06/11/2008

Tournai : l'année 1980 sous la loupe (2)

Au-delà du fait divers qui, durant l'année 1980, marqua la ville de Tournai et que nous venons de relater, 1980 est aussi l'année du 150e anniversaire de la Belgique. Le coup d'envoi des festivités est donné le samedi 7 juin au Grand Large de Péronnes. En présence du Roi et de la Reine, nombreux étaient les spectateurs venus des quatre coins du pays pour assister à cet évènement. Les chiffres les plus pessimistes parlent de 60.000 personnes, les plus optimistes en dénombrent plus de 100.000. Spectacles nautiques ou aériens, cascadeurs, groupes folkloriques, concerts composent "un melting pot" noir, jaune, rouge, une revue nationale. Pendant toute la journée l'Optimiste et son épouse y furent présents ayant pour charge de rassurer les enfants perdus et de les confier à la Croix Rouge où les parents pouvaient les récupérer. En fin de journée, les péniches décorées représentant les provinces belges défilèrent sur le plan d'eau avant de prendre la direction de Tournai pour un tour de Belgique par fleuves et canaux. Elles arrivèrent vers 21h dans une ville en fête pour le week-end des quatre cortèges. Après leur passage, un feu d'artifice grandiose sera tiré du Pont des Trous. Dans le cadre de cet anniversaire de nombreuses festivités et expositions sont organisées dans le pays. A Tournai, du 31 mai au 31 octobre se tient l'exposition des "Porcelaines et orfèvreries au poinçon de Tournai", elle a pour cadre les salles du Musée d'Histoire et d'Archéologie situé à la rue des Carmes tandis que du 11 au 26 septembre, la Banque Bruxelles Lambert présente "Les monnaies tournaisiennes d'or et d'argent" dans ses locaux du Quai Dumon et la crypte de l'Hôtel de Ville abrite, au début du mois de novembre, une exposition consacrée à un "Trésor monétaire de l'abbaye de Vauclaire (Aisne)" La cathédrale Notre-Dame accueille également, le mardi 10 juin, un concert du Grand Orchestre symphonique de la Garde Républicaine de Paris.

Le dimanche 8 juin, la parade des musiques militaires, le concile des Chevaliers de la Tour, les cortèges et les concerts animent à nouveau la cité des cinq clochers. Les amoureux de folklore assistent avec émotion à l'intronisation d'un nouveau géant local, "Gramère Cucu" représentant le quartier Saint Piat. Tournai fête un autre anniversaire, le Conservatoire de Musique souffle lui aussi 150 bougies, André Waignien a, à cette occasion, mis sur pied l'Orchestre des Jeunes du Conservatoire, celui-ci se produit pour la première fois en public, le samedi 2 février en la Halle-aux-Draps. Par sa qualité musicale, ce groupe d'élèves et de professeurs de l'académie de musique tournaisienne marquera de son empreinte la décennie.

En cette année 1980, la ville poursuit sa transformation. Il y a tout d'abord le 10 janvier, la mise en service du nouvel abattoir communal situé désormais dans le périmètre du zoning commercial de Froyennes. Il remplace les installations vétustes jouxtant la Clinique Notre-Dame. Il y a également la transformation d'une ruelle en avenue. Etroit sentier partant de la chaussée de Lille entre jardins, prairies et petites maisons et s'élargissant pour devenir une petite voirie à hauteur de la salle des sports du Skill, la ruelle Minjean va bientôt devenir l'avenue Minjean, les travaux débutent en février. Au quai Dumon, un organisme financier, la banque Bruxelles Lambert, rénove un immeuble du XVIIe siècle (une pierre de la façade porte l'inscription 1671), ancien café à l'enseigne du "Grand Saint Georges", l'immeuble rénové accueillera une agence de voyage. Les travaux sont supervisés par Mr. Lemaire, professeur à l'Université Catholique de Louvain et membre de la commission de l'Unesco pour la réhabilitation du patrimoine mondial. Pendant ce temps, le prix de l'énergie ne cesse d'augmenter, le litre d'essence super passe, le 18 mars, à 23,30 Fb (0,577 Euros) et celui du gasoil routier a 14,86 Fb (0,368 Euros). Le 21 mars, le prix des carburant augmente à nouveau. La spirale infernale semble ne plus s'arrêter ! L'actualité est ainsi faite, bonnes et mauvaises nouvelles se heurtent régulièrement.

09:39 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, festivites, expositions, conservatoire de musique |

20/05/2008

Tournai : analyse des années cinquantre

Nous venons de terminer la revue des évènements qui se déroulèrent dans la cité des cinq clochers durant les années cinquante et celle-ci nous apporte un éclairage particulier sur la vie à Tournai à cette époque.

Au niveau politique tout d'abord, le clivage "gauche-droite" est nettement marqué même dans la presse locale. Des évènements comme la mort de Staline, la déstalinisation qui a suivi, l'invasion de la Hongrie par les troupes du Pacte de Varsovie sont préjudiciables à un parti qui semble de plus en plus représenter pour l'opinion publique la pensée unique de Moscou. Aussi, lorque le P.S et le P.L s'allient à celui-ci pour faire échec au PSC au lendemain des élections de 1958, on va droit vers d'importantes difficultés au niveau de la gestion de la commune. Cette alliance, que certains n'hésitent pas à proclamer contre nature, sera de courte durée, surtout qu'au même moment, le parti libéral de Mr. René Lefebvre, le ministre régional, a conclu une alliance avec ce même PSC au niveau national.

Au niveau économique, les années cinquante sont celles de la reconstruction d'une ville dont la majeure partie a été rasée par les bombardements allemands de mai 1940 lors de l'invasion de la Belgique et par ceux de 1944 qui précédèrent la libération de notre région. Cette entreprise de longue haleine sera orchestrée et supervisée par un homme, Paul Bonduelle, un architecte qui a à coeur de donner une cohérence à ses projets. Avec lui, "on ne fera pas tout et n'importe quoi" comme on a parfois pris l'habitude de le faire par la suite, laissant les coudées franches à des promoteurs immobiliers plus appâtés par le gain que par l'esthétisme ! On préservera une image harmonieuse de la ville sans pour autant la reconstruire identique à celle d'avant-guerre. Le développement économique de la région est également au centre des préoccupations quotidiennes des gestionnaires de la cité. La reconstruction des ponts se fera en même temps que des projets d'élargissement du fleuve afin de permettre le passage de convois fluviaux plus imposants. La réalisation de la ceinture des boulevards laisse présager de l'importance que prendra la circulation automobile, la création du quartier industriel et du port fluvial démontrent également que Tournai se tourne vers le futur.

Au niveau culturel, la vie reprend également son cours, de grandes expositions sont organisées comme l'exposition Scaldis ou celle qui a lieu durant l'Expo 58. Tournai n'a plus de théâtre et n'a pas encore de salle pour les grandes manifestations commerciales comme les foires et salons. Que cela ne tienne, la vieille Halle-aux-Draps, en partie préservée lors du désastre de 1940, servira à la fois de théâtre, de lieu pour les foire et expositions, de salle pour les banquets officiels. Tous les grands cirques européens font une halte annuelle dans la ville et reçoivent un accueil triomphal de la part de la population. Ce succès présage déjà de ce titre de capitale mondiale du cirque amateur dont pourra s'enorgueillir Tournai à partir des années quatre-vingt avec la création de la "Piste aux Espoirs".

Les clubs de football tournaisiens vivent des heures de gloire, l'Union et le Racing ont accédé en Division 1 même si ce ne fut que pour une saison et les Rats ont remporté la Coupe de Belgique. Les stades attirent chaque semaine des milliers de spectateurs venus acclamer des vedettes locales, formées dans les deux clubs, ce qu'on ne verra plus par la suite, hélas ! 

Dans le domaine de de la sécurité, on peut se réjouir des exploits de la police, de la gendarmerie et de la police judiciaire d'alors. Disposant de peu de moyens, de véhicules peu nombreux et souvent poussifs, ne possédant pas de moyens modernes de communication (informatique, télex, fax, GSM...), avec des policiers effectuant encore des rondes à vélo ou à pied, réglant la circulation aux principaux carrefours, les résultats dans la lutte contre le banditisme et pour garder le calme en ville sont excellents. Combien de crimes ont été rapidement ou patiemment résolus, combien de voleurs ont été mis hors d'état de nuire. Il existait à cette époque une vraie police de proximité, des agents de quartier qui connaissaient tous leurs habitants et qui parcouraient leur secteur quotidiennement, à l'écoute des citoyens, intervenant pour régler les problèmes de voisinages avant que ceux-ci ne dégénèrent. Pourtant ces braves agents devaient aussi faire face à des constats systématques en cas d'accidents de la circulation (le constat à l'amiable n'ayant pas encore été imposé).

Les festivités de l'époque étaient simples, on allait écouter un concert, on fêtait les anniversaires des sociétés, on se rendait au café pour une partie de fer ou de cartes, on se réunissait le soir entre voisins. Les bals étaient animés par des orchestres qui avaient déjà leurs fans et non par des sonos hurlantes aux DJ déjantés qui empêchent désormais le voisinage de dormir lors des nuits de week-end en poussant les baffles au maximum de leur puissance ! Le Roi des Radis à Kain, la salle Provence au Réduit des Sions, chez Dudans étaient les lieux de rendez-vous de ceux qui aimaient danser et fréquenter (on ne disait pas encore flirter, encore moins draguer), à la porte de ces salles, il n'y avait pas encore de "dealers" venus de France pour proposer leur produit de mort.

Pour la population de la ville qui avait connu les atrocités de la guerre, les privations, la misère, tout ce qui se mettait en place alors tenait du rêve, du luxe. La solidarité entre les gens n'était pas un mot vidé de son sens comme désormais. Durant les années cinquante, Tournai se refaisait une beauté pour plaire aux touristes. Déxormais, nous suivrons les évènements qui marquèrent les années soixante à Tournai, les "golden sixties", des années d'espérance en des jours meilleurs qui porteraient en germe, les éléments positifs et négatifs de notre société actuelle...

08:52 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : annees cinquante, economie, securite, politique, festivites, culture |