14/12/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (10)

Certains lecteurs auront remarqué que l'ordre alphabétique de présentation des entités qui prévalait jusqu'alors n'a pas été respecté lors du dernier article paru dans cette rubrique, c'était simplement pour ne pas dissocier les trois entités appartenant au Pays des Collines. Nous partons à la découverte d'Enghien et d'Estaimpuis

Enghien.

La "cité d'Arenberg", comme on la surnomme, est située sur la Nationale 7 qui relie Tournai à Bruxelles. Elle est distante d'environ cinquante kilomètres de la cité des cinq clochers. Jadis, dans l'esprit de certaines personnes interrogées, la ville d'Enghien était avant tout considérée comme une cité-dortoir pour les navetteurs qui travaillent à Bruxelles. M'y rendant régulièrement, même s'il est vrai que de nombreux habitants prennent tous les jours le train pour rejoindre la capitale, voilà un avis outrancier que je ne peux partager car la ville renferme un très riche patrimoine et mérite qu'on s'y attarde. 

L'entité d'Enghien est composée, depuis la fusion des communes de 1976, des anciennes communes d'Enghien, Marcq, Petit-Enghien et Labliau.

La cité, fondée au XIème siècle par Englebert d'Enghien, longe la frontière linguistique et il n'est pas rare de passer de la Wallonie à la Flandre en promenant dans une de ses rues. Elle est de ce fait une commune à facilités linguistiques pour les néerlandophones, les deux communautés vivant en parfaite harmonie.

Au milieu de la place se dresse "l'église Saint-Nicolas" de style gothique dont certains vitraux modernes sont l'oeuvre du célèbre maître-verrier français Max Ingrand (1908-1919) à qui on doit également des vitraux de la cathédrale de Washington, ceux de la Basilique supérieure de l'église de l'Annonciation à Nazareth, de l'église Saint-Désir à Lisieux, la décoration du théâtre du Palais de Chaillot à Paris et la mise en valeur de bien d'autres lieux prestigieux... Au sein de l'édifice, la chapelle Notre-Dame de Messine possède un ancien retable, oeuvre d'un auteur inconnu, évoquant des épisodes de la vie de la Vierge. Je n'ai pas trouvé l'origine du lieu appelé "Porte à Loques" au sein de l'édifice.

Autre lieu religieux à découvrir "l'église des Capucins" datant du XVIIème siècle, en pierre et briques, elle mêle les différents styles : roman, gothique et Renaissance. Cet édifice a été construit par Eustache Heudebault de Templeuve à la demande de Charles d'Arenberg. 

Par les rues et ruelles, on partira également à la découverte du "Couvent des Augustins" et des très nombreuses maisons anciennes.  

Construite sur les fondations de l'ancien donjon des Seigneurs d'Enghien démoli en 1194, la "Maison Jonathas" a connu de nombreux usages au cours des siècles, elle servit notamment à un dépôt de peaux ou au stockage de tonneaux de brasserie. Restaurée en 1986, elle est depuis lors ouverte au public et abrite le musée de la tapisserie d'Enghien.

Enghien est surtout connue par "le domaine d'Arenberg" qui s'étend sur 182 hectares et a été créé par cette famille entre 1630 et 1665. Le château qu'on y découvre a été construit en 1913 par le baron Empain et est devenu propriété de la ville en 1986. Dans le parc, les vastes écuries abritent bien souvent des expositions, concerts et réceptions. Une imposante pièce d'eau invite à la flânerie et à la rêverie. Sur le point culminant du domaine s'élève le "Pavillon des Sept Etoiles", aussi appelé Temple d'Hercule, construit en 1650, il servait à l'origine d’observatoire astronomique.

Le parc d'Enghien et le château d'Enghien sont le théâtre de nombreuses manifestations dont la réputation dépasse les frontières.

En avril se déroule la "Foire de Jardin".

Au début du mois de juillet, le festival "Lasemo" attire des milliers de participants (23.000 en 2016) et propose un panel de spectacles  : cinéma de courts métrages, théâtre, arts circassiens, ateliers de contes, fanfares, gastronomie (20 foodtrucks), artisanat... et aussi trois scènes sur lesquelles se produisent de nombreux artistes, groupes et chanteurs originaires de Belgique et de l'étranger.

Durant la seconde quinzaine d'Août, le château résonne des accords des élèves des Masters Classes venus du monde entier pour participer aux "Rencontres Musicales internationales d'Enghien". En résidence durant deux semaines, de jeunes musiciens de haut-niveau suivent les conseils éclairés de professeurs renommés dans les domaines du chant et la musique. Un concert auquel le public est convié clôture la session.  

Le 4ème dimanche de juin, dans le cadre de la kermesse, se déroule la traditionnelle "Procession de la Saint-Jean", riche d'une trentaine de groupes. 

Dans le village de Marcq les visiteurs seront intéressés par la "Ferme Musée" située à proximité de l'église Saint-Martin, édifice religieux datant du XIIème siècle dont l'orgue figure sur la liste du patrimoine exceptionnel de la Région wallonne. La ferme du XVIIIème siècle qui forme un quadrilatère a été transformée en musée consacré à une rétrospective du monde agricole. Elle possède une importante collection d'outils, un atelier de menuiserie, une laiterie mais aussi, c'est plus surprenant, une collection d'objets datant des deux guerres mondiales  (casques, obus et même un moteur d'avion).

Du village de Petit-Enghien, on retiendra un fait qui marqua l'histoire du cyclisme belge et international : c'est là, en effet, qu'Eddy Merckx remporta sa toute première victoire.

Estaimpuis.

L'entité d'Estaimpuis est située entre Mouscron et Pecq à une quinzaine de kilomètres de Tournai. Depuis la fusion des communes, elles se compose des anciennes communes de Bailleul, Estaimbourg, Estaimpuis, Evregnies Leers-Nord, Néchin et Saint-Léger, le canal de l'Espierre, prolongement du canal de Roubaix, reliant la Deûle (France) à l'Escaut, la traverse. Estaimpuis, commune essentiellement agricole, offre la possibilité de nombreuses balades : le circuit des Censes, du Petit Trieux, la Leersoise, le circuit des deux Leers... Tout au long de celles-ci, on part à la découverte de vieilles fermes, châteaux et arbres remarquables. A Estaimpuis se trouve la savonnerie Mc Bryde, spécialisée dans les produits d'entretien.

Estaimbourg est connu des deux côtés de la frontière grâce à son domaine de Bourgogne, vaste écrin de verdure qui s'étend sur 14 hectares au milieu duquel s'élève le château entouré d'eau. L'été, les visiteurs sont très nombreux à envahir ce parc, royaume des enfants avec le parc animalier et les jeux qui leur sont destinés et des adultes avec le mini-golf, les emplacements de pêche et la cafétéria où se dégustent notamment les bières régionales. C'est à Estaimbourg que se trouve la tannerie Masure fondée en 1837 qui exporte 98 % de sa production vers l'étranger et travaille pour une marque française bien connue. 

Dans le village d'Evregnies, "la Maison du Patrimoine", aménagée en 2006 dans l'ancien presbytère accueille diverses manifestations (expositions, bourses aux plantes...). En septembre a lieu la fête villageoise de "la Sabotine" dont les bénéfices sont versés pour le bien-être d'un enfant handicapé. 

A Leers-Nord a lieu, chaque année, le 3ème week-end de septembre, la fête champêtre organisée par la "Confrérie des Satcheux" sur les bords du canal de l'Espierre. Vêtus d'un long sarrau bleu, coiffés d'une large casquette de toile de la même couleur, les satcheux étaient ces hommes qui, jadis, tiraient les bateaux sur le canal. La "Maison du Canal" est une ancienne maison d'éclusier transformée en un estaminet comme on en trouvait encore au début du siècle dernier dans chaque village frontalier. Les rives aménagées du canal permettent de romantiques balades à pied ou à bicyclette.  

Dans le village frontalier de Néchin, on peut encore voir les vestiges du "Château de la Royère", dernier château de plaine datant du Moyen-Age. Néchin est connu dans l'Europe entière par le bref mais extrêmement médiatique passage qu'y a fait l'acteur Gérard Depardieu, venu s'y domicilier, avant de s'envoler sous d'autres cieux. 

Voici encore quelques dates de visites à ajouter à un agenda qui se complète peu à peu.

(sources : sites de l'entité - recherches et visites personnelles).

S.T. décembre 2016. 

 

31/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (10)

Dernière balade en Wallonie picarde, de la frontière française au pied du Mont de l'Enclus.

Entre Mouscron et Tournai, l'entité d'Estaimpuis s'étend sur 31,7 km2 et compte un peu plus de 10.000 habitants suite au regroupement en 1977 des communes d'Estaimbourg, Leers-Nord et Néchin. Sa traduction néerlandaise nous renseigne sur l'origine du nom de la commune, "Steenput", signifie "puits de pierre", y-en avait-il un à cet endroit jadis ? Une autre source apporte une autre origine. La Tournaisienne Yvonne Coinne effectue depuis longtemps des recherches sur les salines et les mines de fer de la région, (elle a d'ailleurs publié récemment une étude fort fouillée sur le sel),  elle a aussi étudié le bronze fait en partie d'étain ou de cuivre. On peut dès lors s'interroger, existait-il, en ce lieu, un filon, "un puits d'étain", expression qui désignerait une mine d'étain ? 

Sur son territoire, deux châteaux vont attirer notre attention. A Néchin, village frontalier, voisin de Toufflers (France), les ruines de celui de la Royère nous font découvrir le dernier château de plaine de notre région datant du moyen-âge. Il a été classé monument historique après la seconde guerre mondiale et on attribue la construction de son enceinte principale à Philippe le Bel qui l'aurait fait ériger, au XIVe siècle, à l'époque des guerres entre la France et la Flandre.

Le second est situé dans le village voisin d'Estaimbourg, le château de Bourgogne se trouve sur la place de ce petit village. Construction en briques et pierre, il est entouré de douves. Avant la fusion des communes de 1977, il fut la dernière maison communale du lieu, désormais il a été transformé en salles de réception et de banquets, au centre d'un domaine récréatif de 14 hectares avec son étang, rendez-vous incontournable des pêcheurs, son mini-golf, ses aires pour la pratique de la pétanque, ses allées ombragées pour la promenade, il est l'endroit choisi par les habitants de la région pour passer une journée de détente.

Amoureux de promenades, vous ne manquerez pas de vous balader, à pied ou à bicyclette, le long du canal de l'Espierre, creusé au début du XIXe siècle pour relier la Deûle à l'Escaut et permettre aux baquets chargés de charbon d'aller approvisionner les industries textiles qui fleurissaient alors dans cette région franco-belge. La "Maison du Canal", à Leers-Nord, est celle d'un ancien éclusier transformée en halte nautique pour les petits bateaux de plaisance qui naviguent à nouveau sur le cours d'eau depuis sa réouverture. Là, attablés autour d'un verre, on évoquera très certainement les "satcheux", un dur labeur exercé par des hommes, des femmes et des enfants qui halaient les bâteaux, à pied, tout le long de la berge, sur plus de huit kilomètres de distance. Chaque année, en septembre, la "confrérie des Satcheux" organise des festivités sur ce canal que vous pouvez aussi parcourir en pédalo.

L'entité voisine de Pecq, entre Estaimpuis et Tournai, s'étend sur 39,3 km2 et compte près de 5.000 habitants. Elle regroupe les anciennes communes d'Esquelmes, Hérinnes, Obigies et Warcoing situées de part et d'autre de l'Escaut qui coule paisiblement dans une campagne rectiligne. Elle est jumelée depuis 2004 avec la commune française de Manéglise dans le département de la Seine-Maritime. 

Le village d'Esquelmes est plus connu dans le Nord de la France par la présence d'une méga-discothèque, le long de la chaussée de Courtrai, qui attire des milliers de jeunes chaque week-end que par son église Saint-Eleuthère, en style roman du XIe siècle, située presque sur la rive du fleuve et qui est probablement parmi les plus anciennes de Belgique. On raconte qu'elle a été édifiée à l'emplacement d'un ancien temple datant du temps où les druides représentés la spiritualité mêlée à la magie dans un e vie proche de la nature. Son autel rappelle d'ailleurs une table de sacrifice de cette époque. Esquelmes avec moins de cent habitants était, avant la fusion des communes, un des plus petits villages de Belgique. 

De l'autre côté de l'Escaut, le village d'Obigies se prélasse sur les premiers contreforts du Mont-Saint-Aubert. Chaque année, en mai, il est envahi par des milliers de visiteurs venus à la "Fête du Géranium", un vaste marché coloré où le amateurs de jardinage peuvent acquérir différentes espèces de cette fleur décorative de l'ordre des géraniales. Les horticulteurs décorent l'église Saint-Amand, édifice religieux de style néo-roman, bâti au milieu du XIXe sièce sur des plans de l'architecte tournaisien Bruyenne, de dizaines de compositions florales et l'ornent d'un grand tapis de fleurs. Au 15 août, le village vit au son de sa "Fête des Jeunes" connues au-delà de nos frontières. Née en 1981, elle amène chaque année, plusieurs dizaines de milliers de spectateurs (certaines soirées on peut dénombrer pas loin de 10.000 personnes) venus danser sur la musique de DJ's internationaux et applaudir les stars de la chanson. Adamo, Dave, les Charlots, Frédéric François, Demis Roussos, Michel Fugain, Patricia Kaas, Franck Michaël, Hélène Ségara, Michèle Thorr et bien d'autres ont eu l'occasion, depuis trente ans, de se produire sur la méga-scène d'une des plus grandes discothèques à ciel ouvert de Belgique. 

Le village d'Hérines est connu dans de nombreux pays grâce à son ambassadeur, le Brass Band, sous la direction de son chef Edouard Elekan. Cette formation de grande qualité musicale se produit en effet un peu partout en Belgique mais aussi en France, Allemagne, Hollande, Angleterre ou au Grand Duché de Luxembourg. 

Il nous reste à évoque l'entité rurale de Celles située entre le Mont Saint-Aubert et le Mont de l'Enclus. Elle s'étend sur 67 km2 et compte près de 5.600 habitants depuis qu'elle regroupe les villages d'Escanaffles, Molenbaix, Popuelles, Pottes et Velaines. Au film du temps, cette région est devenu la résidence principale de personnes souhaitant vivre au calme de la campagne.

Popuelles, village de moins de 200 habitants, pourrait ainsi couler des heures paisibles au milieu de de champs de blé ondulant sous la brise légère et de prairies verdoyantes où paissent des vaches, où broutent des moutons, où le bruit d'un tracteur rompt parfois le silence, toutefois, chaque année, à la fin du mois de juin, y est organisé une fête dont les vachettes landaises sont les vedettes principales au même titre que les jeux inter-villages et le bal populaire, pendant trois jours des centaines de visiteurs viendront partager ce paysage bucolique, avant-goût de vacances toutes proches.

L'origine de la commune agricole de Pottes remonte très loin dans le temps. Elle se trouvait le long de la voie romaine qui reliait Audenaerde à Tournai.

Voici terminée notre découverte de la Wallonie picarde, comme vous pouvez le constater l'endroit est loin d'être un désert situé aux confins du Hainaut. Sites enchanteurs, Histoire, gastronomie, fêtes et folklore, il y a tant à découvrir, tant d'agréables moments à partager qu'on peut y venir régulièrement. 

(S.T. juillet 2012).