03/02/2016

Tournai : une cité qui mérite plus de visibilité et même plus de respect !

On ne prête qu'aux "riches" dit-on !

A la fin du siècle dernier, les gens qui nous gouvernent ont souhaité élever une ville au titre de "Capitale culturelle du Hainaut". La ville de Tournai avait espéré hériter de cette dénomination. Le choix des décideurs s'est porté sur Mons, chef-lieu de province. Rien de surprenant, dans les milieux politiques, le mot cumul des titres, fonctions ou mandats est d'une telle banalité que cela n'a choqué personne... et puis, la cité des cinq clochers, depuis la disparition de René Lefebvre, n'avait plus jamais eu un ministre pour la soutenir ou la défendre au niveau des différents niveaux de pouvoir.  

On sait depuis longtemps que la politique wallonne ne jure que par quatre grandes villes : Liège, Namur, Charleroi et Mons, ces cités ont trop tendance à se partager la gestion de toute la région wallonne, malheureusement, en se servant largement au passage. Les autres régions sont considérées par elles de la même façon, qu'en France, Paris snobe tout ce qui est provincial. Pour certains lecteurs, les termes utilisés vont, peut-être, paraître outranciers et pourtant, même les médias nationaux, la RTBf et surtout RTL-TVI en tête, ignorent le plus souvent l'existence de Tournai et leurs reporters n'envahissent nos rues que pour un fait délictuel très grave, une catastrophe ou pour dresser le portrait de Dodo la Saumure, une "réputation" dont on se serait bien passé ! 

Les arguments qui plaidaient en faveur de la ville.

Son riche patrimoine immobilier, témoin de l'Histoire :

La cathédrale Notre-Dame aux cinq clochers du XIIe siècle, mêlant style roman et gothique et possédant 2005 Tournai la Halle-aux-Draps.JPGun Trésor d'une grande richesse culturelle, ses nombreuses églises dont les plus anciennes datent des XIIe et XIIIe siècle (arguments probablement trop catho pour la mentalité qui prévalait), un beffroi de la même époque, rénové voici une vingtaine d'années, une Halle-aux-Draps du XVIIe siècle également restaurée, un Pont des Trous de la fin du XIIe et début du XIIIe siècle, une des dernières portes d'eau existant en Europe du Nord, la tour Henri VIII, toujours dans l'attente de rénovation tout comme les tours Marvis, vestiges de la dernière enceinte de Tournai mais aussi le Fort Rouge, la Tour Saint-Georges, la Tour de la Loucherie, la Tour du Cygne, les souterrains de la citadelle construite sous Louis XIV par de Mesgrigny sur des plans de Vauban, le Mont-de-Piété, le séminaire de Choiseul, l'Hôtel de Ville érigé à l'emplacement de la puissante abbaye de Saint-Martin, les maisons "art nouveau", dont la plupart sont situées dans le quartier de la gare,les maisons romanes du quartier Saint-Brice et les maisons gothiques de la rue des Jésuite.2006 Tournai St Brice maisons romanes (1).JPG

 

Son passé prestigieux :

Ville près de deux fois millénaire, Tournai est parfois appelée, le "berceau de la France", car première capitale du royaume Franc, Clovis, fils de Childéric 1er, y est né et y a vécu avant de rejoindre Paris (Lutèce) pour poser les fondations de la France. La cité royale peut s'enorgueillir d'avoir accueilli les plus illustres personnages de l'Histoire : Philippe-Auguste, Saint-Louis (Louis IX), Henri VIII d'Angleterre, Charles-Quint, Louis XIV... entre autres.

Parmi les documents les plus anciens retrouvés et conservés à Tournai figure notamment la "Messe de Tournai", la plus ancienne messe polyphonique qui soit parvenue jusqu'à nous, elle est reprise sur un document anonyme datant du début du XIVe siècle.

Ses enfants célèbres :

2006 Tournai statue de Louis Gallait.JPGDu peintre Rogier de le Pasture (Van der Weyden) né à Tournai en 1399 à l'actuel2005 Tournai monument Rogier de la Pasture.JPG humoriste Bruno Coppens, Tournai a vu naître, entre autres, le peintre primitif flamand Jacques Daret en 1404, le célèbre tapissier Pasquier Grenier en 1447, l'homme politique Barthélémy Dumortier, fondateur du Courrier de l'Escaut (le plus vieux journal de Belgique), impliqué dans la Révolution de 1830 et parlementaire né en 1797, le peintre romantique Louis Gallait né en 1810, le sculpteur Guillaume Charlier né en 1854, le poète symbolique et romancier Georges Rodenbach, né en 1855, le baryton à l'Opéra de Paris, Jean Noté, né en 1858, le sculpteur Georges Grard, né en 1901, le sculpteur, peintre, graveur et céramiste Pierre Caille, né en 1911, le romancier, auteur de Bob Morane, Henri Verne, né à Ath en 1918 mais qui a vécu à Tournai pendant sa jeunesse et de nombreux auteurs qui ont donné à son patois ses lettres de noblesse (Delmée, Walter Ravez, Adolphe Prayez, Lucien Jardez, Albert Coens, Eloi Baudimont). 

Ses musées :

la ville compte huit musées réputés :

le musée des Beaux-Arts, dont le bâtiment est l'œuvre de l'architecte Victor Horta. Il abrite des œuvres provenant en grande partie du legs d'Henri Van Cutsem et du fonds Gallait signées Edouard Manet, Claude Monet, Louis Gallait, Seurat, James Ensor, Pierre-Paul Rubens, Rogier de le Pasture, Pieter Brueghel le jeune, Jacob Jordaens, Léonce Legendre, Jules Bastien-Lepage, Georges Grard, Charlier, Piat Sauvage, Eliane de Meuse, Vincent Van Gogh (dessins), Delacroix, Van der Stappen, Roméo Dumoulin ou encore Jan Gossaert.

Le Musée militaire où on retrouve des collections d'armes et d'uniformes datant de la bataille de Fontenoy, du premier et du second conflit mondial et une pièce entière dédiée à la résistance.

Le Musée de Folklore dans lequel des personnages, mis en scène, présentent objets d'antan et traditions tournaisiennes, mais aussi le plan en relief de la ville de Tournai.

Le Musée d'Histoire Naturelle et son vivarium, un des plus anciens de Belgique.

Le Musée de la Tapisserie et des Arts du Tissu, Tournai étant jadis un lieu réputé pour sa tapisserie de haute lisse.

Le Musée des Arts de la table et décoratifs, où on retrouve notamment des porcelaines issues des ateliers qui firent la réputation de Tournai au sein des cours européennes.

Le Musée d'Histoire et d'Archéologie qui présente une très importante collection d'objets trouvés lors des nombreuses fouilles effectuées, à différentes époques, dans la ville. On peut notamment y voir un sarcophage bien conservé de l'époque gallo-romaine.

Le Musée de la Marionnette de la Communauté Wallonie-Bruxelles et son Créa-Théâtre présentent des marionnettes du monde entier.

Ses industries qui sont ou furent connues bien au-delà de nos frontières :

L'imprimerie Casterman, éditrice des aventures de Tintin, de Martine, de Quick et Flupke  qui remporta aussi, au travers de ses auteurs, de nombreux prix au festival BD d'Angoulême.

L'imprimerie Desclée-de Brauwer, éditrice de livres religieux et profanes.

Les entreprises Dufour spécialisées dans le levage, le transport, la manutention, la récolte des déchets... intervenant lors de travaux délicats ou de précisions en Belgique et à l'étranger.

Les actuelles éditions Wapica soucieuses de présenter le patrimoine tournaisien dans le plus bel écrin.

La biscuiterie Desobry, les nombreuses brasseries (la "Tournay", la "Saint-Martin"...), la fabrique de "Ballons de Tournai", la maison Marquette spécialiste de la gaufre "Succès du Jour", la chaudronnerie lourde de chez Meura ou Carton ayant livré du matériel sur les cinq continents, les filatures Philippart et Wattiez, la fabrique de courroies Colmant et Cuvelier... des nom connus, un peu partout, comme l'étaient jadis la fabrique de Porcelaine ou la Manufacture Royale de Tapis

Tournai est une ville fréquentée chaque jour par des milliers d'élèves et d'étudiants, parmi lesquels un grand nombre de jeunes Français, de la maternelle aux hautes écoles en passant par l'enseignement spécialisé. 

Le "Culturel" et "l'Evènementiel".

Dans les années cinquante et soixante, il n'était pas rare d'entendre les Tournaisiens se plaindre du peu de distractions offertes par la cité des cinq clochers : "Tournai, ville d'art, ville en retard" entendait-on souvent. Quelques garçons et filles noyant leur oisiveté sur les banquettes du café "Le Moderne" à la rue de l'Yser tinrent même des propos qui traduisaient l'attente de la jeunesse, lors d'un rare reportage de la RTB sur la ville. Il est vrai que la majorité au pouvoir d'alors consacrait son énergie uniquement à la reconstruction d'une ville dont le centre avait été détruit par les bombardements de 1940 et 1944.

Tout a bien changé. Tout au long d'une année, les évènements culturels ou festifs se succèdent :

En janvier, on fête le "Lundi Perdu " en famille ou au restaurant, on se rend au salon "Bâtirama". Le cinéma Imagix est le lieu de rencontre des amateurs du "RamDam Festival", le festival du film qui dérange, les amoureux du patois se retrouvent en la Halle-aux-Draps pour les "Petits Cabarets" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

En Février, les meilleurs musiciens mondiaux envahissent la Maison de la Culture pour le "Tournai Jazz Festival", Tournai-Expo abrite le salon "Déco et Jardins", le week-end du Laetare, voit se dérouler le "Carnaval de Tournai", avec son grand rassemblement en ville précédé par la Nuit des Intrigues.

En mars, le "Bistrot Tournaisien" convie ses inconditionnels à son spectacle patoisant et, tous les deux ans, Tournai devient la capitale mondiale des arts circassiens pour amateurs avec "La Piste aux Espoirs".

En avril, ce sont "Les Filles, Celles picardes" qui donnent rendez-vous aux Tournaisiens et le "Festival européen des Quatuors à cordes" régale les mélomanes en invitant des musiciens venus des quatre coins de l'Europe.

En mai, le parking de l'Esplanade de l'Europe est envahi par la "Foire aux manèges" tandis que le quartier Saint-Pierre résonne aux accents du piano à bretelle pour la soirée "L'Accordéon, Moi j'aime".

En juillet, jeux pour enfants, stars de la chanson et orchestres animent la journée de la Fête nationale. En août, le hall de Tournai-Expo accueille les "Salon des Antiquités et belle Brocante".

Fin aout, ce sont "les Rencontres Inattendues", trois jours durant lesquels la musique épouse la philosophie. Un rendez-vous auquel participent les plus grands philosophes et des musiciens venus des quatre coins d'Europe et du Moyen-Orient.

En septembre, "la Kermesse" s'installe sur l'esplanade du Conseil de l'Europe tandis que le "Cortège des géants" sillonne les rues de Tournai tout comme la grande "Procession historique" le fait depuis plus de 900 ans. La "Braderie" amène dans les rues bonimenteurs et amateurs de bonnes affaires. A la Halle-aux-Draps se déroule le "Tournoi de Jeu de fer", un tradition bien régionale, tandis que sous le chapiteau de la plaine des Manœuvres, un autre jeu tournaisien typique "le Jeu de Boule carréaulé" attire de nombreux spectateurs

En octobre, c'est le festival "Découvertes, Images et Marionnettes", c'est aussi le "Grand Cabaret et la Revue" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et c'est encore "la Halle gourmande", le salon de la gastronomie des Amis de Tournai qui se tient en la Halle-aux-Draps. 

En novembre, la Maison de la Culture convie ses spectateurs au "Tour de Chauffe Festival" ouvert aux groupes musicaux de l'Eurométropole et, quelques jours plus tard, s'ouvre le "Next Festival", le rendez-vous des créations théâtrales en collaboration avec les villes de Valenciennes, Lille et Kortrijk. A la Halle-aux-Draps se déroulent les salons "Tournai, la Page", le rendez-vous des maisons d'édition et des auteurs et ensuite "Tournai-Toys", le salon du jouet.   

Décembre nous ramène les "Marchés de Noël", les illuminations des rues, le traditionnel "Gospel for Life" en l'église Saint-Jacques et le grand "Concert Viennois" de la Confrérie des Cinq clochers à la Maison de la Culture.

Durant la saison d'hiver, la "Chapelle Musicale de Tournai" comble les mélomanes grâce à une série de concerts qui accueillent les plus grands noms de la musique classique belge et étrangère.

Ajoutons à cela la programmation éclectique de la "Maison de la Culture" amenant les plus grands comédiens, les artistes de la chanson en tournée et les humoristes, les rendez-vous de la salle "La Fenêtre", de "la Petite Fabriek", de la "Guelière" ou du "Watermoulin". Rappelons les cycles de conférences de "l'Université du Temps disponible", d'Exploration du  Monde, de "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui" ou des "Conférences-Santé". Enfin n''oublions pas le Conservatoire de Musique, fréquenté par plus d'un millier de jeunes, dont sont issus de nombreux talents connus par les mélomanes belges et étrangers.

La ville de Tournai organise également la "Triennale des Arts du tissu".

Avant que les intégristes de Gaïa ne viennent s'immiscer dans le monde du cirque et détruire le rêve de milliers d'enfants, Tournai fut visité par les plus grands cirques de Médrano à l'Américan Circus en passant par Althoff, le Grand Cirque de France, le cirque de Moscou, Jean Richard, Toni Boltini, Pinder, Bouglione... actuellement seul Alexandre Bouglione reste fidèle à la cité des cinq clochers car il ne présente plus d'animaux sauvages.

Tournai est aussi la ville natale des Okidoks, le duo de clowns-acrobates connus bien au-delà de nos frontières.

Tout au long d'une année, il y a des centaines d'événements au programme, peut-on, dès lors, encore dire que Tournai est une ville morte ? On ne prête qu'aux riches, disais-je en titre, Tournai a sans doute était considérée par certains qui n'y sont jamais venus comme une pauvre ville de province aux confins de la Flandre et de la France, aux habitants tristes et au paysage désolé. Il est temps de redorer son blason et d'attirer ce qui ignorent encore que cette ville vit, que son cœur palpite et qu'elle a tant à offrir à ceux qui veulent la découvrir.  

Voilà un article au ton un peu "chauvin" mais quand on aime sa ville natale, aucun argument n'est outrancier pour la défendre.

(S.T. janvier 2016).

16:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, culture, événements, patrimoine, enfants célèbres |

10/01/2013

Tournai : un patrimoine à sauvegarder

Habitants de la ville, habitués à parcourir ses rues pour vos rendre au travail ou faire des emplettes, vous ne voyez peut-être plus ce qui en fait sa richesse, visiteurs de la cité des cinq clochers, lors d'un bref séjour, vous avez probablement découvert une partie de celle-ci, lecteurs de ce blog vous, avez, au fil des articles, eu connaissance de ses trésors. La richesse d'une ville, c'est son patrimoine, ce legs inestimable reçu de ceux qui nous ont précédés.

La liste des bâtiments et monuments remarquables est longue. Il y a l'héritage civil dans lequel on retrouve le Beffroi, la Halle-aux-Draps, le Pont des Trous, la Tour Henri VIII, les Tours Marvis, le Fort Rouge, la Tour du Cygne, les souterrains de la citadelle de Vauban, la gare édifiée par l'architecte Henri Beyaert, les hospices civils, le séminaire de Choiseul, le béguinage, la salle des Concerts, la grange aux dîmes de l'abbaye de Saint-Martin, le Palais de Justice, l'Hôtel de Ville et sa cour d'honneur, le Mont de Piété, le Musée des Beaux-Arts d'Horta...

Il y a l'héritage religieux dont le joyau, la cathédrale Notre-Dame (XIIe), est entouré d'églises ayant pour nom Saint-Jacques (XIIe), Saint-Piat (XIIe), Sainte-Marguerite (XIIIe), Saint-Quentin (XIIIe), Sainte-Marie-Madeleine (XIIIe), Saint-Brice (XIIIe), Saint-Nicolas (XIIIe), Saint-Jean (XIVe), l'église des Rédemptoristes (XIXe), la chapelle de l'Athénée, la chapelle Saint-Vincent... mais aussi par le palais épiscopal, le séminaire et sa chapelle du XVIIe siècle, la Maison des Anciens Prêtres...

Edifiés entre le XIIe et le XXe siècle, voilà autant de pièces indspensables à la réalisation de ce grand puzzle qu'est l'Histoire. 

Ce sont des témoignages importants, ils apportent un éclairage particulier sur la façon de vivre, de construire, d'aménager l'espace aux diverses époques, ils racontent une histoire, ils sont l'Histoire. Ils ont traversé stoïquement le temps, témoins muets de transformations, de drames, de conflits, ils ont subi les outrages des iconoclastes ou des Révolutionnaires, souffert d'incendies ou tremblé sous les bombardements. Les acharnés du progrès, les iconoclastes des temps modernes ont souvent menacé leur existence sans toutefois mettre leurs projets de vandales à exécution. 

Voici qu'au 21e siècle, leur survie est à nouveau en danger, ils sont régulièrement mis sous les feux de l'actualité au nom du "Profit", le dieu d'une nouvelle religion.  

Aucune autorité, aucun industriel aussi puissant soit-il, aucun homme n'a le droit devant l'Histoire, pour le peu de temps qu'il passe sur terre, de s'arroger celui de vie ou de mort sur ces géants du patrimoine. Il n'en est pas le propriétaire, il en est l'usufruitier moral et il doit le gérer en bon père de famille afin de le transmettre aux générations futures. Peut-être même que parmi ces démolisseurs, il y en a qui se sont un jour ému du plasticage de temples ou de la destruction de statues en Afghanistan ou ailleurs, peut-être y en a-t-il qui ont admiré et encouragé le déplacement des temples d'Abou Simbel avant la construction du barrage Nasser en Egypte, peut-être militent-ils pour la conservation de sites situés aux antipodes ?

Qui sont-ils ces pestiférés dont certains voudraient voir la disparition ?

Le vieux Pont des Trous, porte d'eau du Moyen-Age, un des derniers si ce n'est le dernier de ce type dans le Nord de l'Europe, site le plus photographié par les touristes après la cathédrale est devenu la vedette d'une feuilleton à rebondissements, celui de l'élargissement de l'Escaut, le fleuve qui traverse la cité. Certains en viendraient presque à regretter qu'il ne fut pas totalement détruit lors de la seconde guerre mondiale et que nos prédécesseurs, dans un souci de protection du patrimoine, aient pensé à le restaurer.

Les Tours Marvis, dernière partie visible de l'ultime enceinte de la ville qui se dégradent, pierre après pierre, dont les lèpres sont pudiquement cachées à la vue des promeneurs par un manteau de verdure et un lierre qui les mine chaque jour davantage. 

L'église Sainte-Marguerite, fermée au culte en 1965 et rapidement délaissée par manque de moyens financiers. Offertes aux intempéries et aux colonies de pigeons qui sont venus la peupler, elle menace ruine et, seul, son porche a jusqu'à présent été classé et restauré. 

L'église des Pères Rédemptoristes, fermée lors du départ des derniers occupants du couvent en l'an 2000, elle a été livrée au saccage d'un "antiquaire" néerlandais qui n'a pas fait dans la dentelle pour arracher ses boiseries et son maître-autel au moyen d'un bull ! depuis lors le bâtiment est mis en vente et aucun des projets imaginés par les architectes n'ont abouti. 

Nous allons réveiller un de ses géants endormis, agonisant dans l'indifférence presque généralisée sous les coups de boutoir du vent, noyé sous les pluies, écrasé par le guano des volatiles qui sont venus le coloniser, l'église Sainte-Marie-Madeleine fait partie de ce patrimoine tournaisien à sauvegarder !

(S.T. janvier 2013)


21/05/2012

Tournai : un lieu qui n'est pas un désert !

"Quel sont les lieux que vous connaissez le mieux à Tournai ?" Si vous posez la question à un Tournaisien ou à un touriste venu visiter la cité des cinq clochers, vous recevrez invariablement comme réponses : la cathédrale Notre-Dame, le beffroi, la Grand'Place, le Pont des Trous, la tour Henri VIII, l'Hôtel de Ville ou les musées. Il y a pourtant un autre lieu d'une grande richesse culturelle dont on parle (trop) peu, un imposant bâtiment (re)venu, un peu par hasard, sous les projecteurs de l'actualité, il y a quelques semaines à peine. 

En ce début d'année 2012, des négociations ont été entamées par les responsables de l'Ecole d'Architecture Saint-Luc, dépendant de l'U.C.L auprès des responsable communaux dans le cadre d'une demande de transfert des locaux au coeur de la cité, les nombreux étudiants étant, de plus en plus, à l'étroit dans leurs murs à Ramegnies-Chin. Les auteurs du projet avaient jeté leur dévolu sur deux bâtiments inoccupés au pied de la cathédrale : l'hôtel des anciens prêtres et le bâtiment des archives de l'Etat. Ce souhait venait bouleverser le plan des autorités communales qui avaient envisagé l'installation d'un hôtel à cet endroit. Celles-ci proposèrent alors en échange l'occupation du "Séminaire épiscopal".

Contrairement aux années soixante où on les voyait défiler, en rangs serrés, par la place Reine Astrid vers la cathédrale pour se rendre aux Vêpres du dimanche après-midi, il y a belle lurette qu'il n'y a plus de séminaristes dans les bâtiments de la rue des Jésuites. La crise des vocations et l'abandon par beaucoup de la pratique ont amené les autorités religieuses à les regrouper à Namur. Depuis le début du XIXe siècle, l'institution était le lieu de formation des prêtres du diocèse de Tournai. 

En novembre 2008, l'institution religieuse tournaisienne a fêté son bi-centenaire. Pourquoi organiser une commémoration d'anniversaire dans un bâtiment à l'abandon se diront certains. Contrairement à cette affirmation, on est amené à constater que cette grande maison grouille d'une vie, peut-être, insoupçonnée. Le Séminaire accueille un institut de Théologie, une bibliothèque, un musée, la librairie et médiathèque Siloë spécialisée dans les ouvrages religieux, l'Académie de musique Saint-Grégoire qui enseigne notamment le chant grégorien, l'orgue et le clavecin, une antenne de "Missio", organisation internationale de solidarité et d'échange entre communautés chrétiennes et de promotion des rencontres inter-culturelles et inter-religieuses. Une partie des bâtiments est également occupée par la communauté des Soeurs de l'Assomption arrivées en 2003. Tous les mardis, d'octobre à mars, le Grand Auditoire est le lieu où sont organisées les conférences de "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui". Le bâtiment est aussi l'endroit de retraite et de formation pour étudiants ou chargés de cours de religion, le lieu de réunion des responsables religieux de la région de Tournai. 

Comme on le voit, décider d'y installer les étudiants des cours d'architecture de Saint-Luc aurait été faire fi de toutes ces activités qui se déroulent derrière les austères murs de la rue des Jésuites et de la rue de Bève, à l'insu, sans doute, d'une grande partie de la population.

Notre but est d'en évoquer deux élements culturels, la bibliothèque et le musée.

La riche bibliothèque est constitutée d'ouvrages datant de quelques siècles. Elle a recueilli, au fil des ans, des dons de particuliers ou de collectivités. La collection estimée à plus de 5.000 ouvrages est aussi composée d'oeuvres appartenant à des couvents, abbayes ou communautés religieuses supprimées par les Révolutionnaires français, à la fin du XVIIIe siècle, lors de la décennie pendant laquelle ils occupèrent et, il faut bien le dire, pillèrent Tournai. Ses principaux domaines sont la théologie, la philosophie, l'histoire, les sciences humaines et la littérature. Dans sa partie ancienne appelée "la réserve précieuse", elle rassemble des ouvrages du chapitre cathédral. Parmi  350 manuscrits, on y trouve la célèbre "Bible de Lobbes" écrite en 1084, une "Vie de Sainte Renelde" du XVe siècle et des incunables (ouvrages datant d'avant l'invention de l'imprimerie). Le séminaire dispose aussi d'une vaste réserve d'archives provenant des abbayes, couvents et congrégations du diocèse, celles-ci ne sont pas en libre consultation.

Le musée a été imaginé en 1971 par le chanoine Milet, bibliothécaire, professeur de théologie et passionné d'histoire. Deux salles proposent des oeuvres d'art, des objets archéologiques et les livres anciens de la réserve précieuse. On peut y voir des tableaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle dont la collection de 17 tableaux sur bois du XVIe siècle peints par Frans Pourbus l'Ancien. 

Les "Pourbus" étaient une famille d'artistes flamands des XVIe et XVIIe siècle. Parmi ceux-ci Frans Pourbus dit "l'Ancien" était né à Bruges en 1545 et décédé à Anvers en 1581. Fils de Pieter Pourbus, il épousa Suzanne de Vriendt, la fille du sculpteur Corneille Floris de Vriendt à qui on doit le jubé de la cathédrale Notre-Dame de Tournai (voir un précédent article à ce sujet). Parmi ses peintures, on trouve les panneaux de la Passion provenant du choeur de l'ancienne abbaye de Saint-Martin. A l'origine, il semble que cet ensemble comprenait neuf panneaux de bois, huit étant peints des deux côtés et le "Christ en croix avec les larrons" était destiné au Maître-Autel. La particularité des huit panneaux était qu'ils représentaient des scènes de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension du Christ visibles depuis les stalles du choeur dans lequel ils avaient été placés, tandis que l'envers était dédié à des scènes de la vie de Saint-Martin, saint patron de l'abbaye, visibles eux depuis le déambulatoire. Depuis 1971, ces tableaux, auparavant exposés dans la chapelle et le grand réfectoire du séminaire, sont passés dans la réserve précieuse du musée. 

Hélas, le temps qui passe, les variations de température ou d'hygrométrie ont apporté des dégradations. Les responsables de la conservation de ces oeuvres inestimables ont donc décidé d'introduite un dossier en vue de leur restauration auprès de la Fondation Roi Baudouin et de la Fondation Inbev-Breillat Latour qui oeuvrent pour la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. Une fois l'accord marqué et les fonds nécessaires rassemblés, les panneaux prendront la direction de l'Institut royal du Patrimoine artistique belge (IRPA). Une souscription a été lancée, par cette action, les responsables espèrent ainsi prouver qu'à notre époque, il existe encore des mécènes. 

On ne peut ignorer dans la visite du séminaire, la chapelle, située dans l'aile droite du bâtiment,  érigée au tout début du XVIIe siècle sur des plans du jésuite tournaisien Henri Hoeimaker. Mesurant environ quarante mètres de long et vingt mètres de large, elle est de style gothique tandis que son portail est en style Renaissance. Les trois nefs sont formées de six travées terminées par un choeur à chevet plat, on note l'absence de transept. On peut y découvrir une oeuvre attribuée au sculpteur tournaisien, Nicolas Lecreux, intitulée "l'Assomption", celle-ci menaçait de se dégrader sur les murs de l'église Sainte-Marguerite désacralisée, il y a une quarantaine d'années, et désormais ouverte aux ravages de la pluie, du vent et des pigeons. C'est grâce à l'intervention de l'asbl Pasquier Grenier que ce patrimoine religieux a pu être sauvé, restauré et transféré en ce lieu.

La visite se terminera par les vastes jardins situés à l'arrière vers les propriétés de la rue Octave Leduc, disposés en terrasses, dont la partie en contrebas est traversée par l'enceinte communale des XIIe et XIIe siècle. 

(sources : "Le Séminaire de Tournai" - archives de No Télé à l'occasion du bi-centenaire - biographie des Pourbus, encyclopédie Larousse - visite personnelle effectuée en compagnie d'un Guide de Tournai)

09/09/2011

Tournai : A la découverte de son (riche) patrimoine.

Dans le cadre des Journées du Patrimoine qui ont pour thème, cette année, "Des Pierres et des Lettres", la ville de Tournai va, une nouvelle fois, révéler son riche patrimoine à ses concitoyens et à ses visiteurs.

Les samedi 10 et dimanche 11 septembre, l'asbl Pasquier Grenier, dont la mission première est la sauvegarde du patrimoine architectural tournaisien, vous emmène dès 9h30, au départ de l'église des Rédemptoristes, au quai Notre-Dame, pour une balade sur les quais de l'Escaut, un fleuve qui a inspiré de nombreux artistes du peintre Edmond Dubrunfaut à l'écrivain Colette Nys-Mazure en passant par Roger Dudant, Damienne Flipo, Kurt Peizer, Alain Winance, Michelle Fourez, Jacques Vilet, Marc Quaghebeur, Pierre Nothomb, Michèle Vilet, Paul André, Michel Voiturier et bien d'autres...

Les Guides de Tournai vous feront découvrir, durant ces deux journées, la cathédrale Notre-Dame, l'église Saint-Jacques, le Séminaire épiscopal, la citadelle, le Musée de Folklore, les vieux quartiers qui bordent l'Escaut mais aussi l'église de Béclers, le château César à Vaulx, le chemin des poètes au Mont Saint-Aubert...

Les Archives de l'Etat, à la rue des Augustins, s'associent au programme de ses deux journées en proposant la découverte d'une partie des archives de l'éditeur Casterman, plus particulièrement "la bande dessinée" qui fit son renom dans le monde entier. Au sein de l'ilot Casterman, rue Claquedent et rue des Soeurs Noires, une équipe de l'institut du Patrimoine Wallon présentera son travail de restauration et de sauvegarde du patrimoine régional, on pourra aussi y admirer la collection de matériel d'imprimerie léguée, en 2009, par la SA Casterman au Patrimoine Wallon (collection visble toute l'année).

Point d'orgue pour les visiteurs, le dimanche après-midi, la sortie de la Grande Procession de Tournai, la plus ancienne de Belgique puisque son origine remonte à 1092. Les plus belles pièces d'orfèvrerie, les plus belles statues et les reliques qui constituent le patrimoine religieux tournaisien seront présentées au travers des rues de la cité. Le départ a lieu à 15h de la place de l'Evêché.

Avec un tel programme, nul doute que les amoureux du patrimoine et les touriste d'un jour ne manqueront pas d'inscrire, ce week-end, Tournai dans leur agenda. 

05/12/2007

Tournai : le patrimoine architectural (1)

Après avoir visité la ville et survolé son histoire, nous entamons une rubrique consacrée à l'habitation tournaisienne. L'évolution de celle-ci est étroitement liée à l'histoire de la cité qui a connu les influences espagnoles (16e siècle), françaises (17e siècle), autrichiennes (18e), les destructions patrimoniales consécutives aux révolutions et aux deux guerres mondiales.

De nombreux auteurs se sont penchés sur ce sujet dont Bozière, Rolland et Soil de Moriamé, leurs ouvrages sont de précieux témoignages car ils datent du 19e siècle et ont été écrits avant les deux conflits du 20e qui détruisirent une grande partie du tissu urbain. Une publication plus récente apporte un bilan de la sauvegarde du patrimoine architectural et a été publiée en 1997 par l'ASBL Pasquier Grenier, elle s'intitule "Redécouvrir le patrimoine urbain de Tournai".

Lors de sa création, il y a maintenant 35 ans, cette ASBL qui portait le nom de Fondation Pasquier Grenier s'est assignée le but de répertorier et sauvegarder un maximum de bâtiments, témoins du passé de Tournai. On vivait alors une époque où l'architecture traditionnelle était en pleine mutation. Pincipalement après la seconde guerre mondiale, un élément architectural nouveau venait de faire une importante percée dans le monde de la construction : le béton. Une majorité d'architectes sortis des écoles à la fin des années "soixantes" ne juraient plus que par lui, il représentait l'avenir de la construction et permettait de réaliser plus rapidement les chantiers et à un moindre coût. Le béton s'était tellement imposé chez eux qu'ils allèrent jusqu'à raser des rues entières, détruisant par la même occasion de précieux témoins du passé de la ville et élevant à la place des bâtiments modernes, parallélépipèdes d'une banalité affligeante que certains à Tournai n'hésitèrent pas à qualifier de "cahutes à lapins" !

Le long du parc de la Reine, les anciens moulins, témoignages du passé laborieux de la ville, disparurent pour être remplacés par deux résidences à étages multiples et à la rue Perdue, on érigea ces même types de bâtiments qui écrasent de leurs imposants volumes, les petites maisons qui faisaient le charme de la Placette aux Oignons avant-guerre. Heureusement, face à ce massacre du patrimoine urbain, des voix s'élevèrent, des défenseurs se fédérèrent pour sa sauvegarde. Tournai, ville depuis toujours dominée par ses cinq clochers, son beffroi et ses nombreux clochers d'église, ne verrait pas, comme ce fut le cas ailleurs, pousser des tours impersonnelles n'apportant aucune valeur ajoutée à son paysage. Mieux même, grâce à l'action de l'ASBL Pasquier Grenier, de nombreux propriétaires redécouvrirent l'intérêt de rénover leur habitation en lui rendant, le plus possible, son aspect originel.

Des quartiers entiers furent le théâtre de rénovations, un des premiers fut probablement le quartier Sainte Marguerite où des rangées entières de maisons firent l'objet de chantiers. Petites maisons à un seul étage, en briques et pierre, aux toitures saillantes (rue du Ballon), maisons en style tournaisien tel le presbytère de Saint Brice de 1768, importante batisse située à l'angle de la rue de Monnel et de la place Clovis, avec sa toiture à coyaux (toiture dont la charpente est munie de pièces de bois ayant pour effet de relever quelque peu ses pans à leurs extrémités pour couvrir les corniches, créant ainsi un "brisis" qui rend les pentes moins rigides à l'oeil) ou encore des maisons de renaissance flamandes et Louis XIII, de la fin du 17è siècle avant que ne s'impose le style Louis XIV apparu après la prise de la ville par le roi Soleil et l'urbanisation des quais de Tournai (maisons de la rue de la Ture). Demain, nous examinerons quelques belles réalisations de ces trente dernières années.

(source : Fondation Pasquier Grenier "redécouvrir le patrimoine architectural de Tournai").

12:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patrimoine, architecture, pasquier grenier |