22/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (8)

1996, l'orage qui couvait au sein de la royale Compagnie éclate !

L'année 1996 restera à jamais gravée dans les annales de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Après la disparition de quatre membres importants et à l'issue d'une année sabbatique, on pensait que le Cabaret allait vivre à nouveau des jours plus sereins. Si, en septembre, au moment de la proclamation des résultats du Concours Prayez, le ciel semblait s'être illuminé, il était présomptueux de croire que les beaux jours étaient enfin revenus ! Non, l'orage qui couvait et que parfois on devinait aux travers de déclarations des uns ou d'attitudes des autres éclatera soudainement à la fin de l'année.

Tournai, cabaret Wallon tournaisien, lucien jardez, philippe de smet

Concours Prayez 1996 : trois des quatre lauréats deviendront membres de la Compagnie en 1997, (de gauche à droite à partir de la croix) : Jean-Marc Foucart (et non Jean-Marie), Claude Delonville et Michel Petit. Le titre du journal semble signifier qu'aucun des auteurs n'est habitant de Tournai-Ville, un chauvinisme qui n'est pas de bon aloi en raison de la situation, ils demeurent néanmoins dans les faubourgs !

Premier coup de tonnerre, la disparition de la célèbre gazette du Cabaret : "Les Infants d'Tournai", créée en novembre 1954, parue cinq cents fois et sabordée par son rédacteur en chef qu'est le Président Lucien Jardez. Des difficultés financières et le manque de textes à publier sont les raisons évoquées par lui pour justifier la fin de la parution. C'est avant tout la lassitude de l'homme-orchestre qui en est à l'origine.

Ardent défenseur du patois auquel il a donné ses lettres de noblesse, serviteur incontesté de la Compagnie qu'il a portée à des sommets et amenée à faire connaître au-delà des frontières du Tournaisis, fine plume pour la rédaction de monologues, auteur de multiples fois récompensé pour ses contributions patoisantes mais aussi pour ses écrits en langue française, Lucien Jardez est tout cela (et peut-être même plus) mais... il possède un défaut flagrant, il est dogmatique. Depuis des années, il décrète, de plus en plus, ce qui est bon et mauvais pour le Cabaret, se montre intransigeant sur la qualité des textes qui sont présentés par de jeunes auteurs et exige de ces derniers une extrême rigueur et un talent inné pour une entrée au Cabaret. Toujours en recherche du mot juste et de la belle expression, Lucien Jardez est devenu, peu à peu, le défenseur d'une forme d'élitisme qui n'aurait certainement pas été partagée par les membres-fondateurs en 1907.

Un pouvoir sans partage ne peut conduire qu'à des réactions parfois outrancières. Deux clans se sont formés : les "Anciens" qui reconnaissent les qualités de ce Président élu en 1964 et qui, avec l'âge, ont perdu la fougue de la jeunesse pour le contredire et les "Modernes" soutenus par d'autres membres plus anciens qui souhaitent injecter du sang neuf dans la Royale Compagnie. Lassé par ce déchirement, déçu par les critiques dont il est l'objet au sein de la Compagnie mais aussi parmi certains membres cotisants, le 27 novembre 1996, Lucien Jardez rédige et envoie sa lettre de démission. Il met ainsi un terme à 53 années de présence et 42 années de présidence. 

1996 RCCWT démission de L Jardez (2).jpg

extraits de la lettre de démission de Lucien Jardez. 

Les propos extraits de la lettre de démission qu'un "vent favorable" a amenée à la presse traduisent la personnalité de l'auteur. Les amoureux du Cabaret lui sont reconnaissants du travail accompli pour avoir fait du Cabaret Wallon Tournaisien, une vitrine du "parler de chez nous", et d'avoir prouvé à tous que la langue picarde n'était pas ce langage des vulgaires et du petit peuple comme aimaient à le proclamer bien haut les snobinards et les parvenus de l'époque. Lucien Jardez a donc parfaitement raison de déclarer que, sous sa présidence, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien a atteint des sommets qu'elle n'avait jamais connus au cours de son existence, malheureusement... était-il vraiment nécessaire d'ajouter la phrase "et qu'elle ne connaîtra probablement plus jamais" ? Ce sont là des mots qui mettent au grand jour une personnalité imbue d'elle-même et aigrie, des petites phrases qui vont ternir quelque peu l'image de celui qui restera pour longtemps encore un défenseur de notre patois digne de figurer au panthéon des auteurs tournaisiens et wallons. Déçus par le départ de cet homme d'exception tout autant que par ses écrits parus dans la presse, les quelque deux mille membres cotisants de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se demandent finalement si le président n'avait pas l'intention inavouée de voir disparaître le Cabaret à brève échéance en créant une absence de relève.

 

1985 RCCWT distinction pour L. Jardez.jpg

Lucien Jardez avait été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de France en 1985.

1994 Tournai au Fil du Temps L Jardez (2).jpg

En 1994, Lucien Jardez, par ailleurs conservateur de "la Maison Tournaisienne", le musée de Folklore, était venu évoquer son autre passion pour Tournai, la préservation de son folklore, au cycle de conférences "Tournai, Au Fil du Temps" organisé au profit de l'institut d'Enseignement spécial "le Saulchoir" à Kain.  

Le départ inopiné de Lucien Jardez survenu dans une atmosphère conflictuelle latente ne doit pas faire oublier tout ce que la cité des cinq clochers doit à cet homme : outre sa très longue présidence au sein du Cabaret Wallon, il était aussi membre de l'A.S.B.L "Les Amis de Tournai", Chevalier Camerlingue de la "Confrérie des Chevaliers de la Tour". Il était également auteur de vaudevilles, de poèmes, de monologues et de nouvelles en prose, Conservateur du Musée de Folklore depuis 1982, Président de la section "Arts et Traditions populaires" au sein de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie, membre de l'Association Royale des Ecrivains Wallons. On lui doit la traduction en patois des BD : les "Pinderleots de l'Castafiore" (les Bijoux de la Castafiore d'Hergé) et "Les potieaux d'cabaret", ou encore "L'année de la bière", versions tournaisiennes des BD de Cauvin et Carpentier. Il a rédigé le "Glossaire picard tournaisien" et écrit "Les Géants de Tournai et leur suite" et "Tournai, Tournaisis". Il a participé aux émissions dialectales tournaisiennes sur Radio-Hainaut (Vivacité désormais) et, entre 1973 et 1984, il a composé tous les poèmes de présentation, en français, des Galas du Folklore Wallon qui se déroulaient au Palais des Beaux-Art de Bruxelles. 

Suite à la décision irrévocable de Lucien Jardez, plusieurs questions se posent désormais : que vont faire les Anciens qui l'ont toujours soutenu ? Qui va diriger le Cabaret ? Combien de membres comptera encore la Compagnie ?  Le Cabaret n'a-t-il pas reçu le coup de grâce ? 

1996 RCCWT démission de L Jardez (3).jpg

Le journaliste du "Courrier de l'Escaut" résume d'excellente manière la situation créée par le départ de l'homme qui incarnait le Cabaret depuis bien longtemps. 

Tel le phénix renaissant de ses cendres, le Cabaret va se doter d'un nouveau Président en la personne de son pianiste-accompagnateur Philippe De Smet (voir l'article qui lui a été consacré sur le présent blog). Symbole du renouveau annoncé, c'est le plus jeune membre qui va avoir la lourde charge d'assurer la continuité et on peut être... "optimiste" à ce sujet !

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007 à l'occasion du 100ème anniversaire la R.C.C.W.T. - presse locale - "Le Courrier de l'Escaut" pour les documents photographiques).

S.T. mars 2017.

16/02/2017

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

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1956 RCCWT Charles Maillet.jpg

En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

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Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

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Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

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C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

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Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.

16/01/2017

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (14)

Nous poursuivons cette série d'articles consacrés aux communes composant la Wallonie picarde par la découverte de l'entité de Pecq

Pecq.

La commune de Pecq, située sur l'axe Tournai - Kortrijk (la N50), est distante d'environ neuf kilomètres de la cité des cinq clochers et de dix-sept de la cité des Eperons d'Or. 

Depuis la fusion des communes du 1er janvier 1977, les villages d'Esquelmes, Hérinnes, Obigies et Warcoing lui ont été rattachés.

Pecq et Esquelmes se trouvent sur la rive gauche de l'Escaut, Hérinnes et Obigies sur celle de droite.  

A Pecq, l'église Saint-Martin, située sur la place, est de style gothique tournaisien tardif, elle a été édifiée entre le XVème et le XVIème siècle. 

Pecq est la cité natale (en 1916) de Lucien Jardez, auteur patoisant reconnu et ancien Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

La particularité de cette commune réside dans le fait qu'elle est surtout connue par les activités des villages qui lui ont été rattachés.

Esquelmes, situé le long de l'Escaut, au milieu d'un paysage bucolique, possède une petite église dédiée à saint Eleuthère. Située au bout d'une allée arborée, entourée de son cimetière, elle est une des plus anciennes églises de Belgique. De style roman, elle date en effet du XIème siècle.

Le village d'Hérinnes, situé sur l'axe qui relie Tournai à Oudenaarde (via Escanaffles), est une localité principalement agricole. L'église Sainte-Aldegonde, de style roman, a été construite au milieu du XIXème siècle, elle est l'oeuvre de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne. Dans le hameau de Léaucourt situé entre Hérinnes et Obligies, la "Maison de Léaucourt" est un lieu touristique, point de départ de belles balades guidées et d'animations pédagogiques consacrées à la découverte de la zone humide. La Maison de Léaucourt est située le long d'un ancien méandre de l'Escaut. La "Ventelle de Léaucourt" date de 1905 et a fonctionné jusqu'en 1953. Elle protégeait les localités des inondations provoquées par les débordements du fleuve. Elle a été restaurée en 1995. 

Le village d'Hérinnes est connu en Belgique et à l'étranger grâce à son "Brass Band". En 1861 fut fondée la fanfare "l'Union" d'Hérinnes. En 1977, sous la direction d'un jeune chef tournaisien ayant grandi à Warcoing, Edouard Elekan, elle adopta un large virage musical et devint le "Brass Band d'Hérinnes". Sous sa direction passionnée, le groupe musical donna de nombreux concerts en Belgique mais aussi au Grand-Duché de Luxembourg, en Allemagne, au Pays-Bas, en France et en Angleterre. Le chef se lia d'amitié avec le compositeur et arrangeur allemand Heinz Koldtiz qui vint régulièrement écouter l'orchestre et parfois même le diriger. Les prestations musicales du Brass Band d'Hérinnes furent gravées sur disques et sur CD. La télévision locale tournaisienne No Télé lui consacra un long documentaire et relaya même un concert donné à la Maison de la Culture de Tournai. En 2013, après plus de quarante années passées au service de la musique, ce chef que certains croyaient inamovible quitta brusquement le groupe et fut remplacé par Madame Aurélie Ducat. Les tensions apaisées, le Brass Band a poursuivi son petit bonhomme de chemin et fête, en 2017, ses 176 années d'existence.

Quel jeune (ou moins jeune) ne connaît pas le nom du village d'Obigies. Depuis plus de quarante ans, sa "Fête des Jeunes" organisée, chaque année à la mi-août, est le lieu de rendez-vous de milliers de fêtards durant quatre jours. Après avoir attiré des vedettes confirmées tel Carlos, Demis Roussos, les Charlots ... elle s'est transformée, il y a quelques années, pour devenue "l'Obigies Festival". Celui-ci propose, durant quatre jours, une suite de méga-concerts avec lasers et jeux de lumière animés par des D.J réputés venus de Belgique, de France et d'ailleurs. Le village est également connu pour sa "Fête du Géranium" qui a lieu chaque année, le premier week-end de mai. Après plus de vingt années d'existence, l'événement est cependant à la recherche d'un second souffle. 

Sur une colline appartenant à l'ancien domaine des Seigneurs de Crécy qui y vécurent au XIIIème siècle avant de venir s'installer au Saulchoir, se dresse le vestige de l'ancien moulin de Barbisart, détruit en partie lors du premier conflit mondial. 

A Warcoing, installé dans une maison de maître du XIXème siècle, le "Musée de Jules Jooris", du nom de son fondateur, est consacré à l'histoire de la vie dans les campagnes et permet au visiteur de se promener dans une salle de classe, un estaminet, d'une cuisine... le tout parfaitement reconstitué ainsi que de découvrir une salle des métiers. Le musée propose, en outre, des animations pédagogiques comme celle consacrée à la "chasse au Gaspi". 

Voici encore des dates à ajouter à l'agenda des festivités en Wallonie picarde.

(sources : site de Pecq et visites personnelles des lieux).

S.T. janvier 2017

 

10/08/2016

Tournai : évolution de la ville lors des dernières décennies (5)

Les années nonante.

De nombreux événements vont marquer cette décennie. Nous les présenterons en quatre catégories principales :

Les  nombreux incendies, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, les disparitions de personnalités et la Fondation Follereau.

Les incendies :

Deux incendies spectaculaires vont avoir raison de la firme "Unisac" située à l'avenue de Maire.

1995 incendie Unisac (2).JPG

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Le premier éclate au petit matin, le 16 avril 1995 (photo ci-dessus). Durant quelques heures le ciel tournaisien est assombri par une épaisse colonne de fumée noire visible à des kilomètres à la ronde.  

      

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Les installations seront totalement détruites mais le bâtiment sera reconstruit et l'usine qui imprimait notamment des sacs de papier reprendra ses activités sous le nom de "New Unisac".

Ce ne sera pas pour longtemps, hélas, car le 2 janvier 1999, un nouvel incendie criminel détruira définitivement l'entreprise tournaisienne, le personnel qui avait surmonté les restructurations successives et fait face au sinistre précédent ira, malheureusement, grossir les rangs des demandeurs d'emplois. 

Deux incendies toucheront également l'Administration Communale. Le 11 août 1990, vers 2h30 du matin, les bâtiments situés dans la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville sont en feu. Les services de l'Etat Civil sont particulièrement touchés, des archives inestimables reconstituées après les bombardements de 1940 sont à jamais détruites. Cinq mois plus tard, les locaux provisoires qui abritent ces mêmes services sont une nouvelle fois la proie des flammes. Cette fois, le bâtiment du Musée d'Histoire Naturelle est menacé. 

On notera également les incendies du magasin "Le Roi du Matelas" à Froyennes, d'une pizzeria à la rue Saint-Martin et la tentative criminelle dans une résidence à appartements du quai Sakharov, tous les trois en 1995. En 1997, ce sont les établissements "Blanchitou" à la rue Hautem qui seront détruits par le feu et en janvier 1999, la discothèque "l'Indigo" à la rue Saint-Martin.

Le Cabaret Wallon

Année noire pour les chansonniers tournaisiens, entre  les mois de février 1994 et de janvier 1995, ils vont perdre quatre des leurs :

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Anselme Dachy, le pianiste, avant-dernier à droite de la seconde rangée) décède en février 1994, Jean Leclercq (dernier à droite de la seconde rangée, voisin d'A. Dachy) décède en juillet 1994, Lucien Feron (2ème à gauche de la dernière rangée) nous quitte en octobre 1994 et Eloi Baudimont (2ème à gauche de le première rangée) décède en janvier 1995.

En 1991, le Cabaret avait déjà enregistré le décès de Cyril Delbecq. 

Des divergences de vues au sein de la compagnie quant à la pérennité de celle-ci vont amener la démission du président Lucien Jardez en novembre 1996. Heureusement, grâce à l'arrivée de jeunes pousses, la Compagnie va poursuivre sa route vers son centième anniversaire. Certains la voyaient déjà disparaître !

 

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Autres disparitions enregistrées lors de cette décennie : celle de Raoul Van Spitael, en 1992, qui était bourgmestre depuis 1976, de l'évêque Charles-Marie Himmer en 1994 et de Roger Leveau dit '"Casquette", sans nul doute, le plus connu des supporters du Racing de Tournai, en 1995.

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La fondation Follereau (antenne régionale des amis du Père Damien) :

Voilà une association dont les membres se donnent sans compter afin de venir en aide aux parias de notre société : les lépreux. Depuis les années soixante, on les rencontre à leur quartier général de la Halle-aux-Draps lors du dernier week-end de janvier dans le cadre de la "Journée Mondiale des Lépreux" et on ne peut manquer leur stand à la Braderie de Tournai installé alors en face de la teinturerie Godet. Durant cette décennie, les membres de la fondation vont multiplier les actions au service des malades de la lèpre. Ils tisseront des liens d'amitié avec la léproserie d'Abou Zabaal près du Caire où iront travailler chaque année de nombreux bénévoles comme ils l'avaient fait depuis les années septante pour la léproserie de San Francisco de Borja à Fontilles en Espagne. Ils accueillent des résidents du centre espagnol à l'ombre des cinq clochers.

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Le 8 octobre 1999, les membres de la fondation seront en émoi car des individus peu scrupuleux ont volé le buste de Raoul Follereau installé près de la chapelle Saint-Lazare (ou chapelle des Lépreux) inauguré en décembre 1997. 

Nous ne pouvons terminer ce rappel de la décennie nonante sans évoquer deux noms de Tournaisiens qui restent à jamais gravés dans la mémoire collective :

Bruno Méaux, para-commando assassiné avec neuf compagnons d'armes à Kigali en avril 1994 et Sabine Dardenne enlevée sur le chemin de l'école par un pervers le 28 mai 1996 et qui sera retrouvée 80 jours plus tard. 

(documents photographiques : photos remises par Jacques de Ceunink, photos tirées de la presse locale, collaboration appréciée de Jean-Paul Foucart).

S.T. août 2016.

24/05/2012

Tournai : origine du noms des rues des faubourgs (2)

Nous poursuivons notre visite du faubourg Saint-Martin à la découverte de l'origine du nom de certaines rues.

Nous avons traversé la chaussée de Willemeau et nous prenons la direction du quartier dit du "Maroc". Presqu'en face de la rue Jean Cousin se trouve la rue Doublet, appellation qui lui a été conférée en 1969 en remplacement de celle de "chemin Doublet ou chemin n°42". Dans cette rue se situe l'entrée principale de l'école paroissiale créée vers 1890 par la congrégation des religieuses de la Providence de Saint-Jean de Basel. En face, le Centre public d'Aide Sociale a érigé une résidence pour personnes agées composée de maisons sans étage et d'une tour à appartements de six étages. le nom de la rue provient probablement d'un des habitants.

Parallèle à la rue Doublet, en revenant vers la rue Général Piron (dont nous avons déjà parlé), la rue Mullier est le nom que porte, également depuis 1969, le "chemin Mullier ou chemin n°69". A l'arrière de l'école maternelle et primaire, la salle paroissiale a aussi accueilli, au milieu du XXe siècle, le Cinéclair, cinéma familial, qui présentait des films anciens ou de série B. Elle aussi doit son nom à un des habitants du lieu. 

Ces deux rues débouchent sur le Vieux Chemin d'Ere dont il est inutile de préciser l'origine du nom. 

Alors que celui-ci se dirige vers le village, un embranchement a pour nom la rue des Moissons, anciennement dénommée "chemin n°41 ou carrière de Barges". Il est situé à proximité des terrains d'entraînements de l'ancienne Union Sportive Tournaisienne. Il passe ensuite sous le pont de chemin de fer de l'ancienne ligne Tournai-Orchies transformée à cet endroit en un sentier de promenade qui mène jusqu'au centre du village d'Ere. A son extrémité, lorsqu'il rejoint la rue du Hameau de Barges, se trouvait un ancien moulin à eau.

La liaison entre le Pont à Rieu, carrefour situé au bas de la rue Général Piron et le centre du village d'Ere porte trois noms successifs : tout d'abord la rue des Carrières en raison de l'existence de deux carrières exploitées au XIXe et au début du XXe siècle dont l'une, la carrière de Barges, est bien connue des amateurs de plongée sous-marine. Ensuite, la rue du Hameau de Barges et enfin la rue du Château qui rappelle l'existence du château occupé par la baronne de Croëser durant la première partie du XIXe siècle qui en fit don au père passioniste italien Dominique pour la construction d'un noviciat, d'un couvent et d'une chapelle, entre 1842 et 1845. 

Là où s'élève ce couvent occupé par les Pères entre 1842 et 1995, la rue a pris tout naturellement le nom de rue des Pères

Revenant sur nos pas, nous traversons rapidement le quartier du Maroc, nous avons déjà parlé de l'origine de la rue Adolphe Prayez (1883-1917, membre fondateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien qui a donné son nom à un concours pour la défense de notre patois) dont l'appellation a été décidée par le conseil communal en 1946, de la rue Roméo Dumoulin (1883-1944, peintre tournaisien), nom donné en 1951 et la rue des Collets Rouges dont le nom date d'avril 1965 lors de l'agrandissement du quartier. Celui-ci commémore ces pourvus qui, au XIXe siècle, exécutait des travaux légers chez les bourgeois contre une maigre rétribution. Leur habillement désignaient ces personnes souvent légèrement handicapée par le port d'un collet rouge pour les hommes. Elles étaient, hélas, bien souvent l'objet de moqueries.

En décembre 1972, voulant rendre hommage à la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, l'administration communale décida de donner le nom de place du Cabaret Wallon, à la place du jeu de balle tracée au coeur du quartier et que ses habitants appelaient alors la "Grande Piste". L'inauguration par le bourgmestre Fernand Dumont eut lieu le dimanche 15 septembre 1974 et se termina par...une séance de cabaret !

Dernière rue de ce lieu populaire, la rue Saint-Eloi, qui forme elle aussi une placette, a été ainsi baptisée lors du conseil communal de mars 1927. C'est à cet endroit que furent construites, par le Logis Tournaisien, les premières habitations sociales de ce quartier en 1923.

Les amoureux du ballon rond et, particulièrement, de la Royale Union Sportive Tournaisienne se souviennent, probablement avec nostalgie, de la rue des Sports où était situé le terrain des Rouge et Vert. Son nom lui a été donné lors du conseil communal de septembre 1933, elle relie la rue de la Citadelle à la rue Général Piron. Désormais se dresse, à cet endroit, le nouvel hôpital du CHWAPi (Centre Hospitalierde Wallonie picarde). C'est dans cette rue qu'habitaient deux Tournaisiens connus, Alfred Verdière (1896-1965), Chef de l'harmonie des Volontaires Pompiers et professeur au Conservatoire de Tournai et Lucien Jardez (1916-2000), Président du Cabaret Wallon Tournaisien. 

La rue de la Citadelle qui prolonge la rue des Sports vers le carrefour des Résistants a été ainsi baptisée en juin 1877 après le démantèlement des fortifications de la ville et de la citadelle dite de Vauban, érigée sous Louis XIV. On y trouve notamment l'ancien hôpital militaire "Quartier Major Médecin de Bongnie", construit entre 1899 et 1908 et inauguré en 1912, la caserne Baron Ruquoy qui s'élève à l'emplacement de l'ancienne citadelle et les anciens bâtiments de la gendarmerie, aujourd'hui abandonnés depuis la fusion avec la police. Sous la rue, les "Amis de la Citadelle" ont mis à jour les souterrains qui partent vers le centre de la ville. Chaque année, des équipes de passionnés découvrent et sécurisent de nouveaux tronçons afin de permettre les visites à ceux qui aiment découvrir des éléments de notre patrimoine. Large, très pentue et aux pavés disjoints, la rue de la Citadelle aurait pu être inclue au programme des coureurs du Tour de France lors de l'arrivée du 2 juillet, elle aurait probablement permis une sélection à moins d'un kilomètre de l'arrivée, toutefois, à hauteur du carrefour des résistants, son accès est rendu impossible pour un imposant peloton de coureurs en raison de la sinuosité et de l'étroitesse des voiries qui la séparent des boulevards. 

Située entre la rue de Barges et la rue de la Citadelle, la rue Jean de Mesgrigny date des années septante lors de la construction de logements pour les militaires. Jean de Mesgrigny a vécu au XVIIe siècle, ingénieur, il fut également capitaine des Cadets gentilhommes de Tournai en 1682. On lui doit, en compagnie de Deshoullières, les plans de la citadelle.

Connue, également, la rue Despars qui se situe entre l'arrière des bâtiments militaires et l'institut de Défense Sociale, "les Marronniers". Jacques Despars est né à Tournai à la fin du XIVe siècle, Il fit des études à Paris et à Montpellier. Il fut médecin et clerc, chanoine et premier médecin de Charles VII, ambassadeur au concile de Constance qui eut lieu entre 1414 et 1418. Il est mort dans sa ville natale de Tournai en 1458, à près de quatre-vingt ans. Il a instauré trois bourses perpétuelles pour trois étudiants tournaisiens. 

(sources : étude de Ghislain Perron parue dans les mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - tome VI de 1989 et recherches personnelles).


09/01/2012

Tournai : le "tirage au sort" !

Lors de la rétrospective consacrée aux évènements qui marquèrent l'année 1900 à Tournai, nous avons évoqué le "tirage au sort". Héritage français, ce système était d'application dans notre pays entre 1830 et 1909. Durant la dernière décennie du XIXe siècle, il fait l'objet de vives critiques. Lorsque le général J. Brassine est devenu ministre de la Guerre (c'est ainsi qu'on appelait le Ministère de la Défense à l'époque), il s'est déclaré disposé à substituer à ce système (dit de remplacement) un service militaire personnel et obligatoire comme celui déjà d'application en France et en Allemagne. Son projet fut présenté au Parlement en 1896 mais fut rejeté par les associations politiques conservatrices dirigées par Charles Woeste sous l'affirmation que "personne ne doit être contraint d'être soldat". Ce rejet fut à la base de la démission du général Brassine qui fut remplacé par Jules Vandenpeereboom qui aura vite fait d'enterrer le projet. Le système qui reste ainsi en place prévoit le service militaire obligatoire à raison d'un fils par famille. 

Ce tirage a lieu chaque année, au mois de février et se déroule dans le chef-lieu de canton. A Tournai, il a pour cadre dans la Salle des Conférences, elle se trouve dans les bâtiments qui font face à l'Hôtel de Ville, là où sont installés désormais les différents services administratifs (Etat Civil, Population, Cimetières...). Il était attribué à chaque canton un nombre de conscrits devant former le contingent. En cette année 1900, il était de 306. Les jeunes gens qui tiraient un numéro supérieur au contingentement étaient dispensés du service.

Si le soulagement était grand pour le jeune homme et il l'était tout autant pour sa famille car il faut savoir que le service durait à cette époque trois ou quatre ans. Un enfant parti servir la patrie, c'était deux bras en moins pour réaliser les travaux dans une ferme, un commerce, à l'atelier familial ou un revenu du travail perdu. Lucien Jardez dans son livre "Tournai, Tournaisis" qualifie ce système d'inique et il a totalement raison.

Si le fils d'un famille aisée avait tiré un "mauvais" numéro et devait ainsi partir accomplir son service, ses parents fortunés pouvaient payer le fils d'une famille pauvre pour le remplacer. L'auteur cite un article paru dans le Courrier de l'Escaut du 19 janvier 1850 : "Milice Nationale. Remplacement garanti. Facilités de paiement. Marché à forfait avant le tirage. le Notaire (X)..., résidant à Tournai, correspondant de la Compagnie fondée à Bruxelles pour la libération de la Milice Nationale, est chargé de traiter à des conditions avantageuses avec MM. les militaires qui voudraient se faire remplacer ou contracter forfait avant le tirage au sort". On cite que le montant demandé pour ce remplacement équivalait à la valeur d'une petite maison !

Le tirage au sort avait donné naissance à des pratiques mêlant les superstitions et la religion. Des mères cousaient, bien souvent à l'insu de leur fils, des médailles religieuses ou des amulettes et même des petits sacs en toile contenant un peu de terre prélevée sur la dernière tombe ouverte au cimetière. On dit également que certaines mères allaient rencontrer de vieilles femmes qu'on qualifiait de sorcières afin d'éloigner le mauvais sort ou d'amener une issue favorable au tirage. Ces pratiques étaient surtout l'apanage des familles pauvres qui n'avaient pas les moyens "d'acheter" un remplaçant. 

Après le tirage, les conscrits venus d'endroits éloignés du canton prévenaient leur famille du bon ou du mauvais sort en envoyant un cavalier ou un pigeon voyageur. Ensuite les jeunes gens achetaient des fleurs en papier, des rubans multicolores, des insignes qu'ils épinglaient soit sur leur poitrine, soit sur leur casquette où apparaissait aussi le numéro tiré (qu'il soit gagnant ou perdant). A partir de l'Enclos Saint-Martin, ils se répandaient alors en bandes bruyantes dans les rues de la ville pour faire la fête ou... se consoler. Moment de liesse, de libations mais aussi, parfois, de batailles rangées qui se terminaient au poste de police.


05/08/2009

Tournai : l'année 2000 sous la loupe (5)

Nous clôturons la rétrospective de cette année 2000 à Tournai. Une visite princière, celle de Philippe et Mathilde, se déroule le mercredi 9 février. Accueillis par le Bourgmestre, Roger Delcroix, les princes sont reçus en la Halle-aux Draps où ils peuvent faire un tour d'horizon complet des spécificités de la ville. Directeur d'Ideta, Guy Demeulemeester, présente la maquette du projet d'aménagement du site des Douze Césars situé entre la Grand'Place et la rue Perdue comprenant la rénovation du Fort Rouge, vestige de la première enceinte communale. Mme Mol présente au couple princier quelques pièces prestigieuses de la porcelaine et de la tapisserie tournaisienne. Ils assisteront ensuite à une partie de "jeu de fer", jeu typique du Tournaisis et du Nord de la France et pourront admirer quelques géants de Tournai. Le couple princier reprendra la route après avoir sacrifié au traditionnel bain de foule parmi laquelle les jeunes élèves fréquentant le Saulchoir à Kain étaient probablement les plus fiers.

En sport, relevons une information qui en étonna plus d'un, le jeune Tournaisien Cédric Merchez qui avait brillé, en tennis de table, sous la vareuse du Sparta Mouscron, mais qui était régulièrement snobé par les sélectionneurs nationaux devint, au sein de son nouveau club de Mortsel, champion... néerlandophone. Nul n'est prophèrte en son pays, le dicton, une fois de plus, n'a pas menti !  Pour une fois nous ne parlerons pas des deux clubs de football tournaisiens, le Racing et L'Union ont réalisé un championnat médiocre, se contentant de terminer dans le ventre mou de leurs divisions respectives et évitant même la relégation !

Au point de vue social, l'économie tournaisienne est à nouveau secouée par des conflits. On continue à licencier chez Casterman, après la restructuration, l'entreprise entreprend le rédéploiement. La direction souhaite partager les activités en trois secteurs distincts : le livre, la pré-presse et le roto-brochage. Ceci devrait entraîner la mise à la prépension de 4 ouvriers mais aussi 10 licenciements. Chez GB, c'est le refus par la direction d'accorder une pause-carrière à certains demandeurs qui est à l'origine de la grève du samedi 1er avril. Le mardi 12 septembre, l'automobiliste tournaisien a bien souvent tourné en rond à la recherche d'un passage entre les barrages érigés par les transporteurs routiers mécontents de la flambée du prix du diesel. Les principales entreprises régionales ont leurs entrées bloquées par des camions et tracteurs, des véhicules interdisent l'accès à la gare. Ce mouvement alla crescendo lors des jours qui suivirent. On prend conscience à cette occasion que le fuel domestique atteint des sommets. En dix ans, le prix de litre est passé de 4,80 Fb (0,12 Euros) à 18,55 Fb (0,46 Euros) cela devient vraiment onéreux de se chauffer !.

Comme pour ajouter son écot, la météorologie joue aussi des tours. Jamais le mois de juillet ne fut aussi mauvais, on enregistra une température maximale de 14° à la fin de la première décade et pour arrêter une pluie presque continue, on pria même à la grotte d'Allain pour le retour du beau temps. La pluie n'arrête pas le pélerin, elle ne stoppa pas non plus les milliers de cyclo-touristes venus de Belgique, de France, de Hollande, d'Espagne, du Portugal, d'Allemagne, du Grand-Duché de Luxembourg, du Danemark ou de Pologne pour une concentration dans la cité des cinq clochers. Paradoxe, lors de la Fête Nationale, le 21 juillet, jour habituel de la "drache" nationale, le soleil brilla de mille feux ! Les amateurs de patois tournaisiens virent disparaître, en cette année 2000, deux figures légendaires de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et de la "Revue de la Kermesse", Lucien Jardez décédait le 29 avril et quatre mois plus tard, son complice de toujours, Marcel Roland, le rejoignait au paradis des chansonniers. "Jojo et Nénesse", les deux compères de la revue étaient à nouveau réunis sous d'autres cieux. Comme on a pu le voir, tout au long de la rétrospective qui lui a été consacrée, l'année 2000 avait été riche en évènements, heureux et malheureux, c'est finalement le lot de chaque année qui passe à Tournai ou ailleurs...

07/07/2009

Tournai : Lucien Jardez, défenseur de notre patois

Grâce aux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, notre patois local n'est pas mort, il peut encore espérer avoir de belles années devant lui. Si tous les membres qui s'y succédèrent depuis plus de cent ans ont enrichi par leurs chansons et leurs écrits, la langue de chez nous, il en est un qui fut son plus ardent défenseur, le Président Lucien Jardez.

Lucien Jardez est né le 23 avril 1916 à Pecq, village situé à moins de dix kilomètres de Tournai. C'est à l'Athénée Royal de Tournai (appelé désormais Athénée Bara) qu'il fit ses études secondaires en section gréco-latine. Celles-ci réussies, il s'orienta alors vers la Philologie et s'inscrivit à l'U.L.B., malheureusement d'importants problèmes de santé mettront une fin prématurée à son parcours d'étudiant. Revenu dans notre région, il entra comme employé aux Archives de l'Etat à Tournai. C'est là qu'en compagnie d'un autre membre du personnel, Mr Coinne, il eut à faire face au bombardement du bâtiment durant la seconde guerre mondiale. N'écoutant que leur courage, les deux hommes parvinrent à sauver quelques dizaines de manuscrits précieux de l'incendie qui détruisit l'entiéreté des collections. La guerre terminée, c'est vers l'enseignement que Lucien Jardez se tourne et il débute commé éducateur à l'Ecole Moyenne de Pecq, son village natal. Il deviendra par la suite Secrétaire de Direction au Lycée Royal de Tournai (désormais appelé Lycée Robert Campin) dans le quartier du Château. Il y restera jusqu'à la retraite.

Dès l'âge de vingt ans, Lucien Jardez qui a toujours voué une passion au patois, allant jusqu'à noter dans de petits carnets les expressions entendues dans la sphère familiale, développe ce profond intérêt pour la langue de nos ancêtres, une langue dont il défendra la pureté durant toute son existence. Il est donc normal que ce jeune homme de 26 ans fasse son entrée en 1942 au Cabaret Wallon Tournaisien, véritable temple de la Culture picarde. Sa rencontre avec Charles Maillet, autre érudit patoisant, va lui être hautement bénéfique. Non seulement, il va pouvoir parfaire ses connaissances mais il se verra remettre le glossaire d'un membre fondateur du Cabaret, Ernest Ponceau (Président durant trente deux années). Charles Maillet qui avait fait son entrée douze ans plus tôt (en 1930) accède à la Présidence de la Compagnie en 1956, il assumera celle-ci jusqu'en 1964. Lorsqu'il souhaite se retirer et accepte la Présidence d'Honneur, c'est tout naturellement Lucien Jardez que ses pairs plébiscitent pour lui succéder.

Il présidera les destinées du Cabaret jusqu'au 27 novembre 1996, date à laquelle, il envoie sa lettre de démission.  La rédaction de celle-ci aura probablement était un moment difficile pour Lucien Jardez. Puriste, méticuleux, il défendait la qualité de son patois, bec et ongles et, pour lui, le fait d'être primé à l'annuel concours Prayez, créé pour dénicher de nouveaux auteurs patoisants, ne signifiait pas l'entrée automatique au sein de la Compagnie. Lui le spécialiste du monologue, de la juste expression, de l'orthographe précise, ne souhaitait pas qu'on dénature le patois. Ses amis d'alors essayèrent de lui faire admettre qu'une telle attitude intransigeante mettait en danger la survie du Cabaret, qu'il était impérieux d'injecter du sang neuf à la vieille dame créée en 1907, que le stagiaire invité à entrer pourrait continuer à progresser. Les arguments développés ne parvinrent pas à ébranler sa décision, la mort dans l'âme, las des critiques, Lucien Jardez, se sentant en minorité, préféra partir. "L'Orvue de l'karmesse" était disparue quelques années auparavant, cette fois, Jojo (Lucien Jardez) abandonnait Nénesse (Marcel Roland), les deux compères qui avaient fait les beaux jours de la revue en y intervenant entre chacune des scènes ... (à suivre)

10:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cabaret wallon tournaisien, lucien jardez |

18/01/2009

Tournai : expressions tournaisiennes.

Durant le printemps 2008, un film a fait succès à Tournai comme partout ailleurs, "Bienvenue chez les Ch'tis" y a été projeté pendant près de quatre mois au complexe Imagix. Avec 20 millions d'entrées en France et plus d'un million en Belgique, le film de Dany Boon a détrôné "La grande vadrouille", en tête du hit-parade des succès cinématographiques depuis 1965. Présenté dans plusieurs salles en même temps, il affichait toujours complet.

Plus encore que d'autres villes wallonnes, Tournai a fait la fête à ce film pour deux raisons : le fait que Dany Boon avait été étudiant à l'institut Saint-Luc de Ramegnies-Chin et avait, avec ses copains, hanté les nuits estudiantines tournaisiennes où il s'était fait de nombreux amis, mais aussi parce que le patois tournaisien est un patois picard, très proche de celui parlé dans le Nord de la France. Pour mieux comprendre le patois tournaisien, l'Optimiste s'est référé à deux ouvrages publiés par un orfèvre en la matière, Mr. Lucien Jardez qui fut Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et conservateur de la "Maison Tournaisienne", le musée de folklore. .

A travers le "Glossaire Picard Tournaisien", paru en 1998 dans la série des "Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai" où il reçut l'aide de Mme Nicole Demaret, actuelle conservatrice, et de "Tournai, Tournaisis" paru en 1989 chez l'éditeur Paul Legrain dans la collection "Mémoire de Wallonie", il nous est donné d'appréhender ce patois qui fut, à tort, décrié à une certaine époque. Savez-vous qu'il fut banni des écoles et des conversations familliales considéré comme vulgaire parce qu'il était la langue du peuple. Il est anormal de renier le parlé de ses ancêtres, après tout, notre belle langue française hissée sur le pavois par les précieux n'est-elle pas finalement que le patois de l'Ile de France qui s'est imposé aux autres de par la présence de la Cour du Roi en ce lieu même si elle a évolué par la suite ?

Tournaisien qui aime retrouver ses racines ou étranger à la région qui souhaite les découvrir, vous trouverez régulièrement, au sein de cette série, des expressions typiquement locales et des mots qu'on ne trouve nulle part ailleurs d'où se dégagent des saveurs qui fleurent bon la caractère tournaisien. Le Tournaisien, disait Lucien Jardez, procède par métaphores, allégories et antithèses. Aphorismes, maximes et proverbes abondent dans sa conversation. Sagesse innée, teintée d'ironie parfois mais jamais d'impertinence. Langage imagé, jamais cru, mais traduisant avec justesse, la volonté de son auteur aurait-il pu ajouter.

En guise de mise en bouche, l'Optimiste vous offre une expression que n'aurait pas renié Coluche : "L'bonheur i-est fait pou l'z'hureux et l'malette pou les brimbeux" (Bonheur aux riches et malheur aux pauvres). Dans cette expression, "l'malette" désigne le sac de toile des mendiants (les brimbeux). Un conseil destiné plus particulièrement aux retraités où à ceux qui le deviendront bientôt : "Cul dins l'fauteul, pied dins l'cerqueul", tous les médecins vous le diront, les personnes âgées doivent conserver une certaine activité. La sédentarité est mauvaise pour la santé. Si t'es à l'retraite, reste pos tout l'journée sur Internet, te vas attraper des meots d'tiète et eine mauvaise circulatieon dins tes gambettes ! Une dernière expression qui va ravir les "machos" : "I n'a pos d'si p'tit queo qui n'est maîte de s'poulette" (Le mari doit savoir imposer sa volonté), le mot queo désigne le coq. La-d'ssus, j'vas vous quitter, mes gins, j'risque d'avoir l'M.LF. su l'deos...

(S.T. janvier 2009)

11:01 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, picard, patois, lucien jardez |

23/12/2007

Tournai : le Musée de Folklore

L'Histoire est le lien qui relie tous les hommes, elle enseigne la formation et l'évolution de la vie en société, les faits qui créèrent des alliances et des mésalliances, des conflits et des réconciliations, des déclarations de guerre et des traités de paix. L'Histoire ne s'arrête donc pas aux frontières d'un pays, d'une région, d'une localité.

Cependant, dans le monde, chaque région possède sa propre histoire, elle est composée d'une foule de petits faits, parfois anodins, très limités géographiquement, qui déterminent la vie de ses habitants, on appelle cela les us, les coutumes, la façon propre à une région d'appréhender des moments particuliers dans la vie de l'homme. On parle alors de folklore !

La Ville de Tournai possède, à deux pas de la Grand'Place, aux 32-36 Réduit des Sions, son musée du folklore, mieux connu sous le nom de " Maison Tournaisienne".

C'est juste après la première guerre mondiale, lors d'un voyage à Colmar, en 1920, que Walter Ravez, magistrat, historien et passionné de traditions locales envisage de créer à Tournai un musée de folklore. En compagnie de deux amis, Jules Messiaen, grand collectionneur d'objets anciens, et Gaston Horlait, important homme d'affaires, il achète, dans une ruelle menant à la Grand'Place, deux immeubles délabrés, édifiés à la fin du XVIIe, en briques et pierre, de style espagnol. Après restauration, les maisons peuvent accueillir le musée du folklore qui ouvre ses portes en mai 1930. Walter Ravez en devient tout naturellement le premier conservateur.

En 1936, une petite maison voisine est aménagée pour y créer la conciergerie. Hélas, les bombardements de mai 1940 détruisent la totalité du musée ne laissant, pour uniques témoins de son existence, que les façades. Les Tournaisiens ne se laissèrent pas abattre par ce coup du sort et des centaines d'habitants apportèrent au conservateur de très nombreux objets détenus dans une cave ou un grenier. Sa collection reconstituée, la Maison Tournaisienne ouvrira à nouveau ses portes en 1950, malheureusement en l'absence de son fondateur, décédé en 1946. Elle sera désormais le véritable conservatoire de la vie de la cité.

Si au cours de la visite, on veut s'arrêter dans chaque pièce, examiner chaque objet présenté dans son décor d'alors, admirer la scénographie, lire les nombreux textes explicatifs, alors une journée complète ne suffit pas !

La reconstitution de l'atelier du balotil, celle de la cuisine d'une habitation modeste du 19e siècle, d'une forge, d'une vieille boutique ou d'un vieux cabaret dans lequel on découvre le jeu de fer, jeu populaire tournaisien par excellence, la chapelle, le cloître des clarisses et le "tour des enfants trouvés", la salle des maquettes avec le majestueux plan en trois dimension de Tournai en 1701, telle que la ville se présentait sous Louis XIV et celles de bâtiments aujourd'hui disparus, voilà déjà quelques raisons d'émerveillement.

La salle des jeux populaires, celle consacrée au carnaval d'antan et aux plaisirs de la rue, au Cabaret Wallon, aux anciens uniformes, les mille et un objets provenant du folklore nobilaire ou religieux, les usages calendaires, le théâtre des marionnettes, sont autant de sujets de découverte. Que dire alors de la reconstitution plus récente d'une pharmacie ayant réellement existé à Tournai et celle d'une salle de classe du milieu du 20e siècle.

Au premier étage, à l'entrée d'une salle, attendez-vous à être accueilli par Grammère Cucu ou Louis Spinette, le nain Louis XVIII ou une austère religieuse ! Nicole Demaret, l'actuelle conservateur a succédé à Lucien Jardez et poursuit l'oeuvre de sauvegarde et de présentation que ce dernier, orfèvre en la matière, avait entamé avec l'enthousiasme et l'amour pour sa cité qu'on lui connaîssait. Le musée offre ses trésors dans une succession de 23 salles et un espace visitable de plus de 1.100 m2.

Avec le Musée de Folklore se termine la visite des musées tournaisiens, l'Optimiste a une préférence pour cette Maison Tournaisienne, où le temps semble s'être arrêté et où un sentiment de sérénité transparaît à quelques pas de l'animation quotidienne du centre-ville. Demain, nous parlerons d'un "musée vivant", le plus récent, celui de la marionnette : le Créa-Théâtre !