13/02/2017

Tournai : balade en ville - la Grand-Place

Dans presque chaque ville, la Grand-Place (nommée parfois place du Marché) représente le cœur de la cité. Celle de Tournai, située sur la rive gauche, n'échappe pas à la règle bien qu'elle n'en soit pas le centre géographique. L'Escaut passe au milieu de la ville et la partage en deux. De forme triangulaire, elle est dominée à l'Est par le beffroi et à l'Ouest par l'église Saint-Quentin. 

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Le beffroi vu de la Grand-Place dans les années soixante (photo x)

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Le forum tournaisien est le lieu de toutes les festivités. En 2005, il abrita une partie des "floralies du Hainaut". (collection de l'auteur) 

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Spectacle de rue en 2015 (photo R. Rauwers).

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passage d'une étape du Tour de France en 1967 (presse locale)

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Longtemps, le site dit des "Douze Césars" resta un chancre au cœur de la cité (photo presse locale)

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Durant les mois d'été, auprès des terrasses des cafés et restaurants, les jets d'eau font la joie des enfants (photo R. Rauwers) 

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La statue de Christine de Lalaing (photo R. Rauwers). 

La statue de Christine de Lalaing, princesse d'Espinoy, trône au milieu du forum tournaisien. La noble dame galvanisa la population tournaisienne lors du siège de Tournai par les troupes espagnoles d'Alexandre Farnèse. Sa statue a longtemps été à l'origine d'un conflit avec les autorités religieuses. Protestante, les armes à la main, elle semble lever le bras pour désigner la cathédrale Notre-Dame. Cette attitude fut longtemps considérée comme un geste de défi en l'encontre de l'autorité religieuse. Pour cette raison, la procession historique de septembre évita durant des décennies de passer sur la Grand-Place. Tout cela est désormais de l'histoire ancienne et fait sourire le Tournaisien d'aujourd'hui.

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Vue de la Grand-Place durant les années trente. (photo : Courrier de l'Escaut)

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La Grand-Place aux maisons en ruine durant la seconde guerre (photo : X)

Lors des bombardements de la ville en mai 1940, tous les immeubles qui la ceinturaient furent détruits, seules, quelques façades restèrent debout, squelettes qui allaient donner une nouvelle vie à cet endroit prestigieux lors d'une reconstruction qui respecta les gabarits et lui redonna un aspect homogène. 

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Contre-jour qui met malheureusement en lumière les véhicules qui y stationnent (photo : F. Bauduin)

A Tournai, comme partout ailleurs, le stationnement automobile est un problème. Il faut le reconnaître, notre génération est devenue paresseuse et plus personne ne souhaite parcourir quelques mètres à pied. Le rêve des clients  de notre époque est de pouvoir stationner au plus près de la porte d'entrée du magasin à visiter. Lors de sa rénovation, il y a une vingtaine d'années, le forum devait devenir entièrement piéton. Devant la levée de boucliers des commerçants qui craignaient de perdre leur clientèle, l'autorité communale à fait machine arrière et a autorisé une centaine de places de stationnement face à l'église Saint-Quentin. Ensuite, face à la Halle-aux-Draps, fut créée une zone de stationnement limité. Pour certains cela n'est pas encore suffisant et le stationnement en double file est, chaque jour, une plaie pour la circulation. 

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La Halle-aux-Draps (voir l'article que nous lui avons consacré sur le blog).

 

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vision nocturne (photo : F. Bauduin).

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Des soirées animées (photo R. Rauwers).

Le secteur Horéca est très bien représenté sur le forum. Pratiquement un établissement sur deux est un café ou un restaurant, la vie nocturne y est donc animée et, en été, les vastes terrasses font le plein jusqu'aux petites heures.

A deux pas de la Grand-Place, au n°10 de la rue des Maux, un imposant immeuble attire l'attention, il s'agit de l'ancienne "grange aux dîmes" de l'abbaye de Saint-Martin. Les plus anciens Tournaisiens appellent encore ce bâtiment, "Le café des Brasseurs". Au début du siècle, il s'agissait d'un cabaret-brasserie réputé dans lequel étaient organisées des concerts, des réunions de sociétés, des pièces de théâtre et même des séances cinématographique. Par la suite, dans les années vingt, la salle de cinéma prit le nom de "Cinéma Vieux Tournai". Le 22 octobre 1948, il fut remplacé par le cinéma "Scala" qui ferma ses portes le 15 juin 1976 (voir l'article consacré aux cinémas tournaisiens dans le présent blog). Après une fermeture de trois ans, succéda alors le "Marché-Scala" composé d'une boucherie, d'un discount alimentaire, d'une boulangerie et d'un marchand de légumes tandis qu'en façade s'ouvrait un café. A la fermeture de cet ensemble, en 1983, la salle du rez-de-chaussée fut transformée en "Scala-Bowling" tandis que la partie avant et la cave étaient aménagées en un bar-discothèque. Voici trois ou quatre ans, le bâtiment a subi une profonde rénovation, et depuis quelques semaines, on y trouve un magasin spécialisée dans l'électronique.

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1976, fermeture du cinéma Scala (photo Nord-Eclair).

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Le bâtiment en 2005, le bar discothèque était déjà fermé (collection de l'auteur).

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2015, le bâtiment rénové. Dans la niche : la statue de Saint-Martin rappelant l'origine du bâtiment (photo R. Rauwers).

A proximité du beffroi et de la cathédrale Notre-Dame, la Grand-Place est probablement l'endroit le plus visité de Tournai par les touristes mais il y a de nombreux autres coins qui méritent aussi d'être vus. Nous poursuivrons donc notre balade !

S.T. février 2017.

14:09 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, grand-place, christine de lalaing |

22/04/2015

Tournai : l'année 1860 sous la loupe.

Notre étude chronologique des événements qui marquèrent la vie locale, durant ces dernières cent cinquante années, progresse, nous abordons une nouvelle décade : 1860-1869.

En septembre de cette année 1860, on fêtera les trente ans de l'insurrection qui mèna à l'indépendance de la Belgique.

Au niveau international, le 16 août, les troupes françaises débarquent en Syrie et au Liban afin de protéger les chrétiens maronites contre les exactions des Druzes. Le 6 novembre, le républicain Abraham Lincoln est élu président des Etats-Unis. Il est connu pour son action contre l'esclavage. Notons les naissances de l'écrivain français Pierre Loti (le 14 janvier), de l'écrivain russe Anton Tchekov (le 17 janvier), du peintre belge James Ensor (le 13 avril) et d'un futur président de la République Française, Raymond Poincaré, le 20 août.

Au niveau national, une loi entre en vigueur le 21 juillet, elle abolit les octrois communaux qui étaient jusqu'alors perçus aux entrées des villes. Le 25 août, un procès qui se tient à Charleroi va apporter de l'eau au moulin des mouvements flamingants. Deux hommes, les dénommés Coecke et Goethaels vont être condamnés à mort. Ceux-ci ont été jugés pour meurtres mais l'interprète qui leur avait été assigné s'exprimait en néerlandais et non dans leur dialecte. Condamnés à la peine capitale, ils n'ont pas compris le déroulement des débats et n'ont donc pu correctement se défendre. Le gouvernement reste insensible aux voix qui s'élèvent au nord du pays. Le 20 avril, un des pères fondateurs de notre pays, Charles de Brouckère, décède à l'âge de 64 ans.

Au niveau local, l'actualité continue à ronronner, comme elle en a pris l'habitude depuis une dizaine d'années déjà. Excepté les nécrologies de personnalités qui nous quittent, ce sont, avant tout, les faits divers qui alimentent principalement la chronique locale ainsi que le courrier des lecteurs. Ce dernier nous donne un aperçu des préoccupations des Tournaisiens. 

Pour rappel, nous avons conservé les tournures de phrases des intervenants de l'époque afin de mieux nous imprégner de l'ambiance qui prévalait.

La population tournaisienne (Courrier de l'Escaut du 23 janvier)

Notre rubrique débute par le recensement de la population et on apprend ainsi qu'au 31 décembre 1859, la ville de Tournai compte 51.062 habitants, soit 125 de plus que l'année précédente.

Dans le détail, on dénombre au niveau des naissances légitimes : 579 enfants de sexe masculin et 580 enfants de sexe féminin pour un total de 759, tandis qu'au niveau des naissances illégitimes, on recense 36 enfants de sexe masculin et 39 de sexe féminin.

(Dans ces chiffres ne sont pas compris les enfants mort-nés et ceux domiciliés dans d'autres communes).  

La rubrique des décès enregistre 357 hommes et 298 femmes soit 655 personnes.

845 personnes sont venues habiter la cité des cinq clochers et 899 l'ont quittée pour un autre lieu de résidence. Ceci nous apporte un solde négatif de 54 personnes.

199 unions ont été enregistrées par l'échevin de l'état-civil :

171 mariages entre garçons et filles, 10 entre garçons et veuves, 12 entre veufs et filles et 6 entre veufs et veuves.

Il est à noter également qu'un divorce a été prononcé !

Le tribunal correctionnel (Courrier de l'Escaut du 28 janvier)

Vols, coups et blessures et fraudes aboutissent souvent devant le juge et on peut dire que la justice est loin de se montrer laxiste. Qu'on en juge si vous me permettez l'expression !

"Adolphe D, Florent L et Victor R, jeunes gens d'Antoing ont fait péché de gourmandise, ils ont mordu à belles dents 32 pêches qu'ils ont pêchées (sic) dans le jardin du prince de Ligne. Un jour de prison pour chacun.

Ont été condamnés pour coups de poings, coups de pieds, soufflets, griffes, atous (NDLR : terme qui n'est plus guère utilisé et ne figure pas ou plus au dictionnaire) et calottes en genre divers : Jules F de Frasnes à un mois de prison et 16 francs d'amende, François D, tailleur à Tournay (NDLR : orthographe de l'époque) à 20 francs d'amende...".

Les accidents du travail (Courrier de l'Escaut du 9 février).

La législation sur le travail, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'existe pas et les accidents du travail sont très nombreux. Certains secteurs sont particulièrement touchés : l'industrie textile, la construction et le travail en carrière l 

Dans les filatures et bonneteries, des ouvriers et ouvrières, souvent très jeunes, ont les mains ou les bras pris dans les machines et doivent parfois être amputés. Dans la construction, ce sont des chutes aux graves conséquences en raison d'un manque de moyens de protection. Dans les carrières, se sont des ouvriers ensevelis (surtout après de fortes pluies) comme ces neuf hommes, heureusement sauvés, en cette année 1860. Dans certains cas, la négligence peut être à l'origine d'accidents :

"Un accident qu'on attribue généralement à l'imprudence de la victime est arrivé, vers 8 heures et demie du matin, au faubourg de Valenciennes. Le nommé Gaspard Coutiaux, ouvrier de carrière et cabaretier à Guegnies (NDLR : Guignies) était occupé à travailler dans la carrière de Mme Vve Dumont lorsqu'une grosse pierre qui avait été lancée par l'explosion lui tomba sur la tête. Sa mort fut instantanée. Coutiaux, qui est âgé de 68 ans, laisse une femme et un enfant".

La météo (Courrier de l'Escaut des 2 et 9.3 et des 23, 24 et 31.12).

On ne parlait pas encore de réchauffement climatique et les saisons étaient sans doute plus marquées qu'aujourd'hui mais les événements météorologiques relatés étaient semblable à ceux que nous subissons :

"La violente tempête d'hier après-midi (NDLR : 28 février 1860) a fait un grand dégât à la tour de l'église de Mont Saint-Aubert. La trappe qui servait de ci-devant plate-forme et qui la recouvrait en partie s'est envolée. Elle est tombée dans la ruelle dite des Pèlerins. Un mètre plus avant, elle écrasait la maison de Pottiaux, le boulanger. Voilà donc cette tour, déjà si misérable, privée de son dernier abri. Si on ne sa hâte pas de la restaurer et de la couvrir de sa flèche projetée, bientôt, il n'en existera plus. C'est une véritable honte pour le Mont Saint-Aubert et pour le Tournaisis de voir cette masure assise sur le point le plus culminant de la province...".

Il s'agit maintenant d'un extrait du courrier des lecteurs.

"Hier, pendant la journée (NDLR : le 8 mars 1860), un terrible accident est survenu dans la commune de Kain. Un moulin, qu'on nomme dans la localité le "Moulin Radis", a été renversé par le violence du vent. Les deux frères Vaucant (NDLR : suivant rectification car ils avaient été désignés tout d'abord sous le nom de Foucart), qui en sont les propriétaires, y étaient durant le danger. L'un d'eux, occupé à battre les meules, entendit un craquement menaçant et avertit son frère qu'il devait se sauver. Il se jeta par le fenêtre et tomba sur le sol. L'autre atteint par les matériaux détruits et par les marchandises eut l'estomac brisé. On parvint à le retirer des décombres et à la conduire à "La Jardinière" où peu d'instants après il cessa de vivre. Il était âgé de trente ans...".

"Le solstice d'hiver (NDLR : le 21 décembre 1860) nous a ramené, cette fois, un temps de saison, de véritables frimas. La neige tombe abondamment depuis deux jours et couvre les campagnes d'une couche épaisse, comme d'un manteau salutaire sur les terres ensemencées. La gelée, jusqu'à présent, n'est pas bien forte. Le thermomètre n'est descendu que jusqu'à 3° en dessous de zéro".

"La circulation est fort difficile dans nos rues et on pourrait y patiner d'un bout à l'autre de la ville. Aussi que de chutes ! ".

"Ceux de nos citoyens qui ont le cœur compatissant feraient bien de jeter quelques cendres ou de la paille hachée dans les rues, la gelée qui a succédé à la neige a rendu la voie publique très glissante et de nombreuses chutes ont eu lieu ces derniers jours. Un honorable fonctionnaire de notre ville s'est, dit-on, cassé un bras en tombant".

"Des compliments sont dus à nos édiles qui ont fait procéder, sans relâche, hier (NDLR : 30 décembre) pendant toute la journée, à l'enlèvement des neiges dans les principales rues de la ville".

Des citoyens (déjà) soucieux de la propreté de leur ville ! (Courrier de l'Escaut du 15.12).

Un lecteur écrit :

"Ne regrette-t-on pas le temps où notre ville était un petit bijou de propreté, objet de l'admiration des étrangers et de la fierté de nos pères ? Aujourd'hui, Tournay a changé sous ce rapport et si les anciens Tournaisiens pouvaient revenir dans leur ville, ils ne la reconnaitraient plus, tellement il y fait sale, tellement la plupart des rues sont mal pavées. J'insiste sur la malpropreté de la ville. A quoi cet état de chose est-il dû ? Au manque d'énergie de notre administration communale !".

La fraude (Courrier de l'Escaut du 9 novembre).

Après les bouchers qui ne voulaient pas baisser leur prix en 1859, cette fois, c'est une fraude sur le poids du beurre qui est constatée ".

L'hygiène publique (Courrier de l'Escaut du 30 mai).

"les Fossés Peterinck continuent à exhaler une odeur pestilentielle. Hier, pendant toute la journée, ils étaient presque à sec. Beaucoup de personnes se plaignent en raison de cet état de choses qui est devenu pour ainsi dire permanent. Plus de 70 cas de typhus se sont déclarés depuis le début de l'année dans le quartier de la Magdeleine (NDLR : orthographe de l'époque) qui a le triste privilège de ces exhalaisons".

Distraction ou... endormissement (Courrier de l'Escaut du 24 mai);

"Le garde des bois de Breuze (NDLR : au Nord de Tournai) qui était en tournée dans cette propriété, s'est arrêté au milieu du bois, se reposant sur le canon de son fusil. Abandonné à ses réflexions, il a oublié que l'arme était chargée. Tout à coup, une détonation se fit entendre et le coup partit en labourant le bras droit de ce garde infortuné !".  

Transparence (Courrier de l'Escaut du 5 août).

Chaque mois, la Caisse d'Epargne tournaisienne publie les mouvements enregistrés. Ainsi pour le mois de juillet 1860, on peut lire :

"Il a été versé par 301 déposants dont 27 nouveaux : 30.665,71 francs et il a été retiré par 70 personnes : 25.175,81 francs".

Visite royale (Courrier de l'Escaut du 2 octobre).

A peine trente ans après son instauration, la royauté suscite un élan extraordinaire dans la population belge et la visite du Roi et de la famille royale, le 1er octobre, est bien loin de démentir cette constatation :

Le journal paraît avec un énorme titre à la une : "Vive le Roi !".

Avec énormément de lyrisme, les journalistes nous décrivent cette visite sur les deux pages centrales.

Les rues sont ornementées de mats ornés d'écussons et d'oriflammes, des arcs de triomphe sont dressés et celui de la rue de la Tête d'Or est particulièrement remarquable. A l'arrivée du souverain en gare, des salves d'artillerie retentissent. Sur le parcours, la foule est tellement dense que le cortège royal a bien des difficultés pour se frayer un chemin vers l'évêché. Un cortège est organisé en l'honneur du roi sur la Grand-Place, toutes les compagnies, toutes les associations de plaisir ou caritatives, toutes les professions défilent durant près de trois heures trente. Sur l'Escaut, les bateaux sont pavoisés aux couleurs nationales. La ville est en liesse !

Il n'y a pas de fêtes patronales sans... (Courrier de l'Escaut du 8 décembre).

"Ce n'est pas qu'à Tournay que la fête de Saint-Eloi, patron de tous ceux qui font usage du marteau, a donné lieu à de copieuses libations suivies de querelles et d'horions. A Kain, commune fertile ou les procès-verbaux du garde-champêtre poussent avec la même abondance que les asperges au printemps, il y a eu, dit-on, le premier décembre, une véritable grêle de coups de pieds et de coups de poings. Le sang a même coulé en plusieurs rencontres. Au "Musicien", il y a eu une prise de bec entre un jeune villageois et un citadin. Les combattants seront appelés aux prochaines audiences du tribunal correctionnel".

Un projet ! (Courrier de l'Escaut  du 25 février).

"On assure que le gouvernement a le projet de faire ériger sur la Grand'Place (NDLR : orthographe de l'époque), une statue représentant Marie de Lalaing (NDLR : Christine !), princesse d'Espinoy, la vaillante héroïne qui défendit, avec tant de cœur, notre ville assiégée par les espagnols au XVIe siècle".

Ainsi s'écoulait le temps à l'ombre des cinq clochers dans une petite ville ou richesse et pauvreté, beauté et laideur, bourgeois et ouvriers se côtoyaient probablement de façon plus voyante que de nos jours.

(sources : les éditions  du Courrier de l'Escaut de l'année 1860).

S.T. avril 2015.

06/09/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'Histoire (23)

Notre promenade précédente dans le quartier Saint-Piat nous avait amenés en haut de la rue des Jésuites, à l'endroit où celle-ci croise à droite, la rue d'Espinoy et à gauche la rue des Filles-Dieu.

Le rue des Filles-Dieu s'appelait, au XIVe siècle, la rue des Aveules (aveule en patois tournaisien désigne un aveugle), dans les comptes de l'Hôpital Notre-Dame, on y trouve : "rue des Aveules menant aux Engins". La rue des Six-Filles se termine à la rue Octave Leduc qui était, jadis, pour rappel, une partie de la rue des Ingers (ou des engins). Quelle était l'origine de ce nom de rue des aveules qui lui était alors donné ? Il venait probablement de la présence supposée d'un refuge pour aveugles ou, avec plus de certitude, de la résidence d'un nommé Jaqueme des Aveules, Magistrat durant le XIVe siècle. Plus tard, on l'appela rue de la Gaine ou de la Gaine dite des Aveules : "maison vendue à Jacques Patelle gissant (sise) rue de la Gaine"-acte de 1515. L'ordre monastique des "Filles-Dieu" date du XIIIe siècle. A cette époque, on trouve dans toutes les villes de très nombreuses filles de mauvaise vie, des ribaudes. L'évêque de Paris, Guillaume de Séligni, constitue une communautée sous le nom de "Filles-Dieu" avec le souhait de sortir ces jeunes femmes de la dépravation. Selon l'historien Cousin, on trouve une de ces communautés, aussi appelée Filles de la Madeleine (pécheresse qui lava les pieds du Christ), tout d'abord, à la Taille Pierre et ensuite à proximité de la vieille porte Sainte-Catherine, dans une propriété que leur avait donnée Johan de la Fosse. En 1513, elles s'installent définitivement à la rue del Gaine. Il faut signaler qu'en ce XVIe siècle, les soeurs de cette communauté ne se recrutaient plus parmi celles qu'on appelait les "filles perdues". Dans un écrit de 1605, la rue apparaît sous le nom qu'on lui connaît actuellement : "le 23 avril 1605, Michel de Calonne, marchand, demeurant à Saint-Pierre, vend à Maître Jacques Bosquillon, prêtre, une maison gissant en la rue que l'on dit anchiennement des aveules à présent des Filles-Dieu". Jadis, la rue était beaucoup plus longue qu'actuellement, elle se terminait à la porte des Wasiers, une partie a été supprimée lors de l'édification de la citadelle sous Louis XIV pour faire place à l'esplanade. L'ordre des "Filles-Dieu" fut expulsé de leur couvent comme bien d'autres par les Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle.

Le nom de rue d'Espinoy a été donné en 1837 en souvenir de Christine de Lalaing qui, selon l'Histoire, défendit la ville de Tournai, en l'absence de son mari, Pierre de Melun, prince d'Espinoy, parti guerroyer, lors de l'invasion des troupes espagnoles commandées par Alexandre Farnèse en 1581. Philippe-Christine de Lalaing, fille de Charles, comte de Lalaing et de Marie de Montmorency avait épousé Pierre de Melun, le 2 juillet 1579. Pendant le siège qui dura environ deux mois, elle fustigea la population et les bourgeois de la ville, les enjoignant de prendre les armes, montrant un courage extraordinaire pour une femme de cette époque (en ce temps-là, l'épouse était sensée rester au foyer pour éduquer les enfants en attendant le retour du mari). Lors de la capitulation de la cité des cinq clochers, elle fut autorisée à se retirer à Gand avec ses fidèles soldats. Cette rue est relativement récente, elle a été percée en 1837 pour relier la place du Parc à la rue des Jésuites. Selon certaine source, elle porta, pendant un court moment, le nom de "rue sans nom".

Reliant la rue des Jésuites à la rue du Chambge, la rue des Paniers tire, comme d'autres, son nom d'une altération. Au XIVe siècle, elle portait le nom de rue des Piniers (chirographe de 1302) et son nom varia ensuite en rue des Pigniers, Pingniers et Peigniers, un pignier serait un peigneur de laine, un cardeur, ("Olivier Havart, retordeur de sayette, a vendu à Jehan, son frère, une maison et une jardin situés rue des Pigniers, hors le lieu où par avant était assise la porte de la Vingne, faisant touquet (le coin) d'icelle (de cette) rue et de la rue Hochedid"). La rue Hoche ou Hochedid, aujourd'hui disparue, était un passage étroit qui reliait la rue des Paniers à la rue des Filles-Dieu, elle fut supprimée au début du XIXe siècle.

La rue de l'Esplanade, elle aussi située entre ces deux rues, est-elle située sur le tracé de cette ancienne rue Hoche ou lui est-elle parallèle ? Son nom rappelle qu'en cet endroit se trouvait jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'esplanade face à la citadelle. Les vieux Tournaisiens désignaient encore, il y a quelques années, les pelouses et terrains entourant le palais, comme étant "l'esplanade du palais de justice".

Lorsque la rue des Jésuites se termine en longeant le parc communal, sur la droite, une allée asphaltée créée dans cet espace vert mène à l'Hôtel de Ville et porte le nom d'allée Paul Bonduelle. Le square sur lequel se dresse la statue du peintre Louis Gallait porte le même nom. Paul Bonduelle était un architecte réputé, né à Tournai en 1877. Elève de l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles et à Paris, il est l'auteur de l'Hôtel de Ville et du Mémorial à la Reine Astrid de Laeken. A la fin du second conflit mondial et jusqu'à sa mort en 1955, il pilotera la reconstruction de la cité des cinq clochers bombardée en mai 1940. Il construira des immeubles nouveaux en conservant intact l'esprit des bâtiments détruits, soucieux d'une harmonie des gabarits. Le plus bel exemple de son travail opiniâtre est la Grand'Place.

La suite de notre promenade nous permettra de découvrir les rues situées dans le quartier du Parc, aux abords de l'Hôtel de Ville.

15/11/2007

Tournai : les Géants de Tournai (3)

Les visiteurs qui se promènent sur la Grand'Place de Tournai ne peuvent ignorer la présence de cette monumentale statue en bronze élevée au centre du forum. Elle représente une femme en armure, la hache levée, invitant la population à se joindre à elle pour la défense de la cité. Elle rappelle l'attitude héroïque de Philippe-Chrestienne de Lalaing, princesse d'Epinoy, épouse de Pierre de Melun, Grand Bailli du Tournaisis, qui, en l'absence de son mari parti à la rencontre des troupes de Farnèse à Gravelines où il fut battu, défendit Tournai lors du siège de 1581.

L'édification, en 1863, de cette statue, oeuvre du sculpteur local Aimable Dutrieux, a été à l'origine de nombreuses polémiques. Christine de Lalaing ayant opposé une vive résistance aux troupes des soldats catholiques d'Alexandre Farnèse, alors que les consaux et le clergé de Tournai appelaient à la réddition et à la paix, est considérée, de ce fait, par certains comme calviniste, ceux-ci étant alors nombreux dans nos régions à cette époque; d'autres critiquent le positionnement même de la statue, de sa main levée armée d'une hache, elle semble désigner la cathédrale et ils y voient ainsi un geste de défi à l'égard du monde catholique. On explique parfois que c'est pour cette raison que durant des années, la Grande Procession Historique de Tournai évita la Grand' Place dans son annuel parcours. Pour être complet disons également que des écrivains calvinistes classèrent la princesse parmi leurs héros.

Edouard Tréhoux ne s'embarrassa probablement pas de telles considérations lors de la création de son géant, il y vit simplement une héroïne de l'histoire locale. Haut de 4m10 et pesant 125 Kg, le géant présente un visage de carton pâte entouré de longs cheveux noirs, un torse et des bras recouverts d'une armure de métal argenté, le cou et les poignets entourés d'une fraise (collerette de linon ou de dentelle empesée portée aux XVIe et XVIIe siècles). Une jupe jaune recouvre le panier. A l'origine, géant porté il a été, lui aussi, doté par la suite de trois roues placées à l'intérieur du panier. La suite du géant est constituée de vingt bourgeois et de douze officiers. Les premiers portent perruque d'époque, chemise orange, veste de daim, pantalon orange, bas blancs et chaussures de daim et tiennent une hache à la main, simple arme alors à la disposition des défenseurs de la cité, les seconds portent collants blancs, fourreau jaune, cuirasse, casque et hallebarde. Dans le cortège, le géant est précédé d'un héraut d'armes, à cheval, portant la bannière de la princesse.

(sources : ouvrage de Lucien Jardez paru en 1986 lors du cinquantième anniversaire des Amis de Tournai).

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26/08/2007

Tournai : des origines à nos jours (10).

Tournai durant la seconde partie du XVIe siècle.

Ainsi, au XVIème siècle, comme toutes les autres villes, Tournai est en proie aux conflits provoqués par la Réforme. En 1566, le nombre de Réformés s'est accru, l'évêque Gilbert d'Oignies, nommé un an auparavant, ne se sent plus en sécurité et préfère quitter sa résidence épiscopale. Le gouverneur de Tournai, le Comte de Hornes, est confronté à une demande pressante des réformés : obtenir un lieu de culte. Ils reçoivent l'usage provisoire de la Halle aux Draps.

Suite à la "pacification de Gand" du 8 novembre 1576, Pierre de Melun, prince d'Epinoy est nommé par les Etats Généraux pour rétablir l'ordre dans la cité. En 1581, celui-ci est absent de la ville, il y laisse son épouse Christine de Lalaing. Alexandre Farnèse, qui entretient des rapports de plus en plus tendus avec Philippe II, s'allie à des nobles catholiques connus sous le nom des "Malcontents", ceux-ci n'ont pas accepté la pacification de Gand par laquelle, les Dix-Sept Provinces, après la destruction d'Anvers, décident de rester unies, de vivre en paix et de chasser toutes les troupes étrangères. Alexandre Farnèse avec le renfort des Malcontents met le siège devant Tournai au milieu de l'automne 1581, le 30 novembre, il prend la ville malgrè la résistance héroïque des habitants galvanisés par la princesse d'Epinoy, Christine de Lalaing qui monte aux murailles en armure et les armes à la main. Tournai vaincue, tombe ainsi la dernière ville wallonne encore aux mains des Etats Généraux.

Les Tournaisiens n'oublieront pas cette héroïne, ils lui élèveront une statue de bronze, oeuvre du sculpteur local Aimable Dutrieux, et la placeront, en 1863, au centre de la Grand'Place. Tournée vers la cathédrale, la hache levée, elle semble lancer un geste de défi au pouvoir catholique local, les Tournaisiens disent que c'est la raison pour laquelle, jusqu'il y a quelques années, la Grande Procession historique du deuxième dimanche de septembre, évitait de passer par la Grand'Place et sortait de la cathédrale pour se diriger directement vers le rue Saint Martin en passant par le haut de la rue des Chapeliers.

Tous les historiens s'accordent à dire que cette défaite sonne le glas de la splendeur de Tournai, l'industrie est moribonde, le commerce est au plus bas. Partout dans la ville on ne rencontre que la misère, le siège a provoqué des destructions dans tous les quartiers, les animaux déambulent librement dans les rues et les ruelles, les rats pullulent transmettant un lot de maladies.

Alexandre Farnèse ne s'attarde pas à Tournai, il assiège, en juillet 1582, Audenarde, Courtrai et Lille et remporte autant de victoires. En août il se voit opposer une importante résistance des Gantois, il lève le siège et part conquérir Menin, Furnes, Nieuport et Dixmude. En 1584, il revient à Gand et s'empare finalement de la ville. Farnèse mourra en 1584 à Arras.

A Tournai, la cathédrale Notre-Dame, s'enrichit en 1572, d'un jubé aussi appelé ambon. De granit, de marbre et d'albâtre, placé à la séparation du transept et du choeur gothique, il est l'oeuvre de Corneille de Vriendt, dit Floris, architecte de l'hôtel de ville d'Anvers. Il est de style Renaissance. Ce jubé fera bien souvent parler de lui. Depuis sa création, partisans et opposants vont, soit vouloir le sauvegarder comme étant une oeuvre majeure du XVIème siècle, soit vouloir le déplacer ou le reléguer hors de la cathédrale. Pour les uns, il est somptueux, chef d'oeuvre représentatif de l'art italien en Belgique, pour les autres il est un anachronisme situé au passage du roman au gothique, pour ceux-ci, il empêche même une vue harmonieuse sur l'ensemble de la cathédrale dès qu'on entre par la porte principale. Un visiteur s'est un jour exclamé en présence de l'Optimiste :" quel est ce lourd monument qui gâche la légèreté du choeur ?". L'Art ouvrira toujours des débats et c'est peut-être, au delà de l'admiration d'un oeuvre, un intérêt supplémentaire.

Le XVIème se termine, l'Archiduc Albert est nommé gouverneur des Pays Bas, à Tournai l'évêque se nomme Michel d'Esne, originaire de Cambrai, il a été placé à la tête du diocèse par Philippe II en 1596 et approuvé par le pape Clément VIII un an plus tard.

(sources : contribution du chanoine J. Dumoulin et du professeur J. Pycke au tome consacré à Tournai par la collection Artis et recherches personnelles).