22/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (7)

1995, Année sabbatique !

Après le Grand Cabaret d'octobre 1994 et après la disparition de trois de ses membres sur une courte période, la Compagnie est entrée en léthargie. Allait-elle disparaître ? On le redoute car la journée du 1er février 1995 est une nouvelle date à marquer d'une pierre noire, on apprend le décès d'Eloi Baudimont, né le 17 mars 1917, une des figures de proue du Cabaret. 

1994 RCCWT décès Eloi Baudimont (3).jpg

Facétieux, au premier rang, Eloi Baudimont se retourne probablement pour dire à ses amis un de ces bons mots dont il avait le secret. 

 

1994 RCCWT décès Eloi Baudimont (1).jpgEloi Baudimont  était présent au Cabaret depuis 48 ans (il y est entré en 1947) et était Vice-président administrateur depuis 1980. On ne compte pas les œuvres que ce chansonnier de talent a écrites. Celles-ci traduisent les multiples facettes de cet auteur patoisant fécond, tendres ou caustiques, poétiques ou journalistiques. Parmi toutes celles qu'il nous a léguées, j'ai voulu reprendre quelques-unes que j'ai particulièrement appréciées et le choix fut extrêmement difficile :

"Eine partie d'fier", une chanson qui durera tant qu'on jouera au Jeu de fer à Tournai, elle explique ce jeu typiquement tournaisien aux profanes, "Karmesse" décrit cette atmosphère de fête qui envahit Tournai durant le mois de septembre,  "A l'Eau, à l'Eau" raconte, avec énormément d'humour, la mésaventure survenue à deux policiers tournaisiens au volant d'un tout nouveau véhicule lorsqu'ils se retrouvèrent dans l'Escaut quelques jours avant la Noël, "L'zizi" est une réponse à la sauce tournaisienne à la chanson de Pierre Perret qu'on entendait à longueur de journée sur les ondes. "L' Moulin d'chez Mamour", "Dins les rues d'Noter-Dame", "Quand ch'est Cabaret" chantent cette cité des cinq clochers qu'il aimait profondément. "Ein infant", "Papa et Manman", "Noces d'argent", "Eine femme", "Eloi" (chanson pour son petit-fils), sont des compositions dans lesquelles il donne libre cours à une tendresse qu'il dissimulait parfois sous un air sévère. Personnellement, j'ai toujours eu un faible pour sa chanson "Diminche" décrivant le déroulement d'une journée dominicale à la fin des années quarante. Dans "On n'fait pus c'qu'on veut", il parle des aléas de la vie moderne comparée à celle de jadis, une époque où on prenait le temps de vivre. L'évasion de 38 prisonniers de la maison d'arrêt de Tournai  en 1983 sera une source inépuisable de situations cocasses qu'il traduira sur un pot-pourri d'airs connus.

Avec son compère Albert Coens, Eloi Baudimont était à l'origine de tous les textes et mises en scène des "Revues de la Kermesse" . Indépendant à la tête d'une entreprise de plomberie située à la rue Duquesnoy, il était également supporter de la Royale Union Sportive Tournaisienne et une des voix (avec Bruno Delmotte) des marionnettes "Popol et D'siré" sur No Télé (voir l'article que nous lui avons consacré précédemment sur le blog).

Ce départ allait plonger un peu plus le Cabaret dans le doute quant à son avenir. Quatre membres vont relever le défi : Philippe De Smet, Eric Genty, René Godet et Jean-Pierre Verbeke. Ceux-ci ne peuvent admettre que les "Anciens" mettent la clé sous le paillasson. Le cabaret doit continuer à exister. Ils vont remuer ciel et terre et quatre aspirants vont répondre à leur appel et entrer au Cabaret en cette année 1995.

1995 RCCWT nouveaux membres.jpg

On les appelait les "quatre barbus", ils représentaient le sang neuf dont la Compagnie avait le plus besoin. La légende de la photo demande cependant à être rectifiée. De gauche à droite : Rudy Sainlez - Freddy Dequesnes, Géry Derasse et Pierre Vanden Broecke. 

Mettant fin à son année sabbatique, le Cabaret célèbre son renouveau en septembre 1995, lors de l'hommage à la Chanson Wallonne et ensuite lors du Grand Cabaret d'octobre. Tout cela ne sera-t-il qu'un feu de paille ? Nous verrons qu'au sein de la société patoisante tournaisienne, la vie est loin d'être un long fleuve tranquille et que l'arrivée de nouveaux membres ne présage pas de nouveaux beaux jours car elle n'a pas occulté la profonde lassitude des "Anciens" ! Un fossé va se créer...

(Sources : "Florilège du Cabaret", ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la R.C.C.W.T - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007, à l'occasion du centenaire de la Compagnie - articles de la presse locale. Photos : "le Courrier de l'Escaut" grâce à l'aimable collaboration de Jean-Paul Foucart).

S.T. mars 2017.

23/09/2013

Tournai : l'année 2008 sous la loupe (4)

Si, sur le plan international, national ou local, l'actualité a un peu ronronné durant l'automne, les événements vont se succéder à un rythme effréné au cours des trois derniers mois de l'année.

Sur le plan international, ce sont les élections américaines qui retiennent l'attention. Le 4 novembre, le démocrate Barak Obama triomphe de son adversaire, le républicain John McCain. Pour la première fois un homme de race noire entre à la Maison Blanche. Il incarne un espoir pour des millions d'américains lassés par la gestion d'un Georges Bush soumis aux lobbying financiers et "va-t-en guerre" invétéré. 

On apprend les disparitions du comédien Guillaume Depardieu, le 13 octobre, à l'âge de 37 ans, de la religieuse belge Sœur Emmanuelle, la petite sœur des chiffonniers du Caire, à l'âge de 99 ans, une semaine plus tard, du footballeur belge Régis Genaux, à l'âge de 35 ans, le 8 novembre et du célèbre couturier français des "sixties", Ted Lapidus, le 29 décembre, à l'âge de 79 ans. 

Sur le plan national, on retiendra l'appel à l'aide lancé au gouvernement par les organismes financiers belges en pleine tourmente. Vingt milliards d'argent public seront injectés pour soutenir Fortis, Dexia, Ethias et KBC. On n'avait jamais imaginé que les rois de la finance, ceux qui dans l'ombre tiraient les ficelles de l'économie mondiale allaient devoir supplier l'Etat de les aider. Cette crise financière n'allait d'ailleurs pas être sans conséquence pour le gouvernement d'Yves Leterme, contraint de démissionner en décembre. Le Roi fait alors appel à Herman Van Rompuy pour former une nouvelle équipe dirigeante. Crise financière déclarée, crise économique qui se profile, éternels problèmes communautaires, la tâche est énorme, elle ressemble même à une mission impossible, il faudra, comme dit la presse, un Sup..Herman.

A l'ombre des cinq clochers, les journalistes ne vont pas chômer.

Octobre.

Le jeudi 2, la circulation fluviale est interrompue dans la traversée de Tournai. Vers 8 h 30, on a constaté la présence d'une nappe compacte de près de cinq cents mètres de longueur en amont de l'écluse de Kain. Les pompiers tournaisiens étrennent à cette occasion une nouvelle technique de lutte contre ce type de pollution : un boudin hydrophobe (rempli d'une sorte de cellulose, il a pouvoir d'absorber l'huile tout en laissant filtrer l'eau). La Division de la protection de l'Environnement arrivée sur place détermine qu'il s'agit d'une huile de vidange. Une question se pose : perte accidentelle ou acte de malveillance ?

Le samedi 4, en la salle La Fenêtre, les Insolents passent, comme à leur habitude, l'actualité locale, nationale et internationale à la moulinette. L'invité d'honneur de cette soirée n'est autre que Catherine Fonck, Ministre de l'Enfance, de l'Aide à la Jeunesse et de la Santé en Communauté française.

A partir de ce samedi 4 jusqu'au 31, "l'Art dans la Ville" permet aux habitants de la cité des cinq clochers d'admirer les différentes facettes de l'expression artistique. Peinture, sculpture, photographie, tapisserie..., on retrouve les œuvres exposées dans les vitrines des magasins, les musées, les galeries, les bâtiments publics mais aussi dans les ateliers d'artistes ouverts exceptionnellement au public.

Le dimanche 5 octobre, comme c'est la tradition, la dernière étape du circuit Franco-Belge se termine au pied du beffroi. Elle est remportée par Sébastien Rosseleer devant Juan Manuel Flecha et le regretté Wouter Weylandt. Le classement final voit la victoire de Flecha devant Rosseleer et Jurgen Roelandt. Leader, le matin même au départ d'Havré, ce dernier s'est vu contraint de céder le maillot jaune et de se contenter du maillot vert du classement par points. 

Le 8 octobre, pour inaugurer sa nouvelle saison culturelle, la Maison de la Culture accueille dans la salle Lucas, un spectacle haut en couleur, "Kermesse", l'histoire d'une fête foraine qui vire tout doucement au drame, car derrière les sourires de façade affichés pour la circonstance se trament des jalousies, des liaisons, des intrigues. Le spectateur est progressivement entraîné dans cette folle farandole, passant d'attraction en attraction, pour être le témoin d'un tableau final qui lui fait prendre conscience du côté artificiel de ce monde de la fête. 

En ce début de mois d'octobre, à Liège, parmi les quatre villes hennuyères primées pour la qualité de leur gestion centre-ville, Tournai est la seule à remporter deux palmes : le coup de cœur pour les Chiffonnades et pour l'instauration du "sac mission" destiné à ses représentants qui sillonnent la ville et renseignent les visiteurs. Ces trophées récompensent le travail inlassable de Jean Michel Van de Cauter et de son équipe.

Le dimanche 12 octobre, après huit rencontres sans défaite, le Football Club Tournai est battu, à domicile, par le S.K. Beveren sur le score de 1-2. Les Sang et Or se retrouvent quatrième au classement de la Division 2 Nationale. Avec 4 victoires, 4 nuls et 1 défaite, ils comptent un actif de 16 points et sont devancés par Saint-Trond (20 pts), Tirlemont (19 pts) et le FC Brussels (16 pts également mais comptant une victoire de plus).

Un drame de la route va endeuiller la journée du mardi 14. Sur l'autoroute E42, à hauteur de Kain, une voiture percute une camionnette transportant des ouvriers. Suite à la violence du choc, l'utilitaire est projeté au-dessus de la glissière de sécurité et termine sa course dans la végétation qui borde la chaussée, ses occupants sont fortement choqués. Dans le véhicule tamponneur, il n'y a, malheureusement, plus rien à faire pour la conductrice, une quadragénaire originaire de France mais habitant Gaurain-Ramecroix.

La Maison de la Culture accueille Thomas Dutronc et son univers manouche. Le fils de Jacques et de Françoise Hardy enchante le nombreux public venu le découvrir.

En cette mi-octobre, une information parue dans la presse locale va soulever une vague de protestation parmi la population tournaisienne. Le concepteur de la rénovation du quartier cathédral, le parisien Nicolas Michelin, dévoile le projet de construction d'une tour de conception ultra-moderne, en béton et verre, d'une hauteur de près de cinquante mètres, sur la place Paul Emile Janson, juste à côté des cinq tours presque millénaires de la cathédrale Notre-Dame. Si certains apprécient cette touche de modernisme dans le paysage tournaisien, beaucoup d'autres crient au scandale. Un comité de défense va très vite se constituer, il lancera une pétition intitulée "une tour de trop" refusant cette érection "iconoclaste" aux côtés d'un chef d'oeuvre inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. A Paris a-t-on construit la Tour de la Défense à deux pas de celle érigée par Gustave Eiffel ou des tours de Notre-Dame ? Non, il n'y a pas là confusion des genres !

Un nouveau drame se déroule la nuit du 16 au 17 octobre. Ayant assisté à une soirée estudiantine à Ramegnies-Chin, trois jeunes Français, deux garçons et une fille, longent la voie ferrée à hauteur de Blandain pour regagner leur domicile situé juste de l'autre côté de la frontière. Lorsque surgit le train assurant la liaison entre la gare de Tournai et celle de Lille-Flandres, les garçons parviennent à s'écarter, la jeune femme de vingt ans est happée par le convoi et tuée sur le coup.

En cette fin de mois, la presse révèle que la gare de Tournai a été le théâtre d'un vandalisme "officiel". Mandatée par la S.N.C.B, une firme a procédé au nettoyage du passage sous les voies. Depuis 1988, les murs carrelés de celui-ci étaient décorés par des œuvres de l'artiste local Edmond Dubrunfaut. Celles-ci n'ont pas résisté à l'intensif nettoyage et à l'usage de produits décapants. 

Novembre.

En ce début du mois de novembre, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture affiche "complet" lors des différentes représentations du "Cabaret du Centenaire" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. 

Alors que la crise s'installe et que les difficultés économiques vont grandissantes, une entreprise tournaisienne continue à progresser, la biscuiterie Desobry. Son bilan, paru en juin 2008, annonce un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros en augmentation de 6%. La firme débute un chantier d'extension des capacités de stockage de produits, un hall de 33 m sur 12, sur les terrains de la rue du Vieux Colombier, en plein cœur du Vert-Bocage, lieu où elle existe depuis 1946. Desobry dispose déjà d'un vaste entrepôt de 3.200 m2 sur le zoning de Tournai Ouest destiné à accueillir les produits finis, en partance pour la vente.

Le 12 novembre, les Baladins du Miroir ont dressé leur chapiteau sur la plaine des Manœuvres pour les quelques représentations données sous l'égide de la Maison de la Culture de leur nouvelle création "Tristan et Yseut".

Habitant le hameau de Fourcroix à Blandain, l'écrivain et conteur Paul André nous quitte le vendredi 14 novembre. Cet homme de lettres avait été récompensé du Prix Charles Plisnier en 1981, il était l'auteur de nombreux ouvrages dont on retiendra "le Pays alezan" ou encore "Le petit cri têtu du perce-neige". Travaillant également en autodidacte le bois, le fer, la pierre bleue ou la céramique dans son atelier blandinois, cet homme, épris de solitude, est décédé à l'âge de 68 ans.  

Pas de grands discours, pas de séance académique où le tout Tournai se côtoie à l'occasion des trente ans de la télévision locale No Télé, le vendredi 21 novembre, la télévision organise à cette occasion une grande émission en direct, un jeu, dans lequel les bourgmestres de Wallonie Picarde s'affrontent épaulés par un sportif, un représentant culturel et un membre de l'associatif.

Le samedi 22, les amateurs d'humour se donnent rendez-vous en la salle La Fenêtre pour une nouvelle soirée décapante en compagnie des Insolents qui reçoivent, en invité d'honneur, le chroniqueur sportif Stéphane Pauwels. Le même soir, les mélomanes sont conviés par la Chapelle Musicale de Tournai qui leur propose un concert de piano avec une des plus remarquables pianistes de jazz, Nathalie Loriers et la virtuose sino-canadienne Fu-Chen dans des œuvres de Mozart.

C'est un véritable sentiment de délivrance qui a envahi les 147 touristes qui viennent d'arriver à Barry, au soir du lundi 24 novembre. Suite à la faillite de l'intermédiaire entre le firme de voyages tournaisienne et un hôtelier turc, ceux-ci avaient été littéralement retenus "en otage", par les responsables de l'hôtel où ils logeaient, pour défaut de paiement de la totalité de la somme due. Ils ont même été obligés de payer des sommes importantes pour pouvoir obtenir une chambre et un repas. L'agence tournaisienne totalement indépendante de cette situation déplorable a multiplié les contacts pour pouvoir les rapatrier.

Décembre.

Le 6, le Ballet du Hainaut, compagnie Jean Jacques Van Velthem, fête son vingtième anniversaire à la Maison de la Culture et présente quatre chorégraphies : "Adagio", "Concerto" , "Seven" et "Brel for ever".

Pour faire du sensationnel, on aurait pu titrer cette information "Coup de théâtre à Mourcourt sur un air de divorce", on aurait même pu écrire un roman, une histoire d'amour et d'amitié qui débute par l'osmose qui apparaît entre un chef de musique professionnel, le talentueux Eloi Baudimont, et une fanfare d'un village faisant partie du grand Tournai, comptant alors une quinzaine de musiciens amateurs. L'histoire ressemble à ces contes de fée de notre enfance. Très rapidement forte de soixante musiciens, la Fanfare de Mourcourt va se produire en Italie, en Roumanie, en Espagne, va faire l'ouverture du festival d'Avignon, va monter le projet "Mali-Mali" avec Baba Sissoko et le présenter à Tournai et au Mali, va collaborer avec Franco Dragone, accompagner la Piste aux Espoirs ou encore se muer en fanfare de Moulinsart pour fêter la parution d'un album de Tintin en patois picard. On l'invitera même au Palais Royal pour l'anniversaire du Roi Albert II, on la verra sur la RTBf ou sur No Télé, véritable ambassadrice de la cité des cinq clochers. Pendant quelques années, elle surfera ainsi sur la vague du succès jusqu'à ce jour de décembre où le chef décidera de la quitter. Peut-être las du succès, probablement pris d'un vertige provoqué par cette ascension fulgurante, des tensions sont apparues entre certains musiciens traditionalistes voulant revenir, un peu, en arrière et le bondissant chef toujours en recherche de nouveautés. Le roman de la fanfare n'a pas connu le "happy end" que chacun était en droit d'espérer. Eloi Baudimont part vers de nouvelles aventures, la fanfare se cherche un nouveau chef !

Le 6 décembre, l'église Saint-Paul, accueille le concert annuel de "l'asbl Michaël", intitulé "Chœurs et Clarinettes chantent Noël" avec l'ensemble vocal du Conservatoire dirigé par Michel Jakobiec et celui des clarinettes sous la direction d'André Caucheteux. Au cours de la soirée, le public peut aussi assister aux prestations du groupe "Arpèges et Rencontres" du Saulchoir de Kain et du groupe des "Flûtes des P'tits Colibris", émouvantes prestations effectuées par les enfants fréquentant ces deux centres d'accueil pour jeunes handicapés qui récoltèrent de très longs applaudissements.

Le mercredi 10, le Rotary 3 Lys organise lui aussi son concert de Noël. Il se déroule à l'église Saint-Jacques et met le chant grégorien à l'honneur. Les voix de la "Schola féminine Cum Jubilo" sont accompagnées par Jean Vernier aux grandes orgues, Dick Decae au trombone, et par le quatuor de flûtes à bec d'Ypres dirigé par Jean Lesage. 

En cette fin d'année 2008, Philippe Brunin, coordinateur des musées tournaisiens a mené à bien un long travail. Biologiste de formation et ancien préfet de l'Athénée Royal de Tournai, ancien conservateur du musée d'Histoire Naturelle, il a, avec l'aide de son ami, Jean Paul Theys, acheté et retapé un vieux manège pour enfants datant d'avant-guerre, un petit moulin découvert en Champagne. Les voitures ont été fabriquées spécialement par une firme française spécialisée dans la conception de voitures de manèges ou à pédales. Il est équipé de représentations de voitures Peugeot en circulation durant les années trente. Actuellement, en septembre 2013, ce manège est visible sur la Grand'Place de Tournai, au pied de la statue de la princesse d'Espinoy, il va raviver les souvenirs des nostalgiques des ducasses d'antan. 

Depuis longtemps, Paul Wacheul, Secrétaire de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, caressait un rêve, se muer en historien pour donner une suite au "Florilège du Cabaret" écrit par Lucien Jardez en 1982. C'est chose faite en ce mois de décembre, "Chint ans d'Cabaret" est paru, un ouvrage indispensable pour les vrais Tournaisiens.

En ce mois de décembre se termine la tenue de la Chambre du Conseil devant statuer sur le renvoi éventuel en correctionnel des présumés responsables de la catastrophe de Ghislenghien. En raison du nombre de personnes concernées, les débats répartis sur seize séances ont été organisés dans le hall de Tournai-Expo transformé pour l'occasion en une extension du tribunal tournaisien.

A la veille de la trêve hivernale, suite à son match nul réalisé contre Ostende sur le score de 1-1, le F.C. Tournai remonte à la 6e place du classement de division 2.

Dramatique soirée de Noël, le mercredi 24, vers 19 h, lorsqu'un Tournaisien perd le contrôle de son véhicule et termine sa course contre un arbre. Il sera tué sur le coup.

Suite à la démission de Philippe de Smet de sa fonction de Président du Cabaret Wallon, les membres de la Royale Compagnie désignent Michel Derache pour lui succéder. Il sera entouré de Jean Marc Foucart et de Vincent Brackelaere, vice-présidents. Au cours de cette cérémonie, trois membres sont mis à l’honneur : Félicien Doyen, Ghislain Perron et René Godet fêtent respectivement 60, 40 et 30 années de présence au sein du groupe des chansonniers tournaisiens. Tous les trois reçoivent la médaille du "Petit Potier" des mains du bourgmestre Christian Massy.

(sources : le Courrier de l'Escaut et souvenirs personnels).

S.T. septembre 2013. 

  

 

19/08/2013

Tournai : l'année 2007 sous la loupe (2)

Voici la suite de la rétrospective des événements qui marquèrent l'actualité tournaisienne en cette année 2007 avec ceux survenus durant le printemps.

Avril. 

Le mois d'avril débute par deux tragiques accidents de la circulation. Le même jour, un samedi, tôt le matin, un jeune Lillois trouve la mort au cours de la perte de contrôle d'un véhicule dans le tristement célèbre virage Tentalu à Ramegnies-Chin. Vers la fin de la matinée, un père et son fils revenant en moto de Tournai et se dirigeant vers Leuze-en-Hainaut sont fauchés par un véhicule sur la chaussée de Bruxelles à Barry-Maulde. Celui-ci avait dévié de sa trajectoire suite à une hésitation d'un conducteur qui le précédait.  

Le dimanche 8 avril, près de 7.000 marcheurs escaladent les pentes du Mont Saint-Aubert à l'occasion de la traditionnelle "marche à bâton" du Lundi de Pâques.

Le samedi 15 avril 2007 débute l'aventure du présent blog "Visite Virtuelle de Tournai".

Lors d'un chantier qui a pour cadre le bâtiment de l'ancien hôtel "Aux Armes de Tournai", sur la place de Lille, on découvre un linteau sculpté sous la porte cochère, représentant " La fuite en Egypte". Ce dernier avait été recouvert depuis bien longtemps, on pensait même que cette scène biblique était disparue pour toujours. Un autre linteau, découvert par la même occasion, est sculpté d'un visage d'ange et porte une date gravée dans le bois : 1640.

Du 20 au 24 avril, le cirque français Amar fait halte dans la cité des cinq clochers, bizarrement, il dresse son chapiteau non pas sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe mais bien sur le parking de Tournai Expo.

Le dimanche 22 avril, au soir de la vingt-huitième journée de championnat de football de Division 3 nationale, Le Football Club Tournai partage toujours la tête du classement avec Diegem.

Le vendredi 27 avril, la salle Jean Noté de la Maison de la Culture, accueille Michel Jonasz venu, dans son tour de chant, rendre hommage à la chanson française. Les répertoires de Brel, Brassens, Piaf, Ferré, Mouloudji, Gainsbourg seront notamment visités par l'artiste français.

Mai.

Avec plus de 7.000 participants, la ville de Tournai bat un nouveau record au "Beau Vélo de Ravel", organisé de main de maître par le Tournaisien d'origine Adrien Joveneau et Vivacité. 

La violence est de plus en plus présente au cœur de la ville, mais peu de personnes pensaient que celle-ci se déchaînerait au sein même de l'évêché de Tournai, au pied de la cathédrale Notre-Dame. Durant le nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mai, deux individus s'introduisent dans l'enceinte de l'évêché en escaladant un mur situé face à la porte du Capitole. Pénétrant dans les bâtiments, ils agressent violemment Mgr Guy Harpigny au moyen d'armes blanches et d'une masse. Le prélat sera torturé afin de lui faire ouvrir un coffre dont il ne possédait pas la clé, son calvaire va durer des heures. Finalement, les deux malfrats quittent les lieux en ayant emporté une somme dérisoire de 300 euros, l'anneau épiscopal et quelques bijoux. Enfermé dans la chambre de ses appartements, ce n'est qu'au petit matin que l'évêque parviendra, par une fenêtre, à alerter la femme de ménage qui venait de prendre son service. Alors que les enquêteurs se rendent sur les lieux, Guy Harpigny sera conduit en clinique pour examens, la face tuméfiée et présentant de nombreux hématomes. La presse publiera un portrait robot des deux agresseurs qui, selon la victime s'exprimaient entre eux probablement en Portugais.

Le dimanche 6 mai, la joie déferle dans les rues de la ville, suite à sa victoire à Meerhout sur le score sans appel de 0-3 et au partage du co-leader Diegem à Wetteren (3-3), le Football Club de Tournai est champion de division 3 Nationale et a ainsi acquis le droit d'évoluer dans l'antichambre de l'élite. Le F.C Tournai termine avec un actif de 61 points pour 59 à Geel et Diegem. Lorsque les cars ramenant les joueurs et supporters arrivent, bien tard, au stade Luc Varenne, ils sont accueillis par des centaines de supporters et le cortège gagne le centre-ville. Une liesse populaire, une joie bon enfant qui n'a vraiment rien à voir avec les débordements et dérapages souvent vus à la télévision lors de victoire de grands clubs étrangers.

Nouvel acte de violence, le jeudi 10 mai vers 18h, dans un magasin de chaussures de la zone commerciale de Froyennes. Deux hommes casqués y font irruption et ordonnent aux membres du personnel et aux derniers clients présents de se coucher à terre, parmi eux, se trouvent des enfants. Ils se font ouvrir le coffre par une vendeuse et négligent le contenu des caisses. Après leur départ, un jeune enfant sera transféré en clinique dans un profond état de choc.

Le 20 mai, la Maison de la Culture présente un événement exceptionnel "Mali, Mali", un projet né de la rencontre du musicien et chef de fanfare tournaisien, Eloi Baudimont avec un musicien traditionnel malien Baba Sissoko. Suivront la naissance d'un CD et un déplacement au Mali pour présenter ce concert haut en couleurs. 

Du 22 au 28 mai, le Petit Théâtre d'Aquitaine pose ses valises pour présenter son nouveau spectacle de Guignol sur le Quai Dumon. Le propriétaire de ce théâtre ambulant, Alain Kerwich, est un habitué de la cité des cinq clochers, il a déjà occupé la place Crombez et la place Reine Astrid.

En cette fin de mois de mai, Templeuve possède son géant, à l'image d'Ath et de Tournai. "Omer" prend les traits d'Omer Droulez, personnage authentique du village rattaché à Tournai. Au même moment et au même endroit, Enrico Macias est en tournage pour un télé-film produit et diffusé par France 3, "Monsieur Molina". Le restaurant " La Grande Maison" est envahi par les caméras pour la réalisation de quelques scènes. Le propriétaire des lieux n'est autre qu'Alain Padou, un motard qui participa au début des années quatre-vingts au Paris-Dakar.

Le mardi 29 mai, des enquêteurs perquisitionnent les locaux du stade Luc Varenne et des bureaux de l'Hôtel de Ville. C'est la gestion de la régie communale autonome du stade Luc Varenne qui semble être mise en cause. 

Juin.

Sont-ce les mêmes auteurs qu'à Froyennes ? C'est possible ! Le lundi 11 juin, deux motards braquent le magasin Colruyt de la chaussée de Renaix, en présence d'une quarantaine de clients. Les malfrats qui réclament l'ouverture du coffre doivent se contenter du contenu des caisses, le transporteur venant juste d'emporter les fonds contenus dans la zone sécurisée. Après leur départ, une caissière a été transportée à l'hôpital en état de choc.

Le 12 juin, une centaine de spécialistes du logement social sont invités par le Logis Tournaisiens dans le cadre d'un colloque du "Réseau habitat et francophone" qui regroupe des professionnels de 25 pays de langue française. Durant cette journée, Tournai devient la capitale mondiale francophone du logement social. 

Le 16 juin, la presse se fait l'écho d'un projet d'installation de huit éoliennes sur les territoires de Saint-Maur, Bruyelles et Jollain-Merlin. ce projet est loin de ravir les riverains.

En ce mois de juin, le groupe Carrefour annonce un vaste plan de restructuration engendrant la fermeture ou le passage sous franchise d'un certain nombre de magasins. Cette nouvelle apporte l'inquiétude auprès des 66 membres du personnel de la surface tournaisienne située à la rue de la Tête d'Or mais aussi auprès de clients et de commerçants voisins. Marianne Leclercq, une cliente, sollicite une entrevue avec l'échevin du commerce et lance une pétition pour le maintien de la surface commerciale en ville. Une manifestation rassemblant plus d'un millier de participants va parcourir la ville le 31 mai. (à suivre)  

(sources : le Courrier de l'Escaut de l'année 2007 et souvenirs personnels).

S.T. août 2013

21/02/2013

Tournai : le quartier des "Briscots".

Les "Briscots", voici un nom que la plupart des Tournaisiens n'utilisent plus pour désigner les habitants du quartier Saint-Brice, objet de notre visite virtuelle.

Il y a près de deux millénaires

Il est historiquement prouvé que la ville de Tournai est née au bord de l'Escaut dans le quartier Saint-Piat et qu'elle s'est tout d'abord développée sur la rive gauche du fleuve.

La rive droite resta longtemps déserte et couverte de marécages. Bozière nous apporte une preuve en signalant que vers l'année 1850, on découvrit de la tourbe, à quelques mètres de profondeur, en creusant une cave à la rue Haigne. Pour lui également, le nom de la rue du Quesnoy proviendrait des chênes du bois de Breuze qui s'étendait presque jusqu'au rive de l'Escaut. L'origine serait donc "quereetum", devenu en roman "quesne", désignant une plantation de chênes. 

Durant la période romaine, on ne parle pas de l'existence de lieux d'habitations sur la rive droite, il faut attendre le milieu du Ve siècle et l'arrivée des Francs saliens pour que des traces se précisent. Vers 430, Clodion se fixe avec sa famille à Tournai, vingt ans plus tard Mérovée lui succède et donne naissance à la dynastie des Mérivingiens. Mérovée ne règnera que quelques années et son fils Childéric lui succèdera. En 481, Childéric meurt en son palais de Tournai. A la suite de la découverte de son tombeau au pied de l'actuelle église Saint-Brice, en 1653, on a admis que le "Tornacense palatium", la résidence royale devait s'élever à proximité, entourée de plaines et de bois, sur un territoire qui dépassait probablement ce qui deviendra, bien plus tard, l'actuel quartier Saint-Brice. C'est de cette époque que date la construction d'un oratoire déjà dédié à Saint-Brice.

Le quartier qui se développe prend le nom de "Bourg". Si certains historiens (dont Poutrain) émettent l'opinion que le bourg fut entouré d'une enceinte avant le XIe siècle, ils n'étayent pas cette affirmation par de solides preuves. Nous nous référerons donc à une étude de Benoit Dochy et aux écrits de Bozière qui datent la construction de la première enceinte de la rive droite vers 1188 et 1202 et englobant le quartier des Chauffours en 1289. Bozière qui la date du XI e siècle la décrit comme prenant naissance à l'Arche sur l'Escaut courant vers le Glategnie, la porte Marvis, une porte qu'il situe alors entre les rues Neuve et Fleury, gagnait la rue du Quesnoy et la porte Morel, un peu au-delà de l'actuel Athénée Bara, se dirigeait vers la rue De Rasse et aboutissait entre les Pont de Fer et le pont Notre-Dame. Voici une première ébauche de l'actuel quartier Saint-Brice. 

La construction de l'église.

L'église qui va remplacer l'oratoire existant fut, comme lui, dédiée à Saint-Brice, évêque de Tours, un des saints patrons de la Gaule mérovingienne. Le crypte romane située sous le choeur est datée du XIIe siècle, le choeur à trois nefs date du XIIIe siècle et a subi une transformation au XIVe siècle. Elle est de style roman dit "hallekerk", une architecture qu'on retrouve dans de nombreuses villes de la Flandre maritime, mais possède également quelques éléments gothiques. Elle présente la particularité de posséder une couverture de tuiles rouges. Victime des bombardements allemands durant la seconde guerre mondiale, elle fut reconstruite et achevée en 1954. Toutefois, le bulbe qui terminait auparavant le clocher n'a pas été reconstruit, ce qui donne au clocher l'allure d'une tour carrée. Le maître-autel actuel a été réalisé en 1970 par le sculpteur tournaisien bien connu Georges Grard. 

Les ravages de la seconde guerre mondiale.

Le quadrilatère compris entre le quai, la rue Royale, la rue De Rasse, l'église Saint-Brice et la rue Cambron fut totalement anéanti lors des bombardements qui eurent lieu entre le 16 mai et le 6 juin 1940, quelques rares maisons résistèrent. Pratiquement toutes les constructions qu'on peut actuellement y trouver date de la reconstruction qui eut lieu entre 1946 et 1955. Quelques maisons furent également détruites sur le boulevard des Déportés, à la rue Beyaert et à la rue des Soeurs de Charité. Dès 1941, l'église Saint-Brice, aux murs calcinés s'élève sur un champ de ruines, il ne reste plus aucune habitation dans la rue de Pont. 

Ce quartier a payé un lourd tribut lors de ces bombardements, on relève, entre le 16 mai et le 6 juin 1940, pas moins de 34 victimes à la rue des Soeurs de Charité, principalement des personnes âgées, résidentes de l'hospice de vieillards tenu par les religieuses, cinq victimes dans la rue Royale, deux à la Terrasse Saint-Brice, deux à la rue Clercamps, deux à la rue de l'Athénée, et un à la rue Saint-Brice. 

Les habitants voisins de l'Athénée Royal étaient invités à rejoindre les caves de celui-ci qui servaient d'abris et étaient même équipées pour resister aux attaques de gaz si redoutées. 

Ils y ont habité.

Dans la rue qui porte désormais son nom, Charles Henri de Rasse (1774-1818) fut, à la fois maire et bourgmestre de Tournai. Il fut en effet, élu, membre du Collège Municipal en 1800, alors que la ville était sous juridiction française, adjoint au maire en 1801 et maire en 1804. Il occupera cette fonction jusqu'à sa démission en 1814. Quelques mois plus tard, il est nommé membre des Etats provisoires du Hainaut et en 1817, bourgmestre de Tournai. Il décèdera un an plus tard à l'âge de 44 ans. 

L'architecte Constant Sonneville, né en 1849 à Bailleul (France) et décédé à Tournai en 1929 a tout d'abord résidé au n° 41 de la rue Beyaert et ensuite au n° 15 de la rue Childéric. On lui doit la restauration du château de Beloeil et la construction d'autres châteaux à Roucourt (château d'Arondeau), Tertre, Ramegnies-Chin ou Staceghem. Il est aussi l'auteur de la construction du collège Notre-Dame de la Tombe à Kain, du Monastère des Carmelites à Ath, de la maison de campagne du comte d'Hespel au Mont saint-Aubert et d'une vingtaine églises dans la région dont l'église Saint-Antoine à Tournai. Il participa également à l'avant-dernière restauration de la cathédrale Notre-Dame qui eut lieu à la fin du XIXe siècle, à celle du palais de l'évêché, de la Maison des brasseurs et de l'intérieur de l'église Saint-Quentin.

Joseph Sonneville (1880-1958), son fils, habita par la suite au n°54 de la rue de l'Athénée. Il est notamment l'auteur de projet pour la construction du château du Vicomte Cossée de Maulde à Ramegnies-Chin, des écoles de Marquain et d'Estaimbourg,  de l'école normale des religieuses de la Visitation à Celles, du collège Saint-Julien à Ath, de l'église de Laplaigne et de Marquain. 

L'architecte Edmond Duvivier, né en 1864 et décédé en 1923, résida tout d'abord à la rue Beyaert pour déménager ensuite au n° 23 de la rue Childéric. il fut donc le voisin de Constant Sonneville. 

Autres "briscots" connus :

Marguerite Bervoets (1914-1944), professeur de littérature à l'Ecole normale primaire de Tournai et à la section régendat, héroïne nationale, membre de l'armée sécrète, celle qui habitait au n°10 de la Terrasse Saint-Brice, fut exécutée lâchement par les Allemand à Wolfenbüttel le 7 août 1944.  

Eloi Baudimont (1917-1995), patron d'une entreprise de plomberie, auteur patoisant, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, auteur avec Albert Coens de la célèbre Revue annuelle du Cabaret Wallon demeura à la rue du Quesnoy.

Géo Libbrecht (1891-1976), poète, avocat et assureur, il passa sa jeunesse au pied de l'église Saint-Brice. 

Simon Philippart (1826-1900), filateur, homme d'affaires, banquier, qui créa les entreprises qui portaient son nom à la rue des Moulins, habitait un hôtel particulier aux n° 51 et 53 de la rue Saint-Brice.

Raphaël Pollet (1791-1857), fabricant de savon et d'huile, construit son hôtel particulier au n°23 de la rue Saint-Brice. 


(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Histoire de Tournai et du Tournésis " de Poutrain - "La première enceinte rive droite" de Benoit Dochy, article paru dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier n°105 de juin 2011 - "Tournai, sous les bombes, 1940-1944" ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1984 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990


03/06/2008

Tournai : Pascal Mauquoy tire sa révérence !

Il est une des figures les plus connues dans la cité des cinq clochers. Depuis la moitié des années nonante, il ne passe pas une semaine sans que sa photo ne soit publiée dans la presse régionale, il a été la vedette de retransmissions en direct de la chaîne de télévision locale "No Télé" et tous les habitués de ce jeu typiquement tournaisien qu'est le "jeu de fer" reconnaissent en lui le plus grand champion de tous les temps.

Lui, c'est Pascal Mauquoy, 50 ans en cette année 2008, qui, à l'image d'autres grands sportifs, a décidé d'arrêter la compétition alors qu'il est au sommet de son art, alors qu'il peut encore rêver de nombreuses heures de gloire, alors qu'il peut encore remporter de nombreux titres. Trésorier de la Fédération de Jeu de Fer du Tournaisis, joueur patenté, Pascal Mauquoy a débuté la pratique de ce jeu à l'âge de 14 ans en s'inscrivant à la société des 15 Dogueux. Il n'a que 18 ans lorsqu'il participe pour la toute première fois au prestigieux tournoi annuel en la Halle-aux-Draps réunissant les meilleurs joueurs de la discipline. "Tout jeone, tout p'tit, i-éteot là parmi les vieux briscards saquant su leu touqette (tirant sur leur pipe), ormontant leu lunettes afin de doguer, surdoguer et éviter l'escampe à l'broque". Agé de 24 ans, il remporte, pour la première fois, cette compétition du mois de septembre à Tournai en compagnie de son équipier d'alors Jean Jacques Boucher, coupe qu'il va, à nouveau, brandir l'année suivante.

En 1988, il fait son entrée dans la société "la Parenthèse". Avec ses équipiers, il disputera le championnat interéquipes de Division 3 et accèdera rapidement à la Division 1. Ensuite, au sein de cette même société, il remportera 13 fois le titre de division 1. Au niveau individuel, Pascal Mauquoy, qu'on aurait pu aussi surnommé "le cannibale" mais qui se contentait de son sobriquet de "Maucq" fut, à neuf reprise, le champion du challenge de régularité. A partir de la fin des années quatre-vingt, il remporta trois fois consécutivement le titre de champion individuel et dix fois le tournoi annuel de la Halle-aux-Draps dont la finale attire chaque année plusieurs centaines de spectateurs. Lors des rencontres organisées au sein des sociétés, on avait coutume de dire que, lorsque Pascal y était inscrit, ses adversaires se disputaient l'honneur de...succomber en finale.

Considéré par certains comme un jeu d'arrière-salle de café, le Jeu de Fer est une discipline à part entière. Il est au Tournaisis, ce que la boule est au Midi, les fléchettes et le snooker aux pays anglo-saxon, le billard aux salles feutrées du monde entier. Il demande concentration, application, adaptation à des planches toutes différentes, il faut pouvoir garder son calme, évacuer son stress, faire abstraction des conseils du public ("les orwettiant n'eont rin à dire", ch'est écrit dins tous les cabarets) pour, de joute en joute, arriver à l'ultime rencontre, celle qui octroie coupe et honneurs.

Pascal Mauquoy a tout gagné et en cette année 2008, comme Justine henin, il tire sa révérence à un âge où d'autres commencent seulement à s'adonner à cette discipline. On peut dire qu'il ferme là une glorieuse...parenthèse de sa vie. Il va pouvoir consacrer son temps à une épouse et à des enfants qui supportèrent, comme dans toutes les familles de champions, ses absences pour participation effrénée à sa discipline préférée. Tout au plus disputera-t-il encore l'une ou l'autre rencontre pour le plaisir ! Peut-être qu'un jour paraphrasant la chanson d'Eloi Baudimont, membre défunt du Cabaret Wallon Tournaisien, on pourra s'adresser à lui en disant "Bonjour, champieon, on prind ein verre, Hé compagnieon, on fait ein fier, je n'vais pos gagner, mais ch'est ein plaisi, j'vais pos orgretter, "d'éte battu par ti ". Avant qu'il n'entre comme agent au CPAS, l'Optimiste avait connu Pascal au sein d'un organisme financier tournaisien et il se dit que "tout cha valeot bin cette babillarte" ! Felicitation Champion.

(voir également articles des 17 et 18.01.2008)

08:07 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, jeu de fer, pascal mauquoy, eloi baudimont |

28/11/2007

Tournai : le Cabaret Wallon Tournaisien (5)

Au Cabaret Wallon Tournaisien, chaque chansonnier a apporté sa touche personnelle, sa contribution à la constitution d'un répertoire riche de milliers de chansons, monologues et poèmes, oeuvres satyriques telle "s'belle-mère, elle est pindue" de Charles Midavaine, ou une chanson traduisant l'admiration de l'auteur pour sa ville, "L'Cancheon de nos Clotiers" d'Edmond Godart (membre de 1958 à 1973), textes écrits au départ d'un sujet de le vie quotidienne qui, sous la plume de leur auteur, deviennent des succès comme "On minche (mange) bin à Tournai" de Georges Delcourt (membre de 1925 à 1968).

En parcourant l'histoire de la société, comment ne pas songer à ce véritable artiste, trop tôt disparu, qu'était Albert Coens (1926-1984) qui, parmi de très nombreux succès, nous a laissé notamment "L'lapin du Lindi Perdu". Il fut également le co-auteur avec Eloi Baudimont des textes des revues annuelles dans lesquelles il campait bien souvent des personnages haut en couleurs.

L'actualité a souvent était source d'inspiration pour nos chansonniers ainsi lorsqu'un week-end de décembre, à quelques jours de la Noël, un véhicule tout neuf de la police communale termina sa course dans l'Escaut, Eloi Baudimont (1917-1995) fit étalage de toute sa verve en créant "A l'eau, A l'eau...(on est à l'iéeau) " ou encore, lorsque durant une grève des gardiens, 39 prisonniers s'évadèrent de la maison d'arrêt de Tournai, le même Eloi Baudimont disséqua, avec énormément d'humour, ce fait qui aurait pu valoir à la ville une présence dans le Guiness book des records.

Les évènements actuels qui se déroulent au sein de notre cité ou en Belgique sont toujours des sources inépuisables de sujets pour nos chansonniers, ainsi Pierre Vandenbroeck, actuel sociétaire, a composé "Scieince-Fictieon" après avoir vu l'émission de Philippe Dutilleul (lui aussi tournaisien) diffusée en décembre dernier sur les antennes de la RTBF traitant de l'autonomie auto-proclamée de la Flandre et Jean Marc Foucart, autre membre actuel, se penche sur nos problèmes dans sa chanson "Tout cha à causse du pétrole". On pourrait encore citer "Les Coulonneux" (colombophilistes) de Jean Pierre Verbeke, "Dusqu'i-veont aller à messe" de Pascal Winberg, "In avant, in navette" de Vincent Braeckelaere ou les tribulations du chauffeur du taxi-navette parcourant quotidiennement le centre ville et restant désespérément vide, (l'auteur en est le chauffeur dans le civil !), traitant eux aussi de sujets faisant les rubriques de la presse locale.

Il y a également la nostalgie qui étreint les paroliers et qui est traduite dans "Vielle Maseon" (vieille maison) d'André Wilbaux, "Prière " de René Godet, la fleur bleue du Cabaret , "I s'in va vir (voir) eul train" de Jean Michel Carpentier ou encore "On aimeot bin la vie " de Bernard Clément. Toutes ces oeuvres ont touché le coeur des Tournaisiens qui y retrouvent leurs racines mais ont également été appréciées de spectateurs venus des quatres coins de la Wallonie Picarde et même du Nord de la France... Les soirs de Cabaret, la salle de l'étage de la Halle-aux-Draps est pleine à craquer !

(sources : Florilège paru en 1982 lors du 75e anniversaire du Cabaret Wallon et recherches personnelles).

11/08/2007

Tournai et ses villages : Mourcourt

S'étalant jusqu'aux pentes du versant Nord du Mont Saint Aubert, Mourcourt compte un petit millier d'habitants et une superficie de 1.218 hectares.

Manassès, alors évêque de Cambrai, donna l'autel du village au chapitre Notre-Dame de Tournai. En 1105, Odon, son successeur, confirma cette possession. La donation fut ensuite approuvée par les papes Pascal II en 1108 et Clément III en 1190. Lorsque le comte Hugues de Châtillon vend, en 1289, le bois de Breuze en même temps que Melles et d'autres biens à la ville de Tournai, il entraîne dans cette vente une partie du hameau de Bizencourt. Mourcourt continue à posséder une enclave de la châtellenie de Lille. Le village faisant alors partie de la châtellenie d'Ath, en sera détaché lors de la signature du Traité de Chambord de 1669 et rejoindra la banlieue de Tournai. En 1686, Louis XIV étend la juridiction de bailliage du Tournaisis à l'enclave de Mourcourt. Après le départ des Français, le village passera sous la juridiction du Conseil souverain du Hainaut. Mourcourt voguera de juridictions en juridictions puisque la Convention des Limites de 1769 voit l'enclave de la châtellenie de Lille passait aux Pays Bas. En 1779, elle dépendra finalement du Tournaisis. En 1796, elle récupère Breuze et Bizencourt.

En 1976, lors de la fusion des communes, le village de Mourcourt est rattaché à Tournai. Essentiellement tourné vers l'agriculture, par le passé, il posséda deux grandes exploitations agricoles, celle du Sart, propriété des Croisiers de Tournai et celle de Laignies appartenant à l'abbaye du Saulchoir de Kain.

Au début du XXème siècle, on note néanmoins la présence de deux petites activités industrielles, une brasserie et une scierie mécanique. La société des engrais Lebrun y construira, après la seconde guerre mondiale, un vaste établissement de stockage de céréales et de fabrication d'engrais, activités qui emploieront une vingtaine d'ouvriers.

Mourcourt commence à être connu à travers le pays et même en Europe grâce à sa meilleure ambassadrice, sa fanfare. Celle-ci a trouvé un souffle nouveau à l'arrivée de son nouveau chef, Eloi Baudimont, au milieu des années nonante. Il a dépoussiéré le répertoire habituel, intégré des instruments inhabituels comme la contrebasse, le violon, l'accordéon, laissé une place importante à l'improvisation et aux prestations chantées, créé un climat d'amitié parmi les musiciens issus de classes sociales différentes. Cette mutation a donné naissance à un style nouveau s'enrichissant de créations du chef, d'adaptation de standards de la chanson françaises ou du jazz américain, amenant la participation des spectateurs. Sous la direction de son "bondissant" chef, la fanfare de Mourcourt a accompagné le cirque I Florilégio, mis en valeur les artistes de la Piste aux Espoirs de Tournai, donné un concert au Palais royal de Bruxelles pour le 70ème anniversaire du Roi, participé à de nombreux festivals dont le "Charleroi bis-ARTS", a été invité en Roumanie au Festival de Jazz de Sibiu.

La rencontre d'Eloi Baudimont avec le chanteur malien Baba Sissiko a donné naissance à "Mali-Mali", un spectacle haut en couleur dont la création a eu lieu en la Maison de la Culture de Tournai durant la saison 2006-2007. Un CD de 8 chansons du chanteur malien arrangées par Eloi Baudimont vient d'être réalisé. Mourcourt c'est aussi le home les Blés d'Or qui accueillent, depuis plus de 30 ans, des adultes handicapés dans une structure familiale reconnue. Mourcourt, c'est encore la fête avec sa célèbre "Course de Lits" qui durant de très nombreuses années a attiré des spectateurs de la région, de Flandres ou de France. C'est son festival "Rock it Mourcourt". 

(sources : "Tournai vers le futur" édité par l'ASBL Tourisme et Culture" et recherches personnelles).