ci. Les années nonante nous laisseront le souvenir de nombreux évènements et d'importants bouleversements dans le paysage local, la cité aux cinq clochers se prépare à entrer dans le XXIe siècle.

Au niveau politique tout d'abord, la disparition de Raoul Van Spitael, le 24 juillet 1992, va mettre fin à un règne qui avait débuté au lendemain de la fusion des communes, le 1er janvier 1977. On pouvait apprécier ou pas ce bourgmestre au caractère bien trempé, force est de constater que sous ses différents mayorats, la ville de Tournai a changé, s'est transformée, des dossiers ont été menés à bien auprès des différents cabinets ministériels et de nouvelles réalisations ont vu le jour, parfois fort décriées comme celle de la construction de l'immeuble " résidence Cathédrale", à la place Paul Emile Janson, qui sera à l'origine d'une véritable saga et de nombreux retournements de situations. Pour remplacer cet homme fort du pouvoir tournaisien, c'est Roger Delcroix qui est choisi, échevin du tourisme, tournaisien dans l'âme, homme pondéré mais main de fer dans un gant de velours. Il va poursuivre l'oeuvre de rénovation entreprise par son prédécesseur en mettant surtout l'accent sur la défense du patrimoine tournaisien, sa mise en valeur et l'accueil des touristes. C'est durant cette décennie qu'on va entreprendre un chantier de long haleine, pas encore terminé d'ailleurs, la rénovation de l'axe Place de Lille, Grand'Place, Place Saint Pierre vers les quais. 

La décennie sera marquée également par les effets de la crise économique qui subsiste. Il sera souvent question de restructurations avec les inévitables pertes d'emploi qu'elles engendrent dans différents secteurs industriels : faillite de la société Orbetra, de la S.A Ateliers Electrotechniques et Van Caspel, de Darwin à Orcq, difficultés aux Usines Carton, chez Delphi à Orcq et à l'imprimerie Casterman, fermeture définitive du magasin Sarma à la rue Soil de Moriamé et lente agonie pour l'usine Unisac, victime de plusieurs restructurations suite aux reprises par le groupe allemand Schoëller et ensuite par Schöll, victime des vétos lors de négociations de reprises de la part d'une banque allemande, victime également de deux incendies spectaculaires (16.4.1995 et 2.1.1999) dont les origines criminelles éveillent de nombreux doutes et laissent penser que ce fleuron tournaisien devait cesser totalement ses activités, seul son carnet de commande et sa clientèle étaient les centres d'intérêt des repreneurs étrangers. C'est également une période où la place financière tournaisienne doit faire face au départ de nombreux organismes suite à des restructurations, des fusions ou des reprises par des groupes étrangers, c'est ainsi que les sièges de la Banque Nationale de Belgique, de la SGB devenue Fortis ou de la BBL devenue ING quitteront Tournai pour d'autres cieux. Demain nous poursuivrons cette analyse en nous penchant sur les domaines des faits divers, de la culture et du sport. ....

11:38 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, economie, politique, finances |

20/05/2008

Tournai : analyse des années cinquantre

Nous venons de terminer la revue des évènements qui se déroulèrent dans la cité des cinq clochers durant les années cinquante et celle-ci nous apporte un éclairage particulier sur la vie à Tournai à cette époque.

Au niveau politique tout d'abord, le clivage "gauche-droite" est nettement marqué même dans la presse locale. Des évènements comme la mort de Staline, la déstalinisation qui a suivi, l'invasion de la Hongrie par les troupes du Pacte de Varsovie sont préjudiciables à un parti qui semble de plus en plus représenter pour l'opinion publique la pensée unique de Moscou. Aussi, lorque le P.S et le P.L s'allient à celui-ci pour faire échec au PSC au lendemain des élections de 1958, on va droit vers d'importantes difficultés au niveau de la gestion de la commune. Cette alliance, que certains n'hésitent pas à proclamer contre nature, sera de courte durée, surtout qu'au même moment, le parti libéral de Mr. René Lefebvre, le ministre régional, a conclu une alliance avec ce même PSC au niveau national.

Au niveau économique, les années cinquante sont celles de la reconstruction d'une ville dont la majeure partie a été rasée par les bombardements allemands de mai 1940 lors de l'invasion de la Belgique et par ceux de 1944 qui précédèrent la libération de notre région. Cette entreprise de longue haleine sera orchestrée et supervisée par un homme, Paul Bonduelle, un architecte qui a à coeur de donner une cohérence à ses projets. Avec lui, "on ne fera pas tout et n'importe quoi" comme on a parfois pris l'habitude de le faire par la suite, laissant les coudées franches à des promoteurs immobiliers plus appâtés par le gain que par l'esthétisme ! On préservera une image harmonieuse de la ville sans pour autant la reconstruire identique à celle d'avant-guerre. Le développement économique de la région est également au centre des préoccupations quotidiennes des gestionnaires de la cité. La reconstruction des ponts se fera en même temps que des projets d'élargissement du fleuve afin de permettre le passage de convois fluviaux plus imposants. La réalisation de la ceinture des boulevards laisse présager de l'importance que prendra la circulation automobile, la création du quartier industriel et du port fluvial démontrent également que Tournai se tourne vers le futur.

Au niveau culturel, la vie reprend également son cours, de grandes expositions sont organisées comme l'exposition Scaldis ou celle qui a lieu durant l'Expo 58. Tournai n'a plus de théâtre et n'a pas encore de salle pour les grandes manifestations commerciales comme les foires et salons. Que cela ne tienne, la vieille Halle-aux-Draps, en partie préservée lors du désastre de 1940, servira à la fois de théâtre, de lieu pour les foire et expositions, de salle pour les banquets officiels. Tous les grands cirques européens font une halte annuelle dans la ville et reçoivent un accueil triomphal de la part de la population. Ce succès présage déjà de ce titre de capitale mondiale du cirque amateur dont pourra s'enorgueillir Tournai à partir des années quatre-vingt avec la création de la "Piste aux Espoirs".

Les clubs de football tournaisiens vivent des heures de gloire, l'Union et le Racing ont accédé en Division 1 même si ce ne fut que pour une saison et les Rats ont remporté la Coupe de Belgique. Les stades attirent chaque semaine des milliers de spectateurs venus acclamer des vedettes locales, formées dans les deux clubs, ce qu'on ne verra plus par la suite, hélas ! 

Dans le domaine de de la sécurité, on peut se réjouir des exploits de la police, de la gendarmerie et de la police judiciaire d'alors. Disposant de peu de moyens, de véhicules peu nombreux et souvent poussifs, ne possédant pas de moyens modernes de communication (informatique, télex, fax, GSM...), avec des policiers effectuant encore des rondes à vélo ou à pied, réglant la circulation aux principaux carrefours, les résultats dans la lutte contre le banditisme et pour garder le calme en ville sont excellents. Combien de crimes ont été rapidement ou patiemment résolus, combien de voleurs ont été mis hors d'état de nuire. Il existait à cette époque une vraie police de proximité, des agents de quartier qui connaissaient tous leurs habitants et qui parcouraient leur secteur quotidiennement, à l'écoute des citoyens, intervenant pour régler les problèmes de voisinages avant que ceux-ci ne dégénèrent. Pourtant ces braves agents devaient aussi faire face à des constats systématques en cas d'accidents de la circulation (le constat à l'amiable n'ayant pas encore été imposé).

Les festivités de l'époque étaient simples, on allait écouter un concert, on fêtait les anniversaires des sociétés, on se rendait au café pour une partie de fer ou de cartes, on se réunissait le soir entre voisins. Les bals étaient animés par des orchestres qui avaient déjà leurs fans et non par des sonos hurlantes aux DJ déjantés qui empêchent désormais le voisinage de dormir lors des nuits de week-end en poussant les baffles au maximum de leur puissance ! Le Roi des Radis à Kain, la salle Provence au Réduit des Sions, chez Dudans étaient les lieux de rendez-vous de ceux qui aimaient danser et fréquenter (on ne disait pas encore flirter, encore moins draguer), à la porte de ces salles, il n'y avait pas encore de "dealers" venus de France pour proposer leur produit de mort.

Pour la population de la ville qui avait connu les atrocités de la guerre, les privations, la misère, tout ce qui se mettait en place alors tenait du rêve, du luxe. La solidarité entre les gens n'était pas un mot vidé de son sens comme désormais. Durant les années cinquante, Tournai se refaisait une beauté pour plaire aux touristes. Déxormais, nous suivrons les évènements qui marquèrent les années soixante à Tournai, les "golden sixties", des années d'espérance en des jours meilleurs qui porteraient en germe, les éléments positifs et négatifs de notre société actuelle...

08:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : annees cinquante, economie, securite, politique, festivites, culture |