02/09/2013

Tournai : Léon Foucart, une passion partagée entre football et cyclisme.

Né parmi les roses.

C'est le 18 octobre 1917, durant la "grande guerre", que naît Léon Foucart. L'enfant pousse son premier cri dans un des plus beaux villages du Tournaisis, Lesdain. Il est le huitième d'une famille qui comptera dix enfants et ses premières années, il les passera au milieu des pépinières, des fleurs et des fraises. Peut-on rêver plus beau décor pour vivre sa jeunesse ? 

Après des études à la petite école communale, c'est à l'institut Don Bosco à Tournai qu'il obtient un diplôme d'ajusteur-fraiseur qui lui ouvrira les portes des Ateliers Louis Carton tout d'abord, de la sucrerie de Wez ensuite.

La période sombre de l'histoire.

En 1937, il est appelé au service militaire et, l'année suivante, il est rappelé et se retrouve au génie civil caserné à Tervueren. Alors qu'éclate la guerre, le 8 mai 1940, il se retrouve avec beaucoup d'autres jeunes belges sur les bords du Canal Albert et avec ses compagnons d'infortune, pendant dix-huit jours, il va reculer face à la poussée inexorable de l'armée allemande. Le 28 mai, alors que la capitulation de l'armée belge est annoncée, il regagne à pied Tournai au départ d'Audenaerde. Lorsqu'il arrivera dans son village natal de Lesdain, il n'y trouvera que désolation, la plus grande partie de la population a évacué, probablement inquiète de l’attitude d'une armée allemande dont les plus anciens se souviennent des exactions et de la barbarie dont ses soldats avaient fait preuve lors de la guerre précédente de 1870.

Quelques années plus tard, Léon Foucart épousera Lucienne Wuelche et aura deux fils.

La passion "football"

Comme tous les jeunes de son âge, Léon Foucart est depuis bien longtemps passionné de sport et plus particulièrement de football, on le retrouve ainsi sous la vareuse Rouge et Vert de l'Union Sportive Tournaisienne. Lors de la saison 43-44, il est sélectionné vingt-sept fois en équipe première où évoluent alors les Guelton, Defever, Genné, Turpin ou encore Robin, ceux qui écriront une décennie plus tard une des pages les plus glorieuses du club de la rue des Sports avec la montée en Division 1. Léon verra sa carrière footballistique stoppée net par une grave blessure au genou. Plus jamais il ne pourra tâter du ballon en compétition. Les dirigeants du club montrent toute leur sympathie à son égard en lui proposant une place de représentant de commerce en articles textiles. A partir de ce moment, Léon Foucart va sillonner, avec sa valise et son vélo, les villages situés aux alentours de la cité des cinq clochers. Est-ce à ce moment qu'est née sa seconde passion, celle du cyclisme ? 

La découverte du sport cycliste

Elargissant son champ d'action vers Dottignies, Herseaux et Mouscron, Léon Foucart achète une vieille guimbarde. Paradoxalement, en abandonnant la vieille bécane routière avec laquelle il avait parcouru tant de kilomètres qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, c'est l'automobile qui va l'amener aux courses cyclistes ! Un beau jour, sur la chaussée des Ballons à Herseaux, un pneu de sa voiture se dégonfle et un gamin du coin l'aide à changer sa roue, il l'invite même chez ses parents qui tiennent un café dans le voisinage pour lui se laver les mains. Du garçonnet, il ne connait alors que le prénom, Willy, et il rencontre ainsi ses parents, Mr et Mme Robert Bocklant. L'homme n'est pas un inconnu, Léon l'a croisé, en 1938, à l'hôpital militaire. Il apprend que son fils qui l'a si sympathiquement aidé est un jeune coureur cycliste débutant, né en 1941, et qu'il va disputer la course Gand-Wevelgem, le dimanche suivant. Pour Léon, la balade du dimanche est toute trouvée, il ira à Wevelgem pour montrer sa gratitude à son bon samaritain. L'a-t-il aperçu sur le bord de la route ? Lui a-t-il donné plus de moral encore ? Toujours est-il que le jeune Willy Bocklant remporte la course. Les amateurs de cyclisme se rappellent certainement ce grand champion régional qui remporta notamment chez les professionnels, Liège-Bastogne-Liège, le Tour de Romandie, le Tour du Piémont, la Flèche brabançonne, le Grand Prix de l'E3...

Dans son village natal de Lesdain, au même moment, un jeune garçon montre d'excellentes dispositions pour le sport cycliste, fils d'un pépiniériste, Stéphane Bonnet remporte de très nombreuses victoires au niveau des catégories de jeunes dans la région. Afin qu'il puisse progresser, Léon Foucart va prendre contact avec les dirigeants de la Pédale Saint-Martin de Tournai, un club fondé en 1922. Il est alors dirigé par Mr. Bourgeois et organise des courses et critériums dans la cité des cinq clochers. Grâce à ses nouveaux dirigeants (Mrs Scheffaels, Bourgeois, Hottekiet, Tellin), le vieux club tournaisien est occupé à se transformer et va bientôt engager des espoirs régionaux tels Willy Dewaele, Jacques Deweerdt... et Stéphane Bonnet.

Après avoir été attiré par la football qu'il n'a pas renié puisqu'il il assiste tous les dimanches aux rencontres de l'Union de Tournai, voici Léon se découvrant une nouvelle passion, le sport cycliste. En 1968, il prendra la présidence du club et restera à sa tête durant seize ans. Sous sa direction, le club va grandir et être reconnu dans tout le pays. En 1968 et 1969, les deux Grand prix du Tournaisis organisés par le club seront remportés par... Willy Bocklant. En 1972, il organise le championnat de Belgique Interclubs dans lequel "son" équipe aux couleurs Rouge et Blanc termine juste au pied du podium, elle était composée d'un jeune espoir régional, originaire de Mouscron, Jean-Luc Vandenbroucke, de Freddy Adam, Albert Delrue, Christian Moreau, Christian Despierre et Francesco Italia. Un an plus tard, Léon Foucart et son équipe récidivent, la qualité de l'organisation de l'interclubs n'est pas étrangère au fait que la Pédale Saint-Martin remporte la soumission pour l’organisation du championnat de Belgique des juniors. Des milliers de personnes (la presse avance le nombre de 10.000) se massent sur le circuit tracé à Ere et Saint-Maur. C'est le flandrien Emile Dehaes qui endossera le maillot tricolore. Un an plus tard, le 14 juillet 1974, c'est le titre national des amateurs qui se jouera sur le même circuit et, cerise sur le gâteau pour Léon Foucart et les dirigeants de la Pédale Saint-Martin, c'est un des leurs affiliés, Jean-Luc Vandenbroucke qui triomphe. Comme quelques semaines auparavant, Hugues Cousaert avait également endossé le maillot tricolore à Lembeek, dans le championnat national des débutants, la R.P.S.M vole de succès en succès. Connu et reconnu de toutes les personnes appartenant au mode du cyclisme, il a été invité à suivre une dizaine de fois la course Paris-Nice et n'a jamais manqué de participer en qualité de suiveur au "Trèfle à Quatre Feuilles", course organisée par son ami, Jean Leclercq, lui aussi supporter des Rouge et Vert. .

En 1984, Léon Foucart abandonne la présidence du club, il avait découvert de nombreux talents régionaux : les frères Vandenbroucke, Jean-Jacques et Jean-Luc, Willy Dewaele, Michel Vermote, André Lurquin... qui furent tous des professionnels bien connus dans le monde de la petite reine. Une retraite bien méritée mais, malheureusement, un an plus tard, il apprendra le décès de son ami Willy Bocklant, disparu à l'âge de 44 ans, un départ beaucoup trop jeune qui le peinera énormément. 

Toujours supporter du football tournaisien.

C'est à cette époque que j'ai rencontré pour la première fois Léon Foucart, au milieu d’une collection de produits textiles, bien empilés et rangés, dans sa maison de la chaussée de Douai. Son fils, Alain était le rédacteur du journal le "Rouge et Vert", organe des supporters de la Royale Union Sportive Tournaisienne. Appelé à des fonctions au comité central du club, il me sollicita pour lui succéder à la rédaction du journal et parmi ceux qui m'aidaient en y tenant une rubrique, Léon Foucart se révéla être un excellent cruciverbiste, remettant chaque semaine une grille muette où football et souvent cyclisme, se trouvaient étrangement mariés. Son autre fils, Jean-Paul, chaque semaine, partait à la recherche de joueurs susceptibles de renforcer le club de la rue des Sports. Il y a eu ainsi à Tournai de nombreuses familles vaccinées à jamais, soit avec une aiguille unioniste, soit racingman. 

Léon Foucart cultivait aussi l'amitié et ce ne sont pas ses amis du Royal Chasse-Cœur Carotte Club, une association d'épicuriens qui me contrediront.

Le 26 juin 1988, on le vit, cela va de soi, sur le circuit du championnat de Belgique des coureurs professionnels remporté, sur l'avenue De Gaulle, par Etienne De Wilde. Il se partageait désormais entre ses deux passions de toujours : le football et le cyclisme.

Léon Foucart est décédé le 3 septembre 2006, à quelques jours de son 89e anniversaire.   

(sources : presse local dont le journal "Le Nord-Eclair" et souvenirs personnels).

S.T. août 2013.

12/07/2008

Tournai : l'année 1967 sous la loupe (4)

Nous clôturons la rétrospective de l'année 1967 à Tournai en évoquant les principaux évènements sportifs. Au mois de mars, les nageurs Roselyne Larsy et Jacques Henrard sont décorés de la médaille de bronze du Mérite Sportif Tournaisien. Jacques Henrard pulvérise, au cours de cette année, le record de Belgique du 1.500 mètres et s'approprie également celui du 400 m nage libre. Roselyne Larsy espère secrètement être sélectionnée pour les J.O qui auront lieu l'année suivante.

Le dimanche 23 avril, la rencontre qui oppose le Racing de Tournai à Courtrai Sport se termine sur le score de 2-0. Près de 6.000 personnes avaient rejoint le stade de l'Avenue de Maire, la victoire assure les tournaisiens d'être les vainqueurs de leur série de Division 3 Nationale. Le Racing avait aligné : Liénart, Dekleermaecker, Van Poelvoorde, Rouneau, Liégeois, Baert, Debaisieux, Debaeck, Da Silva, Foda et Vanginderachter et durant la saison, Dumortier, Collie, Ponthieu, Delfosse, Pompeu, Decaluwé, Leroy, Grard et Vandevyver avaient également participé à l'une ou l'autre rencontre. Les "Rats" terminent devant Zottegem, Lauwe, le CS Brugeois et Alost. Lors du match qui les oppose au vainqueur de l'autre série , le RC Tirlemont ils réalisent le nul en déplacement (2-2) mais s'imposent (4-2) à domicilie, ils sont donc les champions de Division 3 et évolueront la saison suivante en seconde Division. L'Union réalise également un excellent championnat en Promotion terminant, comme deux ans auparavant, seconde derrière Audenaerde mais devant Menin, le CS Ypres et Izegem. Le dimanche 19 octobre, en 1/16è de finale de la Coupe de Belgique, le club Rouge et Vert reçoit la prestigieuse équipe du Lierse SK évoluant en Division 1 Nationale. Face aux Baeten, Willems, Michielsens, Olieslagers, Zorgvliet (excellent joueur d'origine surinamienne), Vermeyen... les Unionistes s'inclinent sur le score de 2-0, tout à l'honneur des Hernandez, Bouton, Declercq, Hernoë, Marissal, Deneubourg, Huez, Procureur, Fontaine, Guelton et Style soit une équipe 100% régionale. A cette époque, on avait la volonté ou on était capable de découvrir et faire murir des talents tournaisiens ou des environs.

En mai, la salle Provence organise une réunion Franco-Belge de boxe. Les boxeurs belges l'emportent par 9 victoires à 1 face aux sportifs d'outre Quiévrain. Dans sa catégorie des "Plumes", le tournaisien Jérome Deneubourg remporte son combat face au Français de la ligue des Flandres, Mario Russomano. Quelques mois plus tard, Jérome Deneubourg passera professionnel. Le sport tournaisien en fête, c'était il y a 41 ans. A partir de cette semaine, nous entamerons une série consacrée à "Tournai sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle". Une façon de nous rappeler sans devoir consulter la météo que ce sont les vacances !

15/10/2007

Tournai : vie quotidienne d'antan (27)

Les derbies de football.

Depuis quelques semaines à l'atelier, au bureau ou dans les pages sportives de la presse locale on ne parlait plus que de cet évènement : le dimanche 30 novembre, au stade Gaston Horlait, la Royale Union Sportive Tournaisienne recevait, en derby, le club de la Drève de Maire, le rival local, le Royal Racing Club Tournaisien.

François était un supporter des Rouge et Vert de l'Union. Demeurant à la chaussée de Willemeau, à deux pas de la rue des Sports, il entendait souvent les clameurs des milliers de personnes qui encourageaient, tous les quinze jours, les "Infants". Le derby était le clou, le phare de la saison footballistique. Hier, en rentrant du travail, il avait eu l'occasion d'échanger quelques mots avec Charles Deligne qui habitait à quelques centaines de mètres de chez lui. Celui-ci avait évolué dans les années vingt et trente au sein du club unioniste où il avait laissé le souvenir d'un buteur exceptionnel et en était resté un supporter inconditionnel. Parler de football avec lui était un réel plaisir, il disséquait chaque rencontre et donnait un avis éclairé lors de conversations toujours passionnées.

Durant les années cinquante, il existait, à Tournai, deux grands quotidiens : l'Avenir du Tournaisis, journal proche du parti libéral tout acquis à la cause de l'Union et le Courrier de l'Escaut, d'obédience catholique, ardent défenseur des Rats (surnom des joueurs du Racing), leurs articles souvent dithyrambiques faisaient monter la pression dans les jours qui précédaient la rencontre. Le dimanche venu, des centaines d'automobiles, des dizaines de cars en provenance des villages et d'innombrables cyclistes ou motocyclistes envahissaient les abords du terrain à tel point, qu'une heure avant le match, on ne pouvait plus trouver une place pour se garer, entre la chaussée de Willemeau et le quartier du Maroc.

François et Victor étaient parmi les six mille spectateurs qui ceinturaient le vieux stade situé derrière l'hôpital civil. Sur le coup de 15 h, lorsque les deux équipes débouchèrent de l'étroit tunnel sous la tribune assise, une immense clameur, perceptible jusqu'au centre de la ville, s'éleva et les fanfares des deux clubs entamèrent l'une la marche de l'Union, l'autre celle des Rats. Les supporters de l'Union n'avaient d'yeux que pour les Hernandez, Soil, De Ruytter, Descamps, Loncheval, Steens, Marquette, Brackman, Vanderstadt, Defever ou Jean Marie Van Laecke (qui sera transféré par la suite à l'Olympic de Charleroi), les Jaune et Noir encourageaient les Liénard, Huyghe, Timmermans, Van Thygem, René Chantry, Pol Deneubourg, Leroy, "Dédé" Mangain, Roger Lambreth, Jules Devos ou Théo Gaillet.

Durant la saison 1950-1951, les Rouge et Vert avaient évolué en Division d'Honneur (l'actuelle division I) et à la fin de la saison 55-56, les Jaune et Noirs remporteraient la Coupe de Belgique en battant le CS Verviers en finale. Le score de ce match a finalement peu d'importance, le nul satisfaisait celui qui avait fait le court "déplacement", et en cas de défaite, le vaincu promettait de prendre sa revanche au match retour !

Henri Van Ros promènerait fièrement sa légendaire écharpe aux couleurs de l'Union, tandis que Roger Levau, dit Casquette, entamerait un pas de danse en sortant du terrain. En rentrant chez lui après la rencontre, François entra à la "Vieille Guinguette", là, devant un demi, il y avait autant d'entraîneurs ou de sélectionneurs qu'il n'y avaient de clients. Demain, à l'atelier, au bureau ou dans les magasins, le résultat ferait l'objet de toutes les conversations. Heureux football tournaisien d'alors, lui qui n'avait pas la concurrence de la télévision et qui, avec le cinéma et le théâtre, était pratiquement la seule distraction du dimanche. On y allait voir évoluer des "Infants d'Tournai" dont on était fier. "Autres temps, autres moeurs"... à force de le répéter, vous allez croire que la vie a bien changé depuis cinquante ans...