22/04/2015

Tournai : l'année 1860 sous la loupe.

Notre étude chronologique des événements qui marquèrent la vie locale, durant ces dernières cent cinquante années, progresse, nous abordons une nouvelle décade : 1860-1869.

En septembre de cette année 1860, on fêtera les trente ans de l'insurrection qui mèna à l'indépendance de la Belgique.

Au niveau international, le 16 août, les troupes françaises débarquent en Syrie et au Liban afin de protéger les chrétiens maronites contre les exactions des Druzes. Le 6 novembre, le républicain Abraham Lincoln est élu président des Etats-Unis. Il est connu pour son action contre l'esclavage. Notons les naissances de l'écrivain français Pierre Loti (le 14 janvier), de l'écrivain russe Anton Tchekov (le 17 janvier), du peintre belge James Ensor (le 13 avril) et d'un futur président de la République Française, Raymond Poincaré, le 20 août.

Au niveau national, une loi entre en vigueur le 21 juillet, elle abolit les octrois communaux qui étaient jusqu'alors perçus aux entrées des villes. Le 25 août, un procès qui se tient à Charleroi va apporter de l'eau au moulin des mouvements flamingants. Deux hommes, les dénommés Coecke et Goethaels vont être condamnés à mort. Ceux-ci ont été jugés pour meurtres mais l'interprète qui leur avait été assigné s'exprimait en néerlandais et non dans leur dialecte. Condamnés à la peine capitale, ils n'ont pas compris le déroulement des débats et n'ont donc pu correctement se défendre. Le gouvernement reste insensible aux voix qui s'élèvent au nord du pays. Le 20 avril, un des pères fondateurs de notre pays, Charles de Brouckère, décède à l'âge de 64 ans.

Au niveau local, l'actualité continue à ronronner, comme elle en a pris l'habitude depuis une dizaine d'années déjà. Excepté les nécrologies de personnalités qui nous quittent, ce sont, avant tout, les faits divers qui alimentent principalement la chronique locale ainsi que le courrier des lecteurs. Ce dernier nous donne un aperçu des préoccupations des Tournaisiens. 

Pour rappel, nous avons conservé les tournures de phrases des intervenants de l'époque afin de mieux nous imprégner de l'ambiance qui prévalait.

La population tournaisienne (Courrier de l'Escaut du 23 janvier)

Notre rubrique débute par le recensement de la population et on apprend ainsi qu'au 31 décembre 1859, la ville de Tournai compte 51.062 habitants, soit 125 de plus que l'année précédente.

Dans le détail, on dénombre au niveau des naissances légitimes : 579 enfants de sexe masculin et 580 enfants de sexe féminin pour un total de 759, tandis qu'au niveau des naissances illégitimes, on recense 36 enfants de sexe masculin et 39 de sexe féminin.

(Dans ces chiffres ne sont pas compris les enfants mort-nés et ceux domiciliés dans d'autres communes).  

La rubrique des décès enregistre 357 hommes et 298 femmes soit 655 personnes.

845 personnes sont venues habiter la cité des cinq clochers et 899 l'ont quittée pour un autre lieu de résidence. Ceci nous apporte un solde négatif de 54 personnes.

199 unions ont été enregistrées par l'échevin de l'état-civil :

171 mariages entre garçons et filles, 10 entre garçons et veuves, 12 entre veufs et filles et 6 entre veufs et veuves.

Il est à noter également qu'un divorce a été prononcé !

Le tribunal correctionnel (Courrier de l'Escaut du 28 janvier)

Vols, coups et blessures et fraudes aboutissent souvent devant le juge et on peut dire que la justice est loin de se montrer laxiste. Qu'on en juge si vous me permettez l'expression !

"Adolphe D, Florent L et Victor R, jeunes gens d'Antoing ont fait péché de gourmandise, ils ont mordu à belles dents 32 pêches qu'ils ont pêchées (sic) dans le jardin du prince de Ligne. Un jour de prison pour chacun.

Ont été condamnés pour coups de poings, coups de pieds, soufflets, griffes, atous (NDLR : terme qui n'est plus guère utilisé et ne figure pas ou plus au dictionnaire) et calottes en genre divers : Jules F de Frasnes à un mois de prison et 16 francs d'amende, François D, tailleur à Tournay (NDLR : orthographe de l'époque) à 20 francs d'amende...".

Les accidents du travail (Courrier de l'Escaut du 9 février).

La législation sur le travail, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'existe pas et les accidents du travail sont très nombreux. Certains secteurs sont particulièrement touchés : l'industrie textile, la construction et le travail en carrière l 

Dans les filatures et bonneteries, des ouvriers et ouvrières, souvent très jeunes, ont les mains ou les bras pris dans les machines et doivent parfois être amputés. Dans la construction, ce sont des chutes aux graves conséquences en raison d'un manque de moyens de protection. Dans les carrières, se sont des ouvriers ensevelis (surtout après de fortes pluies) comme ces neuf hommes, heureusement sauvés, en cette année 1860. Dans certains cas, la négligence peut être à l'origine d'accidents :

"Un accident qu'on attribue généralement à l'imprudence de la victime est arrivé, vers 8 heures et demie du matin, au faubourg de Valenciennes. Le nommé Gaspard Coutiaux, ouvrier de carrière et cabaretier à Guegnies (NDLR : Guignies) était occupé à travailler dans la carrière de Mme Vve Dumont lorsqu'une grosse pierre qui avait été lancée par l'explosion lui tomba sur la tête. Sa mort fut instantanée. Coutiaux, qui est âgé de 68 ans, laisse une femme et un enfant".

La météo (Courrier de l'Escaut des 2 et 9.3 et des 23, 24 et 31.12).

On ne parlait pas encore de réchauffement climatique et les saisons étaient sans doute plus marquées qu'aujourd'hui mais les événements météorologiques relatés étaient semblable à ceux que nous subissons :

"La violente tempête d'hier après-midi (NDLR : 28 février 1860) a fait un grand dégât à la tour de l'église de Mont Saint-Aubert. La trappe qui servait de ci-devant plate-forme et qui la recouvrait en partie s'est envolée. Elle est tombée dans la ruelle dite des Pèlerins. Un mètre plus avant, elle écrasait la maison de Pottiaux, le boulanger. Voilà donc cette tour, déjà si misérable, privée de son dernier abri. Si on ne sa hâte pas de la restaurer et de la couvrir de sa flèche projetée, bientôt, il n'en existera plus. C'est une véritable honte pour le Mont Saint-Aubert et pour le Tournaisis de voir cette masure assise sur le point le plus culminant de la province...".

Il s'agit maintenant d'un extrait du courrier des lecteurs.

"Hier, pendant la journée (NDLR : le 8 mars 1860), un terrible accident est survenu dans la commune de Kain. Un moulin, qu'on nomme dans la localité le "Moulin Radis", a été renversé par le violence du vent. Les deux frères Vaucant (NDLR : suivant rectification car ils avaient été désignés tout d'abord sous le nom de Foucart), qui en sont les propriétaires, y étaient durant le danger. L'un d'eux, occupé à battre les meules, entendit un craquement menaçant et avertit son frère qu'il devait se sauver. Il se jeta par le fenêtre et tomba sur le sol. L'autre atteint par les matériaux détruits et par les marchandises eut l'estomac brisé. On parvint à le retirer des décombres et à la conduire à "La Jardinière" où peu d'instants après il cessa de vivre. Il était âgé de trente ans...".

"Le solstice d'hiver (NDLR : le 21 décembre 1860) nous a ramené, cette fois, un temps de saison, de véritables frimas. La neige tombe abondamment depuis deux jours et couvre les campagnes d'une couche épaisse, comme d'un manteau salutaire sur les terres ensemencées. La gelée, jusqu'à présent, n'est pas bien forte. Le thermomètre n'est descendu que jusqu'à 3° en dessous de zéro".

"La circulation est fort difficile dans nos rues et on pourrait y patiner d'un bout à l'autre de la ville. Aussi que de chutes ! ".

"Ceux de nos citoyens qui ont le cœur compatissant feraient bien de jeter quelques cendres ou de la paille hachée dans les rues, la gelée qui a succédé à la neige a rendu la voie publique très glissante et de nombreuses chutes ont eu lieu ces derniers jours. Un honorable fonctionnaire de notre ville s'est, dit-on, cassé un bras en tombant".

"Des compliments sont dus à nos édiles qui ont fait procéder, sans relâche, hier (NDLR : 30 décembre) pendant toute la journée, à l'enlèvement des neiges dans les principales rues de la ville".

Des citoyens (déjà) soucieux de la propreté de leur ville ! (Courrier de l'Escaut du 15.12).

Un lecteur écrit :

"Ne regrette-t-on pas le temps où notre ville était un petit bijou de propreté, objet de l'admiration des étrangers et de la fierté de nos pères ? Aujourd'hui, Tournay a changé sous ce rapport et si les anciens Tournaisiens pouvaient revenir dans leur ville, ils ne la reconnaitraient plus, tellement il y fait sale, tellement la plupart des rues sont mal pavées. J'insiste sur la malpropreté de la ville. A quoi cet état de chose est-il dû ? Au manque d'énergie de notre administration communale !".

La fraude (Courrier de l'Escaut du 9 novembre).

Après les bouchers qui ne voulaient pas baisser leur prix en 1859, cette fois, c'est une fraude sur le poids du beurre qui est constatée ".

L'hygiène publique (Courrier de l'Escaut du 30 mai).

"les Fossés Peterinck continuent à exhaler une odeur pestilentielle. Hier, pendant toute la journée, ils étaient presque à sec. Beaucoup de personnes se plaignent en raison de cet état de choses qui est devenu pour ainsi dire permanent. Plus de 70 cas de typhus se sont déclarés depuis le début de l'année dans le quartier de la Magdeleine (NDLR : orthographe de l'époque) qui a le triste privilège de ces exhalaisons".

Distraction ou... endormissement (Courrier de l'Escaut du 24 mai);

"Le garde des bois de Breuze (NDLR : au Nord de Tournai) qui était en tournée dans cette propriété, s'est arrêté au milieu du bois, se reposant sur le canon de son fusil. Abandonné à ses réflexions, il a oublié que l'arme était chargée. Tout à coup, une détonation se fit entendre et le coup partit en labourant le bras droit de ce garde infortuné !".  

Transparence (Courrier de l'Escaut du 5 août).

Chaque mois, la Caisse d'Epargne tournaisienne publie les mouvements enregistrés. Ainsi pour le mois de juillet 1860, on peut lire :

"Il a été versé par 301 déposants dont 27 nouveaux : 30.665,71 francs et il a été retiré par 70 personnes : 25.175,81 francs".

Visite royale (Courrier de l'Escaut du 2 octobre).

A peine trente ans après son instauration, la royauté suscite un élan extraordinaire dans la population belge et la visite du Roi et de la famille royale, le 1er octobre, est bien loin de démentir cette constatation :

Le journal paraît avec un énorme titre à la une : "Vive le Roi !".

Avec énormément de lyrisme, les journalistes nous décrivent cette visite sur les deux pages centrales.

Les rues sont ornementées de mats ornés d'écussons et d'oriflammes, des arcs de triomphe sont dressés et celui de la rue de la Tête d'Or est particulièrement remarquable. A l'arrivée du souverain en gare, des salves d'artillerie retentissent. Sur le parcours, la foule est tellement dense que le cortège royal a bien des difficultés pour se frayer un chemin vers l'évêché. Un cortège est organisé en l'honneur du roi sur la Grand-Place, toutes les compagnies, toutes les associations de plaisir ou caritatives, toutes les professions défilent durant près de trois heures trente. Sur l'Escaut, les bateaux sont pavoisés aux couleurs nationales. La ville est en liesse !

Il n'y a pas de fêtes patronales sans... (Courrier de l'Escaut du 8 décembre).

"Ce n'est pas qu'à Tournay que la fête de Saint-Eloi, patron de tous ceux qui font usage du marteau, a donné lieu à de copieuses libations suivies de querelles et d'horions. A Kain, commune fertile ou les procès-verbaux du garde-champêtre poussent avec la même abondance que les asperges au printemps, il y a eu, dit-on, le premier décembre, une véritable grêle de coups de pieds et de coups de poings. Le sang a même coulé en plusieurs rencontres. Au "Musicien", il y a eu une prise de bec entre un jeune villageois et un citadin. Les combattants seront appelés aux prochaines audiences du tribunal correctionnel".

Un projet ! (Courrier de l'Escaut  du 25 février).

"On assure que le gouvernement a le projet de faire ériger sur la Grand'Place (NDLR : orthographe de l'époque), une statue représentant Marie de Lalaing (NDLR : Christine !), princesse d'Espinoy, la vaillante héroïne qui défendit, avec tant de cœur, notre ville assiégée par les espagnols au XVIe siècle".

Ainsi s'écoulait le temps à l'ombre des cinq clochers dans une petite ville ou richesse et pauvreté, beauté et laideur, bourgeois et ouvriers se côtoyaient probablement de façon plus voyante que de nos jours.

(sources : les éditions  du Courrier de l'Escaut de l'année 1860).

S.T. avril 2015.

14/01/2015

Tournai : 1914-1918, quatre années d'occupation (5)

A la date du 1er janvier 1917, voici déjà vingt-sept mois que les troupes allemandes occupent la cité des cinq clochers. Une occupation qui s'est soudainement durcie avec le passage de la ville en "zone-étape". Le Tournaisien se doute que l'année qui commence sera encore très difficile, mais il ne sait pas à quel point !

Les conditions de vie se dégradent encore et toujours.

En ces premiers jours de janvier, les condition atmosphériques viennent aggraver la situation. Les pluies abondantes de la fin décembre ont gonflé les rus et les ruisseaux jusqu'à les faire déborder. Le village de Warchin, le faubourg Morelle mais aussi d'autre faubourgs voient une grande partie de leurs habitations sous eau. Bientôt la pluie sera remplacée par le froid et la neige. De terribles conditions qui coûteront la vie aux plus faibles, aux plus exposés. Entre le 1er et le 7 février, on dénombre 49 morts rien qu'en ville, c'est, selon Alexandre Carette, cinq à six fois plus que la moyenne habituelle en cette période de l'année.

Au même moment, de nouvelles restrictions sont apparues, elles touchent cette fois l'électricité. Dès 17h30, la ville est plongée dans la plus lugubre obscurité. Les seules habitations brillamment éclairées sont celles occupées par les officiers allemands. Pour ceux-ci aucune restriction, bien au contraire, on éclaire et on chauffe sans regarder à la consommation. Les Tournaisiens, quant à eux, ont été obligés de ressortir des appareils dont ils ne se servaient plus depuis longtemps, tels les "crachets", ces lampes à huiles dégageant de la fumée et une odeur très prononcée et les bonnes vieilles bougies. Comme ces produits ont eux aussi tendance à se raréfier, le plus souvent, on s'éclaire en ouvrant le couvercle du poêle, à la lueur dansante des braises, ce qu'on appelle "les soirées à l'écrienne" et on va se coucher tôt !

"L'Œuvre des Vieux Souliers" présidée par l'ancien bourgmestre, Victor Carbonnelle, récolte des vieilles chaussures souvent fort usées qu'elle répare pour les distribuer aux nécessiteux. Elles sont récoltées à domicile ou bien déposées au 14 de la rue de l'Athénée, à la rue de Cologne chez M. Dechaux, à la rue Royale à la Taverne française ou encore chez Mr. Carpentier, à la rue Fauquez.

La presse propose également des solutions pour venir en aide à une population démunie, on découvre ainsi cette suggestion :

"Comme il devient difficile de trouver des sabots en raison du manque de bois pour leur confection, on propose aux responsables communaux de faire abattre les deux rangées d'arbres, de taille inégale, à la chaussée de Lille et à la chaussée de Douai. Le bois servirait d'une part à la fabrication des sabots et, d'autre part, à la confection de fagots qu'on pourrait acquérir au magasin communal".

Les diverses réquisitions effectuées par l'occupant sont si régulières et si importantes qu'elles épuisent désormais les ressources de la commune, Alexandre Carette qualifie ce régime de retour à l'esclavage et au servage.

Le Tournaisien écrasé par l'occupant allemand.

En février, les "Boches" pratiquent la saisie des téléphones et des fils de fer, interdisent également, sans qu'on en connaisse la raison, la culture des trèfles, la saillie des juments et ordonnent la castration des chevaux.

Le 6 avril, l'occupant impose l'heure allemande, chaque horloge est avancée d'une heure (NDLR : il s'agit de l'heure toujours en application, à notre époque, durant l'été).

Le 16 avril, en la cathédrale Notre-Dame, un obit solennel est célébré pour le repos de l'âme des soldats tournaisiens tombés au champ d'honneur.

Le 7 mai, de nombreux Tournaisiens passent devant le conseil de guerre instauré par l'occupant. Beaucoup sont condamnés à des amendes mais onze d'entre eux dont les noms seront placardés le 7 juin sont condamnés à des peines d'emprisonnement allant de 2 mois à 2 ans. Il s'agit de François Mondo, joaillier, 62 ans, du Baron del Fosse et d'Espierres, propriétaire terrien, 48 ans, de Paul Brasseur, ingénieur, d'Henri Leroy, séminariste, 23 ans, de Marie Landrien, fille d'un cabaretier, 29 ans, de Victor Richeling, ébéniste, 51 ans, d'Edmond Carbonnelle, tourneur en fer, 37 ans, de Victor Honoré, rentier, 67 ans, de Victor Bail, horloger, 54 ans, de Joseph Devred, étudiant ingénieur, 21 ans et de Victor Masure, père jésuite, 52 ans. 

D'autres Tournaisiens se dressent contre l'occupant : Gabrielle Petit et Louise de Bettignie (cette dernière est originaire du Nord de la France mais habitant Tournai), elles collaborent à des service d'espionnage (NDLR : voir les articles que nous leur avons consacrés).   

Le 22 mai, les Tournaisiens sont confinés chez eux, dès 7h du matin, avec interdiction de sortir avant 13h. Le Kaiser Guillaume arrive en gare à 8h00, traverse la ville et, au boulevard Bara, pratiquement à hauteur de la rue Prévot (NDLR : actuelle rue Jean Noté), remet 600 décorations aux soldats et officiers. Il quitte la ville en fin de matinée après avoir visité la cathédrale.

Ce même jour, dans le courant de l'après-midi, une petite escadrille d'avions survole la ville. Une déflagration est perçue par les habitants, une bombe vient d'exploser à proximité de l'église Sainte Marie-Madeleine. Une dame qui se trouve dans le corridor de sa maison est atteinte par des éclats et décède moins d'une heure plus tard. Elle laisse quatre enfants en bas-âge. Quatre personnes sont également blessées à des degrés divers, une cinquantaine de maisons sont endommagées, les vitraux de l'église sont brisés.

La baisse de la moralité publique.

Les rapports des curés de paroisse font état d'un abaissement alarmant du sens moral, celui-ci est constaté tant chez les bourgeois que chez les ouvriers. Certains bourgeois ont des complaisances coupables envers l'ennemi, exercent un trafic avec sa complicité ou travaillent volontairement pour l'occupant. De nombreuses femmes et jeune filles se compromettent avec des soldats allemands et deviennent leurs "mascottes" (NDLR : terme encore utilisé à l'époque pour désigner ce qu'on nomme aujourd'hui une maîtresse). Chez les ouvriers, l'oisiveté (NDLR : mère de tous les vices comme il est dit) et la paresse les amènent à l'ivrognerie, à la fraude et au vol. Des domestiques volent leurs patrons comme dans une ferme à Esplechin. On assiste également à des règlements de compte ou à des actes de mauvais gré édicté par la jalousie. Ainsi, en juillet 1917, dans un jardin ouvrier du faubourg Morelle, une main malveillante coupe une centaine de plants de tabac et les abandonne sur le jardin, simple plaisir de nuire à autrui ?

Tracasseries, vexations, nouvelles condamnations.  

Un avis du commandant d'étape, le sinistre Hoppfer, stipule que la population ne peut se permettre aucun écart de conduite, que les soldats cantonnés chez l'habitant doivent être traités, à tous points de vue, mieux que les étrangers et les belges, quels qu'ils fussent. Alexandre Carette rapporte à ce sujet l'incident suivant qui s'est déroulé aux magasin Van Rolleghem. : un soldat allemand souhaite obtenir des bretelles, mais trouve le prix de celles qu'on lui présente beaucoup trop élevé. La vendeuse lui dit simplement :

"J'en ai à plus bas prix".

Elle sera condamnée parce que le "Boche" a compris ou a feint comprendre le mot "saloperie".

En juillet, septembre et octobre, huit civils sont convaincus d'espionnage et fusillés dans l'enceinte de la caserne d'infanterie (NDLR : actuelle caserne Ruquoy ou existe toujours un mémorial à l'endroit appelé "mur des fusillés") parce qu'ils ont osé braver l'ennemi. Parmi eux deux femmes, Flore Lacroix et Georgine Danel et un jeune homme d'à peine dix-sept ans, Léon Marlot de Roubaix.

D'autres vont échapper à la mort, voici deux récits collectés dans les rapports des prêtres de paroisses :

"Henri Papegay et Irma François de Kain, cultivateurs, ayant recueilli des pigeons voyageurs lancés en parachute par les alliés, furent arrêtés, ainsi que leur fils René, âgé de 15 ans. Convaincus d'espionnage pour avoir lâché les pigeons après avoir rempli la feuille de renseignements qui leur était attachée, ils furent condamnés à mort et leur fils à trois ans de prison, le 9 décembre 1917. Grâce à l'intervention de plusieurs personnes et à la supplique adressée par la duchesse d'Arenberg à l'empereur Guillaume, ils seront graciés en février 1918 et envoyés en forteresse" (rapport du curé de la paroisse Notre-Dame de la Tombe à Kain).

"Le bourgmestre d'Orcq, Mr. Ghislain, fut expulsé du village, de septembre à décembre 1917 pour avoir allumé un feu afin de brûler des déchets et l'avoir laissé couver toute la journée. Celui-ci s'est réactivé en soirée en raison du vent. Des aviateurs anglais ont bombardé le champ d'aviation allemand situé à proximité". Les Allemands y voient un lien de cause à effet, ce feu avait été allumé volontairement pour guider les alliés" (rapport du curé du village d'Orcq).

"Une Kommandantur est installée à Templeuve en novembre 1917, à partir de ce jour, il n'y a plus de communications possibles pour les habitants avec les villages voisins de Blandain, Ramegnies-Chin et Bailleul" (rapport du curé de Templeuve).

Une troisième année complète d'occupation se termine, les Tournaisiens se demandent ce que va leur réserver l'année 1918.

(à suivre)

(sources : "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" de Céline Detournay, étude parue dans le tome IX des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 2003 - "Comment la population du Grand Tournai a vécu la guerre 1914-1918" de Thierry Bertrand et Jacques Pycke, ouvrage paru en 2014 - "Au nom de tous les Nôtres" ouvrage collectif publié par les Ecrivains publics de Wallonie picarde en août 2014 - Les éditions du "Courrier de l'Escaut" parues en 1917. Je remercie également Mme Jacqueline Driesens et Mr. Jacques De Ceuninck pour les documents ou renseignements fournis).

S.T. janvier 2015.

18/12/2014

Tournai : 1914-1918, le sort de la 7e Cie du 83e Terrritorial.

Complément aux écrits du général de Villaret.

Parmi les écrits du Général Antoine de Villaret figurent également les souvenirs du Capitaine Delaliau recueillis en captivité à Torgau. Celui-ci nous renseigne sur le sort de la 7e Compagnie du 83e régiment Territorial et évoque spécifiquement les événements qui se déroulèrent, cette fois, à l'endroit connu des Tournaisiens sous le nom de "Pont du Viaduc", le pont du chemin de fer qui enjambe la route menant au village de Kain.

Dès que le Commandant nous eut donné ses ordres, je partis de suite pour Kain par la route qui suit la voie ferrée en partant de la route de Rumillies (NDLR : il s'agit plus que probablement de la voirie qui est devenue après la seconde guerre mondiale, le boulevard Eisenhower).

En arrivant à la patte d'oie d'où les chemins mènent à Kain à l'Ouest et à Hérinnes au Nord, je divisais ma défense :

1ère section (Lt de Sévignac) couvrant le N.O de Kain,

4e section, au village de Kain,

3e section, au passage à niveau de la voie ferrée à l'Est de Kain,

2e section, en réserve à la patte d'oie.

(NDLR : la patte d'oie à laquelle le cap. Delaliau fait référence est le carrefour situé à l'intersection du boulevard Eisenhower et de la rue du Viaduc, carrefour qu'on aborde juste après être passé sous le viaduc, elle permet de rejoindre Kain-centre et le Mont Saint-Aubert d'un côté, Audenarde par Pottes et Ruien de l'autre).

La 4e section, celle du village, aperçut bientôt quelques cavaliers avec lesquels on échangea quelques coups de fusil (NDLR : on peut estimer que ces faits se passent au tout début de la matinée).

La 3e section (passage à niveau) me communiquait de la part du gardien du passage qu'on lui signalait des troupes venant très nombreuses d'Hérinnes et Obigies et même de la rive gauche de l'Escaut (NDLR : il est avéré que des troupes allemandes avaient franchi l'Escaut à Pont-à-Chin, à environ quatre kilomètres en aval de Tournai).

J'envoyais alors un rapport à mon chef de bataillon, il était 9h45.

On me signale de tous les postes des mouvements de cavalerie, mais rien ne s'approche sérieusement, ce sont de simples vedettes (NDLR : "vedettes" au sens militaire du terme désignant les sentinelles à cheval)...

Pendant ce temps, le feu augmente de façon sérieuse sur notre droite, direction Rumillies (NDLR : les combats se déroulent sur la chaussée de Renaix, le commandant Delahaye a déjà été tué). 

Tout à coup, des coups de feu éclatent au centre de ma réserve (patte d'oie), puis au poste du passage à niveau. J'étais avec la 1ère section, j'accours, c'est une automobile allemande montée par un chauffeur et deux officiers d'Etat-Major qui a essayé de forcer le passage.

Le passage à niveau étant fermé, elle est capturée. Le chauffeur seul est légèrement blessé; il est environ 11h15. Je prie des officiers de vider leur poches, je fouille l'automobile et je réunis toutes les notes et carnets trouvés dans un paquet que je confie au Sergent Meyer. J'essaie d'interroger les officiers (l'un d'eux parle un peu français); naturellement, j'en tire peu de choses.

Au bout d'un moment, vers midi, l'officier parlant français demande à me faire une proposition. Il me dit alors : "Je vous préviens que vous êtes entourés par deux divisions allemandes et allez être fait prisonniers; comme je désire être relâché avec mon camarade, je vous offre, à vous et à vos hommes, votre liberté contre la nôtre immédiate".

Je lui dis simplement que je ne pouvais accepter sa proposition.

Ces paroles pourtant m'avaient fait réfléchir en constatant que mon cycliste ne revenait pas avec les ordres demandés au Cdt Delahaye, que le feu des mitrailleuses et de l'artillerie progressait beaucoup sur ma droite (NDLR : vers la chaussée de Renaix), que des bruits de roulements d'artillerie et de trot de cavalerie étaient très fréquents sur la rive gauche de l'Escaut en me rapprochant de Tournay.

En conséquence, couvert par une avant-garde et une arrière-garde, et emmenant mes prisonniers, je fis filer la compagnie le long de l'Escaut.

Après 1 kilomètre 1/2 environ, lorsque mon gros arrivait à hauteur d'une écluse (NDLR : l'écluse de Kain), la pointe m'envoya prévenir qu'elle se heurtait aux forces allemandes qui tenaient toute la rive droite de l'Escaut. Je les fis se replier pour passer à l'écluse et pris alors l'avant-garde avec le Caporal Le Goupil, dont la conduite et l'allant furent, toute cette journée, particulièrement remarquables.

Nous traversons alors les prairies qui nous séparent de Tournai très rapidement : il est 1h1/2; (NDLR : il s'agit des "prés de Maire" qui s'étendent alors entre les actuelles usines Casterman et l'ancien terrain du Racing Club de Tournai).

En arrivant aux maisons qui sont, je crois, les faubourgs de Tournay, nous sommes reçus à coups de fusil, nous ripostons.

Puis, profitant de ce que nous étions en contrebas d'environ 2 mètres et protégés, nous filons le long d'une promenade très large dans la direction de Tournai (NDLR : le groupe emprunte l'actuelle avenue de Maire ou "drève de Maire" comme on dit à Tournai).

Après quelques centaines de mètres, j'essaie d'escalader le talus pour pénétrer en ville... nous sommes reçus de face et de flanc par un feu très nourri, je crois même de mitrailleuses, et en une dizaine de minutes, j'ai une vingtaine d'hommes par terre.

La situation est intenable car nous ne voyons pas les Allemands embusqués dans les jardins et enfilant l'avenue. Mes hommes tourbillonnent, ne m'entendent plus et se précipitent dans une grande fabrique à droite de l'avenue.

J'y entre après eux avec mon lieutenant, je les calme un peu, remets un peu d'ordre et réussit à les faire sortir par une porte de côté.

Nous nous élançons à nouveau pour gagner la ville, nous sommes repris par le feu mais cette fois face à nous.

Les Allemands sont dans Tournay, nous sommes définitivement coupés, car on tirait sur nous de face, de flanc et par derrière...

Il était environ 2h1/2, nous étions environ 40 quand nous fûmes pris, les autres avaient pris dans les rues transversales pour échapper au feu de l'ennemi (NDLR: tentant de rejoindre la rue Saint-Eleuthère, certains gagnèrent la chaussée de Lille).

Aussitôt arrêtés, on nous fit rendre les armes, on nous forma en détachement et (on nous fit) rejoindre un groupe de prisonniers à l'Ouest de Tournai (NDLR : là, où ils retrouvèrent les hommes du général de Villaret).

FIN

(sources : notes du général Antoine de Villaret remises par Madame Claire de Villaret, arrière-petite-nièce de cet officier français à Charles Deligne, conservateur du Musée militaire de Tournai que je remercie de me les avoir transmises).

S.T. décembre 2014.

31/01/2011

Tournai : une station thermale aux portes de la ville !

La tournaisienne Yvonne Coinne est une passionnée de généalogie mais aussi de l'histoire de sa ville, dans son étude "Fontaine salantes et salines en Hainaut Occidental", elle aborde le thermalisme qui s'est développé au XIXe siècle dans les villages voisins de la cité des cinq clochers.

Une affiche illustrant ses propos attire particulièrement l'attention, on y voit le château du Saulchoir à Kain entouré d'un vaste parc dans lequel se promènent des messieurs en uniforme ou jacquettes et des dames en robes longues portant ombrelle. On peut lire les mentions suivantes : Kain-les bains (Gare-Tournai) à 5 heures de Paris (3 trains) et 1 heure de Lille (4 trains), institut thermal, goutte, rhumatismes, gravelle, affections nerveuses. Ainsi, tout comme la ville française voisine de Saint-Amand les Eaux, Kain, village aux portes de Tournai, fusionné depuis 1976 avec la cité de Clovis, avait la réputation d'attirer les touristes du thermalisme. Une autre photo nous montre les bâtiments et une lettre à en-tête annonçant : "Société Anonyme Institut hydrothérapique Kneipp, exploitation des eaux ferrugineuses du Saulchoir,  Kain (Hainaut-Belgique), Administrateur délégué Mr. Max Singer".

Dans le dictionnaire géographique de la Province du Hainaut, le village est décrit de la façon suivante :

"Kain, commune du canton, de l'arrondissement et à une lieue au Nord de Tournai (...) sur le territoire de Mr. Demerville se trouve une source d'eau ferrugineuse; cette source minérale est connue dans le pays sous le nom de Fontaine du Saulchoir, Fontaine de Madame, Fontaine Saint-Bernard...".

La Fontaine de Madame était le nom donné par les habitants de Kain la Tombe, le nom de Fontaine Saint-Bernard trouvait son origine car elle était située dans le clos des religieuses de ce nom, l'ordre de Saint Bernard. On dit que le duc de Parme, attaqué de la gravelle (formation de "pierres" dans les reins et les voies urinaires) but de cette eau lorsqu'il vint à Tournai en 1580 !

Le docteur Planchon réalisa, en 1780, une analyse des eaux du Saulchoir, les résultats furent republiés par l'historien tournaisien Mr. Hoverlant en 1812, il y est dit : " cette source perce dans un sol marécageux, il y a dans cette pâture des tilleuls, des saules, des bois blancs, près d'une aunaie. Dans le fond de la fontaine, il y a de la marne entremêlée de terre noire ayant un goût ferrugineux et une odeur de souffre. Elle jaillit du sol en formant un bouillonnement. Elle précipite une matière jaunâtre, ocreuse (fer). Par temps sec (évaporation), il se forme une pellicule qui surnage de couleur nacrée (cristallisation des sels) à la saveur saline. Cette fontaine a à son nord le mont Saint-Aubert, colline parsemée de pierres ferrugineuses et de pyrites de différentes couleurs. De Tournai au mont Saint-Aubert, le sol est sablonneux. Cette fontaine minérale contient des principes salins et ferrugineux. Elle contient aussi des acides sulfureux volatils (...), la source est abondante, les eaux forment un ruisseau assez considérable qui se répand dans un grand étang et dans les fossés de la maison avant de traverser le hameau et aller se perdre dans l'Escaut...".

Dans cette étude, il est également déclaré : "l'on tient que cette eau a quelque rapport aux qualités des fontaines de Spa, qui sont aux Ardennes (sic)".

Dans la région, la potasse était aussi nommée "kainite", un sel double naturel hydraté de sulfate de magnésium et de chlorure de potassium, utilisé comme fertilisant des sols.

Le domaine du Saulchoir existe toujours, il est occupé depuis les années soixante par l'institut d'enseignement spécial. Le mot "saulchoir" signifie "la place à sel" !

Dans le village de Froyennes, distant à peine de trois kilomètres du centre de Tournai, à l'ouest de la ville, on trouvait au début du XXe siècle, la "Source des Mottes", une maison de cure thermale pour personnes aisées. Une habitation située face à l'actuel restaurant "Chez Léon" portait toujours ce nom, il y a peu.

(source : "Fontaines salantes et Salines en Hainaut Occidental" par Yvonne Coinne)

18:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saulchoir, thermalisme, kain |

23/10/2008

Tournai : le mémorial aux pilotes disparus (2)

Jacques De Ceuninck a reconstitué la journée du 28 janvier 1945 qui fut fatale au bombardier B-17, n°39055 appartenant au 335e squadron du 95e Bomb Group de la 8e armée de l'USAAF piloté par Robert Mercer. C'était la 269e mission pour ce groupe de bombardiers. Son objectif : la zone industrielle de Duisbourg près d'Essen en Allemagne.

Aux commandes de l'appareil se trouvent le second Lieutenant Robert Mercer et son co-pilote, le second Lieutenant Charles Taylor et avec eux 7 autres membres d'équipage. Le décollage a eu lieu à 9 heures du matin, à l'est de l'Angleterre, en haute altitude, les 900 quadrimoteurs se regroupent et, vers 11h, l'armada met le cap sur l'Allemagne via la Hollande. L'objectif se rapproche et les premiers nuages d'éclatement d'obus de la Flak commencent à apparaître. Arrivés sur la zone de largage, les portes de la soute à bombes des appareils sont ouvertes. Autour, les éclatements de la défense anti-aérienne allemande protégeant particulièrement les sites industriels sont devenus très précis et innombrables. Plusieurs impacts des canons de la Flak viennent toucher le B-17, celui-ci vire et commence à perdre de la hauteur. Il doit larguer ses bombes sur un objectif secondaire proche. L'équipage se rend vite compte que les impacts sur les moteurs sont très importants. L'appareil, revenant vers la Belgique, avec ses deux moteurs droits arrêtés et un moteur de gauche tournant irrégulièrement, a perdu beaucoup de sa hauteur. Melsbroeck, saturé par la présence d'avions alliés de toutes sortes ne peut servir d'aérodrome de secours, Bob Mercer reçoit l'ordre de continuer et de se poser à Merville, aérodrome de secours situé à l'ouest de Lille.

Très proche de la zone à l'est de Tournai, l'aile gauche s'enflamme (c'est là que se trouvent les réservoirs de carburant). L'appareil n'est presque plus manoeuvrable. C'est fini. Le pilote donne l'ordre à ses hommes de sauter, dans l'extrême urgence mais méthodiquement. Les parachutes se posent à Tournai, Warchin et à la limite de Kain. Restant volontairement aux commandes, Bob Mercer, chef d'équipage se sacrifie, Charles Taylor, le second pilote, se tuera car le parachute ayant subi des dégâts dus aux éclats de la DCA allemande ne s'ouvrira qu'imparfaitement. Le bombardier en feu évitera, dans les toutes dernières secondes, les maisons du haut de la rue Pierre, l'église de la Tombe, la petite école et les quelques maisons de la rue de l'Eglise. Il s'écrasera dans les espaces cultivés, actuellement bâtis. De "Bob" Mercer, on ne retrouvera que quelques restes. Les autres hommes étaient sains et saufs. ... Par son courage, Robert Mercer avait sauvé la presque totalité de son équipage mais avait aussi évité de nombreuses victimes au sol. Son sacrifice et celui de son second pilote, ont mérité amplement l'édification du mémorial dont nous avons parlé hier.

(sur un texte de M. Jacques De Ceuninck que je remercie)

08:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, b-17, kain, bob mercer, charles taylor |

14/08/2007

Tournai et ses villages : Kain (2)

Le village de Kain accueille de nombreux et importants établissements scolaires : la Sainte Union, le Collège Notre-Dame de la Tombe, l'école primaire communale, l'institut d'enseignement spécial Le Saulchoir, les Colibris...

Jusqu'en 1997, le Carmel accueillait une dizaine de religieuses dont la vie quotidienne a été relatée de façon sobre mais émouvante dans le documentaire réalisé par la télévision locale et communautaire "No Télé" sous le titre "Epouses de Dieu". Ce court métrage a été primé pour sa qualité exceptionnelle. Après le départ des carmélites, le lieu a été transformé en une expérience de vie communautaire, sous le nom de "Lucthkasteel" mais celle-ci a pris fin en 2006.

Kain est le village natal d'Edmond Defroyennes qui y est né en 1896. Volontaire de guerre, à la fin de celle-ci, il entre à l'administration du chemin de fer qu'il quittera en 1943 pour cause de maladie. Il découvrit la peinture dès sa jeunesse et à l'âge de trente ans, il peignait déjà, en amateur, de très nombreuses toiles. Autodidacte, il va parfaire sa formation à l'Académie des Beaux Arts de Tournai et participera à de nombreuses expositions dans les principales villes du pays. Il sera le "peintre des fleurs", il lèguera une oeuvre riche d'un millier de toiles représentant un recueil de presque toutes les fleurs existantes. Il laissa aussi une centaine d'aquarelles, des natures mortes, des paysages et des marines. Il est mort à Basècles en 1977.

En 1973, un médecin belge va défrayer la chronique judiciaire du pays, Willy Peers est, en effet, arrêté et inculpé pour avoir pratiqué plus de 300 avortements. Débutera alors une grande polémique, partisans et opposants de cette pratique organisant des dizaines de manifestations parfois violentes. Willy Peers était né le 17 mars 1924 à Kain de parents libre-penseurs, il avait suivi ses études secondaires à l'Athénée Royal de Tournai. Durant la guerre, il entrera dans la résistance. A la fin de celle-ci, c'est au Parti Communiste qu'il adhère. Diplômé de l'ULB en médecine en 1947, il poursuivra des spécialisations en chirurgie et accouchement et ensuite en gynécologie. Il sera à la base du groupe de réflexion sur la mise en place de l'accouchement sans douleur à l'hôpital Saint Pierre. En 1959, il occupera le poste de directeur adjoint de la maternité provinciale de Namur. Après son arrestation et suite aux remous provoqués dans l'opinion publique, le gouvernement votera en 1973, la loi sur la contraception et en 1990, celle dépénalisant l'avortement. Willy Peers est décédé en 1984, à l'âge de 60 ans.

Premier bourgmestre de Tournai à la fusion des communes, Raoul Van Spitael, né dans la région du Centre en 1914, fut jusqu'en 1976 le dernier bourgmestre de Kain. Il fut également le fer de lance de l'opposition des villages au projet du Ministre Michel. Il était de toutes les manifestations, prenant la parole pour fustiger cette initiative inique, mais, constatant que la fusion des communes était inéluctable, il rallia finalement le projet et pris la tête de la ville la plus étendue de Wallonie jusqu'à sa mort en 1992. Son nom a été donné en 2005 à la rue de l'Yser à Kain.

Il nous reste à évoquer un haut lieu des festivités kainoises : "le Roi des Radis". Il s'agissait au départ d'une fête annuelle qui existait déjà au XIXème siècle puisque Bozière y fait référence. Le jeudi de l'Ascension, une foule bruyante se donnait rendez-vous sur la placette face à la chapelle transformée pour cette occasion en champ de foire, pendant que les agriculteurs participaient à un concours désignant le plus beau radis, les jeunes dansaient aux sons d'orchestres champêtres. Cette tradition a peu à peu disparu, mais un établissement situé à proximité de la placette a conservé le nom du "Roi des radis". Au XXème siècle, c'était le dancing où une jeunesse, beaucoup plus sage qu'à notre époque, aimait se retrouver pour danser ou simplement écouter les orchestres à la mode, "dans le vent" !

Ceci nous rappelle que deux frères Roger et Michel Croiseau ont monté, au début des années soixante, un orchestre pour animer les bals de la région. Roger était employé dans un organisme financier et son frère Michel travaillait à la Poste. L'orchestre "Rock Crosy" était né et il allait emmené dans son sillage des dizaines de fans et de groupies qui le suivaient partout où il se produisait. Roger s'étant par la suite retiré, dans les années quatre-vingt, Michel continua sous le nom du "Mick Crosy Show" avec sa chanteuse Sonia (de son vrai nom Sonia Chauland). Avec les Polaris, Rock Crosy ou le Mick Crosy Show firent la renommée des orchestres pour jeunes de la région. Il est vrai que c'était de la musique qu'on aimait savourer sans devoir se perdre dans des vapeurs d'herbes ou se doper aux cocktails détonnants.

(sources : "biographies tournaisiennes" de Gaston Lefebvre, "Tournai, ancien et moderne" d'A-F-J Bozière et recherches personnelles).

13/08/2007

Tournai et ses villages : Kain

Entre le Mont Saint Aubert et le faubourg du Viaduc, voici le village de Kain, le plus important des trente qui furent rattachés à Tournai lors de la fusion des communes au 1er janvier 1977. Pour une superficie de 1.127 hectares, il compte une population estimée à environ 7.000 habitants. Signalons, en toute objectivité, qu'une étude récente parue sur internet, remarquable travail d'un élève effectué en 2002, lui attribue 10.172 habitants. Ce nombre nous paraît un peu exagéré car celui repris dans "Tournai vers le futur", plaquette éditée en 1999, nous en renseigne 6.668. L'estimation nous semble plus proche de la réalité même si de nouveaux quartiers ont vu le jour ces deux dernières décennies (clos du Vieux Comté, de l'Epinette, de l'Evêché, du Bois Joli, Résidence du Vert Marais, du Vert Lion, Val de la Résistance...).

Le visiteur qui se rend de Tournai à Kain ne constate pas le passage d'une entité à l'autre, il faut dire que le hameau de la Tombe se confond avec celui du faubourg du Château. La Tombe ne fut, en effet, annexé à la commune de Kain que le 14 fructidor de l'an IV. Ce hameau possède, depuis le XIVème siècle, son église dédiée à Notre-Dame, il s'agissait à cette époque d'un simple petit oratoire. Ce n'est qu'à partir de 1475 que sera construite l'église actuelle, l'édifice ayant été consacré par l'évêque de Cambrai, Mgr Vanderbrucq, en 1505.

Le hameau possédait également deux sources d'eau minérale coulant dans l'ancien clos des Bernardins du Saulchoir, la principale est connue sous le nom de "Fontaine Saint Bernard" ou "Fontaine Madame". Ces eaux étaient reconnues pour avoir un pouvoir bénéfique sur la santé, on dit même qu'Alexandre Farnèse, après le siège de 1581, vint y soigner une gravelle (lithiase urinaire).

On trouve les premiers témoignages historiques spécifiques au village de Kain en 1138, lorsque Nicolas I, évêque de Cambrai, donna son autel, annexe de celui de Saint Brice, au chapitre de Tournai. En 1474, les habitants du Saulchoir obtiennent des Consaux de Tournai l'autorisation de construire un hôpital au lieu-dit La Tombe. La chapelle de celui-ci sera, dit-on, brûlée par les Huguenots et le bâtiment pillé lors de la Révolution. En 1238, des religieuses de l'ordre des Cisterciennes, venant d'Obigies, s'installèrent au Saulchoir, leur monastère fut détruit en 1566 mais reconstruit en 1628. Le bien fut vendu lors de la Révolution. En 1905, des Dominicains parisiens expulsés de France par la loi Combes, s'installèrent dans le monastère. La seigneurie principale de Kain était la propriété des seigneurs d'Audenaerde, tandis que les fiefs de Constantin et du Paradis dépendaient de la châtellenie d'Ath. A la suite des conquêtes de Louis XIV et par le Traité de Chambord de 1669, Kain fut rattaché à la banlieue de Tournai. En 1723, après la perte des possessions par les Français, le décret impérial replace le village sous la juridiction du Conseil souverain du Hainaut.

Kain est une localité essentiellement agricole bénéficiant d'une excellente terre tirant probablement ses qualités des alluvions déposés par l'Escaut et du travail de ses agriculteurs qui en ont fait le renom. Les primeurs en provenance de ce village sont appréciées dans la région et même au-delà de nos frontières, ainsi voir sur un marché les mentions "asperges" ou "pommes de terre de Kain" sont pour les ménagères avisées un label de qualité. Au début du XIXème siècle, la production des asperge partait presque entièrement dans la région lilloise. Kain n'est pas un village industriel, toutefois quelques entreprises y ont été relevées : deux brasseries, une distillerie et l'un ou l'autre moulin durant le XIXème siècle. Au siècle dernier, on note, un chantier de construction navale, une fabrique de produits en ciment , une importante usine de confection de tapis (Balamo) qui occupera jusqu'à 250 personnes mais fermera ses portes dans les années quatre-vingt, une fabrique de lingerie, une autre de dentelles fines, un département des laboratoires Yves Rocher. Des habitants se sont lancés dernièrement dans l'héliculture (escargots) et proposent leurs produits sur les marchés de la région.  il nous reste à entamer une balade de la Tombe au Paradis, d'Ormont à Omerie, de la Bruyère à la Folie, du Renard à Malakoff, de Constantin au Pont Rouge, tous ces quartiers qui constituent le village.

(sources : "Tournai vers le futur" édité par l'ASBL Tourisme et Culture, "Tournai, ancien et moderne" d'A-F-J Bozière et recherches personnelles).

12:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kain, hameau de la tombe, louis xiv, heliculture de kain |