17/04/2012

Tournai : origine du nom des (nouvelles) rues (4)

Poursuivons la découverte de ces nouvelles voiries apparues le 1er janvier 2006 dans le but d'éviter la même appellation dans l'entité tournaisienne, source éventuelle de confusion pour la distribution du courrier. Cette fois, il n'y a pas de thèmes bien précis. 

Dans le village de Béclers, la rue de la Barre était auparavant scindée en quatre tronçons, si l'un de ceux-ci a conservé son nom d'origine, les trois autres ont été renommés en hameau de Békelet, ancien nom du village en 1107, en rue Grand'Mazures et en rue Haut Trieu, prolongements de voiries portant déjà ce nom.

A Ramegnies-Chin, la rue du Bas Chemin étant dans son prolongement a pris le nom de la rue Gilles de Chin, tandis qu'à Orcq, elle est devenue la rue Gaston Horlait du nom de ce patron de brasserie, président de nombreuses associations, mécène de l'Union Sportive Tournaisienne, donateur de deux maisons pour la création du musée de folklore de la ville. 

Le Tournaisis se caractérise par sa campagne faite de prairies, de champs, de bosquets et de bois. Pas moins de six villages formant l'entité nouvelle de Tournai possédaient leur rue du Bois, si le village de Barry a conservé la sienne par contre celle de Vezon a pris le nom de rue du Bois Notre-Dame sous lequel est il connu, celle d'Havinnes est devenue rue du Bois de l'Allemont, ce qui est aussi son nom complet, A Mourcourt, elle a été transformée en rue des Futaies, bois existant avant la construction de l'autoroute, au Mont Saint-Aubert, elle a été appelée, rue du Bois du Mont et à Vaulx, son nom peut sembler bien moins poétique, la rue du Noir sac tient son nom d'un estaminet très ancien datant de l'exploitation artisanale en ce lieu. 

Le chemin n°39 reliait la ville au village de Warchin. Sa partie tournaisienne a pris le nom d'avenue Hélène Dutrieu du nom de cette première aviatrice belge, née à Tournai en 1877 et décédée à Paris en 1961. L'Optimiste a publié sa biographie. Sur Warchin, on trouve désormais la place Jean Baptiste Glorieux du nom d'un aéronaute né en 1834, à l'origine de l'ascension du ballon de la kermesse sur la place Crombez, décédé en 1905 et la place René Desclée (1868-1953) du nom du photographe tournaisien qui utilisa notamment le cerf-volant pour effectuer des vues aériennes de la ville au début du XXe siècle. 

La ville de Tournai et les villages de Marquain et de Templeuve possédaient une rue de l'Epinette. Celle de Marquain a pris le nom de rue des Couvreurs, pour rappeler cette profession exercée jadis par de nombreux habitants du village et celle de Templeuve se nomme désormais, la rue du Géant Atlas, de son vrai nom Fernand Bachelard (1922-1976) qui est né dans ce village avant de parcourir l'Europe du haut de ces 2,32 mètres (voir aussi sa biographie sur le présent blog). 

La région est baignée par l'Escaut, il n'était donc pas étonnant de trouver un Chemin du Halage (cette action de tirer jadis les barges dépourvues de moteurs). A Allain, celui-ci a pris le nom de rue de la Barque, du nom d'un estaminet qui se trouvait à proximité, à Tournai, il a été scindé en Rivage du Bruille, partie marécageuse qui existait à cet endroit du quartier du Château au XVIIe siècle et en Rivage de Maire du nom d'une petite rivière qui se jette dans l'Escaut en aval de la cité. A hauteur du faubourg de Valenciennes, au pied de la clinique la Dorcas, il a été nommé Rivage du Pontonnier en souvenir du Pont Carton.

De la place du village de Froidmont jusqu'au hameau de Maraîche à Esplechin, on suivait, jadis, la rue Longue, interrompue durant quelques centaines de mètres par la rue Trenchon. Il existait également une rue Longue à Marquain. Si Esplechin a gardé sa rue, A Froidmont, la rue Longue a pris le nom de rue des Tanneurs en raison de la présence d'une ancienne tannerie à cet endroit. A Marquain, la voirie s'appelle désormais Quennelet, du nom du hameau auquel elle conduit. 

A Ere, on trouvait le chemin de Maire qui se transformait en rue de Maire dans la traversée du village, l'ensemble s'appelle désormais "chaussée romaine", pour rappeler une chaussée qui existait à cette époque reculée de l'Histoire et dont des traces ont probablement été retrouvées lors de fouilles sur la plaine des Manoeuvres en 2011. A noter que le Chemin Vert à Tournai qui les prolonge a également pris ce nom.

Penchons nous sur les rue de l'Yser, commémorant ce fleuve sur lequel se replièrent les troupes lors du premier conflit mondial. A Froidmont, son nom a été changé en Petit-Hollande, un lieu dit, à Kain, elle est devenue la rue Raoul Van Spitael (1914-1992), du nom du premier bourgmestre de la ville de Tournai après la fusion des communes qui fut également le dernier bourgmestre du village avant celle-ci. A Vezon, la rue de l'Yser a pris le nom d'impasse de la Muche qui était également un lieu-dit. 

La rue Verte Vallée à Gaurain s'appelle désormais la rue Jean Baptiste Wattiaux, du nom d'un ancien ouvrier carrier, un des fondateurs de la clinique Cottrel, aujourd'hui disparue. On a fusionné les rues Verte Vallée de Quartes et de Melles pour baptiser la nouvelle voirie en continu ainsi créée de rue des Collines, bien présentes dans le paysage du lieu.

Pour ne plus être en concurrence avec celle existant à Tournai, la rue des Saules à Vaulx a pris le nom de rue des Salinques, ce qui est tout simplement la traduction en patois du nom de cet arbre.

la rue d'Antoing à Vaulx est désormais appelée rue du Canon du nom d'un estaminet qui s'y trouve. 

A Kain, la rue du Vert Marais prêtait à confusion avec la résidence du Vert Marais, son nom est donc devenu, Val du Vert Marais.  

A Mourcourt, le chemin des Mottes s'appelle désormais le chemin des Montants du nom du moulin des Montants. 

A Tournai, le Vieux chemin de Mons a pris le nom de rue Jean-Baptiste Moens, le nom d'un commerçant, "inventeur" de la philatélie.

Autre appellation plus poétique, le Chemin de Taintignies à Froidmont est repris désormais sous le nom de chemin des Gringottes, un mot qui, en patois, signifie jonquilles.

La rue de Barges qui traversait les villages d'Ere et de Saint-Maur est devenue une voirie en continu appelée rue du Hameau de Barges

Voici les principales modifications intervenues dans les noms des voiries, beaucoup d'habitants de Tournai n'ont pas encore apprivoisé ces nouveaux noms et désignent encore ces rues de leur ancienne dénomination. Les personnes étrangères à la ville, en survolant cet article, y auront peut-être découvert un peu d'histoire, de folklore, de poésie.

(sources : site de l'Administration Communale de Tournai www.tournai.be, cet article a été réalisé grâce à la documentation reçue de Mme Nicole Demaret, conservatrice du Musée de Folklore de Tournai, membre du comité de réflexion sur les nouveaux noms de rues). 

11:28 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, noms |

16/04/2012

Tournai : origine du nom des (nouvelles) rues (3)

Nous poursuivons la longue série des rues de nos villages dont la dénomination a été modifiée à partir du 1er janvier 2006 afin d'éviter deux adresses semblables dans la même entité. Les guerres ont amené leur lot de rues la rappelant : rue des Combattants, des Déportés, des Réfractaires ou encore de la Résistance. 

En ce qui concerne les rues dédiées au souvenir des Combattants, les responsables des choix ont sagement ajouté le nom du village et ainsi pour Barry, Froidmont, Froyennes, Havinnes, Kain, Ramegnies-Chin, Templeuve ou Vezon, les rues sont devenues rue des Combattants de Barry, rue des Combattants de Froidmont  etc...

La même solution a été adoptée pour les rues des Déportés qu'on trouvait à Barry, Blandain, Froidmont, Froyennes, Havinnes, Kain, Ramegnies-Chin et Vezon. Elles sont devenues : rue des Déportés de Barry, rue des Déportés de Froyennes etc...

Il n'y avait que deux rues de la Résistance de répertorié, celle de Blandain a pris le nom de rue Colette dont elle était située dans le prolongement et la rue de la Résistance à Tournai (faubourg de Morel) a pris le nom de rue Germaine Devalet, du nom d'une tournaisienne, née en 1868 et morte en 1945 dans un camp de concentration. 

La rue des Réfractaires était située à Froyennes. Au n°12 de celle-ci, des habitants, réfractaires, ont accueilli et caché dans leur propriété des membres de l'Armée Secrète durant la seconde guerre mondiale. Afin de perpétuer leur souvenir, elle est simplement devenue la rue des Réfractaires de Froyennes

Quatre villages de l'entité possédaient une rue faisant référence au troisième roi des Belges, une rue Albert 1er. A Froidmont, celle-ci a pris le nom de rue de la Source, il existait, en effet, une source sous la chapelle érigée dans cette rue. A Havinnes, on lui a attribué une autre appellation désignant ce roi qui défendit l'intégrité de la Belgique à la tête de ses troupes lors du premier conflit mondial. Elle a donc pris le nom de rue du Roi Chevalier. A Rumillies, on lui a donné le nom de rue Jean Baptiste Carnoy. Celui-ci, chanoine honoraire de la cathédrale de Tournai, fut à la base de la première chaire de biologie à l'université catholique de Louvain. Il a été inhumé dans le cimetière du village (voir à ce sujet la biographie qui lui est consacrée sur le présent blog). A Warchin, elle s'appelle désormais la rue Jean Winance, du nom de ce professeur de l'Académie des Beaux-Arts. 

Notons encore que la rue de la Liberté à Froyennes a pris le nom d'allée de la Liberté

Certaines voiries faisaient référence à des personnes ou à des lieux dits ainsi la rue du Curé au Mont Saint-Aubert a pris le nom de rue Géo Libbrecht (1891-1976), poète tournaisien qui fut à la base de la création du Jardin des Poètes. La rue Jeanne d'Arc à Kain est devenue la rue Edmond Defroyennes (1896-1977) surnommé le peintre des fleurs. La rue Morel à Froidmont a vu son appellation complété en rue Morel de Tangry. Edmond, Alphonse Morel de Tangry était né à Tournai en 1827, cet économiste fut bourgmestre et propriétaire du château de Froidmont, il publia des traités d'économie politique et est l'auteur de "Paix au monde", un ouvrage paru en 1878 aux éditions Didier et Cie de Paris. C'est le 29 juillet 1895, qu'il reçut le droit, par un jugement du Tribunal de première instance de Tournai, d'adjoindre à son patronyme, "de Tangry", le nom d'une ancienne maison noble de l'Artois dont il était issu. Il est mort en 1898. La rue du Crampon débute à Tournai mais section située sur le territoire de Kain la reliait à la rue Guillaume Charlier, cette dernière a pris le nom de rue des Thermes en souvenir des sources d'eaux thermales qui jaillissaient dans la propriété du Saulchoir (voir l'article que nous avons consacré à ce sujet). La rue du Grand Rejet à Havinnes s'appelle désormais rue Marie-Augustine Leclercq (1743-1844) habitante du village. Etre centenaire à cette époque était très rare ! Dans le quartier du 24 août à Tournai, les rues ont pris des noms rappelant la faune locale, il y a les rues des Hirondelles, des Colibris, des Alouettes, des Grillons. seule la rue des Mésanges a été modifiée en rue des Mazinques qui signifie tout simplement  "mésanges" en patois. (à suivre)

09:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, noms |

12/04/2012

Tournai : origine du nom des (nouvelles) rues (2)

Après avoir résolu le problème posé par les nombreux noms de rues évoquant le cimetière, l'école, l'église, la gare ou les places, le groupe de Tournaisiens a porté son attention sur celles concernant les chapelles, les châteaux, les fontaines, les moulins, les près ou les champs.

Ainsi, il a fallu changer l'appellation de la rue de la Chapelle à Templeuve, on lui donna le nom de rue Justin Bruyenne, pour rappeler celui qui fut l'architecte de l'ancienne église et qui vécut de 1811 à 1896. Le chemin de la chapelle à Tournai est devenu le chemin Joseph Lacasse (1894-1975), le peintre tournaisien dont il a été fait référence dans ce blog. Plus surprenant est le nom qu'a pris la rue de la Chapelle à Vaulx, elle a été transformée en rue de l'Echo des Carrières, du nom du fanfare locale. 

On n'a pas modifié le nom de la rue du Château à Tournai, elle rappelle la présence de celui qui avait été érigé par Henri VIII durant l'occupation anglaise et dont il reste une tour comme vestige. La rue du Château à Maulde est devenue la rue des Carondelets qui était le nom des seigneurs du dit château. La rue du Château à Mourcourt a pris le nom de rue du Château de Baudignies, tandis que celle de Ramegnies-Chin est devenue la rue Norbert Bouzin (1792-1873), pomologue (arboriculteur spécialisé dans les fruits à pépins), créateur de six variétés de poires dont le "Gris" et la "Colmar de Chin", "Beurré" et "Doyenné" de Ramegnies. 

De nombreux villages du grand Tournai possèdent une fontaine, une source jaillissante à laquelle on donne parfois des vertus miraculeuses. La rue de la Fontaine à Maulde a été transformée en rue du Val de Maulde et à celle d'Orcq, on a jouté une précision en l'appelant rue de la Fontaine d'Arnouville, le nom de cette ancienne fontaine proviendrait de celui de Saint-Arnold. 

Tournai possède la rue des Moulins, elle la conserve mais elle avait aussi une rue du Moulin à Eau, fallait-il obligatoirement changer la dénomination de celle-ci, cela viendrait à faire croire que durant des décennies, il y a eu de nombreuses erreurs dans la distribution du courrier entre les habitants de ces deux rues de la ville. En tout cas, la rue du Moulin à Eau est devenue la rue Tour Canteraine en raison de la présence jadis d'une tour fortifiée et à la présence de nombreuses grenouilles Raine, un peu de poésie dans une adresse, voilà une excellente trouvaille. La rue du Moulin à Eau à Ramegnies-Chin est devenue la rue du Mouquet, mot qui désigne un épervier en patois local (ce mot est à rapprocher du français "émouchet", peu utilisé de nos jours, qui signifie "petit rapace.En ce qui concerne la rue du Moulin à Gaurain-Ramecroix, comme elle est située dans son prolongement on lui a donné, tout simplement, le nom de la rue de Landrecies et celle de Melles est devenue, autre nom poétique, la rue de la Fleur de Bouquette. Ce nom désigne une farine d'excellente qualité. 

Certains villages de l'entité possédaient  des rues des Près, des Prairies ou des Champs. A Froyennes, la rue des Près a été changée en rue de la Borgnette qui était déjà le nom de la voirie située en face de celle-ci, Tournai a conservé sa ruelle Desprets, mais il faut faire attention à l'orthographe et Lamain a conservé également sa rue des Près. La rue des Prairies à Vezon est devenue la rue du Rosoir, du nom du ruisseau qui y coule à proximité. La rue des Champs à Kain a pris pour nom rue Joseph Poutrain, écrivain, auteur d'une histoire de Tournai en 1674, né à Templeuve mais qui avait passé une partie de sa vie dans le village de Kain.

Notons enfin que le rue de la Bruyère à Tournai (à proximité de la prison) a été modifiée en Piésinte du Bomart (sentier du Bomart), nom d'un habitué du cachot en raison de son état d'ébriété permanent au XVIIIe siècle, nous avons consacré un article sous le titre "Quand on allait au Bomart" que je vous invite à découvrir. (à suivre)

(sources : Administration Communale de Tournai. www.tournai.be)

17/10/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (28)

Débutée dans le courant de l'article précédent, notre promenade se poursuit dans le quartier Sainte-Marguerite (Sainte-Magrite pour les Tournaisiens). Débouchant de la rue As-Poids, nous arrivons sur la place de Lille. Celle-ci a une forme rappelant un triangle et elle tient son nom actuel de la porte Coquerel ou porte de Lille de la dernière enceinte de la ville. Elle fut longtemps appelée Market as Vaques ou as Vakes comme le témoigne un écrit rapporté par Bozière, trouvé dans les Comptes de l'Hôpital de Saint-Jacques de 1355 : "Maison de Heaume, séant as Market à Vaques". On devine l'origine de ce nom, à cet endroit, en effet, se tenait un marché au bétail. Dans un autre acte de 1548, on découvre que "Demoiselle Catherine de Cordes vend une maison séant au Marché aux Vaches". En 1587, une ordonnance des Consaux déclare que "le marché aux bêtes soit tenu en la rue Perdue, lieu pour ce propre, et non pas au lieu où il se tient à présent lez la porte Coquerel". A partir de ce moment, la place prit le nom de Vieux Marché aux Bêtes. 

L'historien Hoverlant lui a fait porter, jadis, le nom de place Saint-Mard en raison de la présence toute proche de l'abbaye dont dépendait, depuis le don par Louis XIV, l'église Sainte-Marguerite, le presbytère et des dépendances. Toutefois, aucun écrit n'a jamais été découvert pour venir étayer cette affirmation. Un jour de 1485, on vit sur le Marché aux Vaches, le duc et le duchesse de Bourgogne accompagnés de leur fille et de la duchesse de Nevers, venus traiter la paix avec les députés de Gand. C'est également par la porte de Lille et le Marché aux Vaches que Louis XIV entra à Tournai, le 24 juillet 1667 vers 19h, après avoir fait un bref siège de la ville. L'historien raconte qu'il fut accueilli en ces termes : "Sire, cette ville dont vous prenez possession est la fille ainée des rois de France, elle bénit l'heureux jour où elle se voit rentrer dans le sein paternel après la douleur d'une séparation de cent quarante six ans". On dit que le dénommé Bargibant, conseiller pensionnés, qui tint ce discours fut désigné second Président du Conseil souverain deTournai. Tout flatteur vit...

Relevons quelques particularités de cette place, on y trouve des cafés-friteries, des restaurants, une discothèque, une laverie automatique, une librairie, une boulangerie, une maison où on fabrique le chocolat, un ancien hôtel particulier d'un noble français, le prince de la Tour d'Auvergne, une autre demeure bourgeoise située à l'angle de la rue des Carmes et surtout une église datant de la fin du XIIIe siècle, qui fut utilisée comme abbatiale par les moines de l'abbaye de Saint-Médard jusqu'à son incendie dans la nuit du 23 décembre 1733. Edifice religieux aujourd'hui désacralisé qui se meurt lentement faute d'une volonté de la sauver, asile d'une colonie de pigeons. A l'angle de la rue As-poids et de la place de Lille, une ancienne maison possède des "cartouches" représentant des scènes de la fabrication du pain, une bande dessinée, enseigne de jadis. Au milieu de la place s'lève un monument érigé sous la forme d'une colonne de marbre surmontée d'une déesse tenant une palme à la main, le regard dirigé vers la France. Connue sous le nom de "colonne française", elle a été construite au milieu du XIXe siècle en hommage aux soldats français partis protéger la naissante Belgique aux portes d'Anvers. Les Tournaisiens avaient vu les soldats défiler fièrement à l'aller et revenir avec des charrettes transportant les blessés et les mourants. Leur sacrifice avait eu raison des vélléités revanchardes d'une empereur hollandais qui n'acceptait pas la récente indépendance de la nation belge.

Dans le prolongement de la place de Lille, la rue Dorée porte probablement le nom d'une famille qui y demeurait jadis. Ce nom était déjà le sien en 1599 car un acte de cette époque annonce : "Vente d'une maison gissant à la rue Dorée, où pend une enseigne le Saulmon (saumon)". Il s'agissait d'une hôtellerie dont on trouve encore la trace dans le registre des Comptes de l'Hôpital Notre-Dame en 1631. L'hôtellerie était située à l'entrée de la rue, en face de la rue Perdue.

La rue Dorée débouche sur une autre placette, la place Rogier de le Pasture dont le nom a été donné en hommage à ce peintre tournaisien né vers 1400 et décédé à Bruxelles en 1484 après avoir changé son nom en Roger Van der Weyden. On peut encore y voir un porche surmonté d'une statue, on constate qu'une des portes de l'abbaye de Saint-Médard ouvrait en ce lieu qu'on appelait alors Vieux Marché à la Paille. Ce porche, oeuvre de Guillaume Hersecap, est daté de 1693. Dans les Comptes communaux de 1582, on peut découvrir que cette placette s'appelait alors, le Vieux Marché à l'Estrain

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et recherches personnelles).  

09:20 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, abbaye de saint-martin, noms |

06/09/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (23)

Notre promenade précédente dans le quartier Saint-Piat nous avait amenés en haut de la rue des Jésuites, à l'endroit où celle-ci croise à droite, la rue d'Espinoy et à gauche la rue des Filles-Dieu.

Le rue des Filles-Dieu s'appelait, au XIVe siècle, la rue des Aveules (aveule en patois tournaisien désigne un aveugle), dans les comptes de l'Hôpital Notre-Dame, on y trouve : "rue des Aveules menant aux Engins". La rue des Six-Filles se termine à la rue Octave Leduc qui était, jadis, pour rappel, une partie de la rue des Ingers (ou des engins). Quelle était l'origine de ce nom de rue des aveules qui lui était alors donné ? Il venait probablement de la présence supposée d'un refuge pour aveugles ou, avec plus de certitude, de la résidence d'un nommé Jaqueme des Aveules, Magistrat durant le XIVe siècle. Plus tard, on l'appela rue de la Gaine ou de la Gaine dite des Aveules : "maison vendue à Jacques Patelle gissant (sise) rue de la Gaine"-acte de 1515. L'ordre monastique des "Filles-Dieu" date du XIIIe siècle. A cette époque, on trouve dans toutes les villes de très nombreuses filles de mauvaise vie, des ribaudes. L'évêque de Paris, Guillaume de Séligni, constitue une communautée sous le nom de "Filles-Dieu" avec le souhait de sortir ces jeunes femmes de la dépravation. Selon l'historien Cousin, on trouve une de ces communautés, aussi appelée Filles de la Madeleine (pécheresse qui lava les pieds du Christ), tout d'abord, à la Taille Pierre et ensuite à proximité de la vieille porte Sainte-Catherine, dans une propriété que leur avait donnée Johan de la Fosse. En 1513, elles s'installent définitivement à la rue del Gaine. Il faut signaler qu'en ce XVIe siècle, les soeurs de cette communauté ne se recrutaient plus parmi celles qu'on appelait les "filles perdues". Dans un écrit de 1605, la rue apparaît sous le nom qu'on lui connaît actuellement : "le 23 avril 1605, Michel de Calonne, marchand, demeurant à Saint-Pierre, vend à Maître Jacques Bosquillon, prêtre, une maison gissant en la rue que l'on dit anchiennement des aveules à présent des Filles-Dieu". Jadis, la rue était beaucoup plus longue qu'actuellement, elle se terminait à la porte des Wasiers, une partie a été supprimée lors de l'édification de la citadelle sous Louis XIV pour faire place à l'esplanade. L'ordre des "Filles-Dieu" fut expulsé de leur couvent comme bien d'autres par les Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle.

Le nom de rue d'Espinoy a été donné en 1837 en souvenir de Christine de Lalaing qui, selon l'Histoire, défendit la ville de Tournai, en l'absence de son mari, Pierre de Melun, prince d'Espinoy, parti guerroyer, lors de l'invasion des troupes espagnoles commandées par Alexandre Farnèse en 1581. Philippe-Christine de Lalaing, fille de Charles, comte de Lalaing et de Marie de Montmorency avait épousé Pierre de Melun, le 2 juillet 1579. Pendant le siège qui dura environ deux mois, elle fustigea la population et les bourgeois de la ville, les enjoignant de prendre les armes, montrant un courage extraordinaire pour une femme de cette époque (en ce temps-là, l'épouse était sensée rester au foyer pour éduquer les enfants en attendant le retour du mari). Lors de la capitulation de la cité des cinq clochers, elle fut autorisée à se retirer à Gand avec ses fidèles soldats. Cette rue est relativement récente, elle a été percée en 1837 pour relier la place du Parc à la rue des Jésuites. Selon certaine source, elle porta, pendant un court moment, le nom de "rue sans nom".

Reliant la rue des Jésuites à la rue du Chambge, la rue des Paniers tire, comme d'autres, son nom d'une altération. Au XIVe siècle, elle portait le nom de rue des Piniers (chirographe de 1302) et son nom varia ensuite en rue des Pigniers, Pingniers et Peigniers, un pignier serait un peigneur de laine, un cardeur, ("Olivier Havart, retordeur de sayette, a vendu à Jehan, son frère, une maison et une jardin situés rue des Pigniers, hors le lieu où par avant était assise la porte de la Vingne, faisant touquet (le coin) d'icelle (de cette) rue et de la rue Hochedid"). La rue Hoche ou Hochedid, aujourd'hui disparue, était un passage étroit qui reliait la rue des Paniers à la rue des Filles-Dieu, elle fut supprimée au début du XIXe siècle.

La rue de l'Esplanade, elle aussi située entre ces deux rues, est-elle située sur le tracé de cette ancienne rue Hoche ou lui est-elle parallèle ? Son nom rappelle qu'en cet endroit se trouvait jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'esplanade face à la citadelle. Les vieux Tournaisiens désignaient encore, il y a quelques années, les pelouses et terrains entourant le palais, comme étant "l'esplanade du palais de justice".

Lorsque la rue des Jésuites se termine en longeant le parc communal, sur la droite, une allée asphaltée créée dans cet espace vert mène à l'Hôtel de Ville et porte le nom d'allée Paul Bonduelle. Le square sur lequel se dresse la statue du peintre Louis Gallait porte le même nom. Paul Bonduelle était un architecte réputé, né à Tournai en 1877. Elève de l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et à Paris, il est l'auteur de l'Hôtel de Ville et du Mémorial à la Reine Astrid de Laeken. A la fin du second conflit mondial et jusqu'à sa mort en 1955, il pilotera la reconstruction de la cité des cinq clochers bombardée en mai 1940. Il construira des immeubles nouveaux en conservant intact l'esprit des bâtiments détruits, soucieux d'une harmonie des gabarits. Le plus bel exemple de son travail opiniâtre est la Grand'Place.

La suite de notre promenade nous permettra de découvrir les rues situées dans le quartier du Parc, aux abords de l'Hôtel de Ville.

25/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (17)

Commençons la balade de ce jour sur la place Saint-Pierre comme l'appelle les Tournaisiens alors que son nom officiel reste place de Saint-Pierre. Celle-ci est de création récente, elle a moins de deux siècles, à cet endroit se trouvait jadis un dédale de ruelles étroites, insalubres qui menaient à une petite église, probablement une des plus anciennes de Tournai, l'église de Saint-Pierre. Il est dit dans une charte de l'évêque Baudry, datée de 1101, que l'église de Saint-Pierre avait appartenu au chevalier Goisbert qui l'avait cédée aux chanoines moyennant une rente annuelle que son fils Godefroi leur remit. Au début du XIXe siècle, à l'époque du Concordat, le chapitre décide de supprimer cette paroisse. Le portail de l'église faisait face à la rue du Puits-Wagnon. Les paroissiens furent rattachés à la paroisse Notre-Dame. Jusqu'en 1812, l'édifice religieux servit d'oratoire mais en janvier 1821, un entrepreneur fut chargé de sa démolition. Le terrain ainsi dégagé et la disparition de quelques immeubles vétustes qui le jouxtaient permit de créer une placette. En 1827, le Collège communal projeta d'agrandir celle-ci et d'y établir un marché couvert. Cette idée fut abandonnée suite au refus d'un propriétaire, Mr. Bonnet, d'aliéner ses immeubles. Quelques temps plus tard, on démolit les immeubles de la rue du Corbeau, une voirie qui reliait alors les rues de la Lanterne et du Chevet Saint-Pierre. Cette action permit d'assainir le quartier et une place beaucoup plus vaste fit son apparition, elle prit une forme rectangulaire. Jusqu'il y a quelques années s'y tenait encore, chaque samedi matin, un marché aux légumes, fruits et volailles avant son déménagement vers son emplacement actuel qu'est la place Crombez. Ce transfert était nécessité par la rénovation du revêtement de la place, l'asphalte qui recouvrait les anciens pavés fut enlevé et à la place on posa des pavés sciés, technique déjà utilisée à la place de Lille. C'est lors de ce chantier qu'on découvrit les fondations de l'église de Saint-Pierre, les responsables de la rénovation décidèrent de marquer les contours de celle-ci par des pavés intégrés aux dalles. Toutes les façades ont été rénovées et la place est devenue semi-piétonne.

Au départ de la place Saint-Pierre, on découvre de nombreuses petites rues parmi lesquelles la ruelle d'Ennetières qui la relie à la rue des Puits l'Eau. Au XIIIe siècle, cette ruelle qui se termine par une sorte de porche était appelée Via de Nobili, probablement une altération du latin Via Nobilis. A l'angle de la ruelle et de la place de Saint-Pierre existait jadis une maison désignée sous le terme de Grand Noble, en raison de la présence sur sa façade d'une enseigne représentant un "noble d'or" (monnaie frappée en Angleterre sous Edouard III). Dans cet immeuble étaient organisés des banquets de noces. Dans un acte de 1588, on peut lire : "Jehan de la Croix, tripier de boeuf, a acquis une maison dénommée le Noble d'Or, adhuisinée à faire banquets, occupée par le cuisiner A. Pottier, au lieu appelé, vulgairement, rulette (ruelle en patois) Saint-Pierre ou du Grand Noble". Lorsque Bozière écrivit son étude sur "Tournai, Ancien et Moderne", cette petite rue porte toujours cette appellation. L'appellation ruelle d'Ennetières est donc récente et fait référence à une famille noble tournaisienne. Marie d'Ennetières est née, à Tournai, vers l'an 1500, fille de Jérome d'Ennetières, seigneur de Wastine et de Fliers, elle était théologienne et poète, après un mariage, elle entra en religion. La famille compte également parmi ses membres, Jaspar (né en 1551), nommé Juré de Tournai en 1589, Jean (né en 1585), littérateur flamand, Arnould,(fils d'Arnould, grand Prévôt de Tournai, et de Catherine de Cordes). Dans cette ruelle, un sympathique restaurant, au décor typiquement tournaisien, a pris le nom de "L'écurie d'Ennetières".

De l'autre côté de la place, remontant vers la place Paul Emile Janson et la cathédrale, on découvre la rue de la Lanterne. Autrefois, elle portait le nom de rue du Nouveau Wez (un wez est un abreuvoir). Elle tient son nom actuel, selon Bozière, d'une lampe qui brûlait jadis face à une statue de la Vierge placée à l'angle du mur de l'Hôpital Notre-Dame. Après avoir dépassé la place, elle se prolonge jusqu'à l'Escaut. On y trouve un hôtel bien connu des touristes anglais qui viennent en pélérinage sur les champs de bataille de la première guerre mondiale, construit à l'emplacement de l'ancienne caserne des pompiers abandonnée en 1970, et l'arrière des bâtiments de l'école des Beaux-Arts.

La rue du Pot d'Etain relie la rue de la lanterne à la rue de la Triperie est parallèle à la place. Jadis, cette rue était habitée par des fripiers et des poissonniers dans des immeubles où s'exhalaient des odeurs souvent nauséabondes. Dans un acte de 1684, on découvre que "un nommé Cauchefier, maître brouetteur de bierre des brasseries bourgeoises de la dite ville (de Tournai) a vendu une maison séant à la rue du Pot d'Estain, paroisse de Saint-Pierre, où pend pour enseigne le "Pot d'Estain", tenant d'un costé à une ruielle conduisant aux latrines (!), par derrière à la rivière l'Escaut". En 1738, on découvre un autre acte qui nous apprend que la ruelle du pot d'Estain portait aussi le nom de Vièze (vieille) Triperie. Dans cette rue, lors de la rénovation d'une maison particulière, les propriétaires, souhaitant sauvegarder un témoignage du passé, ont maintenu l'enseigne d'un marchand de sabot qui s'y trouvait avant guerre et sur une fenêtre aveugle, deux magnifiques peintures représentent les Beatles et Serge Gainsbourg.

Dans le prolongement de la rue précédente, voici la rue de la Triperie, pittoresque, elle a conservé des façades anciennes qui méritent le détour. Elle s'appelait, jadis, la Macelerie ou Machekelerie  (écrit de 1281) ou encore Vièze Machekelerie (1300). Ces mots signifiant "boucherie". C'est dans cette rue que se trouvait la Triperie. Jusqu'à sa mort, dans les années vingt, on y trouvait également le magasin du luthier Verdière dont tous les fils furent d'excellents musiciens, prix de Rome ou autres, professeurs au Conservatoire et chefs de musique réputés.

A l'angle de la rue du Pot d'Etain et de la Triperie, conduisant au quai du Marché aux Poissons, la rue de la Tête de Veau est une ruelle d'une trentaine de mètres de longueur et d'à peine deux mètres de largeur, tracée entre les murs des maisons adjacentes. Ne portant pas de nom officiel, les Tournaisiens, l'ont appelée autrefois du nom de deux cabarets qui s'y trouvaient à proximité : La Tête de Veau et L'Andouille. Il y a quelques années, de joyeux drilles fréquentant le café qui  est situé à l'angle de cette ruelle et du quai décidèrent de la baptiser "officiellement", rue de la Tête de Veau et apposèrent une plaque symbolique.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et recherches personnelles).

09:07 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, noms, histoire |

19/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (16)

Notre promenade à la découverte des rues tournaisiennes et de leur histoire nous a progressivement amenés au pied de la façade Nord de la cathédrale Notre-Dame, sur la place Paul Emile Janson.

Reliant celle-ci à la rue des Chapeliers, la rue Soil de Moriamé est longue d'à peine une centaine de mètres et ne compte que deux immeubles faisant face au choeur gothique de l'édifice religieux. Le plus imposant des deux abrita la première grande surface tournaisienne : le magasin Sarma. Sans concurrence jusque dans les années cinquante, il fit face, à cette époque, à l'ouverture d'un nouveau venu "Unic" qui s'installa à l'angle de la rue Gallait et de la rue de la Tête d'Or, dans l'immeuble occupé par la Vierge Noire. Quelques années plus tard, en 1962, s'ouvrit le Grand Bazar dans cette même rue de la Tête d'Or. A l'heure où les déplacements pour les commissions ne se faisaient plus à pied mais en voiture, celui-ci présentait l'avantage de disposer d'un parking en surface et d'une vaste zone en sous-sol. Le magasin Sarma fut transféré dans le complexe commercial des Bastions à l'ouverture de celui-ci dans les années quatre-vingt mais ferma ensuite ses portes n'y conservant qu'une cafétéria. Actuellement, le rez-de-chaussée de l'immeuble de la rue Soil de Moriamé est occupé par la magasin Kruidvat. Eugène Soil de Moriamé qui donna son nom à cette rue, est né à Tournai le 13 avril 1853 et y est décédé le 15 décembre 1934. De son vrai nom Eugène Soil, fils d'un architecte tournaisien réputé, il ajouta la patronyme de son épouse à son nom. Docteur en droit, archéologue et historien, il fut l'auteur d'un ouvrage paru en 1904 intitulé "L'habitation tournaisienne, Architecture de façades", une véritable bible pour ceux qui se passionnent sur l'évolution de l'habitat dans la cité des cinq clochers. Défenseur du patrimoine architectural tournaisien, il dénonça les démolitions sacrilèges entreprises au cours du XIXe siècle, il milita en faveur de la restauration du Pont des Trous, dernier exemple d'une porte d'eau du moyen-âge dans le Nord de l'Europe, de la Tour Henri VIII et des Tours Marvis. Il fut convaincu de la nécessité de réaliser le dégagement de la cathédrale par la démolition des petites maisons qui y étaient adossées dans la rue des Chapeliers permettant ainsi de mettre en évidence le choeur gothique. Ce projet se réalisa quelques mois avant sa mort. C'est le 20 juin 1926, de son vivant, que la plaque portant le nom de la rue sera dévoilée par le Bourgmestre Albert Asou. 

C'est également à partir de la place Paul Emile Janson qu'on pénètre dans le piétionnier dit de "la Croix du Centre". Celui-ci connaît actuellement une importante rénovation. Modernisation  des impétrants, pose de nouvelles dalles de sol et restauration des façades ont débuté voici plus d'un an et le chantier devrait se terminer au printemps 2012.

La croix est composé de quatre rues. La rue de la Cordonnerie apparaît au XIIIe siècle, sous le nom de Cordvewanerie. Le mot "cordouan" désignait le cuir en provenance de Cordoue, les artisans qui confectionnaient des souliers étaient alors appelés des cordouaniers, mot qui évolue vers cordonniers. C'est sous ce nom de Cordonnerie qu'on la retrouve déjà dans le Cartulaire des rentes de l'Hôpital Notre-Dame en 1630.

La rue de la Cordonnerie est séparée de la rue Gallait par le carrefour formé avec la rue des Chapeliers (qui monte vers le beffroi) et du Puits-Wagnon (qui descend vers la place Saint-Pierre). La rue du Puits-Wagnon tient son nom d'une famille tournaisienne. Un membre de celle-ci fit creuser un puits. Bozière nous dit que ce dernier se trouvait au milieu de la voie publique et que, près de sa pompe qui existait encore au XIXe siècle, se trouvait la borne militaire, marquée d'un zéro, point de départ pour la mesure des grandes voies de communication reliant Tournai aux villes voisines. A sa création, ce point indiquait pratiquement le centre de la ville d'alors.

La rue Gallait s'appelait jadis la rue aux Rats. Ce nom apparaît toujours dans l'ouvrage qui nous sert de référence "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière. Au XIVe siècle, on la retrouvait sous l'appelation de rue as Rattes, probablement, comme le dit l'historien Hoverlant en raison de la présence en ces lieux de la Grande Boucherie et de la triperie qui devaient attirer ces rongeurs nuisibles pullulant à proximité de l'Escaut et des nombreux déversoirs d'eaux usées, des égouts à ciel ouvert. C'est en cette rue, au n° 22, qu'allait naître le peintre, aquarelliste et graveur Louis Gallait, le 10 mai 1810. Elève d'Hennequin, il étudiera par la suite les grands maîtres au Louvre. Ses tableaux, "La peste à Tournai en 1092", "L'abdication de Charles-Quint", "Les derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Hornes" (aussi connu sous le nom des "Têtes coupées") sont des oeuvres monumentales atteignant des dimensions de 7m sur 5m, visibles au musée des beaux-Arts de la ville. Il fut l'un plus grand peintre belge du mouvement des Romantiques. La plaque apposée sur sa maison natale a été malheureusement enlevée lors des récents travaux de ravalement de la façade, il serait judicieux qu'elle soit rapidement remise en place.  

La rue des Chapeliers relie la rue Soil de Moriamé et le piétonnier au beffroi en contournant le choeur gothique de la cathédrale. C'est depuis longtemps une rue commerçante qui a connu de grosses affluences en raison de la présence du magasin Sarma et de la Grand'Poste qui y étaient établis. Ces deux centres d'attrait commercial ont aujourd'hui disparu ! Son nom provient de la présence de ce type d'artisans qui y avaient élu domicile. Auparavant, on l'appelait la Lormerie, un nom rencontré dans les Cartulaires de l'Hôpital Notre-Dame en 1314 et 1631. Lormerie désignait les ouvrages réalisés par les cloutiers, les éperonniers et les selliers qui y exercaient alors leurs activités. Le dégagement de la cathédrale réalisé en 1934 et soutenu par Soil de Moriamé a permis à la rue d'être prolongée au delà de la rue de Paris et a permis d'établir une liaison directe entre la gare et la Grand'Place et même de créer un axe de traversée Nord-Sud de la cité des cinq clochers en le prolongeant par la rue Saint-Martin (des noms de rues dont nous découvrirons l'origine dans les prochains articles).

(sources :"Tournai, Ancien et Moderne" de A.F. J Bozière, "Biographies tournaisiennes" de G. Lefebvre et recherches personnelles)

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, noms, soil de moriamé, louis gallait |

04/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (14)

Dans le quartier Notre-Dame, entre l'Escaut et la rue de Courtrai, on trouve diverses petites rues et ruelles.

La rue des Fossés a vu son orthographe évoluer au cours des siècles : rue del Fosset (1241), rue dou Fossé (1384), rue des Fossetz (1602) et enfin rue des Fossés. Cette rue étant située à l'intérieure de l'enceinte communale, son nom ne peut faire référence au fossé qui se trouvait à l'extérieur de celle-ci. Bozière y voit un rappel d'un cloaque de construction romaine qui déversait les eaux usées, pluviales et les immondices en provenance du haut de la ville dans l'Escaut. Au XVIIe siècle, par ordre du magistrat, on y établit une brasserie bourgeoise où chacun pouvait aller brasser moyennant le versement d'une somme au trésor communal. Le n° 19 de cette rue fut, jadis, occupé par le "Grand Bureau", désignation du bureau général des douanes pour les recettes des droits d'entrée et de sorties des marchandises de la province du Tournaisis. Un notable, Mr. du Mortier y vécut à la fin du XVIIIe siècle, il abrita, en son domicile, les châsses de Saint-Eleuthère et Sainte-Ursule afin de les soustraire à la voracité des révolutionnaires français.

Une impasse débouchant de la rue Dame-Odile et qui avait pour nom "Quatre Gerbes de Bled" dans les écrits du XVIIIe siècle ou "Quatre Gerbes", a été condamnée en 1862. On y trouvait une brasserie dite "du pont de Bois". Bozière la nomme "impasse de la rue des Fossés".

Reliant la rue des Fossés au quai Notre-Dame à hauteur de l'église des Rédemptoristes, la ruelle des Noirets possède au moins deux versions quant à l'origine de son nom : l'auteur de l'ouvrage sur la cité des cinq clochers intitulé "l'Essai chronologique" y décrit les flocons de suie (aussi appelés noirets à Tournai) qui s'échappaient des brasseries et des salines situées à proximité. Moins poétique est la version donnée par Bozière qui y voit l'existence d'une ancienne famille au patronyme de Noirier, nom qui aurait été dénaturé par la langue populaire. C'est une petite rue actuellement mal pavée.

Parallèle à la rue des Fossés, la rue Dame-Odile a aussi fait l'objet de recherches quant à l'origine de son nom. Il provient, plus que probablement, d'un nom d'une famille très puissante, les "à li Take", dont un membre fonda, en 1233, l'abbaye du Saulchoir. Au sein de cette famille, on découvre l'existence d'une certaine Odile (Odilien) à li Take dont il est fait référence dans un écrit de 1252. L'auteur de "l'Essai chronologique" évoque quant à lui, l'existence, en cet endroit, d'un couvent, fondé sous le règne de Saint-Odilon, et y trouve ainsi l'origine de la dénomination.

Nous sommes dans un quartier en pleine rénovation, les chantiers y sont nombreux en cette année 2011, on l'appelle "Bas-quartier" parce qu'il est le plus bas des quartiers que comporte la rive gauche de l'Escaut. Il est le point central de la cité, compris jadis dans l'enceinte gallo-romaine. Formé à l'origine de ruelles infâmes, il a fait l'objet d'une refonte totale durant le XIXè siècle et c'est ainsi qu'est apparue la placette actuelle sur aquelle se trouve le café-brasserie de l'Ermitage.

Reliant la placette du Bas-quartier à la rue Dame Odile, la rue de l'Ecole rappelle, qu'au XIXe siècle, on y construisit une école gardienne (maternelle) sur des dessins de l'architecte Justin Soil, né à Tournai en 1816 et y décédé en 1880. il était le père d'Eugène Soil de Moriamé dont nous aurons l'occasion d'évoquer, très prochainement, la biographie puisqu'une rue du quartier porte son nom !

la rue de l'Arbalète porta longtemps le nom de rue des Trouvés, nom qui apparaît au Cartulaire de 1385. Une maison léguée par un dénommé Simon du Portal servait d'asile à des orphelins et à des enfants trouvés. On XVe siècle, dans les écrits, on la découvre sous le nom de rue des Arquais (archers) et ensuite de rue du Testart, un enseigne portée par un immeuble qui s'y trouvait. La dénomination qu'on lui connaît, encore aujourd'hui, de rue de l'Arbalète doit être reliée à celle des Arquais. Des gildes d'archers s'y entraînaient probablement dans le jardin d'une des propriétés. Cette rue est, elle aussi, en pleine rénovation, dans le cadre du projet Cathédral, un immeuble à l'abandon depuis plusieurs années vient d'y être rénové et abrite désormais des appartements.

Terminons par le quai Notre-Dame. Jadis, les rues qui menaient à l'Escaut s'arrêtaient le long du fleuve, les habitations étaient au bord de l'eau, les quais tels que nous les voyons actuellement n'existaient pas. ils ont été construits lorsque Louis XIV fit canaliser l'Escaut dans la traversée de la cité. Auparavant cet endroit portait le nom de Taintenerie (teinturerie). Ayant besoin de beaucoup d'eau, il était normal que ce type d'activité se trouve au bord du fleuve. Après son édification, cet endroit devint tout simplement le Quai. C'est durant le XVIIIe siècle qu'il prit le nom de quai Notre-Dame. C'est sur celui-ci que vécut, au n°19, Adolphe Leray (ou Le Ray) teinturier, poète et chansonnier, auteur de la chanson "les Choncq-Clotiers" (les cinq Clochers), c'est d'ailleurs pour lui rendre hommage qu'une rue du quartier porte le nom de rue des Choncq Clotiers. Il est aussi l'auteur d'une comédie en un acte appelée "l'ami Ducobu" (1875), (est-il un aïeul de  cet élève qui vient de débarquer sur les écrans tournaisiens ?), de Mad'moiselle Brindamente et de Saint'Catherine et de bien d'autres chansons, des airs passés dans le folklore tournaisien.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière)

14:41 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, le ray, rues, noms |