24/10/2016

Tournai : le cœur de la Wallonie picarde (3)

Voici le troisième volet de cette étude de découverte de la Wallonie picarde. Après les chapitres consacrés à la population, au logement, aux soins de santé et à l'enseignement, nous développons trois thèmes interactifs de l'économie : l'emploi, le chômage et le revenu moyen par habitant.

L'emploi.

Les dernières statistiques de 2014 renseignent que la Wallonie picarde compte 101.616 travailleurs salariés et 29.528 travailleurs indépendants. 78,8% de la population active travaillent dans le secteur tertiaire (services et secteur non-marchand), 20,9 % dans le secondaire (industrie) et 0,3% seulement dans le primaire (agriculture). Le taux d'emploi est de 58,6%, un chiffre supérieur à celui du Hainaut (53,6%) ou de la Wallonie (56,6%) mais inférieur au chiffre national (61,1%).

Peu à peu, les emplois sont centralisés dans des zones aménagées par les deux intercommunales : Ideta (Tournai-Ath) et IEG (Mouscron-Comines). Ces zones d'activités représentent 17,5% de l'emploi total du territoire. On les trouve principalement à Tournai-Ouest, Mouscron, Comines, Ath, Ghislenghien, Lessines, Péruwelz (site Polaris), Leuze-en-Hainaut, Bernissart et Frasnes. Une de ces zones a également fait récemment son apparition à Pecq, le long de l'Escaut (au lieu dit, quai Batindus). 

Les travailleurs se répartissent entre 46,1% d'employés, 37,8% d'ouvriers et 16,1% de fonctionnaires. L'enseignement, les Administrations communales et CPAS et les activités médico-sociales et sociales avec hébergement sont parmi les plus grands pourvoyeurs d'emplois de Wallonie picarde. 

Dans le secteur privé, citons le groupe pharmaceutique Baxter-Travenol à Lessines (près de 2.200 emplois), McBride à Estaimpuis (980), Valéo-Vision (977) et Waldico à Ghislenghien (+ de 600), Lutosa à Leuze-en-Hainaut (690 emplois), le secteur carrier du Tournaisis (près de 600 emplois), Cofidis à Orcq (388), Konvert Intérim à Tournai (360) les transports Fockedey à Leuze-en-Hainaut (+ de 350 emplois) ou encore le groupe Dufour-Cogétrina (près de 200 emplois à Tournai).

Un bel exemple de reconversion réussie est celui intervenu à Frasnes-les-Anvaing. Il y a quelques années, la sucrerie a fermé ses portes dans le cadre de la rationalisation du secteur sucrier. Le site assaini, de nombreuses petites entreprises y ont pris place et 135 emplois ont été créés, soit un peu plus que ce qu'offrait la sucrerie jadis. 

Ayant perdu son secteur textile employant des milliers d'ouvriers et employés, ayant vu disparaître des centaines d'emplois dans la sidérurgie (Meura et Carton à Tournai notamment), dans l'imprimerie (Gédit, Casterman), dans le secteur bancaire (ING, BNP Paribas, Crédit du Nord Belge, Banque Nationale...) suite à la fermeture de leurs sièges tournaisiens et de la plupart des agences rurales, la Wallonie picarde se reconvertit peu à peu grâce à la création de petites et moyennes entreprises, parfois plus stables que les grandes multinationales, championnes des délocalisations. Elle se tourne désormais vers les secteurs d'avenir représentés par l'informatique et la haute technicité. 

Créé il y a une vingtaine d'années et en constante évolution, le parc Pairi-Daiza, à Cambron Casteau, offre 250 emplois. 

Depuis près de quarante ans, on a vu apparaître de vastes zones commerciales édifiées dans les faubourgs des cités et regroupant différents magasins sous la forme de grandes et moyennes surfaces. C'est le cas de Tournai-Froyennes et Tournai-Bastions, de la zone commerciale des Dauphins à Mouscron, de celle du Quevaucamps entre Dottignies et Estaimpuis... Une zone similaire souhaiterait s'implanter à Marcq (Enghien) au grand dam des habitants du quartier qui y voient une perte de tranquillité et une augmentation de l'insécurité résultant d'une circulation accrue dans ce quartier à caractère rurale. Ath a préféré faire confiance à son commerce local situé dans son centre-ville. Du coup, ce dernier est sans doute le plus attractif de toutes les villes de Wallonie picarde.

Dans les périodes de crises comme celle que nous connaissons actuellement, les décideurs politiques ont tendance à multiplier ces zones tentaculaires en espérant y créer de nombreux emplois nouveaux. Le résultat, hélas, n'est parfois pas à la hauteur des espérances et il se fait presque toujours au détriment du commerce intra-muros. Quelles sont les raisons qui font qu'ils ne changent pas d'avis ? "Errare humanum est, perserverare diabolicum !".  

Le chômage.

En juin 2015, le taux de chômage s'élevait en Wallonie picarde à 13,3%, c'est mieux que dans le Hainaut (15,7%), à peine inférieur au taux de la Wallonie (13,4%) mais nettement moins bien que celui de la Belgique (9,5%) où le taux est tiré vers le bas par une Flandre qui offre encore de nombreuses possibilités d'emplois. Déplorons à ce sujet, l'extrême frilosité des habitants de Wallonie picarde qui ne profitent pas de ces offres d'emplois flamandes vacantes et les laissent à des travailleurs français plus dynamiques et plus mobiles. Doit-on redouter chez certains habitants de la région une culture du chômage bien enracinée ou un caractère casanier digne des époques révolues ?

Les demandeurs d'emplois inoccupés âgés de moins de 25 ans représentent 23% du total, le Hainaut avec 21,9% et la Wallonie avec 20,3%  font mieux que notre région. 

Les demandeurs d'emplois de plus de 50 ans représentent 26,7% (24,8% en Hainaut et 25,5% en Wallonie). Ces chiffres ont très probablement été influencés par les nombreuses pertes d'emplois enregistrées ces dernières années dans les secteurs de l'imprimerie, des banques et de la Vente par Correspondance qui se séparent en priorité du personnel plus âgé et redéploient les plus jeunes vers d'autres régions. 

Nous allons rapidement aborder le problème de la Mobilité. 67,5% des travailleurs résidant dans une des communes de la Wallonie picarde sortent de celle-ci pour travailler. On trouve les travailleurs les plus mobiles au Mont-de-l'Enclus, la plupart sont occupés en Flandre et le long des axes Jurbise-Lens-Chièvres (ils se déplacent vers Mons) ou d'Ath-Silly-Enghien (vers Bruxelles).

Un des fleurons de la Wallonie picarde est le secteur brassicole. Quinze brasseries y sont établies, ce qui représente pas moins de 10% du secteur brassicole belge.

Autres secteurs spécifiques : les pépinières. Le village de Lesdain (commune de Brunehaut) est la capitale wallonne des pépinières avec ses 240 hectares de production (soit 50% de la superficie totale des pépinières wallonnes). 

Le revenu moyen par habitant.

On détermine le niveau de richesse d'une région en étudiant le revenu moyen par habitant. Le niveau moyen par déclaration est 28.116 euros. Il est supérieur de 1.392 euros à celui de la province du Hainaut. il est inférieur de 678 euros à celui de la Wallonie et de 2.524 Euros par rapport à la moyenne nationale (ce chiffre étant tiré vers le haut par la région bruxelloise, les provinces de Brabant flamand et wallon et certaines régions de Flandre). 

Les revenus moyens les plus élevés sont enregistrés dans les communes de Silly-Enghien, Mont de l'Enclus et Chièvres (on y voit l'influence des emplois exercés à Bruxelles, en Flandre ou dans la région montoise). A Silly et Enghien, ils sont mêmes supérieurs à celui de la Flandre. Les extrêmes : 12,6% des habitants renseignent des revenus supérieurs à 50.000 euros/an et 13,9% des revenus inférieurs à 10.000 euros.

Il existe une richesse en Wallonie picarde qui commence, peu à peu, à être exploitée mais qui peut encore se développer si nos décideurs économiques et politiques font un effort de communication.

(à suivre)

(sources : "Atlas socio-économique de Wallonie picarde" -2e édition 2016 édité par Wapi25 - presse régionale et recherches personnelles).

S.T. octobre 2016

29/08/2008

Tournai : l'année 1973 sous la loupe (1)

Au niveau social et économique, l'année 1973 peut être qualifiée d'année de grogne et d'inquiétude à Tournai et dans sa région. Mécontentement des habitants du village d'Hertain tout d'abord. Suite à l'ouverture de la liaison autoroutière Tournai-Lille, toute la circulation automobile, tous les transports routiers passent désormais par le nouveau poste frontière. L'ancien, si actif depuis 1890 et un des plus importants de la région, est pratiquement désaffecté. Des douaniers y viennent encore durant quelques heures en journée et les brigades volantes traquent les fraudeurs par des contrôles inopinés. Cafés, restaurants et magasins, tant appréciés par les chauffeurs routiers et les touristes, voient leur chiffre d'affaire chuter. Le village semble tomber en quelques semaines dans l'oubli !

"I n'd'a pus", ces mots griffonnés à la hâte sur de petites affichettes renseignent les automobilistes tournaisiens que la pompe à essence ne débite plus le précieux carburant car, à partir de la mi-janvier, les pompistes et gérants de stations-service se sont mis en grève pour réclamer de meilleures conditions financières aux grands groupes pétroliers dont les bénéfices sont à la hausse. Comparativement aux autres habitants du royaume, le tournaisien ne doit pas trop se plaindre, la proximité de la frontière lui permet encore d'aller faire le plein en France, même si cela est toujours considéré par les douanes comme de la fraude. Il fut un temps, pas très éloigné, où les "gabelous" contrôlaient au moyen d'une jauge le contenu du réservoir à la sortie et à la rentrée des frontaliers sur le territoire belge. Coup de colère des étudiants qui manifestent devant l'Hôtel de Ville, ils ont entendu dire qu'une loi supprimerait prochainement le sursis militaire ! 

L'approvisionnement en carburant sera encore un problème majeur à la fin de l'année 1973. Les responsables de l'OPEP, Organisation des Pays Exportateur de Pétrole, ferment les robinets des puits de production afin de mettre la pression sur les pays occidentaux et les obliger à revoir leur position dans le conflit qui oppose Israël aux pays arabes. On assiste à la généralisation de l'arme dite économique. La Belgique comme ses voisins est obligée d'adopter des mesures d'économie d'énergie : réduction de la puissance électrique de 5 %, obligation d'extinction des vitrines et enseignes à 22 h, encouragement de l'isolation des bâtiments et, à partir du 18 novembre, instauration des "dimanches sans voiture". Pendant 24 heures ne seront autorisés à circuler que les véhcules de secours et de sécurité, ceux du personnel médical et soignant ou encore ceux transportant des invalides. De rares et strictes dérogations doivent être sollicitées auprès de l'Administration Communale qui délivre les autorisations. Au petit matin du 18 novembre, quelques fêtards rentrant un peu trop tardivement des discothèques sont arrêtés par des contrôles de police et leurs véhicules sont immobilisés sur l'avenue de Maire. Durant la journée, les automobilistes qui circuleraient sans le "laissez-passer" peuvent se voir condamner à une forte amende et à la confiscation du véhicule. Les rencontres sportives sont suspendues puisque les clubs et supporters sont dans l'incapacité d'effectuer les déplacements. Dans les rues de Tournai, on voit circuler des bicyclettes, des gens en rollers, des calèches tractées par des chevaux et des dizaines de piétons, finalement heureux de réinvestir l'espace public, eux qui d'ordinaire doivent rapidement se réfugier sur les trottoirs. On hume l'air de Tournai sans les odeurs de fuel ou d'essence ! C'est presque le rêve mais certains pensent déjà que cela ne doit pas durer trop longtemps, la voiture est devenue une drogue dont il est difficile de se passer.

Au rayon des manifestations, notons encore celle des riverains de la biscuiterie Desobry. L'entreprise tournaisienne de fabrication de biscuits a le vent en poupe, sa production et ses ventes sont en constantes augmentation grâce à la prospection de nouveaux marchés étrangers. Pour faire face à cet essor, il est tout naturel que ses dirigeants songent à s'étendre mais une modification au niveau de l'environnement est toujours à la base d'inquiétudes pour les habitants concernés par le projet. Ceux-ci redoutent une augmentation des nuisances en raison de la circulation des camions et du bruit généré par l'entreprise. Un accord qui satisfait tout le monde sera rapidement trouvé, les travaux pourront débuter et l'emploi tournaisien bénéficiera de cette extension des activités. Il faut dire qu'en 1973, les chiffres du chômage, publiés le 30 juin, nous renseignent qu'il y a 1.333 chômeurs complets indemnisés par le bureau régional de Tournai (808 hommes et 524 femmes). pour les professions les plus touchées ; les manoeuvres, ouvriers sans aucune qualification (242), les ouvriers du textile, un secteur déjà en crise (179), les tailleurs et ouvriers de la confection (128), les maçons, carreleurs et plafonneurs (94). On trouve même quelques artistes en manque de travail, cela nous amène à évoquer l'année culturelle 1973, ce que nous ferons dans le prochain article ...

10:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, chomage, hertain, desobry, dimanches sans voiture |

26/08/2008

Tournai : l'année 1972 sous la loupe (4)

Jetons un dernier coup d'oeil dans le rétro pour connaître d'autres faits relatifs à l'année 1972 qui se sont déroulés à Tournai.

En février, les chiffres du chômage sont publiés. Du ressort du bureau régional, on dénombre 1.030 chômeurs (764 hommes et 316 femmes). Au niveau des entreprises, l'arrondissement compte 3.210 entreprises pour un total de 36.340 travailleurs occupés. Parmi celles-ci 2.242 entreprises comptent moins de 5 travailleurs et 5 entreprises seulement en occupent entre 500 et 1.000. Au même moment paraît une interview du nouveau consul de France, Mr Hirn qui nous informe que dans le Tournaisis résident 24.164 français. Ceux-ci se regroupent en associations telles la société Française de Bienfaisance, l'Union des Dames françaises, l'Union des Français de Belgique, la Ligue des Poilus de France qui tiennent leurs réunions dans des locaux tournaisiens.

Restons dans le domaine social et notons un évènement rare dans la profession, la grève des employés de banque dans le courant du mois de juin. Durant une semaine les principales agences bancaires seront fermées, le mouvement sera presque total, les "cols blancs", comme les qualifiait la presse locale, demandaient une revalorisation de leurs barêmes par rapport aux bénéfices engrangés par le monde financier en Belgique !

Au niveau sportif, l'édition 1972 du "Trèfle à Quatre Feuilles", course mise sur pied de main de maître par Jean Leclerc est remportée par Frans Verbeek devant le champion de Belgique d'alors Herman Van Springel. Le dimanche 16 avril prend fin la saison de football 1971-1972. En Division 3, le Racing de Tournai termine à la huitième place d'un classement remporté par Lokeren et son joueur Joseph Jurion, ancien d'Anderlecht tandis qu'en Promotion D, l'Union termine 10e dans une série remportée par Courtrai Sport. Ce même dimanche, un jeune espoir du judo belge, Eric Gremmens, âgé de 15 ans, remporte le championnat de Belgique des super-lourds (67 kg) dans la catégorie cadets à Ixelles. En mai, Tournai accueille une nouvelle fois un championnat du Monde de billard. Cette fois c'est la discipline du Billard Artistique qui est à l'honneur, le titre sera remporté par le belge Léon Corin devant les espagnols Nadal et Domingo.

Notons encore qu'une chaîne américaine d'hôtellerie s'installe dans la ville aux cinq clochers, on construit, en effet, au pied de l'autoroute, à Kain, l'Holliday Inn et que le samedi 16 décembre à l'initiative du Conseil de la Toison d'Or, la ville de Tournai reçoit, en la crypte de l'Hôtel de Ville, le diplôme de "Ville de la Toison d'Or" en souvenir de l'entrée de Tournai et du Tournaisis dans les possessions de Charles Quint et en commémoration de la Joyeuse Entrée de l'Empereur et du Chapitre de la Toison d'Or qui tinrent conseil, en 1531, sous les voûtes de la cathédrale Notre-Dame. A cette occasion, la Toison d'Or fait paraître un numéro de sa revue entièrement consacré à "Tournai et au Tournaisis" ... Nous nous tournerons prochainement sur l'actualité de l'année 1973....

09:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : billard, tournai, chomage, francais, toison d or, union de tournai |