15/11/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (7)

Parmi les commentaires reçus dernièrement, un fidèle lecteur du blog, m'a fait part de sa préférence pour l'appellation "Hainaut Occidental" qui prévalait, il y a quelques années encore, pour dénommer notre région. Il s'agit là de l'éternelle divergence de vue qui se manifeste, régulièrement, lors des modifications d’appellation qui jalonnent notre Histoire. L'argument que ce lecteur développe est néanmoins pertinent et concerne principalement les régions d'Enghien, Lessines, Silly et Brugelette. Ces entités qui appartiennent au Hainaut Occidental sont-elles d'origine picarde ? Le débat est ouvert, certains se manifesteront, peut-être, au sein de la rubrique "commentaires", c'est un souhait que j'ai souvent formulé ! 

En attendant ces éventuelles réactions, notre visite nous emmène à la découverte des entités de Celles et Chièvres.

Celles.

C'est une des zones les plus rurales de Wallonie picarde. S'étirant entre Mont Saint-Aubert et Mont de l'Enclus, elle se présente sous l'aspect d'une campagne verdoyante parsemée de fermes, de champs, de prairies et de bosquets . Elle est composée des villages de Celles, Escanaffles, Molenbaix, Popuelles, Pottes et Velaines. 

Le village de Celles est situé sur l'ancienne chaussée romaine reliant Tournai à Gand. L'église Saint-Christophe édifiée au XVIème siècle, doit subir prochainement une importante restauration. Son état fortement dégradé le nécessite. L'édifice religieux est le siège, depuis 1923, d'un pèlerinage d'automobilistes, motocyclistes et cyclistes venus demander la protection du saint patron des voyageurs au moment de la neuvaine qui se déroule en juin.

Le village d'Escanaffles tire son nom de l'Escaut et signifierait même "prairie de l'Escaut". A cet endroit, le fleuve a longtemps fait la frontière entre la Flandre et la Wallonie. Lors de la rectification de son cours et la suppression des nombreux méandres afin de faciliter la navigation, une partie du village s'est retrouvée sur la rive gauche, tout comme une partie du village flamand d'Outrijve s'est retrouvée sur la rive droite. Dans ce village, entièrement voué à l'agriculture, une sucrerie a été en activité de 1872 jusqu'en 1990, époque de restructuration et de centralisation dans l'activité sucrière. Les bâtiments sont depuis lors occupés par le siège général de la société "Galactic", leader mondial en biotechnologie, qui procure 350 emplois dans le monde et possède des implantations aux Etats-Unis (Milwaukee), en Chine (Bengbu) et des bureaux en Europe, au Japon et au Brésil.

Le village de Molenbaix est dominé par l'église Saint-Ghislain, érigée en 1849 en remplacement d'une chapelle dédiée à ce saint. Au point de vue touristique, ce village, uniquement tourné vers l'activité agricole, est connu pour son annuel "gymkhana de tracteurs" qui se déroule, au début du mois d'août et propose également de multiples activités comme le souper campagnard et le bal sous chapiteau. En début de soirée, un nombreux public assiste aux "Montgolfiades", meeting d'aérostation qui existe depuis 2004 et permet d'assister à l'envol d'une douzaine de montgolfières multicolores.

Popuelles est un petit village de 180 habitants traversé par deux ruisseaux "l'Armont" et "le Lozet". Son nom apparaissant, jadis, dans des écrits sous la forme de "Papiola", on l'a cru dérivé du patronyme d'une famille romaine qui y habitait mais peut-être tire-t-il, tout simplement, son origine dans le fait qu'on y trouvait jadis de très nombreux peupliers, un arbre qui pousse dans les régions marécageuses. Pendant plus de 20 ans, les jeunes du village ont mis sur pied une fête qui se déroulait à la fin juin et proposait des "courses landaises", spectacle qui attirait un nombreux public. Hélas, cette fête familiale a été remplacée, depuis peu, par un "festival de DJ" comme on en trouve un peu partout !

Chièvres.

L'entité de Chièvres, regroupant également les villages de Grosage, Huissignies, Ladeuze, Tongre Notre-Dame et Tongre Saint-Martin, est située à environ 35 kilomètres de Tournai. 

Dans le village de Chièvres, on peut découvrir un fragment des anciennes fortifications qui ceinturaient la cité ainsi que trois des six tours qui s'y élevaient. Parmi celles-ci la "tour de Gavre" qui doit son nom au seigneur flamand époux d'Eva de Chièvres qui vécut au XIIème siècle. Face au Moulin de la Hunelle, la "chapelle de la Ladrerie" est le dernier élément d'une léproserie construite durant la seconde partie du XIIème siècle. L'église Saint-Martin, de style gothique, fut érigée en 1543. Sur la Grand-Place, on peut admirer la façade du château des Comtes d'Egmont, ancienne demeure du Comte Charles de Croy.

Le village de Chièvres est connu de tous les amateurs d'aéronautique en raison de la présence de la base aérienne occupée par le 424th Air Squadron intégré au Shape, à l'Otan et au Commandement Suprême des forces Alliées en Europe. Beaucoup ignorent que le premier terrain d'aviation fut créé par les Allemands durant la première guerre mondiale, une  simple piste en herbe et un hangar qui furent détruits en 1918, au moment où le lieu fut à nouveau transformé en terrains de culture. En 1940, lors du second conflit mondial, la Luftwaffe entreprit la création d'une importante base aérienne. Elle abrita jusqu'à 7.000 hommes et plus de 250 bombardiers. En 1944, les pistes et hangars firent l'objet de multiples bombardements alliés. Après la libération, ce qui restait de la base allemande fut restauré et occupé par le 7ème Wing de la Force Aérienne belge. C'est durant cette époque que de nombreux amateurs belges et étrangers se rendaient à Chièvres pour assister aux meetings aériens. Après la désactivation du 7ème Wing en 1967, la base de Chièvres a fait partie intégrante du Shape.  

Sur la chaussée qui mène de Mons à Ath, le rond-point qui donne accès à Chièvres est surmonté d'un chasseur Hunter et dans le village, on peut également visiter le "Musée international de la Base de Chièvres". 

Chaque année, au printemps est organisé "l'American Festival", un week-end festif qui permet de découvrir la culture américaine. 

Le jour du Mercredi des Cendres, les rues du village connaissent une activité particulière en raison du "crossage à l'tonne", une tradition qui date du moyen-âge et qui est également perpétuée dans les régions de Beloeil, Péruwelz et Bernissart. Ce jeu tient du golf et se pratique avec des crosses en bois terminées par un fer et une "soulette" de forme ovoïde qu'une équipe doit amener à heurter un tonneau de bière, situé les plus souvent, à la porte d'un bistrot. Elle devra néanmoins vaincre les pièges de l'équipe adverse qui peut "décholer" (c'est-à-dire envoyer le plus loin possible du but, la "chole" de bois). 

Grosage est un village d'environ 200 habitants situé à 6 kilomètres de Chièvres. Il est traversé par le ruisseau Domissart et possède un "petit musée du pain" installé dans une boulangerie artisanale au sein d'une ferme érigée en 1806. On peut y découvrir la fabrication du pain depuis le moment de la récolte des céréales jusqu'à la mise en vente du pain. Ouvert, sur demande, principalement aux groupes, il permet aux visiteurs de s'essayer à la cuisson du pain. 

Le village de Huissignies, situé lui aussi à 6 kilomètres de Chièvres, est dominé par son église Saint-Martin reconstruite en 1791 et restaurée en 1903. En 1985 y fut fondé le "Musée de la Vie rurale" qui attire plus de 5.000 visiteurs chaque année. A l'étroit dans son local initial, il a été établi par la suite dans une ancienne ferme rachetée par la commune et propose désormais aux visiteurs pas moins de quarante salles reprenant chacune un thème de la vie campagnarde : le vannier, la culture du tabac, le fournil, la laiterie, l'étable, le moulin, les tenues vestimentaires, les jeux d'enfants, les outils... et même la reconstitution d'une classe de l'école du village. Au mois d'octobre y est organisée la "Fête de la Pomme et du Bois".

Le village de Tongre Notre-Dame se situe le long du canal Ath-Blaton, à environ 4 kilomètres de Chièvres. La basilique Notre-Dame de Tongre, érigée en 1777, est un haut lieu de pèlerinage en Wallonie picarde. On y découvre une très ancienne statue de la Vierge, sculptée dans du bois de poirier et en polychrome roman. Son apparition dans ce lieu est décrit comme un fait miraculeux qui se serait produit, le 1er février 1081, dans le jardin de Messire Hector, seigneur du lieu. On raconte que des anges la déposèrent de nuit dans une brillante lumière. En 2015, une relique du bienheureux empereur Charles d'Autriche fut remise, à titre définitif, et placée dans la basilique à la dévotion des pèlerins. Peu de gens savent que c'est dans ce village que le brasseur Charles Louis Durondeau créa la variété de poires qui prit son nom : la Durondeau. 

Voilà encore quelques pages d'agenda qui se complètent. Quand nous aurons abordé les différentes communes qui composent la Wallonie picarde, le choix des visites sera des plus ardus. 

(à suivre)

(sources : site des entités de Wallonie picarde et recherches personnelle sur place)

S.T. novembre 2016.

20/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (5)

Quatrième balade en Wallonie Picarde, en guise de mise au vert.

Nous quittons Tournai, à nouveau par la Nationale7, nous bifurquerons vers la droite entre Ath et Enghien car, dans le prolongement du Pays Vert, se situent trois entités rurales mais aussi résidentielles, bon nombre de leurs habitants travaillant en effet à Bruxelles ou à Mons

La première commune que nous visiteront s'étend entre Ath et Enghien, Silly regroupe sept villages : Bassily, Fouleng, Gondregnies, Graty, Hellebecq, Hoves et Thoricourt pour une superficie totale de 67,7 km2 et une population d'environ 8.200 habitants. 

La commune est connue des mélomanes par son "Printemps musical" qui, depuis 1990, se déroule tous les deux ans, de mars à juin, biennale regroupant de jeunes musiciens amateurs et des professionnels de la musique venus transmettre leur art aux débutants. Les concerts ont lieu dans le cadre du château, des églises et parfois même dans la propriété d'un particulier. 

Dans le village de Thoricourt sé déroule, chaque année, en août, le festival intitulé "Théâtre au Vert", des spectacles tout public sont présentés par différentes troupes de comédiens dans des lieux exceptionnels, situés en pleine nature, comme à la ferme du Caillou, à la ferme de la Motte ou sous le chapiteau des Balladins du Miroir, fidèles du festival. 

On ne quittera pas la commune sans avoir goûté une des nombreuses bières brassées par la Brasserie de Silly. Celle-ci existe depuis 1850, tout d'abord au sein d'une grosse ferme dans laquelle on brassait l'orge et le houblon, "la Cense de la Tour" et actuellement dans des locaux de brasserie à part entière, on y produit la Double-Enghien, la Saison et le Scotch de Silly, la Divine et bien d'autres spécialités. 

Plus au Sud, jouxtant la ville d'Ath, Brugelette nous accueille. Commune s'étendant sur 28,5 km2, elle compte un peu plus de 3.500 habitants et regroupe les villages d'Attre, Cambron-Casteau, Gages et Mevergnies. 

La commune a longtemps vécu à l'ombre de sa sucrerie dépendant de la Raffinerie Tirlemontoise, véritable manne financière pour le budget communal, elle procurait encore de l'emploi pour une septantaine de personnes au moment de sa fermeture définitive en 2008, les bâtiments ont, depuis lors, été rasés.

Indéniable centre touristique de Brugelette, le village de Cambron-Casteau attire chaque année quelques centaines de milliers de visiteurs grâce au parc "Pairi Daiza" (le jardin clos en persan), appelé lors de sa création en 1993 "Paradisio". Si ce parc contribue à la sauvegarde d'espèces menacées, il n'est pas un jardin zoologique dans le sens strict du terme. C'est la reconstitution fidèle des lieux de vie des animaux et l'impression de liberté dans laquelle ils semblent évoluer qui font toute son attractivité. En le parcourant, on pénètre dans d'immenses volières où est reconstitué le biotope des oiseaux qu'elles accueillent. La visite de l'île aux gibbons, du jardin zen japonais, du royaume de Ganesha avec son temple des fleurs, ses éléphants, ses rizières, le vol des rapaces, le monde de la nuit des chauves-souris et autres nocturnes, la découverte d'un coin d'Afrique... tout contribue à dépayser le visiteur. Le parc est situé sur le domaine de l'ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame de Cambron fondée en 1148 et supprimée par les révolutionnaires en 1789, abbaye dont on peut encore voir la tour de l'abbatiale mais aussi le château construit par les comtes de Val Beaulieu après sa disparition.

Pas bien loin de Brugelette, le village d'Attre possède un magnifique château du XVIIIe siècle, de style néo-classique, entouré de son parc, un ensemble classé au patrimoine majeur de Wallonie. 

Quittons Brugelette et traversons la chaussée qui relie Ath à Mons pour arriver à Chièvres, une commune de 47km2 comptant environ 6.700 habitants, son nom latin "Cervia" désignait un lieu où se trouvait alors des cerfs et du gibier forestier, probablement une région de forêts profondes. La commune regroupe, depuis le 1er janvier 1977, les villages de Grosage, Huissignies, Ladeuze, Tongres Saint-Martin et Tongres Notre-Dames. Chièvres est connu par les passionnés d'aviation puisqu'il s'y trouve une base de l'Otan, construite par les... Allemands en 1917 et devenue après la première guerre mondiale, base de la Force aérienne belge avant d'accueillir l'alliance atlantique. On ne manquera donc pas d'y visiter le Musée international de la Base de Chièvres ouvert depuis 2003. 

Dans le village de Tongres Notre-Dame, la basilique est un haut lieu de pélerinage en province du Hainaut. On raconte que le 1er février 1081, le seigneur du lieu vit apparaître la Vierge dans son jardin. Au moment où cette apparition s'éteignit, il découvrit à l'endroit même une statuette que le curé du village fit placer dans l'église. Par deux fois, la statuette se retrouva dans le jardin du  seigneur enveloppée de lumière et de musique. A partir de 1093, le lieu attira de nombreux pélerins. La statue de Notre-Dame de Tongres est en bois sculpté, représentant la Vierge assise, tenant sur ses genoux, un Jésus adulte. Chaque année, la nuit du 1er au 2 février, une procession aux flambeaux est organisée, des centaines de pélerins venus de Belgique et de France y participent. 

Relevons encore que dans le village de Mevergnies est née la comédienne Emilie Dequenne, révélée par la film "Rosetta" des frères Dardenne pour lequel, elle reçut le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1999. Depuis lors on a pu la voir dans "le Pacte des Loups", "La femme de ménage", "Mariées, mais pas trop", "L'équipier" et bien d'autres longs métrages avant de tenir le rôle principal dans le film "A perdre la raison", présenté en 2012 à Cannes et pour lequel elle fut une nouvelle fois primée. Excellente comédienne, elle a aussi tourné dans huit téléfilms et interprété des rôles au théâtre.  

Voici encore un itinéraire qui permet de passer une excellente journée de détente en Wallonie picarde.


(S.T. juillet 2012)