22/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (8)

1996, l'orage qui couvait au sein de la royale Compagnie éclate !

L'année 1996 restera à jamais gravée dans les annales de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Après la disparition de quatre membres importants et à l'issue d'une année sabbatique, on pensait que le Cabaret allait vivre à nouveau des jours plus sereins. Si, en septembre, au moment de la proclamation des résultats du Concours Prayez, le ciel semblait s'être illuminé, il était présomptueux de croire que les beaux jours étaient enfin revenus ! Non, l'orage qui couvait et que parfois on devinait aux travers de déclarations des uns ou d'attitudes des autres éclatera soudainement à la fin de l'année.

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Concours Prayez 1996 : trois des quatre lauréats deviendront membres de la Compagnie en 1997, (de gauche à droite à partir de la croix) : Jean-Marc Foucart (et non Jean-Marie), Claude Delonville et Michel Petit. Le titre du journal semble signifier qu'aucun des auteurs n'est habitant de Tournai-Ville, un chauvinisme qui n'est pas de bon aloi en raison de la situation, ils demeurent néanmoins dans les faubourgs !

Premier coup de tonnerre, la disparition de la célèbre gazette du Cabaret : "Les Infants d'Tournai", créée en novembre 1954, parue cinq cents fois et sabordée par son rédacteur en chef qu'est le Président Lucien Jardez. Des difficultés financières et le manque de textes à publier sont les raisons évoquées par lui pour justifier la fin de la parution. C'est avant tout la lassitude de l'homme-orchestre qui en est à l'origine.

Ardent défenseur du patois auquel il a donné ses lettres de noblesse, serviteur incontesté de la Compagnie qu'il a portée à des sommets et amenée à faire connaître au-delà des frontières du Tournaisis, fine plume pour la rédaction de monologues, auteur de multiples fois récompensé pour ses contributions patoisantes mais aussi pour ses écrits en langue française, Lucien Jardez est tout cela (et peut-être même plus) mais... il possède un défaut flagrant, il est dogmatique. Depuis des années, il décrète, de plus en plus, ce qui est bon et mauvais pour le Cabaret, se montre intransigeant sur la qualité des textes qui sont présentés par de jeunes auteurs et exige de ces derniers une extrême rigueur et un talent inné pour une entrée au Cabaret. Toujours en recherche du mot juste et de la belle expression, Lucien Jardez est devenu, peu à peu, le défenseur d'une forme d'élitisme qui n'aurait certainement pas été partagée par les membres-fondateurs en 1907.

Un pouvoir sans partage ne peut conduire qu'à des réactions parfois outrancières. Deux clans se sont formés : les "Anciens" qui reconnaissent les qualités de ce Président élu en 1964 et qui, avec l'âge, ont perdu la fougue de la jeunesse pour le contredire et les "Modernes" soutenus par d'autres membres plus anciens qui souhaitent injecter du sang neuf dans la Royale Compagnie. Lassé par ce déchirement, déçu par les critiques dont il est l'objet au sein de la Compagnie mais aussi parmi certains membres cotisants, le 27 novembre 1996, Lucien Jardez rédige et envoie sa lettre de démission. Il met ainsi un terme à 53 années de présence et 42 années de présidence. 

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extraits de la lettre de démission de Lucien Jardez. 

Les propos extraits de la lettre de démission qu'un "vent favorable" a amenée à la presse traduisent la personnalité de l'auteur. Les amoureux du Cabaret lui sont reconnaissants du travail accompli pour avoir fait du Cabaret Wallon Tournaisien, une vitrine du "parler de chez nous", et d'avoir prouvé à tous que la langue picarde n'était pas ce langage des vulgaires et du petit peuple comme aimaient à le proclamer bien haut les snobinards et les parvenus de l'époque. Lucien Jardez a donc parfaitement raison de déclarer que, sous sa présidence, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien a atteint des sommets qu'elle n'avait jamais connus au cours de son existence, malheureusement... était-il vraiment nécessaire d'ajouter la phrase "et qu'elle ne connaîtra probablement plus jamais" ? Ce sont là des mots qui mettent au grand jour une personnalité imbue d'elle-même et aigrie, des petites phrases qui vont ternir quelque peu l'image de celui qui restera pour longtemps encore un défenseur de notre patois digne de figurer au panthéon des auteurs tournaisiens et wallons. Déçus par le départ de cet homme d'exception tout autant que par ses écrits parus dans la presse, les quelque deux mille membres cotisants de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se demandent finalement si le président n'avait pas l'intention inavouée de voir disparaître le Cabaret à brève échéance en créant une absence de relève.

 

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Lucien Jardez avait été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de France en 1985.

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En 1994, Lucien Jardez, par ailleurs conservateur de "la Maison Tournaisienne", le musée de Folklore, était venu évoquer son autre passion pour Tournai, la préservation de son folklore, au cycle de conférences "Tournai, Au Fil du Temps" organisé au profit de l'institut d'Enseignement spécial "le Saulchoir" à Kain.  

Le départ inopiné de Lucien Jardez survenu dans une atmosphère conflictuelle latente ne doit pas faire oublier tout ce que la cité des cinq clochers doit à cet homme : outre sa très longue présidence au sein du Cabaret Wallon, il était aussi membre de l'A.S.B.L "Les Amis de Tournai", Chevalier Camerlingue de la "Confrérie des Chevaliers de la Tour". Il était également auteur de vaudevilles, de poèmes, de monologues et de nouvelles en prose, Conservateur du Musée de Folklore depuis 1982, Président de la section "Arts et Traditions populaires" au sein de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie, membre de l'Association Royale des Ecrivains Wallons. On lui doit la traduction en patois des BD : les "Pinderleots de l'Castafiore" (les Bijoux de la Castafiore d'Hergé) et "Les potieaux d'cabaret", ou encore "L'année de la bière", versions tournaisiennes des BD de Cauvin et Carpentier. Il a rédigé le "Glossaire picard tournaisien" et écrit "Les Géants de Tournai et leur suite" et "Tournai, Tournaisis". Il a participé aux émissions dialectales tournaisiennes sur Radio-Hainaut (Vivacité désormais) et, entre 1973 et 1984, il a composé tous les poèmes de présentation, en français, des Galas du Folklore Wallon qui se déroulaient au Palais des Beaux-Art de Bruxelles. 

Suite à la décision irrévocable de Lucien Jardez, plusieurs questions se posent désormais : que vont faire les Anciens qui l'ont toujours soutenu ? Qui va diriger le Cabaret ? Combien de membres comptera encore la Compagnie ?  Le Cabaret n'a-t-il pas reçu le coup de grâce ? 

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Le journaliste du "Courrier de l'Escaut" résume d'excellente manière la situation créée par le départ de l'homme qui incarnait le Cabaret depuis bien longtemps. 

Tel le phénix renaissant de ses cendres, le Cabaret va se doter d'un nouveau Président en la personne de son pianiste-accompagnateur Philippe De Smet (voir l'article qui lui a été consacré sur le présent blog). Symbole du renouveau annoncé, c'est le plus jeune membre qui va avoir la lourde charge d'assurer la continuité et on peut être... "optimiste" à ce sujet !

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007 à l'occasion du 100ème anniversaire la R.C.C.W.T. - presse locale - "Le Courrier de l'Escaut" pour les documents photographiques).

S.T. mars 2017.

16/02/2017

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

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En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

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Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

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Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

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C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

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Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.

10/09/2015

Tournai : Philippe De Smet, l'éclectisme au service du Cabaret Wallon !

tournai,cabaret wallon tournaisien,philippe de smet,pianiste,patrick salmon,andré dumortier,frère maxence,conservatoire de tournai,filles celles picardesA l'instant où j'ai rêvé de brosser le portrait de Philippe De Smet (ancien Président et toujours pianiste-accompagnateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien), j'ai probablement approché ce qu'un peintre ressent devant sa toile encore vierge ou ce qu'un sculpteur éprouve devant le bloc brut qu'il faut tailler, l'interrogation : "Mais pa dusque j'vas qu'mincher ?" ("mais par où vais-je commencer", traduction à l'intention de lecteurs qui ne maîtrisent pas totalement notre patois tournaisien).

Les jeunes années.

La solution la plus simple consiste à débuter la biographie de celui qu'on souhaite présenter tout simplement... au moment de sa naissance.

Un homme au talent universel comme Philippe De Smet ne peut être né qu'à la veille de l'inauguration de l'Exposition de Bruxelles, le 16 avril 1958. Quatrième enfant d'une famille qui en comptera cinq, il va faire ses études à l'Ecole des Frères de la rue des Choraux où le réputé Frère Maxence le refusera dans sa chorale. Excellent pédagogue, le sévère Frère montra à cette occasion qu'il était loin d'être aussi bon prophète ! Lors des études secondaires, il tâtera du latin et du grec avant de bifurquer vers les sciences humaines.

Une rencontre déterminante.

Alors qu'il était encore bien loin d'être attiré par la musique, le directeur du conservatoire et professeur de piano au Conservatoire Royal de Bruxelles, Maître André Dumortier (comme Philippe l'appelle encore respectueusement) sollicita auprès de ses parents son inscription dans la toute nouvelle section des humanités musicales mises sur pied au Lycée Royal (actuel Athénée Campin). Il entama par la suite des études de piano au conservatoire de Bruxelles et, après trois années, celles d'orgue au Conservatoire Royal de Mons.

Comme il avait obtenu le premier prix d'orgue et comme, depuis toujours, les organistes sont devenus une denrée rare au sein des églises, en 1978, on vint lui demander de tenir l'instrument de l'église Saint-Quentin. Il s'agissait encore d'un orgue électronique. Pour ce faire, il se perfectionnera à l'école Saint-Grégoire de la rue Massenet à Tournai, sous la houlette du chanoine Abel Delzenne, Maître de Chapelle de la cathédrale Notre-Dame.

Le Conservatoire de Tournai.

En 1979, il est engagé au conservatoire de sa ville pour animer l'atelier d'éveil à la musique, fréquenté par des enfants âgés de quatre à six ans. Durant seize années, il suscitera des vocations musicales parmi les petites "têtes blondes" (une expression commune pourtant si discriminative !). Il sera également l'accompagnateur du cours de danse dispensé par Mme Monique Caulier. De son entrée dans le temple de la musique tournaisienne, il se souvient qu'il fut le premier étudiant sortant du conservatoire de l'ère André Waignien mais également le premier professeur engagé par lui.

Le monde de l'enseignement.

En 1986, un ami vient frapper à sa porte et lui demande s'il est intéressé par la fonction de professeur de musique dans l'enseignement secondaire. Une offre qui ne se refuse pas, ainsi il est engagé pour un intérim en remplacement de la titulaire en congé de grossesse au sein de l'école de la Sainte-Union de la chaussée de Lille. Il donnera probablement satisfaction au directeur puisque son engagement sera renouvelé pour de nombreuses années.

La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Le talent de Philippe De Smet n'avait pas échappé à Anselme Dachy, pianiste-accompagnateur des chansonniers tournaisiens et chef de l'orchestre qui les accompagnait lors des Revues de l'époque. En 1982, il entra au sein de ce dernier et, afin de décharger Anselme Dachy, souffrant d'arthrose dans les doigts, exerça le rôle de pianiste-répétiteur. Il est alors âgé de 24 ans. A partir de 1988, il supplée A. Dachy lors des multiples prestations extérieures des chansonniers tournaisiens et, lorsque le "maître" démissionne en 1989, tout naturellement, "l'élève" le remplace au clavier du cabaret. Modeste, Philippe suivra la filière classique d'admission au sein de la société. Aspirant en octobre 1991, il fut admis à titre définitif en septembre 1992.

Hélas, rapidement, le ciel allait s'assombrir, la vieille société tournaisienne se retrouva dans la tourmente, on assista à l'éternelle dissension entre les Anciens et les Modernes, une lutte vieille comme le monde qui allait déboucher sur les démissions du Président Lucien Jardez et de Marcel Roland et sur le retrait progressif de certains membres plus âgés. Ce profond désaccord allait-il être fatal ? Non, heureusement, car tout le monde ne souhaitait pas la disparition de cette véritable institution tournaisienne. Du sang neuf avait, entretemps, fait son entrée et tel le Phénix, après une année sabbatique, la Royale Compagnie renaissait de ses cendres. Le 4 décembre 1996, les membres allaient élire Philippe De Smet à la tête de la société en remplacement de Lucien Jardez.

Sous son impulsion, la compagnie prit un nouveau départ, adepte d'un renouveau nécessaire, Philippe eut l'intelligence de réaliser celui-ci dans le respect des traditions. Sous sa présidence, soucieux de donner un local propre à la compagnie, il sollicita et obtint de l'administration communale, un local dans un bâtiment situé au n°54 de la rue Saint-Martin. SDF durant plus de nonante années (il erra de cafés en tavernes), le Cabaret avait trouvé enfin un toit bien à lui !

Le Cabaret new-look avait opté, lors de sa transition, pour une modification des habitudes, désormais le président ne serait élu que pour un terme de cinq ans, comme le centième anniversaire se profilait à l'horizon, Philippe prolongea légèrement son mandat avant de céder le flambeau à Michel Derache. 

En 2002, suite à la fusion des deux clubs de football tournaisiens, il compose l'hymne des Sang et Or dont le texte est écrit collectivement par les autres membres.

Entre amis, une idée germe.

En 2003, Philippe De Smet fait la connaissance de Patrick Salmon, le musicien français, directeur de la musique d'Hem, organiste à Paris, professeur de conservatoires, entre autres, un musicien qui a, lui aussi, plus d'une corde à son... arc(het) ! Lors d'une réunion gastronomique en compagnie des fines fourchettes que sont Christian Chuffart et Xavier Nys, est née l'idée d'un duo intitulé "Les deux pianistes". Celui-ci s'est régulièrement produit, des deux côtés de la frontière, remplissant salles et églises, le plus souvent dans un but philanthropique. Philippe de Smet est un habitué des spectacles musicaux, ainsi durant une dizaine d'années, il a joué, dans le Nord de la France, au sein de l'orchestre de danse de salon de Gérard Hever et il a accompagné le chanteur Christian Bécart dans ses spectacles pour enfants.

Quand le pianiste devient un homme-orchestre !

Il a eu la chance d'accompagner Isabelle Kabatu, lauréate du concours reine Elisabeth, Robert Cogoi et d'autres chanteurs ou chanteuses. Philippe a joué dans de grandes salles françaises à Bourges, à l'Hôtel Georges V à Paris, à l'hôtel Intercontinental à Bercy... mais aussi à Lourdes, où il accompagna une chorale internationale lors de la procession aux flambeaux. On l'a vu également accompagner le Cercle Choral Tornacum.

Actuellement Philippe De Smet cumule les fonctions de professeur à la Haute Ecole en Hainaut de la rue des Carmes, connue anciennement sous l'appellation d'Ecole Normale de l'Etat.

Bien qu'ayant quitté le Conservatoire de Tournai, il y retourne régulièrement en qualité de bénévole apportant sa participation à des spectacles.

En tant qu'organiste, il est en charge de cinq paroisses de la ville : Saint-Quentin, Saint-Jacques, Saint-Brice, Saint-Jean et Kain Saint-Omer. Lorsqu'il est absent, il n'est pas rare de voir Patrick Salmon le suppléer au clavier.

Il s'investit toujours auprès de ses amis du Cabaret. Marié, Catherine, son épouse est membre des... "Filles... Celles Picardes", voilà une union marquée par un cœur rouge et blanc, celui des "Infants d'Tournai".

Voilà le portrait d'un garçon d'une grande simplicité dont on remarquera l'éclectisme. Un élément n'a pas pu prendre place dans ce tableau, la sympathie naturelle qui se dégage du personnage. Il ne m'étonnerait pas que dans son jardin secret, Philippe cultive, depuis toujours, la fleur la plus précieuse entre toutes : l'Amitié.

S.T. septembre 2015.

18/09/2013

Tournai : l'année 2008 sous la loupe (3)

Les trois mois d'été de l'année 2008 seront relativement calmes sur le plan international. Notons qu'une fois encore le Tour de France est marqué par des affaires de dopage, vainqueur des sixième et neuvième étapes, le coureur italien Ricardo Ricco est exclu de la course à quatre jours de l'arrivée à Paris, contrôlé positif à l'utilisation d'EPO, tout comme Manuel Beltran. Le monde du cinéma voit la disparition de l'acteur américain Paul Newman, le 26 septembre, il était âgé de 83 ans.

Sur le plan national, le sectarisme de la NV-A de Bart de Wever pousse Yves Leterme à la démission, le 14 juillet. Le gouvernement avait été formé au mois de mars. Le Roi refuse cette démission et désigne trois émissaires royaux chargés d'établir un possible dialogue institutionnel. Tout comme la crise financière dans laquelle le monde peu à peu s'enfonce, notre pays s'enlise dans ses éternels problèmes communautaires qui, pour certains assoiffés de pouvoir, sont beaucoup plus importants et existentiels que de tenter de résoudre le chômage ou donner de l'espoir aux jeunes générations.

A Tournai, l'actualité estivale sera à l'image du temps, un peu morose.

Juillet.

Juste avant les congés de la construction, des ouvriers d'une firme de Rekkem procèdent à la démolition des bâtiments du Multiscope Palace à la rue de l'Hôpital Notre-Dame. Sur le terrain devrait s'ériger un immeuble abritant des commerces et des appartements. Cinq ans plus tard, le chancre ainsi créé permet encore à la firme qui réalise les travaux de voiries dans le quartier cathédral de stationner ses véhicules et d'y stocker les matériaux.

Le mois de juillet débute par une bonne nouvelle pour les amoureux du patrimoine tournaisien. Le vendredi 3, le Gouvernement Wallon vote une subsidiation de 21 millions d'euros répartis sur sept années pour la rénovation de la nef romane et des tours de la cathédrale Notre-Dame. La ville, trop longtemps considérée par les décideurs d'avant, surtout liégeois et carolos, comme le "Far-West" de la Wallonie, semble enfin (re)connue par la Région Wallonne. Au niveau local, si on peut se réjouir de cette nouvelle, certaines associations déplorent ce qui paraît être, de prime abord, un manque d'ambition des responsables communaux en ce qui concerne la rénovation urbaine. A de nombreuses reprises, l'attention des autorités sur cet immobilisme a été attirée. Depuis 1978, la Région Wallonne s'est dotée d'outils pour la promouvoir mais, à l'ombre des cinq clochers, personne ne semble vouloir bouger un petit doigt pour soutenir le projet de rénovation de l’îlot Cherquefosse dans le quartier Saint-Piat laissé un peu dans l'oubli. En réalité, depuis le début de la crise financière, l'avenir des ressources communales est marqué par des incertitudes, le budget 2009 sera probablement plus difficile à boucler que le précédent et vu que le prix des terrains concernés est jugé surfait, la Ville ne souhaite pas s'engager dans un projet hasardeux qui risquerait de ne pas être mené à bon terme.  

Après le Multiscope Palace et la cathédrale, voici un troisième bâtiment qui fait l'objet d'attentions particulières, la Tour Henri VIII se pare d'un rempart métallique, l'échafaudage qui la ceinture a nécessité la mise en place de dix kilomètres de tubes, ce montage annonce, dit-on, le prochain début du chantier de restauration, les travaux sont prévus après la fin des fouilles archéologiques qui y seront entreprises. Le dôme de plastique qui sera réalisé a depuis bien longtemps disparu, emporté par les tempêtes successives et l'échafaudage rouille sur place.

Une affaire va prendre d'importantes proportions dans la presse locale en cette fin du mois de juillet, celle de la découverte fortuite par des enfants d'un véritable charnier à proximité de la chaussée de Douai. S'étant introduits pour jouer sur un terrain privé mal clôturé, ils ont aperçu un cercueil, des restes humains en état de décomposition, des urnes funéraires.... La police descendue sur les lieux, il est rapidement apparu que ce terrain servait d'extension à l'ossuaire du cimetière voisin. Interrogées, les autorités communales reconnaissent que cette situation est totalement inacceptable. Les restes proviennent des exhumations, par manque de place et de terres pour les recouvrir, ils ont été déposé sur le terrain. C'est un fait extrêmement regrettable car le cimetière du Sud jouit d'une excellente réputation et est même souvent cité en exemple, le personnel ne ménage pas ses efforts pour lui apporter le meilleur entretien. L'indignation est d'autant plus grande car le respect porté à un défunt est inscrit dans notre culture depuis des millénaires.

Août.

Le dimanche 10 août, vers 2h 00 du matin, un dramatique accident de la circulation a pour cadre le carrefour de la Porte Saint-Martin. Venant du centre de la ville, un motard attend que le feu passe au vert, il s'élance vers l'avenue Montgomery et ne peut éviter un véhicule qui vire à gauche vers le boulevard Bara en lui coupant sa trajectoire. Il tentera une vaine manœuvre d'évitement en couchant son engin mais ce geste désespéré ne permettra pas de le sauver.

Le mardi 12 août, famille et amis d'un couple d'alpinistes originaires du Tournaisis sont enfin rassurés. Portés disparus dans le massif du Huascaran, au Pérou, Julia Snihur de Buissenal et Renaud Ginion d'Havinnes, deux chevronnés ayant déjà escaladé de nombreux sommets, ont été retrouvés à 5.600 mètres d'altitude où ils étaient bloqués.

Les statistiques routières de l'année 2007 publiées en ce mois d'août par la Direction générale du Service Fédéral Economie, interpellent. Le territoire de Tournai (le plus étendu du Royaume, précision qui nous semble importante) a connu 280 accidents dans le courant de l'année 2007 (pour 278 en 2006), ceux-ci ont causé la mort de 27 personnes (9 l'année précédente), fait 43 blessés graves (41 en 2006) et 341 blessés légers (334 un an auparavant). L'analyse plus poussée démontre que ceux-ci ont eu lieu autant la nuit que le jour et que, dans la majorité des cas, l'alcool n'est pas en cause. 

D'autres statistiques publiées la semaine suivante annoncent que la Wallonie Picarde (depuis quelque temps, on dit de moins en moins Hainaut Occidental) compte désormais 335.707 habitants. Ils sont 68.193 à Tournai (33.246 hommes et 34.947 femmes), en un an la population de la cité des cinq clochers a augmenté de 0,51%, ce qui est peu comparé à d'autres régions ayant augmenté leur population de 1,50%.

Septembre.

L'été 2008 ne laissera pas un souvenir impérissable en ce qui concerne la météo. En juillet, il a plu pratiquement un jour sur deux. Août a connu 23 jours de pluie et on a récolté 116 litres d'eau au m2 alors que la moyenne est de 77. Au début du mois de septembre des trombes d'eau s'abattent sur la région. Néanmoins, la température a été proche de la moyenne, une maigre consolation.

A la veille de la grande procession historique qui se déroule le 14 septembre, on ne manque pas d'évoquer la grande absente de celle-ci, la croix byzantine volée quelques mois auparavant. Elle sera représentée sur une bannière.

Après cinq rencontres disputées, en Division 2, le F.C. Tournai occupe une très enviable seconde place au classement derrière Tirlemont avec 3 victoires et deux nuls. Quel changement pour les Sang et Or qui naviguaient en fin de classement douze mois plus tôt.

Le lundi 15 septembre, au soir de la braderie, la comédienne de cinéma et de télévision nordiste, Jenny Clève est présente au centre commercial les Bastions pour l'inauguration de l'exposition intitulée "Bienvenue au Bas Ch'ti ...on". Née à Roubaix en avril 1930, est est aussi la complice de Pierrot dans l'émission "Goûtez-moi ça" diffusée par France 3. 

Cette fois, ce sont les statistiques du service incendie qui sont parues dans la presse et, à leur lecture, on se rend compte que nos hommes du feu n'ont pas chômé durant l'année 2007. Les 35 véhicules de l'arsenal ont effectué 8.269 sorties (pratiquement 23 sorties journalières) dont 5.067 pour l'aide médicale urgente. Plus que les incendies se sont surtout les inondations qui ont occupé les pompiers tournaisiens. 366 sorties ont été nécessaires pour porter secours à des accidentés de la route, 631 pour les accidents domestiques. On a dénombré 54 incendies, 33 feux de cheminée et 14 feux d'immondices. 

Lors de la fête de la Chanson Wallonne et du Cabaret Wallon, on apprend que Philippe De Smet quitte la présidence du groupe de chansonniers, il reste néanmoins leur pianiste. Il était le 5e président depuis la création de la compagnie en 1907. 

Comme pour faire écho aux statistiques parues quelques jours plus tôt, un violent incendie éclate la nuit du 23 au 24 septembre, vers 0h30, à la résidence Beau-Séjour. Trente personnes doivent être évacuées, douze habitants des appartements ont été légèrement intoxiqués, une dame âgée de 80 ans doit être emmenée en clinique vu la gravité de son état. C'est un radiateur électrique resté branché qui est la cause du sinistre. 

Le lundi 29 septembre, les grandes manœuvres débutent sur la place Paul Emile Janson, une grue monte les premiers éléments de la toiture provisoire qui va recouvrir la nef romane de la cathédrale. Chaque élément de 3,5 mm d'épaisseur pèse presque 1.700 kilos. Une fois terminée, ce dôme couvrira une superficie de 1.740 m2 et pèsera 127 tonnes. Il permettra aux ouvriers d'installer les tables de plomb à l'abri des intempéries.  

(sources : presse locale et souvenirs personnels).

S.T. septembre 2013

09/12/2007

Tournai : les deux pianistes

En 1958 naissait à Tournai, Philippe De Smet. Très jeune, il est attiré par la musique et c'est donc tout normalement qu'il est inscrit au conservatoire de la ville. Il en ressortira quelques années plus tard avec un diplôme d'excellence en piano, alliant déjà études et conservatoires, il trouve encore du temps à consacrer à sa passion en suivant les cours de l'école d'orgue diocésaine Saint Grégoire de Tournai qui lui permettront d'obtenir le diplôme d'organiste. A l'âge de 20 ans, il participera au Concours National de musique d'Ostende où il obtient un second prix et poursuit des études supérieures au Conservatoire Royal de Bruxelles puis de Mons.

Il enseigne par la suite le piano, le synthétiseur, l'orgue et l'éveil musical au Conservatoire de Tournai. En dehors de la musique qu'il enseigne au conservatoire de Tournai, il souhaite également entrer dans l'enseignement, ainsi, après cinq années de formation autodidacte, il présente les examens au "Jury Central de l'Etat" et obtient le diplôme lui ouvrant les portes d'une carrière de professeur d'éducation musicale à l'Ecole Normale de Tournai pour la formation des futurs instituteurs et institutrices de l'enseignement maternel ou primaire.

Ses goûts personnels vont vers le jazz et la chanson française, c'est ainsi que de 1985 à 1993, on le retrouve au clavier du Grand Orchestre de danses de Salon Gérad Hever (de Valenciennes). En 1993, il succède à Stéphane Detournay au clavier des orgues de l'église Saint Brice de Tournai. Il enregistre un CD "Orgues et instruments".

Comme nous l'avons vu dans les rubriques consacrées au centenaire du Cabaret Wallon Tournaisien, en 1996, Philippe De Smet a succédé à Lucien Jardez comme Président de la Royale Compagnie dans laquelle il était déjà l'accompagnateur des chansonniers tournaisiens depuis 1991, date à laquelle il avait succédé à Anselme Dachy. En 2001, Philippe De Smet a fait la connaissance de Patrick Salmon, né à Roubaix la même année que lui. Leur parcours musical sera presque identique.

Patrick Salmon a fait ses études musicales au conservatoire de sa ville natale où il fut récompensé par un premier prix d'orgue, un premier prix de tuba et un premier prix de musique de chambre. A l'âge de 20 ans, il entre, sur concours, au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il obtient, deux ans plus tard, ses premiers prix de solfège, de déchiffrage, d'analyse musicale et de tuba. Alain Margoni, grand prix de Rome, devient alors son maître et lui enseigne les études d'écriture et de direction d'orchestre. En 1978, il devient organiste au temple protestant de Roubaix où il restera jusqu'en 1994. Attiré par la musique sacrée, il est suppléant au grand orgue de Saint Vincent de Paul à Paris et à l'orgue de choeur de Saint Sulpice. Patrick Salmon n'hésite pas à remplacer son ami Philippe De Smet à l'orgue de l'église Saint Brice à Tournai lorsque celui-ci est indisponible.

Lui aussi enregistrera des CD, l'un avec le trompettiste belge André Philippe, un autre avec Yves Bauer, tromboniste-basse solo de l'Orchestre national de Lille. Depuis 1990, il siège aux commissions pédagogiques et aux jurys de la Confédération Musicale de France à Paris. Diplômé d'Etat, il est professeur aux conservatoires de Roubaix et de Wasquehal jusqu'en 1992. Il est le directeur de l'école municipale de musique de Hem et dirige "l'ensemble orchestral de Hem" créé en 1994. Celui-ci a fait, durant le mois de décembre 2007, l'objet de trois émissions de France 3 Nord qui sont diffusées le samedi après-midi.

Les chemins empruntés par Philippe De Smet et Patrick Salmon étaient parallèles et ils se rejoignirent, il y a six ans, à la plus grande satisfaction des mélomanes de la région du Hainaut et du Nord de la France où "Les deux Pianistes" se produisent très régulièrement dans leur concert intitulé "Les belles mélodies de la chanson française". Un véritable régal à aller écouter assurément. Après Jean Paul Comart (cinéma), Bruno Coppens (humour), voici donc Philippe De Smet, un autre artiste tournaisien que l'Optimiste est heureux de vous présenter...

(source : programe édité lors des concerts des deux Pianistes).

09:42 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philippe de smet, patrick salmon, les deux pianistes |