07/09/2016

Tournai : un week-end festif !

Quand le religieux se mêle au profane. 

Les amateurs de folklore en Wallonie Picarde sont vernis, n'ayons pas peur de le proclamer. Attachée à son histoire, cette région présente une diversité de rendez-vous annuels. A moins de cinquante kilomètres à la ronde, ils nous est donné d'assister à de nombreux événements dont certains sont repris au patrimoine de l'Unesco. 

Mons, sa procession de Car d'Or et son combat dit Lumeçon (à la Trinité), Ellezelles et son sabbat des sorcières (fin juin), Ath, son mariage de Gouyasse et son cortège des géants (le dernier week-end d'août), Lessines et son Festin (le premier week-end de septembre), Dottignies et sa fête de la Main (le troisième week-end de septembre), Mouscron et son cortège des Hurlus (le premier week-end d'octobre octobre), Comines et la fête des louches (le second week-end d'octobre), autant d'occasions de se retremper dans cette atmosphère si particulière inscrite dans la mémoire collective des habitants d'une région. 

Ce deuxième week-end de septembre, c'est la ville de Tournai qui est à l'honneur, pour la première fois deux grandes manifestations ont été rassemblées sur la même journée : la procession historique et le cortège des Géants.

Le samedi 10 septembre :

C'est le début de ce week-end appelé : les 400 cloches !

Les festivités débuteront à... Velaines, ce samedi à 7h du matin, par les premiers pas, la naissance du Grand Sonneur et un solide petit déjeuner si nécessaire pour tenir durant une longue journée. A 8h30, départ, par monts et par vaux, de la Grande Marche en direction de la cité des cinq clochers. 

A 16h00, celle-ci sera accueillie en la rue Perdue à Tournai, comme il se doit, à l'angle de la rue des Cloches par le "Grand Raffut". La Grande Marche rejoindra alors la Grand-Place.

Sur le forum tournaisien, une cloche sera remise à Christine de Lalaing par le Grand Sonneur qui n'hésitera pas à faire un câlin à l'héroïne tournaisienne. La Royale Harmonie communale des Sapeurs Pompiers animera, en musique, ce premier moment d'un week-end très riche.

A 18h, en la cathédrale Notre-Dame, sera célébré l'office pontifical par Monseigneur Guy Harpigny, Evêque de Tournai, réhaussé par les chants de la Maîtrise. 

A la fin de celui-ci, à partir du beffroi, le Grand Sonneur, les Géants tournaisiens, les corporations et les autorités communales s'en iront vers la place de l'Evêché remettre les clés de la Ville à l'autorité ecclésiastique alors que Marie-Pontoise et les cloches de la cathédrale entameront leur chant puissant auquel répondra, depuis son beffroi, l'Bancloque. 

A 20h, au Vieux Marché au Poteries se tiendra le "Bal des Géants" avec l'orchestre musette du "Beau Milo", un merveilleux voyage musical dans le Paris des années 1910 à 1950, période durant laquelle le swing manouche a acquis ses lettres de noblesse, des danseurs entraîneront le public qui ne sera pas longtemps hésitant.

Le dimanche 11 septembre :

C'est une journée bien remplie.

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A 10h, sortie de la Grande Procession historique. Il s'agit de la 924e édition de cette commémoration religieuse établie, en 1090, par l'évêque de Noyon-Tournai, Radbod, afin d'implorer Notre-Dame de mettre fin à l'épidémie de peste (ergotisme du seigle) qui sévissait dans le Tournaisis, la Flandre et le Brabant depuis deux ans et avait fait des milliers de morts.

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Près de 1.000 participants composeront les septante groupes qui présenteront les statues vénérées à Tournai, les reliquaires, les châsses ou autres croix processionnelles.  

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A 12h30, retour de la Procession à la cathédrale.

C'est à ce moment que le religieux transmet le flambeau au profane pour continuer à animer les rues de la cité.

A 13h30, à la place de l'Evêché, Mgr Harpigny remet les clés au bourgmestre Rudy Demotte. Les autorités communales se rendent au pied du beffroi pour transmettre les clés de la ville aux Amis de Tournai qui ont alors mission de la divertir. 

De 14h30 à 16h30, sur la Grand-Place, concerts par l'Harmonie de Gaurain-Ramecroix, l'Harmonie de Templeuve et danses par le groupe Renaissance.

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A 15h00, départ du cortège des Géants, des musiques et chars fleuris à la place Crombez. Celui-ci par la rue Royale, le pont Notre-Dame, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, la rue du Curé Notre-Dame, la rue des Courtrai, les Quatre Coins Saint-Jacques, la rue Tête d'Argent, la rue Perdue et la rue des Maux rejoindra le forum vers 16h30. Après le passage des chars fleuris, on assistera à la traditionnelle remise des fleurs au public. 

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A 18h, "le Coup du Dragon", une création de Mr. Zo, réalisateur tournaisien bien connu en Belgique et à l'étranger, et des Facteurs d'amour, une grande surprise qui devrait ravir le public. Cet évènement sera suivi du "Serment d'el Bancloque" au pied du beffroi qui mettra fin aux festivités tournaisiennes de ce second week-end de septembre. 

Lundi 13 septembre :

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Dans les rues de la ville, c'est la "Grande Braderie" annuelle des Commerçants. Dès le lever du jour, bonimenteurs, camelots et chineurs occuperont le pavé de la cité, les uns pour vendre une marchandise vraiment "exceptionnelle" (sic), les autres pour réaliser la bonne affaire. Sur l'heure de midi et en soirée, les cafés et restaurants seront, comme chaque année, pris d'assaut et bien souvent, le "moules-frites" accompagné d'une bonne pinte sera le roi de la table. 

S.T. septembre 2016.

18/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (4)

Troisième balade en Wallonie picarde, vers le Pays Vert.

Nous voici déjà au rendez-vous de notre troisième escapade à la découverte de la Wallonie picarde. Au départ de la cité des cinq clochers, nous allons emprunter la Nationale 7 (bien différente de celle chantée par Charles Trenet). Après vingt kilomètres, nous la quitterons pour entrer dans la première ville que nous visiterons.

Leuze-en-Hainaut, aussi appelée "la cité bonnetière" en raison de l'activité textile qui s'y développa jadis mais qui est aujourd'hui presque disparue, portait, en langue latine, le nom de Lutosus qui désigne un endroit marécageux. La ville s'étend sur 73,5 km2 et compte un peu plus de 13.500 habitants. Depuis la fusion des communes intervenue en 1976, elle regoupe les villages de Chapelle à Oie, Chapelle à Wattine, Blicquy, Gallaix, Grandmetz, Pipaix, Thieulain et Willaupuis. 

Au coeur de la cité, on visitera la collègiale Saint-Pierre, érigée en 1745 et aussi un endroit extraordinaire pour les passionnés d'automobiles, le Musée Mahymobile, créé en 1997 dans les bâtiments d'une ancienne bonneterie. Celui-ci totalise plus d'un millier de véhicules de toutes les époques retraçant l'histoire de l'automobile du début du XXe siècle à nos jours. On peut aussi y découvrir une salle réservée à des collections de miniatures.

La ville de Leuze-en-Hainaut est jumelée avec celles de Loudun en France, Carencro aux USA et Ouagadougou au Burkina Faso.

Un autre musée nous attend dans le village de Pipaix, le Musée des 18 jours commémore les évènements de la seconde guerre mondiale et les hauts faits de la résistance dans la région.

Les connaisseurs du breuvage national qu'est la bière connaissent les brasseries leuzoises : la brasserie Dubuisson à Pipaix qui brasse notamment la Bush, la brasserie Dupont à Tourpes, créatrice de la Moinette et de la Saison-Dupont et la Brasserie à vapeur à Pipaix qui produit la Saison de Pipaix, la Vapeur en folie et même la Vapeur...cochonne ! Toutes ces bières sont à déguster avec modération !

Comme nous n'avons pas abusé de la dive bouteille, nous pouvons reprendre la Nationale 7 et nous diriger à une dizaine de kilomètres plus au Nord pour parvenir à Ath, "la cité des Géants", aussi dénommée la "capitale du Pays Vert". La ville, située sur la Dendre, et les communes fusionnées en 1976, occupent 127 km2 et comptent environ 28.600 habitants. Depuis le 1er janvier 1977, Ath regroupe donc Arbre, Bouvignies, Gibecq, Ghislenghien, Houtaing, Irchonwelz, Isières, Lanquesaint, Ligne, Maffle, Mainvault, Meslin l'Evêque, Ormeignies, Ostiches, Rebaix, Villers Notre-Dame et Villers Saint-Amand. 

Notre promenade en ville nous amènera au pied de la Tour Burbant, donjon anglo-normand du XIIe siècle, bâtiment carré de 14 mètres de côté dont les murs ont une épaisseur approximative de 4 mètres. On peut y voir les vestiges de l'enceinte communale du XIVe siècle. Sur la Grand'Place, l'Hôtel de Ville date du XVIIe siècle, pas bien loin, l'église Saint-Julien, consacrée au début du XVIe siècle fut détruite par un incendie en 1817, elle a été reconstruite, quelques années plus tard, sur des plans de l'architecte athois Gabriel François Florent. 

Chaque année les Athois vivent au rythme de "leur" ducasse, évènement folklorique inscrit au patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Celui-ci se déroule entre le 4e dimanche du mois d'août et le 8 septembre. Les points d'orgue sont le mariage de Mr et Mme Goliath (Gouyasse en athois), lors de vêpres qui se déroulent, en l'église Saint-Julien, le samedi après-midi. L'union sans cesse renouvelée de ces deux géants, symboles de la cité précède le combat entre David et Goliath, devant l'hôtel de ville, moment attendu par les habitants car si le jeune berger David parvient à terrasser le géant Goliath en lançant, à un mètre de distance, une balle dans la petite ouverture pratiquée dans le panier pour la vision du porteur, ce sera une année de bonheur pour la cité ! Le lendemain, des milliers de visiteurs venus de Belgique, de France mais aussi de pays lointains envahiront les rues de la ville pour assister au "cortège des Géants", ceux-ci sont portés et dansent devant une foule considérable qui jette des pièces de monnaie afin d'encourager et de remercier les porteurs de leur offrir ce moment de pur bonheur attendu depuis 365 jours ! 

Si vous participerez un jour à la ducasse d'Ath, vous ne manquerez pas de déguster la spécialité, uniquement fabriquée à cette occasion, la "tarte à masteilles" (macarons) que les vrais athois accompagnent toujours d'un verre de vin de Bourgogne.

La ducasse se temine par le Grand Prix de la ville d'Ath de balle pelote, appelé le 8 de septembre, suivi par plusieurs centaines d'amateurs de ce sport si populaire dans notre région, Chapelle à Wattine ayant eu une des meilleures équipes nationales dans le courant du XXe siècle. 

Dans les environs, de nombreux villages attirent notre attention, ils sont disséminés dans une nature verdoyante et offrent, au-delà de leurs paysages enchanteurs, quelques attraits touristiques non négligeables comme le "calvaire avec sa mise au tombeau du Christ", récemment rénové, au sommet du Mont de Mainvault, le Mausolée d'Oultremont à Houtaing de style néo-gothique flamboyant, le Moulin de la Marquise à Moulbaix, moulin à vent rénové en 2006, toujours en activité ou le Blanc Moulin d'Ostiches construit en 1789 et restauré au XXe siècle. 

A une vingtaine de kilomètres au Nord d'Ath, toujours le long de la Nationale 7, la ville d'Enghien (Edingen) ou "cité d'Arenberg" est une autre commune à facilités de notre région bordant la frontière linguistique. Elle s'étend sur une superficie de 40,6 km2 et compte un peu plus de 13.600 habitants. Elle regroupe les villages de Marcq et son hameau de Labliau et de Petit-Enghien. 

Si vous êtes adeptes de promenades, Enghien vous offre un parc de 182 hectares où se dresse la château d'Arenberg. En 1607, Charles de Ligne qui prendra par la suite le nom de Charles d'Arenberg est prince d'Arenberg et du Saint-Empire, militaire et diplomate. Le roi Henri IV lui vendra cette propriété en 1607. Depuis lors ses descendants l'ont toujours entretenue avec un souci de préserver la nature. 

Pas loin de la place, la Maison Jonathas est un ancien donjon roman qui est aujourd'hui transformé en musée, on peut notamment y découvrir les tapisseries du XVe siècle qui firent la renommée de la ville à cette époque. 

A Enghien, vous ne manquerez pas la "Foire de Jardin" qui se déroule en avril et les "Rencontres musicales internationales" qui se déroulent lors de la seconde quinzaine du mois d'août.

La commune de Petit-Enghien chevauche la frontière linguistique, elle possède une partie francophone et une autre néerlandophone. Un évènement, peut-être oublié ou méconnu des sportifs, s'y déroula, le 1er octobre 1961, un tout jeune coureur bruxellois qui n'avait jusqu'alors participé qu'à une douzaine d'épreuves, remporte celle organisée à Petit-Enghien, première victoire d'un des plus beaux palmarès du cyclisme sur route, il s'appelait...Edouard (Eddy) Merckx  !

Par l'autoroute pour gagner du temps ou par la Nationale pour musarder nous revenons à Tournai.

Voici un troisième itinéraire pour une découverte de la Wallonie picarde !

(S.T. juillet 2012)

05/06/2011

Tournai : Les Amis de Tournai, 75 ans bien fêtés !

Tout le monde vous le dira, un anniversaire, cela s'arrose ! Pour celui des Amis de Tournai qui fêtaient, ce week-end, les 75 ans de leur fondation, l'arrosage traditionnel n'était certainement pas le bienvenu même si c'était le ciel qui le leur offrait gracieusement.

Le bulletin de la météo de vendredi soir n'était pas très optimiste, il annonçait des orages, de fortes pluies, des coups de vent et même, peut-être localement, de la grêle à partir de la soirée de samedi jusqu'à la nuit de dimanche à lundi. Si les agriculteurs  régionaux se frottaient les mains en entendant ces prévisions, les Amis de Tournai, eux, faisaient grise mine.

En d'autres temps, il y aurait bien eu un Tournaisien dévoué qui serait aller porter des oeufs à Sainte-Claire au couvent du quai Taille-Pierre. Hélas, les dernières religieuses de cet ordre l'ont quitté voici quelques années et la tradition séculaire s'est perdue. Secrètement, peut-être, un Chevalier de la Tour a-t-il adressé une supplique à la sainte afin d'obtenir du ciel que Tournai soit épargné et... il a été exaucé. 

Plus d'un milliers de tournaisiens s'était donné rendez-vous sur le forum, samedi soir, pour l'ouverture des festivités de la Journée des Quatre Cortèges. A 20h30, très précisément, les militaires français du régiment d'Artillerie de Rennes, sous la direction du chef de musique J.F. Durand, faisaient leur entrée sur la Grand'Place pour un concert qui allait durer... tout juste une demi-heure. Une prestation de qualité, très belle mais... trop courte puisque le beffroi égrénait les neufs coups lorsque le groupe musical quittait la place, après un ultime rappel d'un public ravi par cette entrée en matière. Gérard Caucheteux et le groupe des Percussions de Tournai prirent le relais, vers 21h20, pour une prestation toute aussi excellente. "La danse du sabre", "le thème de la Panthère Rose" d'Henri Mancini, même "L'ours Colargol"..., les morceaux se succédèrent à un rythme endiablé qui emmena le public, de plus en plus nombreux, vers l'heure du feu d'artifice offert à la population tournaisienne par les Chevaliers de la Tour. Au cours de ce spectacle musical grandiose, qui monta lentement en puissance, les artificiers ébranlèrent-ils les cieux ? Toujours est-il qu'après un quart d'heure d'explosions de bombes aux effets multicolores, les premières, très grosses, gouttes mouillèrent le forum tournaisien. Certains demeurèrent stoïquement, d'autres se replièrent vers l'abri tout relatif des immeubles ceinturant la place tandis, qu'imperturbablement, les artificiers proposèrent un bouquet final de très grande qualité. La première journée venait de se terminer, dans les grondements du tonnerre, sous une pluie battante, qui s'arrêta de tomber après une dizaine de minutes à peine. L'effet d'une bouteille de champagne qui heurte la coque d'un navire pour son lancement ou qui souhaitait, tout simplement, magnifier l'anniversaire des Amis de Tournai.

Durant la nuit, de fréquentes et fortes averses arrosèrent, copieusement, la cité des cinq clochers laissant augurer d'un dimanche maussade, d'une journée des quatre Cortèges tombant ... à l'eau. Il n'en fut rien ! Déjouant les propos pessimistes des prévisionnistes, annonceurs de malheurs, un timide soleil tentait de percer les nuages lorsqu'à 9h30, le bourgmestre Christian Massy remettait les clés de la cité à Georges Toubeau, le grand Maître des Chevaliers de la Tour et Président des Amis de Tournai.

Que s'est-il passé alors? Nul ne le saura ! S'étaient-ils dopés nos organisateurs des festivités ? un contrôle d'EPO aurait pu être demandé ! Toujours est-il que l'imposant programme du dimanche matin comprenant le lever des drapeaux et l'exécution des hymnes nationaux par la Musique des Volontaires Pompiers tournaisiens, la prestation du "Serment d'el bancloque" par les membres de compagnie des porteurs de Géants tournaisiens, l'aubade matinale donnée par la musique militaire française et le départ du cortège folklorique des Chevaliers de la Tour et des confréries amies se déroula en deux temps, trois mouvements. Des touristes français venus de Saint-Amand-les-Eaux pour assister au cortège de la confrérie de leur ville attendaient le départ prévu à la Grand'Place à 11h30, alors qu'à 11h15, le 58e concile avait déjà débuté au Salon de la Reine de l'Hôtel de Ville.

Pendant ce temps, le soleil se montrait de plus en plus franchement, laissant espérer que les cortèges, la partie du programme attendue par les enfants et aussi leurs parents, allait pouvoir se dérouler normalement. Qu'en fut-il ? Nous le verrons dans le prochain article.

06/06/2008

Tournai en fête ce week-end !

Villes et villages connaissent des jours de réjouissance. Le Mardi-Gras à Binche, Le Doudou à Mons, les fêtes du 15 août à Liège, les Géants qui dansent à Ath le 4e dimanche d'août, le Festin à Lessines en septembre, la fête des Hurlus à Mouscron mais aussi les ducasses et les fêtes campagnardes. Ce week-end ce sont les "Amis de Tournai" qui animent la cité des cinq clochers.

Voici, en effet, revenu le temps des "Quatre Cortèges", avec un programme qui devrait ravir petits et grands. Les trois coups seront frappés samedi, dès 19h, sur la place Saint Pierre. Fanny, Alain Delorme, le chanteur du groupe "Crazy Horse", bien connu dans le Nord de la France et dans notre région au cours des années septante et les Poulycrocs, ce groupe déjanté de Lessines qui assure une ambiance du tonnerre lors de chacune de ses apparitions occuperont le podium. A la fin du concert, les spectateurs seront emmenés, en une retraite aux flambeaux, vers le Pont des Trous pour le spectaculaire feu d'artifice concocté pour la circonstance.

La nuit sera courte pour les tournaisiens puisque les festivités recommenceront le lendemain dès 9h15, lorsque Georges Toubeau, le grand maître des Amis de Tournai recevra du bourgmestre, Christian Massy, les clefs de la ville détenant ainsi le pouvoir de l'animer durant toute la journée. A 10 h, le bon millier de participants attendus à la course pédestre intitulée les "Chemins d'Europe" s'élancera vers la ville de Saint Amand les Eaux. Tournai possède aussi de nombreux géants, à 10h15, les membres de la toute jeune compagnie des porteurs de géants "le serment d'el Bancloque" prêteront serment accompagnés des sonneurs de cloches à main de Douai. A midi, le 55e concile des Chevaliers de la Tour se tiendra dans les Salons de la Reine de l'Hôtel de Ville.

A 15h, le cortège publicitaire suivi du cortège des Géants, des chars, des sociétés et fanfares parcourera les rues de la ville avant d'effectuer une parade sur la Grand'Place. Pour clôturer cette journée, un lâcher de gaufrettes de la Maison Marquette se fera à partir du beffroi à 18h30 et le "Jazz Band" du Conservatoire de Tournai se produira sur la Grand'Place dès 19H. Voilà un programme bien chargé. Mais c'est aussi "la fëêête" aux Blés d'Or, institution pour personnes handicapées adultes de Mourcourt, qui organise ce samedi après-midi son apérothème, son Barbecue géant et sa soirée dansante.

Mardi prochain, à l'affiche de la Maison de la Culture, "Orlando" le ballet créé et dansé par Xavier Gossuin et sa troupe devrait satisfaire ceux qui n'ont pas eu l'occasion de trouver une place lors des représentations précédentes. Bon week-end à tous les tournaisiens et bienvenue à ceux qui viendront nous rejoindre pour faire, avec nous, la fête !

18/11/2007

Tournai : les Géants de Tournai (5)

Nous arrivons à la fin de la présentation des "géants historiques" de Tournai, il nous reste à faire la connaissance de deux frères tournaisiens, Ludolphe (Lethalde) et Engelbert, qui participèrent à la première Croisade, en l'an 1099.

Cette affirmation est loin d'être un mythe ou une légende, l'historien Adolphe Hocquet a d'ailleurs prouvé, dans une étude parue en 1937, que c'est à ceux-ci qu'échut l'honneur de pénétrer les premiers dans Jérusalem, le 15 juillet 1099. Ils se trouvaient dans la même tour que Godefroid de Bouillon et de son frère Eustache de Boulogne. Ce fait historique est attesté par le chanoine Albert d'Aix qui prit part à la première croisade et au siège de la ville sainte. C'est donc tout à fait naturellement qu'Adolphe Delmée, dans son hymne local "les Tournaisiens sont là" déclare : "D'Jérusalem, ties qui fonc' les ferniètres, Tous les prumiers, ch'est deux infants d'Tournai" (De Jérusalem, qui enfoncent les fenêtres, les tous premiers sont deux enfants de Tournai). Notons l'anachronisme des fenêtres qui, si elles existaient en 1860, lors de la création du chant, n'étaient certainement pas connues des habitants de la ville sainte au moyen-âge.

C'est en 1934 qu'Edouard Tréhoux réalisa les deux géants jumeaux. Chaque "posture" mesure 3m50 et pèse 110 kilos. A première vue, ils semblent parfaitement identiques, toutefois, en y regardant de plus près, on constate que Lethalde ( déformation de Ludolphe ?) est totalement imberbe, alors qu'Engelbert porte une moustache; de même, leur armement les distingue : Lethalde porte un arc et un carquois contenant des flèches tandis qu'Engelbert tient une hache et est muni d'un bouclier. Leur habillement est semblable. Ils portent une imitation de cotte de mailles qui couvre le tronc et les bras et formant une cagoule sur la tête, cette dernière est protégée par un casque gris métal en forme de demi-coquille d'oeuf. Par dessus la cotte de mailles, une chasuble jaune or avec la grande croix rouge des croisés sur la poitrine, est enfilée.

Lors du cortège, les deux géants défilant ensemble sont accompagnés d'un cavalier porte-enseigne ainsi que de vingt croisés vêtus comme eux et armés d'une épée, d'une lance et d'un bouclier. Lethalde et Engelbert sont des géants portés et la démarche du porteur leur confère un air conquérant tout au long du parcours.

(sources : Lucien Jardez, ouvrage paru lors du cinquantième anniversaire des Amis de Tournai en 1986).

13:58 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, géants, lethalde, engelbert, croisés, jérusalem, hocquet, delmée |

14/11/2007

Tournai : Les Géants de Tournai (2)

Quand Edouard Tréhoux imagina doter sa ville de géants, il commença par créer celui qui symboliserait la cité. Aidé de son épouse, sous ses mains d'artiste, "Reine-Tournai", une femme souriante, aux longs cheveux blonds, au regard serein, prit peu à peu forme. Robe rouge ornée de la tour blanche, les couleurs de la ville, et grand manteau de velour bleu décoré de fleurs de lis or, ces vêtements rappelle que Tournai, cité royale, a été fidèle et loyale aux rois de France. Elle porte une couronne dorée garnie d'imitations peintes de pierres précieuses et tient, dans la main droite, un sceptre doré, surmonté d'une tour. Les bagues qu'elle arbore aux doigts évoquent l'opulence de la cité, une bague garnie d'une grande turquoise entourée de trente-deux brillants à la main droite, une autre surmontée d'une rosace de vingt-sept brillants à l'auriculaire gauche. Elle tient en main une charte déroulée sur laquelle on peut lire : "Je ramène la confiance - Régina Tornacum".

Edouard Tréhoux souhaitait que son géant sorte accompagné de pages portant perruques, chemise blanche, collants bleux et chaussures blanches, les uns vêtus d'une tunique rouge garnie de la tour blanche, les autres d'une tunique bleue ornée de fleur de lis. A l'origine, géant porté d'une hauteur de 4m30 et d'un poids de 115 kg, Reine Tournai a été dotée, par la suite, de roues placées à l'intérieur du panier. Sa première sortie date du 19 septembre 1932. Durant les deux années qui suivirent, Edouard Tréhoux développa sa collection de postures.

Ainsi naquit Childéric. Petit-fils de Clodion, chef des Francs Saliens qui prit Tournai aux Romains en 422, fils de Mérovée qui fit de Tournai la capitale du royaume franc, Childéric devint roi en 456. A sa mort, son fils Clovis fit de Tournai la première capitale d'Occident avant de quitter la cité de ses pères pour épouser Clotilde à Reims et s'établir à Lutèce, petite cité des bords de Seine qui prendra le nom de Paris. Childéric dont on retrouva le tombeau au pied de l'église Saint Brice en 1653 et dont le trésor a été transféré à Paris est un souverain vénéré qui donna à Tournai, le titre de cité royale.

Le géant mesure 4m30 pèse 130 kg. Un visage à la longue moustache tombante, une perruque blonde aux cheveux courts à l'arrière mais avec deux longues tresses tombant sur les épaules, un casque de cuivre avec ailes en bois dorés sertis de pierres précieuses, du regard il semble défier un ennemi aperçu au loin. Vêtu à la mode franque, d'un corsage en peau de blaireau, d'une jupe jaune recouvrant le panier, d'un manteau de velours bordeaux constellés des célèbres abeilles d'or (répliques de celles trouvées dans son tombeau), armé d'un bouclier et d'une épée dans son fourreau, il défile fièrement à la tête de sa vingtaine de guerriers, ceux-ci portent une peau de bête sur une tunique avec ceinture de cuir, des collants violets, des savates à large lacets qui remontent entrecroisés jusqu'en haut des cuisses. Les guerriers portent perruques et moustaches et sont armés de lances, de haches et boucliers ronds. Le géant est précédé par un cavalier porte-enseigne. Lentement, nous vous reconstituons le cortège folklorique tel que l'avait rêvé Edouard Tréhoux.

(sources : Lucien jardez ouvrage ur les génats de Tournai et leurs suites)

14:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, géants, reine tournai, childeric, edouard tréhoux |

13/11/2007

Tournai : Les Géants de Tournai (1)

De l'Espagne au Nord de l'Europe, le folklore de nombreuses villes a donné naissance à des personnages fabuleux : les Géants. Ils sont présents en Galice, dans le Nord de la France, en Belgique... Ils s'appellent Gayant à Douai, Gouyasse à Ath, Jan Turpyn à Nieupoort, ils ont leur jour de gloire, leur cortège, ils déambulent joyeusement et dansent parfois dans les rues de leur cité sous les acclamations d'une foule qui a pour eux les yeux de Chimène.

Même si les géants de Tournai n'ont pas la renommée internationale de leurs voisins d'Ath inscrits au Patrimoine mondial, leurs sorties dans la cité aux cinq clochers ne laissent aucun véritable Tournaisien indifférent. Comparativement aux géants de la capitale du Pays Vert, ils sont beaucoup plus jeunes, l'ainé ne comptant que 75 printemps...

On peut d'ailleurs rêver pour le premier d'un faire-part de naissance : "Mr et Mme Edouard Tréhoux-Mory, demeurant au 23 de la rue des Puits l'Eau (Au siècle de Louis XIV, l'enseigne du magasin), sont heureux de vous annoncer la naissance de "Reine Tournay". L'enfant mesure 4m30 et pèse 115 kg, il a vu le jour en cette année 1932 et fera sa première sortie en notre bonne ville le 19 septembre".

Edouard Tréhoux est né à Tournai le 20 septembre 1878. Il accomplira ses études en ébénisterie d'art à l'Académie des Beaux Arts et à l'Ecole Saint Luc. A 22 ans, il ouvre son atelier au n° 19 de la rue des Jésuites. En 1907, en la Halle-aux-Draps, il participe à l'Exposition industrielle et artistique et y expose des meubles de style Louis XV. En 1912, il achète l'immeuble sis au 23 de la rue des Puits l'Eau et un an plus tard, épouse Marie Mory, née en 1877. En 1930, Edouard Tréhoux participe au Salon d'art du palais du Cinquantenaire à Bruxelles. Cet artiste aime profondément sa ville et il conçoit le projet de la doter d'un cortège de géants, personnages emblématiques, racontant l'Histoire de la cité.

Grâce à lui Tournai possède désormais 5 géants que l'on qualifiera d'historiques, Childéric, Lethalde et Engelbert, Louis XIV, Christine de Lallaing, un géant allégorique Reine Tournay et 3 géants folkloriques, Saragosse et Châle Vert, Louis XVIII, le raccomodeur de faïence.

En 1975, sous l'impulsion des Amis de Tournai, des géants dits "de quartiers" viendront enrichir la collection tournaisienne, le P'tit Chasseur, Gramère Cucu, l'Bourguémette du Maroc, Jean Noté et Lalie. En 1986, alors qu'on fêtait les cinquante ans du syndicat d'intiative, l'idée de "géantiser" celui qui avait tant fait pour le folklore local germa et Edouard Tréhoux est depuis lors le 15ème géant tournaisien, un hommage qu'il méritait assurément. Demain, nous ferons la connaissance avec chacun des géants et avec leur histoire.

(sources : Gaston Lefebvre : "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" et Lucien Jardez, ouvrage paru lors du 50ème anniversaire des Amis de Tournai).

10:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, folklore, edouard trehoux, geants |