18/02/2008

Tournai : la grande Brasserie du Lion

Il y a tout juste quarante ans, la "Grande Brasserie du Lion" arrêtait définitivement sa production. C'était, avec la firme Dubuisson, l'une des dernières brasseries en activité à l'ombre des cinq clochers. Ainsi se terminait l'épopée d'une famille de brasseurs tournaisiens, les Spreux, entamée 150 ans plus tôt.

Pierre Joseph Spreux est, en effet, né à Tournai le 14 septembre 1778. Après avoir épousé Marie Rose Dumonceau, il installe une brasserie dans le quartier Saint Jacques, plus précisément à la rue des Corriers. Rapidement la bière qu'il produit fait sa renommée. Son fils, Pétrus Spreux, né le 6 juin 1812 épouse Pauline Crombé, il habite au quai des Salines et poursuit les activités de son père décédé en 1835. A la brasserie, il adjoint, dans un bâtiment voisin, une malterie. En 1854, son épouse donne naissance à un fils, prénommé Pierre. A l'âge de 32 ans, en 1886, ce dernier épousera Adèle Leclercq. Il travaille avec son père Pétrus dans la brasserie familiale alors appelée "Brasserie Saint Hubert". Pierre Spreux décide de créer une petite distillerie qu'il baptise du nom de "Chat botté".

En 1912, on assiste à un rapprochement entre la brasserie Saint Hubert, désormais dirigée par Pierre Spreux et la "brasserie de l'Etoile", propriété de Léon Lecroart. Les deux brasseurs décident en effet de mettre leurs avoirs en commun et c'est à ce moment que naît "la Grande Brasserie du Lion, brasserie Léon Lecroart et Pierre Spreux réunies".La nouvelle entité possède 34 estaminets apportés par Pierre Spreux et son épouse et 30 estaminets apportés par Mr. Lecroart. Immédiatement, les deux administrateurs-délégués vont absorber la brasserie Saint Nicolas, installée à la rue du Désert, propriété de Vanderghote et Cie. Au passage, la Grande Brasserie du Lion s'enrichit de quelques estaminets supplémentaires. Eclate alors la guerre 1914-1918, la brasserie est réquisitionnée par l'occupant allemand et sa production est prioritairement destinée au ravitaillement des troupes du Kaiser. Deux ans après l'armistice, Pierre Spreux, alors âgé de 66 ans, cède son mandat à son fils Jacques, né le 18 septembre 1888. Celui-ci possède un diplôme d'ingénieur-brasseur et chimiste décroché dans le réputé Institut des Industries de Fermentation de Gand en 1908.

Alors qu'il avait déjà été nommé directeur en 1912, il succède ainsi définitivement à son père comme administrateur-délégué en 1920. Un an plus tard, un riche industriel tournaisien, Gaston Horlait, qu'on connaîtra comme mécène du club de football de l'Union de Tournai, s'associe à Jacques Spreux et devient le principal actionnaire de la Grande Brasserie du Lion. A cette époque, il ne reste que huit brasseries en activité à Tournai sur les vingt que comptait la ville avant la première guerre mondiale. En 1922, cinq de ses brasseries vont être absorbées par la Grande Brasserie du Lion, la brasserie de l'Aigle (rue des Campeaux), la brasserie Leman-Delrue (rue du Viaduc), la brasserie Crombé Frères (rue Saint Brice), la Grande Brasserie Tournaisienne de A Vannieuwenhuys-Payen (rue des Clairisses), la brasserie de l'Hôtellerie, de Georges Cousine à Froyennes. La brasserie Lannoy-Dupont de Menin viendra les rejoindre rapidement. Dix ans plus tard, en 1932, Gaston Horlait, propriétaire de la brasserie de Ligne (près d'Ath) amène celle-ci dans le giron du groupe brassicole tournaisien.

En mai 1940 survient le second conflit mondial et les activités de la brasserie tournaisienne vont être gravement hypothéquées car plus d'une centaine d'immeubles, cafés ou restaurants, lui appartenant sont rasés ou gravement endommagés. La flotte de véhicules a totalement disparu. A la libération, pour relancer l'activité, la Grande Brasserie du Lion propose une augmentation du capital qui sera entièrement souscrite par la Société Générale de Belgique (le grand holding financier). Celle-ci permettra d'acheter du nouveau matériel et de nouveaux véhicules. En 1948, Gaston Horlait décède, Jacques Spreux devient alors Président et confie le poste d'administrateur à Jean Horlait, le fils de son associé. Dans les années cinquante, on peut voir lors des journées des Quatre Cortèges, l'imposante flotte de véhicules (aux couleurs de la ville, le rouge et le blanc) défiler, au sein de la caravane publicitaire, du petit véhicule du représentant au gros camions remplis de tonneaux rutilants. Jacques Spreux est désormais septuagénaire, il tarde à investir pour apporter la modernité à la brasserie, vivant sur le prestige passé.

En 1964, la brasserie de l'Aigle sort du groupe est absorbée par la brasserie de Haecht. Un an plus tard, les actionnaires, constatant les importantes pertes enregistrées lors des derniers exercices comptables, décident de céder la totalité des parts au puissant groupe Piedboeuf à Jupille et aux eaux de Chaudfontaine. Si l'activité se poursuit encore quelques temps, la brasserie du Lion cesse défintivement ses activités en 1968. Jacques Spreux n'assistera pas à cette disparition, il est mort quelques mois auparavant en juillet 1967. Une entreprise tournaisienne de 160 années d'existence venait de disparaître, elle vit peut-être encore à travers du géant brassicole Inbev qui a succédé depuis au groupe Piedboeuf.

27/06/2007

Tournai : le faubourg Saint Martin (2)

La Royale Union Sportive Tournaisienne

Notre visite du faubourg Saint-Martin s'annonce passionnante, car celui-ci est riche en témoignages du passé.

Au départ de l'église Notre-Dame Auxiliatrice, revenons vers la ville par la chaussée de Willemeau. La première rue qui s'offre à nous, à droite, est la rue du Général Piron, du nom du chef de la brigade belge qui entra la première en Belgique par Rongy et participa à la libération de Bruxelles en septembre 1944.

La rue des Sports qui relie la rue du Général Piron à la rue de la Citadelle est ainsi nommée car s'y trouvaient jusqu'en 2004, les installations de la Royale Union Sportive Tournaisienne, aujourd'hui fusionnée avec l'autre club tournaisien, rival d'alors, le Racing Club pour former le Football Club Tournai.

La R.U.S.T est née le 17 avril 1903 du rapprochement du "Student Club" et de "l'Athlétic Club". Le club occupa les terrains des hôpitaux sur lesquels d'importants travaux ont été entrepris en 1924 par la construction d'une tribune pouvant accueillir 500 personnes, de vestiaires pour joueurs et arbitres et d'un secrétariat. L'Union de Tournai ce n'était pas seulement un club de football mais également un club d'athlétisme, de basket ball et destiné aux "arts d'agrément", terme utilisé à l'époque de sa fondation. Les heures de gloire furent atteintes en 1951 lorsque le club de footballe fut champion de Division I (actuelle division II) accédant à la Division d'Honneur où il ne resta malheureusement qu'une saison (1951-1952) et lors de la saison 1967-1968 où, en coupe de Belgique, le club élimina Chièvres, Pamel, le Racing de Gand, Seraing avant de recevoir la prestigieuse formation du Lierse SK où évoluaient des joueurs tels Olieslagers, Baeten ou Zorgvliet..

L'Union produisit des joueurs qui émigrèrent vers des cercles plus huppés tels Jean Marie Van Laecke parti, dans les années cinquante, faire les beaux jours de Charleroi, Claude Carbonnelle (KV Kortrijk), Didier Quain (KV Kortrijk, Liège, Visé) et Jules Bocande (Seraing, PSG). La direction des joueurs fut confiée à des entraîneurs de qualité tels le suisse Louis Maurer, l'anderlechtois Georges Van Calenbergh, les français Georges Derousseaux et plus tard Patrice Mayet, l'ancien international Erwin Vandendaele mais aussi Gildo Foda, les montois Herman Delépine ou Jacques Urbain et les enfants du pays Marcel Rouneau ou Richard Cornil. Quelques années avant de fusionner en un seul cub tournaisien, le vieux club Rouge et Vert avait déjà réalisé pareille opération avec le sporting Club de Pecq, cher à Mauro Tognelli qui en était devenu le dernier Président succédant à René lefebvre, Léopold Bourlet, Willy Marquette et Pierre Thieffry

Depuis longtemps déjà le club d'athlétisme a émigré au stade d'Antoing pour donner naissance à la RUSTA. Le stade Horlait, du nom de ce mécène tournaisien, ensuite rebaptisé stade Magdeleine Lefebvre a fermé ses portes définitivement à la fin de la saison 2004. Rasé, il cède sa place pour l'agrandissement du complexe hospitalier tournaisien, le CHWApi (Centre Hospitalier de Wallonie picarde) et à son pôle "Mère-Enfant". L'ancien hôpital Civil de Tournai a été intégré au Centre Hospitalier Régional et ses bâtiments du boulevard Lalaing ont été agrandis par une importante extension vers la rue des Sports.

Un peu plus loin que l'ancien stade, sur la droite cette fois, on peut encore voir les imposants bâtiments de l'hopital militaire "Quartier Major Médecin de Bongnies". Inoccupés depuis de nombreuses années, les travaux de rénovation ont été réalisés à partir de l'année 2007, le bâtiment principal à front de rue a été conservé et aménagé afin d'accueillir des bureaux de petites et moyennes entreprises. Fort à l'étroit dans ses murs actuels en ville, le Centre Public d'Aide Sociale (CPAS) a fait ériger un nouveau bâtiment occupé à partir de 2012, la remarquable chapelle, elle aussi, sauvegardée deviendra le logement d'un particulier, le vaste parc a permis la création d'immeubles à appartements. Une crèche communale, le "Clos des Poussins", a été aménagée dans des bâtiments annexes, voici déjà quelques années.