08/11/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (6)

La découverte des communes composant la Wallonie picarde se poursuit : Brugelette et Brunehaut sont au programme.

Brugelette.

Cette entité, située à une quarantaine de kilomètres de Tournai, vivait jadis autour de sa sucrerie dépendant de la Raffinerie Tirlemontoise. Une activité qui avait débuté en 1836 et qui prit fin en 2008. Cette fermeture a été vécue comme un drame social dans l'entité. Il faut dire que durant toute l'année et plus encore lors de la campagne sucrière, elle fournissait de l'emploi à la région et alimentait les finances de Brugelette. Lors de la fusion des communes de 1977, quatre villages lui ont été rattachés : Attre, Cambron-Casteau, Gages et Mévergnies. 

Le folklore est présent à Brugelette grâce à la "Ducasse du quartier des Montils" qui existe depuis 1899 et se déroule le deuxième dimanche de septembre. Elle est marquée, le samedi après-midi, par le mariage des géants Torien et Torine. Le couple a donné naissance à Victorien. Le dimanche, un cortège folklorique parcourt les rues du village et la journée s'achève par un grand feu d'artifice.

Le village d'Attre apparaît souvent dans l'Histoire. Il fut un lieu de séjour régulier pour l'Archiduchesse Marie-Christine d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas et de son époux, Albert de Saxe. C'est là également que, le 28 septembre 1624, les Français enlevèrent Tilly, le général des Impériaux. Le château d'Attre est une une gentilhommière qui s'élève au milieu d'un écrin de verdure. Il a été construit en 1752, à l'emplacement d'une ancienne forteresse, par les Comtes de Gomegnies, chambellans à la cour d'Autriche. Le bâtiment s'élève au milieu d'un parc anglais dans lequel on découvre un rocher artificiel, construit en forme de ruines, symbole du romantisme du XVIIIème siècle. Remarquables aussi sont les écuries du château, de style néo-Louis XIV et la tour colombier, symbole des privilèges seigneuriaux des habitants du lieu. Le village permet aussi la découverte d'un ancien moulin et d'un pont en pierre du XVIIIème siècle, le pont de "Passe tout-outre" qui devra être restauré suite aux dégâts provoqués par un camion, il y a quelque temps déjà.

Cambron-Casteau est connu  à des centaines de kilomètres à la ronde, depuis la création, il y a près de vingt-cinq ans, du parc Paradisio devenu "Pairi Daiza", un nom qui signifie "jardin clos" en ancien persan. Ce domaine de 55 hectares entourant la tour abbatiale de l'ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame de Cambron, fondée en 1148, présente la plus importante collection d'animaux évoluant dans leur cadre naturel reconstitué. Ce parc s'attache à la conservation des espèces menacées et à celle du patrimoine. Il accueille, chaque année, de Pâques à la Toussaint, plus d'un million et demi de visiteurs. Trop de touristes qui se rendent au parc ignorent les richesses patrimoniales que compte le village de Cambron-Casteau : l'église gothique Saint-Vincent du XIIIème siècle, la Ferme Labrique, construite en 1768, ancienne dépendance de l'abbaye cistercienne, le moulin des Près, moulin à eau de la fin du XVIIIe siècle qui fut en activité jusqu'en 1989...

A Mévergnies, on peut admirer l'ancien moulin érigé sur la Dendre avec son importante roue à aubes en fer et en bois portée par son mur calcaire.

A Gages, la "ferme du Blocus" a été reconstruite au XVIIIe siècle, à l'emplacement d'un château féodal du XIème siècle. Son nom vient du néerlandais "Blochuyse" qui signifie maison fortifiée. Les habitants du village vouent toujours un culte à Sybille de Gages qui y naquit et mourut en 1250 à l'abbaye d'Aywières. 

Brunehaut.

Le nom de la commune de Brunehaut, située à une petite dizaine de kilomètres au Sud de Tournai, est apparu au moment de la fusion des communes du 1er janvier 1977. Cette entité est composée des villages de Bléharies, Guignies, Hollain, Howardries, Jollain-Merlin, Laplaigne, Lesdain, Rongy et Wez-Velvain. Elle fait partie du "Parc naturel des Plaines de l'Escaut" et s'étend tout le long de la frontière française. 

Sur la place de Bléharies se dresse l'église Saint-Aybert, oeuvre de l'architecte tournaisien Henri Lacoste, datant de 1926. De par sa conception art-nouveau, elle est probablement une des plus lumineuses de la région. Elle attire l'attention du visiteur par ces vitraux multicolores, ses bronzes patinés et ses arcs en béton armés qui remplacent les colonnes qu'on trouve dans la plupart des églises. L'église forme avec la cure et l'ancienne maison communale un ensemble à l'aspect équilibré au centre du village. L'entité abrite une brasserie, tout naturellement nommée "Brasserie de Brunehaut", elle est située dans le village de Rongy.

Le village d'Hollain dont le nom signifie "cavité marécageuse" est essentiellement connu pour deux éléments bien distincts. Le premier concerne le patrimoine, le second, le folklore. La "Pierre Brunehaut" (qui est à l'origine du nom de l'entité) est un mégalithe datant de l'époque néolithique qui se dresse à l'intersection des routes menant de Jollain à Bléharies et d'Hollain à Lesdain. Cette pierre élevée au milieu des champs et entourée de quatre peupliers d'italie qui la font repérer de loin est de forme légèrement trapézoïdale, elle s'élève à 4m25 au-dessus du sol, sa partie enterrée est d'environ 1m75, sa largeur est de 3 mètres et son épaisseur varie entre 55 et 60 centimètres. Elle ne pèse pas loin de 23 tonnes. A côté de ce géant de grès, une table d'orientation en pierre gravée désigne aux visiteurs la direction des villes régionales mais aussi des grandes villes nationales et internationales.  

Chaque année, à l'approche du 21 juillet, le village d'Hollain s'anime. Des échoppes, estrades et chapiteaux sont érigés sur la place Verte pour l'annuelle "Artifoire". Celle-ci a été organisée pour la première fois en 1975 et se présentait alors sous la forme d'un petit chapiteau dressé sur la place du village, à proximité de l'église, dans lequel huit artisans locaux montraient leur savoir-faire. Découverte par les visiteurs français se rendant à Tournai par la chaussée de Valenciennes, sa première édition connut le succès. Désormais, ils sont près d'une centaine d'artisans venus des quatre coins du pays, de France mais aussi des régions d'Europe et également des milliers de visiteurs à participer à ce rendez-vous incontournable de la Fête Nationale. Dédiée à Norbert, le tailleur de pierre, un des fondateurs aujourd'hui disparu, la foire donne hospitalité aux artistes locaux. Le caricaturiste Serdu, originaire du lieu, croque le portrait du visiteur soucieux d'emporter un souvenir original. Les organisateurs proposent de nombreuses animations grâce à la venue de groupes folkloriques du continent européen et parfois même de plus loin. Danseurs, musiciens, représentants de l'artisanat de leur région et spécialités culinaires donnent une touche colorée et exotique à cette foire.  L'Artifoire, c'est aussi un cortège folklorique composé des géants locaux et de fanfares. Un feu d'artifice clôture cet événement annuel.

Le village de Lesdain dominé par son église Saint-Eleuthère se trouve blotti au milieu de pépinières. Il est renommé pour son horticulture et sa production de fraises. Jusqu'en 2013, Lesdain attirait une toute grande foule lors de son annuelle "Fête de la Rose" du premier week-end de septembre qui connut 35 éditions. Celle-ci a été abandonnée et le village aurait pu s'endormir s'il n'y avait eu, depuis cette même année, l'organisation du "Lesdain Rock Festival" qui se déroule en juin.  

Howardries fut jadis un village de fraudeurs et de contrebandiers en raison de sa proximité avec la France. Il suffisait, en effet, d'utiliser les petites passerelles jetées sur l'Elnon, le ruisseau qui sépare les deux pays, pour passer cigarettes, tabac, alcools... L'action était facilitée par le fait que le village se trouve au milieu d'une forêt, à cheval sur les deux pays. Derrière l'église Sainte Marie-Madeleine, dont la nef date du Vème siècle, on découvre la crypte où sont enterrés les Comtes du Chastel de la Howardries. Chaque année, le village est envahi par des milliers de marcheurs participant à l'annuelle "Marche des Jonquilles". 

Le village de Rongy peut s'enorgueillir d'avoir été le premier village belge libéré en septembre 1945 par les soldats alliés parmi lesquels la "Brigade Piron". Une stèle rappelle cet événement. Chaque année, le premier week-end d'octobre, est organisée la "Fête de la Pomme" durant laquelle sont organisées les visites des vergers de Brunehaut. 

Le village de Wez-Velvain était connu par sa sucrerie appartenant à la famille Couplet. Si des installations y sont toujours visibles, la production proprement dite a été transférée dans de nouvelles installation érigées à Fontenoy, dans l'entité d'Antoing.

A Jollain, chaque année, à la fin du mois de mai, la fondation Follereau de Tournai organise la "Marche des Fraises", des centaines de participants viennent, de façon originale et sportive, découvrir la campagne environnante avant de faire provision de ce fruit rouge qu'on y cultive.

Cette région de Wallonie picarde est propice aux balades dans une nature encore préservée, au milieu des champs, des près, bosquets et pépinières. Véritable paradis pour les promeneurs qui y trouvent de nombreux chemins ou de petites routes tranquilles, la région l'est aussi pour les cyclos venus de France ou de Flandre.

Voici encore de quoi alimenter de  nouvelles pages de l'agenda afin de découvrir le patrimoine et les traditions locales de ces communes qui composent la Wallonie picarde.

(à suivre)

(sources : sites des communes et recherches personnelles sur place).

S.T. novembre 2016

20/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (5)

Quatrième balade en Wallonie Picarde, en guise de mise au vert.

Nous quittons Tournai, à nouveau par la Nationale7, nous bifurquerons vers la droite entre Ath et Enghien car, dans le prolongement du Pays Vert, se situent trois entités rurales mais aussi résidentielles, bon nombre de leurs habitants travaillant en effet à Bruxelles ou à Mons

La première commune que nous visiteront s'étend entre Ath et Enghien, Silly regroupe sept villages : Bassily, Fouleng, Gondregnies, Graty, Hellebecq, Hoves et Thoricourt pour une superficie totale de 67,7 km2 et une population d'environ 8.200 habitants. 

La commune est connue des mélomanes par son "Printemps musical" qui, depuis 1990, se déroule tous les deux ans, de mars à juin, biennale regroupant de jeunes musiciens amateurs et des professionnels de la musique venus transmettre leur art aux débutants. Les concerts ont lieu dans le cadre du château, des églises et parfois même dans la propriété d'un particulier. 

Dans le village de Thoricourt sé déroule, chaque année, en août, le festival intitulé "Théâtre au Vert", des spectacles tout public sont présentés par différentes troupes de comédiens dans des lieux exceptionnels, situés en pleine nature, comme à la ferme du Caillou, à la ferme de la Motte ou sous le chapiteau des Balladins du Miroir, fidèles du festival. 

On ne quittera pas la commune sans avoir goûté une des nombreuses bières brassées par la Brasserie de Silly. Celle-ci existe depuis 1850, tout d'abord au sein d'une grosse ferme dans laquelle on brassait l'orge et le houblon, "la Cense de la Tour" et actuellement dans des locaux de brasserie à part entière, on y produit la Double-Enghien, la Saison et le Scotch de Silly, la Divine et bien d'autres spécialités. 

Plus au Sud, jouxtant la ville d'Ath, Brugelette nous accueille. Commune s'étendant sur 28,5 km2, elle compte un peu plus de 3.500 habitants et regroupe les villages d'Attre, Cambron-Casteau, Gages et Mevergnies. 

La commune a longtemps vécu à l'ombre de sa sucrerie dépendant de la Raffinerie Tirlemontoise, véritable manne financière pour le budget communal, elle procurait encore de l'emploi pour une septantaine de personnes au moment de sa fermeture définitive en 2008, les bâtiments ont, depuis lors, été rasés.

Indéniable centre touristique de Brugelette, le village de Cambron-Casteau attire chaque année quelques centaines de milliers de visiteurs grâce au parc "Pairi Daiza" (le jardin clos en persan), appelé lors de sa création en 1993 "Paradisio". Si ce parc contribue à la sauvegarde d'espèces menacées, il n'est pas un jardin zoologique dans le sens strict du terme. C'est la reconstitution fidèle des lieux de vie des animaux et l'impression de liberté dans laquelle ils semblent évoluer qui font toute son attractivité. En le parcourant, on pénètre dans d'immenses volières où est reconstitué le biotope des oiseaux qu'elles accueillent. La visite de l'île aux gibbons, du jardin zen japonais, du royaume de Ganesha avec son temple des fleurs, ses éléphants, ses rizières, le vol des rapaces, le monde de la nuit des chauves-souris et autres nocturnes, la découverte d'un coin d'Afrique... tout contribue à dépayser le visiteur. Le parc est situé sur le domaine de l'ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame de Cambron fondée en 1148 et supprimée par les révolutionnaires en 1789, abbaye dont on peut encore voir la tour de l'abbatiale mais aussi le château construit par les comtes de Val Beaulieu après sa disparition.

Pas bien loin de Brugelette, le village d'Attre possède un magnifique château du XVIIIe siècle, de style néo-classique, entouré de son parc, un ensemble classé au patrimoine majeur de Wallonie. 

Quittons Brugelette et traversons la chaussée qui relie Ath à Mons pour arriver à Chièvres, une commune de 47km2 comptant environ 6.700 habitants, son nom latin "Cervia" désignait un lieu où se trouvait alors des cerfs et du gibier forestier, probablement une région de forêts profondes. La commune regroupe, depuis le 1er janvier 1977, les villages de Grosage, Huissignies, Ladeuze, Tongres Saint-Martin et Tongres Notre-Dames. Chièvres est connu par les passionnés d'aviation puisqu'il s'y trouve une base de l'Otan, construite par les... Allemands en 1917 et devenue après la première guerre mondiale, base de la Force aérienne belge avant d'accueillir l'alliance atlantique. On ne manquera donc pas d'y visiter le Musée international de la Base de Chièvres ouvert depuis 2003. 

Dans le village de Tongres Notre-Dame, la basilique est un haut lieu de pélerinage en province du Hainaut. On raconte que le 1er février 1081, le seigneur du lieu vit apparaître la Vierge dans son jardin. Au moment où cette apparition s'éteignit, il découvrit à l'endroit même une statuette que le curé du village fit placer dans l'église. Par deux fois, la statuette se retrouva dans le jardin du  seigneur enveloppée de lumière et de musique. A partir de 1093, le lieu attira de nombreux pélerins. La statue de Notre-Dame de Tongres est en bois sculpté, représentant la Vierge assise, tenant sur ses genoux, un Jésus adulte. Chaque année, la nuit du 1er au 2 février, une procession aux flambeaux est organisée, des centaines de pélerins venus de Belgique et de France y participent. 

Relevons encore que dans le village de Mevergnies est née la comédienne Emilie Dequenne, révélée par la film "Rosetta" des frères Dardenne pour lequel, elle reçut le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1999. Depuis lors on a pu la voir dans "le Pacte des Loups", "La femme de ménage", "Mariées, mais pas trop", "L'équipier" et bien d'autres longs métrages avant de tenir le rôle principal dans le film "A perdre la raison", présenté en 2012 à Cannes et pour lequel elle fut une nouvelle fois primée. Excellente comédienne, elle a aussi tourné dans huit téléfilms et interprété des rôles au théâtre.  

Voici encore un itinéraire qui permet de passer une excellente journée de détente en Wallonie picarde.


(S.T. juillet 2012)