13/02/2012

Tournai : de Manet à Dürer

Je me rappelle que, visitant il y a quelques années le musée d'Orsay à Paris, je fus étonné d'entendre la jeune personne qui nous servait de guide, nous présenter la collection des tableaux d'Edouard Manet. En la décrivant comme étant la presque totalité de son oeuvre, elle nous désigna "le Déjeuner sur l'herbe", "Olympia", "le Fifre", "Le Balcon" ou encore "le portrait de Mallarmé". Elle évoqua également la présence de l'un ou l'autre tableau de ce peintre au sein de musées prestigieux tel la National Gallery de Londres. Modestement, je lui fis remarquer que deux oeuvres également très connues de ce peintre, père de l'impressionnisme et de l'art moderne, se trouvaient au Musée des Beaux-Arts de Tournai : "Argenteuil" et "Chez le Père Lathuile". Avait-elle un jour entendu parler de la cité des cinq clochers ? J'en doute car elle me lança ce regard qu'ont, très souvent, les Parisiens à l'égard des provinciaux qui viennent contrarier leurs déclarations ou ébranler leurs certitudes.

N'en déplaise à cette jeune dame, au demeurant sympathique, le Musée des Beaux Arts de Tournai, inauguré le 17 juin 1928, oeuvre de l'architecte Victor Horta, compte lui aussi des trésors de peintures et de sculptures issus, en majorité, de la collection Van Cutsem léguée par ce mécène bruxellois à la ville de Tournai.

Le conservateur actuel, Mr. Jean Pierre Derycke, a souhaité mettre en évidence, non seulement les tableaux accrochés aux cimaises depuis toujours mais également quelques oeuvres à découvrir tels ces croquis de Toulouse-Lautrec, petits dessins figurant au dos de tableaux, remarqués tout à fait fortuitement. 

"101 chefs-d'oeuvre de Manet à Dürer" est une exposition qui vient d'être inaugurée le vendredi 10 février.

C'est une occasion unique d'attirer dans le temple tournaisien dédié à l'Art, les habitants de la cité scaldéenne qui n'ont, jusqu'à présent, vu du musée que la façade et la statue, "l'ode au soleil", de Georges Grard en se rendant à l'Hôtel de Ville voisin. C'est une présentation originale qui permettra aux habitués de rédécouvrir des oeuvres montrées dans une scénographie inhabituelle, c'est aussi une façon de retenir l'attention d'amateurs de peintures belges ou étrangers pour lesquels le Musée des Beaux Arts, un des plus prestigieux du Royaume, est encore méconnu.

Des oeuvres d'Edouard Manet (1832-1883), Claude Monet (1840-1926), Georges Seurat (1859-1891), Gustave Courbet (1819-1877), Vincent Van Gogh (1853-1890), Henri Fantin-Latour (1836-1904), Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), James Ensor (1860-1949), Eugène Delacroix (1788-1853), sans oublier celles du peintre tournaisien romantique Louis Gallait, côtoyent les Rubens, Rogier de la Pasture (Van der Weyden), Breughel, Jordaens et Robert Campin. 

Ce panel, représentant environ 3% de la riche collection du musée tournaisien, est accessible jusqu'au 11 juin 2012, mais il faut tenir compte que le musée est fermé le dimanche matin et le mardi toute la journée. Pour beaucoup d'entre nous, un musée reste bien souvent un lieu austère, réservé à une élite. Il est grand temps de vaincre ce préjugé ! La preuve, les visiteurs qui franchiront les portes, durant la première semaine, seront accueillis par un décor où éclateront les  compositions florales, oeuvre de l'associaltion BFAS et d'un maître-fleuriste tournaisien. 

22/12/2007

Tournai : le Musée des Beaux Arts

En 2008, le Musée des Beaux Arts de Tournai, situé à l'Enclos Saint Martin, à deux pas de l'Hôtel de Ville, a soufflé ses quatre-vingt bougies. Pourtant son histoire a commencé bien avant 1928, année de son inauguration.

C'est en effet en 1903 qu'un mécène bruxellois, Henri Van Cutsem, ami du peintre tournaisien Louis Pion, offrit à la ville de Tournai non seulement sa prestigieuse collection de peintures mais également une importante somme d'argent destinée à bâtir un nouveau musée. La ville de Bruxelles avait fait la fine bouche pour accepter ce don. Les plans du musée furent confiés à Victor Horta qui élabora un bâtiment répondant, dans sa disposition et son éclairage, aux exigences de la muséographie du XXe siècle.

Le musée des Beaux Arts de Tournai a été inauguré le 17 juin 1928. La collection Van Cutsem vint donc s'ajouter aux nombreuses peintures anciennes que possédait la Ville. On peut y découvrir des oeuvres des "primitifs", Robert Campin, Roger de la Pasture, Breughel, celles de maîtres des XVIIe et XVIIIe siècle tels Rubens, Jordaens, Watteau et Piat Sauvage. Les impressionnistes sont présents grâce aux tableaux de Monet, Seurat, Van Gogh mais aussi avec deux oeuvres maîtresses "Argenteuil" et "Chez le Père Lathuile" d'Edouard Manet.

Les artistes tournaisiens trouvent tout naturellement place aux cimaises (Louis Pion, Roméo Dumoulin, Leroy). Louis Gallait, le grand peintre romantique tournaisien est présent avec ses tableaux monumentaux dont "la Peste à Tournai", "les Têtes Coupées" ou le "Sacre de Charles Quint".

Dès l'entrée du musée, on est accueilli par une sculpture de Georges Grard intitulée "l'Ode au Soleil". Louis Pion, Serge le Bailly de Thilleghem ont été des conservateurs bénévoles, attentifs et attentionnés des richesses du musée, désormais la ville a opté pour un conservateur professionnel, le premier de l'histoire des musées tournaisiens. Celui-ci devra continuer l'oeuvre entamée par ses prédécesseurs mais probablement aussi entamer un combat pour faire prendre conscience aux responsables qu'un musée doit être l'objet d'un suivi régulier et faire entreprendre des travaux de rénovation nécessaires (hygrométrie, climatisation) afin d'éviter que ses véritables trésors ne souffrent de l'usure du temps (celui qui passe et celui qu'il fait), ennemi des toiles qu'il détend et décontracte au gré des caprices de la météo, craquant la peinture et laissant des cicatrices indélébiles. Encore un musée dont la visite d'impose aux connaisseurs, amateurs de peintures ou de sculpture, aux amoureux de l'Art...