13/02/2017

Tournai : balade en ville - la Grand-Place

Dans presque chaque ville, la Grand-Place (nommée parfois place du Marché) représente le cœur de la cité. Celle de Tournai, située sur la rive gauche, n'échappe pas à la règle bien qu'elle n'en soit pas le centre géographique. L'Escaut passe au milieu de la ville et la partage en deux. De forme triangulaire, elle est dominée à l'Est par le beffroi et à l'Ouest par l'église Saint-Quentin. 

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Le beffroi vu de la Grand-Place dans les années soixante (photo x)

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Le forum tournaisien est le lieu de toutes les festivités. En 2005, il abrita une partie des "floralies du Hainaut". (collection de l'auteur) 

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Spectacle de rue en 2015 (photo R. Rauwers).

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passage d'une étape du Tour de France en 1967 (presse locale)

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Longtemps, le site dit des "Douze Césars" resta un chancre au cœur de la cité (photo presse locale)

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Durant les mois d'été, auprès des terrasses des cafés et restaurants, les jets d'eau font la joie des enfants (photo R. Rauwers) 

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La statue de Christine de Lalaing (photo R. Rauwers). 

La statue de Christine de Lalaing, princesse d'Espinoy, trône au milieu du forum tournaisien. La noble dame galvanisa la population tournaisienne lors du siège de Tournai par les troupes espagnoles d'Alexandre Farnèse. Sa statue a longtemps été à l'origine d'un conflit avec les autorités religieuses. Protestante, les armes à la main, elle semble lever le bras pour désigner la cathédrale Notre-Dame. Cette attitude fut longtemps considérée comme un geste de défi en l'encontre de l'autorité religieuse. Pour cette raison, la procession historique de septembre évita durant des décennies de passer sur la Grand-Place. Tout cela est désormais de l'histoire ancienne et fait sourire le Tournaisien d'aujourd'hui.

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Vue de la Grand-Place durant les années trente. (photo : Courrier de l'Escaut)

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La Grand-Place aux maisons en ruine durant la seconde guerre (photo : X)

Lors des bombardements de la ville en mai 1940, tous les immeubles qui la ceinturaient furent détruits, seules, quelques façades restèrent debout, squelettes qui allaient donner une nouvelle vie à cet endroit prestigieux lors d'une reconstruction qui respecta les gabarits et lui redonna un aspect homogène. 

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Contre-jour qui met malheureusement en lumière les véhicules qui y stationnent (photo : F. Bauduin)

A Tournai, comme partout ailleurs, le stationnement automobile est un problème. Il faut le reconnaître, notre génération est devenue paresseuse et plus personne ne souhaite parcourir quelques mètres à pied. Le rêve des clients  de notre époque est de pouvoir stationner au plus près de la porte d'entrée du magasin à visiter. Lors de sa rénovation, il y a une vingtaine d'années, le forum devait devenir entièrement piéton. Devant la levée de boucliers des commerçants qui craignaient de perdre leur clientèle, l'autorité communale à fait machine arrière et a autorisé une centaine de places de stationnement face à l'église Saint-Quentin. Ensuite, face à la Halle-aux-Draps, fut créée une zone de stationnement limité. Pour certains cela n'est pas encore suffisant et le stationnement en double file est, chaque jour, une plaie pour la circulation. 

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La Halle-aux-Draps (voir l'article que nous lui avons consacré sur le blog).

 

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vision nocturne (photo : F. Bauduin).

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Des soirées animées (photo R. Rauwers).

Le secteur Horéca est très bien représenté sur le forum. Pratiquement un établissement sur deux est un café ou un restaurant, la vie nocturne y est donc animée et, en été, les vastes terrasses font le plein jusqu'aux petites heures.

A deux pas de la Grand-Place, au n°10 de la rue des Maux, un imposant immeuble attire l'attention, il s'agit de l'ancienne "grange aux dîmes" de l'abbaye de Saint-Martin. Les plus anciens Tournaisiens appellent encore ce bâtiment, "Le café des Brasseurs". Au début du siècle, il s'agissait d'un cabaret-brasserie réputé dans lequel étaient organisées des concerts, des réunions de sociétés, des pièces de théâtre et même des séances cinématographique. Par la suite, dans les années vingt, la salle de cinéma prit le nom de "Cinéma Vieux Tournai". Le 22 octobre 1948, il fut remplacé par le cinéma "Scala" qui ferma ses portes le 15 juin 1976 (voir l'article consacré aux cinémas tournaisiens dans le présent blog). Après une fermeture de trois ans, succéda alors le "Marché-Scala" composé d'une boucherie, d'un discount alimentaire, d'une boulangerie et d'un marchand de légumes tandis qu'en façade s'ouvrait un café. A la fermeture de cet ensemble, en 1983, la salle du rez-de-chaussée fut transformée en "Scala-Bowling" tandis que la partie avant et la cave étaient aménagées en un bar-discothèque. Voici trois ou quatre ans, le bâtiment a subi une profonde rénovation, et depuis quelques semaines, on y trouve un magasin spécialisée dans l'électronique.

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1976, fermeture du cinéma Scala (photo Nord-Eclair).

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Le bâtiment en 2005, le bar discothèque était déjà fermé (collection de l'auteur).

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2015, le bâtiment rénové. Dans la niche : la statue de Saint-Martin rappelant l'origine du bâtiment (photo R. Rauwers).

A proximité du beffroi et de la cathédrale Notre-Dame, la Grand-Place est probablement l'endroit le plus visité de Tournai par les touristes mais il y a de nombreux autres coins qui méritent aussi d'être vus. Nous poursuivrons donc notre balade !

S.T. février 2017.

14:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, grand-place, christine de lalaing |

28/03/2016

Tournai : la lente évolution de la Grand-Place.

Tournai le Beffroi.jpgAprès la rue Perdue, la place de Lille, la rue Saint-Martin, la place Reine Astrid, la place Paul Emile Janson, la rue de la Tête d'Or, la rue de l'Yser, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, la rue du Cygne et la rue Garnier, nous poursuivons notre visite de la rive gauche de l'Escaut en nous intéressant à l'évolution de notre forum : la Grand-Place.

Situation géographique.

La place principale d'une ville représente le plus souvent le centre géographique de celle-ci. Ce n'est pas le cas à Tournai où celui-ci se situe plus au niveau de l'Escaut qui divise la ville en deux parts pratiquement égales. Chez nous, la place est excentrée vers le Sud.

Une longue histoire.

On s'est longtemps interrogé sur la forme triangulaire de la Grand-Place, son origine la plus souvent admise proviendrait de la convergence de voies romaines qui se rejoignaient, à peu près, à l'endroit où sera érigé, bien plus tard, le beffroi. La première suivant le parcours place de Lille, rue Dorez, rue des Maux venait de Cassel, l'autre venant de Boulogne suivait l'axe de l'actuelle rue de l'Yser.

A l'époque gallo-romaine, le terrain sur lequel elle apparaît était situé en dehors de la ville, au-delà de la première enceinte gallo-romaine. La preuve en a été apportée par les nombreuses fouilles qui y furent effectuées au travers des siècles et qui permirent de découvrir l'existence d'une vaste nécropole qui s'étendait jusqu'à l'actuelle rue Perdue. On sait qu'à cette époque, on enterrait les morts en dehors de l'enceinte. Ce qui fait dire, à Bozière, que les festivités d'aujourd'hui se déroulent sur un cimetière où se dressaient les bûchers funèbres, il y a un peu moins de deux mille ans.

La Grand-Place apparut durant le premier millénaire. On sait qu'au Moyen-Age on y tenait marché au blé, aux pommes, au poisson et que les fripiers y étalaient des hardes et des ustensiles de toutes sortes. Ce marché prit peu à peu le nom de "Marché de l'Empereur". Même s'il n'est plus souvent utilisé, ce nom officiel existe encore de nos jours.

En 1806, un décret impérial autorisa la ville de Tournai à y ouvrir deux foires annuelles, la première, le jeudi le plus proche du 15 mai, la deuxième, le plus proche du 15 septembre. Ces dates évoluèrent pour désormais voir la foire de Mai se dérouler la semaine de l'Ascension et celle de septembre débuter le dimanche le plus près du 6.

On y trouvait un puits public, de trois mètres de diamètre, face à l'église Saint-Quentin et un pilori au pied du beffroi. Une des maisons les plus anciennes qui s'y dressait était le Porcelet ou Hôtel du Porc, elle aurait été construite à l'emplacement d'une habitation d'un préfet romain, à proximité de l'église. Lors de sa reconstruction, en 1755, elle fut ornée de bustes d'empereur et prit le nom de Maison des douze Césars. On dit qu'elle accueillit, une fois par semaine, les réunions organisées par Henri VIII lors de sa présence à Tournai. Au XIXe siècle, elle fut habitée par un certain du Mortier qui possédait une importante collection de tableaux.

En 1331 fut organisée sur le forum tournaisien, la fête des Trente-un rois à laquelle furent invités les notables de toutes les villes voisines afin de participer à un grand Tournoi.

En 1422, la Grand-Place fut envahie par de très nombreux Bohémiens ou Egyptiens qui commençaient à se répandre dans tous les états d'Europe. Les hommes exerçaient la profession de maquignon et les femmes disaient la bonne aventure. On dit que la foule se pressait en masse pour voir leurs moeurs étranges et licencieuses.

Au début du XVIe siècle, à l'angle de la place et de la rue des Orfèvres se dressait une maison dont la façade était surmontée d'une tribune destinée au chef de la magistrature tournaisienne qui y faisait publier ses ordonnances. Depuis cette tribune appelée "brétèque", en 1521, le représentant de Charles-Quint y fit serment, au nom de l'empereur, de maintenir les libertés communales. Comme l'avait fait, quelques années auparavant, le roi Henry VIII, confirmant les privilèges de la cité.

Entre 1567 et 1570, lors de la présence en Belgique du sanguinaire duc d'Albe, cinquante-six personnes y furent pendues, trente-six brûlées vives, deux subirent le supplice de l'estrapade (NDLR : supplice qui consister à hisser la personne condamnée à une certaine hauteur et à la laisser chuter jusqu'à quelques centimètres du sol, plusieurs fois de suite), une personne y fut étranglée, onze furent battues de verges, quatre durent y faire amende honorable, le flambeau à la main.

Le 8 février de l'an 1600, sur un trône dressé contre la Halle-aux-Draps, l'Archiduc Albert et l'Infante Isabelle, souverains des Pays-Bas, jurèrent, la main sur l'Evangile, de maintenir intactes les constitutions de la cité.

Egalement à proximité de l'église Saint-Quentin se trouvait "l'Hôtel Saint-Georges". En 1668, celui-ci accueillit des marchands marseillais qui apportèrent les germes de la grande peste, fléau qui coûta la vie à un cinquième de la population tournaisienne.

En 1792, un marchand de drap nommé Mathon, habitant de la Grand-Place donna asile à Madame Adelaïde d'Orléans, à sa gouvernante, Madame de Genlis et à une nièce Paméla Sims dont fut épris un lord irlandais, Fitzgerald, fils du duc de Leicester qui la maria en l'église Saint-Quentin en présence de Louis-Philippe Egalité, duc de Chartres.

Durant la Révolution, c'est sur la Grand-Place qu'on plantait l'arbre de l'Aigle.

Le 28 septembre 1830, la foule envahit la place et partit attaquer les casernes hollandaises.

Le 30 septembre 1860, le roi Léopold Ier assista à un défilé qui dura près de deux heures.

En 1863, on inaugura la statue de Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy, une de ces héroïnes dont se glorifie l'Histoire tournaisienne, une œuvre du sculpteur tournaisien Aimable Dutrieux.

Avant le premier conflit mondial, on trouvait, au n°12, la maison de Jules Pipart, professeur de coiffure, membre de l'académie de coiffure de Bruxelles, au n°49, le Garage du Centre tenu par Alphonse Dochy qui faisait aussi la location d'automobiles, la bijouterie de Victor Thiefry au n° 8, la Maison Charles Gisler également bijoutier au n°10 et 11...

1952 Tournai la Grand'Place.jpgEn mai 1940, tous les bâtiments de la Grand-Place furent détruits par les bombardements allemands, seules les façades remarquables entourant la Halle-aux-Draps furent préservées. Aux cours de ceux du 16 mai, une personne y trouva la mort, le typographe Victor Dellouvre était âgé de 58 ans. La guerre terminée, on érigea, au centre de la place, des constructions provisoires sur lesquelles veillait la statue de Christine de Lallaing épargnée, elles étaient destinées à accueillir, durant la période de reconstruction, les commerçants sinistrés (voir ci-contre). Le dernier édifice reconstruit sera l'église Saint-Quentin terminée en... 1968 (vingt-trois ans après la fin du conflit).

Des "golden sixties" à la crise économique actuelle.

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, Peu, à peu, le forum tournaisien retrouva son animation d'antan. Les foires de mai et de septembre, le rondeau final des Quatre Cortèges du mois de juin, la braderie de septembre, le marché du samedi matin, la foule de spectateurs venus assister, en la Halle-aux-Draps, aux opérettes et opéras, aux foires commerciales ou aux représentations de la Revue annuelle du Cabaret Wallon et du Théâtre Wallon, les passages du Tour de France (en 1966, elle vit le départ de l'étape Tournai-Dunkerque) firent rapidement oublier les cinq années qui marquèrent toute une génération. D'abord pavée, elle fut asphaltée à la fin des années cinquante et on créa un grand parking en son centre pour accueillir les visiteurs de plus en plus nombreux. A cette époque, le "bureau de Tourisme" était logé dans une annexe de la Halle-aux-Draps.

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Les trois photos du Courrier de l'Escaut prises lors du passage du Tour de France à Tournai en 1965 permet de voir les immeubles à l'arrière-plan. Ci-dessous, le passage en 1967.

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Parmi les commerces qui s'y installèrent, si on découvrit, comme il se doit sur un lieu touristique, des cafés et restaurants, il y eut une grande variété d'enseignes dans des domaines bien différents :

La Maison Amelinck-Lenoir, tout pour la couture et ouvrages dames (au n°1), le magasin Exclusif, tout pour la couture (au n°4), le magasin de vêtements Prestige (au n°8), les chaussures Alky, le coiffeur Henry, la boulangerie pâtisserie Bruynhooge qui avait succédé au pâtissier Marcel, le magasin Tentation, Henrion, horloger, bijoutier, orfèvre (au n°10 et 11), A la Bourse, lainages, soieries, velours, dentelles (au n° 13 et 14), la bijouterie Thiefry, Luxeuil lingerie (au n°17), la maison Decallonne, librairie-papeterie (au n°18), Duhaubois-Sports (au n°19), la Maison Simon, tout pour le baptême (au n°23), Inedit Couture (à l'angle de la rue des Orfèvres), le magasin Lara, vêtements pour dames (au n°25), les assurances PS (au n°27), la maison De Ruyck, audio-visuel (au n°30), Tournai Disques Eric Genty (au n°34), la droguerie "Au Gros Chien" située entre le terrain vague des douze Césars et l'église Saint-Quentin, le garage Van Peteghem, concessionnaire Austin et Morris, la friterie de la Place sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le restaurant italien, la boucherie-charcuterie Lyonnaise Manche, les bureaux et ateliers du journal l'Avenir du Tournaisis, la Société Générale de Banque (au n°54), la Banque de Bruxelles (au n°61), la chapellerie Lecat (au n°67), l'épicerie Warny, la boulangerie pâtisserie Jacques qui avait succédé au pâtissier Albert, la Maison Lezaire, vins et spiritueux (au n°72), la maison Duhaubois, télévisions, radio (au n°74)...

L'Horéca était représenté, entre autres, par le Dragon, le Fil à Car, le Charles-Quint, le Beffroi, le Grand Bockle Central (au N°24), le Soleil, l'Europe (au n°36), le Trou Normand, l'Ecu de Francele café d'Espinoy chez Julien Ochain (n°60), la Taverne de l'Aigle tenue par Denise Delannoy, le Carillon, le Baillagele Tip-Top tenu par Jean-Pierre De Stommeleire (au n°65)...

Dans les années nonante, les organismes financiers fleurirent sur le forum tournaisien, aux deux banques déjà citées viendront s'ajouter la banque Ippa (au n°43), le Crédit Général (au n°58), le Crédit Communal (au n°64), la COB...

Et aujourd'hui ?

2006 Tournai la Grand'Place.JPGIl y a déjà une vingtaine d'année, le visage du forum tournaisien a été profondément modifié. L'asphalte qui recouvrait la voirie autour du parking central formant un immense giratoire a fait place à un revêtement fait de pavés sciés, la circulation a été modifiée, les zones de stationnement ont été réduites, des jets d'eau sont venus agrémenter le paysage, la statue de Christine de Lallaing a également subi un profond lifting lui redonnant son lustre d'antan. Sur le terrain vague situé à proximité de l'église Saint-Quentin (voir photo plus haut), dernier vestige des bombardements de la seconde guerre mondiale, un immeuble avec rez-de-chaussée commercial et appartements de standing à l'étage a été érigé. La façade de la Halle-aux-Draps a été nettoyée en profondeur et ses dorures refaites lui rendant ainsi l'aspect qu'elle présentait jadis. Les kermesses de mai et de septembre ont émigré vers la plaine des Manœuvres, désormais intitulée "Esplanade de l'Europe". A la belle saison, la Grand-Place est le lieu de départ du petit train touristique emmenant les visiteurs à la découverte des plus beaux coins de la cité des cinq clochers. Le forum tournaisien qui ronronnait depuis la guerre s'est vu insuffler un dynamisme nouveau, promesse de lendemains qui chantent au niveau touristique. Les terrasses se sont étendues doublant, triplant même la capacité d'accueil des cafés, brasseries et restaurants et, sous le soleil, elles affichent le plus souvent "complet". Seul son éclairage est un peu mièvre et totalement indigne de sa splendeur !

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, La plupart des enseignes que nous avons énumérées ont, peu à peu, disparu. Elles ont été remplacées par d'autres mais, au cours de ces dernières années, des vitrines se sont éteintes définitivement et cherchent un éventuel repreneur : la Taverne de l'Aigle, l'Ecu de France, le Charles-Quint et tout récemment le "Resto à côté du Dragon". A d'autres commerces plus sélects, ayant pignon sur rue, ont malheureusement succédé les éternels "magasins de nuit" gérés par des ressortissants pakistanais qui offrent alcools, tabac, cigarettes... à ceux dont l'envie prend au beau milieu de la nuit, un contraste saisissant avec ce qu'on trouvait auparavant ! On a aussi vu apparaître des vitrines ouvertes offrant glaces, gaufres, beignets. Dix enseignes semblent défier le temps : De Ruyck, le Soleil, les PS Assurances, le Central, le Beffroi, Henrion,  le Dragon, le Tip-Top, le Carillon la Banque de Bruxelles devenue BBL et ensuite ING mais toujours présente au n° 61 de la Grand-Place et la Générale devenue BNP Paribas..

Comme on peut le constater la Grand-Place est en pleine mutation, elle peut retrouver sa richesse du début du XXe siècle comme elle peut, tout aussi bien, se paupériser rapidement. L'avenir nous le dira !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, ouvrage paru en 1864 - presse locale notamment le Courrier de l'Escaut et le Nord-Eclair pour les documents photographiques - recherches personnelles).

S.T. mars 2016.

27/05/2015

Tournai : maisons de commerce au début du XXe siècle.

Tournai 1904-1939, tentative de reconstitution.

L'article paru le 8 avril dernier relatif aux maisons de commerce disparues durant les cinquante dernières années a attiré l'attention de quelques Tournaisiens qui m'ont fait part de leurs souvenirs par l'envoi d'un e-mail .

Si le visage de la ville a évolué, peu à peu, au cours des siècles, le vingtième, en raison des deux conflits mondiaux, l'a profondément remodelé.

J'ai tenté, cette fois, de recomposer celui présenté par la cité au début du vingtième siècle. Les plus anciens auront sans doute encore connu certaines de ces maisons qui avaient "pignon sur rue" entre 1904 et 1939.

Le choix a porté sur trois rues commerçantes de l'époque situées sur la rive gauche : la rue des Chapeliers (avant et après l'opération appelée : dégagement de la cathédrale), la Grand-Place, la rue de Cologne (devenue la rue de l'Yser).

Les publicités de ces magasins s'appellent encore les réclames et le style a quelque peu évolué depuis leur parution dans la presse et les programmes de l'époque.

La rue des Chapeliers (en 1904) :

Au n°  7 : "Ponceau-Delmotte" - Maison de Confiance - Confection pour Hommes et Enfants - Rayon spécial "Draperies" pour vêtements sur mesure - Imperméables.

Au n°  8 : "Maison Parain" - Chapellerie du Fashionnable - Chapeaux de feutre en tous genres et fantaisies - Assortiment de Chapeaux de 1ère communion - Spécialité de chapeaux de soie et sur mesure en 24 heures - Equipements de Garde Civique et Corps spéciaux - Fournisseur de la Police -  Fraîcheur - Elégance - Prix défiant toute concurrence.

Aux 12-14 et 16 : "La Maison Jules" - anciennement Majau-Capouillet - Maison de Confiance - Confections pour Hommes, Femmes et Enfants - Choix immense de vêtements confectionnés - Bel assortiment d'Etoffes pour les vêtement sur mesure - Coupe élégante et garantie - Façon soignée - Le plus grand et le plus bel assortiment possible en costumes d'enfants depuis 4 francs - Prix fixes.

A noter que cette maison existait encore à la fin du siècle dernier.

Au 23 et 26 : "Van Gheluwe- Coomans" - Papeterie - Fourniture de bureau - Librairie - Typographie - Lithographies - Autographies - Reliures - Travaux de luxe et ordinaires -  Travaux artistiques et commerciaux - Spécialité de registres (système perfectionné) garantis 10 ans - Copies de lettres de tous prix - Articles de voyage, malles, valises, sacs, etc... Bronzes, maroquineries et fantaisies, lampes, lampadaires, abat-jour en papier et en soie.

Aux 28-30 et 32 : "Maison Vve Auguste Cazy" - Costumes et confections pour Dames et Fillettes - Tissus pour robes, soieries, velours, Hautes Nouveautés - Tailleurs pour Dames et imperméables - Costumes pour Hommes et Enfants genre Marchand-Tailleur - Equipements pour tous les corps de la Garde Civique, uniformes et livrées - Draperies anglaises, françaises et écossaises - Deuil en 12 heures - Coupeurs et coupeuses se rendent à domicile à la demande du client  - Consultez les étalages, vous y verrez les Nouveautés pour la saison - tel : 69.

La rue des Chapeliers (en 1923) :

Aux 46 et 48 :  "L. et G. Lecrinier" - Maison de Confiance Choix immense de cadeaux pour fêtes : bronzes, marbres, objets d'art Services de Table et à café : cristaux, couverts, couteaux (aluminium garanti)  tel : 439.

En 1934, cette maison a pris pour enseigne "Au Val Saint-Lambert" Maison L. et G. Lecrinier. Tout pour votre table, pour garnir et embellir votre maison : des porcelaines, des faïences, des cristaux, des verreries, des vases, des coupes, des statuettes, des lampes, de vraies œuvres d'art signées des meilleurs artisans et aux meilleurs prix !

Cette maison, bien connue des Tournaisiens, a poursuivi son activité jusqu'au début du XXIe siècle.

La rue de Cologne (en 1904) :

Au n° 13 : "H. Dechaux - Dechaux et Fils" - Maison de Confiance - Bandagiste - Lunettes - aiguisage et réparations de tous les genres de rasoirs, cisailles...

Au n° 14 : "Charles Bouchart", coiffeur, posticheur, parfumeur. Travail en cheveux de tout genre. Dernière nouveauté : location de perruques ! 

Au n° 15 : "Ecole Professionnelle de Coupe et Couture pour Dames" - Direction : Me Carbonnelle - Enseignement de la coupe pour les vêtements - Genre tailleur - Essayages et corrections  - Méthode brevetée - Cours tous les jours - Pension dans la maison - Tailleurs et  tailleuses - Abonnements aux journaux de Mons. La Maison se charge du placement de ses élèves - Prospectus gratuit.

Au n° 30 : "Maison Hennard-Derasse", Spécialistes de Haute Nouveauté : soieries, rubans, dentelles - Ganterie en tous genres, etc... Choix immense de soieries pour garniture de robes.

Au n° 31 : "Georges Hartung", successeur : ancienne Maison Veuve Pottiez. Fabrique de couronnes en métal, perles, porcelaines et plantes artificielles - Cierges pour première communion - Beau choix de plantes d'appartements et de palmiers. Fleurs et plantes naturelles stérilisées - Tous les articles sont vendus à des prix avantageux.

Au n° 36 : "La Grande Teinturerie à Vapeur" - Maison Vve G. Sachs-Patz - Fondée en 1869. Usine et succursale : rue des Croisiers, 40.

L'installation considérable et le perfectionnement de l'outillage permettent à la Maison d'exécuter tous les travaux mieux soignés, plus vite et à des prix plus modérés que n'importe quelle autre maison - Noir spécial pour deuil et nettoyage à sec en 24 heures.

Au n° 40 : "Maison A. Bonnier-Mondo", chaussures de luxe et ordinaires - pantoufles et caoutchouc. (NDLR : à l'époque pour nettoyer, les femmes enfilaient encore des chaussures en caoutchouc, simplement désignées par ce mot).

La Grand-Place (en 1904) :

Au n° 7bis : "Maison Beckers", Marchand-Tailleur - Draperies françaises, anglaises, écossaises, Sur demande du client, nous nous rendons à domicile avec des échantillons -Même Maison : Parapluies, cannes et couvertures de voyage.

Au n° 13 : "Van Cauter" Bicyclettes et Motocyclettes - Machines à coudre et Coffres-forts - Echange - Location - Réparations - Machines d'apprentissage.

Au n° 15 : "Ernest Ponceau" Ameublement - Tapis de Tournai, linoléum, rideaux, literies. Dépôt de la Lincrusta Walton - Meubles de salon, salle à manger, chambre à coucher.

Notons qu'Ernest Ponceau était un des membres fondateurs de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Au n° 67 : "Gillot-Laurent" (successeurs : Gillot-Journez) - Fabrique de chapeaux et de casquettes - Coiffures et équipements militaires - Fournisseur de l'Armée, des Pompiers, de la Police, de la Garde Civique. (la maison est située près du beffroi).

On ne peut comparer ces publicités avec celles qui paraissent aujourd'hui. Il n'y a pas de slogan accrocheur, de titre racoleur, mais une simple description de ce qu'on peut trouver en magasin. Notons également l'utilisation de l'expression "Maison de Confiance", une désignation disparue faisant songer aux étoiles distribuées par certains guides.

Plus près de nous !

En 1923, on verra apparaître dans les programmes de "Tournai-Palace" tenu par Chelmy les réclames pour des maisons que beaucoup d'entre nous ont encore connues : La "confiserie modèle Maurice Faignard" qui stipule : "Hygiène de la bouche et de l'estomac, après les repas, 2 ou 3 Bêtises de Tournai facilitent la digestion" !, les chapeaux de "Madame Lucas" au 36 de la rue de Pont, les "déménagements Leroy-Leclercq" au 4 et 5 de la Terrasse Saint-Brice (NDLR : actuelle place Clovis), La "Poêlerie du Hainaut", Maison J. Bayet-Monnier à la rue de l'Yser, les magasins "A la Vierge Noire", au coin des rues Gallait et de la Tête d'Or, "la Maison Ch. Gisler, P. Henrion, successeur", bijoutier-Fabricant au 10 et 11 Grand-Place, "l'American Garage" concessionnaire Ford, au 23 de l'Avenue Van Cutsem, qui présente "l'atelier de réparation le plus moderne de Belgique", "l'armurerie Hauvarlet-Deghin" au 1 de la rue de l'Yser , la "New-Sports House Charles Duhaubois" au 13 de la rue du Cygne, la "Maison Smets", spécialiste du piano, fondée en 1880, à la rue Royale, la "Maison Waroquier", 30 rue de Pont, capsules et cires à bouteille.

(S.T. mai 2015)

30/12/2014

Tournai : et si un vent d'optimisme soufflait enfin (3)

tournai,grand-place,chantierLes reproches objectifs et subjectifs.

Troisième volet de cet article consacré à la vision que porte l'habitant de Tournai sur sa ville, exercice périlleux car cela demande de faire abstraction de ses propres interrogations et tenter de rester le plus neutre possible. Il faut restituer les remarques entendues sans prendre parti. L'Optimiste a toujours affirmé que pour être crédible, il fallait regarder le quotidien par le petit bout de la lorgnette, oublier un instant l'amour pour sa cité natale et partir à sa découverte avec le regard du visiteur qui fait sa connaissance.

Un melting-pot des critiques quotidiennes.

Il est impossible de relater toutes les critiques régulièrement entendues. On dirait qu'à notre époque pour ne pas se dissocier des autres, pour se couler dans la masse, il est de bon ton d'émettre des critiques et surtout de ne pas s'enthousiasmer sous peine d'être pris pour un naïf qui rame à contre-courant. On semble être à l'ère du "malcontent". Quelle que puisse être la décision qu'on prenne, on ne s'attirera que rarement un sentiment de sympathie ou de compréhension. Si rien n'est fait, les critiques pleuvent, si quelque chose est entrepris, ce n'est jamais bien fait !

Voici quelques exemples : 

"La Grand-Place a été totalement ratée" !

Cette remarque est faite par ceux qui y passent régulièrement. Ils ont totalement raison.

Il est vrai qu'avec ses pavés qui jouent le grand air de castagnettes au passage des véhicules, le tableau pourrait déjà paraître surréaliste, mais c'est bien plus grave encore quand, piéton, on s'y tord les pieds tout en risquant la fracture.

Avant de jeter la pierre (ou le pavé déchaussé) à quiconque, il faut néanmoins se pencher sur l'historique de ce dossier :

La majorité alors en place avait promis, voici une douzaine d'années, de rénover le forum tournaisien et de lui donner une image plus conviviale, plus en phase avec le troisième millénaire. A l'instar de Bruges, de Bruxelles ou de grandes villes touristiques étrangères, vidées de leurs voitures ventouses et dépolluées de leurs envahissantes automobiles, la ville des cinq clochers voulait se doter d'une agora entièrement piétonne où il ferait bon flâner en admirant la cathédrale, le beffroi, la Halle-aux-Draps, les façades des immeubles et en s'asseyant quelques instants à une des nombreuses terrasses afin de goûter un peu de repos en dégustant à un breuvage local. Que voilà une vision idyllique, digne des dépliants touristiques ! Dans un souci de judicieuse économie, on avait même décidé d'utiliser les pavés déjà en place, sciés en deux et replacés pour obtenir une surface bien plane. On aurait pu s'enthousiasmer pour ce projet mais le Tournaisien est ainsi fait qu'il ne croit pas à ce qu'on lui promet, il se méfie du bouleversement de ses habitudes. Tout changement provoque chez lui un mal-être, une peur panique ! Est-il autiste ?

Les commerçants qui la ceinturent y ont vu le spectre de la faillite, leur crédo était invariable : "Pas de voiture : pas de client, pas de voiture : mort du commerce". 

Avant même la réalisation, l'édilité d'alors qui souhaitait avant tout ne pas se mettre les mécontents à dos a aménagé le projet créant, in fine, une liaison entre la rue des Maux et le beffroi avec une boucle desservant la rue de l'Yser et la rue des Orfèvres ainsi qu'une zone de stationnement en face de l'église Saint-Quentin. Le projet initial était déjà totalement dénaturé.

Cependant, en soi, l'idée n'était pas si mauvaise, tout projet peut être amélioré après consultation avec les usagers à condition d'analyser, en profondeur, les implications provoquées par le nouvel aménagement. Il eut été judicieux de doter les voies de circulation automobile de vrais pavés comme cela fut fait par la suite à la place de Lille où l'expérience s'était révélée tout aussi inappropriée. Un pavé scié n'est pas suffisamment ancré dans le sol et ne peut rester en place lors du passage de véhicules, fussent-ils légers !  

En pratiquant la politique de l'autruche, en autorisant les voitures, ensuite les bus et même les cars de touristes en plus des camions de livraison, l'édilité ne voyait pas ou ne voulait pas voir qu'on allait, immanquablement, courir à la catastrophe, ce qui advint très rapidement après la fin du chantier. De plus, pour éviter une circulation anarchique, il a fallu canaliser le passage des véhicules par le placement de rangées de potelets peu esthétiques, régulièrement accrochés par des chauffeurs distraits ou roulant sous influence, des poteaux presque quotidiennement renversés donnant une image de marque déplorable de ce qui devait être l'écrin tournaisien.  

Voilà pourquoi la Grand-Place est dans cet état !

Désormais, les dimanches d'été, les jours fériés ou lors de festivités, une partie de la voirie est  quand même interdite à la circulation en raison du nombre de visiteurs qui déambulent sur le forum ou occupent des terrasses dix fois plus étendues qu'avant la rénovation. Comprenne qui pourra !

"Il fait sale à Tournai !".

Ce ne sont pas uniquement les Tournaisiens qui le disent mais également ceux qui visitent notre ville. Mégots de cigarettes, papiers gras, cannettes et déjections canines sont visées par cette remarque mais aussi les tags sur certaines façades.

L'édilité fait son possible et le travail de ceux qu'on appelle les "petits hommes verts" du service de propreté publique ne peut être qu'apprécié. Hélas, en remplissant leur charrette de déchets, ces braves gens semblent quotidiennement remplir le tonneau des Danaïdes. Les amendes pour incivilités ont été instaurées et commencent, trop timidement, à être appliquées.

Une ville propre et accueillante est un "must" pour le commerce local, pourquoi, dès lors, des sacs d'immondices sont-ils déposés, dans le centre-ville, dès le samedi soir pour une collecte qui n'est programmée que le lundi matin. Cette attitude désinvolte donne une mauvaise impression aux promeneurs qui parcourent nos rues, le week-end, tout en faisant le régal des rats, des chats et... des vandales. 

Si chacun d'entre nous balaie devant sa porte, la ville sera plus propre, il ne faut pas perdre de vue que la saleté appelle la saleté ! Est-ce finalement un simple question d'éducation ?

"Il y a des travaux dans toutes les rues, c'est un perpétuel chantier".

Il est vrai que les chantiers commencent à peser lourdement sur le moral des Tournaisiens.  Cela fait maintenant près d'une décennie que des travaux barrent les rues de Tournai, apportant leurs lots de boue en hiver, de poussière en été, de bruits toute l'année. Avec le temps qui passe, les Tournaisiens ont pris, peu à peu, d'autres habitudes et ont déserté le centre-ville condamnant ainsi certains petits commerces de proximité qui ont été dans l'obligation de fermer leurs portes. On ne compte plus les surfaces commerciales à remettre. La spirale est enclenchée, des vitrines vides amènent des rues peu attractives, ce qui a pour conséquence de détourner davantage les clients des commerces qui y subsistent. 

Tout le monde est conscient du problème et, en plus, la malchance s'en mêle. Une importante fuite d'eau à la place Paul Emile Janson suite à une rupture d'une canalisation, en janvier 2014, a retardé de près de dix mois le dallage de celle-ci en raison d'interminables batailles d'experts et de la légendaire lenteur judiciaire. Un effondrement de l'égouttage au pied du beffroi a nécessité la fermeture des rues des Chapeliers et de Paris pour de longs mois alors que ces rues venaient à peine d'être rénovées et ouvertes à la circulation. La faillite d'un promoteur immobilier a laissé un terrain vague à la place de l'ancien "Multiscope Palace" et du restaurant voisin, un chancre qui défigure cette voie principale qui mène de la gare à la cathédrale et qui a vu sa fréquentation réduite à une peau de chagrin. Enfin, un litige entre un promoteur privé et le Ville retarde la démolition des anciens bâtiments du Courrier de l'Escaut où doit s'élever une résidence de standing. Même le futur (???) espace Gérard Depardieu voit sa rénovation remise continuellement en question. Dans le genre blé à moudre pour les détracteurs, on ne peut pas faire beaucoup mieux.

Il y a enfin les travaux entrepris par la SWDE et Ores. Depuis longtemps des canalisations ou des câbles devaient être changés, la ville de Tournai a, une fois de plus, été le parent pauvre de ces réalisations. La communauté européenne a fixé une échéance pour le remplacement des tuyaux de plomb par du Socarex, le plomb pouvant s'avérer dangereux en vieillissant (risque de saturnisme notamment). La ville ayant été longtemps délaissée par les sociétés chargées de ce travail, celles-ci, depuis un an, mettent les bouchées doubles et ouvrent presque toutes les rues (quai Vifquin, place Gabrielle Petit, rue des Croisiers, Royale, Duquesnoy, de Monnel, Childéric, quai Saint-Brice, rue Saint-Martin, boulevards Lallaing, Bara, Léopold...) sur peu de temps engendrant un mécontentement supplémentaire.

Ces travaux ainsi que l'énorme chantier de rénovation de la cathédrale dont les clochers seront plus ou moins cachés pendant cinq longues années sont probablement à l'origine de la baisse de fréquentation des touristes enregistrée cette année (on parle de moins 10%, ce qui paraît peu).

"La disparition du Tempo Festival et le Village de Noël sur la Grand-Place ?".

Le "Tournai Tempo Festival" qui a amené, jusqu'en 2013, sur l'esplanade de l'Europe, de nombreuses vedettes de la chanson et un large public est disparu tout simplement à cause de la faillite de son organisateur, quant au "Village de Noël" sur la Grand-Place avec ses chalets et ses animations, suivant les déclarations des commerçants qui y participaient chaque année, il n'accueillait la grande foule que durant les week-ends. En semaine, les commerçants venus du Sud de la France ou d'autre pays d'Europe ne rentraient même pas dans leurs frais, certains s'y ennuyaient même profondément. Cela nous fait songer à ces Tournaisiens qui déplorent les fermetures de magasins dans leur ville et qui franchissent régulièrement la frontière ou se rendent dans une ville voisine pour effectuer la plupart de leurs achats. On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre ! "Si on n'achète pas à Tournai, on ne fait pas vivre le commerce local" comme aurait dit Monsieur de La Palisse.

Bien d'autres sujets sont évoqués.

Voici, les principaux arguments apportés par ceux qui critiquent Tournai. Il y en a d'autres comme l'insécurité, la multiplication des marginaux parfois agressifs car le plus souvent imbibés d'alcool, les bagarres nocturnes provoquées par des bandes souvent étrangères qui ont choisi notre ville pour en découdre, les cambriolages, la zone de stationnement payant de plus en plus étendue avec ces "surveillants" (trop) prompts à appliquer l'invitation à payer une "taxe" déguisée (à partir de 2015, tout l'intra-muros sera concerné par cette réglementation limitant le stationnement à deux heures). Ces problèmes ne sont pas l'apanage de l'unique ville de Tournai, la plupart des communes sont concernées par ces faits dénotant un effondrement des valeurs et la recherche de ressources nouvelles pour équilibrer les budgets communaux.

A Tournai, la presse locale fait ses choux gras de ces faits récurrents et les répercutent, jour après jour, alors que en d'autres lieux, on a décidé de ne plus les publier ou de les minimiser afin de ne pas entamer un peu plus le moral de la population. C'est un choix !

J'aurais aimé qu'un vent d'optimisme souffle à nouveau sur notre ville mais la morosité actuelle s'avère être finalement le fruit de tout ce qui a été dit précédemment : immobilisme des années cinquante, fermetures d'usines et désertification industrielle, croissance du chômage, erreurs d'appréciation dans la gestion communale, chantiers perpétuels, malchances...) tout cela est venu s'ajouter à la perception négative propre à l'individu du 21e siècle et à la perte des valeurs morales. N'était-on finalement pas plus optimiste à la fin des années quarante lorsque tout le monde "y a mis un coup" afin de reconstruire la ville, de se doter d'un cadre de vie agréable et d'oublier la tourmente qui venait d'être vécue. L'égoïsme a remplacé la solidarité !

Heureusement, il y a des associations qui œuvrent pour apporter du positif à Tournai, pour soutenir ou distraire ses habitants : La "Fondation Pasquier Grenier", les "Amis de la Citadelle", "les Amis de la cathédrale", "les Guides de Tournai", "les Amis de Tournai", "la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien", "les Filles, Celles Picardes", "l'asbl Carnaval de Tournai", "l'asbl Centre-Ville", "l'association des Commerçants", "les comités de quartiers" dont celui de Saint-Piat est probablement le plus représentatif, "l'asbl Piste aux Espoirs", les "services clubs", les "services d'entraide" ou encore la "Maison de la Culture".

Les raisons d'espérer en des jours meilleurs

Au début de la seconde guerre mondiale, Winston Churchill a dit aux Anglais : "Je vous promets du sang et des larmes". Cette phrase loin de provoquer l'effondrement du moral de la population a décuplé sa volonté de se battre, de gagner la guerre.

Il faut positiver.

Les travaux du quartier cathédral qu'on appellera bientôt le "quartier Unesco" sont dans leur phase terminale, il reste à rénover la rue du Curé Notre-Dame, une centaine de mètres, à placer l'éclairage public et à installer le mobilier urbain.

Depuis un an, le parking souterrain de la rue Perdue est opérationnel mais reste sous-exploité alors qu'il était réclamé à corps et à cris par les commerçants de la Grand-Place et les automobilistes. Constatant cette situation, est-il nécessaire, dans cette période de vaches maigres sur le plan des finances communales, d'encore aller en construire un second sous le parc communal ? Ce serait considéré comme de la mégalomanie ! Il y a mieux à faire avec l'argent consacré à ce projet !

Les travaux de rénovation de la cathédrale progressent, le résultat obtenu sur la nef romane laisse augurer ce que seront les cinq clochers dans trois ou quatre ans.

Bientôt, on évoquera le projet "Smart City" qui doit projeter Tournai dans le futur, organiser une quatrième révolution industrielle. Celui-ci permettra à la "capitale de Wallonie picarde" de rayonner au-delà de son territoire, de se positionner positivement au sein de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Une innovation qui offrira des infrastructures d'accueil, de développement et d'accompagnement, qui garantira une formation de haut niveau et créera les conditions de développement au travers de l'innovation.

Pour en savoir plus : https://www.youtube.com/watch?v=U4ox7cLeJEk.

On oublie trop souvent qu'un enseignement de qualité au niveau fondamental, secondaire et dans les hautes écoles amène à Tournai des milliers d'élèves et d'étudiants régionaux mais aussi étrangers. Il y a du potentiel pour redémarrer ! Encore faut-il vouloir cette transformation et dire comme Freddy Toutgaux "ça va d'aller" plutôt que baisser les bras en prononçant le "bof" des défaitistes.

Tournai est une ville de deux mille ans d'Histoire, une ville qui a connu la splendeur, une ville qui s'est battue pour survivre dans une Wallonie qui l'a souvent snobée, une cité qui a su garder son identité, c'est la ville de Childéric et Clovis, de Christine de Lalaing, de Rogier de le Pasture, de Barthélémy Dumortier, de Louis Gallait, de Gabrielle Petit et de bien d'autres qui lui conférèrent des lettres de noblesse. L'esprit défaitiste du XXIe siècle ne doit pas détricoter tous ces acquis.  

S.T. décembre 2014

 

13:44 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, grand-place, chantier |