02/03/2011

Tournai : la justice au cours des siècles (2)

Dans la première partie consacrée à ce sujet, nous avons vu qu'à partir de la fin du XIIe siècle, certains faits étaient punis par des amendes. Il y avait aussi les condamnations au bannissement temporaire ou définitif. Celles-ci étaient prononcées suite à des coups et blessures portés à autrui, à des agressions, pour outrages et vilénies envers la commune, pour des violations de domicile, des faux témoignages, des dénonciations calomnieuses, des fraudes commerciales par falsification de la qualité des marchandises...

Au cours du temps, on vit apparaître une autre forme d'expiation du mal commis, en plus de l'amende dont il devait s'acquitter, le coupable d'un fait était parfois condamné à se rendre en pélerinage à Saint-Jacques de Compostelle. N'oublions pas que Tournai est situé sur le chemin qu'empruntent les pélerins venus de Flandres et de Hollande. L. Fourez nous dit qu'au XVe siècle, le peintre Robert Campin dut se rendre à Compostelle.

Le bannissement était donc prononcé contre des personnes coupables de faits plus graves que ceux que nous avons énoncés dans la première partie. En ce qui concerne la fraude commerciale, on relève le bannissement pour des commerçants qui mouillaient un drap ou le lestaient d'une petite pièce de plomb afin d'alourdir l'étoffe alors payée au poids. Certains commerçants, bannis de leur cité, venaient s'établir à Tournai et faisaient concurrence déloyale aux artisans locaux, ils subissaient également le bannissement. Les étrangers à la ville, fauteurs de troubles, étaient eux bannis définitivement, ce fut le cas de Jean de Morelle de Fives (près de Lille), fauteur de troubles notoire (on le qualifierait maintenant de délinquant).

On ne badinait pas avec l'autorité parentale à cette époque. Etaient également punis du bannissement les fils et filles de bourgeois qui, sans le consentement des parents, partaient avec une femme ou un homme. Ils perdaient en outre le droit à l'héritage paternel. Bannis aussi ceux qui refusaient d'effectuer le pélerinage expiatoire et les femmes accusées de sorcellerie. A la lecture des actes de bannissement, on se dit qu'il n'y aurait plus beaucoup d'habitants dans nos cités si ces principes étaient encore d'application et on risquerait vite de tomber dans une dérive sécuritaire.

Les cas de bannissement à perpétuité furent nombreux à la fin du XIIIè siècle. Avant de quitter la cité pour toujours, les condamnés étaient mis à "l'eskiel", c'est-à-dire exposés au pilori à la vue des habitants de la cité avec explication du délit commis, ils subissaient aussi l'ensoreillement (on leur tranchait les oreilles) ou pire encore on leur crevait un ou les deux yeux. La justice retombait-elle dans la barbarie gratuite avec des relents de la loi du Talion ?

Nous allons voir qu'au XIVe siècle de nouvelles peines apparaîtront et confirmeront ce retour à la barbarie ancestrale.

(à suivre).