18/01/2017

Tournai : l'élargissement de l'Escaut, acte I - scène 1

Le prélude au grand bouleversement !

Enfin diront certains, hélas penseront d'autres : nous y voilà ! Dans quelques jours, le 23 janvier précisément, le pont Notre-Dame sera mis en position haute et sera ainsi interdit à toute circulation pour une dizaine de semaines. Même si sa rénovation est prévue de longue date et est indépendante du projet qui a fait couler beaucoup d'encre, ces deux dernières années, à Tournai, pour certains, ce chantier représente le prélude aux grandes manœuvres découlant du projet Seine-Nord que la France ne semble pourtant pas décidée à rapidement mettre en oeuvre puisque le "Journal Officiel", l'équivalent de notre Moniteur Belge, reste muet à ce sujet.

Attendus par ceux qui y voient un intérêt économique certain, redoutés par les habitants du quai Saint-Brice qui vont connaître un rabotage maximum de leur voirie, espérés par les adeptes de la modernisation et regrettés par les amoureux de l'image "éternelle" de Tournai, ces travaux annoncent ceux qui, de la halte nautique au Pont des Trous, vont défigurer Tournai pendant trois ou quatre années. Avec la cathédrale dont l'énorme chantier a débuté, il a près de quinze ans, avec le quartier cathédral qui n'est pas entièrement terminé (des finitions sont encore nécessaires) et avec tous les projets prévus pour cette année et dont nous avons parlé précédemment, le Tournaisien ne doit pas s'attendre à promener tranquillement dans les rues de sa cité au cours des années à venir.  

Les opposants au projet d'élargissement de l'Escaut semblent croire que jamais des travaux aussi importants n'ont été réalisés par le passé sur le fleuve. Sans remonter jusqu'à Louis XIV qui a profondément modifié le visage de l'Escaut dans sa traversée de la ville, nous avons retrouvé des documents photographiques extraits de la presse locale durant le XXème siècle qui prouvent le contraire.

Sur le premier document datant de 1910, découvert dans le "Courrier de l'Escaut" par ce dénicheur d'archives qu'est mon ami Jean-Paul Foucart, on peut voir un remorqueur passant sous le Pont-à-Pont, encore appelé Pont-aux-Pommes, un bateau obligé de coucher sa cheminée. Le pont ne ressemble en rien à celui qu'on connaît aujourd'hui et qui est appelé à disparaître prochainement (photo 2 de 1954)

1910 Tournai le pont aux pommes.JPG

1954 Tournai Pont à Pont.jpg

Entre 1910 et 1920, le pont levant Notre-Dame présente une structure bien différente de celle qui est la sienne aujourd'hui.

Tournai Pont Notre-Dame début du XXe siècle.jpg

1963 Tournai Pont Notre-Dame.jpg

Un document de 1936 montre un Pont des Trous nettement différent de l'actuel.

1936 Tournai le Pont des Trous.jpg

Tournai Pont des Trous années 50.jpg

Même le Pont de Fer a subi de profondes modifications, il se trouvait jadis dans l'axe de la rue du Château et lors de sa reconstruction, après la guerre, il a été érigé à l'endroit actuel en prolongement de la rue du Cygne.

Tournai Pont de Fer au début du XXe siècle.JPG

Tournai Pont de Fer avant 1940.jpg

le pont de fer avant la seconde guerre mondiale

1953 Tournai chantier du Pont de Fer.jpg

Une ancienne lithographie présente le Pont de l'Arche, à Saint-Jean, qui a totalement disparu pour permettre la navigation moderne. 

1954 Tournai Pont de l'Arche.jpg

Les quais aussi ont été profondément modifiés, il suffit de se rappeler les importants travaux réalisés dans les années soixante au Luchet d'Antoing.

1956 Tournai Luchet d'Antoing.jpg 

Le Luchet d'Antoing en 1956

1961 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

la dernière péniche déchargée sur l'ancien quai du Luchet d'Antoing en 1961.

1964 Tournai Luchet d'Antoing.jpg

le Luchet d'Antoing en 1964

Conclusions.

Comme on le voit, une ville vit, évolue, se transforme. Son visage est sans cesse remodelé au fil des siècles. L'important n'est pas de figer sa structure pour des millénaires mais de conserver, avant tout, intacts les témoignages de son riche passé. Il y a vandalisme lorsqu'on touche au patrimoine de la cité. En cela, nous rejoignons les arguments émis par les opposants au projet de transformation du Pont des Trous. La nouvelle mouture proposée pour ce dernier alliant le côté massif des tours moyenâgeuses à la dentelle ultra moderne des fines arches (même si la structure reste en pierre comme cela a été souhaité par les Tournaisiens) choque les amoureux de Tournai et l'Optimiste, défenseur de sa ville natale et de son patrimoine, est forcément de leur avis. Il faut être Tournaisien pour comprendre cela !

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L'économie primant sur le tourisme, l'Escaut, à Tournai, ne sera jamais un long fleuve tranquille

(photos : "Le Courrier de l'Escaut" - presse locale - collection de l'auteur)

S.T. janvier 2017

11/05/2016

Tournai : des travaux pour vingt ans... au XVIIe siècle !

Un retour en arrière de plus de trois siècles.

"On n'a jamais connu pareille situation !" ou "C'était mieux dans le temps !" ou encore "Quelle époque vivons-nous !". Combien de fois avons-nous entendu pareilles affirmations qui ne se fondent bien souvent sur aucune réalité. La preuve en est une nouvelle fois apportée par les travaux qui défigurent notre cité depuis près d'une quinzaine d'années et dont la fin n'est pas attendue avant un bon lustre, si le ciel ne nous tombe pas sur la tête d'ici-là.  

La rénovation du cœur historique de Tournai à peine terminée, voilà que se profile à l'horizon le gigantesque chantier de l'élargissement de l'Escaut, un sujet déclencheur de polémiques entre partisans et opposants. Le but n'est pas de revenir, une fois encore, sur les tenants et aboutissants de cette importante modification effectuée au cœur même de la cité des cinq clochers mais bien de démontrer que, par le passé, pareille situation s'est déjà présentée et que nos aïeux ont été confrontés à bien pire encore. 

Louis XIV, le bienfaiteur de la cité de Tournai.

Dans la mémoire collective Louis XIV reste comme un bienfaiteur qui a permis à la cité des cinq clochers de se projeter dans le XVIIIe siècle grâce aux importantes rénovations entreprises. Pour arriver à ce résultat si bénéfique pour leur économie, les Tournaisiens ont enduré, comme nous allons le voir, bien des tourments. 

Tout a débuté le 25 juin 1667 lorsque le Roi-Soleil fit son entrée après un siège de deux jours à peine. Il resta trois jours et revint un mois plus tard afin d'effectuer sa joyeuse entrée en compagnie de la reine et de son frère le duc d'Orléans. Très rapidement, Louis XIV avait résolu de faire de Tournai la place la plus forte des Pays-Bas.

Au printemps de 1668 (les historiens évoquent la date du 1er mai) débutèrent les travaux de construction de la citadelle. Cet important chantier nécessita la démolition de la presque totalité de la paroisse Sainte-Catherine. L'église et trois cents maisons furent détruites, les habitants furent transférés, d'office, principalement dans le quartier du Château. Les travaux demandèrent six ans et huit mois de travail, un délai très court pour ce chantier colossal. Si des milliers d'hommes de troupes (Paul Rolland évoque le nombre de 30.000 hommes, Chotin, la moitié moins) se relayèrent pour réaliser le glacis (on nomme ainsi le terrain découvert en pente douce qui précède les éléments extérieurs d'une zone fortifiée), les métiers locaux concoururent à l'édification de la citadelle. On alla chercher les terrassiers, les "roctiers" (en patois tournaisien : ouvriers qui extraient la roche en carrière), les maçons, les scieurs de long, les charpentiers, les "chaufouriers" (ouvriers travaillant dans les fours à chaux) et les charretiers.

La confection du glacis fut réalisé en trois mois.

En moins de sept années, la partie sud de Tournai avait été profondément modifiée au nom de la défense de la ville contre les envahisseurs.

L'érection de la citadelle terminée, on entama le "bastionnement" de l'enceinte de la ville. Celui-ci ayant pour but de protéger, par des ouvrages avancés, les courtines et portes de la cité. Ce travail débuta en 1671 et dura près de dix-neuf années.

Jean de Mesgrigny qui avait participé à la réalisation de la citadelle édifiée sur des plans de Vauban souhaitait obtenir un système perfectionné d'inondation qui aurait empêché l'approche de Tournai par des troupes ennemies. Pour cela, il fallait réguler le cours de l'Escaut dans sa traversée de la ville.

Les travaux de rectification de l'Escaut.

Pour comprendre l'importance du travail, il y a lieu d'imaginer le fleuve à cette époque. Parfois large de 200 pieds ou étroit de 60 (le pied est une mesure de longueur qui valait 0,324 mètres environ), il était composé d'îlots résultant de l'ensablement progressif, d'installations industrielles, de moulins placés en plein cours du fleuve... Il fut décidé de lui donner une largeur uniforme de 60 à 70 pieds (soit de 19m50 à 22m70). Une seule meunerie remplaçant tous les moulins fut construite au grand arc des Chaufours (aux environs de l'actuel Luchet d'Antoing). Cet arc des Chaufours, situé en amont de la ville, fut doté d'un barrage afin de réguler le débit du fleuve, un autre barrage existait déjà depuis 1551 au-delà du Pont des Trous en aval de la cité.

Paradoxe de l'Histoire, on réduisit la largeur du fleuve afin d'obtenir un meilleur débit, de conserver un meilleur niveau d'eau et de faciliter la navigation si importante pour l'économie du Tournaisis ! Et dire qu'actuellement on se crêpe le chignon pour une question d'élargissement afin d'obtenir une meilleure fluidité du trafic fluvial, d'assurer la sécurité des bateliers qui traversent la ville et de donner un coup de fouet à l'économie régionale !!!

Ce travail s'effectua de 1683 à 1685.

La réédification du quartier du Château.

Durant la construction de la citadelle se déroulait également la réédification du quartier du Château (entre 1670 et 1672). Après avoir élargi le pont du Château (actuel Pont de Fer), on supprima le pont Tournu, on créa à la place le pont Notre-Dame et on fut obligé de raccourcir le Pont-à-Pont.

Les conséquences pour la population.

La volonté du Roi-Soleil n'était pas susceptible d'être retardée par des manifestations de mécontentement, encore moins par des recours en justice. En vingt ans, Tournai devint une ville moderne et quitta définitivement son habit du Moyen-Age.

Néanmoins les personnes qui migrèrent d'un quartier vers un autre ne furent pas toutes d'accord ainsi les moines de l'abbaye de Saint-Mard (Saint-Médard), chassés de la porte de Valenciennes, mirent littéralement le grappin sur l'église Sainte-Marguerite, lui retirant son titre d'église paroissiale et obligeant les fidèles à se répartir entre les paroisses Saint-Nicaise, Saint-Jacques et Saint-Quentin.

Parallèlement la réalisation de ce grand projet de rénovation de la ville donna aussi des idées à des particuliers qui firent reconstruire leurs habitations dans le style qu'on appellera par la suite "louis-quatorzien", les façades étant composées de briques et de pierre sous une toiture saillante aux corniches débordantes.

Ces grands chantiers furent à charge de la Ville qui déboursa 570.000 francs or pour la citadelle et 760.000 francs or pour la rationalisation de l'Escaut. A l'époque, il n'était pas question d'aller à la chasse au subside de l'Etat.

Nous ne sommes plus à l'époque des rois tout puissants, imposant leur seule volonté au peuple, la Révolution de 1789 a instauré la démocratie et désormais l'avis du peuple est écouté mais pas toujours... entendu, certains hauts fonctionnaires, au nom du bien commun, se prennent parfois encore pour le Roi-Soleil (l'ivresse du pouvoir) ! 

(sources : "Histoire de Tournai" de Paul Rolland, ouvrage paru en 1956 et "Histoire de Tournai et du Tournésis" d'Alexandre Chotin, ouvrage paru en 1840).

S.T. Mai 2016

 

11:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : louis xiv, citadelle, escaut, paroisse sainte-catherine, tournai |

13/04/2016

Tournai : l'Escaut, on a touché le fond !

Intéressant débat sur No Télé mais aussi sérieuse étude de caractères !

Afin d'éviter tout malentendu, précisons qu'en titre, nous parlons bien du fond du problème et non de celui du fleuve qui sera toujours de 2m60 pour les bateaux qui y naviguent.

Combien de Tournaisiens (et de Tournaisiennes) ont suivi sans s'énerver, l'âme sereine, l'intéressant débat que la chaîne communautaire "No Télé", à propos de l'élargissement de l'Escaut, avait, ce mardi 12 avril, programmé ?

Au cœur d'une cité dans laquelle la société Casterman a donné à la bande dessinée ses lettres de noblesse, c'est légèrement amusé, que j'ai regardé cette Xème empoignade tout aussi stérile que les précédentes.

Là où ils sont désormais, Réné Goscinny et Albert Uderzo ne m'en voudront pas de transformer cette royale soirée (ou pantalonnade de démocratie) en une aventure de leurs héros légendaires : "Astérix et Obélix au royaume des Francs saliens".

Les acteurs.

Il y avait en présence, pour ce nouveau scénario, l'armée romaine, tout au moins, César Imperator (Loyaers) et quatre centurions formant sa garde rapprochée et opinant sans cesse du bonnet lorsque leur chef prenait la parole. Je me suis dit : "Que voici une armée disciplinée qui affiche même le léger sourire de ceux qui pensent "cause toujours, nous ne changerons pas d'avis. Que cela soit écrit et accompli"

Face à eux, une troupe d'irréductibles Gaulois emmenée par Astérix (Benjamin Brotcorne), Obélix (Eric Van Overstraeten) et Assurancetourix (Daniel Barbez), le barde chantre de notre belle Wallonie Picarde. Ils parlaient au nom des nombreux Tournaisiens qui ont rejoint le collectif et dont une petite partie les accompagnaient mais aussi au nom d'une majorité, jusqu'ici silencieuse, qui commence sérieusement à se poser des questions face à une attitude qu'on pourrait qualifier de dictatoriale dans le chef des représentants de la Région Wallonne. L'Escaut n'appartient peut-être pas aux Tournaisiens, comme l'a déclaré dernièrement César, mais le sol doit lui être cédé s'il veut modifier le cours du fleuve.

Au centre, discrets, presque gênés d'être là, se demandant ce qu'ils étaient venus faire dans cette galère, un quintet de Druides censés représenter la sagesse de ceux qui savent et détiennent le pouvoir (à moins que celui-ci soit désormais exercé à Namur, la toute puissante Rome) ! Depuis le début, ils semblent même se plier aux injonctions de Rome et n'ont jamais défendu, avec réelle vigueur, la pierre à la halte nautique au lieu de ce bois dont on voit dans quel était il se trouve au quai des Salines et la nouvelle passerelle reliant le quartier Saint-Piat à celui de Saint-Jean. On avait vu dans le reportage un Stefaan Declerck, alors bourgmestre de Courtrai, s'opposer à la région flamande avec pugnacité, chez nous, on préfère la jouer tête basse, c'est "dramatix" et vraiment pas "comix" !

Drame ou roman comique ?

Deux reportages furent projetés afin de mettre en concurrence les arguments des uns et des autres. On comprit très vite que quelques points allaient être synonymes de friction car rien n'avait évolué depuis la séance qui s'était déroulée en l'Hôtel de Ville, un mois auparavant. Rien, le mot n'est pas très juste puisqu'il y a eu la parution sur Internet (ce papyrus des temps modernes) d'une vidéo de Panoramix, le druide faisant fonction défendant, à titre personnel, les propositions venues d'une région lointaine.

Les Gaulois opposèrent à César des arguments voulant éviter le massacre annoncé des quais de Tournai par l'élargissement de fleuve à 27 mètres, souhait des experts de la Région Wallonne, au lieu des 23 mètres préconisés par le collectif local. Quelques expressions malheureuses mais volontaires eurent le don d'énerver d'emblée le fier empereur romain, déjà fort agacé d'être ainsi contesté, lui qui semble plus être un homme habitué (dans ce dossier, tout au moins) à prononcer des ukases qu'à trouver ce bon vieux compromis à la belge, pourtant bien connu même au-delà de nos frontières. Son attitude impériale, autoritaire, voire dédaigneuse des Tournaisiens a probablement énervé plus d'un téléspectateur (dont j'étais) même si on doit lui reconnaître, en toute honnêteté, un travail considérable pour rendre accessible cette voie d'eau nécessaire au développement économique non seulement de notre région mais aussi de la Wallonie à des bateaux de la classe Va (110 mètres de long et 11 mètres de large).

Chacun campa sur ses positions, il a manqué la potion magique à Astérix et Obélix pour ne faire qu'une seule bouchée... des arguments de leurs pourfendeurs !

Quand ce fut au tour des Druides de parler, eux qui représentaient les cinq tribus habituées à récolter les voix de la population, on sentit une gêne aux entournures, un mal-être, il fallait ménager la chèvre romaine et le chou (gras) tournaisien. Il est toujours bon d'assurer ces arrières. Par Toutatis, qu'il est difficile de bien se faire voir des uns et des autres quand tout les opposent ! 

Beaucoup de ceux-ci ont probablement penser : "Comment résoudre cette quadrature du cercle ?".

Parmi ce comité des Sages, la gente féminine était majoritaire. Marie-Christine, manipulant ses papiers afin de trouver des réponses aux demandes, a semblé bien souvent louvoyer entre le point de vue du SPW et celui de la population. Comme Annie Cordix, la chanteuse qui, un jour, partit pour Lutèce, elle devait se dire : "J'voudrais bien mais j'peux point". Face à cette attitude, la caméra s'attarda sur un César regardant dédaigneusement le plafond du studio et buvant du petit lait. L'autre Marie-Christine, la sainte protectrice de la Nature, semblait tiraillée entre l'acceptation de l'autoroute à bateaux qui permettrait de diminuer le nombre de camions sur nos routes (vœux des Ecolos que je partage également) et la défense d'un patrimoine tournaisien qui ne semble pourtant plus en danger puisque le problème du Pont des Trous est, jusqu'à preuve du contraire, résolu. Benoit s'afficha nettement pour l'élargissement maximal afin de promouvoir le développement économique (c'est l'unique crédo de sa tribu). Hélène, quant à elle, botta en touche en disant que ses coreligionnaires était pour l'élargissement (ce que personne ne conteste) mais que pour le reste cela faisait toujours l'objet d'une réflexion. Enfin vint le tour de Panoramix représentant Abraracourcix parti à la conquête économix du pays de Scipion l'Africain. Lui, qu'on a déjà connu mieux inspiré, se retrancha derrière l'avis des experts (de la Région wallonne, il le précise !) mieux qualifiés que lui pour trouver une solution au problème. Pour beaucoup de Tournaisiens Panoramix, représentant officiel des Gaulois qui l'ont élu, a tout simplement endossé le rôle de Ponce Pilate ! Il n'était pas normal qu'il fustige le groupe des Tournaisiens en semblant se réfugier dans le manteau de César.

Le problème de l'élargissement, s'il est réel, ne doit pas non plus être amplifié au point d'en arriver à un tel clash. Il ne concerne finalement qu'une petite centaine de mètres du quai Saint-Brice ? Cent mètres qui risquent cependant un jour de poser un problème de sécurité : quid en cas de venue des services de secours (pompiers, ambulance, SMUR) ? Quid en cas de livraison (remplir une cuve de fuel ne prend pas cinq minutes), des travaux nécessitant un échafaudage ? Quid en cas d'accrochage entre voitures et vélos, les uns et les autres devant éviter les piétons ? On peut juste espérer un peu de tôle froissée et surtout pas de blessés.

En tant qu'ancien Conseiller en Prévention, je préconise toujours le principe de précaution, "mieux vaut prévenir que guérir" et une étude impartiale du risque doit toujours être entreprise. A cet endroit, il faut être malhonnête ou naïf pour ne pas constater que toutes les conditions sont réunies pour créer une zone accidentogène alors que le plan communal de mobilité cherche justement à éviter ce genre de danger dans la cité.

Un vrai Belge dirait : "Faisons un compromis, élargissons à 25m50, voir 26 m et nous assurerons ainsi  la sécurité sur la voie d'eau et pour les piétons sur le quai". Malheureusement, pour sceller un tel compromis, il faut être deux, la légion romaine qui était présente semblait avoir reçu pour instructions : "Soldats vous serez récompensés si vous ne cédez pas face à l'ennemi gaulois". Quant à l'arbitre, il avait pris, depuis bien longtemps, fait et cause pour le club visiteur !

Avant de terminer ce récit, louons le "maître de cérémonix", Manu Guévart, qui sut empêcher que ce débat devienne houleux car, lorsque la caméra s'attardait sur le public, on voyait des gens bouillir sur leur chaise comme au sein d'un chaudron de potion magique ! Heureusement tout le monde est resté digne, c'est à la gloire des représentants tournaisiens.

Je tiens à préciser pour ceux qui me lisent que je ne roule, ni ne navigue (!) pour personne. je ne fais partie d'aucun groupe constitué, je ne défends aucune position politicienne. Je suis un citoyen lambda, amoureux de sa ville natale, qui a horreur des conflits mesquins qui s'éternisent de par la faute de certains, tellement imbus de leur personne, qu'ils ne veulent même pas faire un pas vers l'autre et refusent de signer la "paix des Braves". Il me semble, hélas, que, depuis quelques temps, au sein de notre Wallonie certains ont acquis la fâcheuse attitude de vouloir être "calife à la place du calife" et... it's not good !-

S.T. avril 2016.

15/02/2012

Tournai : l'année 1906 sous la loupe (2)

L'année 1906 voit la fin des travaux de démolition des petites maisons de la rue des Chapeliers. Avec la disparition de celles-ci, le vieux projet de dégagement de la cathédrale Notre-Dame est enfin réalisé. Des voix s'élèvent cependant, elles réclament aussi la démolition des immeubles situés en haut de la rue et sur le Vieux Marché aux Poteries. 

Au printemps, un accident va être à l'origine de la relance d'un autre projet. Deux péniches entrent en collision sur l'Escaut dans la traversée de la ville et l'une d'elles coule. L'étroitesse du fleuve à cet endroit est une nouvelle fois mise en cause. Ce goulot réclame une grande dextérité de la part des mariniers et les bateaux sont de plus en plus nombreux à remonter ou descendre le fleuve. L'émotion retombée, le projet d'élargissement est remis au placard nous informe la presse locale. Comme on peut le voir, on ne parlait pas encore de mise au frigo... et pour cause !

Un personnage qui ne risque pas d'être mis au placard et oublié, c'est tout simplement "Monsieur Qui de Droit". Voilà une expression utilisée à longueur de correspondances adressées au bureau du journal. Homme indéfini, symbole de celui qui détient le pouvoir, il est sollicité par les lecteurs pour réparer les trous dans les trottoirs, arranger les routes dégradées, faire ralentir les véhicules (surtout les vélos et motos) qui roulent à des vitesses exagérées en ville ou améliorer l'hygiène publique. Cette façon de se plaindre par presse interposée avait-elle une chance d'amener une solution au problème posé ? On se permet d'en douter tant le terme a été galvaudé, son utilisation continuelle diluant finalement les responsabilités. On se pose encore la question : mais qui était donc ce "Monsieur Qui de Droit" ? 

La presse met à nouveau en exergue l'excellent travail accompli par le brasseur, Mr. Bourgois. On se rappelle que celui-ci, sans obtenir aucune aide particulière des autorités communales, avait mené à bien la restauration de la Maison des Brasseurs à la rue des Maux, en récompense la Ville lui avait remis l'année suivante une médaille. En cette année 1906, il se transforme, une nouvelle fois, en protecteur du patrimoine architectural tournaisien en faisant procéder à la rénovation d'un autre immeuble lui appartenant situé à la rue des Campeaux, à l'angle de la ruelle Dalluin. Ce sont les bâtiments de sa brasserie. Eugène Soil de Moriamé (1853-1934), magistrat, archéologue et historien nous décrit cet immeuble dans son ouvrage "L'habitation Tournaisienne - architecture des façades" paru deux ans plus tôt aux éditions Casterman. 

"Située au n°8 de la rue des Campeaux, à l'angle de la ruelle Dalluin, c'est une très riche façade, composée d'un rez-de-chaussée et de deux étages, surmontée, à l'origine, d'une toiture à quatre pans mais présentant désormais deux toitures distinctes qui ont remplacé, dans les années 1890, la grande toiture unique. C'est une construction en pierres bien appareillées, six ouvertures à arcs plein-cintre surmonté d'un larmier (note : membre horizontal en saillie sur le nu d'un mur, ou formant la partie médiane d'une corniche, généralement creusé par en dessous d'un canal qui écarte les eaux pluviales). Ces six ouvertures sont ouvertes jusqu'au niveau du sol, occupant toute la largeur de la façade. A chaque étage, six fenêtres rectangulaires, presque carrées, divisées en deux lumières par un montant droit, chanfreiné, comme les piedsdroits qui supportent le linteau. Arcs de décharge en anse de panier. La largeur de la façade de cette maison du XIVè siècle est de 12 m 10. Cette maison était auparavant munie d'une cheminée en pierre du XIVe siècle et le sol du rez-de-chaussée était couvert d'un pavement en petits carreaux vernissés". 

Cette maison existe toujours mais est, hélas, défigurée, son toit a fait place à une plate-forme, elle a été réduite à un étage, des fenêtres ont été murées, son aspect ne rappelle plus la splendeur qui fut la sienne !

Nous avons signalé que le livre de Soil de Moriamé était paru en 1904 aux éditions Casterman et, justement, le 13 décembre 1906, s'éteint à l'âge de 49 ans, Louis Casterman. Il était le fils d'Henri, Louis, Charles Casterman (1819-1969), le petit fils de Charles dit Josué (1783-1872) et l'arrière petit fils de Donat Casterman (1755-1823), fondateur de la maison d'édition. Après la mort de leur père survenue en 1969, Louis et son frère Henri furent, un moment, associés à leur mère sous la raison sociale " Vve Henri Casterman et fils" avant de fondé l'association "Henri et Louis Casterman". Son frère décèdera quelques mois plus tard. (à suivre)


12/07/2011

Tournai : l'année 1934 sous la loupe.

Au niveau international les évènements se bousculent en cette année 1934. Alexandre Stavisky est retrouvé mort dans un chalet à Chamonix le 8 janvier. Le 30 juin, Adolf Hitler déclenche une épuration dans les rangs des sections d'assaut, ce fait prendra le nom de "Nuit des Long Couteaux". Le 25 Juillet, le chancelier autrichien Dollfuss est assassiné.c Le 9 octobre, nouvel assassinat, celui du roi de Yougoslavie, Alexandre 1er, par un membre du mouvement séparatiste croate Oustacha. 

L'actualité nationale, en cette année 1934, restera gravée dans toute les mémoires par l'accident survenu au Roi Albert I qui allait fêter les vingt-cinq ans de son règne. Fervent adepte d'alpinisme, il s'était rendu le 17 février pour escalader les rochers de Marche-les-Dames. Son aide de camp ne l'ayant pas vu revenir des recherches ont été entamées alors que le soir tombait sur les bords de la Meuse. Dans la nuit du 17 au 18, son corps est retrouvé au pied du "pic du Vieux Bon Dieu". Quelques jours plus tard, le 23 février, son fils Léopold prête serment devant les Chambres. Le 28 mars, la faillite de la Banque Belge du Travail va ruiner de nombreux déposants, ce sera les prémices de la crise financière qui s'annonce, elle débouchera sur l'installation, le 20 novembre, du gouvernement dit "des banquiers" avec à sa tête Georges Theunis.

A Tournai, l'année 1934 commence dans le froid. Dès le premier janvier, les routes sont recouvertes d'une importante couche de neige qui sera à l'origine de nombreux accidents de la circulation. Le plus grave concerne un jeune ouvrier pâtissier, âgé de 15 ans, qui, en se rendant à son travail, fait une chute de vélo dans la rue des Augustins et se fracture le fémur.

La presse publie, comme chaque année, les mouvements de la population enregistrés lors des douze mois précédents, on apprend ainsi que le 31 décembre 1933, la ville compte 36.207 habitants (17.030 hommes et 19.177 femmes). Durant l'année écoulée, 1.878 personnes se sont faites enregistrées dans la commune dont 153 venues d'un pays étrangers tandis que 1.751 personnes ont quitté la ville dont 112 vers un pays étranger. On a également enregistré 524 naissances, célébré 231 mariages (7 de plus que l'année précédente), prononcé 7 divorces (soit 8 de moins que l'année précédente) et noté 653 décès, parmi lesquels, celui du sénateur Octave Leduc, un des hommes politiques tournaisiens qui défendirent le retour des tableaux de Rubens et Jordaens à Tournai. 

Vols, meurtres, suicides, incendies, la rubrique des faits divers est étoffée en cette année 1934. Parmi ces nombreux faits, nous avons relevé ces centaines de faux billets de 100 francs qui font leur apparition dans la région durant le mois de mars. A la mi-mars, quatre-vingt ont déjà été saisis dans le Tournaisis et quarante à Tournai. Tout laisse à penser que le lieu d'émission des faux billets se situent dans la cité des cinq clochers. A la fin du mois, ce sont des faux billets de 500 francs qui sont, cette fois découverts. Alors que l'enquête, qui a d'abord porté sur la région du Borinage, s'oriente vers la région frontalière, le problème s'arrête brutalement, les faux-monnayeurs ont-ils pris peur ?

On a frôlé le drame en ce début de soirée du mercredi 21 mars. Vers 17h, à hauteur de l'écluse de Kain, une personne qui se trouve sur la rive droite du fleuve remarque une très jeune fille qui se jette dans l'Escaut, le témoin appelle l'éclusier et un voisin qui parviennent à retirer la jeune enfant des eaux du fleuve. Son histoire est digne des romans de Zola. Elle a 14 ans, elle est orpheline de père et de mère, elle est élevée par un oncle et une tante et travaille dans une bonneterie de la rue des Augustins. Cette enfant vit très mal la situation familiale et, durant l'après-midi, a reçu une observation de la part d'une ouvrière dont elle dépend. Cette petite remarque fréquente dans tous les ateliers avait été la goutte qui avait fait déborder le vase des frustrations et avait ajouté un poids à la misère morale dans laquelle elle se trouvait. Quelques semaines plus tard, un jeune enfant, à peine âgé de cinq ans, joue sur un quai, au centre de la ville, approchant du bord du fleuve, il perd l'équilibre et tombe. Au contact de l'eau, la peur le fait se raidir et il va, involontairement, faire la "planche" ce qui permettra à un courageux passant de plonger et de le ramener sain et sauf. D'autres personnes qui se jetèrent volontairement dans le fleuve en cette année 1934 auront beaucoup moins de chance.   

Le lundi 25 juin, la police communale est appelée dans un cabaret du Quai Taille-Pierre, c'est le rendez-vous habituel des débardeurs, des manutentionnaires et des sans emplois, on y a le verbe haut et le coup de poing facile. Une bagarre vient d'éclater, elle concerne une quinzaine d'individus. Les deux policiers arrivés sur place ont besoin de renfort. Au commissariat, l'agent Fernand Clément a terminé son service mais, n'écoutant que sa conscience, se dit probablement qu'on ne laisse pas des collègues confrontés à une bande de vauriens. Il se rend avec les renforts. Sur place, il parvient à saisir un des énergumènes par le veston et l'amène à l'écart. Voyant cela un des participants à la violente querelle, quitte le groupe, sort un couteau et le plante dans le torse du policier. Transporté à l'hôpital civil, le courageux policier succombe à ses blessures le samedi 7 juillet laissant une veuve et une petite fille. Les six auteurs seront arrêtés et envoyés devant la cour d'Assise. (à suivre)


09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, police communale, faux-monnayeurs, escaut |

17/06/2011

Tournai : le Pont des Trous, saga tournaisienne.

Après les deux articles précédents intitulés "le procès du Pont des Trous" parus en ce début du mois de juin, l'Optimiste entame une série qui reviendra au gré de l'actualité : "la saga du Pont des Trous".

L'enquête publique a été clôturée ce mercredi 15 juin. Les défenseurs du Pont des Trous comme les partisans de sa transformation ont pu s'exprimer et ils n'ont pas manqué de le faire. On pourrait croire que le débat se résume à ces deux positions bien tranchées, toutefois, la presse locale se fait l'écho d'une troisième vision de l'avenir de l'Escaut dans la traversée de la ville des cinq clochers.

"Les Amis de la Citadelle" qui se proclament, à juste titre, défenseurs du patrimoine historique de Tournai, ont lancé une pétition qui a récolté 504 signatures. Leur vision a le mérite d'être claire : pas question de toucher à une seule pierre du Pont des Trous, ils préconisent la solution d'un détournement sur la rive droite. La tour du Bourdielle se dresserait alors sur une île conservant quelques plantations, Tournai aurait comme Paris, sa (toute) petite île de la Cité.

D'autres associations ne s'émeuvent pas à l'idée d'élargir l'arche centrale, c'est le cas de l'asbl Pasquier Grenier, défenseur du patrimoine immobilier de la ville. Pour son Président, si le Pont des Trous, véritable icône aux yeux des amoureux de la ville, doit absolument conserver ses deux tours, la partie centrale n'a qu'une valeur sentimentale importante mais non archéologique.

Pour un autre Tournaisien, Mr. B. Dochy, les trois arches centrales ont déjà fait l'objet d'une reconstruction après la seconde guerre mondiale, à cette occasion, l'arche centrale a déjà été élargie et l'ensemble du pont a été réhaussé de 2m40. Pour lui, créer un contournement par le creusement d'un canal sur la rive droite serait une aberration urbanistique en apportant une destruction du cadre urbain.

Le Courrier de l'Escaut propose dans son édition de ce 16 juin, une projection photographique des deux options. Si on peut avoir une idée précise de ce que représenterait le contournement, par contre, dans le cadre de l'élargissement, il ne conserve pas les deux arches latérales et réduit le projet à une seule arche reliant les deux tours du pont, de quoi faire un peu plus bondir les défenseurs de ce témoignage historique.

Une troisième opinion a été émise, elle émane d'un habitant de Tournai, ancien batelier, qui lui souhaite qu'on ne modifie rien et les arguments qu'il avance sont bien proches de ceux de l'Optimiste. "Le secteur de la batellerie est en crise, le chômage y est important (les jeunes hésitent à reprendre le bateau familial), le gabarit actuel de l'Escaut est largement suffisant pour le transport des marchandises qui s'y effectue". Il est absurde, pour lui, de vouloir accueillir des bateaux du type rhénan dans la traversée de Tournai.

Quelle que soit la solution choisie, le Pont des Trous et son contournement ne représentent qu'un maillon du problème qui va se poser, le bouchon entre le Pont-à-Pont et le Pont de Fer devra aussi faire l'objet d'une étude et de modifications, l'augmentation du trafic fluvial obligera les automobilistes tournaisiens à s'adapter car, et cela est mis en exergue par Mr. Dochy, le pont levant Notre-Dame sera levé plus souvent. L'axe de circulation de la gare à la Grand'Place sera mis en péril. Le contournement amènera également la modification de la structure du Pont Delwart créant des problèmes de circulation sur la ceinture des boulevards. Les écluses en amont (Antoing) et en aval (Kain) devront être reconstruites. Pour deux trois chefs d'entreprise qui rêvent de faire transporter les pierres sur ces immenses péniches et pour quelques économistes qui font miroiter un eldorado pour la ville faut-il lâcher la proie pour l'ombre ? La question est là mais... personne ne semble vouloir se la poser. Quel bénéfice Tournai va-t-il retirer de l'élargissement de l'Escaut ? Quel argent tombera dans l'escarcelle communale ? L'élargissement du fleuve amènera-t-il des milliers de touristes supplémentaires pour venir admirer nos trésors ? Certains me qualifieront peut-être de rétrograde, à ceux-là je réponds que je suis réaliste !

Car qu'on ne vienne surtout pas mettre sur le tapis, l'argument d'une augmentation très sensible de l'économie tournaisienne quand on voit que pour le projet de carrière sur la rive gauche, ces mêmes multinationales basées à l'étranger préfèrent conserver l'usine de transformation à Obourg (Mons) et y transférer, quotidiennement, la matière extraite par train et accessoirement par bateaux. On pouvait créer des emplois à Tournai, cela ne sera pas mais en attendant on aura fait main basse sur un gisement assurant la pérennité du groupe pour une septantaine d'années.

Il y a deux ou trois décennies, Tournai a fait le choix du développement du tourisme, pour cela les habitants de la cité, principalement les commerçants, endurent depuis deux ans et aux moins pour deux ans encore d'importants chantiers et certains quittent le centre-ville pour la périphérie ou mettent tout simplement la clé sous le paillasson.

Comment va évoluer le dossier ? L'administration communale doit transmettre après cinq jours maximum les remarques émises lors de l'enquête publique à la Région Wallonne. Le collège va-t-il émettre un avis par rapport à l'une ou l'autre des options. Il semble que, là aussi, tout le monde ne soit pas sur la même longueur d'onde mais peut-être que la sacro-sainte discipline de parti va faire pencher la balance vers l'une ou l'autre solution. A moins que les responsables tournaisiens, soucieux de bien défendre les intérêts des citoyens, se demandent réellement dans quelle galère la ville de Tournai va se fourrer en acceptant la mise à grand gabarit de l'Escaut sachant que la Lys qui rejoint l'Escaut est, elle, déjà presque navigable pour ces grandes péniches.

Les autoroutes A8 et E42 ont apporté une liaison directe avec la ville des cinq clochers et ses zones industrielles et sont favorables au tourisme, mais l'Escaut à 2.500 tonnes (voire 3.000 tonnes) n'apportera rien de plus que la liaison TGV qui a été construite voici quelques années. Comme les vaches, les Tournaisiens regardent filer les trains, comme les crabes, ils verront passer les bateaux !

L'Optimiste pense que beaucoup d'eau coulera encore sous le Pont des Trous avant qu'un projet soit adopté, à moins qu'il ne soit imposé par une volonté extérieure !

(sources des informations : le Courrier de l'Escaut)

31/05/2011

Tournai : le procès du Pont des Trous (1)

De très nombreux Tournaisiens l'ignorent probablement mais ils ont la possibilité, jusqu'au 15 juin, de formuler des remarques, de donner leur avis auprès de l'Administration Communale en ce qui concerne l'enquête publique relative à la mise à grand gabarit de l'Escaut dans la traversée de la cité.

S'écoulant tranquillement entre les quais de la cité de Clovis, le fleuve subit un étranglement entre le Pont à Pont et le Pont des Trous, soit sur environ un kilomètre. Sa largeur est d'une vingtaine de mètres et même de 19m30 sous le Pont à Pont. Cette étroitesse a toujours posé un problème à la navigation dans le centre-ville car elle ne permet pas le croisement aisé de deux péniches.

Cette constatation a été formulée, dès après la seconde guerre mondiale, au moment de l'essor du transport des marchandises par la voie fluviale mais il a fallu attendre, la fusion des communes et la nomination de Raoul Van Spitael au poste de Bourgmestre de Tournai, en 1977, pour qu'une solution soit enfin trouvée, celle de l'alternat. Désormais, les péniches sont bloquées en amont ou en aval de la ville et peuvent descendre ou remonter le fleuve pendant une période déterminée. Dès lors, plus de danger de collision entre les quais de Tournai même si cela engendre une perte de temps en attente du feu vert qui autorise le passage. Tout allait pour le mieux, Tournai ne serait pas balafrée par de gigantesques travaux durant des années, la ville pouvait se tourner vers d'autres défis comme celui de sa rénovation et du tourisme.

Mais voici que la France vient de décider de développer le vieux projet de liaison appelé "Seine-Nord", des voies fluviales à grand gabarit, des autoroutes vers la mer, permettant le transport de marchandises par des péniches de 2 à 3.000 tonnes et plus peut-être, des convois de 180 m de long sur 11m40 de large remplaçant des camions qui ont peu à peu saturés les autoroutes. Les industriels impliqués dans ce mode de transport qui le réclamaient depuis des décennies peuvent faire sauter les bouchons de Champagne mais pour nous, il faudra surtout faire sauter le bouchon de... Tournai.

Onze mètres quarante, cette largeur dépasse la capacité de l'arche centrale de notre vieux Pont des Trous, un des monuments les plus photographiés par les touristes après la cathédrale Notre-Dame. Onze mètres quarante qui forcent les autorités à entamer une enquête publique. Les arches du pont des Trous, cette porte d'eau faisant partie de l'enceinte de Tournai, dernier exemplaire en Europe de ce genre de construction de défense des cités risque d'être sacrifié sur l'autel de l'économie. Un ouvrage construit au XIIIe siècle pour protéger la ville et ses habitants des invasions étrangères, deux tours (celle du Bourdiel et celle de la Thieulerie) reliées entre elles par un rempart percé de trois arches d'égale largeur et alors munies de grilles.

Déjà sous Louis XIV, le plus vieux pont tournaisien, allait survivre à la canalisation du fleuve dans la traversée de la ville lors de la création des quais. Ayant subi des dégâts importants au moment de la retraite des troupes allemandes en 1918, il sera restauré par une autorité communale alors soucieuse de lui rendre son aspect initial. Bombardé lors du second conflit mondial, il a fait l'objet d'une seconde restauration entre les années 1946 et 1950. Déjà, dans le but d'améliorer la navigation, on le réhaussa de 2m40 et on porta la largeur de l'arche centrale à 11m30 en réduisant celle des arches latérales. Depuis, beaucoup d'eau a coulé entre ses vieilles pierres et des dizaines de milliers de péniches d'un tonnage de 1.350 tonnes maximun l'ont franchi, sans accident, chaque jours. La ville de Tournai qui avait vu progressivement disparaître les fleurons de son industrie dans les secteurs de l'imprimerie (Casterman, Desclée de Brouwer, Gédit...) ou des constructions métalliques (Meura...) a décidé de jouer une nouvelle carte, elle a abattu un atout de premier choix appelait "tourisme". La cathédrale Notre-Dame aux cinq clochers et le beffroi, inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco, la Halle-aux-Draps, l'église Saint-Jacques, l'église des Pères rédemptoristes, les quais, les tours de l'enceinte communale (la Loucherie, la tour Saint-Georges, le Fort Rouge, la Tour du Cygne), la Tour Henri VIII, le séminaire de Choiseul, le forum tournaisien, la place Saint-Pierre, le quartier cathédral, bientôt le Conservatoire, ont fait, font ou feront l'objet d'une rénovation pour les mettre en valeur. Avec un tel intérêt pour notre riche patrimoine, hérité depuis le moyen-age, on pouvait raisonnablement imaginer que le sept fois centenaire Pont des Trous aurait bénéficié également d'une rénovation le mettant à l'abri d'une dégradation pour les dizaines années à venir !

Hélas, comme nous le verrons dans le prochain article, le vénérable pont, ce vieillard que défendent de nombreuses associations chargées de protéger nos vieilles pierres, se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment et les appétits de certains se moquent pas mal de sa conservation.

13:34 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, escaut, pont des trous, navigation |

27/03/2011

Tournai : l'année 1926 sous la loupe.

Merci à Jacques d'avoir remarqué que le résumé de cette année 1926 n'avait pas été publié.

L'actualité internationale nous renseigne que l'Allemagne entre officiellement à la Société des Nations le 8 septembre, qu'en France, Raymond Poincarré fait son retour à la tête d'une gouvernement d'union nationale, le 23 juillet et que le psychothérapeute Emile Coué décède le 2 juillet. En août, pour la première fois, une femme, l'américaine Gertrud Ederle, réussit la traversée de la Manche à la nage, partie de France, elle atteint les côtes anglaises en 14h32.

La fin de l'année 1925 est caractérisée par un véritable déluge et, partout en Belgique, le passage à l'an neuf se fait les pieds dans l'eau. Les villes de Liège, Charleroi, Gand sont inondées. A Jemappes, près de Mons, plus de 420 maisons sont envahies par l'eau. Dans les campagnes de nombreux villages sont isolés. On surveille les digues dans le Limbourg par crainte d'une rupture. De nombreux habitants se déplacent en barque tandis que dans le Borinage certaines mines inondées sont fermées. On cite différentes sources annonçant des disparus à Liège et en Flandre.

Le 8 mai, on assiste à une dépréciation importante du franc belge en raison du non-paiement par le Reich allemand des montants prévus pour les dommages de guerre. On constate une fuite des capitaux. Le gouvernement Poullet-Vandervelde n'a d'autre issue que la démission. Le 25 mai, une tripartite dirigée par Henri Jaspar est composée, elle est confrontée à un déficit énorme et à une dette flottante près de douze fois plus importante. Le roi Albert Ier fonde sur ces nouveaux dirigeants l'espoir de voir s'estomper peu à peu l'instabilité économique et les dernières conséquences de la guerre. Le gouvernement va réussir ce défi mais à un prix fort par des souscriptions volontaires, l'abandon de créances sur l'Etat, la levée d'un milliard et demi d'impôts nouveaux, la dénationalisation des chemins de fer qui devient la Société Nationale des Chemins de Fer. Le 25 octobre, le pays est sauvé de la faillite et une nouvelle unité monétaire est créée, le Belga, qui vaut 5 francs !

Au mois de novembre Léopold de Belgique épouse Astrid de Suède, le mariage religieux est célébré par le cardinal Van Roey qui a succédé au cardinal Mercier, mort au mois de février.

Une loi est votée et entre en application par la promulgation de l'Arrêté Royal, le 24 juillet 1926, pour assurer la tranquilité publique, tous les cafés, salons et établissements publics doivent fermer à une heure du matin.

A Tournai, l'année débute les pieds dans l'eau. L'Escaut déborde en amont et en aval de la ville, son débit est tel que toute navigation est devenue impossible. Au coeur de la cité, de nombreuses caves des deux rives du fleuve sont inondées parfois à bonne distance de celui-ci. Le village de Warchin est totalement envahi par les eaux, le chemin 55 au faubourg Morel disparaît sous quelques centimètres d'eau. Au Bas-Follet, un fermier, Mr. Semet, doit évacuer précipitemment sa ferme tandis qu'à Froyennes, la circulation du tram est interrompue entre le faubourg de Maire et le centre du village. L'église Saint-Nicolas est située en contrebas de la rue du Château, pour y accéder, il faut descendre quelques marches, les offices ont lieu dans le choeur et les fidèles y accèdent par un chemin fait de planches et de madriers.

Le vendredi 20 janvier, le Cercle des XV organise une soirée philanthropique de chants et de musique, au cinéma Palace. Les bénéfices sont versés à l'oeuvre des inondés. Le prix des places était de 5,3 et 2 francs, par comparaison, sachez que le prix du pain d'un kilo était de 2,5 francs et le journal vendu 20 centimes. L'Union Civique procède quant à elle à une collecte de vêtements, de couvertures et de vivres en faveur des très nombreux sinistrés.

Si la pluie s'arrêtera de tomber vers la mi-janvier, elle fera place à la grêle et au froid ce qui va compliquer la vie des personnes dont les maisons ont été envahies par les eaux. De plus, il n'y a que sept ans que le premier conflit mondial est terminé et la pauvreté est toujours bien présente dans certains quartiers et dans les campagnes avoisinantes.

Comme nous le verrons dans le suite, en politique, l'année est marquée par les élections communales et par quelques faits divers bien représentatifs de l'époque.

18:35 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, inondations, escaut, cercle des xv, palace, froyennes |

04/11/2010

Tournai : la ville au XVe siècle (2)

Un siècle de calamités.

 

Le XVème siècle ne sera pas la période la plus florissante pour la ville de Tournai, on peut même affirmer que la cité scaldéenne vit une période noire. Il y a tout d'abord les grandes calamités qui la frappent. Depuis la moitié du XIVème siècle, la peste a fait sa réapparition en Europe occidentale. Une épidémie éclate et sévit durant les années 1400/1401, le Hainaut est particulièrement touché entre mai et septembre 1400. Selon un chroniqueur de l'époque, resté anonyme, elle toucha en premier lieu les paysans et les ouvriers, puis... les buveurs de bières et ensuite ceux de vin (sic). Elle n'épargna pas les bourgeois, ni les gens d'église, même pas les médecins et les apothicaires. On estime, à la lecture des testaments conservés dans les archives de la ville (détruits lors des bombardements de 1940) que le nombre de décès ordinaires pour une année fut, en 1400, plus que multiplié par quatre.

 

L'épidémie sera endémique durant ce siècle et atteindra des paroxysmes lors du printemps et de l'été de l'année 1426, en 1438, 1449, 1452, 1467 et 1473.

 

De février à mai 1413, Tournai doit faire face à une autre épidémie, la "heuquette", qu'on peut traduire par le hocquet, une forme de rhume extrêment virulente que les moyens de l'époque ne permettent pas de combattre avec succès. De nombreuses personnes périrent de ce mal aujourd'hui disparu.

 

Les maladies n'étaient pas les seuls fléaux qui ravagèrent la ville, des phénomènes météorologiquesn'épargent pas la ville. En février 1409, l'Escaut déborde, durant l'automne 1423, on doit se déplacer en barque dans certains quartiers de la ville et l'hiver 1434, entre février et avril donne lieu à de fortes gelées et à d'abondantes chutes de neige. Les gelées de l'hiver et du printemps de l'année 1426. endommagèrent le vignoble tournaisien.

 

Autre élément craint par les habitants : le feu. Comme nous l'avons vu, dans l'article consacré aux ordonnances et réglements communaux, le 7 mai 1437, un incendie détruisit près de 125 maisons dans le quartier de Marvis.

 

Taxation outrancière de la part des souverains français et des ducs de Bourgogne, calamités, incendies contribuèrent à un important dépeuplement de la ville de Tournai. Pour échapper à ce sort funeste, de nombreux habitants quitteront la cité scaldéenne pour s'établir ailleurs. Dans ce cas, c'est souvent l'élite qui possède les moyens de partir, son départ appauvrit un peu plus encore les finances de la ville. Selon une estimation, la population passe de 50.000 habitants en 1350 à, à peine, 25.000 un siècle plus tard. Parmi ceux qui quitteront Tournai à cette époque, le plus connu fut le peintre Rogier de le Pasture qui s'installa à Bruxelles et prit le nom de Rogier Van der Weyden.

 

L'activité économique au XVème siècle.

 

Tout ce qui nous venons de voir a eu une influence sur l'activité économique de la région. Le Tournaisis, constitué d'une bande de territoire d'une cinquantaine de kilomètre de long et dune quinzaine de kilomètres de large, à cheval sur l'Escaut, ne pouvait suffire à lui seul à approvisionner la cité. Il fallait donc importer des vivres du Hianut et de Flandre (surtout du blé). Si elle ne connut pas de réelles famines, la ville dut faire face à des disettes au printemps de l'année 1410 et 1417, durant l'hiver de 1420. En 1452, on interdit même au Hainaut d'envoyer des vivres à Tournai car le duc Philippe le Bon soupçonnait les Tournaisiens de soutenir la révolte des Gantois.

 

(sources : voir article précédent)

18:55 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, xve siècle, peste, hocquet, escaut |

01/07/2010

Tournai : Si l'Escaut pouvait parler !

L'Escaut, ce fleuve franco-belgo-néerlandais, long d'environ 430 kilomètres qui prend sa source dans le département de l'Aisne et se jette dans la Mer du Nord après avoir formé un large estuaire aux Pays-Bas.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il en aurait des choses à nous révéler.

 

Dans la traversée de Tournai, il n'a pas toujours été ce fleuve tranquille qui ondoie légèrement au passage des péniches, longe majestueusement des quais aux maisons anciennes, flirte timidement avec son ami le Pont des Trous dont les trois arches, un bref instant, le sépare comme on passe une main distraitement dans la chevelure d'une bien aimée et ensuite quitte comme à regrets la ville aux accents picards pour aller rejoindre le plat pays chanté par Jacques Brel.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous dirait certainement qu'il a donné naissance à notre cité, s'est transformé en rempart contre certains de ses envahisseurs, a apporté la vie mais aussi, bien souvent, la mort. ... Jusqu'au XVIIe siècle, son lit s'étalait largement entre deux rives en pentes douces, ses eaux jouaient avec les ilôts et les moulins sur pilotis, contournaient les barrages ou haies, débordaient parfois en des crues incontrôlables. Sous le règne de Louis XIV, il vit disparaître tous les obstacles, détruire des maisons bâties sur ses rives, s'ériger des murs de quais surmontés de larges dalles et de balustrades et arborés par des platanes permettant les promenades des gentes dames.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous conterait certainement l'histoire de la navigation fluviale qui débuta bien longtemps avant le moyen-âge, déjà à la période gallo-romaine. Syndicaliste peut-être, il évoquerait ce droit de péage instauré du temps des Romains et qui dura jusqu'au début de XIXe siècle et il nous entretiendrait de ses associations de bateliers qui naquirent un jour : les "Compagnons Pilotes" créés sur ordonnance des Consaux en mars 1577 qui permettaient aux bateaux de traverser la ville en évitant les nombreux obstacles et les "Francs Maîtres Bateliers" autorisés par les Consaux en 1594 qui obtinrent l'exclusivité des droits de charge et de transporter les marchandise pondéreuses dans la ville et ses faubourgs.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il ne se contenterait pas de nous faire une leçon d'Histoire mais nous détaillerait aussi ces aventures, ces faits divers dont il a parfois été l'acteur, toujours le témoin. Il vous raconterait le cas de cette péniche appelée "le jeune Charles", originaire de Dunkerque, qui le 29 avril 1853, au moment du chargement d'une (trop ?) lourde pierre se brisa et coula à hauteur de Chercq ou de ce petit bateau de chaux qui disparut dans ses eaux, le 8 juillet 1853, à hauteur du pont de Vaulx.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il évoquerait encore la mémoire de ce conducteur de bateau qui, le 7 février 1881, longeant le chemin de halage fut emporté dans le fleuve par les deux chevaux qui tiraient le baquet.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous amènerait un sourire en narrant l'aventure de ces deux policiers tournaisiens qui, il y a une trentaine d'années, à quelques jours de la Noël se retrouvèrent, une nuit, avec leur véhicule dans ses eaux glacées, l'un des deux représentants de l'ordre s'appelant, fort à propos, Noël Noël !

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous étonnerait en nous rappelant ces deux péniches trop pressées qui n'attendirent pas que le pont Notre-Dame fut levé et vinrent l'emboutir lui provoquant d'importants dégâts et l'interdisant durant des jours à la circulation automobile au grand dam des chauffeurs toujours pressés.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous apprendrait à nous souvenir de ces centaines d'hommes et de femmes qui, volontairement ou accidentellement, au long des siècles, perdirent la vie dans ses eaux cruelles et rendrait probablement hommage à ces héros anonymes qui, un jour, n'hésitèrent pas à plonger dans ses eaux froides et noires pour sauver une vie en perdition.

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il serait fier du rôle économique qu'il a toujours tenu pour les entreprises de la région emportant les pierres de nos carrières et les ouvrages de nos contructions métalliques. Déjà, le 29 janvier 1854, on pouvait lire dans le Courrier de l'Escaut que : "le sieur Debougnies, marchand de charbon près le Pont de l'Arche (quai des Poissonsceaux ?) a l'honneur d'informer le public qu'il a en déchargement plusieurs bateaux de charbon, compris un bateau venu des mines d'Anzin (France), à des prix modérés". ...

 

Si l'Escaut pouvait parler ! Il nous en raconterait des histoires, un peu à l'image de ce grand fleuve qui coulait dans la plaine italienne et contait les aventures de Don Camillo et Peppone.

 

Mais cessons de rêver, l'Escaut ne parle pas, il se contente de couler impassible, entre deux rives, indifférent aux heurts et malheurs de ses riverains, serpentant au sein des paysages buccoliques ou urbains, apportant un peu de fraîcheur aux jours de canicule, défilant à perdre haleine aux soirs d'orage, quittant la France qui l'a vu naître, ru gazouillant au milieu d'une prairie, grandissant, franchissant allègrement les frontières et, après s'être grisé d'iode, se noyant dans la Mer du Nord, terme de son inexorable itinéraire. (S.T. juillet 2010)

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : escaut, tournai |