27/03/2017

Tournai : le carnaval 2017

Tournai fête le retour des beaux jours !

Dans l'impossibilité de m'y rendre, j'ai heureusement pu compter sur la collaboration d'une amie qui m'a transmis une série de photos prises à l'occasion de l'édition 2017 du Carnaval de la cité des cinq clochers.

Cet événement annuel qui prend place le week-end du Laetare fut tout à fait exceptionnel car tous les ingrédients étaient réunis pour assurer le succès de cette journée et apporter un large sourire sur le visage des organisateurs.

Comme il est rare qu'à la fin du mois de mars, on puisse bénéficier de pareilles conditions météorologiques, une foule immense fut au rendez-vous. On évoque un nombre de 10 à 15.000 personnes, c'est possible mais difficile à évaluer ! Dès le début de l'après-midi, les parkings mis à disposition des participants affichaient "complet". Il fallait chercher bien longtemps pour encore trouver une place sur le parking du Conseil de l'Europe (plaine des Manœuvres), sur celui de la Maison de la Culture, de la Maison des Sports et tout le long des boulevards de ceinture (des automobilistes avaient même stationné leur véhicule sous le chapiteau communal dressé à l'avenue des Frères Rimbaut) ! Des milliers de personnes, presque toutes déguisées, ont pris d'assaut les rues de la ville. 

Que ce soit à Binche, Malmédy, Stavelot, Chapelle-les Herlaimont tout comme à Kain, Vaulx ou Tournai... partout où il est organisé le Carnaval permet à la population locale et aux visiteurs de fêter dans la joie la fin d'un hiver parfois trop long, de retrouver le pavé des rues abandonné pendant de longs mois et surtout, à notre époque, d'oublier durant quelques heures un monde fait d'une violence exacerbée et d'agressions, de mettre entre parenthèses, une vie très souvent teintée d'inquiétude et de pessimisme. 

2017.03.25 carnaval Martine déguisée.jpg

Toutes les statues sont à la fête, quelques jours avant l'événement, elles sont habillées aux couleurs d'une confrérie qui les parraine. Martine et son chien patapouf n'ont pas été oubliés.

2017.03.25 carnaval la princesse d'Epinoy déguisée.jpg

Sur la Grand-Place, Christine de Lallaing est devenue la reine de la fête. 

2017.03.25 carnaval (5).jpg

On découvre d'étranges personnages au détour d'une rue.

Le carnaval de Tournai a la particularité de ne pas présenter une cavalcade, un cortège organisé, mais trois grands groupes composés de confréries qui se rejoignent au centre-ville pour des temps forts : l'hommage à la Naïade, le lâcher de ballons, le jet de "pichous" du beffroi (des petits pains confectionnés par les boulangers tournaisiens pour l'occasion), le sacrifice du Roi carnaval sur un bûcher dressé au milieu du forum tournaisien et la marche funèbre de la Grand-Place à l'Escaut afin de jeter ses cendres dans le fleuve. 

2017.03.25 carnaval le singe.jpg

Un singe qui semble surpris par l'objectif ou tout simplement en admiration devant la photographe.

2017.03.25 carnaval le gille.jpg

Les Gilles de Saint-Piat étaient de sortie.

Il n'y a pas de cortège sans chars, certains ont demandé des heures de travail.

2017.03.25 carnaval le bateau des vikings.jpg

Les vikings étaient de retour à Tournai mais beaucoup plus pacifiquement que ce qui nous envahirent au Moyen-Age. 

2017.03.25 carnaval (11).jpg

Le carrosse des "Monsenors" emporte les ballons pour le lâcher.

2017.03.25 carnaval (3).jpg

Tout comme les premières fleurs, le Carnaval symbolise l'arrivée du printemps.

2017.03.25 carnaval (8).jpg

Il est impossible de photographier l'ensemble des participants. Qu'on sache simplement que la photo ci-dessous prise à la rue des Puits l'Eau lors de l'hommage à la Naïade ne représente qu'une petite partie de la marée humaine qui avait envahi Tournai.

2017.03.25 carnaval la foule au rendez-vous.jpg

2017.03.25 carnaval le char des cinq éléments.jpg

Le char du Roi Carnaval représentant les éléments, thème de cette année, défile dans les rues avant de rejoindre la Grand-Place où il terminera dans un immense brasier. Il faut savoir que ce char a été confectionné par des institutions accueillant des personnes handicapées ou socialement défavorisées. 

2017.03.25 carnaval (6).jpg

Différents fanfares et groupes musicaux dont l'un vient chaque année de Suisse animent cette manifestation.  

2017.03.25 carnaval (2).jpg

Le "Pirate" est rentré au port ! Le Carnaval 2017 est terminé, nul doute que, forts de son succès, les organisateurs préparent déjà l'édition 2018 !

(photos : Renelde Rauwers).

S.T. Mars 2017.

10:24 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, carnaval, christine de lallaing, martine |

28/03/2016

Tournai : la lente évolution de la Grand-Place.

Tournai le Beffroi.jpgAprès la rue Perdue, la place de Lille, la rue Saint-Martin, la place Reine Astrid, la place Paul Emile Janson, la rue de la Tête d'Or, la rue de l'Yser, la rue de l'Hôpital Notre-Dame, la rue du Cygne et la rue Garnier, nous poursuivons notre visite de la rive gauche de l'Escaut en nous intéressant à l'évolution de notre forum : la Grand-Place.

Situation géographique.

La place principale d'une ville représente le plus souvent le centre géographique de celle-ci. Ce n'est pas le cas à Tournai où celui-ci se situe plus au niveau de l'Escaut qui divise la ville en deux parts pratiquement égales. Chez nous, la place est excentrée vers le Sud.

Une longue histoire.

On s'est longtemps interrogé sur la forme triangulaire de la Grand-Place, son origine la plus souvent admise proviendrait de la convergence de voies romaines qui se rejoignaient, à peu près, à l'endroit où sera érigé, bien plus tard, le beffroi. La première suivant le parcours place de Lille, rue Dorez, rue des Maux venait de Cassel, l'autre venant de Boulogne suivait l'axe de l'actuelle rue de l'Yser.

A l'époque gallo-romaine, le terrain sur lequel elle apparaît était situé en dehors de la ville, au-delà de la première enceinte gallo-romaine. La preuve en a été apportée par les nombreuses fouilles qui y furent effectuées au travers des siècles et qui permirent de découvrir l'existence d'une vaste nécropole qui s'étendait jusqu'à l'actuelle rue Perdue. On sait qu'à cette époque, on enterrait les morts en dehors de l'enceinte. Ce qui fait dire, à Bozière, que les festivités d'aujourd'hui se déroulent sur un cimetière où se dressaient les bûchers funèbres, il y a un peu moins de deux mille ans.

La Grand-Place apparut durant le premier millénaire. On sait qu'au Moyen-Age on y tenait marché au blé, aux pommes, au poisson et que les fripiers y étalaient des hardes et des ustensiles de toutes sortes. Ce marché prit peu à peu le nom de "Marché de l'Empereur". Même s'il n'est plus souvent utilisé, ce nom officiel existe encore de nos jours.

En 1806, un décret impérial autorisa la ville de Tournai à y ouvrir deux foires annuelles, la première, le jeudi le plus proche du 15 mai, la deuxième, le plus proche du 15 septembre. Ces dates évoluèrent pour désormais voir la foire de Mai se dérouler la semaine de l'Ascension et celle de septembre débuter le dimanche le plus près du 6.

On y trouvait un puits public, de trois mètres de diamètre, face à l'église Saint-Quentin et un pilori au pied du beffroi. Une des maisons les plus anciennes qui s'y dressait était le Porcelet ou Hôtel du Porc, elle aurait été construite à l'emplacement d'une habitation d'un préfet romain, à proximité de l'église. Lors de sa reconstruction, en 1755, elle fut ornée de bustes d'empereur et prit le nom de Maison des douze Césars. On dit qu'elle accueillit, une fois par semaine, les réunions organisées par Henri VIII lors de sa présence à Tournai. Au XIXe siècle, elle fut habitée par un certain du Mortier qui possédait une importante collection de tableaux.

En 1331 fut organisée sur le forum tournaisien, la fête des Trente-un rois à laquelle furent invités les notables de toutes les villes voisines afin de participer à un grand Tournoi.

En 1422, la Grand-Place fut envahie par de très nombreux Bohémiens ou Egyptiens qui commençaient à se répandre dans tous les états d'Europe. Les hommes exerçaient la profession de maquignon et les femmes disaient la bonne aventure. On dit que la foule se pressait en masse pour voir leurs moeurs étranges et licencieuses.

Au début du XVIe siècle, à l'angle de la place et de la rue des Orfèvres se dressait une maison dont la façade était surmontée d'une tribune destinée au chef de la magistrature tournaisienne qui y faisait publier ses ordonnances. Depuis cette tribune appelée "brétèque", en 1521, le représentant de Charles-Quint y fit serment, au nom de l'empereur, de maintenir les libertés communales. Comme l'avait fait, quelques années auparavant, le roi Henry VIII, confirmant les privilèges de la cité.

Entre 1567 et 1570, lors de la présence en Belgique du sanguinaire duc d'Albe, cinquante-six personnes y furent pendues, trente-six brûlées vives, deux subirent le supplice de l'estrapade (NDLR : supplice qui consister à hisser la personne condamnée à une certaine hauteur et à la laisser chuter jusqu'à quelques centimètres du sol, plusieurs fois de suite), une personne y fut étranglée, onze furent battues de verges, quatre durent y faire amende honorable, le flambeau à la main.

Le 8 février de l'an 1600, sur un trône dressé contre la Halle-aux-Draps, l'Archiduc Albert et l'Infante Isabelle, souverains des Pays-Bas, jurèrent, la main sur l'Evangile, de maintenir intactes les constitutions de la cité.

Egalement à proximité de l'église Saint-Quentin se trouvait "l'Hôtel Saint-Georges". En 1668, celui-ci accueillit des marchands marseillais qui apportèrent les germes de la grande peste, fléau qui coûta la vie à un cinquième de la population tournaisienne.

En 1792, un marchand de drap nommé Mathon, habitant de la Grand-Place donna asile à Madame Adelaïde d'Orléans, à sa gouvernante, Madame de Genlis et à une nièce Paméla Sims dont fut épris un lord irlandais, Fitzgerald, fils du duc de Leicester qui la maria en l'église Saint-Quentin en présence de Louis-Philippe Egalité, duc de Chartres.

Durant la Révolution, c'est sur la Grand-Place qu'on plantait l'arbre de l'Aigle.

Le 28 septembre 1830, la foule envahit la place et partit attaquer les casernes hollandaises.

Le 30 septembre 1860, le roi Léopold Ier assista à un défilé qui dura près de deux heures.

En 1863, on inaugura la statue de Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy, une de ces héroïnes dont se glorifie l'Histoire tournaisienne, une œuvre du sculpteur tournaisien Aimable Dutrieux.

Avant le premier conflit mondial, on trouvait, au n°12, la maison de Jules Pipart, professeur de coiffure, membre de l'académie de coiffure de Bruxelles, au n°49, le Garage du Centre tenu par Alphonse Dochy qui faisait aussi la location d'automobiles, la bijouterie de Victor Thiefry au n° 8, la Maison Charles Gisler également bijoutier au n°10 et 11...

1952 Tournai la Grand'Place.jpgEn mai 1940, tous les bâtiments de la Grand-Place furent détruits par les bombardements allemands, seules les façades remarquables entourant la Halle-aux-Draps furent préservées. Aux cours de ceux du 16 mai, une personne y trouva la mort, le typographe Victor Dellouvre était âgé de 58 ans. La guerre terminée, on érigea, au centre de la place, des constructions provisoires sur lesquelles veillait la statue de Christine de Lallaing épargnée, elles étaient destinées à accueillir, durant la période de reconstruction, les commerçants sinistrés (voir ci-contre). Le dernier édifice reconstruit sera l'église Saint-Quentin terminée en... 1968 (vingt-trois ans après la fin du conflit).

Des "golden sixties" à la crise économique actuelle.

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, Peu, à peu, le forum tournaisien retrouva son animation d'antan. Les foires de mai et de septembre, le rondeau final des Quatre Cortèges du mois de juin, la braderie de septembre, le marché du samedi matin, la foule de spectateurs venus assister, en la Halle-aux-Draps, aux opérettes et opéras, aux foires commerciales ou aux représentations de la Revue annuelle du Cabaret Wallon et du Théâtre Wallon, les passages du Tour de France (en 1966, elle vit le départ de l'étape Tournai-Dunkerque) firent rapidement oublier les cinq années qui marquèrent toute une génération. D'abord pavée, elle fut asphaltée à la fin des années cinquante et on créa un grand parking en son centre pour accueillir les visiteurs de plus en plus nombreux. A cette époque, le "bureau de Tourisme" était logé dans une annexe de la Halle-aux-Draps.

1965 Tournai Tour de France (1).jpg

1965 Tournai Tour de France (3).jpg

 

1965 Tournai Tour de France (2).jpg

Les trois photos du Courrier de l'Escaut prises lors du passage du Tour de France à Tournai en 1965 permet de voir les immeubles à l'arrière-plan. Ci-dessous, le passage en 1967.

1967 Tournai Tour de France (1).jpg

Parmi les commerces qui s'y installèrent, si on découvrit, comme il se doit sur un lieu touristique, des cafés et restaurants, il y eut une grande variété d'enseignes dans des domaines bien différents :

La Maison Amelinck-Lenoir, tout pour la couture et ouvrages dames (au n°1), le magasin Exclusif, tout pour la couture (au n°4), le magasin de vêtements Prestige (au n°8), les chaussures Alky, le coiffeur Henry, la boulangerie pâtisserie Bruynhooge qui avait succédé au pâtissier Marcel, le magasin Tentation, Henrion, horloger, bijoutier, orfèvre (au n°10 et 11), A la Bourse, lainages, soieries, velours, dentelles (au n° 13 et 14), la bijouterie Thiefry, Luxeuil lingerie (au n°17), la maison Decallonne, librairie-papeterie (au n°18), Duhaubois-Sports (au n°19), la Maison Simon, tout pour le baptême (au n°23), Inedit Couture (à l'angle de la rue des Orfèvres), le magasin Lara, vêtements pour dames (au n°25), les assurances PS (au n°27), la maison De Ruyck, audio-visuel (au n°30), Tournai Disques Eric Genty (au n°34), la droguerie "Au Gros Chien" située entre le terrain vague des douze Césars et l'église Saint-Quentin, le garage Van Peteghem, concessionnaire Austin et Morris, la friterie de la Place sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le restaurant italien, la boucherie-charcuterie Lyonnaise Manche, les bureaux et ateliers du journal l'Avenir du Tournaisis, la Société Générale de Banque (au n°54), la Banque de Bruxelles (au n°61), la chapellerie Lecat (au n°67), l'épicerie Warny, la boulangerie pâtisserie Jacques qui avait succédé au pâtissier Albert, la Maison Lezaire, vins et spiritueux (au n°72), la maison Duhaubois, télévisions, radio (au n°74)...

L'Horéca était représenté, entre autres, par le Dragon, le Fil à Car, le Charles-Quint, le Beffroi, le Grand Bockle Central (au N°24), le Soleil, l'Europe (au n°36), le Trou Normand, l'Ecu de Francele café d'Espinoy chez Julien Ochain (n°60), la Taverne de l'Aigle tenue par Denise Delannoy, le Carillon, le Baillagele Tip-Top tenu par Jean-Pierre De Stommeleire (au n°65)...

Dans les années nonante, les organismes financiers fleurirent sur le forum tournaisien, aux deux banques déjà citées viendront s'ajouter la banque Ippa (au n°43), le Crédit Général (au n°58), le Crédit Communal (au n°64), la COB...

Et aujourd'hui ?

2006 Tournai la Grand'Place.JPGIl y a déjà une vingtaine d'année, le visage du forum tournaisien a été profondément modifié. L'asphalte qui recouvrait la voirie autour du parking central formant un immense giratoire a fait place à un revêtement fait de pavés sciés, la circulation a été modifiée, les zones de stationnement ont été réduites, des jets d'eau sont venus agrémenter le paysage, la statue de Christine de Lallaing a également subi un profond lifting lui redonnant son lustre d'antan. Sur le terrain vague situé à proximité de l'église Saint-Quentin (voir photo plus haut), dernier vestige des bombardements de la seconde guerre mondiale, un immeuble avec rez-de-chaussée commercial et appartements de standing à l'étage a été érigé. La façade de la Halle-aux-Draps a été nettoyée en profondeur et ses dorures refaites lui rendant ainsi l'aspect qu'elle présentait jadis. Les kermesses de mai et de septembre ont émigré vers la plaine des Manœuvres, désormais intitulée "Esplanade de l'Europe". A la belle saison, la Grand-Place est le lieu de départ du petit train touristique emmenant les visiteurs à la découverte des plus beaux coins de la cité des cinq clochers. Le forum tournaisien qui ronronnait depuis la guerre s'est vu insuffler un dynamisme nouveau, promesse de lendemains qui chantent au niveau touristique. Les terrasses se sont étendues doublant, triplant même la capacité d'accueil des cafés, brasseries et restaurants et, sous le soleil, elles affichent le plus souvent "complet". Seul son éclairage est un peu mièvre et totalement indigne de sa splendeur !

tournai,grand-place, léopold Ier, duc d'Albe, henri VIII, archiducs albert et isabelle, charles-quint, halle-aux-draps, princesse d'espinoy, christine de lallaing, saint-quentin, La plupart des enseignes que nous avons énumérées ont, peu à peu, disparu. Elles ont été remplacées par d'autres mais, au cours de ces dernières années, des vitrines se sont éteintes définitivement et cherchent un éventuel repreneur : la Taverne de l'Aigle, l'Ecu de France, le Charles-Quint et tout récemment le "Resto à côté du Dragon". A d'autres commerces plus sélects, ayant pignon sur rue, ont malheureusement succédé les éternels "magasins de nuit" gérés par des ressortissants pakistanais qui offrent alcools, tabac, cigarettes... à ceux dont l'envie prend au beau milieu de la nuit, un contraste saisissant avec ce qu'on trouvait auparavant ! On a aussi vu apparaître des vitrines ouvertes offrant glaces, gaufres, beignets. Dix enseignes semblent défier le temps : De Ruyck, le Soleil, les PS Assurances, le Central, le Beffroi, Henrion,  le Dragon, le Tip-Top, le Carillon la Banque de Bruxelles devenue BBL et ensuite ING mais toujours présente au n° 61 de la Grand-Place et la Générale devenue BNP Paribas..

Comme on peut le constater la Grand-Place est en pleine mutation, elle peut retrouver sa richesse du début du XXe siècle comme elle peut, tout aussi bien, se paupériser rapidement. L'avenir nous le dira !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J. Bozière, ouvrage paru en 1864 - presse locale notamment le Courrier de l'Escaut et le Nord-Eclair pour les documents photographiques - recherches personnelles).

S.T. mars 2016.

27/05/2013

Tournai : la Grand'Place, témoin de l'Histoire (2)

Nous poursuivons notre découverte des évènements qui marquèrent l'Histoire de la cité des cinq clochers ayant pour cadre sa Grand'Place.

Les archiducs Albert et Isabelle.

Albert (1559-1621), Archiduc d'Autriche épousa l'infante d'Espagne, Isabelle, fille de Philippe II en  1599 et gouverna les Pays-Bas de 1596 jusqu'à sa mort survenue à Bruxelles en 1621. Le 8 février 1600, le couple fit sa Joyeuse Entrée à Tournai. Sur la Grand'Place, à l'ombre de la Halle-aux-Draps, un trône avait été installé. Ils jurèrent, à genoux et la main sur l'Evangile, devant le peuple rassemblé, de maintenir intactes les constitutions de la ville et, en réciprocité, reçurent le serment de fidélité du magistrat qui la dirigeait, le peuple le répétant la main levée. Après cette prestation de serment, les trompettes sonnèrent et, selon l'usage consacré, un grand nombre de pièces d'or et d'argent marquées à l'effigie des Altesses fut jeté dans la foule.

Les visites du "Roi Soleil".

La nuit du 20 au 21 juin 1667, à l'issue un très court siège, Louis XIV investit Tournai. Quatre jours plus tard, il s'y faisait inaugurer en compagnie de la reine. La Grand'Place reçut la visite du "Roi Soleil". Celui-ci revint quatre ans plus tard afin de poser la première pierre de l'église de l'Abbaye de Saint-Martin. Le 17 mai 1668 fut exécuté sur la Grand'Place, le sieur Jean de Lannay, coupable d'avoir établi de faux titres de noblesse et de fausses généalogies. 

Le foyer d'une terrible épidémie

En 1668, des négociants venus de Marseille firent halte dans l'auberge à l'effigie de Saint-Georges située à proximité de l'église Saint-Quentin. Il semble qu'ils soient à l'origine du développement de l'épidémie de peste qui tua le cinquième des habitants de la cité et se répandit dans les provinces des Pays-Bas. 

La plantation de l'arbre.

Une tradition oubliée était la plantation de l'arbre de l'Aigle (appelé dans d'autres régions l'arbre de Mai, le "meiboom" à Bruxelles), un sapin haut de 85 pieds, peint en rouge et surmonté d'un aigle doré, les ailes entr'ouvertes. De très nombreux participants (on évoque le nombre de plusieurs centaines, voire un millier) le retiraient du cloître de Notre-Dame pour aller le dresser sur la Grand'Marché. Cette coutume a subsisté jusqu'à la Révolution française. Durant la présence des Révolutionnaires français, on célébra l'anniversaire de la mort du tyran (c'est ainsi qu'ils nommaient le roi de France). Vers midi, on arbora, par ordre, le drapeau tricolore sur toutes les façades, à trois heures, le corps du magistrat se rendit de l'évêché sur la Grand'Place où on découvrait en face d'une statue de la Liberté, un bûcher sur lequel reposaient les emblèmes de la royauté et de l'esclavage. Le grand prévôt y mit le feu au bruit des vivas populaires et des salves de l'artillerie. On chanta des hymnes en l'honneur de la République. Certains témoins qualifièrent ces festivités de farce démagogique. 

L'indépendance de la Belgique.

Le 28 septembre 1830, afin de fêter la victoire sur l'occupant hollandais et la remise de la citadelle aux édilités tournaisiennes, on planta au milieu de la Grand'Place, un mat pavoisé aux couleurs nationales que l'on remplaça par la suite par un chêne. 

La première visite royale

Lors de chaque visite royale dans la cité des cinq clochers, le forum accueille le souverain, nous ne relaterons donc que la visite que fit le roi Léopold 1er, le 30 septembre 1860, accompagné de ses fils, de la duchesse de Brabant et de quelques ministres. Un trône avait été dressé là où débouche la ruelle de la Grand'Garde, pendant deux heures des groupes formés d'habitants de la ville et des villages de l'arrondissement défilèrent, bannières en tête, acclamant le roi. On nota la présence de la phalange des combattants de 1830, des compagnons-pilotes, des confréries d'archers, de choeurs et d'harmonies et de chars symbolisant les différentes industries tournaisiennes. 

L'inauguration de la statue de Christine de Lallaing

C'est le lundi 21 septembre 1863 que fut inaugurée la statue érigée en hommage à Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy (voir l'article qui lui est consacré). Elle personnifie le courage de nos ancêtres, évoque leur amour de la patrie et leur soif de liberté. Cette oeuvre en bronze du sculpteur tournaisien Aimable Dutrieux mesure 6m50 et pèse 2.200 kilos selon Bozière tandis qu'un autre auteur, Jean Jacques Sourdeau, qui lui a consacré une plaquette à la fin du vingtième siècle, lui attribue une hauteur de 3m30 et un poids de 2.500 kilos. Notons que l'inauguration avait été postposée car à la date initialement choisie, le dimanche 20 septembre, il pleuvait à torrent. Le dimanche suivant, la fête se poursuivit par un spectacle équestre présenté sur la plaine des Sept-Fontaine par le 1er Régiment des Chasseurs. Le soir, sur la Grand'Place illuminée pour la circonstance eut lieu un festival tandis que la semaine de festivités se termina par un feu d'artifice tiré de la passerelle du pont de Fer. 

La seconde guerre mondiale.

Les bombardements de mai 1940 vont détruire la presque totalité des bâtiments de la Grand'Place ne laissant parfois que des façades. Pour maintenir l'activité commerciale, on va ériger des constructions légères à usage d'échoppes commerciales sur le centre de la place, celles-ci y resteront jusqu'à la reconstruction à la fin des années quarante et le début des années cinquante.

Orpheline de ses foires et kermesses.  

Tournai a la chance de connaître annuellement deux fêtes foraines : la plus ancienne, la foire de Mai dont l'origine remonte à la Franche Foire dont il est fait référence dans la charte octroyée par Saint-Louis en 1267. A cette occasion, les banqueroutiers non frauduleux et les bannis pour d'autres raisons qu'un meurtre pouvaient séjourner en ville le temps de la foire. La même immunité était accordée aux marchands, sujets des nations ennemies de la France, pourvu qu'ils soient sans armes et prennent leur nourriture en dehors de la ville (sic). La seconde est la kermesse de septembre, c'est le moment des Fêtes de Tournai. A la fin du vingtième siècle, prenant exemple sur d'autres villes, les autorités communales ont souhaité transférer la foire de mai et la kermesse de septembre sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe (l'ancienne plaine des Manoeuvres), les forains ont probablement gagné en guise de confort et de facilité pour le montage et le démontage de leurs métiers mais l'ambiance n'est plus la même, on semble avoir déserté le coeur de la cité où il faisait bon se promener et s'installer aux terrasses des cafés en regardant les attractions foraines.

Un lieu attractif.

Si la Grand'Place a perdu ses attractions foraines, d'avril à octobre, elle est, peu à peu, devenue le lieu de rassemblement des Tournaisiens et des visiteurs de la cité des cinq clochers, les terrasses des nombreux cafés et restaurants ne désemplissent pas, des dizaines de motards s'y donnent rendez-vous les dimanches d'été au détour d'une balade laissant admirer par les promeneurs leurs machines rutilantes, les festivités des Amis de Tournai l'animent en juin, le podium des vedettes, le bal populaire et le feu d'artifice attirent la grande foule le 21 juillet, les concerts des dimanches d'été amènent les amateurs de musique, le marché de Noël, la patinoire et les illuminations la transforment en un lieu féérique durant tout le mois de décembre... 

La Grand'Place rénovée.

Dans le courant du vingtième siècle, le forum tournaisien a subi de nombreuses restaurations qui ont abouti à lui donner son visage actuel. Au début des années soixante, on a enlevé les pavés et posé un revêtement d'asphalte, traçant un parking central qui faisait de l'endroit un imposant giratoire. En 1996 ont débuté les derniers travaux de rénovation, deux ans plus tard, le forum se parait d'un nouveau pavage, de pierre bleue, de nonante clous lumineux à fibre optique, de trente jets d'eau pouvant atteindre un mètre de hauteur, d'une statue de Christine de Lalaing ayant retrouvé son lustre d'antan. La façade de la Halle-aux-Draps avait été nettoyée et l'or de ses décorations avait été refait. Le chantier avait coûté 138 millions de francs (3.421.000 euros). L'inauguration eut lieu les 11,12,13 et 14 septembre, des festivités qui attirèrent des dizaines de milliers de spectateurs venus voir les prouesses aériennes de la Compagnie Transe Express qui avait participé à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver à Albertville, applaudir le podium des vedettes où évoluaient Mélanie Cohl, les G-Squad et les Words Apart, participé au Marché de l'Europe ou étaient proposés des produits et spécialités de quinze pays. Pour la première fois depuis 1971, le dimanche 13, la grande procession historique traversa la Grand'Place et la braderie s'y déroula le lundi 14.

La Grand'Place 2013 est malade.

Lors de son inauguration, tout le monde s'accordait pour dire que la place était devenu le forum du futur, un lieu de rencontre sympathique, un espace de convivialité, un endroit où il faisait bon flâner. Si cela s'est rapidement vérifié, quinze années plus tard, force est de constater que la Grand'Place est malade, elle souffre de l'attitude désinvolte d'une partie de ceux qui lui rendent visite et de leurs incivilités. Les dimanches, on assiste à un stationnement sauvage en dehors des emplacements prévus, les potelets doivent être remplacés parce qu'ils sont régulièrement accrochés ou démolis par des automobilistes trop pressés, certains clous lumineux ont été détruits, le personnel chargé de la propreté publique (les petits hommes verts) évacue régulièrement les canettes et papiers laissés par des promeneurs sans scrupules, les bacs à fleurs sont régulièrement vandalisés et les plantations doivent être régulièrement remplacées, les déjections canines exigent, bien souvent, des slaloms de la part des piétons et, last but not least, de nombreux pavés des bandes de circulation se désolidarisent laissant des trous tout aussi dangereux pour les chevilles des piétons que pour les jantes et pneus de voiture. Il ne s'agit pas, comme certains voudraient le faire croire d'une mal-façon imputable à l'architecte qui a dessiné son plan ou à l'entrepreneur qui a réalisé les travaux, c'est le résultat d'une augmentation de la circulation automobile sur une place qu'on voulait piétonne lors de la présentation du projet, mais cette idée a fait frémir les commerçants qui restent foncièrement convaincus que l'absence de passage les condamne à brève échéance. Elle était interdite aux véhicules lourds mais les panneaux d'interdiction ayant disparu, cars de touristes et imposants camions de livraison l'empruntent en pesant de tout leur poids sur des pavés sciés, c'est-à-dire n'ayant pas d'assise profonde et suffisante. 

On a coutume de dire que la Grand'Place est le centre de la ville, même si à Tournai elle est excentrée, elle n'en reste pas moins le coeur de la cité et ce coeur doit continuer à battre, lui qui est le témoin muet des évènements, parfois historiques, qui s'y déroulent. 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage initial paru chez l'éditeur Adolphe Delmée en 1864 et réédité aux éditions Culture et Civisilisation en 1974 - série d'articles parus dans la presse locale, le Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut, en septembre 1998 dont un rappel historique sous la plume de Jean Luc Dubart). 

(S.T. Mai 2013)


 



  


19/04/2012

Tournai : le cortège historique de 1874.

Le cortège historique de septembre 1874 est bien moins connu des Tournaisiens que la "Semaine de l'Aviation" d'octobre 1909 ou que "la reconstitution du Tournoi" en juillet 1913, pourtant dans son ouvrage "Le folklore de Tournai et du Tournaisis" paru en 1949, Walter Ravez souligne son caractère mémorable. Venues de Belgique et de France, plus de 100.000 personnes assistèrent à ce grand cortège rappelant les hauts faits de l'Histoire de la cité des cinq clochers. 

Cent dix-huit années plus tard, du 6 avril au 8 mai 1992, un rappel de cet évènement a cependant eu lieu dans le cadre d'une l'exposition organisée dans l'auditorium d'un organisme financier situé sur le quai Dumon. Aux cimaises de la BBL étaient présentées "Les Esquisses de Léonce Legendre et le Cortège Historique du 20 septembre 1874 à Tournai", en collaboration avec le Dr. Serge le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville. 

C'est au cours de la réunion du 6 juin 1874, en l'Hôtel de Ville, qu'un groupe de Tournaisiens, passionnés par l'Histoire de la cité, a accepté de participer à la mise sur pied d'un grand cortège historique qui se déroulerait lors de la kermesse de septembre. Deux comités furent ainsi créés, l'un s'occupant spécifiquement de l'organisation de l'évènement, l'autre chargé de récolter les souscriptions devant couvrir les frais. Au cours de cette réunion fut présenté le travail d'une section qui avait planché sur le projet. Il fallait, dans un premier temps, se borner à rappeler les faits les plus marquants de l'histoire locale et augmenter, par la suite, les groupes en fonction des sommes souscrites par les particuliers. Chaque habitant serait sollicité par le porte à porte. Au cours de la même séance, on exhiba les premières planches coloriées de Léonce Legendre, directeur de l'académie de Tournai. Celui-ci s'était penché sur les archives de la Ville pour reconstituer avec la plus grande authenticité les costumes des différentes époques survolées. 

Léonce Legendre est né à Bruges en 1831, son premier professeur sera son beau-frère, directeur de l'académie brugeoise. Après un prix d'excellence, il fréquente celle d'Anvers. En 1857, il part pour Paris et fréquente l'atelier du peintre d'histoire François Picot. En 1860, il se représente au Prix de Rome dont il avait été écarté trois ans plus tôt en raison de son non-conformisme aux règles de l'époque. Il est primé pour le tableau "la résurrection du fils de la veuve de Naïm". Grâce à l'argent que lui procure ce succès, il va parcourir l'Italie durant quatre années. Revenu en Belgique, il se marie et, en 1866, postule l'emploi vacant de premier professeur de dessin à l'académie de Tournai. Il en deviendra le directeur par nomination le 28 décembre 1867. Il mourra en 1893 dans sa petite maison de l'Enclos Saint-Martin.

Quelques jours à peine lui avaient été suffisants pour lui improviser une vision de la composition du cortège, du groupe des Nerviens à la fin du XIXe siècle. 

Le dimanche 14 juin 1874, une nouvelle réunion se tient au salon des Conférences de l'Hôtel de Ville. Les esquisses apparaissent sur un papier sans fin d'une quinzaine de mètres de longueur occupant la presque totalité d'un mur de la salle. Les représentants de la société la Royale Nervienne propose de prendre en charge l'épisode représentant l'entrée triomphale de Philippe Auguste, les Chasseurs Eclaireurs représenteront celui des patriotes qui, sous la direction de Vandermeersch, luttèrent en 1787 contre l'empereur Joseph II, la garde civique à cheval hésite entre le groupe des croisés entourant Letalde et Engelbert lors de la prise de Jérusalem ou celui des officiers d'état-major de Louis XV à la bataille de Fontenoy. On examine l'état de la souscription, celle-ci fait apparaître que le bourgmestre Crombez s'est inscrit pour 1.500 francs et les Sénateurs et membres de la Chambre des Représentants tournaisiens pour 500 francs chacun. 

Pour motiver ses concitoyens, le bourgmestre publie un avis annonçant que " les croquis faits par Mr. Legendre pour le cortège historique de la kermesse, seront exposés au salon des Conférences, à l'Hôtel de Ville, les dimanche 21 et lundi 22 juin, de 11 heures du matin à trois heures de relevée. Messieurs les membres du comité de la souscription publique ouverte pour l'organisation du cortège, se présenteront à domicile à partir de lundi et les habitants sont instamment priés de les accueillir avec bienveillance et de leur faciliter l'accomplissement de leur mission". Cet appel est paru dans la Feuille de Tournay n°74 du Dimanche 21 juin 1874.

Si le projet semble être sur de bons rails, rien n'est cependant gagné d'avance. Certains esprits partisans n'ont pas oublié la polémique née en 1863, lors de l'installation de la statue de Christine de Lallaing sur la Grand'Place, une princesse d'Espinoy acquise aux idées du protestantisme, qui a défendu Tournai, certes, mais dont la statue est représentée avec un hache brandie en direction de la cathédrale. Pour certains, il s'agissait là d'un symbole de l'intolérance et de l'anti-cléricalisme. 

La Feuille de Tournay, dans son n°77, du dimanche 28 juin, souhaite balayer ces allégations et annonce que le comité organisateur n'a nullement l'intention de faire de la politique et de mettre en relief telle grande figure historique plutôt que telle autre. Elle ajoute même que la "Cantate" d'Amédée Dubois, exécutée lors de l'inauguration de la statue, ne sera pas chantée pendant le cortège (...) La société de chant qui figurera au cortège ne pourra exécuter qu'un hymne à la bienfaisance, et cela sans accompagnement.

Cette mise au point semble apaiser le climat et les préparatifs du cortège peuvent se poursuivre activement. (à suivre)