08/01/2017

Tournai : Bon Royaume !

La tradition du "Lundi perdu".

"Bon Royaume, mes gens" ou "Bon Lapin, mes amis", j'entends encore ces mots que nous prononçait Marcel Roland, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, lorsqu'il quittait son bureau situé sur le quai Dumon, au soir du "Lundi Perdu". 

"Le 3ème réveillon des Tournaisiens" est une expression apparue il y a trois ou quatre ans à peine qui nous rappelle qu'après la Noël (le 24 décembre), la Saint-Sylvestre (le 31 décembre), le "Lundi perdu" ou "Lundi parjuré" est une troisième occasion de faire la fête dans les familles tournaisiennes.

La date est immuable, il s'agit toujours du lundi qui suit l'Epiphanie, la fête prenant ainsi place entre le 7 et le 13 janvier. Si, jusqu'à la fin du siècle dernier, cette date était toujours bien respectée, le repas est désormais au menu des restaurants de la ville et des environs, de la fête des Rois jusqu'à la mi-janvier. 

"J'vous assure qu'in ville, l'lindi parjuré, ch'est dins chaque famile, ein jour bin d'siré"

(du chansonnier Achille Viehard)

Jadis, la fête réunissait tous les membres de la famille et il n'était pas rare de rencontrer trois ou quatre générations autour de la table. Dans son déroulement, tout était codifié par la tradition orale. Chez nous, on se réunissait vers 18 ou 19 h. 

La petite saucisse à bâtons

Le repas commençait toujours par la petite saucisse que la maîtresse de maison avait bien souvent reçue en étrenne de son boucher, elle était accompagnée d'une compote de pommes ou de choux cuit au saindoux. Appelée "saucisse à bâtons" car elle était tenue par deux bâtonnets, on la désignait également par l'appellation "lapin à z'orelles de beos" (lapin aux oreilles de bois).    

Pour la salade tournaisienne, la tradition était plus ou moins respectée, chez certains, on la mangeait avant le plat principal, chez d'autres en accompagnement de celui-ci et chez d'autres encore après. 

La salade tournaisienne du Lundi perdu.

Oublions la composition de la plupart des salades préparées aujourd'hui, elles contiennent des éléments qui ne sont pas repris dans la liste des ingrédients recommandés par la coutume. Il s'agit en effet d'une salade composée des légumes qu'on trouve dans le jardin familial à cette époque de l'année, à une époque où la plupart des familles vivaient encore dans une relative pauvreté : la salade de blé ou mâche, les chicons crus coupés en petites lanières, la barbe de capucin, le pissenlit, le choux rouge au vinaigre, les haricots blancs, les gros oignons cuits au four, les pommes, l'huile, le vinaigre, le sel et le poivre. Certains y ajoutaient parfois des betteraves rouges

Le lapin, le roi de  fête. 

Le pauvre Jeannot est l'indispensable élément du repas traditionnel. Ne dit-on pas à Tournai :

"A Tournai, pou bin faire ceulle fiête, l'ceu qui n'a pos d'lapin n'a rien !"

(A Tournai, pour réussir cette fête, celui qui n'a pas de lapin n'a rien !).

La maîtresse de maison choisissait un bon gros lapin qu'elle allait chercher le samedi matin sur le marché de la place Saint-Pierre. Il était de coutume de le laisser "pinte au cassis" (pendre au châssis) parce, comme on disait à l'époque : "l'lapin à l'gélée, ch'est du poulet". Aujourd'hui, on achète son lapin, chez un éleveur, dans une boucherie ou dans une grande surface et il reste au frigo durant quelques heures. 

La préparation est très simple : dans une grande casserole, on met blondir des oignons dans du beurre, après les avoir farinés, on y fait dorer les morceaux de lapin (tête comprise car pour certains il s'agit d'un morceau de choix et il permet au moins de constater qu'il ne s'agit pas d'un "lapin d'nochère", un chat), on n'oublie pas de saler, on ajoute de l'eau uniquement (aujourd'hui, la plupart des cuisiniers ajoutent de la bière), "des preones et des rogins" (les pruneaux et les raisins) et on laisse "guernoter" (mijoter) la préparation jusqu'au moment où la viande est bien cuite et se détache. 

Le plat sera servi avec des pommes de terre cuites à l'eau qu'on nappera, si on le désire, de la sauce du lapin. 

Les billets des rois.

Une tradition bien établie est le "tirage des billets des Rois". Il s'agit de seize vignettes qui représentent le Roi et sa suite : le Laquais, le Conseiller, le Verseur, le Médecin, le Confesseur, le Valet de chambre, le Secrétaire, le Portier, le Messager, l'Ecuyer-tranchant, le Suisse, le Ménétrier, le Cuisinier, le Musicien et bien entendu le Fou du Roi. Celui qui tirait ce dernier billet se voyait noircir la figure au moyen d'un bouchon frotté sur le pot du feu. Chacun exerçait, au cours de la soirée, le rôle qui lui avait été assigné par le sort. Bien souvent, les billets étaient tirés par le plus jeune convive qu'on appelle à Tournai : "l'orculeot".

La galette des Rois.

Le repas se termine par la dégustation de la "galette des Rois" contenant l'immanquable fève (le plus souvent un petit personnage de porcelaine). C'est dans la bonne humeur, alors que retentissent les chansons tournaisiennes, que prend fin cette soirée. Le mot "réveillon" évoque une fête qui dure bien tard, ce n'est pas le cas pour le Lundi perdu car... le lendemain n'est pas un jour chômé !

S.T. janvier 2017.

29/12/2013

Tournai : les festivités de janvier 2014

Après la trêve des confiseurs, les réveillons et les repas de famille, la saison culturelle reprend son cours normal et le programme de janvier présente un menu copieux et varié.

 

Samedi 4, Maulde, Salle Socio-Culturelle, "Winter-Party".

Dimanche 5, Vieille Guiguette, chaussée de Willemeau, inscriptions et premiers départs à 9h30,  "Marche des étrennes".

Dimanche 5, Ere, Foyer Socio-Culturel, "Les Péqueux du diminche" pièce patoisante par la Relève Saint-Eloi.

Mercredi 8, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Fear and Desire", projet théâtral initié par l'actrice italienne Gaia Saitta et la danseuse et chorégraphe américaine, Julie Anne Stanzak.

Jeudi 9, Maison de la Culture, 14h30, "les enjeux de la crise globale pour l'Europe", conférence par Jean Christophe Defraigne, professeur à l'Université Saint-Louis de Bruxelles dans le cadre du cycle de conférences de l'Université du Temps Disponible.

Samedi 11, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Nox" par le théâtre L'Anneau, avec R-Gaël Maleux et Bertrand Kahn, spectacle familial à partir de 4 ans.

Samedi 11, salle La Fenêtre, 20h, "Working progresse Duo Gama", spectacle burlesque.

Lundi 13, partout en ville, "Lundi Perdu", le troisième réveillon des Tournaisiens, en famille, au resto, le lapin "aux preones et aux rogins" est le roi de la fête.

Mercredi 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "La Nostalgie de l'Avenir", d'après la Mouette de Tchekov, adaptation de Myriam Saduis. Prix de la Critique 2012 "Meilleure mise en scène" et "Meilleur espoir féminin" pour Aline Mahaux.

Jeudi 16, Maison de la Culture, 14h30, "Euthanasie, douze ans après la loi de dépénalisation conditionnelle, quels enseignements ?" conférence par Jacqueline Herremans, présidente de l'ADMD, dans le cadre du cycle de conférences de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 17, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien 

Samedi 18, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Snacks" par la Compagnie Héliotrope, de et par Bernard Senny, spectacle familial dès 4 ans.

Samedi 18, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h "Keskiditlepetitlapin", fantaisie burlesque pour deux clowns et deux primates, compagnie Les Nouveaux nez et Cie-Petr Forman, théâtre, cirque, clowns, marionnettes et vidéo.

Samedi 18, Ere, Foyer Socio-Culturel, "Legend Night".

Du samedi 18 au lundi 20, Tournai-Expo "Bâtirama", le 25e salon de la construction et de la rénovation.

Mardi 21, Auditoire du Séminaire, 13h45, "L'entrée en vigueur de la sixième réforme de l'Etat", conférence par Christian Behrendt, Professeur de Droit à l'Université de Liège, dans le cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Du mardi 21 au mardi 28, cinéma Imagix, "Ramdam, le festival du film qui dérange", fictions et documentaires, en avant-première avec la présence des équipes de films, des rétrospectives, des ateliers...

Jeudi 23, hôtel de Ville, Salon de la Reine, 18h "La fibromyalgie : un syndrome partiellement expliqué" par le Docteur Etienne Masquelier, médecine physique et de réadaptation aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles et à Mont-Godinne et Nadine Chard'homme, infirmière ressource douleur chronique à l'UCL Saint-Luc à Bruxelles, dans le cadre du cycle "Conférences santé 2014".

Vendredi 24 et samedi 25, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Du vendredi 24 au dimanche 26, Tournai-Expo, "Bâtirama", le 25e salon de la construction et de la rénovation.

Samedi 25, Maison de la Culture, 16h, "Indiens", spectacle du Foule Théâtre avec Philippe Léonard, dans une mise en scène de Pierre Richard, spectacle familial dès 4 ans.

Dimanche 26, Mont Saint-Aubert, "6e trial hivernal du Mont". 

Dimanche 26, Eglise Saint-Jacques, 17h, "Concert Franz Schubert" avec Julie Payez, soprano, Caroline Dutilleul, mezzo, Lionel Couchard, ténor et Xiaozbong Wang, baryton, la chorale "A Travers Chants" et l'Ensemble vocal du Conservatoire de Tournai sous la direction de Michel Jacobiec, l'orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai sous la direction de Philippe Gérard. Une organisation de la Chapelle Musicale de Tournai.

Mardi 28, Auditoire du Séminaire, 13h45, "Belgique, où vas-tu ?", conférence par Dave Sinardet, politologue, Professeur à la V.U.B et à Saint-Louis, dans le cadre du cycle de conférences "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui".

Mercredi 29, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Trac", le nouveau one-man show de Bruno Coppens dans une mise en scène d'Eric de Staercke.

 

Les expositions :

 

Jusqu'au 12 à la Rasson Art Gallery, rue de Rasse, "Arman Christo, Jeanne Claude/Volz, Claude Gilli exposent.

A partir du 17, à la Maison de la Culture, Espace bis, "Photomaton", les œuvres de Damien Verhamme.

A partir du 17, Maison de la Culture, les œuvres de "Jean-François Van Haelmeersch".

A partir du 17, Maison de la Culture, "Images d'un projet" photographies de Xavier Cornu.

programme susceptible d'ajouts et/ou de modifications

S.T. décembre 2013

07/01/2013

Tournai : c'est le Lundi perdu !

Aujourd'hui à Tournai, on fête le "Lundi perdu" ou "Lundi parjuré". Depuis quelques années, on a pris l'habitude d'appeler cette soirée, "le troisième réveillon des Tournaisiens". 

Cette coutume existait déjà au XIIIe siècle puisque l'historien tournaisien, le moine Li Muisis de l'abbaye de Saint-Martin, l'évoquait déjà dans ses écrits en 1281 : "selon une ancienne coutume, les citoyens les plus aisés et leurs fils se réunissent fraternellement autour d'une table ronde et élisent un roi"Cette tradition tire probablement son origine de la "Fête des Rois" encore célébrée dans de nombreuses régions.

Sa date est immuable, pourtant chaque année certains habitants s'interrogent quant au jour précis où il faut la célébrer. Depuis toujours, elle se situe le lundi qui suit la fête de l'Epiphanie, c'est-à-dire le premier lundi qui suit le 6 janvier. Elle aura donc toujours lieu entre le 7 (si cette date coïncide avec un lundi) et le 13 janvier. Profitant de l'ignorance de certaines personnes et aussi dans un but commercial, les restaurateurs tournaisiens ont, depuis quelques décennies, fait fi de la tradition et organisent les repas du lundi perdu durant les deux premiers week-ends de janvier, car, si la fête est avant tout familiale, depuis l'après-guerre, elle est également au menu des restaurants. Comme on dit à Tournai : "ch'est l'jour du grand plucache" (un repas important) !

On fait remonter son origine au Moyen-Age, au temps où les seigneurs fonciers rendaient leur justice et tenaient leurs assises, les "plaids généraux" ou "franches vérités" en présence de tous les dépendants de leurs seigneurie, rassemblés, le jour prescrit et appelés par la cloche du beffroi. Se déroulant en plein air, elles avaient pour but de découvrir les crimes et délits qui avaient échappé aux autorités judiciaires. Tous ceux qui avaient connaissance de faits délictueux étaient tenus de les déclarer, après avoir prêté serment "par devant les saints". On jurait donc sur les saints lors de ces assises qui se tenaient le lundi après l'Epiphanie. A-t-on appelé ce jour le "lundi parjuré" parce que certains malgré leur serment soutenaient des propos contraire à la vérité ? Lucien Jardez préfère y voir la notion de grand serment, le préfixe "par" marquant l'idée de perfection. Le repas est une survivance de la gombance à laquelle était conviés les seigneurs à l'issue des plaids. 

La notion de "Lundi perdu" est probablement plus récente car en ce jour usines, ateliers, bureaux étaient fermés et la journée était chômée, sans salaire, un lundi perdu au point de vue rentrée financière. Pendant que les femmes préparaient la fête, les hommes se rencontraient autour d'une (ou plusieurs) chope dans les estaminets (cafés) de la ville. 

A propos de cette fête, certaines personnes utilisent, à tort, l'expression "lapin perdu", celle-ci est dénuée de sens !

En plein de coeur de l'hiver, durant les jours les plus sombres et aussi les plus froids (on ne parlait pas encore de réchauffement climatique), c'était un repas de famille bienvenu uniquement composé d'ingrédients disponibles à cette époque de  l'année. Si le lapin cuit avec des pruneaux et des raisons était le plat principal, le menu comprenait également d'autres plats. 

On commençait par la petite saucisse ou "saucisse à bâtons" aussi appelée en tournaisien "'l'lapin à z'orelles de beos" (le lapin à oreilles de bois), bien souvent, il s'agissait des étrennes du boucher. On la mangeait avec du choux cuit au saindoux ou avec de la compote de pommes (étrennes du marchand de quatre saisons). Arrivait ensuite sur la table le lapin, le roi de la fête.

Pour les ménagères qui voudraient le réaliser à la mode tournaisienne, sachez que les différentes pièces du lapin (parfois passés dans la farine mais cela est déjà une variante de la tradition) doivent rissoler avec des oignons blondis dans le beurre. On arrose ensuite les morceaux avec de l'eau afin de la faire "guernoter" (mijoter) pendant une à deux heures en fonction de son poids. L'idéal est que la viande se détache bien des os au moment de le manger. Vers la fin de la cuisson, on ajoute des pruneaux et des raisins qui ont gonflé, au préalable, dans de l'eau bouillante. Voici "l'lapin aux preones et aux rogins", (le lapin aux prunes et aux raisins) prêt à être servi. Il le sera avec les traditionnelles pomme de terre cuites à la vapeur. Croquettes, frites ou purée sont des inventions de cuisiniers voulant habiller la tradition ou y mettre leur signature, c'est, pour les puristes, un crime de lèse-majesté. 

Le repas va se terminer par la "salade tournaisienne". On a tout écrit sur celle-ci, on lui trouve des dizaines d'ingrédients, on la met à toutes les sauces... pourtant il n'y a qu'une seule recette. Rappelons nous que, jadis au milieu de l'hiver, on mange ce qui est à disposition en ce début de mois de janvier, les magasins ne fournissent pas des produits exotiques (on ne parle pas encore d'emprunte écologique). On va donc prendre un plat profond et y mettre des échalotes, de la moutarde, du sel, du poivre, de l'huile et un filet de vinaigre. On y ajoutera de la mâche ou salade de blé, des haricots blancs, du chou rouge, de la betterave rouge, des oignons cuits au four avec la pelure qu'on enlèvera bien entendu, des chicons (endives), de la barbe de capucin, du pissenlit et des pommes. Tout cela sera coupé en morceaux et bien mélangé en début de repas pour que les différents ingrédient s'imprègnent du gôut des autres composants. 

Pour terminer on servira la galette des rois avec sa fêve.

Cette fête de famille est une réjouissance, on tire à cette occasion les billets des rois qu'on a soit acheté sous forme d'un feuillet de seize billets ou qu'on a confectionné? Sur ceux-ci sont repris les rôles de "roi", "conseiller", "confesseur", "suisse", "secrétaire", "portier", "valet de chambre", "messager", "laquais", "musicien", "médecin", "ménétrier", "verseur", "cuisinier", "l'écuyer tranchant" (tiens, tiens) et bien entendu "le fou". Tout cela donne lieu à des jeux, ainsi le verseur doit faire en sorte que personne ne manque de vin, le fou annoncera que le roi boit et les convives en feront de même, le fou passera le visage au noir d'un bouchon qu'on aura passé à la flamme celui ou celle qui aurait oublié l'invitation à boire, il sera également chargé d'animer la soirée, de raconter des blagues, de chanter parfois et faire mille facéties.

Ce folklore a donné lieu à de nombreuses chansons dont les plus connues sont celles de deux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. L'une s'intitule tout simplement "L'lapin du lindi perdu", écrite par Albert Coens (1926-1984), la prière d'un lapin qui va être sacrifié pour le repas des Tournaisiens et qui voit défiler sa courte vie. L'autre, "L'lindi parjuré", d'Achille Viart (1850-1926), la description de cette journée particulière d'une famille tournaisienne. Elles sont devenues des classiques et on peut trouver leur enregistrement sur disques, CD et DVD. 

Contrairement aux réveillons, la fête se termine relativement tôt, car le lendemain pour les enfants, c'est le chemin de l'école et pour les plus grand celui du travail. 

Comme on a l'habitude de le dire à Tournai : "A Tournai, pou bin faire ceulle fiête, l'ceu qui n'a pos d'lapin, n'a rien" (A Tournai, pour bien faire cette fête, celui qui n'a pas de lapin n'a rienet je n'ai plus qu'à souhaiter à ceux et celles qui respectent la tradition : "Bon royaume".

Seule fausse note à cette coutume ancestrale, à notre époque, beaucoup de jeunes Tournaisiens délaissent cette magnifique tradition, car pour eux, les boîtes de nuit, l'alcool et l'utilisation de produits illicites sont les seules sources de plaisir et Noël et Nouvel-An ont eu raison de leur "hymne à la joie".   

(sources : extraits de "Tournai, Tournaisis" de Lucien Jardez, ancien Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien ouvrage paru en 1989 dans la collection Mémoire de la Wallonie et souvenirs personnels).

02/01/2012

Tournai : les festivités de janvier

Les chalets du Marché de Noël vont être démontés, les illuminations se poursuivront durant une semaine encore, il est temps de se pencher sur les festivités du mois de janvier à Tournai.

Le dimanche 8, à l'église de Froidmont, à 16h, "Concert de Nouvel-An".

Le lundi 9, en famille ou au restaurant, on fête le traditionnel "Lundi Perdu", appelé depuis peu le troisième réveillon des Tournaisiens. .

Le mercredi 11, Maison de la Culture, Salle Jean Noté, à 20h : "Britannicus" de Jean Racine par la Compagnie Belle de Nuit, dans une mise en scène de Georges Lini.

Le jeudi 12, Maison de la Culture, 14h30, conférence "Charles Darwin et Georges Lemaître, une improbable mais passionnante rencontre" par Dominique Lambert, professeur aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le samedi 14, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Braque à Fond" par la Compagnie du Chien qui Tousse, un braquage théâtral entre polar et dessin animé pour les jeunes à partir de 9 ans.

Le dimanche 15 janvier, en l'église Saint-Brice, à 11h, le Cercle choral Tornacum fête Sainte-Cécile.

Le dimanche 15, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 18h, théâtre "Les Montagnes Russes" avec Bernard Tapie et Béatrice Rosen, une organisation du Club Soroptimist de Tournai.

Le mardi 17, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Minutes opportunes" par la compagnie Michèle Noiret, une chorégraphie créée avec la complicité des interprètes Dominique Godderis, Filipe Lourenço, Igor Shishko et Lise Vachon.

Le jeudi 19, Maison de la Culture, 14h30, conférence "L'avenir économique de la Wallonie" par Giuseppe Pagano, Professeur à l'Universite de Mons dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le vendredi 20, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Eloge de l'Oisiveté", un spectacle de Dominique Rongvaux d'après Bertrand Russell. Meilleur spectacle "Seul en scène", prix de la Critique 2010.

Le samedi 21, Halle-aux-Draps, salle de l'étage, 20h, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien propose son "Petit Cabaret" réservé à la gente masculine.

Le samedi 21 janvier, Maison de la Culture, 20h, Concert, "Aux Choeurs d'Aïda" par la Roayle Philarmonie de Saint Symphorien sous la direction de Michel Méaux, avec les solistes : Marie Luce Diaz (soprano), Laurence Frère (mezzo), Bertrand Lhote (ténor), Michel Jakobiec (baryton), Gérard Mengal (baryton), Romain Dayez (basse), accompagnés de 140 choristes. Les bénéfices de ce concert, né d'une collaboration des Lions Clubs Cathédrale et Childéric, seront versés à l'opération Cap48.

Le dimanche 22, dans le cadre du 10e Festival européen de Quatuor à Cordes "Les Voix intimes", le Quatuor Tana/ Musique nouvelle string quartet

Le mercredi 25, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Le signal du promeneur" par le Raoul Collectif, dans le cadre de "Roulez Jeunesse" en partenariat avec la Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq (F).

Le jeudi 26, Maison de la Culture, 14h30, conférence "La Crête" par Louis But et Jean Claude Sadoine, reporters-conférenciers, dans le cadre du cycle proposé par l'Université du Temps Disponible.

Le vendredi 27, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h30, concert de Terez Montcalm, auteur, compositeur, interprète canadienne dans le cadre du Tournai Jazz Festival qui se poursuit jusqu'au 29 janvier avec également Toots Thielemans, Philippe Catherine, le Brussel Jazz Orchestra, Thierry Crommen et d'autres artistes à découvrir. 

Le vendredi 27 et le samedi 28, Halle-aux-Draps, La Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien propose son "Petit Cabaret" réservé à la gente masculine.

Du 17 au 24 janvier, au cinéma Imagix, la Maison de la Culture, No Télé... s'associent pour vous présenter le "2e Ramdam Festival", le Festival du film qui dérange de Tournai.

Du côté des expositions signalons :

du 14 janvier au 12 février, Maison de la Culture, exposition consacrée à Jacques Vandewattyne, dit Watkyne, l'artiste du Pays des Collines, voguant entre réel et imaginaire.

Aux mêmes dates, à la galerie Art est Création, 15 boulevard Léopold, exposition "Autour de Jacques Vandewattyne".

du 20 janvier au 19 février, Espace Bis de la Maison de la Culture, "Collectif Juke Box/éditions Vanille Goudron" l'underground graphique franco-belge. 

Du 21 au 23 janvier et du 27 au 29 janvier, Tournai Expo, "Batirama", le salon consacré à la construction, la rénovation et l'aménagement de la maison.

Ce programme est susceptible d'être modifié !

 

13/01/2009

Tournai : lundis perdus de ma jeunesse.

Le troisième réveillon des Tournaisiens a vécu, Hier on a clôturé la période des fêtes dans la cité des cinq clochers. Je me souviens des lundis perdus de ma jeunesse et je voudrais vous faire découvrir l'ambiance de cette journée propre à la cite de Clovis.

En ce lundi de janvier 1958, il régnait une atmosphère particulière au sein de l'école communale de "l'porte d'Lille". Durant la journé, Alexandre Lorfèvre, le vieil instituteur de 5ème année primaire, avait évoqué la tradition du "Lundi Perdu", aussi appelé "Lundi Parjuré" et les élèves dont je faisais partie attendaient déjà avec impatience la fin de la classe. Tournaisien dans l'âme, l'enseignant l'avait compris depuis bien longtemps et, ce jour là, il n'y avait pas de problèmes avec des robinets qui fuyaient, des locomotives qui devaient se rencontrer ou des dictées piégeuses. A peine rentré à la maison, c'est auprès de ma grand'mère, dans la cuisine, que j'aimais me retrouver, lieu magique aux senteurs toujours renouvelées, odeur de la pâte à crêpe au soir de Chandeleur, des couques suisses plongées dans l'eau bouillante ou des gaufres de la Toussaint.

En ce froid lundi de janvier, alors que les flocons virevoltaient à l'extérieur, c'est le parfum d'un lapin qui "guernotteot dins les preones et les raisins" qui envahissait la maison. Valentine veillait à ce que la tradition soit respectée à la lettre et dressait déjà la table pour les convives qui arriveraient vers 18h30. Diable, le lendemain, on travaillait ou on allait à l'école, on ne pouvait donc pas, comme à la Noël ou à la Saint-Sylvestre, débutait le repas après 20h. Sortant la langue, je m'appliquais à rédiger le menu, sans difficulté, connu par coeur puisqu'il était chaque année le même. On commençait par le "lapin aux z'orelles de beos", petite saucisse à bâtons (désignée sous l'appelation : étrenne du boucher) servie avec une compote de pommes maison légèrement tiède. Suivait alors le seigneur de la soirée, le bon gros lapin accompagné de ses prunes, de ses raisins et des pommes de terre cuites la vapeur (pas de frites, ni purée, ni croquettes, c'eut été un crime "lèse-tradition"). Le troisième plat était la salade tournaisienne accompagnée elle d'un morceau de mutieau (mutcheau en tournaisien), sorte de tête pressée. Les ingrédients de la salade ne variaient jamais d'une année à l'autre, Valentine y avait mis de la salade de blé, de chicons (endives), de la barbe de capucin (sorte de pissenlit), du chou-rouge au vinaigre, des gros oignons cuits au four et donc légèrement caramélisés, des morceaux de pommes, des haricots blancs ou de Soissons, du sel, du poivre, du vinaigre et de l'huile (des Chartreux). Pas de morceaux de fromage, pas de betteraves rouges, parfois des noix, si le repas du lundi perdu était riche, il était avant tout l'apanage de gens peu aisés et ils utilisaient uniquement les légumes qu'on trouvait dans le jardin ou chez la verdurière à cette époque de l'année.

Pendant le repas, on tirait les "billets des rois", écrits par la maîtresse de maison ou achetés déjà imprimés par la Maison Casterman, petits papiers qui désignaient le rôle de chacun des convives en l'invitant à chanter un couplet décrivant sa fonction. On avait ainsi le Roi, le Fou, Le Serveur, Le Laquais, le Conseiller, le Secrétaire, l'Ecuyer Tranchant (!), le Messager, le Musicien, le Cuisiner, le Portier, ... on délivrait autant de billets qu'il n'y avait de convives. La tradition voulait aussi que lorsque le Roi de la soirée saisissait son verre, tous les participants s'exclament : "le Roi boit". Malheur au gourmand, qui le nez plongé dans son assiette, n'avait pas remarqué le geste de son souverain, il se faisait immédiatement enduire la figure de "noir de bouchon" par le Fou sous les rires des invités. Un repas riche se déroulant dans la simplicité et le bonne humeur, à cette époque, il n'était pas nécessaire d'avoir des gadgets ou une sono hurlante pour s'amuser. Il se dégageait de ces réunions familiales, empruntes d'amitié, une chaleur humaine bien nécessaire au coeur d'un hiver souvent rude. Si vous avez des souvenirs de ces soirées de Lundi Perdu, n'hésitez pas à utiliser la rubrique des commentaires....

10:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, lundi perdu, lundi parjure, folklore tournaisien |

24/10/2008

Tournai : l'année 1979 sous la loupe (1)

Avec 1979, nous abordons la dernière année de cette décennie. Le début de l'année 1979 sera caractérisé par une vague de froid mémorable par sa durée et son intensité. ... Tout a débuté le samedi 30 décembre 1978. Ils ont probablement été peu nombreux, les Tournaisiens, à se rendre au marché hebdomadaire car une pluie continue ne cesse de s'abattre sur la région en cette matinée. Vers 14h, les précipitations prennent fin et ceux qui observent le ciel constatent une rotation du vent qui passe très rapidement du secteur Ouest au secteur Nord. Dès ce moment, on va assister à une chute très sensible de la température, encore largement positive le matin, elle s'approche du zéro degré à la fin de l'après-midi. Un vent violent augmente l'impression de froid. Le dimanche 31 décembre, les Tournaisiens vont se rendre compte, à leur réveil, que la neige est tombée en abondance durant la nuit et que le vent a provoqué, à certains endroits, des accumulations importantes. Durant la journée, les flocons se remettent à tomber, ce qui a le don de chagriner ceux qui doivent réveillonner pour la Saint Sylvestre à l'extérieur. Le 1er janvier, nombreux sont les habitants de la cité des cinq clochers à faire appel au service de garde de la Régie des Eaux communale, on compte, en effet, par centaines le nombre de compteurs d'eau gelés dans les remises et les garages. Il faut dire que durant la nuit, la température est descendue à certains endroits à moins 16°.

La vague de froid qui venait de débuter va durer pratiquement tout le mois de janvier. La rentrée des classes est perturbée, les transports scolaires sont suspendus. Les routes deviennent difficilement praticables, on voit même circuler, en ville, l'un ou l'autre tracteur amenant au bureau ou à l'usine des travailleurs habitant la proche campagne ! L'épaisseur de la couche de neige rend impossible tout épandage. Le lundi 8 janvier, on fête le Lundi Perdu, au début de l'après-midi, une fine pluie fait son apparition, on croit le dégel amorcé mais le soir venu les précipitations se transforment de nouveau en neige. Ce léger réchauffement aura pour unique conséquence d'ajouter une couche de glace au manteau neigeux. Les restaurants et les cafés affichant d'ordinaire complets pour le souper au lapin sont bien déserts, les Tournaisiens ont préféré rester chez eux ! Le dimanche 14 janvier, la reprise du championnat de football après la trêve hivernale est reportée, on devine à peine la surface de jeu et les déplacements tant pour les équipes que pour les supporters sont pratiquement impossibles. Le 19 janvier, la route reliant le village d'Ere a Wez-Velvain est fermée à la circulation en raison de congères. Durant toute la première quinzaine du mois de janvier 1979, la température a oscillé entre -5° et -10° pour les valeurs maximales, entre -10° et -17° pour les minimales. A partir du 20 janvier, le mercure va lentement remonter, les températures vont redevenir légèrement positives le jour. Le dégel va s'amorcer progressivement ce qui évitera à la région d'importantes inondations. Tout le monde redoutait la fonte brutale de cette couche de neige et de glace. Les supporters de football retrouveront le chemin des stades le 4 février. Durant ce second mois de l'année, il y aura encore quelques épisodes neigeux et quelques gelées mais la situation exceptionnelle de janvier ne se reproduira plus. C'était il y a une trentaine d'années, on ne parlait pas encore de réchauffement climatique ! "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, Tournai en ce temps-là grelottait encore de froid, on y rencontrait alors des badauds transis et des...enfants ravis".

09:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : neige, glace, tournai, lundi perdu, vague de froid, congeres |

22/10/2007

Tournai : vie quotidienne au XXIe siècle (2)

Il existe, à Tournai comme ailleurs, des traditions qui ont la vie dure et c'est heureux. Celle des "visites de l'an" est toujours bien vivace même si les voeux s'échangent désormais le plus souvent par SMS ou E-mail. Celle du "Lundi Perdu" n'est pas disparue mais a bien changé, repas en famille à l'origine, elle se déroule désormais de plus en plus dans les restaurants. Les puristes y voient une entorse grave à la tradition surtout si les restaurateurs inscrivent le menu durant toute une semaine, l'expression "souper au lapin" remplace alors peu à peu celle de "souper du Lundi Perdu", surtout également si on ajoute des ingrédients supplémentaires à la recette de la salade tournaisienne ou si on accompagne le morceau de lapin de frites ou de croquettes alors que celui-ci doit toujours être servi avec des pommes de terre à la vapeur. Soucieux de ne pas dénaturer cette tradition, d'irréductibles tournaisiens continuent cependant à se réunir dans l'esprit d'autrefois au soir du lundi qui suit l'Epiphanie.

La tradition du carnaval a connu également une mutation mais celle-ci peut être qualifiée d'amélioration. En effet, moribond à la fin des années cinquante, le carnaval revit depuis vingt ans grâce à de jeunes bénévoles qui ont voulu lui redonner son lustre d'antan. Il se déroule désormais lors du week-end de la mi-carême. Dès le vendredi soir, les "confréries", dignes héritières des sociétés carnavalesques du siècle dernier, se réunissent pour participer à la "Nuit des Intrigues" ou autres spectacles de rues. Ceux-ci se déroulent chaque année dans un quartier différent de la ville, alliant spectacles, concerts, pyrotechnie et...joyeuses libations. Le samedi, la ville entière est livrée aux confréries et aux tournaisiens ou visiteurs qui souhaitent se déguiser sur un thème chaque année renouvelé. Du début de l'après-midi jusqu'à très tard dans la nuit, "les Mouques à miel", "les Monsignore", "les Schtroumpfs", "les Vampires" ou autres groupes déambulent dans les rues et se rassemblent à des points précis pour un hommage à la Naïade, au Pichou Saint Piat, pour le jet de pichous du haut du beffroi, pour brûler le roi Carnaval sur la Grand'Place ou pour ensuite aller, en fanfare, jusqu'aux rives de l'Escaut y disperser les cendres du géant débonnaire, symbolisant l'hiver qui s'en va.

Les kermesses sont désormais au nombre de deux, la principale, la "foire de septembre" a été rejointe dès 1933 par une "Foire de Mai". Depuis cinq ou six ans, les attractions foraines ont désormais pris place sur la Plaine des Manoeuvres pompeusement rebaptisée "Esplanade du Conseil de l'Europe", à la grande satisfaction des forains, mais les nostalgiques regretteront le cadre de la Grand'Place et les haltes aux terrasses des cafés pendant que tournaient les manèges, qu'une délicieuse odeur de "boules à l'graisse" se répandait sur le forum et que les chevaux de bois faisaient entendre leur concert d'orgue limonaire.

En juin, la Halle aux Draps n'accueille plus les élèves des écoles primaires de la ville pour les traditionnelles distributions des prix et en juillet, les couturières ne se rendent plus en cortèges joyeux à Froyennes pour fêter la Sainte Anne, l'apparition du zoning commercial et la création de la nouvelle chaussée de Courtrai ont eu raison de la Maison Mamour et du café du Pont Royal. Les cérémonies du 11 novembre sont suivies par une poignée de participants, les anciens combattants étant pratiquement tous disparus, les écoliers préfèrant profiter du jour de congé, la suppression du service militaire ayant eu raison des pelotons qui y défilaient.

A la lecture de tout cela doit-on penser que la ville de Tournai a définitivement tourné le dos à son passé ? Certainement pas, de nouveaux rendez-vous ont été donnés aux tournaisiens, de nouvelles traditions sont en train de naître, l'agenda des festivités est toujours bien garni. 

13:47 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, lundi perdu, carnaval, foire de mai, foire de septembre |

17/09/2007

Tournai : vie quotidienne d'antan (3)

Le Lundi perdu ou Lundi Parjuré. 

Le lundi qui suit l'Epiphanie est appelé à Tournai, le "Lundi Perdu" ou "Lundi Parjuré". Les historiens locaux font remonter l'expression de "parjuré" à l'époque des "plaids", assises judiciaires tenues par les seigneurs fonciers au temps de Charlemagne. On y prêtait alors serment en jurant sur les Saints. Taire une vérité était se parjurer. On dit également que l'un de ces plaids avait lieu le lundi qui suit l'Epiphanie et se terminait alors par un banquet. D'autres historiens, proches des milieux religieux, y voyaient le parjure des Rois Mages, après l'Epiphanie, eux qui avaient promis à Hérode de lui indiquer où se trouvait l'Enfant Jésus qu'ils cherchaient.

Ce jour du lundi Perdu, dans les usines, les ateliers ou les bureaux, on avait pris l'habitude de chômer et durant l'après-midi, le travailleurs faisaient la tournée des estaminets. Pendant ce temps, depuis la matinée, la maîtresse de maison s'affairait à la préparation du repas du soir. Un repas de Rois. Au menu, tout d'abord, "le lapin à z'orelles de beos", petite saucisse piquée de bâtonnets qui représentaient bien souvent les étrennes du boucher et qu'on savourait accompagnée de compote ou de la "salade tournaisienne". Celle-ci, prise parfois en deuxième plat, se compose toujours d'ingrédients trouvés au jardin à cette époque de l'année : mâche (salade de blé), chicons (endives), barbe de capucins, oignons cuits au four, quartiers de pomme, haricots blancs, pissenlits, cerneaux de noix, huile, vinaigre, sel et poivre.

De nos jours, on multiplie les composants en y ajoutant par exemple des betteraves rouges, des carottes râpées, on veut sans doute la rendre plus riche mais on ne fait que dénaturer la traditionnelle salade. Il faut se rappeler que le Lundi Perdu est fêté dans, pratiquement, toutes les familles et que s'il s'agissait d'un repas de roi, il était préparé par des personnes de condition modeste. Ensuite vient celui que tout le monde attend : "el lapin aux preonnes et aux rogins (lapin aux pruneaux et aux petits raisins secs). Ne dit-on pas que " A Tournai, pour bin faire ceulle fiète, l'ceu qui n'a pos d'lapin n'a rin" ( à Tournai, pour bien réussir cette fête, celui qui n'a pas de lapin n'a rien).

Le rongeur a bien souvent été acheté au marché du samedi à la Place Saint Pierre, où "Noirte-Gueule" et les autres marchands ambulants procédaient au "rétindache" (action de tuer) et au "décarcassache" (enlever la peau) des lapins. On avait alors mortifié les chairs en le laissant pendre, dehors, "a l'gelée" pour qui soit "bin raide et bin beon". A notre époque, cette façon de procéder a disparu. Il est difficile d'imaginer le parfum qui envahit alors la maisonnée quand, à la fin de l'après-midi, le lapin "dodine" (mijote) dans sa sauce, ses oignons, ses prunes et ses raisins dans laquelle on "touille" (mélange) de temps en temps pour éviter qu'il n'attache ! Il sera servi accompagné de pommes de terre cuites à l'eau, jamais de frites ou de croquettes, ce que font trop souvent les restaurants actuels qui se sont emparés de la tradition.

Au début de soirée, tout le monde passe à table, on a invité d'autres membres de la famille ou des amis. A la fin du XIXème et au début du XXème siècle, le coutume des réveillons n'était pas encore fort développée (on restait éveillé à Noël pour la Messe de minuit, la saint Sylvestre n'était pas encore entrée dans les moeurs). Mais cette soirée de "grand plucache" peut être considérée comme le réveillon tournaisien. La publicité des festivités de fin d'année nous invite désormais à célébrer ces fêtes et il y est dit " Tournai, la ville aux trois réveillons" ! Il faut avoir l'estomac costaud durant ces trois semaines dans notre cité.

Avant de débuter les agapes, on procède au tirage des billets des rois. Ceux-ci détermineront le rôle de chacun durant le repas. L'un sera le roi et chaque fois qu'il lèvera son verre, on invitera les autres convives à faire de même en s'exclamant "le roi boit", l'autre sera le fou et se passera le visage avec un bouchon noirci à la flamme, il y aura aussi le serveur chargé de remplir les verres, le valet, l'écuyer, le confesseur.... Une coutume qui a tendance à se perdre était la rédaction de petites formule humoristiques du genre : "Quand j'meonte el' rue Saint Martin, j'tiens m'panche à deux mains" ou encore " j'sus pus souvint au cabaret qu'à l'églisse", formules populaires qui provoquaient l'hilarité des convives par rapport à celui qui les avait tirées. En fin de repas, on dégustera la galette des rois en évitant d'y trouver la fève, petit personnage de porcelaine ou simple haricot ajouté par celui qui l'a confectionnée en fin de cuisson. On ira se coucher tard, demain les jeunes retourneront à l'école, les hommes au travail et la femme nettoiera le logis et accommodera les restes. 

06:46 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, lundi perdu, lundi parjure |