01/11/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (5)

Nous poursuivons notre balade à la découverte de cette Wallonie picarde dont Tournai est la ville principale. Après avoir évoqué Antoing, la capitale du pays Blanc et Ath, celle du Pays Vert, nous nous rendons à Beloeil, "la cité princière" et à Bernissart, celle "des Iguanodons".

Beloeil.

Cette cité, située à une trentaine de kilomètres à l'est de Tournai, est avant tout connue par son château des princes de Ligne. Ce manoir existait déjà au temps des croisades. Il a été fortifié par Antoine de Ligne, surnommé le "Grand Diable" en 1511 puis agrandi par Claire-Marie de Nassau, veuve de Claude Lamoral. C'est Charles-Joseph de Ligne qui lui a donné son caractère actuel.

Ses jardins à la française avec leurs fontaines, bassins et vastes étendues de pelouses entourées d'arbres font immanquablement penser au château de Versailles. Une allée d'une longueur de cinq kilomètres conduit tout droit aux anciens pavillons des gardes aux portes de Quevaucamps. Dans le parc s'élève une orangerie, à proximité de laquelle, on pouvait visiter, jadis, la Belgique miniature.

L'intérieur du château renferme du mobilier et des collections remarquables. Il est mis plus en valeur encore lors de l'exposition annuelle des "Amaryllis", organisée au printemps de chaque année.

En août, au cœur de l'été, se déroulent, dans le parc du château, "les Musicales", un événement qui attire, depuis vingt-sept ans, des milliers de personnes qui, au fil d'une promenade sous les frondaisons ou au bord des pièces d'eau, découvrent des formations musicales diverses (solistes, quatuors, orchestres philharmoniques, chanteurs classiques...) qui y interprètent les œuvres de compositeurs connus. Les concerts se terminent par un somptueux feu d'artifice... musical se reflétant dans les plans d'eau.  

Les possibilité de promenades sont nombreuses dans cette commune où on peut aussi découvrir l'église Saint-Pierre de style néo-gothique dont la crypte renferme les sépultures des princes de Ligne et des fontaines réparties sur tout le territoire (la pompe du Château, la fontaine à lattes, la fontaine du Major, celle du Gendarme ou encore la fontaine bouillante) . 

La cité est traversée par le canal Ath-Blaton, dont les chemins de halage se sont, au fil du temps, transformés en un véritable paradis pour les pêcheurs et en un lieu de rêveries pour les amoureux de promenades romantiques. 

Lors de la fusion des communes de 1976, huit villages ont été rattachés à la cité princière, tous sont à découvrir et renferment des richesses : Aubechies, Basècles, Ellignies Sainte-Anne, Quevaucamps, Stambruges-Grandglise - Rameignies, Thumaide et Wadelincourt.  

Celui d'Aubechies a reçu le label désignant un des plus beaux villages de Wallonie. Il est connu pour abriter l'Archéosite. Un lieu qui couvre 5.000 ans d'Histoire, du néolithique à l'âge de fer en passant par l'âge de bronze et en évoquant la période gallo-romaine. D'avril à octobre, ce site prend vie grâce aux nombreuses reconstitutions qui permettent de découvrir les activités de jadis. A l'approche d'une villa d'alors, une cohorte de soldats romains défile en rang serrés parmi les spectateurs, des Gaulois tissent et filent la laine ou forgent le fer et coulent le bronze. Autre élément important du patrimoine local : l'église romane Saint-Géry, vestige d'une ancienne abbaye, construite au XIème siècle à l'emplacement d'un temple païen.

Les habitants du village de Basècles disent qu'ils vivent dans "l'pus bieau (le plus beau) des villages". On est bien forcé de les croire. Ce gros bourg s'étendant tout le long de l'ancienne chaussée qui était, jusqu'à la création de l'autoroute, la route menant de Tournai à Mons est aussi surnommé :  "la cité des Marbriers". On y extrayait le marbre noir qui fit la réputation de la région en Belgique et à l'étranger. Sur la Grand-Place, le musée du Marbre et de la Pierre rappelle cette époque où de nombreux habitants travaillaient à l'extraction ou au polissage.

On découvre également "le château Daudergnies" du nom de son propriétaire, globe-trotter, qui le fit construire au XIXème siècle. 

Le samedi qui précède le Mardi-Gras, le carnaval anime les rues de la cité. Géants, fanfares, grosses têtes, groupes costumés symbolisant les activités et le folklore local forment un long et joyeux cortège qui attire des milliers de personnes qui y trouvent une ambiance festive comparable à celle connue à Binche.

Quevaucamps est une ancienne cité bonnetière. Depuis 1988, le Musée de la Bonneterie et du Négoce de la Toile, accueille les visiteurs dans l'ancienne gare du village, sur la place Paul Pastur. La place du Pâturage est une place enherbée comme on en connaissait jadis dans de nombreuses petites communes.

Stambruges-Grandglise est une terre des légendes nées probablement dans la forêt toute proche où la "Mer de Sable" est un vaste étang de 410 hectares totalement asséché. L'été, ce lieu, un peu mystérieux, est le rendez-vous de nombreux promeneurs venus y passer la journée. Ceux-ci ne manquent pas de se rendre au "Rond des Sorcières" et à "l'Ottée des Fées" en parcourant cette lande sablonneuse couverte de bruyères.

Trois villages ont donné un nom étrange à cette région : "la Thurawanie" (contraction de Thumaide, Rameignies et Wadelincourt). L'église Saint-Vendrégésile est le siège d'un pèlerinage à Saint-Charalampe invoqué pour protéger le bétail des maladies.  

Bernissart.

Regroupant depuis la fusion des communes de 1976, Blaton, Harchies et Pommeroeul, voici la commune la plus à l'est de la Wallonie picarde. Appartenant au Parc naturel des plaines de l'Escaut, Bernissart se trouve à une trentaine de kilomètres de la cité des cinq clochers, aux portes du Borinage. Jadis, on y trouvait les premières mines de charbon du sillon hennuyer. En 1878, des mineurs travaillant dans la fosse Sainte-Barbe découvrirent vingt-neuf squelettes fossilisés et quelques autres éléments d'un dinosaure herbivore qui vivait dans nos régions, il y a environ 130 millions d'années. Un musée a été ouvert à Bernissart afin de découvrir "l'Iguanodon bernissartensis" présenté avec un mésosaure et des centaines de fossiles et minéraux d'ères géologiques différentes. Voilà la raison pour laquelle, Bernissart est surnommée "la cité de l'Iguanodon". 

Le "Musée de la Mine" rappelle le passé charbonnier de Bernissart. C'est en 1968, à Harchies, que la dernière mine a cessé ses activité. Ce musée présente une importante collection de matériel minier dont une partie a d'ailleurs été prêtée à Claude Berri pour le tournage, dans le Valenciennois, de son film "Germinal". On y découvre aussi les archives, photos et gravures relatives au travail des mineurs. 

La "Machine à Feu" qui s'élève à deux pas de la frontière française et à l'orée de la forêt de Bonsecours, est un imposant bâtiment construit en 1782 par la Compagnie des Mines d'Anzin (F). Il abrite une machine de l'ingénieur anglais Thomas Newcomen destinée à combattre la venue des eaux souterraines qui envahissent les galeries et puits de mines. Ce système ingénieux et le bâtiment ont été récemment restaurés et peuvent se visiter.

Les amoureux de la nature se rendent très souvent aux "Marais d'Harchies", une zone protégée de marais et de bruyères où on peut découvrir, à partir d'observatoires, 250 espèces d'oiseaux indigènes (dont le canard colvert, la gorge bleue, la mouette rieuse...) ainsi que des oiseaux migrateurs de passage et 350 variétés de plantes. 

Le village de Blaton est connu par sa grande bruyère, son église de Tous les Saints et par sa ducasse qui a lieu chaque année le 1er novembre. A cette occasion se déroule une étrange tradition, les hommes de la cité achètent du pain d'épice destiné à leur épouse pour se faire pardonner les petites incartades de l'année écoulée. Gare à celui qui retournerait chez lui avec plusieurs kilos ! La ducasse bat son plein jusqu'à minuit, tout s'arrête alors pour laisser la place aux souvenirs des défunts à l'occasion du Jour des Morts. Autre particularité de Blaton, les "crêtes à cayaux" (crêtes à cailloux), il s'agit de construction de murs en pierres posées de chant. Ces pierres plates se trouvent dans une roche qui affleure et de nombreux trous indiquent les endroits où les anciens du village allaient s'approvisionner, l'trau (trou) Magnon, l'trau Bachy... On y confectionne encore des murs de soutènement ou de séparation. 

Ville-Pommeroeul est un village connu pour son "croncq clocher", un clocher incliné de 1m80 par rapport à son axe initial, il est surmonté comme tous les autres d'une croix qui semble nettement pencher "du côté qu'elle va tomber" ! Contrairement à ce que certains imaginent, il ne s'agit nullement d'une erreur au moment de la construction de l'édifice religieux, en 1620, mais résulterait plus probablement de l'usure du temps et des fortes intempéries que le clocher a enduré depuis cinq siècles. 

Au niveau festif, outre sa ducasse, le village de Blaton organise le "Parc en Fête", chaque 21 juillet. Le décor en est le parc Posteau où sont mises sur pied des animations diverses pour petits et grands, un bal aux lampions, des balades romantiques et le traditionnel feu d'artifice. A Harchies, en décembre se déroulent, durant tout un week-end, "les Féeries d'hiver en roulottes", une foire aux artisans, un marché de Noël au milieu d'anciennes roulottes foraines et sous un chapiteau, ponctué de concerts et de spectacles.

Voici encore de quoi compléter l'agenda des visites à effectuer en Wallonie picarde. 

(à suivre)

(sources : syndicat d'initiative des communes - recherches personnelles lors de déplacements sur place).

S.T. novembre 2016.

25/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (7)

Sixième balade en Wallonie picarde, de la "cité princière" au "pays des iguanodons". 

Notre balade nous emmène, tout d'abord, à une dizaine de kilomètres à l'est de Leuze-en-Hainaut, à la découverte de Beloeil aussi appelée la "cité princière".

La commune s'étend sur 61,5km2 et compte un peu plus de 13.700 habitants. Elle regroupe, depuis 1977, les villages d'Aubechies, Basècles, Ellignies-Sainte-Anne, Grandglise, Quevaucamps, Rameignies, Stambruges, Thumaide et Wadelincourt. La cité est jumelée avec Crosne en France, Schotten et Bogen en Allemagne, Maybole en Ecosse, Arco et Rocella Jonica en Italie, Ozymek en Pologne et Tymarov en Tchéquie.

Beloeil doit son titre de cité princière à la présence en son centre du château des Princes de Ligne, propriété de cette famille depuis le XIVe siècle, érigé au milieu d'un parc de 25 hectares. D'abord forteresse médiévale, l'édifice est devenu par la suite un château de plaisance. Demeure princière, plans d'eau et parc à la française font un ensemble qui peut lui valoir le titre de petit Versailles à la belge. Lors de sa visite, vous pourrez admirer du mobilier datant des XVI et XVIIe siècles, une bibliothèque riche de plus de 20.000 ouvrages, des tableaux représentants les membres de la famille princière...

Au printemps, les différentes salles, l'imposante montée d'escalier et les plus petits salons s'ornent d'Amarillys dans de prestigieuses compositions florales. Pendant neuf jours, le château est métamorphosé par des dizaines de créations, de bouquets, aux couleurs vives et changeantes exhalant des senteurs spécifiques. 

Une fois par an, au mois d'août, du parc s'envolent les notes de la "Nuit musicale", un évènement qui attire des milliers de visiteurs. Sept scènes réparties dans le domaine sur lesquelles évoluent trois cents musiciens vous font la surprise d'un concert, d'une interprétation en solo, de quelques chants, au détour d'un chemin, sous une frondaison, au bord d'un plan d'eau. Dédiée chaque année à un compositeur, la nocturne se termine en apothéose dans un somptueux feu d'artifice.

Pas bien loin de Beloeil, le village d'Aubechies vous propose la visite de son "Archéosite", parc archéologique à ciel ouvert, transportant les visiteurs bien au-delà du début de notre ère. Le parcours où sont reconstituées les structures préhistoriques, protohistoriques et gallo-romaines, vous permettra de circuler du néolithique à l'âge de bronze et de fer par la reconstitution fidèle, non seulement de l'habitat de nos ancêtres mais également au travers du travail réalisé par des figurants en costumes d'époque. Une villa gallo-romaine, un temple, une nécropole, une péniche gallo-romaine, un atelier de taille de silex, un grenier à grains, l'atelier du bronzier, la forge sont parmi beaucoup d'autres des points qui jalonneront votre itinéraire dans le parc. Des démonstrations de ce savoir-faire ancestral complètent votre visite.

Le village de Quevaucamps, aussi appelé la "cité des Bonnetiers", fut d'abord un village d'extraction de la pierre. A l'extinction de cette activité, vers le milieu du XIXe siècle, l'activité bonnetière a pris le relais, on a compté jusqu'à 150 bonneteries au milieu du XXe siècle qui procurait de l'emploi à près de 1.500 personnes. Il n'en reste désormais plus que deux en activité. Le rappel de ce riche passé industriel est présent au "Musée de la Bonneterie", établi depuis 1988 dans les bâtiments de l'ancienne gare. 

Commune voisine, Basècles, est appelé, par ses habitants, "l'pus bieau des villaches" (le plus beau des villages, comme quoi on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Elle possède son "Musée de la Pierre et du Marbre", situé sur la Grand'Place. Il rappelle le travail des carriers, tourneurs, polisseurs, chaufourniers... autant d'emplois qui ont fait la richesse locale. Si on ne peut le comparer à ceux de Binche, de Malmédy ou d'Alost, le "carnaval de Basècles", remis à l'honneur en 1980, par le groupe des "crocheux à l'tonne" attire chaque année des milliers de spectateurs venus de Wallonie picarde, de la région montoise et du Nord de la France voisin. Dans une série d'articles consacrés aux jeux populaires dans le Tournaisis, j'ai déjà évoqué le crossage (ou crochage), je vous invite à vous y référer. 

Stambruges, situé au sud de Beloeil et à l'est de Quevaucamps, est un village de maisons de pierre régroupées autour de l'église Saint-Servais (érigée en 1831) possédant la particularité de présenter un clocher à bulbe, extrêmement rare dans nos régions. Inscrite au patrimoine majeur de Wallonie, la "Mer de Sable" est une réserve naturelle de landes séches, de tourbières et de bruyères, elle a jadis pris la place d'un étang de 40 hectares désormais asséché. Le nom de Stambruges signifie "étang des bruyères". Lieux de promenade, les entités de Stambruges et de Grandglise sont à moitié couvertes par la forêt.

Aux confins orientaux de la Wallonie picarde, la commune frontalière de Bernissart s'étend sur 43,1 km2 et compte environ 11.700 habitants par le regroupement des villages de Blaton, Harchies, Pommeroeul et Ville-Pommeroeul. Tout comme à Aubechies (et voilà sans doute la raison pour laquelle nous avons groupé les deux entités de Beloeil et Bernissart), les amateurs d'archéologie ne seront pas déçus. On appelle Bernissart, la "cité des iguanodons" depuis qu'en 1878, au fond de la fosse Sainte-Barbe, des mineurs ont découvert un véritable cimetière de ces dinosaures herbivores vivant à l'époque du crétacé. Pas moins de trente squelettes furent mis à jour à plus de trois cent mètres de profondeur. Bernissart possède un musée de géologie, justement nommé "Musée de l'iguanodon", où on peut voir, outre des minéraux et des fossiles, ces gigantesques animaux dont le squelette a été reconstitué. 

A proximité de la fosse Sainte-Barbe, on découvre les vestiges d'un bâtiment autrefois appelé "la machine à feu". Celle-ci servait à pomper l'eau qui envahissait les galeries des mines. C'est un édifice impressionnant, haut de 14 mètres, aux murs d'une épaisseur d'un mètre, racheté en 2005 par l'administration communale bernissartoise et dont la visite a été intégrée aux circuits qui sillonnent le Parc naturel des plaines de l'Escaut. La machine à feu est un des derniers témoignages de l'activité minière de cette région jouxtant le Borinage, elle appartenait à la compagnie des Mines d'Anzin (dans le Nord de la France). 

Pommeroeul est connu dans la région pour son "cron clocher" (clocher qui penche), celui de l'église Notre-Dame, il ne s'agit nullement d'une impression d'optique, résultat d'un effondrement minier ou d'une erreur à la construction ?

Le village d'Harchies est reconnu pour sa zone marécageuse, situé au sein du site Natural 2000 d e la vallée de la Haine, celle-ci appelée "Marais d'Harchies" occupe 568 hectares de prairies inondées suite à des affaissements miniers. Paradis des ornithologistes, les marais abritent près de 270 espèces d'oiseaux nicheurs (canards colvert, grèbes, grand cormoran, hérons cendrés...) et migrateurs (aigrettes, cigognes blanches, oies cendrées, busards...), une quantité d'insectes dont plusieurs espèces de libellules et des plantes rares. 

La particularité du village de Blaton est sa ducasse qui a lieu le 31 octobre avec ses attractions foraines et ses commerces ambulants. La tradition veut que c'est le jour où les maris offrent du pain d'épice à leur épouse pour se faire pardonner les petites (ou grosses) fredaines de l'année écoulée. Comme dans un conte de fée, à minuit tout s'arrête, lumières et flonflons s'éteignent, c'est le jour de la Toussaint dans quelques heures les couples iront fleurir les tombes des défunts ou participer à l'office à l'église de Tous les Saints.

(S.T. juillet 2012)