04/02/2013

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (2)

Nous avons vu que l'habitant du quartier Saint-Piat était un bon vivant qui ne détestait pas s'amuser. La vie se partage entre loisirs et travail. Qu'en est-il de ce quartier en matière d'économie ?

Une économie principalement d'artisanat

Jusqu'au XVIIIe siècle, on n'y trouve pas de grosses industries, d'importantes usines, la densité de l'habitat est telle qu'on y rencontre principalement des artisans ou ouvriers travaillant à domicile : des charrons (réparateurs de chariots et de charrettes) installés dans la rue des Carliers , des brasseurs sur les bords de l'Escaut par où arrivait les matières premières comme l'orge, le malt ou le houblon, des menuisiers, regroupés à la Hugerie devenue ensuite la rue Madame et des piniers, ouvriers qui peignaient la laine pour le compte d'ateliers.

La première véritable entreprise qui s'installa dans le quartier est une fabrique d'étoffe apparue en 1750 dans l'actuelle rue Cherequefosse. Par la suite, son propriétaire, Nicolas Delescolle s'associera à Piat Lefebvre et Jean Caters dont l'activité de fabrication de tissus se transformera vers 1783 en celle de tapis. Elle deviendra la Manufacture Impériale et Royale de Tournay et, au temps de sa splendeur, ses ateliers de la rue des Clairisses, compteront jusqu'à 1.500 ouvriers avant de disparaître en 1887. 

Dans le quartier on trouvera encore une tannerie à la rue Cherquefosse et l'Union Ferronière dans la rue Saint-Piat.

Des enfants ayant acquis une certaine notoriété.

Beaucoup de Tournaisiens ignorent que le Dr. Michel Brisseau y est né en 1676. Médecin militaire à Douai et premier professeur en médecine, il démontrera le caractère de la cataracte et publiera un "Traité de la cataracte et du glaucome". Il y précise le siège exacte de la maladie de l'oeil résultant d'un endurcissement et de l'opacité du cristallin. Il mourut en 1743.

Certaines maisons bourgeoises du quartier Saint-Piat ont été les résidences d'hommes politiques tels Albert Asou (1857-1940) avocat, bourgmestre libéral de Tournai, conseiller provincial et membre du parlement, Emile Derasse (1884-1956), lui aussi avocat de profession (n'oublions pas que le palais de Justice est à deux pas), élu sur la liste libérale, il succèdera au poste de bourgmestre à Albert Asou en 1940 et Jules Hossey (1900-1980), également avocat, premier bourgmestre socialiste de la cité des cinq clochers. 

Un quatrième bourgmestre de la ville était lui aussi un enfant de Saint-Piat, Roger Delcroix (1928-2010) a ceint l'écharpe mayorale entre 1992 et 2000. On lui doit la mise en valeur du patrimoine tournaisien afin de faire de la ville une destiantion touristique. 

Egalement originaire de Saint-Piat, Adrien Joveneau, l'animateur du "Beau Vélo de Ravel" et des "Belges du Bout du Monde" sur Vicacité, y est né à Tournai en 1960. Sa famille y tenait une chocolaterie à la rue des Jésuites.  

Ils y ont habité ou y habitent encore.

L'auteur picard, Achille Viehard (1850-1926), membre fondateur de la Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1907, il était le directeur de l'hospice des vieillards de la rue Sainte-Catherine.  On lui doit la célèbre chanson "L'lindi parjuré".

Le peintre tournaisien Joseph Lacasse (Tournai 1894-Paris 1975) y a demeuré à la rue des Ingers. Dans la maison voisine du peintre, demeure, lorsqu'elle est à Tournai, Edith Dekyndt, née à Ypres en 1960, professeur à Saint-Luc tout d'abord et désormais en France, son travail repose sur la photographie, la sculpture et la création vidéo. Jean Marie Molle, né à Ans en 1947, peintre et graveur, professeur à l'Académie des Beaux-Arts demeure à l'avenue des Etats-Unis. 

Autres figures marquantes du quartier :

Alain Leroy, commentateur des combats de catch organisés lors des sacres mais surtout connu comme le chanteur et guitariste de l'orchestre les "Aigles Stars" qui, dans la région et dans le Nord de la France, anima de nombreuses soirées dansantes, les kermesses, les boums dans le courant des années soixante et septante, Alain Leroy nous a quitté il y a quelques années. par une froide nuit d'hiver, victime du tueur silencieux, le CO.

Guy Poncelet (1931-2010), ancien procureur du Roi, qui fut confronté à la partie tournaisienne du dossier Dutroux, lors de l'enlèvement de Sabine Dardenne.

Jacky Legge, (voir l'article lui consacré), conservateur des cimetières tournaisiens, animateur à la Maison de la Culture, auteur de nombreux ouvrages sur Tournai. 

Le docteur Charles Willaumez (1920-1978), chirurgien, Président du conseil médical de la clinique Saint-Georges et son épouse Claire (1920-2002), première présidente de la Fondation Pasquier Grenier,  

Pierre Vandenbroecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien,

Damien Lafaut, peintre, élève de Dubrunfaut, il réalise également des dessins et est, tout comme son maître, auteur de carton pour les tapisseries.

Claudine Mol, professeur de tapisserie à l'Académie des Beaux-Arts, consiellère artistique au Crécit, conservatrice du musée de la Tapisserie et une des initiatrices de la "Biennale de la Tapisserie et des Arts du Tissus de Tournai".

Henri Vernes, l'auteur de Bob Morane, qui demeura durant sa jeunesse à la rue Cherquefosse.

Un quartier qui a du coeur, des gens solidaires

Ces trois ou qautre dernières années, quand l'hiver pointait le bout de son nez et que les températures se mettaient à baisser, les personnes en détresse avaient rendez-vous, le soir, vers dix-huit heures, au pied de l'église Saint-Piat. Là, un groupe de bénévoles sous la houlette de Martine Maenhout distribuait de la soupe chaude et du pain aux Sans Domicile Fixe et aux démunis. Rapidement, il est apparu que de jeunes mères avaient également un besoin urgent de couvertures ou de lainages pour leurs enfants et il a été aussi constaté que les personnes, de plus en plus nombreuses, vivant dans la rue n'étaient pas toujours chaudement vêtues pour affronter les rigueurs de l'hiver. A la distribution de cette soupe que les initiateurs ont eux-mêmes qualifiée de "populaire", on a adjoint une distribution gratuite de vêtements de seconde main. Cette soupe devenue nécessaire et (que je préfère personnellement nommée "solidaire" car le mot populaire a souvent pris une connotation péjorative pour les gens qui ne sont pas confrontés aux problèmes engendrés par la pauvreté) a attiré de plus en plus de monde, victimes de plus en plus nombreuses de la crise. Depuis cette année, les démunis et sans-abris disposent d'un petit immeuble, propriété de l'asbl Solidarité Notre-Dame, dans la rue Saint-Piat dont l'enseigne porte la mention "Al maseon du Pichou". Durant les mois les plus froids, ils sont parfois plusieurs dizaines a venir, l'après-midi, chercher un peu de chaleur humaine, à boire une soupe et manger un morceau de pain, à choisir le vêtement qui leur permettra de faire face à la froidure nocturne. Dans ce quartier où la misère n'a pas toujours pignon sur rue, quelques dévoués se sont regroupés pour soutenir ceux que la crise ou les circonstances de la vie ont précipité dans la pauvreté.

Qui est ce fameux "Pichou Saint-Piat" ? 

"Ein Pichou", c'est ainsi que dans notre patois on appelle un écoulement d'eau, une fontaine. Cette expression bien connue dans le quartier désigne le monument élevé à la Chanson Wallonne situé près de l'entrée de l'église paroissiale, à l'angle des rues Saint-Piat et des Jésuites. Il fut inauguré le 15 août 1931. C'est un lieu hautement symbolique pour la Royale Compagnie du Cabaret Wallon qui s'y réunit lors de la fête de la chanson wallonne et du Cabaret Wallon, en septembre. Il représente un garçon frondeur, un "titi" tournaisien qui tend la main vers une sortie d'eau et semble donner un coup de pied dans la vasque comme dans un geste pour arroser les passants. Il est devenu la représentation de l'enfant de Saint-Piat. Carine et Martine Maenhout lui ont rendu hommage en ces quelques mots :

"P'tit pichou, tu fais la joie des enfants, P'tit pichou, tu es connu des petits et des grands, P'tit pichou nous aimons te voir couler, mais malheureusement tu ne coules plus que pour les grandes occasions, P'tit pichou, tu es la fierté de notre quartier, P'tit pichou coule, coule doucement pour nous, petits et grands".  

Avec ces quelques mots, tout est dit quand à sa place dans le coeur des habitants du quartier.

Le Cercle Artistique.

Entre la sortie du parking souterrain du GB Market et la rue des Jésuites, on peut toujours découvrir le bâtiment du Cercle Artistique. Celui, fondé le 28 mai 1885, était destiné à la pratique et à la propagation des Beaux-Arts, à la réunion d'artistes et d'amateurs afin d'organiser une grande exposition annuelle de peintures, sculptures, dessins... L'institution culturelle a duré juste un siècle, le bâtiment avait été construit en 1888, sa façade ajoutée en 1900. En 1993, les lieux inoccupés depuis près d'une décennie, furent vendus aux Témoins de Jéhovah qui s'y établirent avant de déménager quelques années plus tard dans de nouveaux locaux construits à Warchin. L'immeuble abrite désormais la "Maison de la Laïcité".

 (sources : "Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage publié par les Ecrivains Publics de Wallonie picarde et des habitants du quartier en 2009, ouvrage épuisé - "Florilège du cabaret", publié par la Royale Ciompagnie du Cabaret wallon Tournaisien en 1982 et recherches personnelles). 

(S.T. Janvier 2013)

20/02/2012

Tournai : Justin Bruyenne, architecte

Durant l'année 2011, le deux centième anniversaire de la naissance de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne serait passé pratiquement inaperçu s'il n'avait eu l'article de Jacky Legge paru dans le numéro 105 de la revue publiée par l'asbl Pasquier Grenier.

Justin, Antoine, Bruyenne est né à Tournai, le 25 janvier 1811. Après des études primaires à l'école publique de Froidmont, il entreprend des études secondaires à Tournai, à l'institut des Frères Bardets. Son père dirige une entreprise de menuiserie comptant une centaine d'ouvriers, Justin va y poursuivre une formation tout en fréquentant les cours de l'Académie de Dessin où il aura pour professeurs deux des plus éminents artistes de l'époque, le peintre Florentin Decraene et l'architecte Bruno Renard.

Florentin Decraene (1793-1852) a été élève de Piat-Sauvage, a étudié à Paris chez le baron Gros et fut le peintre officiel de la Cour d'Espagne vers 1825. Bruno Renard (1781-1863), élève de Charles Perrier et Pierre Fontaine, concepteurs de l'Arc de Triomphe de Paris, fut ensuite chargé par la Ville de Tournai de participer au projet de transformation de la cité.

En 1843, Justin Bruyenne présente les plans de la future salle des Concerts qui sera érigée sur la place Reine Astrid, connue des vieux Tournaisiens sous le nom de "tambour à pattes" et réalise ceux de la redoute de l'Hôtel des Artilleurs à la rue Saint-Martin, bâtiment désormais partie intégrante du Musée d'Histoire Naturelle. Succédant en 1849 à son maître, Bruno Renard, il va poursuivre les travaux de rénovation de la cathédrale Notre-Dame. En 1854, il participe à la décoration de la ville lors des Fêtes royales. En 1861, il est membre correspondant de la commission royale des Monuments de Belgique en compagnie de Barthélémy Du Mortier, d'Idesbald le Maistre d'Anstaing, Charles Voisin (ses collaborateurs dans la rénovation de la cathédrale)...

Le patrimoine tournaisien actuel doit beaucoup à cet architecte de génie. 

Dans le domaine de l'architecture religieuse, il est le bâtisseur du couvent des Pères Passionnistes d'Ere en 1850, bâtiments aujourd'hui occupés par l'Institut d'Enseignement spécial le Saulchoir qui y a adjoint un manège d'hippothérapie et une ferme pédagogique, du couvent et de la chapelle des Frères des Ecoles chrétiennes à Tournai en 1857, de l'église Saint-Amand au hameau d'Allain (1857-1860), église de style néo-roman bâtie sur un terrain offert par les carrières Dumon, de l'église Saint-Géry à Willemeau (1863), aussi de style néo-roman elle lui est attribuée, de la chapelle de la maison de campagne de l'evêque de Tournai à Kain en 1857, de l'église des Pères Rédemptoristes (connus à tournai sous le nom de Pères au Quai) située sur le quai Notre-Dame, édifice néo-roman aujourd'hui désaffecté, de la chapelle du couvent des Réparatrices à la chaussée de Lille, en 1862, actuellement intégrée à un institut d'enseignement secondaire, de l'église Saint-Etienne de Templeuve, édifice néo-gothique rasé à la fin du siècle dernier et remplacé par un édifice moderne de béton et de verre, oeuvre de l'architecte tournaisien Luc Moulin, de l'église Notre-Dame Auxiliatrice au faubourg Saint-Martin en 1889, l'école Saint-Charles au boulevard Léopold (1869) et de l'Orphelinat en 1874, de la chapelle des Ursulines à la rue des Carmes à Tournai... On lui doit également les restaurations de la chapelle de l'évêché et des églises Sainte-Marguerite, Saint-Jean, Saint-Jacques, des Jésuites, du Séminaire et de Saint-Nicolas, cette dernière en association avec le baron Jacques Béthune et Louis Cloquet (1870). Lors des travaux de restauration de la cathédrale, il modifie la rosace d'un diamètre de sept mètres conçue par l'architecte lillois Charles César Benvignat avec un vitrail de Jean Baptiste Capronnier

Nos recherches nous ont également permis de relever qu'il était l'auteur du projet de l'église de Jumet-Gohyssart, de style néo-roman (1866), de l'église Saint-Michel à Saint-Sauveur (1880), de la "Godhuis", hospice pour personnes âgées, à Sint Laureins en Flandre (1849) et de la chapelle du couvent "Kleine Spinhuis" à la Kalkstraat à Sint-Niklaas (Saint-Nicolas). Le baron Jules Houtart fit appel à lui pour la restauration du château de Monceau sur Sambre. En association avec l'architecte flamand T. Mommens, il dressera également les plans du couvent et du pensionnat pour jeunes filles de la "Onze-Lieve Vrouw ter Engelen", Plein à Kortrijk (Courtrai), érigé entre 1843 et 1845. Il restaurera également la chapelle du couvent "Onze-lieve Vrouw ten Doorn" d'Eeklo en 1875.

Dans le domaine de l'architecture civile, il construisit le château de la Marlière à Orcq, propriété de V Crombez en 1844, le château d'Ere, propriété de Mrs de Savoie et Leschevin en 1855, le château Six à Froyennes en style mauresque en 1857, la demeure familiale de Mr. Cailleau-Pollet, toujours visible au 31 de la rue Saint-Brice érigée en 1859, le château d'Henri Duquesne à Vaulx en 1859, la maison de campagne d'Alexandre Dapsens à Vaulx en 1874, l'Hôtel particulier de Mr du Bus, rue Royale (1877),  la maison de J de Bourgogne, à la terrasse de la Madeleine (1880), le pavillon de Mr Leman au faubourg de Marvis (1869), l'édifice en pierre et fer forgé du marché au poisson situé sur le quai éponyme (1850), le café de la Gare à la place Crombez (1877), la première restauration du café des Brasseurs à la rue des Maux en 1858...

En dehors de Tournai, il élabora également les plans du château de Bourgogne à Estaimbourg en 1855 et de la Quennelée à Antoing en 1875, des hospices civils de Celles et de Pottes, il dirigea la rénovation de la petite église d'Esquelme et la restauration du château de Mme Delannoy au Saulchoir, à Kain (1871).

Aux archives de la Ville existe un fonds "Justin Bruyenne" comportant des documents sur un projet non abouti pour le Palais de Justice (1854) et sur un projet de restauration du beffroi (1863).

La consultation de la liste des membres belges de la Société française d'archéologie pour la conservation et la description des monuments nous permet de relever qu'il en faisait partie au 1er juillet 1892 (livret paru en 1893 à la suite du congrès archéologique).

Justin Bruyenne, décoré de la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold en 1878, décède dans sa ville natale, le 27 juillet 1896. Au 1er janvier 2006, pour rappeler son souvenir, à la demande des autorités communales, la rue de la Chapelle à Templeuve perd son nom et devient la rue Justin Bruyenne. Paradoxe, la première église Saint-Etienne dont il a élaboré les plans n'existe plus depuis quelques années !

(sources : article de Jacky Legge paru dans le n° 105 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier de juin 2011 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre).

12/05/2008

Tournai : Jacky Legge, défenseur du patrimoine.

Notre galerie de ces hommes et femmes qui ont fait ou font encore le renom de la ville s'enrichit du portrait de Jacky Legge, tournaisien d'adoption, militant au sein de nombreuses associations pour la mise en valeur et la conservation du patrimoine tournaisien.

Jacky Legge porte un amour profond aux spécificités de la ville qui l'a accueilli. Il est, en effet, né à La Hestre, le 20 octobre 1957, dans une famille d'origine néerlandophone venue s'installer, comme beaucoup d'autres à cette époque, en Wallonie pour y trouver ce travail qui manquait alors en Flandres. Les parents déménageront ensuite à Ecaussines où Jacky passera toute sa jeunesse y fréquentant les bancs de l'école primaire avant de poursuivre l'enseignement secondaire à l'Ecole moyenne d'Application et à l'Athénée Royal de Nivelles. En 1976, son parcours d'étudiant l'amène dans la cité des cinq clochers, il y fréquente les cours de l'Institut des Hautes Etudes en Communication Sociales (IHECS) situé alors à Ramegnies-Chin, à deux pas de l'Ecole Saint Luc. Diplômé de l'enseignement supérieur social du 3e degré en section Arts du Spectacle, Techniques et Diffusion et ayant également obtenu une licence en Education permanente et Loisirs, il débarque, un beau jour de 1980, à la Maison de la Culture de Tournai en qualité d'animateur.

En 1993, il y deviendra Coordinateur du Centre d'Expression et de Créativité "Imagine" et à la rentrée de septembre 1999, professeur, maître de stage à l'HELHO, Haute Ecole libre du Hainaut Occidental. Jacky Legge sera l'initiateur de nombreuses expositions, restrospectives et hommages telles ceux consacrés, entre autres, à Georges Grard en 1981, Pierre Caille en 1983, à Roger Dudant, artiste qui nous a quitté en ce début du mois de mai 2010, en 1987 et en 1998, à Edmond Dubrunfaut, à Marcel Marlier, à Charles Prayez, à Emile Salkin, à Christian Rolet.... Il sera également à l'origine d'expositions telles "Harmonies et Fanfares en Hainaut occidental" en 1981, le "Compagnonnage" en 1985, les "Traces de Tintin dans l'imaginaire" en 1985, "les Celtes et leurs rites funéraires" en 1998, "50 artistes et les plaines de l'Escaut" en 2002. Dans le cadre de Lille 2004, capitale européenne de la Culture, il mettra sur pied " Routes et Couleurs de la Pierre".

Son amour du patrimoine le pousse à publier des livres pour mieux le faire connaître aux tournaisiens mais aussi aux visiteurs de la cité de Clovis. Ainsi parmi de nombreux ouvrages, nous retiendrons "Le Cimetière du Sud à Tournai, itinéraire pour aborder l'architecture, l'imagerie et la symbolique funéraire", "Le Cimetière du Nord à Tournai, des sépultures et des funérailles sur la rivre droite de l'Escaut", "Tournai" et "Tournai (tome II) : monuments et statues", le premier tome étant réalisé en collaboration avec Marc Secret, les "empêche-pipi, un oubli architectural" ouvrage consacré par le texte et de nombreuses photos à ces petites constructions dans les angles des murs édifiées afin d'éviter que des ivrognes ou autres ne se soulagent de ...quelques liquidités superflues sur les soubassements des maisons !

Conservateur du Patrimoine architectural des Cimetières tournaisiens, on lui doit d'être à l'orgine de nombreuses rénovations de sépultures dont celle de Jean Noté et l'organisation de visites guidées régulières pour en découvrir l'art funéraire. Jacky Legge est également membre d'un très grand nombre d'associations culturelles dont la liste serait, hélas, trop longue à énumérer ici. Relevons cependant qu'il est Administrateur de la Fondation Georges Grard, de l'Association Roger de le Pasture Van der Weyden, qu'il est Conseiller culturel à la Fondation de la Tapisserie et des Arts du Tissu de Tournai, qu'il est membre de l'Association des Ecrivains belges, d'Unimuse, du Comité de suivi de la cathédrale, du Conseil du Développement de la Wallonie Picarde, membre du jury du Prix du Hainaut, du Prix Lucien Dasselborne, du Prix Art Terre, du Prix artistique de la Ville de Tournai, de la Biennale de l'Etrange à Ellezelles... Tout ce travail a été récompensé par de nombreux prix dont le Prix Arthur Merghelynck en 2000, de l'Académie royale de Belgique... Défendre le patrimoine tournaisien, une tâche ardue dont Jacky Legge s'est fait une passion, l'Optimiste ne peut que la partager !

26/06/2007

Tournai : le faubourg Saint Martin (1)

Nous entamons ce jour une balade dans le plus vaste des faubourgs de la ville : le faubourg Saint Martin. Géographiquement, on le délimitera à l'ouest par la chaussée de Douai, au nord par les boulevards Lalaing et du roi Albert, à l'est par la chaussée de Valenciennes et au sud par l'entrée du village d'Ere.

Historiquement, on y retiendra certains faits. Li Muisis, ce moine historien dont nous avons déjà parlé, nous dit qu'on y trouvait jadis les fourches patibulaires dites le "happart". Il s'agissait d'une tour environnée d'une enceinte carrée, construite probablement en 1294, hors les murs de la cité, pour rendre justice. Le 30 juillet 1340, le roi Edouard d'Angleterre, venu au siège de Tournai, logea avec ses troupes dans ce faubourg. En 1487, les Tournaisiens en armes chassent du faubourg des gens de guerre qui pillaient les maisons au mépris de la neutralité. En 1566, des prédicateurs calvinistes font plusieurs prêches en face du cabaret de Sainte Barbe et en 1580, le lieutenant du prince d'Epinoy ordonna qu'on détruise les maisons du quartier, les ruines de l'une d'elles servaient à Alexandre Farnèse qui s'y rendait pour suivre de plus près les travaux du siège. Enfin, le 27 novembre 1784 fut béni le nouveau cimetière de la ville, on venait en effet de supprimer les cimetières intra-muros qui ceinturaient bien souvent les églises.

Le cimetière du Sud était né, il est à présent le plus étendu des deux cimetières tournaisiens et hérita du nom de "Mulette", patronyme de la première personne à y être enterrée. L'autre cimetière se situe au nord de la ville et est appelé familièrement par la population "Navieau" (navet). Depuis sa création, le cimetière du sud a été de nombreuses fois agrandi, la partie la plus ancienne surplombe légèrement la plus récente, des pelouses d'honneur ont été créées pour les résistants, pour les victimes des bombardements de la ville en 1940 et pour les soldats de l'empire britannique tués lors de la seconde guerre mondiale. Plus récemment deux pelouses de dispersion des cendres et un colombarium y ont été ajoutés.

Si le cimetière de Tournai n'est pas comparable à celui du Père Lachaise parisien, de nombreux monuments et stèles du souvenir y sont remarquables et des visites guidées par Mr Jacky Legge, orfèvre en la matière et auteur d'ouvrages sur les nécropoles tournaisiennes, sont régulièrement organisées. On y découvrira les tombeaux monumentaux de l'architecte Lacoste, du mécène Gaston Horlait ou des frères Rimbaut, la stèle de Jean Noté, les tombes de Louis Gallait, de Joseph Hoyois, de Jules Bara, d'Alexandre Decraene, d'Adolphe Delmée, d'Alphonse De Rasse, d'Albert Asou, de Félicité Vifquin... des noms qui vous sont devenus familiers au fil de notre promenade.

Jouxtant l'entrée de ce champs de repos, l'église Notre-Dame Auxiliatrice a été ouverte au culte en 1889, les travaux ayant débuté deux ans plus tôt, elle remplaçait une chapelle élevée dans ce faubourg en 1769, suite à la suppression de l'église Saint Nicaise. Oeuvre de l'architecte tournaisien Justin Bruyenne, l'édifice est en briques et pierre de style gothique primaire. Elle présente une façade en baies à lancettes, une tour quadrangulaire, une nef avec bas-côtés et choeur à chevet semi-hexagonal couvert d'un plafond lambrisé orné de peintures. Si cette église est dédiée à Marie, on y trouve également un culte rendu à Saint Saulve, le patrons de cultivateurs et à Sainte-Rita. Les agriculteurs avaient contribué financièrement à son édification. 

(sources : A-F-J Bozière "Tournai, ancien et moderne", "répertoire du mobilier des sanctaires de Belgique" édition de 1982 province de Hainaut Canton de Tournai II  et recherches personnelles).