15/03/2012

Tournai : 1909, la Semaine de l'Aviation (4)

La semaine de l'aviation (4)

Le mardi 14 septembre, dernière journée.

Il y a, pour cette journée de clôture, un grand nombre de spectateurs présents pour assister aux dernières évolutions de "ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines". Une fois encore, le vent souffle en rafale et contrarie leurs évolutions. A 5h25, Paulhan tente de décoller mais ne parvient pas à s'élever à plus d'un mètre cinquante du sol. Néanmoins, il va effectuer de nombreux passages à cette altitude en prenant, chaque fois, un passager avec lui, c'est ainsi que Mrs. Desclée, Scrive, De Geynst, Delwart et Coquelz sont les bénéficiaires d'un "baptème de l'air" tout comme qu'une représentante de la gente féminine qui conservera à jamais son anonymat (un journaliste la désigne cependant comme étant Madame Paulhan). 

Etant le seul pilote à avoir rempli les conditions imposées par le Comité, Paulhan se voit attribuer tous les prix lors d'une réunion de clôture qui se tient à la "Taverne de Cologne". Les pilotes Paulhan, Brigi et Debongnie sont présents et acclamés par les participants. 

Pilotes et organisateurs sont réunis pour un banquet préparé et servi par Mr. Verrière. 

Au menu : Potage à la Paulhan - Saumon, sauce aéroline - Râbles de lièvre, sauces Anzani - Médaillons de ris de veau à la Gnome - Chaud-froid de poularde - Monoplans sur canapés équilibreurs - Omelette norvégienne - Fruits et desserts.

Devant la richesse de ce menu, on peut se dire qu'une semaine passée au grand air, cela creuse !

En guise de conclusion.

La Semaine de l'Aviation de Tournai se termine. Elle a apporté une notoriété à la ville bien au-delà des frontières car la presse belge et francaise ont couvert quotidiennement l'évènement. Elle a amené des dizaines de milliers de spectateurs dans la cité des cinq clochers et cela a été bénéfique au commerce local. Elle a permis à deux oeuvres de se partager les bénéfices. Le bilan financier détaillé n'apparaît pas dans la presse mais on dit que si elle a coûté près de 40.000 francs, elle a dégagé un bénéfice qui a été, comme prévu, distribué à "l'Oeuvre de l'Enfance moralement abandonnée" et à la "Société française de Bienfaisance". 

Courrier de l'Escaut, Journal de Roubaix, Patriote Illustré et d'autres journaux..., si la presse est unanime pour saluer son organisation, il y a pourtant une note discordante. A cette époque, nous l'avons vu dans de précédentes rétrospectives, tout prétexte est bon pour en découdre avec un adversaire politique. La Semaine de l'Aviation a été mise sur pied avec le soutien d'une administration communale passée un an plus tôt entre les mains du Parti Catholique, le journal d'opposition "L'Egalité", ouvertement anti-clérical, profite de cet évènement pour critiquer et faire oeuvre d'entreprise de démolition, en tenant des propos parfois à la limite de l'indécence et de l'insulte :

Article du 12 septembre.

"La Semaine de l'Aviation ! Qu'en dirions-nous ? Sinon que cela a été pour tous, les premiers jours, une vive déception. Au moment où nous écrivons, nous ignorons si les organisateurs parviendront à effacer cette mauvaise impression car, il faut bien le dire, le public avait eu une confiance illimitée dans la réclame tapageuse, voire même le bluff, fait autour de la semaine de l'aviation dans le pays entier et dans plusieurs départements de la France et cela dans toute le presse indistinctement. Il avait été annoncé que plusieurs vols auraient eu lieu par jour par différents aviateurs et non des moindres. Nous n'hésitons pas à dire que le comité d'aviation devra faire un suprême effort pour ne pas être taxé par l'opinion publique de ne pas avoir été à la hauteur de sa mission. Et cela serait d'autant plus regrettable que la grande masse de la foule accourue dimanche et lundi à Tournai était des Français, leur exaspération fut telle qu'une bagarre faillit éclater lundi soir au champ d'aviation et que la force armée a du intervenir pour maintenir l'ordre, ce qui n'est pas flatteur pour nous, car venir à Tournai, dépenser son argent, payer sa place, ne rien voir et finir par être sabré, que les Messieurs du Comité se mettent à la place du public et nous fassent connaître leur impression. Ce serait intéressant."

A aucun moment le journaliste de l'Egalité n'évoque les mauvaises conditions atmosphériques qui n'ont pas permis aux pilotes de prendre l'air et qui ont été à l'origine des mouvements de mauvaise humeur de la part d'une partie du public !

 Article du 19 septembre intitulé "la Calotte et l'Aviation".

"Grande affluence de tonsurés de tout acabit (on voit que Tournai seul en possède une légion) au champ de manoeuvres pendant la grande semaine de l'aviation. Il fallait les voir observer soit avec leurs yeux, soit au moyen de lunettes, les exercices aériens de Paulhan qui voulait jouer l'ange Gabriel, sans le secours de prières d'aucun d'eux, au pied de l'appareil avant chaque départ. Les spectateurs se demandaient même comment le comte du Pape ou Vive Dieu n'avaient pas réclamé l'intervention de leur ami Charles Gustave, évêque de son métier, qui se trouvait parmi les spectateurs, pour bénir le champ d'aviation afin de calmer la colère de leur dieu toujours empli de mauvais caprices; aussi n'a-t-il pas attendu la fin de ces expériences pour occire (NDLR : ce mot signifie tuer et ce ne fut pas le cas) assez sérieusement au moyen d'une rafale de vent qu'il pouvait éviter, l'aviateur français Vandamme qui planait en forme d'ange dans son appareil à la conquête de l'air. Il est vrai que l'Etat-Major du paradis, Dieu, Saints, Anges et Cie ne doivent pas être à leur aise et doivent en faire une tête en constatant les progrès de l'aviation et rien d'étonnant alors, qu'ensemble, ils complotent des punitions à quelques uns de ces audacieux" etc...

Cette fois, référence est faite aux conditions atmosphériques pour fustiger les organisateurs et leur croyance !

C'était cela aussi "la Belle Epoque" !

(sources : le Courrier de l'Escaut de l'année 1909 - Je remercie également Mr. Jacques De Ceunninck, passionné d'aviation, qui m'a permis de consulter l'importante documentation qu'il a rassemblée concernant cet évènement qui fit date à Tournai. Vous pouvez consulter d'autres fruits de ses recherches sur son blog intitulé "Warchin-Varcinium", pour cela, il suffit de se rendre dans la colonne de droite du présent blog, rubrique liens et de cliquer sur "histoire de Warchin)

14/03/2012

Tournai : 1909, la Semaine de l'Aviation (3)

La semaine de l'aviation (3).

La journée du vendredi 10 septembre.

Dans la matinée du 10 septembre arrive un nouvel aéroplane qu'on range dans le hangar n°2, l'aviateur en est Mr. Eugène Debongnies (repris sous son pseudonyme De Bovy dans le Journal de Roubaix). Ce dernier avait quitté Nieuport par la route mais un accident l'avait obligé à transporter son engin par chemin de fer. Très accessible, le pilote donne toutes les explications concernant l'aéroplane dont il est l'inventeur et le constructeur. Il s'agit d'un monoplace de type Blériot. 

Un avertissement dans la presse.

voici ce qu'écrivait le Courrier de l'Escaut :

"Beware of pickpockets - Gare aux filous"

C'est ce conseil qu'il est bon de donner aux étrangers qui ne manqueront de venir en foule et à nos concitoyens qui se rendent sur la plaine des Manoeuvres (...) Nos élégantes arborent d'habitude des chaînettes agrémentées de bibelots de prix et même de bourses en métal précieux. C'est un butin facile à confisquer pour Messieurs les Pickpockets qui s'abattent toujours en nuée là où ils sont certains de rencontrer une foule très dense (...), il sera prudent de laisser les bijoux au logis durant les prochaines journées de fête et de mettre soigneusement portefeuille et porte-monnaie à l'abri des tentatives coupables. (...) La police, il est vrai, va redoubler de surveillance mais on reconnaîtra qu'elle ne peut se trouver partout et suppléer à l'imprudence du public".

La toute grande foule est à nouveau présente à 3 heures de l'après-midi, le vent souffle à 4 mètres par seconde. Le biplan de Paulhan décolle et fait quatre tours de la plaine à une altitude comprise entre 4 et 10 mètres. Après s'être posé, il redécolle à 3h22, le pilote effectue à nouveau quatre tours et monte à 40 mètres, soudain, il s'élance vers la campagne, il va ainsi jusqu'à l'église de Froidmont et revient sur la plaine. En dix minutes, il a parcouru douze kilomètres. Son vol sera suivi par les évolutions du planeur de M. Van Damme. A 6h10, Paulhan, après avoir réparé une des palettes de l'hélice endommagée par la chute d'un burin oublié sur l'aéroplane lors d'une précédente mise au point, repart et prend, cette fois, la direction d'Orcq et de Marquain, à une altitude d'environ 70 mètres. Il revient et contourne le clocher de l'église Sainte-Marguerite avant de se poser. Cette fois, le public en a eu pour son argent !

La journée du samedi 12 septembre.

Cette journée sera encore marquée par les vols de Paulhan qui enthousiasme le public, à tel point qu'aux fenêtres des immeubles qui ceinturent la plaine des Manoeuvres on voit s'agiter mouchoirs et chapeaux pour le saluer. Au moment même où il atterrit, la musique sous la direction de Ch. Dewitte entame l'hymne français. 

La journée du dimanche 13 septembre

Cette journée laissera un souvenir inoubliable aux habitants de la cité des cinq clochers, rarement, pour ainsi dire jamais, on n'avait vu autant de visiteurs étrangers arrivés par trains, trams et automobiles. A la gare de Tournai, on a recueilli pas moins de 25.000 coupons (remis à l'époque par les voyageurs à la descente du train), si on ajoute les abonnements on peut donc évaluer à près de 30.000 personnes, le nombre de spectateurs arrivés à Tournai par le rail.

Pourtant les conditions atmosphériques n'étaient pas engageantes, durant la matinée, un épais brouillard règne sur la plaine avant que le soleil tout d'abord, le vent ensuite ne viennent le dissiper. 

Deux accidents !

La réunion du dimanche sera dramatique, marquée par un pénible accident, Vers 3h10, le planeur du lillois Constant Van Damme décolle et atteint une altitude comprise entre 20 et 25 mètres lorsqu'il est littéralement plaqué au sol par une rafale de vent. On se précipite vers l'infortuné pilote, inanimé, il présente des blessures au front, au menton et au poignet gauche. le Docteur Tarride, habitant la chaussée de Douai, a été témoin de la chute de l'engin et court donner les premiers soins au blessé. Il diagnostique une fracture de la cheville gauche et une luxation du poignet. Le blessé sera transporté ensuite à l'Hôpital Civil par l'ambulance de la Croix-Rouge conduite par Alex Strong. La mère et la soeur de l'aviateur malchanceux sont venus à Tournai et ont appris l'accident alors qu'elles étaient à la kermesse sur la Grand'Place, elles se rendent immédiatement au chevet de celui-ci.

Au moment de la chute du planeur, ordre est donné à la gendarmerie d'écarter le public pour ne pas géner les secours. Le gendarme Boval de la brigade de Tournai se précipite, heurte une motte de terre et se blesse à l'aine droite dans sa chute. Il sera conduit à la caserne de gendarmerie dans la voiture de Mr. Benoit Desclée. 

Dans le but de faire oublier au public ces deux accidents qui avaient plombé l'atmosphère, Paulhan sort à nouveau son biplan, "l'Octavie III", et décolle pour faire deux tours de la plaine à quelques mètres du sol, les spectateurs le voient tout à coup monter à 15 ou 20 mètres  et disparaître à l'horizon, il part de nouveau survoler le village de Froidmont et revient sous les applaudissements de la foule.

La journée du lundi 13 septembre !

Le temps est magnifique, c'est probablement la plus belle journée de la semaine. Il n'y a pas de vent ou celui-ci est très faible. Les conditions sont idéales pour les vols. Cette fois, Paulhan décolle et file directement vers la campagne, il ne reviendra qu'une heure plus tard. les spectateurs qui avaient été témoins des évènements de la vielle sont inquiets, "a-t-il eu un incident ou pire encore un accident ?" Une heure plus tard, il réapparaît au grand soulagement des personnes qui ceinturent le champ d'aviation. Interrogé par les journalistes, le pilote déclare qu'il s'est posé à Taintignies et a été reçu par Mr. Henri Crombez, le bourgmestre, à proximité du château. 

Acclamé par la foule, le pilote français fait un tour d'honneur dans l'automobile du Comité. Ce raid inattendu lui rapporte une prime de 1.000 francs. Notre Tournaisien, féru d'aviation, Walter Bulot a bien tenté de faire décoller son monoplace mais n'a roulé que sur une vingtaine de mètres. La déception est grande dans le clan tournaisien (à suivre)


13/03/2012

Tournai : 1909, la Semaine de l'Aviation (2)

la semaine de l'Aviation (2)

Les derniers préparatifs.

le 28 août, les hangars destinés à abriter les appareils des participants sont terminés, on commence à clôturer la plaine des Manoeuvres.

Le dimanche 29 août, à l'occasion de la présentation de cette manifestation, le journaliste du "Courrier de l'Escaut" publie un article emprunt de lyrisme duquel ont été extraites ces quelques phrases :

" La conquête de l'air est un grand mot. Bien que d'aucuns proclament le contraire, ce n'est pas encore un fait accompli (...). Le vent est un facteur indépendant de la volonté (de l'aviateur) qui impose ses capacités et fait sentir sa puissance aux aviateurs qui sillonnent les routes de l'espace (...) mais s'envoler n'est pas tout, il faut encore se maintenir en l'air, y manoeuvrer, y avancer (...). Reims, à l'arrivée de ces héros a vu doubler sa population".

Paulhan, le héros de l'époque.

Parmi les tous premiers inscrits, on retrouve le nom de Paulhan. Louis Paulhan est né, au sein d'une famille de notaires, le 19 juillet 1883 à Pezenas dans L'Hérault. Il est sorti de l'école professionnelle Rouvier à Toulon. Entre 16 et 18 ans, il a navigué comme pilotin sur les Messageries maritimes. Ensuite, il sera engagé volontaire au 1er Génie dans le bataillon des Sapeurs aérostiers. Libéré du devoir militaire, il a été engagé par les ateliers aérostatiques Surcouf et a fait la campagne du dirigeable "Ville de Paris", en qualité de mécanicien. Par la suite, il a créé une maison de jouets d'aviation. Il sera acquéreur d'un planeur "Voisin" et montera une petite société qui lui permet d'acquérir les engins de propulsion pour transformer ses planeurs en avions. Entre le 7 juin et le 28 août 1909, il vole à Bar-sur-Aube, Issy  les Moulineaux, Brayelles, effectue le voyage Douai-Arras, il vole également à Vichy, Dunkerque et à la "Semaine de l'aviation" de Reims Bethény. Paulhan et son équipe descendent à l'Hôtel de l'Impératrice.

Le 3 septembre, la presse annonce que de nombreux visiteurs sont attendus, venant de toutes les villes du pays et du Nord de la France. La ville de Tournai va connaître une affluence extraordinaire. Les Chemins de Fer de l'Etat organisent des trains spéciaux au départ de Bruxelles, Gand, Courtrai, Charleroi et Mons. 

Les trois coups sont frappés.

Nous voici enfin arrivés à cette journée du 5 septembre. Dès une heure de l'après-midi, des spectateurs se rendent en rangs serrés vers la plaine des Manoeuvres. On permet au public de se masser le long du boulevard Bara et des chaussées de Lille et de Douai. Dans l'enceinte, la pelouse est rapidement envahie par les spectateurs munis du précieux billet d'entrée. Les tribunes se garnissent plus lentement. Problème d'importance, le vent s'est levé et souffle à 7 mètres par seconde. A 4h très précisément, la musique du 1er Régiment de Chasseurs à Cheval entame son concert et... Eole faiblit. A 4h15, on décide de voler et pour l'annoncer une flamme rouge est hissée au sémaphore. A 5h00, Paulhan décolle et parcourt environ 400 mètres à une hauteur de 5 à 6 mètres. Il volera ainsi à une basse altitude jusqu'à 5h50 à la grande joie des 40 à 50.000 spectateur présents selon la presse. 

Des incidents le deuxième jour

Le journée du lundi 6 septembre sera marquée par d'épouvantables conditions météorologiques, un vent violent souffle et une fine pluie fait son apparition durant l'après-midi. La décision est prise, il n'y aura pas de vols. Ce n'est pas du goût d'une partie du public et certains poussent des huées, sifflent et réclament : "notre argent ou on vole, sortez l'appareil". Les gendarmes présents sur la plaine sont vite débordés par ces énergumènes et des renforts sont appelés, la gendarmerie à cheval fait son apparition, sabre au clair et prend position près des hangars. Un Tournaisien se voit dresser un procès-verbal pour ne pas avoir rapidement obtempérer à un ordre d'un maréchal des logis, tandis qu'un citoyen français, sans doute plus vindicatif, est mis en état d'arrestation. La plaine est totalement évacuée vers 7h du soir. 

Le "Journal de Roubaix" (qui deviendra après la guerre le Nord-Eclair) rend compte de ces incidents survenus à Tournai et rapporte qu'à Baisieux, le passage à la douane des voyageurs du train à destination de Lille demanda près de trois quarts d'heure. Les occupants des wagons affichent leur mécontentement, sifflent les douaniers et veulent même enfoncer les portes de la petite salle où on les a stationnés. Le train arrivera finalement à Lille avec quarante minutes de retard. 

Le temps ne s'arrange pas le troisième jour.

En cette journée du mardi 7 septembre, c'est maintenant une véritable tempête qui souffle sur la cité des cinq clochers, elle est accompagnée de pluies diluviennes, cinq arbres qui séparent la plaine des champs s'abattent et le terrain est transformé en un marécage. 

Pendant ce temps, les propriétaires de "l'Estaminet de la Bonne Chère", situé au n°36 de la chaussée de Douai, annoncent qu'ils louent des fenêtres au prix de deux francs par personne. Voilà des cafetiers opportunistes. 

Le temps s'améliore le quatrième jour

Le mercredi 8 septembre, la foule est présente dès 3h de l'après-midi. Paulhan va voler ! Durant dix minutes, il effectue neuf fois le tour de la plaine des Manoeuvres à des hauteurs allant de 4 à 20 mètres. 

Les journalistes présents sont admiratifs et l'un d'eux écrit :

"Longtemps le public est resté sous l'impression que lui avait causée la vue du gigantesque oiseau montant, oscillant avec coquetterie, faisant des plongées puis remontant d'une courbe élégante comme la mouette en pleine course et opérant des virages audacieux avec une grâce véritable. (...) C'est un spectacle splendide et presque angoissant : on sentait que l'aviateur est complètement maître de son appareil, qu'il peut le soumettre à toutes ses volontés lorsque les éléments atmosphériques ne sont pas contraires". On retrouve là ce style suranné auquel la consultation des journaux de l'époque nous a habitués. 

La journée du jeudi 9 septembre.

Les visiteurs étrangers sont arrivés en foule durant la matinée. Depuis la gare, les rues de l'Hôpital Notre-Dame et Saint-Martin sont littéralement noires de monde.

A 2h30 de l'après-midi, la circulation est très difficile sur la chaussée de Douai.

Cette journée est marquée par la venue à Tournai de Mr. Hubert, ministre de l'Industrie et du Travail. Il visite en compagnie du bourgmestre Stiénon du Pré et du député Duquesne, la "linière tournaisienne" et ensuite l'exposition de tableaux de la Halle-aux-Draps. A l'invitation de Mr. Duquesne, il se rend ensuite au château de Vaulx. A trois heures, il arrive sur la plaine des Manoeuvres où il est reçu par Hidulphe Stiénon du Pré, Président du Comité et par Mr Coquelz, consul de Perse. Après la visite des hangars, le Ministre s'entretient avec les aviateurs Paulhan et Bulot et le pilote de planeur Scrive.

Pendant le concert, après deux vols de planeurs, le biplan de Paulhan décolle et s'élève à 3 ou 4 mètres avant d'attérir, victime du bris d'une nervure de la petite cellule. Après réparations, vers 5h45, Paulhan redécolle et parcourt quatorze fois le champ d'aviation, à une hauteur de 2 à 8 mètres. 

Mr Bulot exhibe son monoplan vers 6 h du soir et annonce son premier vol pour le lendemain. (à suivre).