01/08/2016

Tournai : évolution de la ville lors des dernières décennies (4)

La décennie quatre-vingt.

Les années quarante avaient apporté les ruines et la désolation, les années cinquante, le courage et la reconstruction, les années soixante étaient celles des espoirs les plus fous, les années septante nous ont soudainement rappelés à une dure réalité et le mot "crise" est venu pour la première fois (mais pas la dernière hélas) ternir le ciel presque sans nuage de l'économie mondiale.

Les années quatre-vingt vont confirmer celles qui ont précédé et seront caractérisées, à Tournai, par un nombre important d'évènements négatifs.

Les mouvements sociaux.

Au niveau social, "Amil", "les Ateliers Louis Carton", "Balamo", "Dunlop", "La Lactilithe", "Meura" et "les Trois Suisses", fleurons de l'économie locale sont en grandes difficultés, on y parle de licenciements, de chômage, de faillite et de grèves.

Les grandes catastrophes.

Ces années seront aussi marquées par des catastrophes :

1980 Tournai incendie du Shopping (1).jpg

Le lundi de Pâques 7 avril 1980, au début de la matinée, la galerie commerciale du "Tournai-Shopping", située entre l'Escaut et le quartier Saint-Jacques, est totalement détruite par un violent incendie qui va mobiliser pompiers, policiers et protection civile durant toute une journée pour venir à bout du sinistre. Grâce à l'intervention de ces services, on a probablement évité qu'une partie du quartier soit détruite, tant le brasier était violent et étendu. (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans notre rubrique : ce jour-là le 7 avril 1980).

1984.10.22 explos. rue Garnier (2).JPG

Le 22 octobre 1984, vers 7h15, la maison du Vicaire général, Mgr Thomas, située à la rue Garnier est soufflée par une explosion. Si, à ce moment, le religieux était absent, sa sœur qui occupait l'immeuble a été retrouvée indemne dans les décombres ! (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "ce jour-là le 22 octobre 1984")

1985.04.10 explosion viaduc (2).JPG

Le mardi 10 avril 1985, vers 19h15, en provenance de la station-service, une nappe de gaz se répand au carrefour du Viaduc et s'enflamme soudainement, des véhicules en attente pour traverser le carrefour sont piégés. On dénombrera une victime et des blessés, gravement brûlés (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "Ce jour-là : le 10 avril 1985).

1987 explosion rue A. Asou (1).JPG

Le dimanche 27 septembre 1987, un branchement défectueux d'une bonbonne de gaz est à l'origine d'une violente explosion dans la rue Albert Asou, les dégâts sont importants dans le voisinage, vitres brisées, portes éventrées, véhicules en stationnement endommagés... Si de nombreuses personnes sont choquées, là non plus, on ne déplore pas de blessés graves. (NDLR : voir l'article que nous avons consacré à cet évènement dans la rubrique : "ce jour-là : le 27 septembre 1987).

 

Le grand banditisme.

Les agressions contre les biens et les personnes sont nombreuses durant cette décennie :

lors des six premiers mois de l'année 1981, on ne dénombre pas moins de 13 attaques à main armée dans le Tournaisis.

Le mardi 21 juin 1988, vers 8h30, alors que les écoliers qui fréquentent l'école Saint-Michel viennent de rentrer en classe, un hold-up sanglant se déroule juste en face de l'établissement scolaire, devant le petit bureau de poste. Un fourgon postal de transport de fonds est attaqué à l'arme de guerre par des individus encagoulés, deux postiers seront blessés et de nombreuses personnes choquées par la brutalité de l'action. On relèvera un nombre incroyable d'impacts de balles sur la camion postal et les façades. L'enquête révèlera que les auteurs de ce fait divers sanglant ne sont autres que Patrick Haemers et sa bande.

Il sera encore question de Patrick Heamers quelques mois plus tard lorsque le 13 février 1989, vers 22h30, un chauffeur de taxi stationné à la gare sera interpellé par Paul Vanden Boeynants, l'ancien premier ministre belge, qui avait été enlevé dans le parking de son domicile de Bruxelles par des individus, le 14 janvier. Là aussi l'enquête révèlera qu'il s'agit du même Patrick Haemers et sa bande qui avait séquestré l'homme politique belge dans une villa du Touquet.

Des évènements plus heureux.

Heureusement, on relève durant cette décennie des informations plus heureuses :

1988 championnat de Belgique pros arrivée podium.JPG

En juin 1988, la ville de Tournai et le club cycliste de la Pédale Saint-Martin dirigé par le dynamique Léon Foucart organisent le "championnat de Belgique pour coureurs professionnels", celui-ci est remporté par le sprinter Etienne de Wilde.

 

1988 Union comité du 85e anniversaire (2).JPG

1981 Union Jules Bocande.jpg

 

En 1988, le club de football de l'Union de Tournai organise des festivités pour commémorer ses quatre-vingt-cinq années d'existence. Durant cette décennie, au sein du vieux club Rouge et Vert, a fait ses débuts sur le continent européen, un joueur qu'on verra ensuite à Seraing, Metz et Paris Saint-Germain : Jules Bocande !

Terminons cette revue par deux autres photos glanées dans la presse locale. la première représente deux Tournaisiens devenus célèbres depuis lors sur les antennes de la RTBF ou de No Télé : le chroniqueur Jean-Louis Godet et Annie Rak, la seconde celle d'un humoriste tournaisien qu'on aurait aujourd'hui bien des difficultés à reconnaître : Bruno Coppens, lauréat au festival du Rire de Rochefort.

1989 Jean Louis Godet Annie Rack.JPG

1982 Bruno Coppens.JPG

(sources des documents photographiques : presse locale et photos de J. De Ceuninck. Je remercie pour sa collaboration Jean-Paul Foucart).

S.T. août 2016.

 

22/03/2016

Tournai : la lente évolution de la rue Garnier

Situation.

2006 Tournai cathédrale vue du parc comm..JPGNous évoquons aujourd'hui la rue Garnier. Celle-ci a pris le nom d'un ancien préfet du département de Jemmappes. Très du proche du centre-ville, cette rue relie la place Reine Astrid au Vieux Marché au Beurre et à la rue de la Tête d'Or. En petits pavés bitumés, longue d'une centaine de mètres, elle présente une pente relativement prononcée à partir de la jonction avec la rue de la Loucherie. Elle est bordée, de chaque côté, par des maisons d'habitation de construction récente (1950-1960). (photo : entrée de la rue Garnier à partir de la place reine Astrid)

Histoire.

Depuis le Moyen-Age, elle n'était qu'un passage très étroit reliant la rue de Paris aux Halles qui s'élevaient à l'emplacement de l'actuel Conservatoire de Musique. Dans ce passage débouchait alors l'impasse de la Loucherie fermée par le rempart de la première enceinte de la ville. Les Halles étaient des échoppes en bois, disposées sur deux rangs, où les merciers étalaient leurs marchandises. Dans la rue Garnier se trouvait l'ancien Hôtel de Ville appelé alors la Halle des Consaux, un sombre édifice probablement bâti entre 1234 et 1237, dominé par la Tour des Six, dépôt des archives communales.

La Halle des Consaux.

La Halle des Consaux se présentait sous la forme d'un parallélogramme terminé par deux pignons et recouvert d'un toit aigu en tuiles. Six fenêtres ogivales ménagées sur la face antérieure apportaient l'éclairage aux salles de l'étage. Au début du XVIIe siècle, on érigea contre la façade avant, une galerie à arcades surbaissées et un étage à croisées rectangulaires. Un perron à double rampe menait à l'entrée principale. La partie avant de l'étage ainsi construite était destinée à accueillir la chambre des finances et le comptoir occupés par le greffier et le procureur de la ville. Sous le perron, une porte donnait accès au "poids public", on y trouvait la grande et petite balance. Une chapelle était contigüe à la Halle des Consaux, celle-ci avait été autorisée par le chapitre et son chapelain y confessait les criminels condamnés à mort et emprisonnés dans les prisons de "Pippenerie" et de "Tiens le bien" ! La halle servit aux assemblées municipales jusqu'au début du XIXe siècle. Sa démolition fut décidée et celle-ci débuta en mai 1818.

La Tour des Six.

Cette tour présentait la forme d'un carré parfait, de douze mètres de côté, surmonté d'un toit quadrangulaire sur lequel flottait une bannière dorée. Mesurant quarante-trois mètres de haut, d'une extrême solidité (ses murs avaient une épaisseur de deux mètres et cinquante centimètres), elle avait été construite pour défier le temps et serait, peut-être, encore présente si on n'avait pas pris la décision de la démolir en 1820. Elle était appelée à l'origine la "tour des Chartres" puisqu'y étaient conservées toutes les archives de la Commune et autres objets précieux. Son nom provient des six personnes commises à la garde des titres et lettrages de la ville.

La Tour de la Loucherie.

2006 Tournai Tour de la Loucherie (1).JPGDatant de la première enceinte communale érigée entre 1188 et 1202. Elle a été reconstituée après la seconde guerre mondiale. (photo la Tour de la Loucherie vue de la place Reine Astrid)

Le bas de la rue Garnier avait été recouvert d'une voute surbaissée qui soutenait les prisons de "la Tannerie", l'origine de son nom possède deux versions, celle de l'historier Hoverlant qui déclare que les coupables qui s'y trouvaient étaient frappés, par ordre du magistrat avec un nerf de bœuf. Bozière penche pour une origine plus conventionnelle : la présence d'une tannerie dans son voisinage. Cette prison disparut, à peu près, au même moment où furent démolies la Halle des Consaux et la Tour des Six, au cours des deux premières décennies du XIXe siècle.

Vieille maison rue de Paris au coin de la rue Garnier.jpg

La totalité des maisons qui s'y trouvaient au début du XXe siècle furent rasées lors des bombardements allemands de mai 1940.

Sur le document photographique ci-contre, on peut découvrir une maison située à l'angle de la rue Garnier et de la rue de Paris avant le second conflit mondial.

 

 

Un fait divers qui aurait pu avoir de terribles conséquences.

Le 22 octobre 1984, vers 7h15, une des coquettes petites maisons qui se situent en1984.10.22 explos. rue Garnier (2).JPG face de la tour de la Loucherie, habitée par Mgr. Thomas explose. A ce moment, la sœur du chanoine se lève. Il ne reste plus rien de l'immeuble et on retrouvera la brave dame indemne mais choquée sous un mont de gravats, elle a été protégée par la chute de la toiture qui lui a constitué une sorte de bulle de survie

(NDLR : je vous invite à découvrir ce fait divers en consultant l'article "Ce jour-là, le 22.10.1984" en tapant ce titre dans la case "Rechercher").1984.10.22 explos. rue Garnier (3).JPG

 

 

 

 

Aujourd'hui.

La rue Garnier est une rue relativement fréquentée. L'été de nombreux promeneurs s'allouent quelques instants de repos sur les bancs situés face à la tour de la Loucherie. Dans la rue du Parc, comme la circulation s'effectue uniquement dans le sens beffroi-place Reine Astrid, les véhicules venant de cette dernière place et se dirigeant vers le centre-ville sont obligés de l'emprunter.

(source principale : "Tournai, Ancien et moderne" de A.F.J Bozière ouvrage paru en 1864  - photos :  1 et 2 collection personnelle, 3 : transmise par Melle J. Driesens, photos 4 et 5 : JDC).

S.T. mars 2016.

24/02/2016

Tournai : la lente évolution de la rue de l'Yser

2016.02 rue de l'Yser (2).jpgAu centre-ville, la rue de l'Yser, une voirie pavée en pente relativement prononcée relie la Grand-Place à la rue Tête d'Argent. D'une longueur d'environ deux cents mètres, depuis bien longtemps, elle fait partie des rues commerçantes de la cité des cinq clochers. Actuellement, elle tente de survivre à la crise. Contrairement à ses consœurs situées dans le quartier cathédral, elle n'a pas été directement impactée par les chantiers qui ont chassé le client vers les zones commerciales périphériques. La problématique du stationnement payant avant tout et la concurrence des magasins installés à Froyennes ou aux Bastions ont certainement été à l'origine de la désertification commerciale puisqu'à l'heure actuelle, près de 50% des commerces qui la bordent sont à remettre.

Un peu d'histoire.

Jusqu'à la fin du premier conflit mondial, elle portait le nom de rue de Cologne. L'historien Hoverlant avait avancé l'hypothèse que cette appellation lui était venue du fait que des marchands originaires de la ville allemande s'y étaient établis dans le courant du XIIe siècle. Toutefois, dans des actes du XVe siècle, on évoque des maisons sises rue de Coullongne et au XVIIe siècle, elle y est nommée rue de Couloigne. Son nom provient plus probablement d'une puissante famille tournaisienne. Au couvent des frères Mineurs, au quai Taille-Pierre, se trouvait la sépulture de Johan de Coulongne le Spanier nous révèle Bozière.

En 1452, trois Normands, se disant fabricants d'anneaux de cuivre, louèrent une chambre à l'hôtellerie de la Rose qui se trouvait dans la rue de Coullongne. Il s'avéra que les trois hommes étaient surtout des fabricants de fausse monnaie. Condamnés, ils souffrirent les pires supplices. L'un d'entre eux, nommé Gérard, fut bouilli dans une chaudière posée sur un four de maçonnerie, au près à Nonain, les autres subirent la même peine à Maire et à Bruges.

En 1625, un nommé Jean Gérard y acheta une maison à l'enseigne du "Chevalier Rouge".

La porte Ferrain est une des sept portes de la seconde enceinte de la ville. Elle était située au bas de la rue de Coulogne, près d'un puits. Ses deux tours servaient à la fois de prison et de magasin renfermant la provision de blé de la ville.

Tournai rue de l'Yser 7  cartouche tour Ferrain.jpgDeux cartouches présentes sur la façade du numéro 7 de la rue de l'Yser rappellent laTournai rue de l'Yser 7 cartouche Hurlu arbalétrier.jpg présence de celle-ci mais aussi du fossé ou s'entrainaient les Arbalétriers situé à hauteur de l'actuelle rue Perdue.

En 1539, le gouvernement demanda aux Consaux de faire démolir la porte Ferrain. Cette démolition eut lieu quelques années plus tard.

 

 

Vers 1838, nous dit Bozière, vivait en cette rue un jeune tapissier du nom de Ficher, sa passion pour la musique et son talent pour la composition en firent un des compositeurs distingués dans le domaine de la musique sacrée. Ses messes chantées remportèrent de nombreux succès lors de leur interprétation en la cathédrale, hélas elles tombèrent dans l'oubli avec la mort prématurée du jeune homme.

Un fait divers tragique marqua l'histoire de la rue de Cologne. il se déroula le 17 mais 1892. Au n°34 se trouvait la teinturerie de Georges Sachse-Spatz. Vers 15h30, une violente explosion détruisit le bâtiment provoquant la mort du propriétaire et brûlant gravement deux aidants. Ceux-ci furent transportés chez le bandagiste Dechaux qui les soigna en attendant l'arrivée d'un médecin. (voir le récit de ce fait divers dans l'article : "Ce jour-là, le 17 mai 1892" paru sur le blog en date du 12.3.2014, pour y arriver, il suffit de taper le titre dans la case "recherche" située dans la colonne de droite).

Parlant de la rue de l'Yser, au milieu du XIXe siècle, Bozière la décrivait comme étant bordée de beaux magasins affectés plus particulièrement à la vente des étoffes de luxe, de lingerie et au commerce de quincaillerie.

 

Les commerces au XIXe siècle !

Peut-être Bozière a-t-il connu ces maisons réputées à l'époque qu'étaient Le Magasin du Timbre économique jaune au n°1, Le coiffeur pour hommes et dames Jean au n° 7, l'imprimerie et lithographie Rimbaut-Tricot au n° 12, la Maison H.Dechaux-Dechaux, bandagiste et aiguiseur de rasoirs et de ciseaux au n° 13, le coiffeur, posticheur et parfumeur Charles Bouchart au n°14, l'école professionnelle de Coupe et Couture pour Dame tenue par Mme Carbonnelle au n°15, la Poêlerie du Hainaut J. Bayet-Monnier, la Maison Vilers et Clotilde Dupré, épicerie, au n°28, la Maison Hennart-Derasse, soieries, fourrures, dentelles au n° 30, l'ancienne Maison Veuve Pottiez- Georges Hartung aussi reprise sous le nom de M. Vaernewyck-Jeuniaux, fabrique de couronne en métal, perles, porcelaine ou fleurs artificielles au n° 31, la teinturerie à vapeur Sachse-Spatz au n°36, le chausseur Bonnier au n°40. Pratiquement toutes ces enseignes ont disparu durant la première partie du XXe siècle.

Un nouveau départ.

Après le second conflit mondial, on reconstruisit tous les immeubles, en effet, il ne restait plus une maison debout après les bombardements allemands de mai 1940.

Durant le XXe siècle on vit apparaître, au fil des ans, de nouvelles enseignes :  les meubles Marlier-Lechantre,(maison détruite lors des bombardements), les vins et spiritueux de la Maison Guillaume au n°31, le traiteur Cobut, la Maison G. De Meire spécialiste du textile au n°42, le magasin de tissus Ryckaert au N°6-8, la Maison G. Delacenserie, sanitaires, au n°19,  les chaussures Tivoli, la Ganterie et Chemiserie Bruxelloise, la teinturerie Vitaneuf au n°13, la Maison Favot, spécialiste des articles en cuir qui fut occupée après sa fermeture par une magasin d'articles cadeaux lui aussi disparu, le magasin de chemises, le bureau du journal publicitaire A-Z, le café Le Moderne, Pipabulle, magasin pour enfants, Expo-Place, le magasin Elity, l'agence de Voyages Laurent, le Sony-Center Gillot, la décoration Spiridon, la librairie de la Place, le magasin Geneviève Lethu, la Centrale des Viandes, une fleuriste, la Boutique Francine, la lustrerie. Il y avait toujours l'armurerie Hauvarlet au n°1 et la poêlerie Bayet-Monnier au n°28. Air du temps, on vit même s'ouvrir, il y a déjà plus d'une décennie, une maison de rendez-vous coquins baptisée le "Mirroir du Temps" (sic !) un lieu qui défraya un jour la chronique lorsqu'une personne tira un coup de feu dans la vitrine, heureusement, sans faire de victime. Client insatisfait, conjoint trompé ou concurrent dépité, le fait divers a jusqu'ici conservé son secret ! Toutes ces maisons ont disparu.

Depuis sa rénovation qui date des années quatre-vingt, la rue de l'Yser accueille, au cours d'un dimanche du mois de septembre, la "braderie des enfants".

2016.02 rue de l'Yser (1).jpgA l'heure actuelle, parmi la petite trentaine de commerces qui y avaient jusqu'alors pignon sur rue, une douzaine de ceux-ci sont fermés et certaines vitrines sont même louées pour faire de la publicité, entretenir une impression de dynamisme et, surtout, ne pas donner un aspect abandonné si néfaste pour les maisons voisines. On sait qu'au point de vue économique, le vide appelle le vide ! Il reste encore trois restaurants, une brasserie-friterie, un snack, une agence de tiercé, une crêperie, un magasin de vêtements de seconde main pour dames, une imprimerie sur tissus, une enseigne très connue de vente de laine, deux magasins d'articles de fantaisie, une agence de voyages, un magasin de confection, un magasin de sacs et sacoches et l'inévitable magasin de nuit... mais, ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A-F-J Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahyde, ouvrage paru en 1984 - la presse locale "Le Courrier de l'Escaut" de 1892, les programmes du Royal Théâtre Wallon Tournaisien des années 1904, 1912, 1923, 1934, 1935 et 1964 - recherches personnelles. Les documents photographiques sont de Mme R. Rauwers réalisés en  février 2016).

12/03/2014

Tournai : ce jour-là, le 17 mai 1892.

Un basculement soudain dans l'horreur.

L'histoire d'une ville est souvent marquée par des catastrophes qui subsistent longtemps dans la mémoire de ceux et celles qui les ont connues. Un de ces terribles faits divers s'est déroulé le mardi 17 mai 1892 à la rue de Cologne (actuelle rue de l'Yser) et a eu pour cadre le n° 34 où se trouvait une teinturerie exploitée par M. Georges Sachse-Spatz. L'immeuble voisin était une horlogerie-bijouterie tenue par Mme Veuve Sachse.

Ce jour-là, vers 3h30 de relevée (15h30 de l'après-midi), un bruit sourd se fait entendre à plusieurs centaines de mètres à la ronde, une explosion vient de se produire dans la cave de la teinturerie. Toute la façade du rez-de-chaussée est détruite, le mobilier et les marchandises contenues dans le magasin ont été projetés sur la voie publique, la puissance du souffle a détruit les vitrines des commerces situés de l'autre côté de la rue tandis que quelques passants ont été légèrement blessés ou profondément choqués. L'étalage de l'horlogerie voisine a également été pulvérisé et les montres, chaînes, pendules et bijoux jonchent le trottoir.

Les témoins n'ont pas le temps de se remettre de leurs émotions provoquées par ce fracas aussi inattendu qu'assourdissant qu'une personne, flambant comme une torche se précipite en hurlant. On se jette sur le pauvre homme, on essaie d'éteindre les flammes, on lui arrache les vêtements en feu et on le conduit chez un voisin, M. Lecat.

Des secours improvisés tentent de pénétrer dans le bâtiment et, au travers d'un rideau de fumée, découvrent une seconde victime, à moitié carbonisée, ne présentant presque plus de signe de vie. Celle-ci est transportée chez le bandagiste Dechaux. Du corps médical appelé d'urgence, c'est le médecin légiste Schrevens qui parviendra le premier sur les lieux et donnera les premiers soins aux blessés.

Entretemps, les pompiers sont arrivés sur place sous les ordres du lieutenant de Formanoir. Les Volontaires arrosent le rez-de-chaussée, la fumée intense empêche les hommes de progresser plus avant dans l'immeuble, il faut attendre que celle-ci se dissipe (les moyens techniques de l'époque sont limités, on ne possède ni extracteur de fumée, ni bouteilles d'oxygène). Quand tout risque est écarté, on investit le bâtiment et on découvre encore une jeune fille gravement brûlée sur tout le corps. On s'interroge sur ce qu'est devenu le propriétaire des lieux, Georges Sachse-Saptz, personne ne l'a revu, sa mère et sa jeune épouse implorent les pompiers de sauver leur fils et mari. C'est dans la cave, au pied de l'escalier, que son corps carbonisé sera retrouvé.

Que s'est-il réellement passé ?

L'enquête va reconstituer le scénario de cette catastrophe et démontrer qu'un concours de circonstances fut à la base de celle-ci.

Vers 14h30, M. Georges Sachse a réceptionné une tonneau de naphte (un liquide issu du pétrole utilisé pour le nettoyage des tissus, hautement inflammable). Vers trois heures, il s'est mis à transvaser le liquide dans des bonbonnes, une de celle-ci a basculé et s'est brisée, le naphte s'est répandu sur le sol. Le teinturier a appelé un ouvrier pour venir éclairer le sol afin qu'il puisse éponger avec des chiffons. Fatale décision car, à peine le jeune Jules Dochy, 16 ans, avait-il pénétré dans la cave et commencé à descendre l'escalier muni d'une lanterne qu'une flamme jaillit et une puissante déflagration se produisit, le gaz émis par le liquide venait de s'enflammer en explosant. En haut de l'escalier se tenait Jean Dupré, un ouvrier de 40 ans, celui-ci vit ses vêtements s'embraser et se précipita vers l'extérieur en hurlant. Le jeune Dochy voulut le suivre, mais l'explosion avait refermé la trappe d'accès à la cave. Au prix d'un effort surhumain, il parvint à la soulever et tenta lui aussi de sortir de l'immeuble sinistré. Le patron teinturier ne put atteindre l'escalier, brûlé et blessé, il fut probablement asphyxié par les fumées. On retrouva son corps recroquevillé au pied de l'escalier.

La violence de l'explosion fut telle que la grille du soupirail de la cave pourtant retenue par une solide chaîne fut arrachée et projetée sur la façade du magasin Masquelie, situé de l'autre côté de la rue de Cologne.

Un lourd bilan : trois morts et de nombreux blessés.  

Georges Sasche est mort dans l'explosion, Jules Dochy (certains journaux l'appellent Dorchy) et Jean-Baptiste Dupré, habitant tous les deux la même maison dans la rue Haigne ont été transportés à l'hôpital et n'ont pas survécu à leurs brûlures. Des ouvriers travaillant à l'étage ont pu sortir, certains présentaient des blessures à des degrés divers : Eugénie Lahousse, 17 ans, ouvrière employée au lavage des gants avait le côté gauche de la tête et la main gauche brûlée au 3e degré, Gustave Triquet avait les deux bras entièrement brûlés ainsi que le côté droit de la tête, Henri Deloyt présentait des brûlures à la figure et était blessé à la main, Edmond Coinne, demeurant rue Claquedent, était brûlé à la face, une des douze repasseuses, Maria Vanardois était, elle aussi, légèrement blessée, une passante, Pauline Devallée avait été renversée par le souffle de l'explosion et blessée par des briques et des débris divers. Un voyageur de commerce allemand présentant ses marchandises dans le magasin Masquelie avait été coupé au crâne par un éclat de verre. Fortement choqué, M. Ooghe, un ouvrier de la teinturerie, s'était enfui en direction de la Grand-Place, avec des brûlures aux bras.

Un dénommé R. de la Horie a dressé un croquis des lieux du sinistre, celui-ci a été publié quelques jours plus tard sur la première page du journal l'Omnibus illustré, on y voit le rez-de-chaussée de la teinturerie et de l'horlogerie complètement dévasté, on peut également constater que la maison voisine porte l'enseigne "Au Phénix" dont le propriétaire était M. Garet. L'épouse de ce voisin a souffert d'un eczéma consécutif à la violente peur qu'elle avait ressentie.

Une miraculée.

Au moment de l'explosion, une fillette de 14 ans, Louise Devallée, demeurant à la rue Duwelz et commissionnaire au service de Mme Cazy se trouvait dans le couloir de la teinturerie, elle fut rejetée violemment dans le magasin et ensevelie sous des décombres d'où seule sa tête émergée. Elle fut dégagée par un passant, M. Coevoet, brûlée à la face et aux jambes son état fut cependant jugé peu inquiétant.  

Les dégâts.

La cave et le rez-de-chaussée des immeubles abritant la teinturerie et l'horlogerie dont les caves été communicantes, sont totalement dévastés, les planchers n'existent plus, les voûtes sont percées, les maisons voisines et celles situées de l'autre côté de la rue ont vu toutes leurs vitres brisées, l'arrière des bâtiments sinistrés est crevassé. 

Des vies brisées.

Georges Sachse, âgé de 29 ans, laissa une jeune veuve et un enfant en bas âge, une fillette d'à peine quatre ans. Les familles de deux ouvriers ont été endeuillées. Jules Dorchy vivait avec ses parents et avait six frères et sœurs et un des enfants était aveugle, Mr. Dupré, célibataire, vivait avec ses parents âgés ainsi qu'un frère et une sœur dont il était le soutien. Quant aux blessés, ils purent reprendre le travail après un ou deux mois de soins.  

Un patron prévoyant.

Fait très rare pour l'époque, la maison Sachse était assurée contre l'incendie et l'explosion, tous les cas possibles de ce genre d'accident avaient été étudiés par son jeune patron. Son commerce prospérant, Georges Sachse avait lui-même proposé une augmentation de police de 10.000 francs de l'époque, une modification de contrat qu'un représentant de l'assurance lui amenait juste à signer au moment de l'explosion. Il avait en outre assuré tout le personnel contre les accidents du travail, toutes les victimes touchèrent donc une indemnité. Le recours des voisins n'avait pas été oublié par l'homme assurément prévoyant et ceux-ci furent dédommagés des dégâts subis lors de cette catastrophe.

Si, par la suite, la teinturerie a ouvert à nouveau ses portes à la rue de Cologne, le nettoyage à sec, les réserves de naphte et de benzène furent transférés "extra-muros" sur des terrains situés le long de l'Escaut.

(sources : Le Courrier de l'Escaut des 18, 19, 20 mai et 22 mai 1892 - La Feuille de Tournay du 22 mai 1892 - L'Omnibus Illustré, journal des familles n°22 du 29 mai 1892, mes remerciements à Mme Yvonne Coinne, parente d'une des personnes blessées, qui m'a permis de consulter ses archives).

  

22/11/2012

Tournai : ce jour-là, le 27 septembre 1987

Un quartier paisible mis en émoi !

La nuit du 26 au 27 septembre 1987 était celle du passage à l'heure d'hiver. Si à trois heures du matin, il faut retarder les pendules, réveils et horloges en les faisant revenir sur 2h, c'est bien souvent le lendemain matin que cette annuelle corvée est réalisée par la plupart d'entre nous. On peut ainsi réellement dormir une heure de plus.

Tout était donc calme dans le quartier Saint-Piat, il y avait bien peu de personnes dans les rues à cette heure matinale d'un week-end si on excepte les quelques fidèles qui partaient pour les premiers offices du jour.  

Vers 8h, une terrible déflagration fit sursauter ceux qui étaient encore au lit et secoua les immeubles du quartier. Réveillés en sursaut, les habitants ignoraient encore que l'origine de celle-ci était une explosion qui venait de se produire au bas de la rue Albert Asou.

La rue Albert Asou, une rue d'ordinaire tranquille, aux maisons bourgeoises, bordée de petits arbres, relie le palais de justice à la rue Sainte-Catherine et à l'avenue des Etats-Unis débouchant face à "l'école de la Jeune Fille" qui occupe les bâtiments de l'ancien hospice de vieillards. 

A l'arrivée des premiers secours, le spectacle est dantesque, la rue est jonchée de mille débris, des véhicules en stationnement de part et d'autre sont détruits ou gravement endommagés, les habitants en état de choc sont sur leur porte bien souvent encore en peignoirs ou pyjama, certaines personnes courent pour porter secours, un nuage de poussières a envahi les environs. 

On constate qu'il ne reste plus qu'un mont de gravats à la place des deux garages qui jouxtent le numéro 7 de cette artère. Au milieu d'un enchevêtrement de briques, de poutres et de tuiles, les pompiers vont avoir leur attention attirée par une bonbonne de gaz propane, totalement givrée, d'où s'échappe encore un peu de gaz. Dans l'habitation, où vit un couple avec deux enfants en bas-âge, ils découvrent le père et l'ainé des garçons profondément choqués tandis que la mère et le plus jeunes des enfants doivent être emmenés en clinique afin de soigner des brûlures. On apprendra rapidement que l'état du garçonnet de quatre ans ayant soudainement empiré, il avait été nécessaire de le transférer à l'hôpital Bruggman à Bruxelles. 

L'onde de choc s'est transmise dans toute la rue Asou tout en diminuant d'intensité et également vers la rue Sainte-Catherine où l'arrière de quelques bâtiments voisins ont été touchés. On va ainsi dénombrer une quarantaine d'immeubles et plusieurs véhicules ayant subi des dégâts plus ou moins importants. Face au lieu de l'explosion, une maison a eu un châssis complètement arraché et c'est le rideau qui a amorti la projection de débris vers l'intérieur, une imprimerie a vu sa chambre noire totalement chamboulée.

Dans un rayon de plus d'une centaine de mètres, les vitres ont volé en éclats, des tuiles sont tombées, des cheminés ont été ébranlées et présentent des fissures. 

Le bourgmestre Raoul Van Spitael venus sur les lieux a fait appeler des ouvriers communaux pour déblayer la rue tandis que le Procureur du Roi accompagné de son greffier diligente une enquête pour découvrir les causes. Les services d'Igeho venus sur place vont rapidement confirmer que la dsitribution de gaz n'était pas à l'origine de l'explosion. 

Que s'était-il passé ?

L'occupante de la maison avait accompagné le plus jeune de ses fils à la toilette enclavée dans le garage, à l'arrière du bâtiment. En ouvrant la porte de communication, du gaz s'échappant d'une des bonbonnes stockées au fond du garage s'est probablement répandu dans la maison. Une étincelle électrique en provenance d'un interrupteur qu'on allume, d'un frigo qui se met en marche ou de la lessiveuse a probablement été l'élément déclencheur. 

Durant la nuit de dimanche à lundi, une entreprise tournaisienne entreprit de démolir les pans de mur de l'immeuble sinistré qui menaçaient de s'effondrer. 

A Sait-Piat la chance est là...

Voici un vieux dicton tournaisien qui a été vérifié car avec le recul on se dit qu'on aurait pu vivre une véritable tragédie. Qu'on en juge !

Ainsi dans une maison où la propriétaire fut légèrement blessée à la tête par un éclat de verre, le lit où dormait une fillette fut projeté dans la pièce voisine dont la cloison fut défoncée. La lourde porte du garage soufflée par l'explosion se fracassa de l'autre côté de la rue, arrêtée par un véhicule qui fut totalement détruit. L'explosion n'a pas été suivie, comme c'est souvent le cas, par un incendie, les pompiers durent simplement éteindre quelques petits foyers. Un riverain venait juste de sortir sa voiture du garage attenant à celui qui a été pulvérisé, si du gaz avait pénétré dans ce lieu mitoyen qui a, lui aussi, été détruit, la simple mise en marche du moteur aurait pu être à l'origine du sinistre, le conducteur étant alors pris dans l'effondrement du bâtiment. A cette heure matinale, il n'y avait pas de passants sur le trottoir !

Quelques jours plus tard, on apprit, avec soulagement, que l'état de la jeune victime évoluait favorablement.

Les dégâts matériels furent estimés à plus d'une douzaine de millions de francs belges mais la population fut longtemps choquée par ce fait divers se rappelant celui survenu trois ans auparavant à la rue Garnier dont nous vous avons parlé. 

(sources : journaux locaux "Courrier de l'Escaut" et Nord-Eclair" des 28 et 29 septembre, souvenirs personnels m'étant rendu chez des amis qui habitaient la rue)

10/09/2012

Tournai : ce jour-là, le 10 mai 1966

Par un beau jour de printemps

L'ambiance était au beau fixe à Tournai au coeur de ce printemps de l'année 1966. La seconde guerre mondiale était terminée depuis deux décennies, la reconstruction de la ville touchait à sa fin, sur la Grand'Place, le chantier de l'église Saint-Quentin battait son plein. 

Il régnait un impression de bonheur au milieu de ces "Goden Sixties", période de plein emploi, prémice de la civilisation des loisirs. 

Dans quelques semaines, le 22 juin, la cité des cinq clochers se préparait à accueillir pour la toute première fois une arrivée du Tour de France, c'était probablement le sujet principal de bien des conversations dans la cité scaldéenne.  

Du 15 au 22, allait se dérouler la Foire de mai, un évènement attendu par petits et grands. 

Le sinistre.

Pourtant, un évènement allait éclipser toutes ces attentes. Le mardi 10 mai, vers 16h30, une violente explosion secoue la rue des Maux, une artère qui débouche sur la Grand'Place. Celle-ci vient de souffler l'immeuble situé au n° 9, le restaurant asiatique "Hong Kong". La façade du rez-de-chassée est formée d'un revêtement rouge en bois marqué de caractères chinois. Celui-ci s'est effondré d'une seule pièce sur deux véhicules immatriculés en France garés le long du trottoir découvrant ainsi l'ancienne enseigne, celle du café "La Pucelle d'Orléans" appartenant notamment à une brasserie d'Hollain. 

J'ai été le témoin involontaire de ce fait divers, je me rendais chez un copain dont les parents tenaient une épicerie presqu'en face du lieu sinistré, je me trouvais alors à l'angle de la place Roger de le Pasture et de la rue des Maux, à hauteur de la Maison des Syndiqués. Juste après le bruit de l'explosion, l'onde de choc a atteint les immeubles situés du côté opposé de la rue avant de revenir vers ceux du même trottoir que le restaurant Hong Kong. Avec un léger temps de retard, toutes les vitres des immeubles voisins de part et d'autre de la rue éclatèrent en mille morceaux ce fut le cas, tout d'abord, du côté des numéros pairs, au magasin d'électricité Ghislain où la porte fut disloquée et au cinéma Scala où les vitrines furent pulvérisées et les verrous des portes d'entrée sautèrent sous le choc. Tout en haut de l'immeuble, dans sa niche, la statue de Saint-Martin, datée de 1633, rappelant que cet immeuble s'appelait autrefois la "Grange aux dîmes" et appartenait à la puissante abbaye, vacilla et une de ses jambes fut brisée.

Une fraction de seconde plus tard, par ricochet, l'onde vint frapper les immeubles du côté impair, les vitres du café des "Quatre As", de la droguerie "Au Crocodile", volèrent en éclats. Il en fut de même, un peu plus loin, à la "Boucherie-charcuterie liégeoise" tenue par Mr et Mme Albert Beyens. 

Au magasin "Le Normandie" tenu par Alexis Cousaert et son épouse, on frôla même le drame, la maman, une personne âgée, était occupée à regarder par la fenêtre grande ouverte du premier étage lorsque se produisit l'explosion, par une force invisible, elle fut repoussée violemment dans la pièce où elle se retrouva assise sur le fauteuil sans avoir eu le temps de prendre réellement conscience de ce qui se passait. 

Les secours s'organisent

Dans la rue, quatre personnes furent blessées à des degrès divers surtout par des éclats de verre, l'une d'elle, une personne plus âgée, en état de choc, sera transportée à l'Hôpital Civil par l'ambulance arrivée sur les lieux tandis que les trois autres, dont deux enfants, purent regagner leur domicile après des soins reçus sur place. Parmi elle se trouvait une dénommée Annie qui deviendrait, dix ans plus tard, une collègue de travail. 

Sur la Grand'Place, les forains étaient occupés à monter leur métiers, au bruit de l'explosion, ils se précipitèrent avec des extincteurs et purent ainsi maîtriser un début d'incendie avant que celui-ci ne prenne de l'extension. Sous les ordres du commandant Verbanck, les pompiers dont la caserne se trouvait encore à la place Saint-Pierre furent rapidement sur les lieux, ils pénétrèrent dans le bâtiment à la recherche d'éventuelles victimes tandis que les agents de la police communale fermaient la rue à toute circulation. Heureusement, les propriétaires de ce restaurant, ouvert depuis deux mois à peine, étaient absents, profitant du jour de fermeture pour se rendre à Anvers chercher de la marchandise.

La surprise fut désagréable pour les deux automobilistes français et leurs familles, originaires du Pas de Calais et du Nord, lorsqu'ils revinrent de promenade et découvrirent une rue jonchée de gravats, un bâtiment totalement dévasté, d'importants dégâts aux autres immeubles et surtout... leurs véhicules, deux Citroën 2CV, écrasés sous les éléments de la façade. 

A l'annonce de cette explosion, le bourgmestre, Louis Casterman, se rendit sur place accompagné de quelques responsables communaux.

L'enquête

L'enquête va permettre de réaliser, à postériori, qu'on avait échappé à des conséquences qui auraient pu être dramatiques. L'explosion avait été si violente que la toiture des ateliers du "Garage de la Grand'Place", tenu par Mr et Mme Jean Van Petegem, situé à l'arrière du restaurant avait été détruite sur plusieurs mètres et que de lourds couvre-murs en béton avaient été déplacés par le souffle puissant. Tout le matériel exposé dans le magasin de Mr Ghislain, en face du restaurant, était détruit ainsi que les enseignes lumineuses, certains murs étaient criblés d'éclats. Une dizaine d'immeubles voisins du restaurant avaient été, plus ou moins, gravement endommagés.

Il sera également déterminé que l'origine du sinistre résidait dans une fuite de gaz intervenue au niveau d'un raccordement dans la cuisine. Le gaz s'était accumulé dans l'immeuble et la mise en marche du moteur d'un réfrigérateur avait produit l'étincelle fatale. 

Profitant de ces circonstances, des petits malins emportèrent, comme trophée, presque toutes les photos exposées dans les vitrines du cinéma Scala, une salle spécialisée dans la projection de film "légers". 

C'est avec stupeur que les propriétaires découvrirent ce qu'il restait de leur bien, à leur retour, dans le courant de la soirée. 

(sources : presse locale,  "Le Courrier de l'Escaut " et "Le Nord-Eclair" datés des 11 au 15 mai 1966)

S.T. septembre 2012

27/08/2012

Tournai : ce jour-là, le 22 octobre 1984

Un décor paisible.

Il existe à l'ombre des cinq clochers, comme partout ailleurs, des rues tranquilles, des lieux de résidence, sans activité commerciale, encore moins industrielle, des oasis de calme au centre-ville. Parmi celles-ci, la rue Garnier relie la place Reine Astrid à la rue de la Tête d'Or. Dans les années quatre-vingt, la sérénité qui y règne n'est dérangée que par le passage de piétons qui y trouvent un raccourci pour se rendre au GB ou au piétonnier de la Croix de Centre ou d'automobilistes qui veulent éviter le carrefour du beffroi déjà bien encombré aux heures de pointe.

Depuis le restaurant les Trois Pommes d'Orange, situé à l'angle de la rue du Parc, jusqu'en face de la rue de la Loucherie, une rangée de coquettes maisons aux façades blanches composées d'un rez-de-chaussée et d'un étage mansardé, datant du début des années cinquante, abritent, pour la plupart, des personnes du troisième âge. Elles sont construites en retrait de la voirie, séparées de celle-ci par un large trottoir et une pelouse. Tout y est propre, un lieu d'habitation presque idyllique se dresse à deux pas de la vénérable cathédrale Notre-Dame. 

Un fait divers.

La belle ordonnance des lieux et son calme vont être profondément bouleversés en ce matin du lundi 22 octobre 1984. Vers 7h15, une formidable explosion retentit, elle secoue tout le quartier réveillant probablement à plusieurs centaines de mètres à la ronde ceux qui avaient peut-être songé flâner au lit. La maison située au n° 4 de la rue Garnier vient de voler en éclats. Elle a été littéralement soulevée avant de s'effondrer dans un fracas. Un habitant de la place Reine Astrid, un pompier qui n'est pas en service, se précipite. On sait que deux personnes vivent dans cet immeuble dont il ne reste plus qu'un mont de gravats : Mgr Thomas, Vicaire-Général à la cathédrale, âgé de 75 ans et sa soeur Marie Louise, 78 ans. Notre secouriste saute dans le trou qui remplace la maison et parvient à extraire la vielle dame. Celle-ci, bien que profondément choquée, est saine et sauve, elle a la présence d'esprit de signaler aux pompiers et à la police arrivés rapidement sur les lieux qu'elle était seule au moment de l'explosion, son frère étant parti célébrer la messe à la cathédrale, environ une demi-heure plus tôt. Prévenu, celui-ci revient et, également choqué après la découverte des lieux du sinistre, est transporté à l'Hôpital en compagnie de sa soeur. 

Les pompiers sont appelés dans la maison voisine où un début d'incendie a été provoqué dans la cave. Des étagères et une importante collection de vieilles bouteilles de vin vont souffrir des effets de cette flamme qui est arrivée de l'extérieur, trouvant probablement son origine dans l'embrasement d'une poche de gaz. 

D'un côté, l'onde de choc est venue buter sur l'étranglement de la rue Garnier à hauteur du croisement avec la rue de la Loucherie, de l'autre, elle a débouché sur la place Reine Astrid secouant avec violence fortement portes et fenêtres de la Salle des Concert au point que le concierge du conservatoire, sentant le bâtiment vibrer, pense qu'une des chaudières de l'établissement vient d'exploser. 

Les habitants du quartier se sont précipités, de nombreuses habitations ont subi des dégâts, ainsi la maison d'une antiquaire située dans la rue du Parc adjacente a été traversée par le souffle de l'explosion, toutes les vitres sont cassées, de précieux objets de collections, de magnifiques pièces de porcelaine ont été jetées bas et brisées. Toutes les habitations allant du n°2 au n°10 sont touchées, les volets ont été comme forcés, portes et vitres ont éclaté, il en est de même pour les maisons situées à l'arrière, dans la rue de la Wallonie.

Une enquête approfondie.

il ne viendrait à l'idée de personne de nier qu'on se trouve devant une explosion de gaz, mais l'enquête va devoir déteminer l'origine de celle-ci. Se trouve-t-elle à l'intérieur de l'habitation ? Quel est l'élément qui a pu la déclencher ? 

Mademoiselle Thomas a pu donner quelques renseignements à ce sujet avant son évacuation vers l'hôpital. C'est au moment de se lever, alors qu'elle tirait sur le cordon pour allumer la lumière qu'elle a été projetée par l'explosion. Par chance, elle va être protégée par un pan de toit et on la retrouvera sur les gravats entre le mur mitoyen et le toit. 

Durant les deux jours qui vont suivre, les ouvriers communaux et ceux d'une entreprise tournaisienne spécialisée dans le déblaiement vont enlever tout ce qui encombre la rue interdite à la circulation. On va découvrir qu'une taque en fonte  a été projetée à près de 150 mètres, on va également se rendre compte que le réseau d'égouttage a fortement souffert de l'évènement. les enquêteurs arrivés sur place vont faire une première constatation, les dalles en ciment du trottoir ont été soulevées et éjectées et que la maison, comme c'est souvent le cas lorsque l'origine de l'explosion réside à l'intérieur, n'a pas été coupée en deux. Un autre élément pose question : Mgr Thomas s'est levé une demi-heure avant l'explosion, a lui aussi allumé la lumière et rien ne s'est passé. Il faudrait une rupture importante d'une canalisation de l'habitation pour provoquer un tel sinistre. 

La cause du sinistre

Certains habitants de la rue Garnier vont révéler la présence d'une odeur de gaz quelques jours avant les faits. 

Le troisième jour de l'enquête, une découverte importante va être effectuée, une canalisation de transport de gaz naturel située sous le trottoir, face à la maison sinistrée est fissurée, celle-ci a été détériorée suite à un affaissement de terrain qui l'a mise ne porte-à-faux. Il faut savoir que depuis plus d'un mois des pluies abondantes s'abattent sur la région et le sous-sol a été miné par les infiltrations d'eau dans le remblai sur lequel a été rebâtie la rue Garnier. Une épaisseur de sable sur laquelle sont posées les dalles du trottoir a formé une couche imperméable empêchant ainsi le gaz de se répandre en surface. Celui-ci a donc trouvé un autre chemin et s'est introduit dans les caves des immeubles situés en face de la fissure. Quand la chaudière au fuel s'est mise en marche, l'explosion a eu lieu, le gaz enflammé a été chassé dans les égouts projetant dans les airs la plaque d'une bouche distante d'une vingtaine de mètres du lieu de l'explosion, c'est elle qu'on a retrouvé à plus de cent cinquante mètres. 

Dans l'attente des résultats de l'enquête et des réparations, durant de nombreux jours, les habitations du quartier vont être privées de gaz et d'électricité, les assurances estiment le montant des dégâts à plus de cinquante millions de francs de l'époque (envion 1.240.000 euros), la maison sinistrée et probablement celle qui la touche devront être reconstruites, des vitres, des portes, des toitures, une voirie devront subir d'importantes réparations. Les chiffres sont précis, mais on ne pourra néanmoins jamais estimer le traumatisme subi par les personnes qui vécurent ce moment, le 22 octobre 1984.

Ce fait divers aurait pu générer un véritable drame, car dès 7h30, nombreux étaient les étudiants, les travailleurs et ensuite les ménagères qui empruntaient cette rue pour se rendre à l'école, au bureau ou dans la grande surface de la rue de la Tête d'Or.  

(sources : journaux "Nord-Eclair" et "Courrier de l'Escaut" des 22 au 31 octobre 1984).

(S.T. août 2012)

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, explosion, fait divers, rue garnier, mgr thomas, gazometre |

11/05/2012

Tournai : l'année 1919 sous la loupe

Le pays qui a déclenché la guerre est, à son tour, plongé dans la tourmente. Le début de l'année 1919 voit la création du parti communiste allemand ou "Ligue Spartakus". A peine fondé, celui-ci déclenche une insurrection, rejoint par les sociaux-démocrates indépendants berlinois. Cette révolte sera matée en moins de deux semaines. Le 15 janvier, la révolutionnaire Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht sont assassinés. Le 11 février, l'Allemagne se dote d'un président, le social-démocrate Friedrich Ebert et le 21 du même mois, le dirigeant social-démocrate indépendant des Conseils de Bavière, Kurt Eisner, est lui aussi assassiné à Munich. 

On va assister, dans le courant de cette année, à la signature de différents traités de paix, le 28 juin, tout d'abord au château de Versailles entre les Alliés et l'Allemagne. Le "Traité de Versailles" doit entrer en vigueur en janvier 1920. Le 10 septembre, à Saint-Germain en Laye est signé le traité de paix entre les Alliés et l'Autriche et le 27 novembre, à Neuilly-sur-Seine, entre les Alliés et la Bulgarie.

L'actualité nationale est marquée par les conséquences de la guerre. Le 30 janvier, la Belgique reçoit des alliés dix milliards de francs d'indemnités. Les manifestations et mouvements sociaux sont nombreux, le 24 février les débitants d'alcool manifestent contre le projet de loi Vandervelde sur la répression de l'alcoolisme, le 4 mars, les ouvrier de la métallurgie défilent à Charleroi pour réclamer la journée des huit heures et le 11 mars la sidérurgie liégeoise est en grève pour le même motif. Au printemps, la loi instaurant le suffrage universel à 21 ans est adoptée tandis qu'en octobre une autre loi instaure la Société Nationale des habitations à bon marché. 

Une information en rapport avec le monde littéraire passe pratiquement inaperçue, en juillet, notre compatriote Maria Nys épouse l'auteur du "Meilleur des Mondes", l'écrivain britannique Aldous Huxley. Le même mois, le belge Firmin Lambot remporte le premier Tour de France d'après-guerre et en décembre le prix Nobel de médecine est attribué au bactériologiste Jules Bordet. 

A la lecture de ces évènements, on en arriverait à oublier la guerre, c'est loin d'être le cas et à Tournai, chaque information qui paraît dans la presse est là pour la rappeler. 

A partir de janvier 1919, on assiste à une vague d'arrestations de Tournaisiens ayant eu des accointances avec l'ennemi (femmes maîtresses de soldats allemands, dénonciateurs, personnes ayant fourni des vivres à l'occupant) ou s'étant enrichis de façon malhonnête (marché noir). Si les procès furent nombreux, celui du 26 juin 1919 a retenu notre attention. Il est relatif à des faits graves de compromission avec l'ennemi et amène à la barre les dénommés Charles H., 22 ans, ébéniste, Liévin G., prêtre français de 43 ans domicilié à Tournai et Léon C, 19 ans, étudiant. Charles H. et Léon C. se rendaient chez des particuliers, les mettaient en confiance, souhaitaient acheter, si cela était possible, des marchandises destinées à une oeuvre humanitaire. Au moment de la transaction, la police allemande surgissait. Le prêtre a, notamment, joué le rôle de provocateur chez un notaire de Tournai. De nombreux témoins défilent, certains présentent l'abbé G. comme un fantasque dont l'autorité écclesiastique se méfiait. H. sera condamné à deux fois quatre années de prison et à 500 francs d'amende, les deux autres à quatre années d'emprisonnement et à une forte amende. 

Au mois de mai, un comité est constitué afin de récolter des fonds pour l'érection d'un monument à la mémoire des "Enfants de Tournai", mort pour la patrie au cours du conflit qui vient de s'achever. Afin de rassembler les fonds nécessaires pour ériger ce "monuments aux morts", une fête est organisée au cinéma Palace le samedi 10 mai. 

Pour beaucoup d'habitants la situation est difficile, on vit avec le strict minimum et certains tentent de s'enrichir par des procédés malhonnêtes. Les larçins seront nombreux. Un vol important est commis le samedi 17 mai au bureau de ravitaillement, à la Grande Boucherie. Le mardi 20, le voleur est arrêté, les policiers sont surpris en raison de son âge, Charles D, demeurant à la rue Duquesnoy, est âgé... de 14 ans. Les dépenses auxquelles il s'est livré la veille ont attiré l'attention des commerçants qui ont prévenu la police. Il explique qu'il n'avait eu qu'à passer la main sous le papier qui remplaçait le vitrage du bureau pour s'emparer d'une enveloppe contenant 2.253 francs. Il dit aussi qu'il a partagé cette somme avec ses amis qui l'avaient encouragé à le commettre et qu'avec sa part du butin, il s'était acheté un vélo et en avait offert un autre à la petite fille avec laquelle il jouait. Des 500 francs qu'il avait conservés, il ne restait plus que 75 francs. Un des jeunes bénéficiaire du partage avait caché une somme de 306 francs sous les débris du pont de Fer, cette somme a été retrouvée par les policiers à l'endroit désigné par le jeune voleur. Cette affaire va donner lieu à d'autres perquisitions puisque l'enquête amène les policiers vers d'autres pistes. 

A partir du lundi 3 juin, la population est invitée à se rendre à l'administration communale afin de retirer les documents nécessaires aux demandes de dommages de guerre. 

Le samedi 21 juin, une terrible explosion se produit, vers 12h30, au hameau des Petits Bois à Maulde, dans une maison située à une centaine de mètres de la voie de chemin reliant Tournai à Bruxelles. On va dénombrer cinq morts, le propriétaire de la maison, Mr Camille Cauchy, 52 ans, ses deux fils âgés de 18 et 12 ans, sa belle-soeur, Angelina Lochegnies qui venait juste d'arriver de Tournai où elle habitait et un militaire britannique. Les deux filles de la maison qui se tenaient à distance de la cour où les faits se sont déroulés seront gravement blessées aux jambes. L'épouse a la vie sauve parce qu'elle se trouvait à ce moment là dans la cave. Que s'est-il passé au milieu de cette cour ? Un soldat britannique était venu rendre visite aux époux Cauchy, chez qui il avait été accueilli, en amenant deux obus. Il voulait faire don des corps en cuivre de ceux-ci à la famille, c'est au moment où il désamorçait l'un d'entre eux que l'explosion se produisit, probablement en raison d'une mauvaise manipulation. 

Le vendredi 27 juin, Edmond Wibaut est installé au poste de bourgmestre de la ville de Tournai. Quelques semaines plus tôt, il avait été acclamé par la population lors de son retour de déportation. En 1916, il avait refusé de livrer au général allemand, commandant d'étape, la liste des ouvriers chômeurs et avait été envoyé à Holzminden en compagnie de travailleurs de Tournai et de Templeuve.

Le 21 juillet, la Fête Nationale revêt un faste particulier. On constate souvent que les guerres insufflent toujours un esprit patriotique, un élan de civisme qui va, par la suite, disparaître avec l'arrivée des générations suivantes qui n'auront pas connu les affres des conflits.

Le dimanche 21 août Tournai rend hommage à une de ses héroïnes, Gabrielle Petit, fusillée par les Allemands le premier avril 1916 pour espionnage, dans le quartier saint-jean où elle habitait avant la guerre. un comité est créé afin de trouver les fonds pour ériger un monument à sa mémoire. Trois jours plus tard, le 24 août, un autre hommage était rendu, aux soldats territoriaux de Vendée massacrés par les Allemands dans le quartier du faubourg de Morel dans un horrible corps à corps. 

Les "réclames" ont fait leur réapparition dans le journal, on y découvre parmi tant d'autres, celle pour la "Boucherie américaine", située au n° 16 de la rue de l'Yser, qui vend du boeuf bouilli à partir de trois francs le kilo et de la viande frigorifiée extra en quartiers, celle également de la brasserie Saint-Pierre à Vaulx qui recommande sa bière de Noël, double brune extra, vendue 75 francs pour 150 litres, celle encore de la "Maison Veuve Lecrenier", au coin de la rue des Chapeliers et de la rue de Paris, qui propose ses articles de ménage et d'éclairage, spécialiste des lanternes tempête américaine à levier, qui ne s'éteignent pas, brûlent dix-huit heures et dégagent ni odeur, ni fumée. Notons toujours dans le même domaine, cette "Tisane des Pères Dominicains" qui guérit la constipation, les migraines, les hémorroïdes, les maladies du foie, de l'estomac, de la peau ou des reins ainsi que la grippe. Encore un de ses nombreux médicaments miracles vendu par boîte au prix d'un franc et cinquante centimes. Tout cela pourrait nous faire oublier que le ravitaillement est toujours d'actualité en cette année 1919.

(sources : Le Courrier de l'Escaut - année 1919)

28/03/2012

Tournai : l'année 1911 sous la loupe (3)

En cette année 1911, une nouvelle affaire judiciaire va s'étaler tout le long du mois de mai dans les pages du "Courrier de l'Escaut", on l'appelle l'affaire du chantier de l'hôpital militaire. Celui-ci est en construction, il sera inauguré à la veille du premier conflit mondial et prendra, à la suite de ce dernier, le nom d'Hôpital militaire "Quartier Major Médecin De Bongnie".

Les uns après les autres, entrepreneurs, ouvriers, militaires ou civils chargés de la surveillance du chantier sont convoqués devant le tribunal suite à la découverte de malfaçons et de fraudes organisées à une vaste échelle. Voici une partie de ce qui a été relevé par les enquêteurs et qui motive que cette affaire soit portée à la connaissance de la justice :

"les couvertures de zinc devaient être faites suivant le système dit "Vieille-Montagne" qui a pour but de palier aux dilatations du métal alors que les zingueurs se sont simplement contentés de souder les zincs. Pour cinquante-deux fenêtres de la façade principale, le scellement des grilles a été effectué avec du ciment alors que le cahier des charges précisait qu'il devait être fait au plomb. Les hachelets étaient presque tous en pierre de Tournai au lieu de petit granit, pour leur scellement on a utilisé 8m3 de béton à la place des 60m3 repris sur le bordereau de livraison. Les appareils sanitaires placés étaient en fonte brute, alors que de la fonte émaillée avait été demandée. Les fenêtres à guillotine n'étaient pas du système Vinck comme stipulé au cahier des charges mais des contrefaçons grossières, les bois utilisés pour les charpentes étaient d'une qualité inférieure à celle exigée par l'architecte et portées au cahier des charges...etc..."

La liste des manquements est beaucoup trop longue à énumérer, la fraude porte sur de très nombreux postes du cahier des charges et concerne donc des montants importants. 

Des révélations faites par des ouvriers sont effarantes, ainsi on apprend, par exemple, qu'en brûlant des vieux papiers sans importance, certains carnets d'ordre et bordereaux de travaux avaient, malencontreusement, pu être jeté au feu. Entrepreneurs et ouvriers déclarent qu'ils n'ont fait qu'obéïr aux ordres du commandant H. représentant le maître d'oeuvre, c'est-à-dire le Ministère de la Défense Nationale.

On s'achemine vers la fin du procès, celle-ci est fixée au samedi 2 juin, lorsque la Défense Nationale décide in-extremis de se porter partie civile. Ce nouvel élément va interrompre le déroulement du procès. Quelques semaines plus tard, cette demande de constitution de partie civile est examinée et rejetée. Le procès est remis à une date ultérieure. La consultation minutieuse des journaux jusqu'à la fin du mois de décembre ne permet pas de déceler une reprise de celui-ci. L'affaire a-t-elle été étouffée vu l'ampleur qu'elle avait prise ? On le saura peut-être en consultant la presse de l'année suivante. 

Lors du dernier mois de l'année deux drames vont marquer l'actualité tournaisienne.

Le premier se déroule le jeudi 7 décembre à Blandain, petit village à proximité de la cité des cinq clochers. A quelques centaines de mètres de la gare se dresse le Couvent des Soeurs de la Visitation, ce bâtiment à vocation scolaire abrite près de deux cent pensionnaires et de nombreuses religieuses. Une remise mitoyenne sert à la préparation de l'acétylène destinée à l'éclairage de l'établissement. Durant le repas du soir, vers 7h1/4, la lumière se met à baisser dans les locaux. Les deux religieuses chargées de veiller au bon éclairage se rendent dans la réserve, munie d'une lanterne à flamme, car il fait déjà nuit noire à ce moment de la journée. Comme elles le font d'habitude, elles se gardent bien d'entrer dans le local avec une flamme et déposent la lanterne sur le rebord de la fenêtre, afin de pouvoir se diriger à l'intérieur. Cette fenêtre était-elle bien étanche, y-avait-il une fissure dans le châssis ? Dès qu'elles pénètrent, une terrible déflagration se fait entendre, les maisons du village sont ébranlées, des fenêtres sont pulvérisées à plusieurs centaines de mètres du lieu de l'explosion, des lampes sont soufflées dans des habitations situées de l'autre côté de la voie ferrée, la détonation est perçue dans le village voisin de Templeuve et des habitants de Pecq déclarent l'avoir entendue. Une des deux religieuses a été projetée à plus de vingt mètres de la remise dont il ne reste rien, elle a cessé de vivre, l'autre est très gravement brûlée et soignée par le Docteur Richard, le médecin du village accouru sur les lieux. Aucune autre personne se trouvant dans le bâtiment n'a été blessée mais toutes sont profondément choquées. 

Le second fait a pour cadre la rue Du Quesnoy à Tournai. Le mercredi 20 décembre, Marie H, une jeune femme de 25 ans se rend comme tous les jours à la même heure à son travail à la "Linière Tournaisienne". Elle est séparée de son mari, un certain Jules L., débardeur, un homme jaloux et violent. Elle ignore que celui-ci guette son passage et, vers 8h30, elle est assaillie par l'homme qui lui donne un premier coup de couteau et, alors qu'elle tombe, il parvient encore à lui asséner sept autres coups. Des ouvriers alertés par des cris accourent et voient l'homme ramassé le parapluie de son épouse et replier son couteau avant de leur dire, cyniquement : "maintenant, je suis content, j'ai accompli mon idée". Sur ces mots, il se dirigea vers la rue de Pont. La police arrivée sur place se mit à sa poursuite. Rattrapé, il fut conduit au commissariat de police où il ne montra aucun regret pour l'acte commis. La jeune femme fut soignée sur place par le Docteur Plancquaert avant d'être transférée à l'hôpital civil dans une voiture-hamac (expression utilisée à l'époque pour désigner une ambulance). Elle se remettra de ses blessures, les coups de couteau ayant été donnés dans les omoplates, aucune partie vitale n'a été touchée.

Je vous rappelle que notre rétrospective est consacrée à ce qu'on nomme la "Belle Epoque", nos contemporains pensent que tout allait mieux jadis !

(sources : "le Courrier de l'Escaut de l'année 1910").  

 


03/07/2008

Tournai : l'année 1966 sous la loupe (2)

L'année 1966 fut excellente sur le plan culturel à Tournai, marquée par des évènements exceptionnels. Le 8 septembre, la cathédrale Notre-Dame accueille, dans le cadre du Festival International musical du Hainaut, deux cents musiciens et choristes dirigés par Meredith Davies, accompagnant les solistes Elisabeth Harwood, Norma Procter, Duncan Robertson et Raimund Heirinck dans une magistrale interprétation du "Messie" de Haendel. Le lundi 10 octobre, toujours dans le cadre de ce même festival, les mélomanes ont rendez-vous, à la Halle-aux Draps, avec le "Quatuor Parennin", un des plus renommés au monde, dans un concert de musique de chambre qui va en enchanter plus d'un. Le mercredi 16 octobre, Aldo Ciccolini, un des plus grands pianistes d'alors, s'arrête à Tournai pour un concert à nouveau dans le cadre du Festival du Hainaut. Quelques jours plus tard, Jean Claude Vanden Eynde revient dans la cité des cinq clochers, à l'affiche du concert du Conservatoire. Enfin, en novembre, le gala de l'école d'infirmières Jeanne d'Arc est fortement apprécié par le public, Clotaire Ladam dirige l'orchestre de l'ORTF de Lille, dans un concert consacré à Beethoven, avec la participation de la pianiste Marie Thérèse Fourneau.

Les amateurs de théâtre ne sont pas en reste, si la saison du théâtre lyrique ne remporte plus un grand succès (sa formule doit peut-être être revue), la venue en octobre d'André Luguet dans la pièce d'André Roussin, "Lorsque l'enfant paraît", déplace la foule en la Halle-aux-Draps. A ses côtés, Christiane Lenain et Jean Pierre Loriot, entre autres, recueillent aussi une part du succès. De même, le 10 novembre, le Théâtre du Parc vient présenter "La brune que voilà" une pièce de et avec Robert Lamoureux mais avec également Serge Michel, Liliane Vincent et Colette Emmanuelle.

Pour la première fois depuis près de douze ans, aucun grand cirque ne vient dresser son chapiteau sur la plaine des Manoeuvres. Le cirque "Tyroler" qui s'y installe en octobre, gardera un mauvais souvenir de son passage dans notre ville. Astrid, l'éléphanteau vedette, meurt empoisonné probablement par un visiteur de la ménagerie qui n'a pas respecter l'interdiction de nourrir les animaux. Cette information relève déjà des faits divers.

Ceux-ci furent nombreux en cette année 1966, le lot habituel des accidents mortels de la circulation, des ouvriers ensevelis par l'éboulement des terres d'une excavation qu'il étaient en train de réaliser, des vols et des arrestations mais surtout, une catastrophe évitée de justesse. Le mardi 10 mai 1966, la Grand'Place est envahie par les métiers forains venus pour la traditionnelle "Foire de Mai", à deux pas, dans la rue des Maux, une explosion détruit le restaurant "Hong Kong" sis au numéro 9 (anciennement à l'enseigne de la Pucelle d'Orléans). Heureusement, c'était le jour de fermeture hebdomadaire. L'explosion fera néanmoins 4 blessés légers, des passants atteints par les éclats de verre des vitrines pulvérisées par le souffle. Les dégâts seront importants, deux automobilistes français qui avaient stationné leurs véhicules devant le restaurant les retrouvèrent écrasés sous la façade de celui-ci. Ce jour là, l'Optimiste se trouvait à proximité, il se souvient de cette petite dame agée, à la fenêtre de l'étage du magasin Normandie, propulsée dans son divan par le souffle de l'explosion. Dans un prochain article, nous parlerons des évènements exceptionnels qui marquèrent également le domaine sportif en cette année 1966 à Tournai...