12/12/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (9)

Après Ellezelles (voir le chapitre 8 publié précédemment), en visitant les entités de Flobecq et de Frasnes-les-Anvaing, nous restons dans le Pays des Collines. 

Flobecq.

Commune à facilités linguistiques pour les néerlandophones, Flobecq est située le long de l'axe Renaix-Lessines à environ 40 kilomètres de Tournai et est adossée à la Flandre.  

L'église Saint-Luc, située sur la place, possède une tour dont la base romane est le dernier vestige de l'édifice religieux qui s'élevait à cet endroit au XIIe siècle et qui dépendait de la puissante abbaye de Saint-Martin de Tournai. La population flobecquoise voue un culte particulier à Saint-Christophe, patron des voyageurs et, chaque année, le 4ème dimanche de juillet, a lieu la "procession dite de Saint-Christophe" dans laquelle on peut voir un homme orné d'une barbe, monté sur des échasses dissimulées par sa longue robe et portant l'enfant-Jésus sur les épaules.

La région de Flobecq est connue pour la culture des plantes médicinales qui a atteint son apogée au XIXème siècle avant de progressivement disparaître au milieu du XXème. Avant le premier conflit mondial, pas moins de 23 hectares étaient consacrés à la culture de plantes telles l'angélique, la valériane, la mauve et la guimauve, la bardane, la menthe... Pour perpétuer le souvenir de cette activité, le "Musée des Plantes Médicinales" permet de les découvrir, de les sentir, de les toucher. Le parcours didactique est complété par un jardin où poussent quatre-vingts espèces différentes. En fin de visite, un bar convivial vous propose des boissons (bières et apéritifs) confectionnées à partir de ces plantes.

Flobecq possède un site privilégié par ceux qui souhaitent retrouver la nature dans ce qu'elle a de vrai et effectuer des balades dans cette magnifique région des Collines : "les Venelles de l'Art" convient le promeneur à un circuit permettant des découvertes artistiques. Le parcours long de deux kilomètres, réalisé à l'aise, dure environ une heure.

Situé le long de la région flamande, le bois du Pottelberg à "la Houppe" culmine à plus de 150 mètres d'altitude et est bien connu des promeneurs qui y trouvent de nombreuses maisons de restauration. Ce haut lieu du tourisme wallon et flamand durant les années cinquante et soixante va subir prochainement une réhabilitation. La montée vers le hameau est au menu de tous les clubs cyclotouristes régionaux mais aussi un passage obligé des différentes classiques cyclistes flamandes. Le week-end du 15 août s'y déroule la ducasse. A cette occasion la "chapelle Saint-Christophe", fleurie, est accessible au public et les festivités ont lieu à la "Cabane Sylvie". Au début du XXe siècle, une dame, dénommée Sylvie, originaire des Flandres, après une vie consacrée à de nombreux voyages, vint se retirer dans une cabane construite au centre d'une clairière du bois de la Houppe. C'est la réplique de cette cabane en rondins érigée par les habitants du village qui sert désormais à de multiples activités culturelles et de promenades.

Frasnes-les-Anvaing.

L'entité de Frasnes-les-Anvaing résulte de la fusion, en 1976, de 14 communes : Frasnes-les-Buissenal, Anvaing, Arc-Ainière, Buissenal, Cordes, Dergneau, Oeudeghien, Forest, Hacquegnies, Herquegies, Montroeul-au-Bois, Moustier, Saint-Sauveur et Wattripont. Située sur l'axe reliant Tournai à Lessines, la commune de Frasnes se trouve à moins de vingt kilomètres, au Nord, de la cité des cinq clochers. 

Ancienne cité sucrière, cette activité symbolique, aujourd'hui disparue, est symbolisée par un carré de sucre géant dont semblent se délecter des fourmis tout aussi géantes, érigé au centre du rond-point au croisement des routes Tournai-Lessines et Renaix-Leuze-en-Hainaut.

La commune, porte du Pays des Collines, est dominée par son église Saint-Martin, de style gothique, qui abrite des statues de Saint-Christophe, Saint-Sébastien, Sainte-Catherine et Saint-Jacques, de vieux fonts baptismaux et un retable intitulé "triptyque de Saint-Jacques" que les seigneurs de Frasnes ont jadis offert à la Corporation des Drapiers.

Suite à la fermeture de la sucrerie par la Raffinerie Tirlemontoise, au début de ce XXIème siècle, le site a été totalement nettoyé et réaménagé par l'intercommunale Ideta. A front de route, on découvre désormais une zone d'activités économiques qui fournit de l'emploi à plus de personnes que celles occupées, à l'époque, par l'activité sucrière saisonnière.  Les anciens bassins de décantation ont été transformés en une réserve naturelle où nichent près de 150 espèces d'oiseaux et où pousse une flore spécifique. Cette zone est accessible au public à condition, bien entendu, de ne pas déranger la nature. Dans la foulée de la fermeture du site sucrier, le Musée du Sucre installé dans les bâtiments de l'ancienne gare a fermé ses portes mais des pièces issues de ses collections sont encore visibles à l'Hôtel de Ville.

Le nom du village d'Anvaing apparaît déjà dans des écrits à la fin du IXème siècle sous l'appellation d'Anvinium qui tirerait son origine d'une famille qui y demeurait probablement. Le village est connu pour son château appartenant à la famille de Lannoy. C'est dans ce prestigieux édifice que fut signée, le 28 mai 1940, par les représentants du roi Léopold III et les Allemands, la capitulation de l'armée Belge. La comtesse Stéphanie de Lannoy a épousé, en octobre 2012, le grand duc héritier du Luxembourg Guillaume.

Le 3ème samedi de janvier, précédé par un cortège réservé aux enfants, le cortège carnavalesque composé de chars, des confréries dont s'enrichit le village mais aussi des groupes venant de Tournai ou des Flandres parcourt, dès 17h, les rues du village. C'est le premier carnaval de l'année qui se déroule en Belgique ! Lors de celui-ci est intronisé le couple royal et la soirée se termine par un grand feu d'artifice. Le lendemain sont organisés l'apéritif des Survivants et le dîner des Rescapés. Ces deux "activités" prouvent à suffisance combien est grande l'animation dans les rues de ce village rural d'ordinaire fort calme. 

La région de Frasnes-les-Anvaing est bien connue des membres des clubs cyclos de la région et du Nord de la France grâce à ses côtes au pourcentage sévère dénommées Bourliquet, Beau-Site, Dieu des Monts... Elles le sont tout autant des coureurs du "Triptyque des Monts et Châteaux", une course cycliste dont Frasnes est, chaque année, une étape obligée. 

Dans le vieux château des Mottes (où, dit-on, Charles-Quint aurait séjourné une nuit), en 1998, Marie Tack a fondé "l'Asinerie du Pays des Collines". Celle-ci compte désormais un élevage de plus de 150 ânes, ânesses et ânons. C'est le seul lieu en Belgique où est produit le lait d'ânesse, utilisé dans la fabrication de cosmétiques aux vertus thérapeutiques.

(sources : sites des communes présentées - presse régionale - recherches et visites personnelles).  

S.T. décembre 2016.

16/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (3)

Seconde balade en Wallonie picarde, le Pays des Collines.

Cette fois, au départ de Tournai, c'est vers le Nord de la région que nous nous dirigeons, notre itinéraire nous fait emprunter la route provinciale qui relie Tournai à Renaix.

Après une petite quinzaine de kilomètres, dès que nous avons dépassé le Mont Saint-Aubert et le village de Celles, nous apercevons au loin le Mont de l'Enclus (ou Kluisberg), une élévation que les géographes nomment une "butte témoin". S'étendant du Mont de l'Enclus à l'Ouest au Mont de Mainvault (Ath) à l'Est, une élévation sépare deux régions, elle est appelée Pays des Collines.

L'Histoire du Mont de l'Enclus appelé aussi "Enclus du Haut" débute par une légende qui remonte au VIIe siècle. A cette époque, le prince Salvaert de Dijon traverse la forêt qui recouvre le mont. La petite troupe est attaquée par les hommes du comte Phinaert. Seule, l'épouse du prince, Ermengarde de Roussillon échappe, dans un premier temps, au massacre. Enceinte, elle accouche et cache l'enfant dans un buisson, elle est ensuite capturée par les hommes de Phinaert. L'enfant est découvert par un ermite qui va l'élever et lui donner le nom de Liedericq. Celui-ci, une fois adulte, le quittera pour aller fonder la ville de Lille. 

La commune de Mont de l'Enclus, avant tout touristique, regroupe également les villages d'Orroir, Anseroeul et Amougies. Elle s'étend sur une superficie de 27 km2 et compte un peu plus de 3.400 habitants. L'Enclus du Haut, culminant à 141 mètres d'altitude, est composé de 600 hectares de forêts parsemés de sentiers asphaltés ou de terre pour les promenades à pied, à vélo ou à cheval. Havre de verdure, cet endroit est propice aux randonnées sportives en raison de ses forts dénivelés. Sa côte est escaladée par les coureurs du Tour des Flandres au printemps. C'est également un lieu de détente fréquenté par des personnes venant de Flandre, de Wallonie ou du Nord de la France.

Au pied du mont, le village d'Amougies a connu ses heures de gloire, du 24 au 28 octobre 1969, lorsqu'y fut organisé le Festival pop. On était en pleine période hippie et trois grands festivals avaient déjà attiré la toute grande foule (Monterey, Woodstock et l'île de Wight). Durant quatre jours, ce petit village qui n'était pas encore fusionné avec le Mont de l'Enclus et qui comptait à peine un bon millier d'habitants allait voir défiler plus de 80.000 visiteurs venus écouter les Pink Floyd, Ten Years After, The Nice, Yes, Frank Zappa, Colosseum, Alexis Korner, les Pretty Things, East of Eden et des dizaines d'autres groupes...

Reprenant la route provinciale que nous avons abandonnée le temps d'une escalade, nous continuons notre balade à la découverte du pays des Collines. Après avoir passé l'enclave de Renaix, située en région flamande, nous apercevons, le Moulin du Cat Sauvage qui se dresse fièrement tout en haut de sa colline et nous indique que nous entrons à Ellezelles, un village entièrement consacré au folklore, coeur de ce Pays des Collines. 

Ellezelles qui regroupe les villages de La Hamaide et Wodecq s'étend sur une superficie de près de 45 hectares peuplés par environ 5.900 habitants. En le parcourant, vous irez de surprise en surprise, le point de départ de votre promenade se situe au pied de l'église Saint-Pierre-aux-Liens, sur la place, à la Maison des Collines qui vous donnera un avant-goût de ce que vous réserve les "étranges" petits sentiers de l'entité cher au chantre local Watkyne (Jacques Vandewattyne). 

Avant de partir, vous ferez peut-être connaissance avec les célébrités du village. Tout d'abord, le comte d'Egmont qui y est né en 1522. Célèbre opposant au roi Philippe II d'Espagne, il sera décapité en compagnie du comte de Hornes. 

On vous parlera des sorcières ("les chorchilles") dont l'histoire remonte au XVIIe siècle. On y brûla en effet cinq femmes convaincues de sorcellerie : Agnesse de la Plache (80 ans), Martine de la Vigne (50 ans), Catherine de la Voye (60 ans), Magdeleine Lestarquie (65 ans) et Quintine de la Glisserie (38 ans). Cette dernière est restée dans la mémoire collective, peut-être à cause de son plus jeune âge. Chaque dernier samedi de juin, à la tombée de la nuit, les habitants d'Ellezelles et les visiteurs venus de Belgique et de France rejoignent le "marais à chorchilles" pour le grand sabbat. 

Le troisième personnage qui fait honneur au village est légendaire, il s'agit du détective belge issu de l'imagination d'Agatha Christie, Hercule Poirot. Cette dernière n'a jamais situé son lieu de naissance et comme des recherches entreprises par des passionnés locaux ont permis de découvrir que le 1er avril 1850 est né à Ellezelles, un petit Hercule, fils d'une femme originaire de Flandre et portant le nom de Van Prei (du Poireau en traduction littérale), il n'a pas fallu bien longtemps aux facétieux habitants du coin pour s'arroger le lieu de naissance de ce policier bedonnant, à la moustache gomminée, imbu de lui-même, sorte de Sherlock Holmes à la sauce belge.

Quintine et Hercule ont donné leurs prénoms à deux bières artisanales renommées brassées par la Brasserie ellezelloise.

Vous ne manquerez pas le lundi de Pentecôte d'aller voir le cortège "Jean Jean doû ballon", une fête et un grand cortège qui rappelle l'atterrissage d'une montgolfière au hameau de Guynomont. Ellezelles, c'est aussi un grand nombre d'endroits aux noms aussi étranges que l'Histoire du village fait de sorcières, de fantastique et de merveilleux : Crimont, Grand-Monchaut, Fourquepire, Miclette, Paradis, Quatre-Vents, Rigauderie, Blanc Scourchet, Trieu à Staques ou encore Vieux Marais ou Vieux Moulin et bien d'autres.

A La Hamaide, vous ne manquerez pas d'assister à la "Moisson à l'ancienne" organisée le premier dimanche du mois d'août et de visiter l'Ecomusée du Pays des Collines, créé en 1975, où vous découvrirez tous les aspects de la vie d'antan au village, la reconstitution fidèle d'un estaminet, d'une forge, d'une saboterie et de multiples outils. 

Par Wodecq, village qui fut le triste décor d'un fait tragique, en avril 1944, lorsque 26 ellezellois furent arrêtés et fusillés par la Gestapo et par un passage à la ferme bio du Dorloû, vous gagnerez Flobecq.

Flobecq (Vloesberg) est une commune qui s'étend sur 23 km2 et compte environ 3.500 âmes. Vous y découvrirez la Houppe (Potelberg) qui culmine à 157 mètres d'altitude. Situé en plein milieu des bois, c'est un paradis pour cyclo-touristes et pour promeneurs. La commune fut un haut lieu de la culture des plantes médicinales, jadis presque toutes les familles en cultivaient, cette pratique a cependant disparu au début du XXe siècle mais on peut toujours y visiter le "Musée de la Plante médicinale". Le quatrième dimanche de juillet s'y déroule la procession de Saint-Christophe, un saint représenté par un homme sur échasses portant une longue robe rouge et tenant sur ses épaules l'Enfant Jésus pour l'aider à traverser un gué. Le folklore est également présent lors des "Antoniades" qui ont lieu, au coeur de l'hiver, lors de la dernière semaine de janvier (marché artisanal, cortège, reconstitutions, feu d'artifice, buffets campagnards...).

Vous ne devez plus parcourir qu'une une dizaine de kilomètres pour arriver à Lessines (Lessen),  "la cité du porphyre", appelée ainsi, car, lors de la révolution industrielle du 19e siècle, s'y développa l'activité des carrières de porphyres, une vingtaine de sites d'extraction qui procuraient de l'emploi à près de 5.000 ouvriers carriers. 

Depuis la fusion des communes intervenue en 1976, la commune de Lessines regroupe désormais les villages de Bois de Lessines, Deux-Acren, Ghoy, Ogy, Ollignies, Papignies et Wannebecq. S'étendant sur une superficie légèrement supérieure à 72 km2, elle compte près de 18.500 habitants.

Au centre de la cité, une visite est incontournable, celle de "l'Hôpital Notre-Dame à la Rose", patrimoine exceptionnel de Wallonie, centre hospitalier fondé en 1242 par Alix de Rosoit, Veuve d'Arnoud IV d'Audenaerde, seigneur du lieu, afin de soigner les indigents et les malades. le bâtiment a tenu ce rôle jusqu'en 1980. Depuis lors, il a fait l'objet d'une remarquable rénovation qui se termine et qui permet de le visiter dans son entièreté. 

Parmi les personnalités nées à Lessines relevons :

René Magritte, le peintre surréaliste, décédé en 1969,

Jean Claude Drouot qui y a vu le jour en 1938. Connnu à ses débuts pour son interprétation du rôle de "Thierry La Fronde" dans un feuilleton télévisé diffusé entre 1963 et 1966, il sera acteur de nombreux films, directeur du Centre dramatique de Reims, du Théâtre National de Belgique et Membre de la Comédie Française de 1999 à 2001. Il est également le directeur artistique de la Compagnie qui porte son nom,

Claude Criquielion, coureur cycliste professionnel, né à Deux Acren en 1957, champion du monde sur route en 1984, champion de Belgique en 1990, vainqueur du Tour des Flandres 1987, de la Flèche Wallonne 1985 et 1989, du Midi-libre 1986 et 1988, du Tour de Romandie 1986, de la Semaine catalane 1979... Il occupera également de nombreuses places dans le top 10 du Tour de France (5e en 1986), du Giro ou de la Vuelta.

Lou Deprijck, interprète, compositeur et producteur, le créateur de "Ca plane pour moi", succès interplanétaire et chanteur des groupes "Lou and the Hollywood Bananas" (Kingston, Les petites rues de Singapour...) et de "Two Man Sound". 

Ville de folklore et de tradition, Lessines attire de nombreux visiteurs de Belgique et du Nord de la France à l'occasion de "La procession des pénitents et la mise au tombeau du Christ" du Vendredi Saint, du "Cayoteu 1900", festivités et cortèges de géants de la mi-août au quartier Saint-Roch, quartier des anciens tailleurs de pierre, ou lors des "Fêtes historiques du Festin" (fin août-début septembre) qui commémorent la victoire de la milice bourgeoise de Lessines sous les ordres du capitaine Sébastien de Tramasure. 

Voici un second itinéraire de découvertes à réaliser au départ de Tournai pour visiter la Wallonie picarde. 

(S.T. juillet 2012)