05/02/2015

Tournai : d'autres chantiers proches ou dans un futur lointain

Continuons à examiner la série de chantiers qui s'ouvrent un peu partout, que ce soit intra-muros ou dans les villages, dans un article suivant, nous évoquerons ceux qui vont nous préoccuper dans un avenir plus ou moins éloigné.

Willemeau.

Entre la chaussée de Douai et la chaussée de Valenciennes s'étendent les villages de Willemeau et d'Ere ainsi que le hameau Barges. Tout comme celle de Warchin et de Rumillies, cette zone est sujette à de fréquentes inondations. Les recherches effectuées dans la presse locale, depuis le début des années 1850, démontrent que, lors de longues périodes pluvieuses ou de rapides fontes de neige en hiver ou lors de violents orages en été, ces deux villages et ce hameau traversés par le "rieu (ruisseau) de Barges" ont toujours connu des épisodes de crues plus ou moins violents. Le rieu de Barges qui, depuis la frontière française, s'écoule paisiblement pour rejoindre l'Escaut devient parfois tumultueux. Gonflé par les eaux, il se laisse aller à des épanchements qui dérangent profondément les riverains et, après quelques heures de liberté, regagne son lit et reprend cet aspect serein qui fait tout son charme. 

Si, historiquement, on relève de nombreux débordements, il semble que ces derniers soient un peu plus importants ces dernières années et les habitants ont souvent eu les pieds dans l'eau. Ils se disent qu'on ne peut plus comparer la situation prévalant au XIXe siècle à celle des années 2000 et ils n'ont pas tort !

Cependant, on peut y voir des causes multiples :

- l'abondance des précipitations subies depuis quelques années que certains attribuent au réchauffement climatique, sans avoir analysé le problème en profondeur et obtenu des preuves irréfutables,

- la position géographique de ces trois entités, situées au creux d'un vallon dont les pentes, de part et d'autre, ramènent les eaux vers le point le plus bas, c'est-à-dire vers le rieu,

- la création dans les années nonante de la ligne TGV Bruxelles-Lille-Paris ou Londres ayant séparé le bassin hydrographique en deux,

- les nouvelles méthodes agricoles qui voient les fermiers labourer dans le sens de la pente de façon à empêcher les eaux de stagner sur leur terrain et à les envoyer vers le rieu,

- l'incivisme de certains qui rejettent des déchets dans le rieu (branches, pots de peinture, planches...) avec la conséquence inéluctable de créer des barrages lorsqu'ils arrivent à des rétrécissements comme le sont les ponts donnant accès aux habitations ou aux champs et prairies.

Suite aux dernières importantes inondations qui interdirent, à chaque fois, d'emprunter la route entre Ere et Willemeau, des travaux ont été entrepris :

les berges ont été stabilisées par des gabions et des filets, une détection automatique (le projet Saphir signalant aux riverains lorsque la cote d'alerte est atteinte) a été posée, le rieu a été curé et des tonnes de déchets retirés entre Willemeau et Tournai.

L'enquête diligentée par les différents services concernés par le problème a aussi permis de révéler que le pertuis situé sous la place de Willemeau n'était pas (ou plus) dimensionné pour absorber ce trop plein d'eau. L'administration communale de Tournai a profité de rénover totalement la place du village en même temps qu'on entreprenait la réfection de l'égouttage.  

Il faudra encore prendre son mal en patience pour découvrir, dans quelques mois, la nouvelle traversée de Willemeau.

La rénovation du Conservatoire de Tournai.

Ce bâtiment remarquable aussi appelé "le tambour à pattes" par certains vieux tournaisiens date de 1829 et est l'œuvre de l'architecte Bruno Renard. Il comporte des classes dévolues au solfège, au chant, à la musique et à l'art dramatique ainsi qu'une salle des concerts. Mille sept cents élèves environ y suivent des cours. Menacé de ruine, sa démolition avait été sérieusement envisagée au début des années 1970 (un promoteur avait fait le projet d'ériger, à sa place, une tour qui, elle aussi, aurait fait de l'ombre au beffroi et à la cathédrale). Il a été, par la suite... très mal rénové.

Les éléments de stuc placés au-dessus des colonnes du péristyle, autour des fenêtres et afin de décorer les corniches étaient tout simplement constitués de matériaux intérieurs (avec même des morceaux de frigolite), les changements de température et les pluies s'infiltrant, ils se sont vite désagrégés. Il y a dix ans, le bâtiment étant dans un tel état de délabrement, il a fallu placer des filets anti-pigeons (ceux qui avaient pris l'habitude de s'y rassembler achevant de détruire les éléments de façade) et ensuite poser des barrières "Héras" pour protéger les passants des chutes intempestives de briques ou de plâtre.

Sa rénovation devenait urgente mais elle fut longtemps marquée par une valse "hésitation" de la part des édiles de l'époque.

Finalement, le chantier a débuté dans le courant de l'année 2014 et le toit et les façades sont pratiquement terminés. Dans quelques mois, ce sera l'intérieur qui verra débarquer les firmes de travaux afin de réaliser des transformations destinées à apporter un peu plus de confort aux usagers.

Tout comme la place de Willemeau, il faut également prendre son mal en patience. Dans deux ans, l'enseignement de la musique à Tournai retrouvera son joyau ! 

L'aménagement de la Place Verte à Tournai.

Cette place de la rive droite n'a jamais si bien porté son nom. Les habitants du quartier en ont fait un lieu de rencontres "écologiques" : bourses d'échange de plantes, barbecue entre voisins, rencontres de pétanque durant les soirées d'été ou tout simplement causette sur les bancs... Cette réappropriation de l'espace public, comme cela se passait encore il y a quelques décennies, a attiré l'attention des autorités communales qui ont décidé, avec l'expertise d'un partenaire hollandais de "Lively City", d'y créer une aire de jeux pour les plus jeunes composée d'un toboggan, de barres d'équilibre, paniers de basket, jeu de marelle... Ces travaux d'aménagement ont débuté récemment.  

La poursuite de la rénovation de façades.

Après la rénovation des façades de la place Saint-Pierre et du piétonnier de la Croix du Centre, trente façades supplémentaires seront rénovées dans le cadre de la programmation européenne pour dynamiser le cœur des villes. Cette fois, c'est dans la rue des Chapeliers et la partie basse de la rue des Puits l'Eau que se concentreront les chantiers. Il est à noter que, seulement, 10 % des frais de rénovation sont à charge des propriétaires des maisons concernées.  

(S.T. janvier 2015)

 

14/01/2015

Tournai : 1914-1918, quatre années d'occupation (5)

A la date du 1er janvier 1917, voici déjà vingt-sept mois que les troupes allemandes occupent la cité des cinq clochers. Une occupation qui s'est soudainement durcie avec le passage de la ville en "zone-étape". Le Tournaisien se doute que l'année qui commence sera encore très difficile, mais il ne sait pas à quel point !

Les conditions de vie se dégradent encore et toujours.

En ces premiers jours de janvier, les condition atmosphériques viennent aggraver la situation. Les pluies abondantes de la fin décembre ont gonflé les rus et les ruisseaux jusqu'à les faire déborder. Le village de Warchin, le faubourg Morelle mais aussi d'autre faubourgs voient une grande partie de leurs habitations sous eau. Bientôt la pluie sera remplacée par le froid et la neige. De terribles conditions qui coûteront la vie aux plus faibles, aux plus exposés. Entre le 1er et le 7 février, on dénombre 49 morts rien qu'en ville, c'est, selon Alexandre Carette, cinq à six fois plus que la moyenne habituelle en cette période de l'année.

Au même moment, de nouvelles restrictions sont apparues, elles touchent cette fois l'électricité. Dès 17h30, la ville est plongée dans la plus lugubre obscurité. Les seules habitations brillamment éclairées sont celles occupées par les officiers allemands. Pour ceux-ci aucune restriction, bien au contraire, on éclaire et on chauffe sans regarder à la consommation. Les Tournaisiens, quant à eux, ont été obligés de ressortir des appareils dont ils ne se servaient plus depuis longtemps, tels les "crachets", ces lampes à huiles dégageant de la fumée et une odeur très prononcée et les bonnes vieilles bougies. Comme ces produits ont eux aussi tendance à se raréfier, le plus souvent, on s'éclaire en ouvrant le couvercle du poêle, à la lueur dansante des braises, ce qu'on appelle "les soirées à l'écrienne" et on va se coucher tôt !

"L'Œuvre des Vieux Souliers" présidée par l'ancien bourgmestre, Victor Carbonnelle, récolte des vieilles chaussures souvent fort usées qu'elle répare pour les distribuer aux nécessiteux. Elles sont récoltées à domicile ou bien déposées au 14 de la rue de l'Athénée, à la rue de Cologne chez M. Dechaux, à la rue Royale à la Taverne française ou encore chez Mr. Carpentier, à la rue Fauquez.

La presse propose également des solutions pour venir en aide à une population démunie, on découvre ainsi cette suggestion :

"Comme il devient difficile de trouver des sabots en raison du manque de bois pour leur confection, on propose aux responsables communaux de faire abattre les deux rangées d'arbres, de taille inégale, à la chaussée de Lille et à la chaussée de Douai. Le bois servirait d'une part à la fabrication des sabots et, d'autre part, à la confection de fagots qu'on pourrait acquérir au magasin communal".

Les diverses réquisitions effectuées par l'occupant sont si régulières et si importantes qu'elles épuisent désormais les ressources de la commune, Alexandre Carette qualifie ce régime de retour à l'esclavage et au servage.

Le Tournaisien écrasé par l'occupant allemand.

En février, les "Boches" pratiquent la saisie des téléphones et des fils de fer, interdisent également, sans qu'on en connaisse la raison, la culture des trèfles, la saillie des juments et ordonnent la castration des chevaux.

Le 6 avril, l'occupant impose l'heure allemande, chaque horloge est avancée d'une heure (NDLR : il s'agit de l'heure toujours en application, à notre époque, durant l'été).

Le 16 avril, en la cathédrale Notre-Dame, un obit solennel est célébré pour le repos de l'âme des soldats tournaisiens tombés au champ d'honneur.

Le 7 mai, de nombreux Tournaisiens passent devant le conseil de guerre instauré par l'occupant. Beaucoup sont condamnés à des amendes mais onze d'entre eux dont les noms seront placardés le 7 juin sont condamnés à des peines d'emprisonnement allant de 2 mois à 2 ans. Il s'agit de François Mondo, joaillier, 62 ans, du Baron del Fosse et d'Espierres, propriétaire terrien, 48 ans, de Paul Brasseur, ingénieur, d'Henri Leroy, séminariste, 23 ans, de Marie Landrien, fille d'un cabaretier, 29 ans, de Victor Richeling, ébéniste, 51 ans, d'Edmond Carbonnelle, tourneur en fer, 37 ans, de Victor Honoré, rentier, 67 ans, de Victor Bail, horloger, 54 ans, de Joseph Devred, étudiant ingénieur, 21 ans et de Victor Masure, père jésuite, 52 ans. 

D'autres Tournaisiens se dressent contre l'occupant : Gabrielle Petit et Louise de Bettignie (cette dernière est originaire du Nord de la France mais habitant Tournai), elles collaborent à des service d'espionnage (NDLR : voir les articles que nous leur avons consacrés).   

Le 22 mai, les Tournaisiens sont confinés chez eux, dès 7h du matin, avec interdiction de sortir avant 13h. Le Kaiser Guillaume arrive en gare à 8h00, traverse la ville et, au boulevard Bara, pratiquement à hauteur de la rue Prévot (NDLR : actuelle rue Jean Noté), remet 600 décorations aux soldats et officiers. Il quitte la ville en fin de matinée après avoir visité la cathédrale.

Ce même jour, dans le courant de l'après-midi, une petite escadrille d'avions survole la ville. Une déflagration est perçue par les habitants, une bombe vient d'exploser à proximité de l'église Sainte Marie-Madeleine. Une dame qui se trouve dans le corridor de sa maison est atteinte par des éclats et décède moins d'une heure plus tard. Elle laisse quatre enfants en bas-âge. Quatre personnes sont également blessées à des degrés divers, une cinquantaine de maisons sont endommagées, les vitraux de l'église sont brisés.

La baisse de la moralité publique.

Les rapports des curés de paroisse font état d'un abaissement alarmant du sens moral, celui-ci est constaté tant chez les bourgeois que chez les ouvriers. Certains bourgeois ont des complaisances coupables envers l'ennemi, exercent un trafic avec sa complicité ou travaillent volontairement pour l'occupant. De nombreuses femmes et jeune filles se compromettent avec des soldats allemands et deviennent leurs "mascottes" (NDLR : terme encore utilisé à l'époque pour désigner ce qu'on nomme aujourd'hui une maîtresse). Chez les ouvriers, l'oisiveté (NDLR : mère de tous les vices comme il est dit) et la paresse les amènent à l'ivrognerie, à la fraude et au vol. Des domestiques volent leurs patrons comme dans une ferme à Esplechin. On assiste également à des règlements de compte ou à des actes de mauvais gré édicté par la jalousie. Ainsi, en juillet 1917, dans un jardin ouvrier du faubourg Morelle, une main malveillante coupe une centaine de plants de tabac et les abandonne sur le jardin, simple plaisir de nuire à autrui ?

Tracasseries, vexations, nouvelles condamnations.  

Un avis du commandant d'étape, le sinistre Hoppfer, stipule que la population ne peut se permettre aucun écart de conduite, que les soldats cantonnés chez l'habitant doivent être traités, à tous points de vue, mieux que les étrangers et les belges, quels qu'ils fussent. Alexandre Carette rapporte à ce sujet l'incident suivant qui s'est déroulé aux magasin Van Rolleghem. : un soldat allemand souhaite obtenir des bretelles, mais trouve le prix de celles qu'on lui présente beaucoup trop élevé. La vendeuse lui dit simplement :

"J'en ai à plus bas prix".

Elle sera condamnée parce que le "Boche" a compris ou a feint comprendre le mot "saloperie".

En juillet, septembre et octobre, huit civils sont convaincus d'espionnage et fusillés dans l'enceinte de la caserne d'infanterie (NDLR : actuelle caserne Ruquoy ou existe toujours un mémorial à l'endroit appelé "mur des fusillés") parce qu'ils ont osé braver l'ennemi. Parmi eux deux femmes, Flore Lacroix et Georgine Danel et un jeune homme d'à peine dix-sept ans, Léon Marlot de Roubaix.

D'autres vont échapper à la mort, voici deux récits collectés dans les rapports des prêtres de paroisses :

"Henri Papegay et Irma François de Kain, cultivateurs, ayant recueilli des pigeons voyageurs lancés en parachute par les alliés, furent arrêtés, ainsi que leur fils René, âgé de 15 ans. Convaincus d'espionnage pour avoir lâché les pigeons après avoir rempli la feuille de renseignements qui leur était attachée, ils furent condamnés à mort et leur fils à trois ans de prison, le 9 décembre 1917. Grâce à l'intervention de plusieurs personnes et à la supplique adressée par la duchesse d'Arenberg à l'empereur Guillaume, ils seront graciés en février 1918 et envoyés en forteresse" (rapport du curé de la paroisse Notre-Dame de la Tombe à Kain).

"Le bourgmestre d'Orcq, Mr. Ghislain, fut expulsé du village, de septembre à décembre 1917 pour avoir allumé un feu afin de brûler des déchets et l'avoir laissé couver toute la journée. Celui-ci s'est réactivé en soirée en raison du vent. Des aviateurs anglais ont bombardé le champ d'aviation allemand situé à proximité". Les Allemands y voient un lien de cause à effet, ce feu avait été allumé volontairement pour guider les alliés" (rapport du curé du village d'Orcq).

"Une Kommandantur est installée à Templeuve en novembre 1917, à partir de ce jour, il n'y a plus de communications possibles pour les habitants avec les villages voisins de Blandain, Ramegnies-Chin et Bailleul" (rapport du curé de Templeuve).

Une troisième année complète d'occupation se termine, les Tournaisiens se demandent ce que va leur réserver l'année 1918.

(à suivre)

(sources : "La Grande Guerre sous le regard de l'élite tournaisienne occupée" de Céline Detournay, étude parue dans le tome IX des Publications extraordinaires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 2003 - "Comment la population du Grand Tournai a vécu la guerre 1914-1918" de Thierry Bertrand et Jacques Pycke, ouvrage paru en 2014 - "Au nom de tous les Nôtres" ouvrage collectif publié par les Ecrivains publics de Wallonie picarde en août 2014 - Les éditions du "Courrier de l'Escaut" parues en 1917. Je remercie également Mme Jacqueline Driesens et Mr. Jacques De Ceuninck pour les documents ou renseignements fournis).

S.T. janvier 2015.

21/08/2013

Tournai : l'année 2007 sous la loupe (3)

Au moment d'aborder le troisième trimestre de cette année 2007, il est utile de préciser que le souvenir de cet été qui vient de s'installer ne restera pas gravé dans les mémoires des Tournaisiens en raison des orages et des nombreux dégâts qu'ils provoquèrent. 

Juillet.

Le premier fait à retenir de ce mois concerne tout autant la politique que le sport. Christian Massy, bourgmestre de Tournai, quitte la présidence du Royal Football Club de Tournai. Les "affaires" qui ont été révélées au cours des derniers mois (perquisitions dans le cadre d'une gestion difficile de la régie autonome, affaire du faux "Ciré" pour le joueur Singa) ont eu raison de son maintien à la tête du club Sang et Or. Il sera remplacé par Philippe Rasseneur, un des membres fondateurs de ce club issu de la fusion entre l'Union et le Racing, entrepreneur en menuiserie habitant la région de Péruwelz.

Les habitués de la cathédrale Notre-Dame de Tournai et les nombreux visiteurs ont tous rencontré Jacques Lecouffé. On l'appelait le "Suisse" lorsqu'en habit d'apparat, aux jours de fêtes, il précédait les processions d'ouverture des offices pontificaux, il était aussi nommé le sacristain lorsque tous les jours de la semaine, sept jours sur sept, en tablier, il veillait au moindre détail et accueillait les visiteurs au Trésor. Il était un ordonnateur exceptionnel. A 61 ans, cet homme, originaire de Froidmont a décidé de prendre sa retraite, après des dizaines d'années passées au service du prestigieux édifice tournaisien. Déjà présent depuis des années, c'est en 1986, suite à la fermeture de la firme Balamo à Kain pour laquelle il travaillait, qu'il a décidé d'occuper une fonction à plein temps. Evoquant, à l'occasion de son départ, ses souvenirs, il rappelle les festivités organisées lors du huitième centenaire de la cathédrale en 1971 et la tornade qui l'a fortement ébranlée en août 1999.

Une pétition circule dans la rue Saint-Eleuthère et dans le quartier du faubourg de Maire, elle est l'oeuvre d'un riverain excédé par les accidents graves, à répétition, qui se déroulent régulièrement en face de son domicile. Le 5 juillet, vers 23h30, ceux qui sont déjà couchés sont réveillés par un fracas énorme. Un véhicule de type 4x4 se dirigeant vers le centre-ville a heurté l’îlot central en béton situé près du carrefour formé par la rue Saint-Eleuthère et la rue Georges Rodenbach. Perdant le contrôle, le conducteur a embouti et totalement détruit trois véhicules stationnés le long du trottoir et a projeté un quatrième dans la porte d'une habitation. Le conducteur à l'origine de l'accident, blessé, sera transporté à l'hôpital. La pétition recueille 200 signatures en trois jours. La population est excédée, à peine une semaine auparavant, un accident similaire était survenu au même endroit et avait aussi fait victimes et dégâts.

Le mardi 10 juillet, au cours de l'étape menant les coureurs de Waregem à Compiègnes, les coureurs du Tour de France arrivent à Tournai par la chaussée de Renaix et empruntent une partie des boulevards de ceinture avant de rejoindre la chaussée de Valenciennes. Le coureur français Nicolas Vogondy empoche la prime de 800 euros, le maillot jaune est porté par le coureur suisse Fabian Cancellara. Parmi les spectateurs se trouve probablement un habitant de Kain, Pierre Wlomainck qui est rentré quelques jours plus tôt de son Tour de France. En vingt-trois jours, il a effectué 4.800 kilomètres et escaladé pas moins de sept cols de plus de 2.000 mètres. 

Le dimanche 15 juillet, des centaines de nostalgiques venus de Belgique, de France, des Pays-Bas et d'Allemagne se donnent rendez-vous sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe où ils peuvent admirer une concentration de 465 "coccinelles", ce petit véhicule est un modèle de longévité puisque le premier exemplaire est sorti durant les années quarante.

Le lendemain, dès 5h du matin, de véritables trombes d'eau s'abattent sur le Tournaisis provoquant une seconde inondation en une semaine dans le quartier Saint-Jean. On sait que l'égouttage de cette partie de la ville n'est plus adapté pour recevoir une telle quantité d'eau en si peu de temps et l'eau envahit, une nouvelle fois, les habitations et les magasins. Une semaine plus tard, un troisième orage violent va provoquer les mêmes tourments non seulement à Saint-Jean mais aussi dans le quartier de l'avenue de Maire et la rue Saint-Eleuthère, une artère bien souvent citée dans la rubrique des faits divers en cet été 2007.

Août.

Le vendredi 3 août, le hameau du Fourcroix à Blandain est en émoi. Dans une habitation, on a découvert le corps sans vie d'une quinquagénaire exerçant la profession de kiné. Elle a été retrouvée morte dans sa baignoire. Des éléments troublants aiguillent les enquêteurs plus sur la piste d'un acte criminel que sur celle d'un suicide surtout que son véhicule a été retrouvé un peu plus tôt incendié sous un pont d'autoroute à Froyennes. Le lendemain, le meurtrier est arrêté, il s'agit de l'ancien compagnon de la dame. Il déclare ne se souvenir de rien. Un drame de plus à mettre au compte de la violence et parfois même de la folie qui sont devenues, peu à peu, des faits d'une inacceptable et incroyable banalité.

La presse annonce le futur regroupement des 310 agents des finances dispersés dans différents bâtiments en un seul site, dans les locaux à aménager et dans un immeuble à construire à l'ancienne coopérative L'Avenir, à la rue du Rempart et rue du Château.

Au mois d'août, les clubs de football fourbissent leurs armes en vue de la prochaine reprise du championnat et on peut dire qu'on est franchement inquiet pour les joueurs de Jean Marc Varnier, l'entraîneur du F.C Tournai. Eliminés sans gloire par Sprimont en Coupe de Belgique sur le score de 1-0, battus ensuite par Wevelgem (2-1), par Hamme (3-1) et par Waasland (1-3), on ne donne pas cher de leur peau en Division 2 Nationale. Interrogés, les joueurs et membres du comité semblent néanmoins rester confiants.

Un autre projet qui fera long feu est également annoncé par la presse, le probable déménagement du service "Population" de l’administration communale sur le site De Bongnies, il faut dire que les services situés dans la cour d'honneur de l'Hôtel de Ville sont de plus en plus à l'étroit et le public n'y est pas reçu dans des conditions confortables.

Le jeudi 30 août, on assiste à une pêche extraordinaire, pour ne pas dire miraculeuse, sur les berges de l'Escaut. Des voitures sont retirées des eaux. Ces recherches ont été demandées suite à l'arrestation de trois mineurs d'âge soupçonnés d'être les membres du "gang des Clio" qui sévit depuis de nombreuses semaines dans la région. Ils ont reconnus une dizaine de vols de véhicules qui servaient à faire du stock-car, tout simplement pour le fun. Ensuite, ils étaient jetés dans le fleuve sans autre forme de procès. Les jeunes n'ont-ils plus aucune limite ou doit-on tout simplement dire que l'oisiveté est la mère de tous les vices ?

Septembre.

Alors que le mois débute, les mélomanes apprennent la mort de Luciano Pavarotti, un des trois ténors, une des plus belles voix de cette époque.

Après l'Allemagne en 2006, la Belgique accueille "PotatoEurope". Cette grande manifestation entièrement consacrée à la culture de la pomme de terre se déroule à Kain, au pied du Mont Saint-Aubert. Démonstrations d'arrachage, présentations de lignes de stockage, champs d'essais de culture, commerce de produits et de matériel attirent les spécialistes de la tubercule venus des quatre coins de l'Europe.

Deux ans après une reprise qu'ils souhaitaient limiter à douze mois, les "Polaris" annoncent qu'ils ne donneront plus que quatre concerts dans la région avant la définitive disparition de l'orchestre créé dans les années soixante. Ceux-ci auront lieu à Tournai, dans la salle Skill, le 9 septembre, à Bléharies, le 27, à Luingne, le 20 octobre et "last but not least", à Hollain, à l'occasion de la fête du football, le 28 octobre. Christian Croain continuera seul l'aventure dans son studio de Froyennes. Une longue épopée musicale s'achève, elle avait débuté dans la région, s'était poursuivie au Golf Drouot à Paris et avait été jalonnée par la parution de nombreux disques et CD reprenant les succès comme "Souris, souris", "Jolie Fille", "Marie-Line", "Qu'il fait bon vivre chez nous", "Mademoiselle Ninette" ou encore "Fous de la musique". Lors de la dernière fête de la musique, les cinq musiciens avaient encore rassemblé plus de trois mille personnes sur la place Saint-Pierre à Tournai. 

Un nouveau livre de qualité consacré à la cité des cinq clochers et à son patrimoine sort de presse en ce mois de septembre. De Louis Donat Casterman et Pierre Peeters, "Regard sur Tournai, deux fois millénaire" est un ouvrage abondamment illustré destiné à faire connaître, à promouvoir Tournai.

Il était un des derniers Tournaisiens à avoir remporté la Coupe de Belgique de football en 1956, lorsque le Racing de Tournai avait vaincu, au stade du Heysel, le C.S Verviers sur le score de 2-1. Jean Dedonder s'est éteint à l'âge de 85 ans. Il ne reste plus que six survivants de l'équipe qui écrivit une page d'histoire du football tournaisien.

En ce mois de septembre 2007, les automobilistes voient le prix du carburant flamber. Le litre de diesel coûte 1,033 euros et celui de Super 95, 1,269 euros. Par comparaison, rappelons qu'en 1975, en pleine crise pétrolière, le litre de diesel coûtait 5,15 Francs Belges soit 0,127 euros. L'automobiliste vache à lait de l'Etat et des raffineries, c'est loin d'être une légende !

Les ASBL La Marelle et l'Entracte soufflent respectivement leurs 30 et 20 bougies. A cette occasion, on apprend que le centre résidentiel l'Entracte va bientôt quitter la grande maison de la place Verte, bel immeuble mais peu fonctionnel pour l’accueil de personnes handicapées vieillissantes. Les responsables vont aménager le couvent des Petites Sœurs Servantes des Pauvres à la rue Saint-Martin que les religieuses avaient quitté quelques temps auparavant. (A suivre)

(sources : le "Courrier de l'Escaut" et souvenirs personnels).

(S.T. août 2013)

 

 

31/03/2011

Tournai : le rieu de Barges.

Avant son entrée à Tournai, à la limite du village de Chercq et de la cité des cinq clochers débouche le rieu de Barges qui vient se perdre dans l'Escaut pratiquement à la hauteur des Ateliers Louis Carton.

Ce ruisseau prend sa source sur le territoire de Bachy, village frontalier français, il entre rapidement en Belgique et, à Esplechin, reçoit celui de Maraîche. C'est là qu'il prend le nom de rieu de Barges. Quittant Esplechin, il rejoint Froidmont, Willemeau, Ere, Saint Maur et Chercq où il longe la rue Carlos Gallaitavant de passer sous la chaussée d'Antoing. Il sépare géographiquement le village de Chercq de la ville de Tournai. 

Caractérisé par sa quiétude, coulant lentement au sein d'une campagne verdoyante dépourvue d'industries, il peut parfois être pris de fureurs aux jours d'orages ou quand les pluies le gonflent soudainement, il se transforme alors en un torrent tumultueux, quittant son lit, débordant sur les voiries et envahissant les maisons riveraines.

La consultation des articles de presse de différentes époques nous renseigne que ces inondations ont toujours existé à Ere mais que depuis quelques années elles sont plus fréquentes et nettement plus importantes. Il y a différentes raisons à ce phénomène auquel doivent faire face les responsables communaux pour adapter des solutions : des pluies plus abondantes que certains attribuent au réchauffement climatique, une urbanisation qui s'est lentement développée, un curage parfois défaillant, un changement des habitudes de labourage par les agriculteurs, une canalisation du site trop étroite à la place de Willemeau qui était souvent bouchée et, surtout, la modification importante qu'a subi le bassin hydrologique lors de la construction, il y a une dizaine d'années de la ligne TGV. Conscients de ce problème de modification de l'écoulement des eaux, ceux qui pensèrent la ligne de chemin de fer émirent l'idée de la création d'un bassin d'orage, projet qui resta, malheureusement, dans les cartons, probablement pour ne pas grever un budget déjà colossal.

Les graves inondations du mois d'août 2005 ont révélé ces problèmes, de la place de Willemeau au Pont à Rieu à la limite de Saint Maur et de Tournai, nombreuses furent les habitations envahies par les eaux. A la suite de cette situation catastrophique pour les habitants, des mesures ont été prises : nettoyage du passage sous la place de Willemeau, stabilisation des berges par la pose de moellons retenus par des grillages, curage du site. A cette occasion, on retira de ce petit ruisseau un frigo, une baignoire, des déchets ménagers et de jardins et même une tête de mouton, preuve d'un manque évident de civisme des gens (comme cela avait été constaté le long du rieu d'Amour).

La province y développa le système SAPHIR (Système d'Alerte et Prévention du Hainaut des Inondations par des Ruisseaux). Des capteurs constatent l'élévation du niveau des eaux, transmettent l'information et les riverains qui le désirent son avertis par SMS, ils peuvent ainsi prendre toutes les mesures qui s'imposent : la pose de sacs de sable et la mise en hauteur du mobilier. Ces mesures ont permis de réduire de façon importante les risques lors de la crue de novembre 2010.

Pour mieux connaître ce charmant coin du Tournaisis, l'ASBL "Cercle d'Histoire de la Vallée du rieu de Barges" a vu le jour. Elle organise des conférences, expositions, promenades découvertes, circuits de marches et même une ducasse annuelle. C'est qu'il y a des lieux à visiter et une histoire à apprendre le long des berges du ruisseau.

L'église Saint-Amand à Ere, mérite le détours, elle date du XIe siècle, de style roman, elle aurait été édifiée à l'emplacement d'un temple gallo-romain dédié à Minerve, la déesse de la Sagesse et des Arts. Le château des Seigneurs d'Ere a accueilli le Maréchal de Saxe en 1745, quelques jours avant sa victoire à la bataille de Fontenoy. Le couvent des Pères passionistes, venus au XIXesiècle d'Italie, érigé en 1843 avec sa chapelle en plus pure style italien aux murs et plafonds peints a accueilli ceux qui voulaient être guéris de la coqueluche. Il a été racheté, il y a une quinzaine d'années, par un institut d'enseignement spécialisé pour personnes handicapées. Un manège et une ferme thérapeutique y ont été créés par l'ASBL "Au Détour du Possible". Le bois d'Ere, où tout jeunes nous allions cueillir, au printemps, les gringottes (jonquilles) ce qui est désormais interdit est le point culminant du village à 75 mètres. Le hameau de Barges qui a donné son nom au rieu possédait jusqu'après la seconde guerre mondiale un moulin à eau. Dans les champs, vers Tournai, les bâtiments à l'abandon de l'ancienne Briqueterie Mécanique d'Ere, déjà en activité au XIXe siècle et qui a cessé ses activités en 1972 se dressent, témoin de la seule activvité industrielle dans ce milieu rural. Au Pont-à-Rieu, une carrière inondée est devenue le lieu privilégié des adeptes français et belges de la plongée. On pourrait encore citer d'autres lieux à découvrir !

Le rieu de Barges, un ruisseau bien tranquille qui, à l'image du grand fleuve de Don Camillo, nous raconte des histoires sur la vie locale.

30/03/2011

Tournai : le rieu d'Amour.

Lors de son passage dans la cité des cinq clochers, l'Escaut s'enrichit des eaux de trois rieux. En amont, à hauteur de Chercq, il reçoit celui de Barges, un ruisseau qui prend sa source entre les villages frontaliers de Bachy (France) et d'Esplechin (Belgique), à quelques centaines de mètres de la frontières française. A son arrivée dans le quartier Saint-Jean, c'est le rieu d'Amour qui vient s'y jeter tandis qu'en aval, à hauteur de Froyennes, il récupère les eaux du rieu de Maire.

Le rieu d'Amour, une dénomination poétique qui évoque ces couples d'amoureux qui devaient probablement se promener le long de ses berges, elle, en robe longue à crinoline et portant ombrelle, lui, en costume trois pièces, coiffé d'un canotier. Les couples romantiques des années folles ont aujourd'hui disparu, les jeunes préfèrent, durant les nuits, l'ambiance embrumée et bruyante des discothèques à la balade vespérale dans nos campagnes et, il faut malheureusement le constater, le rieu d'Amour n'est plus l'endroit bucolique où il faisait bon flâner.

Ce petit ruisseau prend sa source dans les collines situées au Nord-Est de Tournai, sur le territoire de Béclers. Sans se hâter, il se dirige vers Havinnes, un village qu'il partage en deux, Rumillies où il accueille le "Folet" et arrive à Warchin, un village sur lequel vous pouvez vous documenter en lisant le blog de Jacques : http://warchin-varcinium.skynetblogs.be/.

Après les terribles inondations qui marquèrent le début de l'année 1926, les autorités communales chargèrent un groupe d'experts des voies hydrauliques de leur faire rapport sur ce rieu. Voici le rapport qu'ils rentrèrent :

"A Warchin, le rieu d'Amour passe sous les trois voies de chemin de fer, celle de Tournai-Bruxelles, de Tournai-Mons et de Tournai-Douai (aujourd'hui disparue). A proximité des chaudronneries Meura, il reçoit le ruisseau de Warchin. Il longe ensuite la tannerie Constant-Heinen, disparaît sous une voûte et réapparaît le long des écoles communales. A cet endroit, à l'aplomb de la haie de clôture de l'école, il n'est plus visible, il passe sous l'école, sous le boulevard de ceinture de la ville et aboutit où coulait jadis, la "petite rivière", un égout à ciel ouvert, comblé au début du vingtième siècle pour des raisons de salubrité. Sous celle-ci, le rieu d'Amour passait en siphon, un trop-plein déversant par temps de crue, dans la petite rivière, la quantité d'eau que le siphon ne pouvait absorber. Le comblement de la petite rivière a donc eu des conséquences fâcheuses lors de fortes averses ou de pluies continuelles. Le rieu d'Amour, toujours souterrain, traversait la rue de Marvis, passant sous les habitations, sous celles de la rue des Croisiers, le long des Ateliers Electro-Techniques, la rue des Six-Filles, traversait sous la propriété des Dames carmélites, la rue Saint Jean et débouchait par une voûte dans l'Escaut à hauteur de la place Saint-Jean (actuelle place Gabrielle Petit). En 1909, la première crue qui survint après le comblement de la "petite rivière" fut à l'origine des inondations au faubourg Morel et dans les habitations des rues des Croisiers et Saint-Jean. Suite à celle de 1926, certains suggérèrent de dévier le rieu par les boulevards, mais le coût du chantier de l'ordre d'un million et demi de francs fit reculer les responsables. Ils optèrent pour la solution de l'entretien régulier du ruisseau, sur toute sa longueur, en y retirant les racines, les branches d'arbres, les plantes aquatiques et les buissons qui risquaient de faire obstacle à son bon écoulement".

Aujourd'hui dans le triangle formé par les rues Jean Baptiste Carnoy, de l'Hôpital et Germaine Devalet, une zone de marais et de friches permet le débordement du rieu d'Amour empêchant ou retardant les inondations des zones habitables à Warchin. Hélas, le manque récurent de civisme des citoyens voit ses berges envahies par les canettes, les bouteilles et autres déchets que des gens sans scrupules déversent régulièrement. Ce lieu dit "les Prés d'Amour" abrite une flore et une faune exceptionnelle pour notre région. Saulées, roseilières, prairies humides où poussent la cardamone et le jonc, un habitat pour les tritons alpestres ou crêtés, les lézards, les batraciens, la libellule à ailes bleues, les râles d'eau. Un martin-pécheur y a, parfois, été observé.

A Tournai, lors de violents orages, les maisons de la rue des Croisiers et les caves de celles de la rue Galterie Saint-Jean sont encore régulièrement inondées. Le rieu d'Amour ne peut-être, comme par le passé, rendu responsable de ces désagréments pour les habitants. La cause est, plus probablement, à rechercher dans l' importante urbanisation qui a eu lieu ces cinquante dernières années. La création de résidences comme celle du Luchet d'Antoing et la construction de nouvelles maisons à la Galterie Saint-Jean, non seulement, amènent de nouveaux déversements d'eaux usées mais privent le sol de terres qui absorbaient les pluies, envoyant désormais le tout dans des canalisations d'égout dont le diamètre n'est probablement plus prévu pour une telle quantité d'eau en quelques heures.

Dans le prochain article, nous évoquerons le rieu de Barges qu'un comité de passionnés d'histoire essaie de protéger.

(S.T. mars 2011)

18:04 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, rieu d'amour, warchin, inondations |

27/03/2011

Tournai : l'année 1926 sous la loupe.

Merci à Jacques d'avoir remarqué que le résumé de cette année 1926 n'avait pas été publié.

L'actualité internationale nous renseigne que l'Allemagne entre officiellement à la Société des Nations le 8 septembre, qu'en France, Raymond Poincarré fait son retour à la tête d'une gouvernement d'union nationale, le 23 juillet et que le psychothérapeute Emile Coué décède le 2 juillet. En août, pour la première fois, une femme, l'américaine Gertrud Ederle, réussit la traversée de la Manche à la nage, partie de France, elle atteint les côtes anglaises en 14h32.

La fin de l'année 1925 est caractérisée par un véritable déluge et, partout en Belgique, le passage à l'an neuf se fait les pieds dans l'eau. Les villes de Liège, Charleroi, Gand sont inondées. A Jemappes, près de Mons, plus de 420 maisons sont envahies par l'eau. Dans les campagnes de nombreux villages sont isolés. On surveille les digues dans le Limbourg par crainte d'une rupture. De nombreux habitants se déplacent en barque tandis que dans le Borinage certaines mines inondées sont fermées. On cite différentes sources annonçant des disparus à Liège et en Flandre.

Le 8 mai, on assiste à une dépréciation importante du franc belge en raison du non-paiement par le Reich allemand des montants prévus pour les dommages de guerre. On constate une fuite des capitaux. Le gouvernement Poullet-Vandervelde n'a d'autre issue que la démission. Le 25 mai, une tripartite dirigée par Henri Jaspar est composée, elle est confrontée à un déficit énorme et à une dette flottante près de douze fois plus importante. Le roi Albert Ier fonde sur ces nouveaux dirigeants l'espoir de voir s'estomper peu à peu l'instabilité économique et les dernières conséquences de la guerre. Le gouvernement va réussir ce défi mais à un prix fort par des souscriptions volontaires, l'abandon de créances sur l'Etat, la levée d'un milliard et demi d'impôts nouveaux, la dénationalisation des chemins de fer qui devient la Société Nationale des Chemins de Fer. Le 25 octobre, le pays est sauvé de la faillite et une nouvelle unité monétaire est créée, le Belga, qui vaut 5 francs !

Au mois de novembre Léopold de Belgique épouse Astrid de Suède, le mariage religieux est célébré par le cardinal Van Roey qui a succédé au cardinal Mercier, mort au mois de février.

Une loi est votée et entre en application par la promulgation de l'Arrêté Royal, le 24 juillet 1926, pour assurer la tranquilité publique, tous les cafés, salons et établissements publics doivent fermer à une heure du matin.

A Tournai, l'année débute les pieds dans l'eau. L'Escaut déborde en amont et en aval de la ville, son débit est tel que toute navigation est devenue impossible. Au coeur de la cité, de nombreuses caves des deux rives du fleuve sont inondées parfois à bonne distance de celui-ci. Le village de Warchin est totalement envahi par les eaux, le chemin 55 au faubourg Morel disparaît sous quelques centimètres d'eau. Au Bas-Follet, un fermier, Mr. Semet, doit évacuer précipitemment sa ferme tandis qu'à Froyennes, la circulation du tram est interrompue entre le faubourg de Maire et le centre du village. L'église Saint-Nicolas est située en contrebas de la rue du Château, pour y accéder, il faut descendre quelques marches, les offices ont lieu dans le choeur et les fidèles y accèdent par un chemin fait de planches et de madriers.

Le vendredi 20 janvier, le Cercle des XV organise une soirée philanthropique de chants et de musique, au cinéma Palace. Les bénéfices sont versés à l'oeuvre des inondés. Le prix des places était de 5,3 et 2 francs, par comparaison, sachez que le prix du pain d'un kilo était de 2,5 francs et le journal vendu 20 centimes. L'Union Civique procède quant à elle à une collecte de vêtements, de couvertures et de vivres en faveur des très nombreux sinistrés.

Si la pluie s'arrêtera de tomber vers la mi-janvier, elle fera place à la grêle et au froid ce qui va compliquer la vie des personnes dont les maisons ont été envahies par les eaux. De plus, il n'y a que sept ans que le premier conflit mondial est terminé et la pauvreté est toujours bien présente dans certains quartiers et dans les campagnes avoisinantes.

Comme nous le verrons dans le suite, en politique, l'année est marquée par les élections communales et par quelques faits divers bien représentatifs de l'époque.

18:35 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, inondations, escaut, cercle des xv, palace, froyennes |

01/08/2008

Tournai : l'année 1969 sous la loupe (2)

En continuant de survoler l'année 1969, voici, pêle-mêle, quelques faits, probablement passés inaperçus ou oubliés, qui rythmèrent le quotidien de la cité des cinq clochers. A cette époque, nous affrontions encore des hivers plus ou moins rudes marqués par une alternance de brèves périodes relativement douces, de semaines de gelées et même de l'une ou l'autre vague de froid, ainsi, celle apparue vers le 10 février qui débuta par d'abondantes chutes de neige, phénomène devenu rare par la suite, et se poursuivit par une chute rapide du mercure dans les thermomètres qui atteignirent des valeurs de l'ordre de -13 à -17° la nuit, durant une dizaine de jours consécutifs. Cette vague de froid fut à l'origine de nombreux et spectaculaires accidents de la circulation.

Lorsque les beaux jours furent de retour, les travaux de rénovations et de constructions reprirent. On aménagea le parking de la place Paul Emile Janson que les Tournaisiens ne pourront plus appeler familièrement, comme ils en avait l'habitude, la place des Acacias puisque ceux-ci furent, à cette occasion, abattus. Après avoir rénové le Boulevard du Roi Albert l'année précédente, on asphalta le boulevard Bara, les plaques de béton posées en 1954 y présentant depuis belle lurette des signes de faiblesse. Deux chantiers importants avancèrent rapidement : les travaux de reconstruction de l'Hôtel de Ville entraient dans la phase finale, celle des techniques spéciales et des décorations tandis que le nouvel Hôpital Civil voyaient ses cinq étages construits à la fin de l'année. Le parcours de l'autoroute de Wallonie prenait forme dans le paysage du Tournaisis, ils seront marqués par un accident spectaculaire : au pont de Froyennes surplombant l'Escaut, une poutre s'effondre dans le fleuve bloquant la circulation fluviale, incident sans conséquences graves.

En cette année 1969, un Tournaisien va pouvoir, enfin, se reposer et prendre son temps. Jules Verbeke exerce la fonction d'horloger communal et depuis des années, chaque jour vers 7h00, il gravit les 257 marches de l'édifice pour "remonter les poids" de l'horloge. L'Administration Communale a, en effet, décidé de remplacer l'antique mécanisme par un plus moderne fonctionnant à l'électricité, il sera opérationnel à la fin de l'année. Le dimanche 20 juillet comme de nombreux sportifs et comme tous les habitants de la planète, les Tournaisiens se réunissent, en famille, face aux téléviseurs, moins nombreux qu'aujourd'hui, pour assister à la première victoire d'Eddy Merckx au Tour de France et ensuite, durant le nuit, à la marche du premier homme sur la lune, ce petit pas pour Neil Amstrong mais ce grand bond pour l'humanité ! A peine deux semaines plus tard, le samedi 2 août, un très violent orage s'abat sur le Tournaisis, la grêle et les trombes d'eau qui l'accompagnent, provoquent des inondations en ville et dans les villages environnants. Des centaines d'appels parviennent aux pompiers qui doivent vider caves, garages et nettoyer rues et routes envahies par la boue. Au mois de septembre, un grave accident de travail rappelle à tous que la législation sur le travail doit encore progresser. Occupé à un travail d'étançonnage sur un chantier de la rue Perdue, où se construit une nouvelle résidence, un homme perd la vie lorsque le vieux mur fragilisé s'effondre sur lui.

Consulter la presse, y relire l'actualité d'alors, c'est aussi se souvenir que la vie quotidienne est faite d'une alternance de festivités qui restent parfois gravées dans la mémoire collective et de drames qui marquent à jamais les familles qui en sont les victimes... Dans le prochain article, nous verrons que la vie culturelle fut encore très riche en cette année 1969 à Tournai.

17:23 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, inondations, renovation, neil amstrong, eddy merckx |

04/07/2008

Tournai : l'année 1966 sous la loupe (3)

Le moins qu'on puisse dire c'est que les amateurs de sport ont été particulièrement à la fête en cette année 1966 à Tournai. En football, tout d'abord, les deux clubs tournaisiens réalisent un excellent parcours. Le Racing termine 3ème du championnat de Division 3 remporté par Beveren devant le S.K Roulers, Zwevegem, Zottegem et Mouscron suivent les Rats. L'Union termine 6ème du championnat de Promotion dont le titre est enlevé par Alost devant Audenaerde. Quelques semaines plus tard, lors de l'annuel derby amical, disputé sur le stade de l'Avenue de Maire, les Unionistes l'emportent sur le même score que lors de la précédente édition 2-4. Si les Rouge et Vert avaient aligné l'équipe ayant participé au championnat, les Jaune et Noir avaient testé des joueurs susceptibles de les renforcer la saison suivante : Jan Vanden Nieuwenhuyze ayant évolué au Beerschot, Michel Leroy d'Anderlecht et Van Leenberghe d'Opwijk.

Le "Courrier de l'Escaut", le plus vieux journal de Belgique, toujours édité à l'époque à Tournai avant d'être repris par le groupe "Vers l'Avenir", reçoit la visite inattendue de l'équipe de France de football. Michel Watteau, Kocic, Jean Claude Piumi, Provelli, Roger Lemerre, entre autres, assistèrent à la confection du journal. Le mercredi 26 septembre, une rencontre internationale voit le Racing White battre le Racing Paris Sedan sur la marque de 4-3 au stade de l'avenue de Maire.

Evènement exceptionnel du 2 au 5 juin 1966, en la Halle-aux-Draps, le championnat d'Europe de billard (cadre 71/2). C'est le champion de l'époque, le belge Raymond Ceulemans qui s'impose devant le français Marty, tandis que l'allemand Spielmann bat le record d'Europe de série (279) en contraignant le futur champion au martch nul. L'organisation parfaite et le succès populaire laisse augurer la tenue future d'un championnat du monde à l'ombre des cinq clochers.

Nouvel evènement le mercredi 22 juin, le "Tour de France" fait étape à Tournai. La victoire est remportée au sprint par Guido Reybroeck qui deviendra par la suite champion de Belgique, Rudi Altig conserve le maillot jaune conquis la veille lors de la première étape. Le lendemain matin, les Hollandais de "Televizier" remportent l'épreuve contre la montre par équipe avant que le coureurs ne quittent la cité scaldéenne pour Dunkerque. Sur la plaine des Manoeuvres, le Podium d'Europe 1 attire des milliers de spectateurs venus applaudir les Haricots Rouges, Frank Fernandel et Annie Cordy.

Deux nageurs tournaisiens font également parler d'eux : Roseline Larsy et Jacques Henrard affiliés au Cercle de Natation de Tournai participent au Tournoi des 6 Nations à Oslo où Jacques Henrard bat deux records nationaux. Notons encore en boxe, le titre de champion de Belgique conquis par Germain Carpentier et les excellents combats livrés par Jerome Deneubourg, tous les deux affiliés à l'Esquive Boxing Club Tournai. L'année 1966 se termine, la première décade de décembre est à ce point pluvieuse que les champs gorgés d'eau ne peuvent plus absorber une seule goutte de pluie et vers le 10 décembre, les inondations se déclenchent. Le village d'Ere, aux portes de Tournai, est envahi par les eaux, de la rue de Willemeau au Hameau de Barges, la route disparaît sous quelques dizaines de centimètres d'eau, une cinquantaine de maisons sont isolées. A Tournai, le Chemin d'En Bas, en cours de réfection, se transforme en un étang. A Kain, c'est la "Melle" qui sort de son lit et recouvre d'eau les alentours de la ferme Delgueule, du Collège et du Pont Rouge. A Rumillies, à la Verte Feuille, la circulation est impossible sur la chaussée de Frasnes, là aussi le rieu épris de liberté s'étale sur plusieurs centaines de mètres. Il faudra attendre le 16 décembre pour voir s'amorcer la décrue et chuter les températures...

(sources : presse locale et notes personnelles)