25/01/2017

Tournai : balades en ville - Autour de l'Hôtel de Ville !

J'entame aujourd'hui une visite virtuelle de Tournai uniquement par l'image. Voici donc quelques documents photographiques extraits de ma collection, des photos qui datent des années 2003 à 2006, prises au cours de diverses balades dans les rues de la cité des cinq clochers. Il est à noter que si ces clichés ont été réalisés, il y a environ 14 ans, ils représentent des endroits de la ville qui ont été épargnés par les nombreux chantiers. Le visiteur pourra donc les retrouver aisément dans les quartiers proches de l'hôtel de ville.

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1. Le cloître de l'Hôtel de Ville vu du parc communal.

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2. Fontaine dans le parc communal

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3. La statue du peintre tournaisien Louis Gallait (au fond, à droite la cour d'honneur de l'Hôtel de Ville). Déplorons que ce superbe lieu soit en permanence pollué par un des symboles du progrès : la voiture !

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4. Le kiosque du parc communal où se produisit, a cappella, le baryton Jean Noté et où étaient donnés jusqu'il y a peu les concerts d'ouverture de la Kermesse de septembre par l'Harmonie des Volontaires Pompiers. 

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5. La place Reine Astrid vue du parc communal, havre de paix au cœur de la cité (à noter que la façade de l'immeuble a été rénovée récemment).

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6. La tour de la Loucherie dans la rue Garnier

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7. Tour de la Loucherie (vue sous un autre angle).

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8. La rue Saint-Martin et la cathédrale Notre-Dame pas encore corsetée d'échafaudages métalliques. 

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9. Ancienne ferme Casterman située à la rue de France

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10. La même ferme vue sous un autre angle.

(documents photographiques : 1-3-4-5-6-8 Serge Tranchant - 2-7-9-10 Francis Bauduin).

S.T. janvier 2017

06/05/2015

Tournai : l'année 1861 sous la loupe.

En cette année 1861, quelques événements vont retenir l'attention des historiens.

C'est avant tout vers l'actualité internationale que les regards vont se porter. Aux Etats-Unis, le 12 avril, débute la "Guerre de Sécession". Elle oppose les Etats-Unis d'Amérique désignés sous le nom de "l'Union" aux Etats Confédérés d'Amérique, "la Confédération". C'est une guerre entre le Nord et le Sud (Nordistes et Sudistes) qui trouve son origine dans la proposition de loi d'Abraham Lincoln, devenu président en janvier, d'abolir l'esclavagisme. Elle durera quatre ans. En Europe, le 2 janvier, Guillaume Ier (Guillaume, Frédéric, Louis de Hohenzollern) devient le roi de Prusse. Titre qu'il changera en Empereur d'Allemagne en 1871. La France fait face à une importante vague de froid, en janvier, une épaisse couche de neige recouvre le pays et on enregistre des températures de l'ordre de -17° à Calais. L'année 1861 est celle des naissances d'Aristide Maillot, sculpteur et peintre français et de Georges Méliès, un des premiers réalisateurs de films, tous deux nés le 8 décembre. Elle est aussi celle de la mort, le 17 janvier, d'une courtisane célèbre, Lola Montes, de son vrai nom Marie, Dolores, Eliza, Rosanna Gilbert, née en Irlande en 1821, courtisane et danseuse exotique, maîtresse du roi Louis de Bavière, immortalisée dans les années cinquante par l'actrice Martine Carol.

L'actualité nationale est également marquée par cette importante vague de froid qui sévit en janvier. C'est dans notre pays que Victor Hugo termine son roman "Les Misérables". Il avait quitté l'ile de Guernesey, où il s'était exilé et loge désormais à proximité de la butte du lion de Waterloo, un lieu mythique qui lui permet de ressentir parfaitement la fin de l'épopée napoléonienne et de la dépeindre dans son roman.

L'actualité locale est toujours aussi monotone, d'elle, on dirait maintenant qu'elle est un copié-collé de celles des années précédentes, mais on verra que certains sujets vont faire débat et donner du blé à moudre aux journalistes de l'époque.

La population tournaisienne au 31.12.1860 (Courrier de l'Escaut du 6 janvier).

Cette rubrique qui paraît traditionnellement au début du mois de janvier nous renseigne que le nombre d'habitants est de 31.190, en augmentation de 128 unités par rapport à l'année précédente.

On a enregistré au niveau des naissances légitimes : 347 de sexe masculin et 336 de sexe féminin. Au niveau des illégitimes : 36 de sexe masculin et 31 de sexe féminin, soit un total de 750 naissances.

678 décès ont été portés à la connaissance des autorités communales, ils ne comprennent pas les enfants mort-nés et les personnes étrangères à la cité, ils se décomposent en 304 de sexe masculin et 374 de sexe  féminin, soit au total : 678 décès.

Les mouvements de la population ont vu 889 personnes venir habiter la ville et 833 la quitter.

183 mariages ont été célébrés, 152 entre garçons et filles, 12 entre garçons et veuves, 17 entre veufs et filles  et 2 entre veufs et veuves. Il n'y a eu aucun divorce de prononcé.

La vague de froid de janvier.

Celle-ci semble avoir été très rude et elle a fait l'objet d'un court article dont le style fait parfois... froid dans le dos :

"L'hiver qui ne nous ménage pas a déjà fait de nombreuses victimes. Nous ne parlons pas des lièvres asphyxiés sous la neige et des pauvres petits oiseaux que le froid et la faim ont fait périr. Les organes de presse signalent la mort soit de vieillards, soit d'enfants qu'on a trouvés gelés à la campagne" (!).

Le peuple réclame des fêtes (Courrier de l'Escaut du 1er février). 

"Plusieurs Tournaisiens de la localité (sic) se plaignent de l'absence complète de fêtes dans notre ville. Ils n'ont pas réfléchi, sans doute, que presque toutes les grandes familles étaient en deuil. Nous aimons à espérer que l'argent qui, en d'autres circonstances, aurait été consacré à des dépenses de luxe tournera au profit de la charité. Les pauvres souffrent tant cet hiver".

Où va se situer le nouveau "Palais de Justice" ? (Courrier de l'Escaut des 30 janvier, 4 février...).

La localisation du nouveau Palais de Justice fait débat, chacun défend son choix tant au conseil communal que dans le courrier des lecteurs. Jusqu'alors on le voyait s'ériger dans la "Grand'Garde", à côté de la Halle-aux-Draps ou au Becquerelle. A la fin du mois de janvier, un nouvel emplacement fait son apparition : au Marché au Jambon. Les détracteurs font remarquer que ce lieu de construction va occasionner d'importantes dépenses. Il va falloir acquérir la maison Bruyenne, les deux maisons voisines ainsi que celle de la Veuve Allard à la rue des Choraux. Pour la visibilité qui sied à ce genre de bâtiment, il faudra également acheter la propriété du Sieur Campe qui forme l'angle de la rue Tête d'Argent et du Marché au Jambon.

On évoque également de le construire au bout de la place du Parc (NDLR : l'actuelle place Reine Astrid) mais certains trouvent qu'il va rompre la perspective que le lieu offre.

Le 4 février, le journal annonce :

"Le Conseil Communal a dans sa séance de samedi résolu la question si longtemps discutée de l'emplacement du Palais de Justice. Le terrain de la Grand'Garde a été adopté à une grande majorité et nous pensons que la majorité de nos citoyens sera satisfaite de cette résolution".

Un corbillard pour indigents (Courrier de l'Escaut du 11 février).

"Nous avons eu l'occasion de voir l'une des voitures funèbres destinées à conduire l'indigent à sa dernière demeure. Nous pensons qu'il n'existe pas, en Belgique, un corbillard-coupé on l'on puisse placer aussi convenablement le prêtre, l'enfant de chœur et le parent du défunt qui désire l'accompagner jusqu'au cimetière. Nous félicitons vivement l'administration de Bienfaisance d'avoir créé cette bonne constitution qui est toute dans l'intérêt de la moralité, de l'économie et de la dignité de la classe indigente". (NDLR : tout cela transpire une forme de paternalisme de l'époque) !

Débat autour du peintre Louis Gallait (Courrier de l'Escaut des 7 avril et 3 octobre).

"Le retour à Bruxelles de Mr. Gallait, avec un portrait du Saint-Père, qu'il a fait à Rome est ajourné jusqu'à la fin du mois de mai. Mr. Gallait est retenu dans la Ville-Eternelle par l'exécution d'un tableau qu'on dit très remarquable. La toile de l'illustre peintre représente Pie IX distribuant des médailles à l'armée française. Mr. Gallait est resté à Rome afin de peindre d'après nature les hommes marquants qui ont assisté à cette cérémonie. Ce tableau figurera, nous dit-on, à la prochaine exposition d'Anvers.".

"Nos renseignements particuliers nous permettent de vous informer que Mr. Gallait a promis d'exposer dans sa ville natale le chef-d'œuvre qu'il rapporte de Rome. Celui-ci sera exposé en l'Hôtel de Ville durant les fêtes de septembre".

Si les Tournaisiens sont fiers de leur peintre, le journal "l'Indépendant" se permet une critique, pour le moins, acerbe à son égard, on peut notamment y lire :

"Son tableau manqué de l'exposition des corps des comtes d'Egmont et de Hornes est un exemple frappant de la faiblesse de son inspiration. Un artiste doué de la force dramatique nécessaire au peintre d'histoire eût mis en évidence la signification politique de l'événement, il ne serait pas contenté de peindre le fait de l'Histoire, il aurait peint l'histoire du fait. Mr. Gallait s'en est bien gardé, il a montré deux cadavres entourés de quelques hommes inertes".

"Une critique vulgaire et ignorante !", voilà comment est commenté par le Courrier de l'Escaut cet article paru le 23 octobre dans l'Indépendant.

Déjà ! (Courrier de l'Escaut du 4 novembre).

"Le train de Bruxelles qui arrive à 9 heures trente n'est entré en gare que vers onze heures. Ce long retard provient d'un déraillement arrivé au convoi, au sortir du tunnel, en avant de Braine-le-Comte". (NDLR : il n'y avait que des voyageurs et peu de navetteurs à l'époque).

Un départ regretté (Courrier de l'Escaut du15 avril).

"Bruno Renard, architecte, a quitté notre ville l'un des jours de la semaine passée pour aller à Bruxelles. Mr. Renard laissera à Tournay (NDLR : orthographe de l'époque) les plus honorables souvenirs et son départ excitera les plus profonds regrets de toutes les personnes qui ont eu rapport avec lui et ont été à même d'apprécier ses qualités et son talent".

Débat autour de la statue de Christine de Lallaing (Courrier de l'Escaut 24 avril).

Le projet de statue représentant Christine de Lallaing fait débat, l'extrait du courrier d'un lecteur adressé au journal est représentatif de la division qui existe entre certains Tournaisiens :

"Une statue de femme qui ne surmonte pas un monument doit être faite en marbre et non en bronze (...) l'emplacement du parc communal doit être préféré à celui de la Grand'Place (NDLR : orthographe de l'époque)... On aurait dû songer à faire un concours entre les sculpteurs tournaisiens !".

Ce à quoi le journal répond : "Qu'elle soit en marbre ou en bronze, dans le parc ou sur la place, peu nous importe !". Ces propos étaient les prémices de la longue polémique qui allait s'installer entre les autorités communales et religieuses, Christine de Lallaing étant, tout simplement, le symbole du protestantisme à Tournai !

Mécontents de l'administration (Courrier de l'Escaut du 22 septembre).

"Il parait que les jeux populaires qui devaient être l'un de nos principaux attraits de notre kermesse n'auront pas lieu. Les sociétés populaires mécontentes de l'administration communale ont refusé leur concours. Nous serons donc privés du délicieux mât de cocagne et nous ne ferons pas encore, cette année, connaissance avec le spirituel Cochonnet" .

Description d'un champ de foire au XIXe siècle (Courrier de l'Escaut du 25 septembre).

"Les petits théâtres en plein vent abondent cette année sur notre champ de foire mais, jusqu'à dimanche dernier, jour de l'ouverture du Cirque et de l'arrivée du géant, on ne voyait pas ce qu'on appelle en style forain... de grandes baraques (NDLR : aujourd'hui on les qualifie de gros métiers). Certes les Houillères et le travail des porions, le verre filé, les panoramas et dioramas, les chevaux de bois, les pommes de terre frites et les crocodiles ont bien leur parfum et leur mérite mais cela est insuffisant. Le champ de foire semble désert quand il ne possède pas de grosses baraques !".

Ce qui va changer au 1er janvier 1862 (Courrier de l'Escaut du 7 décembre).

"MM les voyageurs sont informés qu'à dater du 1er janvier prochain, le signal de départ ne sera plus donné au moyen de la trompette. Les convois se mettront en marche au premier coup de sifflet du chef de train !". (NDLR : vraiment, on n'arrête pas le progrès !).

Tout ces articles nous donnent une vision de la vie à Tournai en cette année 1861, il y a encore, entre autres, les accidents de charriots, les très nombreuses chutes dans l'Escaut avec le plus souvent des conséquences dramatiques, les accidents du travail, les vols domestiques, les morts foudroyantes, les nombreuses processions et le tirage au sort pour le service militaire.

(Sources : les éditions du Courrier de l'Escaut de l'année 1861).

S.T. mai 2015.

20/11/2013

Tournai : l'année 1850 sous la loupe (1)

En cette année 1850, alors que la Belgique a conquis son indépendance depuis vingt ans, on assiste, le 5 mai, à la création de la Banque Nationale de Belgique à qui la loi attribue le monopole de l'émission des billets de banque et, quatre jours plus tard, à celle de la Caisse Générale de Retraite placée sous la garantie de l'Etat.

La même année, aux Etats-Unis, si une loi promulgue l'interdiction de l'esclavage en Californie, celui-ci est toujours présent dans de nombreux autres états comme le Nouveau-Mexique ou l'Utah.

L'année 1850 est celle des disparitions, entre autres, de l'écrivain français Honoré de Balzac, décédé le 18 août à l'âge de 51 ans et de Louise-Marie d'Orléans, seconde épouse du roi Léopold Ier de Belgique, décédée à Ostende, le 11 octobre.

En cette même année, un tableau monumental fait parler de lui tant en Belgique qu'à l'étranger : "Les Têtes Coupées ou les derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Horne", une œuvre du peintre romantique tournaisien Louis Gallait qui inspire une admiration teintée d'effroi aux amateurs de peinture.

A Tournai, la vie suit son cours, l'épidémie de choléra est terminée depuis le dernier trimestre de 1849. 

Durant les six premiers mois de cette année 1850, la presse ne révèle aucun évènement notoire, aucune information qui ferait aujourd'hui la "une" des journaux. Tout semble calme et la politique ronronne entre élaboration du budget, réorganisation du Mont de Piété, examen des comptes du Bureau de Bienfaisance ou de ceux de l'Athénée.  

Comme nous en avons pris l'habitude, certaines relations écrites en italique sont les transcriptions fidèles des articles de l'époque avec l'orthographe utilisée par leurs auteurs, remarque à l'attention des derniers puristes de la langue française pour qui l'orthographe et le style, tellement bafoués à notre époque, représentent un patrimoine en péril qu'il est peut-être encore temps de sauvegarder, mission peut-être impossible à laquelle ils s'attachent ! 

Remarquons que le journal paraissait alors le 1er janvier, une date qui ne semblait pas être considérée comme un jour férié.

La charité.

Ce jour-là, le journal annonce que :

"Mr. l'abbé Dujardin a distribué, hier, à chacun des jeunes garçons qui fréquentent l'Ecole dominicale, un bon d'un kilog. (!) de viande de 1ère qualité. On se rappelle que lors de l'épidémie, ce respectable ecclésiastique avait encore fait une pareille distribution. Des traits d'une bienfaisance si généreuse n'ont pas besoin d'éloge. Puissent-ils avoir des imitateurs

Un siècle et demi plus tard, la distribution de colis alimentaires dans les entraides paroissiales, les Restos du Cœur, la maison des Familles ou la Maison du Pichou à Saint-Piat... doivent, hélas, encore être les imitateurs de ce généreux abbé. Le progrès n'a pas éradiqué totalement la misère, ce serait peut-être même le contraire !

Annonce pour une maison à louer !

La quatrième page du journal est alors consacrée aux ventes ou locations de maisons, de terrains et même... de fumier.

Dans une édition du début du mois de janvier, on peut lire la description suivante d'un bien mis en location :

"A louer, à Tournai, pour entrée en jouissance de suite, Une BELLE maison située à l'angle des rues des Ingers et Sainte-Catherine, ayant une entrée sur chaque rue, comprenant, au rez-de-chaussée, une pièce servant actuellement de boutique, salle à manger, salon, grand corridor, cuisine, four à cuire le pain, écurie pour deux chevaux, cour et jardin. A l'étage, six belles chambres plancheuses dont plusieurs avec alcôve. Elle comporte en outre : un puits, une citerne, trois belles caves, de vastes greniers. S'adresser pour traiter à Maître Cherquefosse, Notaire à Tournai".

Toujours les incendies.

Au milieu du XIXe siècle, les incendies sont nombreux et les moyens pour les combattre ne sont pas aussi sophistiqués que ceux de notre époque. Voici une relation découverte dans le journal du 18 janvier 1850 :

"Ce matin, vers 8h1/2, un incendie éclatait à la rue du Curé Notre-Dame, chez le sieur Fievet, traiteur, qui en fit immédiatement prévenir quelques-uns des Volontaires-Pompiers. Ceux-ci après quelques instants de travail s'aperçurent qu'ils ne pourraient le maîtriser sans le secours d'une pompe à incendie qui fut immédiatement amenée sur les lieux accompagnée de nombreux Volontaires et bientôt l'on n'eut plus rien à craindre. Le pompier L. Ritte qui s'était déjà distingué à l'incendie de Leuze par son intrépidité a été blessé en tombant avec l'âtre d'une cheminée de l'étage au rez-de-chaussée. Les autorités civiles se trouvaient sur les lieux où se faisait remarquer Mr. le Doyen de Notre-Dame, arrivé l'un des premiers. On tremble quand on pense aux ravages qui auraient pu résulter de l'incendie s'il eût éclaté la nuit".

Question : mais que faisait donc le doyen pour se faire remarquer ?

Les accidents de la circulation

La circulation est piétonne ou hippomobile, cela n'empêche pas les accidents, parfois graves, de la circulation comme en témoigne ce fait divers paru dans l'édition du 5 mars du Courrier de l'Escaut :

"Le 4 mars, vers 10h du matin, un officier d'artillerie, emporté par son cheval qui s'était effrayé à la Porte de Valenciennes, alla donner de la tête contre la muraille de la Montagne des Récollets. Quoique blessé, le cavalier voulut encore maîtriser son coursier indocile mais, ses forces l'abandonnant, il lâcha bride et voulut sauter en bas, il fut retenu par un étrier et traîné pendant plusieurs minutes. Ce fut alors que plusieurs personnes vinrent lui porter secours en arrêtant le cheval. Le cavalier fut conduit à l'Hospice de la Vieillesse (tout proche) où le directeur, Mr. Thiébaut, lui pratiqua les soins les plus empressés. Quelques instants plus tard, une voiture le transportait à son domicile".

Conflit d'intérêts ou souci de cumuler

Entre les journaux de l'époque, il y avait souvent des échanges de remarques acerbes, le fair-play ne semblait pas régner, ainsi dans le Courrier de l'Escaut du 12 mars, on peut lire dans la chronique locale :

"Le Journal de Tournai a déclaré la guerre à Mr François Nève parce que celui-ci n'a pas donné sa démission, comme échevin, après sa nomination comme Directeur du Mont de Piété. Les attaques de ce journal, quoiqu'ayant en apparence pour but l'intérêt public, sont en réalité, dictées par un esprit de vengeance personnelle".

On ne pouvait être à la fois échevin et Directeur du Mont de Piété puisque cet organisme était régi par l'autorité communale. Mr. Nève explique que cet organisme étant en pleine réorganisation, il attendait que celle-ci soit effective pour prendre sa décision de démissionner de sa fonction d'échevin. Peut-être ne voulait-il pas lâcher la proie pour l'ombre ou bien souhaitait-il, provisoirement, prolonger son mandat d'échevin !

La contestation n'est pas de mise.

"Un ouvrier ébéniste tournaisien a été condamné (au mois de mars 1850) à 10 jours de prison par le tribunal correctionnel de la cité des cinq clochers pour "avoir placardé des affiches incendiaires qui portaient ceci : Vive la France, Vive la République, Ouvriers, levez-vous, il est temps". Sur les déclarations de l'ouvrier ébéniste que c'était son maître qui l'avait chargé d'afficher ce placard, le patron fut également poursuivi et condamné à un mois d'emprisonnement, peine qui fut ensuite élevée par la Cour d'Appel à six mois, celle de l'ouvrier restant la même".

On se met à rêver que les tagueurs imbibés d'alcool ou de stupéfiants qui, profitant de la nuit, étalent les œuvres issues de leur immaturité sur les façades de nos maisons soient tout autant condamnés par la justice actuelle !

Rebondissement judiciaire. 

L'affaire dite du "Maugré" qui s'est déroulée à Maubray connait un rebondissement comme l'annonce le journal du 11 avril :

"La Chambre du Conseil du Tribunal de Tournai vient de renvoyer devant la Chambre des mises en accusation, le nommé Adrien Vico, son fils, sa fille et son gendre comme prévenus de s'être rendus coupables de tentative d'assassinat pour le fait duquel le nommé Lacquemant a été dernièrement exécuté à Maubray. Les prévenus ont avoué leur complicité".

Accident du travail évité par... une cascade !

Elle peut prêter à sourire cette information parue dans l'édition du 17 avril :

"Le surveillant des travaux qui s'exécutaient à la station est tombé à la renverse dans le fossé qu'on était occupé à piloter (enfoncer des pilots). Par bonheur, il rencontra dans sa chute un sommier qui lui fit faire un demi-tour de manière qu'il tomba sur ses pieds. Il en a été quitte pour quelques contusions".

Simple question : mais que faisait donc ce sommier à cet endroit ? Etait-ce déjà un dépôt sauvage ?

Le retour de "Qui de droit"

J'aime particulièrement cette expression qu'on n'utilise plus guère de nos jours : s'adresser à "Qui de droit", ce personnage nébuleux, cette sorte d'Arlésienne, qui devait être au courant de tout et devait remédier à tout et qu'il fallait souvent interpeller car on se rendait compte qu'il ignorait souvent beaucoup de choses. "Qui de droit" avait tous les pouvoirs, il suffisait de l'interpeller mais jamais il ne se manifestait pour répondre aux demandes de ceux qui s'adressaient à lui et rarement donnait suite à celles-ci.

Le 23 mai, le journal s'adresse à lui :

"Nous appelons l'attention de qui de droit sur le mauvais état du pavement des rues de notre ville, en général, celle de la grande voirie se fait particulièrement remarquer sous ce rapport, et il y a, pour ne pas dire plus, négligence bien grande de la part de ceux que la chose concerne à les tolérer ainsi. Nous espérons que notre appel sera entendu et que l'on ne nous forcera pas à les renouveler".

Pourtant en 1849 (voir articles précédents), pareille remarque avait déjà été portée à la connaissance de qui de droit et celui-ci continue à faire... la sourde oreille. Décidément, on a eu du mal à imaginer que cela se passait déjà il y a un siècle et demi. Que le suivi des travaux est une tache bien lourde pour... qui de droit !

 

 

(source : les éditions du Courrier de l'Escaut parues durant l'année 1850)

(S.T. novembre 2013).

 

 

30/05/2012

Tournai : le Cercle Artistique

Il a vécu cent ans !

Dans le tome VII des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai", paru en 1992, il y a déjà vingt ans, Serge Le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du musée des Beaux-Arts, signait un article remarquable retraçant l'existence du Cercle Artistique au sein de la cité des cinq clochers. L'ouvrage étant épuisé, l'Optimiste, s'inspirant de cette étude extrêmement précise, a souhaité résumer les cent années de cette institution tournaisienne.

La fondation.

C'est le 28 mai 1885 que cette histoire commence en l'Hôtel des Artilleurs situé à la rue Saint-Martin. On assiste à la fondation du Cercle Artistique institué pour la pratique et la propagation des Beaux-Arts, dans le but de provoquer une réunion des artistes et des amateurs en vue d'organiser, chaque année, lors des fêtes de la ville, en septembre, une exposition des Beaux-Arts. 

Les membres fondateurs 

Issus des milieux artistiques, on rerouve :

Adolphe De Baere, celui-ci exerce la profession d'architecte et est professeur à l'Académie de Tournai. Il sera élu comme premier Président,

Jules Louis Henri Pollet-Liagre, né à Tournai en 1847, peintre-décorateur, il a repris l'atelier de décoration fondé par son père. Il a réalisé de nombreux travaux au sein d'établissements publics et religieux, ainsi que dans des hôtels particuliers. Il est membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts. Au sein du cercle artistique, il assume la direction du placement des oeuvres destinées au salon annuel. Il sera membre du Conseil d'Administration jusqu'à son décès survenu en 1920,

Victor Menard, professeur de dessin à l'école industrielle, il sera nommé premier Vice-Président,

Charles Vasseur, né en 1826, dessinateur lithographe dont nous avons dressé le portrait ainsi que celui de ses frères Adolphe et Auguste précédemment dans le blog,

Philippe Hanet, photographe,

Théophile Brackelaire, photographe,

Henry Masy,

Amédée Huglo, statuaire, professeur à l'Académie de dessin, élu trésorier,

Arthur Chantry, né à Howardries en 1858, peintre portraitiste et paysagiste, également professeur à l'Académie de dessin de Tournai de 1883 à 1930, décédé en 1931,

Valentin Bastin, architecte,

Charles Allard, né à Tournai en 1860, neveu des lithographes Adolphe, Auguste et Charles Vasseur, aquarelliste de talent et professeur à l'Académie de dessin de 1884 à 1920. Il est décédé à Bruxelles en 1921.

Les membres honoraires.

Deux semaines plus tard, le 11 juin, lors d'une réunion organisée dans le nouveau local du Cercle, au café le Bavaro Belge, situé sur la Grand'Place, on admet des membres honoraires, on peut même dire protecteurs car on y retrouve :

Jules Bara, député et ancien ministre libéral de la Justice,

Eugène Soil de Moriamé, avocat, archéologue et historien,

Amédée Soil, violoniste,

Aimable Lefebvre, Echevin des Beaux-Arts et quelques conseiller communaux. 

Le temps des premières expositions

Le premier salon se tiendra dans la salle des Conférences située dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. Trois mille visiteurs vont acquitter un droit d'entrée de cinquante centimes pour admirer 147 oeuvres de 38 artistes différents. le Président d'honneur du Cercle Artistique n'est autre que le peintre romantique Louis Gallait.

La seconde exposition, de septembre 1886, se tient cette fois dans les vastes salles du rez-de-chaussée de l'institut communal des Demoiselles, à la rue Royale. Elle réunit 228 oeuvres présentées par 180 artistes. Trois mille six cents amateurs d'art la visitent.

Le salon de 1887 fut organisé en la Halle-aux-Draps. 73 participants y exposèrent 225 oeuvres. une sculpture exposée déchaîna les passions. Les "âmes bien pensantes de l'époque" furent profondément choquées par la statue du sculpteur Hippolyte Leroy intitulée Héro, prêtresse de Vénus, représentée dans une absolue nudité, seul un voile cachant son visage. Le Courrier de l'Escaut, journal d'obédience catholique à l'époque, y alla d'une diatribe taxant cette oeuvre d'absolument malpropre et d'une obscénité voulue qui aurait sa place dans les salons de Bruxelles ou de Paris, succursales des lupanars (sic). Certains membres du Cercle Artistique hésitèrent à la présenter mais l'article apporta l'effet inverse à celui escompté par son auteur lui qui était certain que "les familles tournaisiennes ne fermeraient pas complaisamment les yeux sur des oeuvres qui portaient atteinte à la morale public" (resic), par ses propos outranciers, il attisa peut-être la curiosité et assura le succès de foule du salon. Certains Tournaisiens oublièrent, le temps d'une visite au salon, la pudibonderie de bon aloi de l'époque. 

L'étroitesse des locaux (il avait fallu reléguer certaines oeuvres dans les galeries) confortèrent tous les membres du Cercle Artistique d'avoir leur propre salle. En cette fin d'année 1887, on décida donc d'acheter un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis, dans le quartier Saint-Piat. C'est l'architecte Georges De Porre qui fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

(à suivre)



06/02/2012

Tournai : les pestiférés !

La peste, une maladie qui, depuis toujours, fait peur au même titre que la lèpre. Si la lèpre a longtemps provoqué le rejet de la personne qui en était atteinte, avant tout, en raison des déformations physiques dont elle est à l'origine, la peste, pire encore, est mortelle pour l'homme. Elle est causée par un bacille, le yersina pestis, découvert en 1894 seulement par Alexandre Yersin, membre de l'institut Pasteur. Celui-ci est véhiculé par les rats qui le transmettent directement à l'homme via des puces infectées. Indirectement, un individu peut également être infecté par des animaux domestiques (lapins, chats...) ayant été en contact avec les rats. La terrible "peste noire" qui a sévi en Europe, au XIVe siècle, y aurait décimé, selon certains historiens, plus de 30 % de la population. En France, on cite le chiffre de 7 millions de morts sur une populations estimée à environ 17 millions d'individus. Cette maladie est également appelée "peste bubonique" en raison de l'apparition d'un "bubon", abcès provoqué par l'inflammation de ganglions, celle-ci peut a lors évoluer vers la "peste septicémique" par la multiplication des bacilles dans le sang, on parle de "peste pulmonaire" lorsque le bacille s'attaque aux poumons. 

La ville de Tournai n'a pas été épargnée par ce fléau. On évoque une première épidémie au milieu du Xe siècle qui fera plusieurs milliers de victimes. Soyons plus prudents pour celle qui frappa l'Europe du Nord vers l'an 1090 et qui restera dans l'Histoire comme étant à l'origine de la grande Procession de Tournai en souvenir de la toute première ordonnée par l'évêque Radbod en 1092 pour demander à Notre-Dame d'en délivrer la cité. La découverte, en 1892, huit siècles plus tard, de l'origine de cet empoisonnement du sang par un champignon qui affecte principalement le seigle et d'autres céréales lui donnera un nom : "l'ergotisme" ou maladie de l'ergot du seigle, aussi appelée "Mal des Ardents" ou "Feu de Saint Antoine". Le tableau monumental du peintre tournaisien Louis Gallait, exposé au Musée des Beaux-Arts, décrit de façon réaliste l'épouvantable tragédie connue par la population tournaisienne à cette époque. On y voit des religieux portant en procession la statue de la Vierge au milieu d'hommes et de femmes agonisant dans les rues au milieu de chiens errants.

Une épidémie, qualifiée de peste par certains historiens, sévit à nouveau en Belgique et à Tournai à la fin du XIIIe siècle, la véritable peste revient en 1344, entre 1349 et 1359, épisodiquement entre 1390 et 1429, en 1514 où elle durera près de trois ans, entre 1571 et 1580 où elle fera plusieurs milliers de morts et enfin en 1668 et 1669.

En 1904, le tournaisien Fernand Desmons publie une étude chez Casterman. Il s'est penché sur l'épisode de peste connu par la cité des cinq clochers en 1668 et s'est plus particulièrement intéressé à la réaction des Magistrats confrontés à ce fléau. Dès l'apparition du mal, les Consaux édictèrent des mesures sévères et notamment l'institution d'une "Chambre de santé", sorte de pouvoir consultatif et exécutif chargé de proposer les mesures d'hygiène et de faire appliquer des ordonnances en la matière : organisation des secours à domicile, interdiction formelle aux personnes atteintes par la maladie (les pestiférés) de sortir de leur maison sinon munis d'une baguette blanche ou verte avertissant les personnes rencontrées du danger de contamination, désinfection des habitations, création, hors de la porte des Sept Fontaines, sur les près de Maire, d'un lieu d'hébergement et d'isolement des pestiférés. Deux jésuite, dont le père Léon, vécurent au milieu d'eux afin de leur donner les soins et de leur apporter le réconfort spirituel. Cette abnégation sera à l'origine d'une reconnaissance de l'oeuvre des Jésuites qui reçurent une pièce de vin de Beaulne (Beaune) et une somme de 400 florins.

La désinfection des habitations se faisait par fumigation, une combustion de végétaux provoquant des vapeurs chargées des principes actifs de la plante. Les plus utilisés étaient l'eucalyptus et l'encens, moyens bien dérisoires qui masquaient les odeurs fétides !

En 1669, la peste a commencé à décroître et le foyer qui touchait Tournai a fini par s'éteindre, une messe solennelle d'actions de grâces a été célébrée à la cathédrale Notre-Dame à la demande des Consaux.

En conclusion de son étude, Fernand Desmons constate que, finalement, les moyens utilisés pour combattre la maladie et empêcher sa propagation étaient bien pauvres, ils se résumaient à un peu d'hygiène et à l'isolement de la personne malade. 

(sources : article consacré à F. Demons paru dans le Courrier de l'Escaut durant l'année 1904)

06/09/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (23)

Notre promenade précédente dans le quartier Saint-Piat nous avait amenés en haut de la rue des Jésuites, à l'endroit où celle-ci croise à droite, la rue d'Espinoy et à gauche la rue des Filles-Dieu.

Le rue des Filles-Dieu s'appelait, au XIVe siècle, la rue des Aveules (aveule en patois tournaisien désigne un aveugle), dans les comptes de l'Hôpital Notre-Dame, on y trouve : "rue des Aveules menant aux Engins". La rue des Six-Filles se termine à la rue Octave Leduc qui était, jadis, pour rappel, une partie de la rue des Ingers (ou des engins). Quelle était l'origine de ce nom de rue des aveules qui lui était alors donné ? Il venait probablement de la présence supposée d'un refuge pour aveugles ou, avec plus de certitude, de la résidence d'un nommé Jaqueme des Aveules, Magistrat durant le XIVe siècle. Plus tard, on l'appela rue de la Gaine ou de la Gaine dite des Aveules : "maison vendue à Jacques Patelle gissant (sise) rue de la Gaine"-acte de 1515. L'ordre monastique des "Filles-Dieu" date du XIIIe siècle. A cette époque, on trouve dans toutes les villes de très nombreuses filles de mauvaise vie, des ribaudes. L'évêque de Paris, Guillaume de Séligni, constitue une communautée sous le nom de "Filles-Dieu" avec le souhait de sortir ces jeunes femmes de la dépravation. Selon l'historien Cousin, on trouve une de ces communautés, aussi appelée Filles de la Madeleine (pécheresse qui lava les pieds du Christ), tout d'abord, à la Taille Pierre et ensuite à proximité de la vieille porte Sainte-Catherine, dans une propriété que leur avait donnée Johan de la Fosse. En 1513, elles s'installent définitivement à la rue del Gaine. Il faut signaler qu'en ce XVIe siècle, les soeurs de cette communauté ne se recrutaient plus parmi celles qu'on appelait les "filles perdues". Dans un écrit de 1605, la rue apparaît sous le nom qu'on lui connaît actuellement : "le 23 avril 1605, Michel de Calonne, marchand, demeurant à Saint-Pierre, vend à Maître Jacques Bosquillon, prêtre, une maison gissant en la rue que l'on dit anchiennement des aveules à présent des Filles-Dieu". Jadis, la rue était beaucoup plus longue qu'actuellement, elle se terminait à la porte des Wasiers, une partie a été supprimée lors de l'édification de la citadelle sous Louis XIV pour faire place à l'esplanade. L'ordre des "Filles-Dieu" fut expulsé de leur couvent comme bien d'autres par les Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle.

Le nom de rue d'Espinoy a été donné en 1837 en souvenir de Christine de Lalaing qui, selon l'Histoire, défendit la ville de Tournai, en l'absence de son mari, Pierre de Melun, prince d'Espinoy, parti guerroyer, lors de l'invasion des troupes espagnoles commandées par Alexandre Farnèse en 1581. Philippe-Christine de Lalaing, fille de Charles, comte de Lalaing et de Marie de Montmorency avait épousé Pierre de Melun, le 2 juillet 1579. Pendant le siège qui dura environ deux mois, elle fustigea la population et les bourgeois de la ville, les enjoignant de prendre les armes, montrant un courage extraordinaire pour une femme de cette époque (en ce temps-là, l'épouse était sensée rester au foyer pour éduquer les enfants en attendant le retour du mari). Lors de la capitulation de la cité des cinq clochers, elle fut autorisée à se retirer à Gand avec ses fidèles soldats. Cette rue est relativement récente, elle a été percée en 1837 pour relier la place du Parc à la rue des Jésuites. Selon certaine source, elle porta, pendant un court moment, le nom de "rue sans nom".

Reliant la rue des Jésuites à la rue du Chambge, la rue des Paniers tire, comme d'autres, son nom d'une altération. Au XIVe siècle, elle portait le nom de rue des Piniers (chirographe de 1302) et son nom varia ensuite en rue des Pigniers, Pingniers et Peigniers, un pignier serait un peigneur de laine, un cardeur, ("Olivier Havart, retordeur de sayette, a vendu à Jehan, son frère, une maison et une jardin situés rue des Pigniers, hors le lieu où par avant était assise la porte de la Vingne, faisant touquet (le coin) d'icelle (de cette) rue et de la rue Hochedid"). La rue Hoche ou Hochedid, aujourd'hui disparue, était un passage étroit qui reliait la rue des Paniers à la rue des Filles-Dieu, elle fut supprimée au début du XIXe siècle.

La rue de l'Esplanade, elle aussi située entre ces deux rues, est-elle située sur le tracé de cette ancienne rue Hoche ou lui est-elle parallèle ? Son nom rappelle qu'en cet endroit se trouvait jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'esplanade face à la citadelle. Les vieux Tournaisiens désignaient encore, il y a quelques années, les pelouses et terrains entourant le palais, comme étant "l'esplanade du palais de justice".

Lorsque la rue des Jésuites se termine en longeant le parc communal, sur la droite, une allée asphaltée créée dans cet espace vert mène à l'Hôtel de Ville et porte le nom d'allée Paul Bonduelle. Le square sur lequel se dresse la statue du peintre Louis Gallait porte le même nom. Paul Bonduelle était un architecte réputé, né à Tournai en 1877. Elève de l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et à Paris, il est l'auteur de l'Hôtel de Ville et du Mémorial à la Reine Astrid de Laeken. A la fin du second conflit mondial et jusqu'à sa mort en 1955, il pilotera la reconstruction de la cité des cinq clochers bombardée en mai 1940. Il construira des immeubles nouveaux en conservant intact l'esprit des bâtiments détruits, soucieux d'une harmonie des gabarits. Le plus bel exemple de son travail opiniâtre est la Grand'Place.

La suite de notre promenade nous permettra de découvrir les rues situées dans le quartier du Parc, aux abords de l'Hôtel de Ville.

19/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (16)

Notre promenade à la découverte des rues tournaisiennes et de leur histoire nous a progressivement amenés au pied de la façade Nord de la cathédrale Notre-Dame, sur la place Paul Emile Janson.

Reliant celle-ci à la rue des Chapeliers, la rue Soil de Moriamé est longue d'à peine une centaine de mètres et ne compte que deux immeubles faisant face au choeur gothique de l'édifice religieux. Le plus imposant des deux abrita la première grande surface tournaisienne : le magasin Sarma. Sans concurrence jusque dans les années cinquante, il fit face, à cette époque, à l'ouverture d'un nouveau venu "Unic" qui s'installa à l'angle de la rue Gallait et de la rue de la Tête d'Or, dans l'immeuble occupé par la Vierge Noire. Quelques années plus tard, en 1962, s'ouvrit le Grand Bazar dans cette même rue de la Tête d'Or. A l'heure où les déplacements pour les commissions ne se faisaient plus à pied mais en voiture, celui-ci présentait l'avantage de disposer d'un parking en surface et d'une vaste zone en sous-sol. Le magasin Sarma fut transféré dans le complexe commercial des Bastions à l'ouverture de celui-ci dans les années quatre-vingt mais ferma ensuite ses portes n'y conservant qu'une cafétéria. Actuellement, le rez-de-chaussée de l'immeuble de la rue Soil de Moriamé est occupé par la magasin Kruidvat. Eugène Soil de Moriamé qui donna son nom à cette rue, est né à Tournai le 13 avril 1853 et y est décédé le 15 décembre 1934. De son vrai nom Eugène Soil, fils d'un architecte tournaisien réputé, il ajouta la patronyme de son épouse à son nom. Docteur en droit, archéologue et historien, il fut l'auteur d'un ouvrage paru en 1904 intitulé "L'habitation tournaisienne, Architecture de façades", une véritable bible pour ceux qui se passionnent sur l'évolution de l'habitat dans la cité des cinq clochers. Défenseur du patrimoine architectural tournaisien, il dénonça les démolitions sacrilèges entreprises au cours du XIXe siècle, il milita en faveur de la restauration du Pont des Trous, dernier exemple d'une porte d'eau du moyen-âge dans le Nord de l'Europe, de la Tour Henri VIII et des Tours Marvis. Il fut convaincu de la nécessité de réaliser le dégagement de la cathédrale par la démolition des petites maisons qui y étaient adossées dans la rue des Chapeliers permettant ainsi de mettre en évidence le choeur gothique. Ce projet se réalisa quelques mois avant sa mort. C'est le 20 juin 1926, de son vivant, que la plaque portant le nom de la rue sera dévoilée par le Bourgmestre Albert Asou. 

C'est également à partir de la place Paul Emile Janson qu'on pénètre dans le piétionnier dit de "la Croix du Centre". Celui-ci connaît actuellement une importante rénovation. Modernisation  des impétrants, pose de nouvelles dalles de sol et restauration des façades ont débuté voici plus d'un an et le chantier devrait se terminer au printemps 2012.

La croix est composé de quatre rues. La rue de la Cordonnerie apparaît au XIIIe siècle, sous le nom de Cordvewanerie. Le mot "cordouan" désignait le cuir en provenance de Cordoue, les artisans qui confectionnaient des souliers étaient alors appelés des cordouaniers, mot qui évolue vers cordonniers. C'est sous ce nom de Cordonnerie qu'on la retrouve déjà dans le Cartulaire des rentes de l'Hôpital Notre-Dame en 1630.

La rue de la Cordonnerie est séparée de la rue Gallait par le carrefour formé avec la rue des Chapeliers (qui monte vers le beffroi) et du Puits-Wagnon (qui descend vers la place Saint-Pierre). La rue du Puits-Wagnon tient son nom d'une famille tournaisienne. Un membre de celle-ci fit creuser un puits. Bozière nous dit que ce dernier se trouvait au milieu de la voie publique et que, près de sa pompe qui existait encore au XIXe siècle, se trouvait la borne militaire, marquée d'un zéro, point de départ pour la mesure des grandes voies de communication reliant Tournai aux villes voisines. A sa création, ce point indiquait pratiquement le centre de la ville d'alors.

La rue Gallait s'appelait jadis la rue aux Rats. Ce nom apparaît toujours dans l'ouvrage qui nous sert de référence "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière. Au XIVe siècle, on la retrouvait sous l'appelation de rue as Rattes, probablement, comme le dit l'historien Hoverlant en raison de la présence en ces lieux de la Grande Boucherie et de la triperie qui devaient attirer ces rongeurs nuisibles pullulant à proximité de l'Escaut et des nombreux déversoirs d'eaux usées, des égouts à ciel ouvert. C'est en cette rue, au n° 22, qu'allait naître le peintre, aquarelliste et graveur Louis Gallait, le 10 mai 1810. Elève d'Hennequin, il étudiera par la suite les grands maîtres au Louvre. Ses tableaux, "La peste à Tournai en 1092", "L'abdication de Charles-Quint", "Les derniers honneurs rendus aux comtes d'Egmont et de Hornes" (aussi connu sous le nom des "Têtes coupées") sont des oeuvres monumentales atteignant des dimensions de 7m sur 5m, visibles au musée des beaux-Arts de la ville. Il fut l'un plus grand peintre belge du mouvement des Romantiques. La plaque apposée sur sa maison natale a été malheureusement enlevée lors des récents travaux de ravalement de la façade, il serait judicieux qu'elle soit rapidement remise en place.  

La rue des Chapeliers relie la rue Soil de Moriamé et le piétonnier au beffroi en contournant le choeur gothique de la cathédrale. C'est depuis longtemps une rue commerçante qui a connu de grosses affluences en raison de la présence du magasin Sarma et de la Grand'Poste qui y étaient établis. Ces deux centres d'attrait commercial ont aujourd'hui disparu ! Son nom provient de la présence de ce type d'artisans qui y avaient élu domicile. Auparavant, on l'appelait la Lormerie, un nom rencontré dans les Cartulaires de l'Hôpital Notre-Dame en 1314 et 1631. Lormerie désignait les ouvrages réalisés par les cloutiers, les éperonniers et les selliers qui y exercaient alors leurs activités. Le dégagement de la cathédrale réalisé en 1934 et soutenu par Soil de Moriamé a permis à la rue d'être prolongée au delà de la rue de Paris et a permis d'établir une liaison directe entre la gare et la Grand'Place et même de créer un axe de traversée Nord-Sud de la cité des cinq clochers en le prolongeant par la rue Saint-Martin (des noms de rues dont nous découvrirons l'origine dans les prochains articles).

(sources :"Tournai, Ancien et Moderne" de A.F. J Bozière, "Biographies tournaisiennes" de G. Lefebvre et recherches personnelles)

09:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, rues, noms, soil de moriamé, louis gallait |

04/04/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (3)

j'ai fait l'expérience d'interroger quelques personnes sur la localisation de certaines rues tournaisiennes. Peu nombreuses étaient celles qui savaient où se trouver les rues citées.

La rue André Hennebicq, par exemple, parallèle au boulevard Lalaing, elle débute dans l'avenue Montgomery pour venir se perdre contre une grille donnant accès au parc de l'ancien Hôpital Civil, devenu le "site Union" du CHWapi, elle traverse la rue Cottrel.

André, Charles Hennebicq est né à Tournai le 16 février 1836. Il fut élève de l'Académie des Beaux-Arts avant de suivre les cours de Portaels à l'Académie Royale de Bruxelles. En 1865, il obtient le Premier Grand Prix de Rome avec une oeuvre imposée intitulée : l'ensevelissement des SS. Pierre et Paul. Son retour dans sa ville natale sera mémorable, une réception grandiose y sera organisée. Refusant la direction de l'Académie des Beaux-Arts, il part pour l'Italie et visite Florence et Venise. Dans l'atelier qu'il ouvre à Rome, il compose Messaline sortant de Rome huée par le peuple. Il revient en Belgique en 1870 et devient directeur de l'Académie de Mons. En 1879, il s'installe définitivement à Saint-Gilles (Bruxelles), il sera fait membre de l'Académie Royale de Belgique. Ses oeuvres se retrouveront aux cimaises du musée de Bruxelles, dans l'Hôtel de ville de Leuven et au Conseil provincial du Hainaut. . En 1890, il reçoit au salon de Paris, la croix de la Légion d'Honneur. La toile Philippe Auguste remet la charte des libertés communales aux magistrats de Tournai en 1187 sera détruite dans l'incendie de l'Hôtel de Ville de Tournai, lors des bombardements durant  la dernière guerre mondiale. Il est mort 31 mars 1864 à Saint-Gilles.

Autre peintre tournaisien célèbre, Louis Gallait, il était né à la rue As-Ratte (rue aux rats), elle porte désormais son nom, rue Gallait, et se trouve dans le piétonnier de la Croix du Centre, entre la rue des Chapeliers et la rue de la Tête d'Or. Ce peintre a fait l'objet d'un article complet dans le présent blog, il est né à Tournai en 1810 et mort à Bruxelles en 1887. Une statue de bronze le représente en pied, la palette à la main dans le parc communal, sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville. Ses toiles monumentales ornent une salle du musée des Beaux-Arts.

Dans le populaire quartier du Maroc, situé au Sud de la ville, se trouve la rue Roméo Dumoulin, du nom d'un illustrateur, graveur et peintre né à Tournai, le 18 mars 1883. Dès son jeune âge, il montre des dispositions pour l'art. il apprend la lithographie avec son père et ensuite à la "Lithographie Saint-Augustin" située à l'angle du boulevard Léopold et de la rue Saint-Eleuthère. Il suivra également les cours de l'école Saint-Luc et les classes de solfège de l'Académie de musique où il décroche un premier prix de violon. Il va parfaire ses connaissances en peinture à l'Académie des Beaux-Arts. A l'âge de 26 ans, il part pour Bruxelles. Il sera le peintre des évènements de la vie locale, des petites gens, des scènes de liesse populaire comme le montrent ses oeuvres : le remouleur, les grévistes, vers l'usine, le mât de cocagne, la boutique, la montée du ballon, la petite femme du café riche entre autres... Il décède à Bruxelles le 20 juillet 1944, depuis le bombardement de mai 1940 du musée d'Amsterdam où une rétrospective de ses oeuvres avait lieu, il était plongé dans le désespoir d'avoir une grande partie de ses toiles.

(sources : "biographies tournaisiennes" de Gaston Lefebvre, ouvrage parue en 1990)

11:44 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, rues, louis gallait, roméo dumoulin, andré hennebicq |

25/11/2008

Tournai : l'année 1982 sous la loupe (3)

En cette année 1982, l'actualité générale alterne les bonnes et moins bonnes nouvelles. En voici quelques exemples.

Les services postaux progressent "à reculons". A partir du 1er juin, il n'y a aura plus de distribution de courrier privé le samedi, une liste des envois encore transmis stipule que seront maintenus : les envois express, les abonnements aux journaux, les faire-part de décès et... les envois émanant de la Famille royale, des services de la Cour ou des différents Ministères. La Poste préparait probablement "déjà" la libéralisation de 2010 par les suppressions progressives de services au public et, à moins que ses responsables de l'époque soient des devins, elle n'avait pas encore l'excuse de la concurrence de l'Internet ou des mobiles. Autre mauvaise nouvelle, le litre d'essence Super coûte désormais 33,20 Fb (0,823 Euros), dix ans plus tôt, il était encore à 9,75 Fb (0,241 Euros). Tournai n'échappe pas à la panne générale d'électricité du 4 août 1982. Celle-ci trouve son origine, vers 11h15, à la centrale nucléaire de Doel (Anvers) mais est amplifiée par l'explosion d'un alternateur de la centrale de Vivorde au moment de la compensation de courant. La Flandre, la région de Bruxelles, le Brabant Wallon et le Hainaut Occidental sont privés d'electricité. Quelques jours plus tard, le 10 août, le déclenchement d'un disjoncteur d'une ligne de 15.000 volts à Marquain prive, à nouveau, la ville de Tournai de courant pendant environ une demi-heure.

L'année 1982 voit aussi de nouvelles réalisations immobilières. En juin, la construction d'une nouvelle résidence s'achève au Boulevard Bara, 28 logements sociaux, accessibles également par la rue As-Pois, viennent d'être créés dans la résidence "Les Porporas" (nom qui rappelle la Confrérie "des faiseurs de bas" à domicile qui étaient établis dans ce quartier ouvrier à la fin du 19e siècle). Ce bâtiment est réalisé par le CPAS pour des personnes du troisième âge. Quelques jours plus tard, le 19 juin, le Centre de loisirs, de rencontres, de vacances et de tourisme social, "le Panoramique" ouvre ses portes au sommet du Mont Saint Aubert. Avec son hôtel, son restaurant et sa terrasse panoramique, sa piscine, son bar "en plein ciel", ses salles de conférences et de séminaires, son parc de loisirs, il est appelé à doper plus encore le tourisme en pleine expansion de la cité des cinq clochers. Au début du mois de décembre, on apprend la nomination par le Conseil Communal de Mr Serge le Bailly de Tilleghem en qualité de conservateur du Musée des Beaux Arts de Tournai. Docteur en Histoire de l'Art, âgé de 37 ans, il succède à Léonce Pion. Sa thèse de doctorat avait pour sujet "Louis Gallait", le peintre romantique tournaisien qui occupe, avec ses tableaux monumentaux, toute une salle du musée. Pour les vrais amateurs d'art, le choix est judicieux, voici "The right man at the right place". ... Dans le prochain article, nous aborderons, la culture et le sport....

19/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (4)

Tournai, au temps de Baudouin, de la peste et des croisades.

Le second millénaire vient de débuter, la grande peur provoquée par son arrivée s'estompe, le monde existe toujours ! Il est probable que l'édifice religieux de cette époque, dont on a retrouvé le pavement lors des fouilles sous la nef romane débutées en 2002, connut pendant quelques années une affluence de fidèles. Sans doute assista-t-on également à un regain de foi ?

Le 28 avril 1068, un fait historique, longtemps méconnu, va se dérouler à Tournai. Baudouin, 36ème évêque de Noyon-Tournai, originaire de cette région de France, dont le règne débuta soit en 1044 ou 1045, un fidèle du roi de France, décède alors qu'il se trouve dans notre ville. Il sera enterré sous l'édifice religieux de l'époque. Le 13 décembre 2006, lors de fouilles sous la nef romane, une tombe qu'on croit être celle de l'évêque Radbod, est ouverte par les chercheurs qui l'ont mise à jour quelques semaines auparavant. Il s'agit bien de celle d'un évêque, ses vêtements, sa crosse et une bague l'attestent, mais les éléments qu'on y découvre nous renseignent qu'il contient le corps de Baudouin. Selon la tradition, celui-ci était mort et reposait à Noyon ou dans la région parisienne ! La découverte met fin à une de ces légendes souvent entretenues par ceux qui transmettent l'histoire.

La fin du XIème siècle sera plus inquiétante que celle du précédent. Vers 1089, une terrible maladie va ravager une grande partie de nos régions : la peste. Certains y voient plus précisément l'ergotisme, cet empoisonnement provoqué par l'ergot de seigle. Des habitants meurent par milliers, on imagine les rues jonchées de cadavres, brûlés à la hâte sur des bûchers, comme le représente Louis Gallait, le peintre tournaisien, dans son monumental tableau exposé au Musée des Beaux-Arts de la ville. Le 14 septembre 1090, après avoir ordonné un jeûne, l'évêque Radbod invite les fidèles à une grande procession de pénitence qui sillonnera les rues de la ville. Le fléau cesse subitement, les tournaisiens y voient l'intercession de Notre-Dame vénérée dans la cité. Depuis lors, sans interruption, en action de grâce, une procession va parcourir les rues de Tournai, le deuxième dimanche de septembre.

Autre mauvaise nouvelle en cette fin de siècle, elle nous vient de Palestine et est transmise par des moines qui traversent nos régions pour annoncer que le tombeau du Christ est tombé aux mains des infidèles. Les croisades débutent. En 1099, deux croisés tournaisiens, Letalde et Engelbert entreront les premiers dans Jérusalem assiégée. Le souvenir de ce fait d'armes de nos deux concitoyens sera perpétué lorsqu'en 1933, Edouard Tréhoux, le père des géants tournaisiens, réalisent deux "postures" les représentant. Depuis, lors du cortège de juin, organisé par les Amis de Tournai, les deux vaillants guerriers accompagnés de leurs troupes traversent les rues de la cité comme pour fêter un éternel retour victorieux.

Nous voilà désormais aux portes du XIIème siècle, que va-t-il encore nous réserver !

(sources : "Quid de Baudouin ?" article du professeur Jacques Pycke paru dans le bulletin 88 de la Fondation Pasquier Grenier et recherches personnelles).