23/08/2016

Tournai : promenade le nez en l'air (3)

A l'ombre des cinq clochers, la promenade continue !

Cette fois encore, nous allons partir à la découverte d'éléments architecturaux ou insolites que nos yeux de Tournaisiens habitués à déambuler dans la ville ne voient plus et que certains touristes ignorent totalement durant leur visite. 

 

Le chapiteau de l'homme qui tombe.

2005 Tournai cathédrale l'homme qui tombe (1).JPG

2005 Tournai cathédrale l'homme qui tombe (2).jpg

Dans la nef de la cathédrale Notre-Dame, à proximité de l'entrée par la porte du "Capitole", une colonne représente un "homme qui tombe". J'ai entendu plusieurs versions concernant cette représentation. La plus généralement admise évoque l'hommage d'un sculpteur à ceux qui se tuèrent lors de l'édification de l'édifice au XIIème siècle. Un chanoine y voyait plutôt une colonne posée à l'envers. Pour ce religieux, le personnage aurait dû être placé dans le bas et aurait ainsi symbolisé l'humanité qui souffre sous le poids des péchés. La troisième version, plus coquine, se rapproche de l'avertissement contenu dans la pierre gravée, placée sous l'arche formée par la chapelle Saint-Vincent qui relie l'évêché à la cathédrale. Cet avis s'adresse directement aux "malpropres qui, sentant venir un besoin urgent, sont invités à passer leur chemin". Etant libellé en latin, il est dommage que les "malpropres" de notre époque connaissent de moins en moins ce qu'on appelle les langues mortes. Cette colonne, retournée, aurait ainsi fustigé, ceux qui se soulageaient (et continuent à le faire) le long des murs de la cathédrale. 

 

La rosace.

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Lorsque des touristes font une visite du prestigieux édifice, en compagnie d'un guide, celui-ci ne manque pas de leur décrire la rosace située au-dessus des grandes orgues et de l'entrée principale. Au centre, on trouve une représentation de la Vierge Marie puisque la cathédrale lui est dédiée. Autour d'elle, seize petits cercles représentent des angelots, les seize cercles suivants de taille moyenne représentent les signes du zodiaque, trois par trois, séparés par des personnages représentant les saisons. Les seize cercles extérieurs de plus grande taille représentant les prophètes mais aussi Salomon et Moïse. Cette rosace a été placée dans le courant du XVIIIe siècle. Placée au nord-ouest de l'édifice, elle ne brille malheureusement de mille feux qu'à la tombée du jour. 

 

La statue de Notre-Dame la Brune.

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Cette statue en bois représentant une vierge à l'enfant a été offerte, en 1568, par un officier durant l'occupation espagnole en remplacement de celle brisée par les iconoclastes, en 1566. Cette vierge au visage de teinte brune a fait l'objet d'une restauration à l'IRPA, voici quelques années. Pour les historiens, c'est probablement la polychromie de sa robe d'origine qui lui a valu ce vocable. Pour d'autres, c'était la couleur foncée du bois qui l'assimilait aux vierges noires qu'on trouve dans les pays du Sud de l'Europe. Au cours de cette restauration, on a découvert que la teinte "bronzée" n'était pas celle qu'elle présentait à l'origine mais qu'elle résultait probablement de fumées. Les Amis de la Cathédrale ont souhaité la présentait au public sous l'aspect qu'elle avait au XVIème siècle. Me trouvant à l'accueil de la cathédrale au moment de son retour, de nombreuses personnes, surtout âgées, m'ont faire part de leur étonnement et même d'une pointe de déception, elles avaient perdu leur "vierge noire". Peut-être craignaient-elles qu'elle n'exauce plus leurs prières ? 

 

 

 

 L'abbaye de Saint-Martin

2006 Tournai plan abbaye de St Martin.JPG

 

 

On retrouve les premières traces de cette abbaye au début du XIème siècle, celle-ci allait s'étendre pour occuper les terrains sur l'entièreté du parc communal actuel et possédait de nombreuses propriétés dans la région.Le plan de cette abbaye disparue au moment de la Révolution française apparaît sur le mur d'une habitation de l'Enclos Saint-Martin. A partir du parc communal, on peut découvrir le cloître reconstitué faisant aujourd'hui partie des bâtiments de l'hôtel de Ville. 

 

 

 

 

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L'Histoire de la ville résumée sur un bâtiment officiel.

Combien de personnes ont déjà pris le temps d'observer minutieusement les cartouches qui se trouvent sur le bâtiment des services administratifs de l'Administration Communale ! Ceux-ci reprennent chronologiquement (de droite à gauche) une succession de faits historiques : la louve allaitant Romulus et Remus rappelle la création de Rome, c'est à l'époque romaine que la cité des cinq clochers est apparue, les abeilles d'or de Childéric, père de Clovis, le roi des Francs qui avait fait de Tournai sa capitale, les drakkars des invasions des Vikings, la construction de la cathédrale Notre-Dame... le dernier représente les bombardements de la cité en 1940.

2006 Tournai Hôtel de Ville (2).JPG

Nous finirons notre promenade par des lieux peu connus du grand public mais dont l'histoire mérite d'être contée. 

(documents photographiques : F. Bauduin et collection personnelle).

S.T. août 2016.

18/12/2013

Tournai : l'année 1852 sous la loupe.

La situation générale.

En cette année 1852, la Belgique existe depuis 21 ans et, comme l'année précédente, l'instabilité politique est une nouvelle fois de mise. Le cabinet Rogier présente une première fois sa démission au roi, le 9 juillet, le souverain la refuse. Le 27 septembre, la démission devient, cette fois, définitive et le 31 octobre, Henri de Brouckère, ancien légat belge à Rome, est désigné par Léopold 1er pour former un nouveau gouvernement. Des négociations qu'il va mener va naître une équipe "centriste".

Un an après Victor Hugo, arrivé en Belgique le 12 décembre 1851, cette fois c'est un autre romancier, Alexandre Dumas, qui fuit la France et se réfugie à Bruxelles. Si son prédécesseur était un opposant déclaré à Louis Napoléon Bonaparte, Dumas, lui s'installe dans la capitale belge uniquement pour fuir ses créanciers.

En octobre, lors d'un discours à Bordeaux, Louis Napoléon Bonaparte tente de rassurer l'Europe sur le nouveau régime français. Le 7 novembre, il rétablit l'Empire de France et le 2 décembre, il prend le nom de Napoléon III.

Depuis la prise du pouvoir par Louis Napoléon Bonaparte, de nombreux opposants ont franchi la frontière et écrivent leurs pamphlets contre le régime français et sa nouvelle constitution. Cette hospitalité qui leur est accordée par notre pays est loin de plaire à la France. Son gouvernement menace même la Belgique d'une guerre des tarifs. Finalement, à titre provisoire, on va renouveler, le 9 décembre 1852, le traité de commerce en vigueur depuis 1845.

L'année 1852 verra disparaître Louis Braille, le 6 janvier, l'inventeur du système d'écriture pour aveugles et malvoyants est décédé à l'âge de 43 ans. C'est au même âge que décède, le 4 mars, l'écrivain russe Nicolas Gogol.

La vie quotidienne à l'ombre des cinq clochers.

Les informations pêchées dans la chronique locale ne se différencient pas beaucoup de celles des années précédentes. Il y a peu de relief dans l'actualité tournaisienne. Voici donc un condensé des nouvelles découvertes au fil des pages du journal. Les articles en italique sont recopiés "in extenso" ceci explique donc le style parfois suranné que vous découvrirez.

Le passage d'une célébrité. (édition du mercredi 28 janvier)

Une des illustrations de la France est passée hier par notre ville et est descendue en l'hôtel du Singe d'Or. C'est Mr. David (Angers), membre de l'Institut de France, professeur à l'école des Beaux-Arts, ancien représentant du peuple à la Constituante.

Pour parfaire vos connaissances, nous avons retrouvé sa trace dans le Petit Larousse qui nous apprend que Pierre Jean David, dit "David d'Angers" est né en cette ville en 1788 et est mort à Paris en 1856 (donc quatre ans à peine après son passage à Tournai). Sculpteur, il est l'auteur du fronton du Panthéon à Paris, de statues, de nombreux bustes et de plus de 500 portraits en médaillon.

L'annonce d'abord prématurée et ensuite officielle d'un décès. (édition du 29 janvier).

L'état alarmant de Mr Dumon-Dumortier, bourgmestre de la ville de Tournay (sic), a fait prendre aux membres de la commission du bal des chefs de famille, la résolution d'ajourner la fête qu'ils se proposaient d'offrir aux dames de la ville, répondant ainsi aux sentiments de regrets hautement exprimés par toute la population.

Le lendemain sous le titre "Nécrologie", on pouvait lire :

Tournay vient de perdre son premier magistrat, Mr. Dumon-Dumortier est décédé, hier, vers quatre heures du soir. Dès le matin, le bruit de sa mort s'était répandu dans toute la ville et avait jeté partout le deuil et la tristesse. Si la funeste nouvelle était prématurée, elle ne tarderait malheureusement pas à se réaliser (...) Tous rapportaient avec éloge et attendrissement les éminentes capacités, les qualités généreuses, les vertus de celui qu'une mort précoce venait d'enlever à une famille qui l'entourait avec amour et respect, à une cité qui le comptera toujours parmi ses bienfaiteurs, à un pays auquel il a rendu d'éclatants services. Ces larmes, ces regrets, ces éloges de toute une cité disent plus que les plus éloquents panégyriques sur le compte de celui qui n'est plus.

Voici une courte biographie de ce bourgmestre :

Augustin, Aimable Dumon, dit Dumon-Dumortier, était né à Lille, le 4 décembre 1791 et est donc décédé à Tournai, le 28 janvier 1852 à l'âge de 60 ans. Après avoir épousé Marie Dumortier, il est venu s'installer à Tournai afin de reprendre la direction de l'exploitation "chaufournière"  (industrie des fours à chaux) de son père Pierre-Ignace. Naturalisé belge le 5 novembre 1830, il est nommé membre du conseil communal puis échevin de 1830 à 1847. Membre du parti libéral, le 9 octobre 1848, il devient le premier magistrat de la ville et le restera jusqu'à sa mort. On lui doit notamment l'assainissement du quartier Saint-Pierre, le nouveau marché au poisson dit "La Minque" érigé à ses frais en y consacrant sa rémunération annuelle de bourgmestre. Un quai de Tournai porte son nom.

Un accouchement "prématuré". (édition du lundi 16 février).

Une pauvre femme qui se rendait à l'hôpital pour y faire ses couches, vendredi après -midi, a été prise des douleurs de l'enfantement sur le quai du Château (actuel quai Dumon) et n'a pas tardé à mettre au monde un enfant bien portant.

Le vilain petit fraudeur !  (même édition que la précédente);

On sait que les campagnards qui viennent chercher le "pureau" en notre ville doivent arriver de grand matin s'ils ne veulent risquer d'enfreindre la réglementation communale. Avant-hier, un fermier de Templeuve qui venait pour cet ouvrage a cru pouvoir profiter de la demi-obscurité qui régnait encore pour tromper la vigilance des employés de l'octroi du service de la porte des Sept-Fontaines. Mais il paraît que ceux-ci, s'ils n'ont pas des yeux de lynx, possèdent une finesse d'odorat qu'on peut hardiment comparer à celle d'un chien d'arrêt. Ils ont donc, au grand ébahissement du campagnard et malgré les plus belles protestations, confisqué chevaux, chariot et tonneaux, puis conduit le tout au bureau des douanes parce qu'ils ont trouvé, cachées sous les tonneaux et recouvertes de paille, grand nombre de boîtes en fer blanc contenant de l'esprit de sel.

Cette histoire ne manque pas de...sel !

Encore la violence. (édition du 28 février)

Parmi les nombreuses relations de violences, bien souvent des bagarres sur fond d'ivresse, nous avons retenu celle-ci :

un meurtre a été commis, pendant la soirée de mercredi 25. Le sieur François Deroubaix, échevin, remplissant les fonctions d'officier de police en la commune de Popuelle, se trouvait avec un nommé Godart, au cabaret à l'enseigne le "Tolo", lorsqu'une discussion s'engagea entre eux. Godart se plaignait à l'administrateur, paraît-il, chargé de faire la distribution de charbon aux personnes de l'endroit, de ce que sa mère, qui se trouve dans l'indigence, n'avait pas reçu ce qui lui était dû. Plaintes, reproches, menaces et, enfin, on en vint aux mains. Après une lutte dans laquelle les adversaires avaient été séparés par quelques témoins, Deroubaix étant tombé sur le pavé, son ennemi se jeta de nouveau sur lui et lui porta un seul coup de talon de botte mais avec une telle violence qu'il suffit pour briser la poitrine du malheureux Deroubaix qui expira quelques instants après. Le meurtrier est en fuite mais la justice est sur ses traces.

Précisons qu'il sera arrêté rapidement, qu'il comparaîtra pour meurtre devant la cour d'Assises du Hainaut, les 3 et 4 mai de la même année et sera condamné (les faits moins nombreux qu'aujourd'hui permettaient à la justice d'être nettement plus rapide).

Statistiques.

Dans le courant du premier semestre, la presse publie les mouvements de population intervenus à Tournai durant l'année 1851.

On a enregistré 861 naissances (453 de sexe masculin dont 26 illégitimes) et 408 de sexe féminin (dont 30 illégitimes).

On a dénombré 215 mariages (157 entre garçons et filles, 11 entre garçons et veuves, 28 entre veufs et filles et 19 entre veufs et veuves)

Un seul divorce a été prononcé.

Il y a eu 747 décès (380 de sexe masculin et 367 de sexe féminin), notons que les décès d'enfants en bas-âge (de 1 jour à 3 ans) sont encore très nombreux alors que les épidémies ont cessé.

462 personnes étrangères à la ville ont été inscrite à la population et 433 qui ont quitté la ville y ont été rayées.

On enregistre une augmentation de la population de 142 unités par rapport à l'année 1850.

Une mise à l'épreuve ! (édition du mercredi 30 juin).

Hier, à la suite d'une petite querelle avec sa femme, un individu qui habite le quai des Quatre-Bras et qui se trouvait en état d'ivresse, a menacé de se noyer. Sa femme a ri de cette menace ! Sans plus hésiter, il s'est jeté dans l'Escaut. Aux cris de désespoirs de sa moitié, la foule s'est assemblée. Déjà quelques personnes se disposaient à aller le secourir quand il dit, bien dégrisé, qu'il n'était plus nécessaire de se donner cette peine car il savait nager. Il avait voulu prouver à sa femme qu'il avait du caractère !

Abus d'alcool. (édition du mardi 13 juillet).

Un militaire est mort vendredi dernier des suites d'un excès de boissons. Ce malheureux avait bu dix-sept canons de genièvre et lorsqu'on l'a trouvé, vers 9 heures du soir, sur un tas de fumier, près de la caserne, il était déjà froid et tenait encore en main une bouteille de genièvre. Ce soldat, qui s'était souvent signalé par une mauvaise conduite, a été mené à l'hôpital mais les secours qu'on lui a prodigués n'ont pas pu le sauver.

La restauration de la cathédrale. (édition du dimanche 12 septembre).

Depuis quelques jours on a enlevé le reste des échafaudages qui garnissaient la façade principale de notre cathédrale. Aujourd'hui, le public peut apprécier toute la beauté de cette restauration qui a rendu à l'édifice son aspect et son caractère.

Question : quand un journaliste pourra-t-il écrire cela en ce qui concerne l'actuelle restauration ?

Drôle de drame. (édition du lundi 20 septembre).

Rue des Augustins, une société dont nous ne savons ni le nom, ni le but, célébrait, fatiguée de rasades, son jubilé de cinquante ans en voiture munie d'une grosse caisse et de trombones (imaginez bien la scène, une voiture tirée par des chevaux sur laquelle des hommes à moitié ivres jouent de la grosse caisse et du trombone, c'est digne d'un film de Jacques Tati et la suite s'apparente plutôt à une superproduction hollywoodienne). La rue des Augustins est en pente assez rapide (peut-être a-t-on voulu écrire raide). Là, paraît-il, la charge étant trop lourde pour le véhicule, le timon s'est brisé et le Société ainsi que le véhicule après avoir descendu la rue jusqu'à un certain point, avec une vitesse exceptionnelle, se sont abattus (en clair, la charrette a versé). Ce fut alors un vacarme plus infernal que jamais, seulement au lieu des cris de joie, on poussait des cris d'épouvante et cela dura une demi-heure (!). Alors on put se reconnaître et acquérir la triste conviction (phrase nébuleuse s'il en est) qu'il n'est pas toujours sain de rouler carrosse. Outre un grand nombre d'yeux pochés et de nez aplatis, il y eut, paraît-il, des blessés assez graves pour nécessiter le transport de quatre personnes à l'hôpital.

Sur ce final, spectaculaire et dramatique comme j'ai rarement l'habitude de publier, se clôture l'actualité de la vie quotidienne tournaisienne en 1852.

(source : le "Courrier de l'Escaut", éditions de l'année 1852 - "Chronique de la Belgique", édition parue en 1987).

S.T. décembre 2013








20/12/2010

Tournai : la cité vue par Victor Hugo !

Victor Hugo (1802-1885) est sans doute, avec Jules Verne, un des romanciers les plus connus. L'auteur de Notre-Dame de Paris, d'Hernani, des Misérables ou de Travailleurs de la Mer a beaucoup voyagé et un de ces nombreux périples l'a amené dans la cité des cinq clochers. C'était au mois d'août 1837.

En 1921, le Courrier de l'Escaut a publié l'intégralité de deux lettres adressées à son épouse Adèle (Foucher). Voici ses impressions sur la cité d'alors.

Tournai, le 26 août 1837,

En venant de la route d'Audenarde qui est une prairie sans fin coupée de verdures et de petites rivières, on voit à gauche, la charmante colline qui masque le cours de l'Escaut (le Mont Saint Aubert ?). Tournai doit tenir son nom des tours dont elle est couverte. La cathédrale seule a cinq clochers, c'est une des plus rares églises romanes que j'ai vues. Il y a dans l'église un admirable "Jugement dernier" de Rubens (la libération des âmes du purgatoire ?) et un magnifique reliquaire d'argent doré, énorme, massif et travaillé en bijou. Les deux portails latéraux de l'église sont du byzantin le plus beau. Toute cette ville est d'un immense intérêt. Hier soir, jour de la Saint Louis, le beffroi, superbe tour presque romane, était illuminé de lanternes de couleurs, bariolage charmant et lumineux que commentait le carillon le plus bavard et le plus amusant du monde. Une symphonie de lanciers belges répondait de la place d'arme à ce vacarme aérien. Toutes les cloches étaient en mouvement et toutes les femmes aussi (!). Toute cette ville ainsi livrée à ce joyeux babil de fête était ravissante à entendre et à voir. Je me suis promené longtemps dans une rue sombre, regardant les cinq aiguilles géantes de la cathédrale, qu'éclairait vaguement le beffroi illuminé.

 

Tournai, le 27 août 1837,

Avant de quitter Tournai, j'ai été revoir la cathédrale qui est vraiment d'une rare beauté. C'est une église romane presque comparable à celle de Noyon et qui a, de plus que Noyon, un ravissant jubé de la Renaissance tout en marbre de diverses couleurs avec deux étages de reliefs, l'un de l'Ancien testament, l'autre du Nouveau testament, lesquels s'expliquent fort curieusement, ceux d'en bas par ceux d'en haut (...). C'est une antique ville que Tournai. Presque toutes les églises sont du onzième au treizième siècle. J'y ai vu des maisons romanes. Te rappelles-tu, mon Adèle, celles que nous vîmes ensemble à Tournus dans ce beau voyage de 1825 qui est le plus doux souvenir de ma vie... Mais je reprends mon journal, au portail Nord de la cathédrale de Tournai qui est romane, il y a une singularité que je n'ai vue que là. Ce sont deux fenêtres à plein cintre fermées que le sculpteur a figurées dans la pierre. les volets avec leurs ferrures et leurs verrous sont fort soigneusement travaillés. Du reste, ce portail est dans un état de délabrement déplorable, le gros clocher qui monte à gauche (la tour Brunin) se lézarde (déjà ?) du haut en bas. Je ne te parle que de l'architecture, Chère Adèle...

Ce texte apporte la vision d'un célèbre écrivain et nous offre sa perception de la cathédrale, il est la neuf centième note consacrée à la ville aux cinq clochers postée sur ce blog depuis sa création en avril 2007.

Fille de Pierre Foucher, un ami de Léopold Hugo, le père de Victor, Adèle est née à Paris en 1803. Elle épousa le célèbre écirvain le 12 octobre 1822. Le mariage fut célébré en l'église Saint-Sulpice. De cette union naîtront cinq enfants, dont Adèle H. que le cinéma a immortalisée, née le 28 juillet 1830. Adèle Hugo-Foucher est décédée à Bruxelles le 27 août 1868.

(sources : Courrier de l'Escaut avril 1921. S.T. décembre 2010) 

18:45 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, cathédrale, victor hugo, beffroi |

11/11/2009

Tournai : la ville en chantier (1).

Nous évoquons régulièrement les nombreux chantiers qui fleurissent en ville. Il est temps d'en faire le point avant d'évoquer ceux qui vont débuter et, très certainement, contrarier la vie quotidienne des Tournaisiens pendant de nombreuses années.

On continue à creuser profondément sur le terrain de la défunte Royale Union Sportive Tournaisienne, à la rue des Sports, les fondations du nouveau centre hospitalier, faisant partie du CHWAPI, y prennent forme et le charroi incessant des tracteurs amenant les terres qu'on y enlève et qu'on dépose sur la Plaine des Manoeuvres pour la niveler se poursuit, au grand désespoir des riverains concernés car la poussière a cédé la place une boue jaunâtre qui colle à la route malgré le passage continuels d'engins pour nettoyer la voirie. Il semble cependant que ce transfert touche à sa fin. Les résidences situées à la rue As-Pois et à la rue des Bouchers Saint-Jacques se terminent.  A la fin de ce mois, le Logis Tournaisien procédera à l'inauguration du nouveau bâtiment à appartements sociaux qui vient d'être érigé derrière l'ancien arsenal des pompiers, la "résidence Sainte-Barbe". A cette occasion, on a appris qu'un hommage serait rendu à Lucette, la marraine des hommes du feu, décédée en décembre 2008, un passage menant à l'espace vert situé entre les immeubles de la rue des Bouchers Saint-Jacques et de la rue Perdue portera désormais son nom.

Le chantier de la cathédrale se poursuit, les tables de plomb sont posées sur la nef, la prochaine phase sera le démontage du dôme qui surplombe l'édifice religieux, les échafaudages qui ceinturent la nef resteront en place pour la rénovation ultérieure des façades, ensuite on abordera la couverture de la chapelle Saint Louis. Un chantier a débuté il y a quelques semaines, celui de la rénovation du choeur de l'église Saint Jacques. Cette dernière, liée au pélérinage à Saint-Jacques de Compostelle, présente la particularité de posséder, comme éclairage du choeur du XIVe siècle, sept vitraux représentant les sept sacrements. Ceux-ci font un peu plus de 11 mètres de haut et environ 2 mètres de large et les trumeaux qui les séparent sont larges d'un mètre et épais d'un mètre et 10 centimètres. A la lecture de ces dimensions, les spécialistes du bâtiment comprendront que le chevet est donc fragile. Lors de la restauration de 1870, il a été constaté qu'il ne restait plus que des fragments de vitraux à personnages posés à la fin de la construction du choeur au XVe siècle. A la fin du XIXe siècle, on utilisait alors la technique dite des "barlotières", c'est-à-dire des barres métalliques doublées d'un feuillard servant à maintenir le panneau du vitrail. Ces barres étaient encastrées dans les trumeaux (pans de murs entre deux baies rapprochées) ou dans les meneaux (montants fixes divisant le vitrail en compartiment). Les vitraux sont devenus fragiles en raison de l'attaque de ces barres par la rouille. Celle-ci s'est progressivement installée et a fait éclater les barlotières. Il y a quelques semaines, la pose d'un échafaudage a été réalisée afin de démonter soigneusement les vitraux et les remplacer par des panneaux de bois. Les verres ont été transportés dans une firme de Flandre Occidentale située à Ingelmunster où ils seront nettoyés et restaurés. Les barlotières sont désormais confectionnées en inox afin d'éviter les problèmes connus avec le fer et les tiges horizontales qui raidissent le vitrail le seront en cuivre. Pour assurer une meilleure protection contre les outrages du temps, lors de la repose des vitraux, probablement au début de l'année 2011, on les doublera, à l'extérieur, par une vitre transparente. Celle-ci ne nuira en rien à l'éclat du vitrail puisque l'oeuvre est toujours admirée à partir de l'intérieur de l'édifice religieux. 

La construction d'un parking souterrain à la rue Perdue, l'aménagement du Centre du Tourisme dans l'ancien hôtel Dexia, la poursuite de la rénovation des quais entre le Pont des Trous et le Pont de Fer, les finitions tant attendues pour les piétons au rond-point Imagix, voilà les chantiers dont nous vous parlerons dans un prochain article.

(sources : le Courrier de l'Escaut et recherches personnelles)

10:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, renovation, eglise saint jacques, cathedrale |

12/09/2008

Tournai : le chantier de la cathédrale

Depuis la fin des congés, les personnes qui passent régulièrement aux abords de la cathédrale Notre-Dame ont probablement remarqué que des échafaudages métalliques montent peu à peu à l'assaut du prestigieux édifice. Dans quelques jours, ils auront atteint le toit de la nef romane. Pendant ce temps, sur la place Paul Emile Janson, on assemble les éléments qui constitueront le toit provisoire. Ceux-ci, une fois posés au moyen d'une grue au-dessus de l'actuelle couverture du bâtiment, permettront aux ouvriers de travailler sans se soucier des conditions atmosphériques.

La première phase d'un chantier de rénovation qui devrait durer quelques dizaines d'années vient donc de débuter. Lors d'une réunion auquel il assistait, l'Optimiste avait rencontré l'architecte coordinateur du projet, Mr. Brunelle, qui lui avait suggéré de prendre contact avec Ideta pour obtenir les informations complémentaires. Seulement voilà, dans ce dossier, la confiance d'Ideta n'est pas très grande à l'égard des passionnés d'Histoire et ces spécialistes snobent bien souvent les Amateurs, dans le sens noble du mot. L'Optimiste a donc décidé de suivre le chantier depuis le pied de la cathédrale et de vous renseigner tous les trimestres sur l'état d'avancement du chantier. C'est en effet un sujet qui trouve sa place dans notre "visite virtuelle" de la ville de Tournai. En même temps la rénovation du quartier cathédral a aussi débuté, le crédit accordé par la Région Wallone pour celle-ci a été confirmé et annoncé par No Télé ce 11 septembre.

Le cinéma Multiscope Palace vient d'être démoli et le terrain est désormais livré au travail minutieux des archéologues qui y effectuent des fouilles. Que va-t-on y découvrir ? On sait qu'à cet emplacement se dressait jadis l'ancien couvent des réligieuses et l'Hôpital Notre-Dame, vastes bâtiments qui s'étendaient de part et d'autres de l'actuelle rue de l'Hôpital Notre-Dame. Dans la rue de l'Arbalète, un immeuble depuis longtemps inoccupé retrouve une nouvelle jeunsesse pour être transformé en appartements. Tout le quartier est en pleine mutation et l'Optimiste vous fera vivre ces modifications du paysage urbain tournaisien.

08:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cathedrale, tournai, quartier cathedral, hopital notre-dame |