23/03/2011

Tournai : destins différents !

Encore un titre mystérieux, me direz-vous, deux mots pour appâter le lecteur !

En évoquant, dans un article récent, l'état déplorable de l'église Sainte-Marie-Madeleine, je n'ai pu m'empêcher de songer aux destins différents de deux autres édifices religieux désaffectés : l'église Saint-Nicolas et celle des Pères Rédemptoristes que les Tournaisiens appelaient les "Pères au quai" puisque les clochers de celle-ci se miraient dans les eaux de l'Escaut.

L'église de Saint-Nicolas, aussi parfois désignée sous le nom d'église du Château, s'appelait en réalité à l'origine Saint Nicolas du Bruille. On situe sa construction durant le moyen-âge et certains historiens la date de la fin du XIIIe siècle. Elle se compose de trois nefs et d'un choeur sans carole. Au fil du temps quelques chapelles y ont été ajoutées. L'environnement ayant été relevé les bases sont enterrées à plus d'un mètre. A l'angle de la rue du Château et de la rue du Curé du Château, un jardinet entouré d'une grille la jouxte. Vue de la place Verte, son clocher penche légèrement vers le Nord. Exemple de l'art gothique scaldéen, elle a été restaurée après la seconde guerre mondiale mais désaffectée au culte, il y a environ 45 ans. Laissée à l'abandon, elle est, elle aussi, devenue un refuge pour les colonies de pigeons sauvages. Le temps et les vandales ont aussi apporté leurs lots de dégradations. Etant plus basse que la rue, elle est sujette à des infiltrations d'eau et à de l'humidité ascensionnelle, le jaillissement d'une eau claire venant probablement d'une source a été constaté à l'endroit où des dalles de sol étaient manquantes dans le bas-côté gauche. La pompe automatique qui, jadis, évacuait l'eau a depuis bien longtemps disparue, les boiseries murales on été attaquées par l'humidité et par endroit le bois commençait à pourrir. Des vitraux ont été cassés, des vols y ont été constatés. L'inoccupation des lieux condamnaient à moyen terme l'édifice religieux et lui réservaient le sort funeste de sa consoeur de la Madeleine.

A la naissance de la Fondation de la Tapisserie, celle-ci a occupé l'église, durant quelques temps, lui redonnant un semblant de vie et permettant un meilleur entretien de l'intérieur. Lors de la première triennale, le lieu fut accessible aux visiteurs qui la redécouvrirent, ouverte pour la première fois depuis des décennies, nettoyée de la poussière et des fientes d'oiseaux qui en avaient fait leur repère, presque pimpante ornée de ces oeuvres de tissu multicolores. Quand la Fondation de la Tapisserie trouva refuge dans le musée de la place Reine Astrid (photo 19 de la colonne de gauche), l'église se rendormit. Il y a quelques années, l'asbl Pasquier Grenier l'occupa pour organiser, durant quelques jours, dans ce lieu hautement symbolique, une exposition de photos présentant les immeubles et édifices remarquables de Tournai pour lesquels un sauvetage ou une rénovation seraient nécessaires. Un public nombreux s'y pressa.

Grâce à l'action du Doyen de Tournai, l'église a été offerte aux fidèles orthodoxes qui étaient à la recherche d'un lieu de culte en ville. J'ai eu l'occasion, un dimanche matin, de pénétrer et de voir l'amélioration apportée au bâtiment, le culte orthodoxe donnant toujours un riche décor à son église. Des chants aux voix graves y montaient faisant à nouveau vibrer les vieilles pierres. L'occupation de l'église est importante, elle permet de la maintenir plus ou moins en état et de la sauvegarder. Hélas, le jardinet, refuge de plantes sauvages, reste un véritable dépotoir où, récemment encore, une personne sans scrupules a jeté, par-dessus la grille, un matelas en bien triste état !

Nous verrons dans le prochain article que l'église des Pères Rédemptoristes a connu bien des tourments depuis sa fermeture au culte au début du XXIe siècle.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, article parue dans le numéro 67 de l'asbl Pasquier Grenier)

06/09/2008

Tournai : l'année 1974 sous la loupe (1)

Notre rétrospective nous amène déjà à l'année 1974. Dès les premiers jours de janvier, on évoque une nouveauté dans le paysage télévisuel tournaisien. Bien avant certains pays voisins, Tournai est en train de se doter de la télévision par câble qu'on appelle plus communément la "Télédistribution". Dans les mois qui suivront, des ouvriers s'activeront à ouvrir les voiries pour y placer le câble et le raccorder aux habitants qui en feront la demande. A partir de la fin de l'année, progressivement, on verra disparaître, des toits de la ville, ces antennes-rateaux qui avait envahi peu à peu le paysage depuis le la fin des années cinquante. Les premiers abonnés se verront offrir 6 chaînes cablées mais très rapidement ils auront la possibilité de recevoir 12 et ensuite plus de 25 stations belges et étrangères. Bien plus tard, le raccordement à Canal + et à la chaîne de télévision communautaire "No Télé" complèteront l'offre car l'ASBL "Vidéotertous", précurseur de la station de télévision locale, vient de naître dans la mouvance de l'installation du câble.

Apparition de la télédistribution en janvier mais, le même mois, disparition d'une véritable institution commerciale tournaisienne. La "Société Coopérative l'Avenir", située à la rue du Rempart ferme définitivement ses portes. La liquidation des stocks de marchandises non périssables se fait de manière très inhabituelle : les 25 premiers clients qui se trouvent à l'ouverture des portes sont autorisés à entrer et à se servir, les suivants recoivent un bon prioritaire pour l'ouverture suivante. Ce système assez décrié par les anciens coopérateurs sera d'application jusqu'à la liquidation totale du stock ou jusqu'à ce que l'intérêt de la clientèle sera émoussé. Etrange affiche que celle placardée aux valves de l'Hôtel de Ville de Tournai, on y apprend la condamnation à mort par la Cour de Mons de l'assassin du curé d'Hersaux. On peut notamment y lire : "Il a été dit que l'exécution aura lieu publiquement en la Ville de Tournai". Réminiscence d'un autre âge car si en 1974 la peine de mort n'a toujours pas été abolie en Belgique, la dernière exécution pour faits de droits communs a eu lieu à Ypres durant la première guerre mondiale. La jursiprudence en cours oblige un condamné à mort à purger une peine minimale de 30 ans de prison. C'est probablement la dernière affiche du genre qui est apparue sur les murs tournaisiens en ce début d'année 1974. 

Puisque nous sommes dans le domaine judiciaire, épinglons encore trois informations. Au mois de mars, le "Courrier de l'Escaut" publie, sur une demi-page, l'annonce de la prochaine construction d'un nouveau palais de justice à Tournai. Celui-ci devrait (enfin) regrouper en un seul bâtiment tous les services judiciaires disséminés dans la cité. Le journaliste s'inquiète du délai entre la parution du projet et sa réalisation car pour le bâtiment actuel (dit-il) il a fallu 20 ans entre projet et fin des travaux. Nous pouvons le rassurer, son article date de plus de 34 ans avant la mise en ligne de cette rétrospective et ... rien n'a changé si ce n'est que le temple de Thémis a continué à se dégrader ! La rubrique judiciaire sera encore importante. Au printemps, un cafetier tournaisien se rend en taxi à Lille, là, il est victime de coups de feu et sera transporté à la cité hospitalière où il décèdera le 29 juin. L'enquête de police ouverte de part et d'autre de la frontière débouche sur l'arrestation du chauffeur de taxi qui l'avait amené dans la métropole du Nord ainsi que du patron de la société de taxis. "L'affaire des taximen tournaisiens" vient d'éclater. L'enquête permettra d'élucider d'autres faits comme ceux de l'agression d'un couple de personnes agées à Froidmont, ou un vol à l'étalage d'un opticien en janvier ou encore le cambriolage raté à la Poste de Tournai en raison d'une fenêtre récalcitrante qui n'avait pas permis aux auteurs d'entrer. Dans le cadre de cette affaire de nombreuses personnes seront arrêtées.

La nuit du vendedi 2 au samedi 3 août, des malfaiteurs s'introduisent dans l'église Saint Nicolas, fermée au culte, pour y dérober une partie de la grande statue du Saint patron, ils emportèrent en effet les trois enfants dans le saloir, une oeuvre du XVIIIe siècle argentée et dorée. En octobre enfin, la disparition d'un agent immobilier fait craindre le pire à ses clients, l'enquête révèlera un détournement de près de 89 millions de francs belges (+ de 2,2 millions d'Euros) et 133 créanciers lésés. 1974, année agitée dont nous continuerons de parler demain.