04/12/2013

Tournai : l'année 1851 sous la loupe.

Après avoir passé en revue les évènements des années 1849 et 1850, nous abordons l'année 1851. Nous la survolerons rapidement car la lecture du journal nous apporte des informations qui, au niveau local, ne diffèrent pas beaucoup de celles des années précédentes. Une monotonie risque donc de s'installer et de lasser le lecteur.

Sur le plan international, l'information principale nous vient de France, où un véritable coup d' état est réalisé, le 2 décembre, par le Président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte. A quelques mois de la fin de son mandat et de l'interdiction qui lui était faite par la Constitution de se représenter, l'homme qui avait probablement pris goût au pouvoir, édicte des décrets amenant la dissolution de l'Assemblée Nationale, instaurant le rétablissement du suffrage universel (pour les hommes seulement, les femmes n'ayant pas le droit de vote à cette époque) et préparant une nouvelle constitution qui remplacerait celle de la seconde république. Un an plus tard, il deviendra, Napoléon III, empereur des Français. Opposant déclaré à ce Prince -Président, l'écrivain Victor Hugo arrive à Bruxelles, le 12 décembre, sous une fausse identité.  

L'année 1851 verra la disparition de la romancière anglaise Mary Shelley, le 1er février, à l'âge de 54 ans, connue pour son roman : "Frankenstein ou le Prométhée moderne" et du Français Louis Daguerre, le 10 juillet, à l'âge de 64 ans, peintre mais aussi un des inventeurs de la photographie.

Sur le plan national, l'année sera marquée par les remous politiques suscités par le projet de loi du ministre libéral Frère-Orban concernant les droits de succession. Afin de venir en aide aux classes les plus déshéritées, celui-ci souhaite imposer un léger sacrifice aux classes supérieures par l'instauration d'un impôt de 1% sur les successions en ligne directe. Seulement voilà, à cette époque, le droit de vote dit "censitaire" était accordé aux plus fortunés. Le gouvernement chutera en juin sur ce sujet et les "Catholiques", farouches opposants à ce projet, verront leur représentation renforcée. Néanmoins, après les élections, le roi Léopold Ier demande à Frère-Orban de poursuivre son projet tout en l'amendant (pour ménager la chèvre et le chou !). Le nouveau projet, pourtant fort édulcoré, sera une nouvelle fois rejeté. Outré, le Roi propose de le soumettre au vote des électeurs. Après ce scrutin, il sera finalement adopté, le 22 novembre, mais ressemblera à une coquille vide. Il aura coûté une vingtaine de sièges aux "Libéraux" et renforcé des "Catholiques", peu enclins à prendre aux plus riches pour donner aux plus pauvres. Comprenne qui pourra !

Sur le plan local, voici une sélection d'informations traduisant au mieux la vie quotidienne, pour rappel, un titre a été apporté, les articles n'en possédant pas à l'époque, étant tous repris sous celui de "Chronique locale".

Drame de la jalousie.

Voilà, hélas, un sujet aussi vieux que le monde.

"Une jeune fille, étrangère paraît-il à la province, a reçu au village de Templeuve (fusionné avec Tournai en 1977), dans la matinée du dimanche 5 janvier, un coup de pistolet à bout portant, en pleine poitrine. Mr. Le Procureur du Roi et Mr. Belin, 2e juge d'instruction, se sont rendus sur les lieux. Le prévenu a été arrêté. La victime a été traversée d'outre en outre par la balle. En grand danger de mort, elle a reçu les secours de la religion et, calme et résignée, elle a, hier (le mardi 7 janvier), fait ses déclarations aux magistrats qui l'ont entendue avec tous les ménagements que réclame son état. Le prévenu est l'amant de la victime qui l'avait, paraît-il, délaissé".

Exécution capitale.

La peine de mort était encore régulièrement prononcée et exécutée. 

"Pour la deuxième fois, la place Verte vient encore d'avoir sa tragédie sanglante. Alexandre D. de Froidmont (notons que l'identité complète du coupable était alors rapportée, la Loi dite "Franchimont" du nom de cet avocat qui en a eu le projet, votée il y a quelques années, ne permet plus de donner les identités des victimes et des auteurs, tout au plus une initiale ou un nom d'emprunt. Si elle protège les malheureuses victimes, elle passe également sous silence les identités des pires criminels) condamné à la peine capitale par la cour d'Assises du Hainaut, a subi sa peine, ce matin (15 janvier) à 9h. Une foule immense assistait à cette lugubre cérémonie (!). Voici quelques détails sur les derniers moments de ce malheureux. Alexandre D., élevé bien chrétiennement dès sa tendre enfance, a senti le sentiment religieux renaître en son cœur et le dominer déjà à la prison de Mons. Profitant de la grâce des jubilés, accordée aux personnes, il s'y est approché des Sacrements. A la prison de Tournai (le jour de son exécution), il servit lui-même la messe durant laquelle il devait communier, il avait longtemps été enfant de chœur. Au moment d'être livré à l'exécuteur des hautes œuvres, il déclara d'une voix forte : Mes amis, profitez de mon triste exemple, je demande pardon à Dieu et aux hommes, je donne mon âme au Ciel et mon corps à la terre. Une minute plus tard, la justice humaine était satisfaite !"  

C'était beau, c'était grand, c'était triste, c'était digne des "Misérables" de Victor Hugo ou autres romans mélo-dramatiques écrits à l'époque.

Catastrophe ferroviaire. 

L'année sera marquée par deux déraillements de train à hauteur du village d'Havinnes. Ils seront spectaculaires, feront d'importants dégâts mais heureusement pas de victime. Voici la relation du premier.

"Un terrible accident est arrivé dimanche (le 6 avril), vers 8h1/2 du soir, au convoi de Tournai à Jurbise. Pour une cause que nous ignorons encore, le convoi a déraillé au-dessus d'Havinnes, mais avec une telle violence que la locomotive fut renversée, sens dessus-dessous et le machiniste lancé à plusieurs mètres de là. Plusieurs voitures ont été brisées, mais sans occasionner de malheur. La nouvelle de cette catastrophe est arrivée vers neuf heures à la station de Tournai où l'on s'empressa d'envoyer des voitures pour recueillir les voyageurs. Quant au machiniste, ce n'est que deux heures après l'accident qu'il fut retrouvé, il était blessé à la jambe".

Marché aux Fleurs.

Celui-ci avait lieu le vendredi 18 avril.

"Ainsi que nous l'avions prévu, rien de réel, de varié comme les nombreuses collections de fleurs exposées sur le quai du Château qui est transformé en un véritable jardin d'été où se presse une foule brillante, l'élite de notre population et des villes voisines. Dès six du matin, le marché est envahi par les acheteurs, ainsi les transactions ont-elles été nombreuses. Ajoutons que le soleil n'a pas peu contribué à faire de ce marché l'un des plus importants du pays".

Inondations.  

Lu dans le journal du vendredi 2 mai.

"La situation des eaux de l'Escaut présente quelque chose d'effrayant pour toute la magnifique vallée de ce fleuve depuis Tournai jusqu'à Gand, c'est-à-dire sur un parcours de vingt-cinq lieues. Les eaux, loin de diminuer, augmentent encore chaque jour et maintenant l'escalier du radier du Pont Notre-Dame en cette ville marque dix-huit pieds d'eaux de hauteur (mesure de longueur qui valait 0,3248 m soit ici 5,85 m environ). Dans les villages, en aval de Tournai, les terres basses sont inondées comme lors de la grande inondation d'avril 1850. Cette inondation s'étend souvent à plus d'un quart de lieue de largeur (une lieue valant 4,445 km, cela donnerait ici un ordre de grandeur de plus d'un kilomètre de part et d'autre du fleuve !)".

L'ivresse peut être dangereuse.

Si l'ivresse au volant est souvent responsable d'accidents graves de la circulation à notre époque, le fait que nous rapporte le journal du 12 juin montre qu'elle pouvait parfois avoir des conséquences tragiques même pour une personne assoupie.

"Hier, un individu pris de boisson, s'était endormi près du jeu de fer d'un cabaret de la rue Clercamps. Il dormait depuis quelques temps déjà mais d'un sommeil agité, quant tout à coup, il tomba par terre, face en avant. Par malheur, dans sa chute, il rencontra l'extrémité du jeu qui l'atteignit à la tempe et le tua sur le coup. Le malheureux laisse une veuve et six enfants".

Les élections.

Les élections qui se déroulèrent à la fin septembre ont donné les résultats suivants à Tournai :

Parti Ministériel : 570 voix, parti Conservateur (Mr. Dumon) 1.070 voix.

Dans le pays, le parti Ministériel remporte 21.744 voix et le parti Conservateur 28.823 voix.

Drame de la folie ordinaire.

"Ce matin (mardi 14 octobre), un ouvrier de la rue Marvis, en proie à un accès de fièvre, a voulu se suicider en se jetant dans un lieu d'aisance. Mais il a été empêché dans son funeste dessein par les domestiques de Mr. Rucq qui parvinrent à le retirer avant que l'asphyxie fut complète".

Avec ce nouveau fait divers se termine cette revue des évènements qui marquèrent l'actualité tournaisienne au cours de cette année 1851, une année sans grand relief !

(sources : Le Courrier de l'Escaut, éditions de l'année 1851 et "Chronique de la Belgique", édition de 1987). 

S.T. décembre 2013