16/08/2016

Tournai : promenade le nez en l'air.

Savoir prendre des risques et promener le nez en l'air !

"J'aime promener à l'intérieur des boulevards, il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir..."

Promener en regardant en l'air, voilà une attitude touristique qui n'est certainement pas à conseiller à ceux qui entreprennent la visite de la cité des cinq clochers. Les Tournaisiens, habitués aux anciens pavés qui composent encore le revêtement de bien des trottoirs de la ville, marcheraient plutôt en regardant leurs pieds, une chute est si vite arrivée quand on ne remarque pas la petite pierre descellée ou carrément absente. 

Pourtant, si le regard ose s'élever et dépasser l'horizontale, on découvre alors un tas d'éléments architecturaux à côté desquels nous pourrions passer cent fois.  

 

La statue de Saint-Martin de la Grange aux Dîmes.

 

2005 Tournai l'ancien Café des Brasseurs.JPG

Le bâtiment de la rue des Maux en 2005

Durant le siècle dernier, le bâtiment situé au n°10 de la rue des Maux s'est appelé successivement le "Café de Brasseurs", le "Cinéma Scala", le "Marché Scala" et le "Scala Bowling" (NDLR : reconnaissable sur la photo ci-dessus par la quille qui figure à gauche de l'entrée). Il y a quelques années la façade a été rénovée et le bâtiment transformé en appartements. 

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes façade.jpg

Jadis, cet immeuble appartenait à la riche abbaye de Saint-Martin et apparaissait déjà dans un écrit de 1251 sous la dénomination de "Maison de Saint-Martin". Rappelons que la dîme était un impôt perçu par le clergé et les couvents jusqu'en 1789. Le bâtiment dans sa forme actuelle a été reconstruit au XVIIème siècle. Sa façade fut épargnée durant le second conflit mondial.  

Tournai rue des Maux la grange aux dîmes St Martin.jpg

Dans une niche située au sommet de la façade, on découvre la statue de Saint-Martin donnant son manteau à un pauvre. Dans le courant des années soixante, cet ensemble a failli être détruit lorsqu'un restaurant asiatique faisant face au bâtiment a été victime d'une explosion. La représentation a légèrement vacillé mais est restée sur la pierre la soutenant. On ne sait si les quelques petits dégâts constatés sur la statue sont consécutifs à ce fait divers qui a marqué les habitants de la rue. 

 

Le porche de l'abbaye de Saint-Médard.

Sur la place Roger de le Pasture, on découvre le porche de l'ancienne abbaye de Saint-Médard. Il a été restauré voici quelques années.

2005 Tournai porte de l'abbaye St Médard.JPG

C'est en 1674 que l'évêque Gilbert de Choiseul décréta, par sentence canonique, la suppression de la paroisse Sainte-Marguerite érigée en 1288. Malgré l'opposition des magistrats, d'une partie du clergé et de la population, cet arrêt fut ratifié par Louis XIV et mis en vigueur. L'église, la maison pastorale et ses dépendances devinrent la propriété des religieux de Saint-Médard en compensation de la destruction de leur couvent lors de la construction de la citadelle. En 1783, l'ordre religieux déménagea pour occuper l'ancien collège des Jésuites. On réorganisa la paroisse et l'église. Ce porche rappelle cet épisode de l’histoire religieuse de la cité. 

 

Le tympan-souvenir du Cercle Artistique.

Tournai le Cercle Artistique.jpg

Le "Cercle Artistique" de Tournai a été fondé le 28 mai 1885 en l'Hôtel des Artilleurs, à la rue Saint-Martin. Il regroupait de nombreux artistes locaux et des amoureux de l'Art. En 1887, les membres souhaitant avoir une salle d'exposition achetèrent, à la rue Saint-Piat, un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis. L'architecte Georges De Porre fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

A partir de la fin de l'année 1888, les expositions de qualité vont se succéder annuellement et attirer la foule des connaisseurs non seulement tournaisiens mais aussi étrangers. 

Hélas, à partir de l'année 1970, ces salons vont perdre de leur superbe, ils n'attireront plus que quelques artistes et spectateurs. En 1985, juste cent ans après sa fondation, le Cercle Artistique sera mis en liquidation. 

Le bâtiment sera tout d'abord occupé par les Témoins de Jéhovah avant leur départ pour Warchin et ensuite deviendra la "Maison de la Laïcité". 

Le tympan reste le dernier témoignage d'une époque où l'Art faisait déplacer les foules !

 

Le bureau de Poste de la rue des Chapeliers.

 

Tournai rue de Chapeliers ancienne poste principale.jpg

Afin d'acheter des timbres, percevoir un mandat-poste, envoyer un petit colis, un recommandé.... combien de Tournaisiens ont franchi, à de multiples reprises, la porte du bureau de poste principal situé à la rue des Chapeliers ? Après avoir emprunté l'un des deux sas latéraux ou le tourniquet central vitré, le public avait accès à un hall ressemblant étrangement à la salle des pas perdus d'une gare, un vaste espace autour duquel se trouvaient les différents guichets et... où s'allongeaient, très souvent, les files de clients. 

Il y a quelques années, suite aux multiples restructurations connues par les services postaux, le bâtiment a été abandonné. Il a été transformé en appartements de standing aux étages et en un magasin de vêtements, "Le Loft", au rez-de-chaussée.

Bientôt d'autres balades !

Profitant de la fin des vacances, nous aurons l'occasion de poursuivre cette promenade, le nez en l'air, l'air de rien, à la découverte d'autre témoignages du temps passé en notre bonne ville de Tournai.

(documents photographiques : R. Rauwers - F. Bauduin et collection de l'auteur).

S.T. août 2016;

 

31/05/2012

Tournai : le Cercle Artistique (2)

Une disparition

Deux ans après sa création, le Cercle Artistique perd son Président d'Honneur, le 20 novembre 1887, le peintre Louis Gallait s'éteint à Bruxelles. Le lendemain, au cours de sa réunion, le Conseil d'Administration s'associe au deuil, tous les membres participeront à l'hommage qui sera rendu par la Ville de Tournai à un de ses plus grands peintres.

La construction de la salle d'exposition.  

Au cours de cette même réunion, il est annoncé l'achat d'un terrain pour ériger la salle d'exposition, il a coûté 12.352,70 francs. Trois mois plus tard, en février 1888, l'architecte De Porre soumet les plans de la future construction, son prix est fixé à 15.278,30 francs. C'est l'entrepreneur Soyez-Heulie, par ailleurs membre du Cercle comme ses trois autres concurrents, qui est adjudicataire. Il est remarquable de constater qu'on ne traîne pas à l'époque, les démarches administratives (permis de bâti, enquête publique...) devaient certainement être moins lourdes qu'actuellement, puisque, à peine désigné, on demande à l'entrepreneur, le 28 février, de débuter les travaux le 15 mars pour que le chantier soit achevé le 15 août. On ne rêve pas, on lui a donné un délai de cinq mois pour réaliser les travaux (à en faire baver tous ceux qui à Tournai voient, au XXIe siècle, des chantiers s'éterniser durant des mois, voire des années). Pari tenu puisque le 8 septembre, la remise du local à la commission est effectuée après réception des travaux et le même jour, le Bourgmestre Victor Carbonnelle, ayant succédé à Louis Gallait à la Présidence d'Honneur du Cercle Artistique, inaugure la salle et l'exposition où 83 exposants présentent 251 oeuvres. 

Les succès se succèdent !

Le salon organisé l'année suivante (1889) verra la présence d'Henri Van Cutsem, le généreux mécène qui, huit ans plus tard, offrira un demi-million de francs pour aider à la construction du futur Musée des Beaux-Arts de la Ville et lui léguera son imposante collection. Ce salon présente 234 oeuvres. 

Afin de promouvoir ls Beaux-Arts, les membres du Cercle Artistique décident, lors du salon de 1890, d'attribuer 1.000 cartes gratuites destinées à la classe ouvrière.  

Les expositions annuelles vont connaître un succès croissant, la société compte en 1893, 387 membres qui se répartissent en 33 membres effectifs, 167 exposants et 187 honoraires. Le nombre d'oeuvres exposées augmente régulièrement passant de 234 en 1889 à 715 en 1899.

Un second salon !

En novembre 1896, le grand hall du Cercle Artistique accueille un salon d'architecture et de sculpture. Treize maquettes y sont, entre autres, exposées, elles concernent un projet de monument à ériger en ville en hommage aux soldats français morts au cours du siège d'Anvers en 1832. Leurs passages à Tournai avaient marqué la population tournaisienne reconnaissante à ces jeunes partis protéger l'indépendance de la toute jeune nation Belge, en proie aux vélléités revanchardes d'un empereur des Pays-Bas qui n'avait jamais admis la perte de ses provinces du Sud. Un jury a désigné l'oeuvre présentée par l'architecte Sonneville, une colonne surmontée d'une déesse tenant, comme dans un signe d'acclamation, une palme à la main, le regard tourné vers la France. Ce monument sera érigé au centre de la place de Lille.

Un agrandissement nécessaire. 

En avril 1899, le bâtiment construit onze ans plus tôt, doit être parachevé. L'imposant hall sera agrandi par une nouvelle construction à front de rue, une entrée digne de la salle. La nouvelle façade est terminée au mois d'août 1900 (l'adjudication avait eu lieu le 15 janvier de la même année!). Elle se caractérise par un portail surmonté d'un fronton. Dans le tympan de celui-ci et aux extrémités de la frise, on découvre des bas-reliefs exécutés par M. Huglo symbolisant la peinture, la sculpture et l'architecture et agrémentant la froideur et le côté volontairement dépouillé de l'ensemble. Désormais, le Cercle Artistique possède deux grandes salles d'exposition, l'une au rez-de chaussée, l'autre à l'étage. 

L'apogée et la descente aux enfers 

En septembre 1900, la foule se précipite pour voir ce nouveau temple des Arts, 1.096 oeuvres y sont exposées. Le succès de l'exposition masque difficilement les difficultés financières de l'association artistique. La roche tharpéenne est toujours proche du Capitol, à peine les portes de l'exposition refermées, les membres du Conseil d'Adminstration sont confrontés à une triste réalité, les travaux ont coûté bien plus cher que prévu (on parle de 30.000 francs au lieu des 20.000 estimés) et il reste encore à placer le parquet. Pour terminer le chantier, le sauveur sera le Bourgmestre Victor Carbonnelle qui souscrit les actions nécessaires pour la finition des travaux. Après vingt années d'existence, les organisations du cercle Artistiques semblent devoir trouver un second souffle. 

Les expositions à thèmes.  

Pour relancer l'intérêt du public, les membres du Conseil d'Administration semblent avoir trouvé la solution. Ainsi, dès 1906, on décide que le salon intègrera désormais un hommage à un artiste renommé. Le premier sera dédicacé à Constantin Meunier (1831-1905), peintre et sculpteur belge surtout spécialisé dans la représentation de l'homme au travail. Ses héritiers envoient 35 oeuvres pour le salon de Tournai. l'année suivante, l'exposition sera dédiée à Isidore Verheyden, peintre paysagiste. On y découvre des oeuvres d'un peintre tournaisien promis à un grand avenir, Fernand Allard l'Olivier dont "la jeune fille aux pavots" attire l'attention des connaisseurs. 

Un premier quart de siècle.

Pour fêter ses vingt-cinq années d'existence, le cercle Artistique organise en parallèle à son salon traditionnel de la rue des Clairisses, un exposition d'oeuvres d'artistes tournaisiens du XIXe siècle en la Halle-aux-Draps. On y retrouve ainsi Piat-Sauvage, Philippe Hennequin, Louis Gallait, André Hennebicq, Léonce Legendre, Hippolyte Boulanger, les frères Haghe.... Le salon traditionnel est marqué par la présence d'une nouvelle oeuvre de Fernand Allard L'Olivier intitulée "Les Vieux" qui fera par la suite partie de la collection des toiles exposées au Musée des Beaux-Arts de la ville. 

Durant le premier conflit mondial, aucune exposition ne sera organisée et le bâtiment sera même endommagé. Les années qui suivirent verront la participation de Jules Messiaen, Maurice de Korte, Jean Leroy (le peintre originaire de Péruwelz décédé trop jeune, à la veille de la seconde guerre mondiale), James Allard, Pierre Caille... Le 44e salon de septembre 1933 rendra un vibrant hommage à Fernand Allard l'Olivier, décédé tragiquement au Congo. Les femmes feront leur apparition avec Aline Delmotte en 1937, Stella Laurent en 1939 ou Christiane Mercier en 1941. 

Chronique d'une fin annoncée

Le salon de 1945 sera intitulé "Salon de la Victoire" et rendra hommage à son Président, Jules Pollet, décédé le 15 août 1941.

A partir des années cinquante, on constate que le cercle Artistique peine à se renouveler, les goûts du public ont aussi changé, les distractions plus nombreuses attirent les jeunes vers d'autres orientations. En 1970, le salon ne compte plus que 103 oeuvres exposées. Le Cercle ouvrra ses portes à l'Association Sigma 13, représentant les oeuvres avant-gardistes mais ne rereouvera plus jamais le lustre d'antan. Un point final à son existence sera mis par sa liquidation en 1985, année de son centième anniversaire ! 

Plus d'un quart de siècle s'est écoulé depuis cette disparition, le bâtiment a été occupé, tout un temps, par les Témoins de Jéhovah. Il abrite désormais la Maison de la Laïcité et il a, à quelques occasions, retrouvé sa destination première en accueillant l'une ou l'autre exposition dont celle consacrée au quartier Saint-Piat qui se déroula du 17 au 26 janvier 2009 en support de la parution des "Mémoires du Quartier", un ouvrage écrit par les habitants avec la collaboration des Ecrivains Publics. 

(sources : étude de Mr. Serge Le Bailly de Tilleghem parue dans le tome VII des mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1992 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre paru en 1990)

30/05/2012

Tournai : le Cercle Artistique

Il a vécu cent ans !

Dans le tome VII des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai", paru en 1992, il y a déjà vingt ans, Serge Le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du musée des Beaux-Arts, signait un article remarquable retraçant l'existence du Cercle Artistique au sein de la cité des cinq clochers. L'ouvrage étant épuisé, l'Optimiste, s'inspirant de cette étude extrêmement précise, a souhaité résumer les cent années de cette institution tournaisienne.

La fondation.

C'est le 28 mai 1885 que cette histoire commence en l'Hôtel des Artilleurs situé à la rue Saint-Martin. On assiste à la fondation du Cercle Artistique institué pour la pratique et la propagation des Beaux-Arts, dans le but de provoquer une réunion des artistes et des amateurs en vue d'organiser, chaque année, lors des fêtes de la ville, en septembre, une exposition des Beaux-Arts. 

Les membres fondateurs 

Issus des milieux artistiques, on rerouve :

Adolphe De Baere, celui-ci exerce la profession d'architecte et est professeur à l'Académie de Tournai. Il sera élu comme premier Président,

Jules Louis Henri Pollet-Liagre, né à Tournai en 1847, peintre-décorateur, il a repris l'atelier de décoration fondé par son père. Il a réalisé de nombreux travaux au sein d'établissements publics et religieux, ainsi que dans des hôtels particuliers. Il est membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts. Au sein du cercle artistique, il assume la direction du placement des oeuvres destinées au salon annuel. Il sera membre du Conseil d'Administration jusqu'à son décès survenu en 1920,

Victor Menard, professeur de dessin à l'école industrielle, il sera nommé premier Vice-Président,

Charles Vasseur, né en 1826, dessinateur lithographe dont nous avons dressé le portrait ainsi que celui de ses frères Adolphe et Auguste précédemment dans le blog,

Philippe Hanet, photographe,

Théophile Brackelaire, photographe,

Henry Masy,

Amédée Huglo, statuaire, professeur à l'Académie de dessin, élu trésorier,

Arthur Chantry, né à Howardries en 1858, peintre portraitiste et paysagiste, également professeur à l'Académie de dessin de Tournai de 1883 à 1930, décédé en 1931,

Valentin Bastin, architecte,

Charles Allard, né à Tournai en 1860, neveu des lithographes Adolphe, Auguste et Charles Vasseur, aquarelliste de talent et professeur à l'Académie de dessin de 1884 à 1920. Il est décédé à Bruxelles en 1921.

Les membres honoraires.

Deux semaines plus tard, le 11 juin, lors d'une réunion organisée dans le nouveau local du Cercle, au café le Bavaro Belge, situé sur la Grand'Place, on admet des membres honoraires, on peut même dire protecteurs car on y retrouve :

Jules Bara, député et ancien ministre libéral de la Justice,

Eugène Soil de Moriamé, avocat, archéologue et historien,

Amédée Soil, violoniste,

Aimable Lefebvre, Echevin des Beaux-Arts et quelques conseiller communaux. 

Le temps des premières expositions

Le premier salon se tiendra dans la salle des Conférences située dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. Trois mille visiteurs vont acquitter un droit d'entrée de cinquante centimes pour admirer 147 oeuvres de 38 artistes différents. le Président d'honneur du Cercle Artistique n'est autre que le peintre romantique Louis Gallait.

La seconde exposition, de septembre 1886, se tient cette fois dans les vastes salles du rez-de-chaussée de l'institut communal des Demoiselles, à la rue Royale. Elle réunit 228 oeuvres présentées par 180 artistes. Trois mille six cents amateurs d'art la visitent.

Le salon de 1887 fut organisé en la Halle-aux-Draps. 73 participants y exposèrent 225 oeuvres. une sculpture exposée déchaîna les passions. Les "âmes bien pensantes de l'époque" furent profondément choquées par la statue du sculpteur Hippolyte Leroy intitulée Héro, prêtresse de Vénus, représentée dans une absolue nudité, seul un voile cachant son visage. Le Courrier de l'Escaut, journal d'obédience catholique à l'époque, y alla d'une diatribe taxant cette oeuvre d'absolument malpropre et d'une obscénité voulue qui aurait sa place dans les salons de Bruxelles ou de Paris, succursales des lupanars (sic). Certains membres du Cercle Artistique hésitèrent à la présenter mais l'article apporta l'effet inverse à celui escompté par son auteur lui qui était certain que "les familles tournaisiennes ne fermeraient pas complaisamment les yeux sur des oeuvres qui portaient atteinte à la morale public" (resic), par ses propos outranciers, il attisa peut-être la curiosité et assura le succès de foule du salon. Certains Tournaisiens oublièrent, le temps d'une visite au salon, la pudibonderie de bon aloi de l'époque. 

L'étroitesse des locaux (il avait fallu reléguer certaines oeuvres dans les galeries) confortèrent tous les membres du Cercle Artistique d'avoir leur propre salle. En cette fin d'année 1887, on décida donc d'acheter un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis, dans le quartier Saint-Piat. C'est l'architecte Georges De Porre qui fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

(à suivre)



31/07/2011

Tournai : les noms des rues, témoins de l'histoire (18)

Nous terminons la visite du quartier Saint-Pierre. A partir de la place du même nom, il nous reste à nous intéresser à deux rues.

La rue Poissonnière tire son nom du fait qu'elle menait directement au quai du Marché au Poisson. Avant la création de la place, au XIXe siècle, elle faisait partie de ce dédale de petites ruelles situées entre la place Paul Emile Janson et l'Escaut. Elle mesurait à l'époque de 2m30 à 2m85 de largeur, actuellement sa largeur est de 7m50.

La rue du Chevet Saint-Pierre relie la place à la rue de la Triperie. Nous avons vu précédemment que le portail de l'église de Saint-Pierre ouvrait vers la rue du Puits-Wagnon, le chevet est le mur du choeur situé à l'opposé, il a donné son nom à cette petit rue assez pittoresque qui fut tout d'abord appelée Al Chevée ou Quevech ou encore Quevay. Il faut savoir qu'avant la création de la place de Saint-Pierre, cette rue débutait à la rue du Puits-Wagnon pour rejoindre la rue de la Triperie. Dans un acte de 1601, on peut lire : "Maison gisant (sise) en la rue con dist (ainsi appelée) Quevay Saint-Pierre, à l'apposite (l'opposée) de la maison où pend pour enseigne "la pelle d'Or". Tout comme celles de la rue de la Triperie, en cours de rénovation, les façades des maisons de commerce de la rue du Chevet Saint-Pierre méritent qu'on leur rende une petite visite.

Le quai du Marché au Poisson n'existait pas avant la prise de la ville par les troupes de Louis XIV. C'est le roi de France, comme nous l'avons déjà signalé, qui fit canaliser l'Escaut dans sa traversée de la ville. Lors de la création de ce quai, celui-ci obtint, contrairement aux autres, une bonne largeur afin d'y installer le Minck (marché couvert où on vend du poisson). A l'origine, ce dernier était un édifice semi-circulaire en pierre de taille, adossé à une maison. En 1812, jugeant que les conditions d'hygiène étaient déplorables, le maire De Rasse formula le projet de le reconstruire. La décision ne tomba cependant qu'en 1849, le plan fut confié à l'architecte Justin Bruyenne, le nouveau marché fut ouvert le 25 mars 1850. Il s'agissait, cette fois, d'une construction en pierre, surmontée d'une sorte de coupole métallique et d'un campanile contenant la cloche des poissonniers. Le Minck fut démoli après la seconde guerre mondiale. Jusqu'à il y a environ une bonne décennie, on trouvait encore trois ou quatre poissonniers qui y étaient installés. Il n'en subsiste qu'un seul, à l'enseigne de "François du bateau". François Sinke, décédé en octobre 2007, était d'origine hollandaise et durant des années sa poissonnerie fut approvisionnée par un petit bateau qui remontait l'Escaut le mercredi, il était aussi, avec son épouse, un amoureux de Tournai et guidait les touristes pour les visites en néerlandais. Lors de la récente rénovation des quais, une vaste zone piétonne a été créée sur laquelle s'étendent les terrasses des cafés, les escaliers bordant le RAVEL, formant gradins, lui donnent, aux jours d'été, un semblant de petite croisette où il fait bon flâner. Chaque vendredi, d'avril à octobre, un marché artisanal y est organisé de 16 à 20h et ce quai est également un des hauts lieux de rassemblements lors de l'annuelle journée consacrée à l'accordéon en mai.

Remontant du quai vers le carrefour du Dôme, la rue des Puits-l'Eau (de son vrai nom rue des Puits à l'Eau) portait, au XIIIe siècle, le nom de rue de Pont ou rue Pontoise en raison de la présence du pont aux Pommes. Un acte de 1599 nous renseigne qu'un dénommé "Paul Grain achète une maison rue Pontoise dite Puich (puits) Bauduin Lauwe". Voici sans aucun doute l'origine du nom de la rue. Un des membres de la famille Lauwe (aussi écrit Laye), Prévôt de Tournai en 1364, avait doté le quartier d'un puits. Il semble, comme c'est souvent le cas, qu'une altération survenue au cours du temps soit à l'origine du nom actuel. C'est dans cette rue, au numéro 23, que demeurait Edouard Tréhoux (1878-1952), le père des géants tournaisiens. Ebéniste, il y exerçait le commerce de meubles de style dans un immeuble à l'enseigne (toujours visible) du "Siècle de Louis XIV". A l'angle formé par la rue des Puits l'Eau et de la Triperie s'élève une imposante maison de style Louis XIV, datant de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle qui a fait l'objet d'importants travaux de restauration entre les années 2002 et 2005. Cordons à moulure traversant la façade et séparant les trois niveaux, ouvertures à linteau courbe et montants de pierre, châssis à petit bois, double toiture à coyau en tuiles plates, lucarne à croupe, briques recouvertes d'un enduit rouge, l'ouvrage a été confié par les propriétaires à l'architecte tournaisienne Pascale Béthume. Cette rénovation conservant l'authenticité de l'immeuble a obtenu le prix "Pasquier Grenier" 2005.

Nous quittons la rue des Puits l'eau et traversons l'important carrefour du Dôme qui va faire prochainement l'objet de transformations. C'est à cet endroit que sera réalisée une desserte-minute, quai de débarquement et d'embarquement pour les cars de touristes. Une marquise en verre protègera les visiteurs dès la descente des véhicules de transport. Celle-ci sera accrochée à la façade de l'immeuble, surmonté d'un dôme, qui fut successivement occupé par les magasins "A la Vierge Noire", "Unic", le service des contributions du Ministère des Finances et actuellement par un magasin spécialisée en télé-communciation.

Nous pénétrons dans l'un des plus vieux et des plus populaires quartiers de Tournai, le "quartier Saint-Piat". Nous l'abordons en empruntant la rue des Clairisses. En 1628, l'ordre des Clairisses reçut l'autorisation d'établir une maison dans la cité des cinq clochers. Les Clairisses acquirent le refuge de l'abbaye de Marchienne, située dans la rue Saint-Piat et s'y installèrent en 1630. C'est à partir de ce moment que le tronçon de la rue Saint-Piat situé entre la rue des Jésuites et le carrefour du Dôme prit le nom qu'on lui connaît aujourd'hui. Si dans les écrit de l'année 1470, on la nomme "Grant rue Saint-Piat", en 1780, on trouve déjà dans les archives le nom actuel. C'est dans cette rue que se trouvait naguère la Manufacture Royale de Tapis. C'est, en effet, la maison Piat Lefebvre et fils qui s'y installa en 1812 en transférant son siège dans le bâtiment abandonné par les religieuses lorsqu'elles reçurent la signification de la suppression de l'ordre par le décret de Joseph II. L'édifice fut totalement transformé par l'architecte Bruno Renard. Une partie du bâtiment ancien est actuellement occupée par le Cercle Artistique. Au début du XXe siècle on y organisa de nombreuses et somptueuses expositions de peinture, sculpture... 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière  et revue de l'asbl Pasquier Grenier de mars 2005)