10/08/2016

Tournai : évolution de la ville lors des dernières décennies (5)

Les années nonante.

De nombreux événements vont marquer cette décennie. Nous les présenterons en quatre catégories principales :

Les  nombreux incendies, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, les disparitions de personnalités et la Fondation Follereau.

Les incendies :

Deux incendies spectaculaires vont avoir raison de la firme "Unisac" située à l'avenue de Maire.

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Le premier éclate au petit matin, le 16 avril 1995 (photo ci-dessus). Durant quelques heures le ciel tournaisien est assombri par une épaisse colonne de fumée noire visible à des kilomètres à la ronde.  

      

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Les installations seront totalement détruites mais le bâtiment sera reconstruit et l'usine qui imprimait notamment des sacs de papier reprendra ses activités sous le nom de "New Unisac".

Ce ne sera pas pour longtemps, hélas, car le 2 janvier 1999, un nouvel incendie criminel détruira définitivement l'entreprise tournaisienne, le personnel qui avait surmonté les restructurations successives et fait face au sinistre précédent ira, malheureusement, grossir les rangs des demandeurs d'emplois. 

Deux incendies toucheront également l'Administration Communale. Le 11 août 1990, vers 2h30 du matin, les bâtiments situés dans la Cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville sont en feu. Les services de l'Etat Civil sont particulièrement touchés, des archives inestimables reconstituées après les bombardements de 1940 sont à jamais détruites. Cinq mois plus tard, les locaux provisoires qui abritent ces mêmes services sont une nouvelle fois la proie des flammes. Cette fois, le bâtiment du Musée d'Histoire Naturelle est menacé. 

On notera également les incendies du magasin "Le Roi du Matelas" à Froyennes, d'une pizzeria à la rue Saint-Martin et la tentative criminelle dans une résidence à appartements du quai Sakharov, tous les trois en 1995. En 1997, ce sont les établissements "Blanchitou" à la rue Hautem qui seront détruits par le feu et en janvier 1999, la discothèque "l'Indigo" à la rue Saint-Martin.

Le Cabaret Wallon

Année noire pour les chansonniers tournaisiens, entre  les mois de février 1994 et de janvier 1995, ils vont perdre quatre des leurs :

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Anselme Dachy, le pianiste, avant-dernier à droite de la seconde rangée) décède en février 1994, Jean Leclercq (dernier à droite de la seconde rangée, voisin d'A. Dachy) décède en juillet 1994, Lucien Feron (2ème à gauche de la dernière rangée) nous quitte en octobre 1994 et Eloi Baudimont (2ème à gauche de le première rangée) décède en janvier 1995.

En 1991, le Cabaret avait déjà enregistré le décès de Cyril Delbecq. 

Des divergences de vues au sein de la compagnie quant à la pérennité de celle-ci vont amener la démission du président Lucien Jardez en novembre 1996. Heureusement, grâce à l'arrivée de jeunes pousses, la Compagnie va poursuivre sa route vers son centième anniversaire. Certains la voyaient déjà disparaître !

 

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Autres disparitions enregistrées lors de cette décennie : celle de Raoul Van Spitael, en 1992, qui était bourgmestre depuis 1976, de l'évêque Charles-Marie Himmer en 1994 et de Roger Leveau dit '"Casquette", sans nul doute, le plus connu des supporters du Racing de Tournai, en 1995.

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La fondation Follereau (antenne régionale des amis du Père Damien) :

Voilà une association dont les membres se donnent sans compter afin de venir en aide aux parias de notre société : les lépreux. Depuis les années soixante, on les rencontre à leur quartier général de la Halle-aux-Draps lors du dernier week-end de janvier dans le cadre de la "Journée Mondiale des Lépreux" et on ne peut manquer leur stand à la Braderie de Tournai installé alors en face de la teinturerie Godet. Durant cette décennie, les membres de la fondation vont multiplier les actions au service des malades de la lèpre. Ils tisseront des liens d'amitié avec la léproserie d'Abou Zabaal près du Caire où iront travailler chaque année de nombreux bénévoles comme ils l'avaient fait depuis les années septante pour la léproserie de San Francisco de Borja à Fontilles en Espagne. Ils accueillent des résidents du centre espagnol à l'ombre des cinq clochers.

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Le 8 octobre 1999, les membres de la fondation seront en émoi car des individus peu scrupuleux ont volé le buste de Raoul Follereau installé près de la chapelle Saint-Lazare (ou chapelle des Lépreux) inauguré en décembre 1997. 

Nous ne pouvons terminer ce rappel de la décennie nonante sans évoquer deux noms de Tournaisiens qui restent à jamais gravés dans la mémoire collective :

Bruno Méaux, para-commando assassiné avec neuf compagnons d'armes à Kigali en avril 1994 et Sabine Dardenne enlevée sur le chemin de l'école par un pervers le 28 mai 1996 et qui sera retrouvée 80 jours plus tard. 

(documents photographiques : photos remises par Jacques de Ceunink, photos tirées de la presse locale, collaboration appréciée de Jean-Paul Foucart).

S.T. août 2016.

27/04/2012

Tournai : Roger Leveau dit "Casquette"

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a pris l'habitude de dresser le portrait de Tournaisiens bien connus dans la cité des cinq clochers, entrés dans le folklore local ou qui la représentent en Belgique et à l'étranger dans les domaines de l'Art et de la Culture.

Le personnage évoqué aujourd'hui va rappeler bien des souvenirs aux supporters et sympathisants du Royal Racing Club de Tournai mais aussi à ceux de la Royale Union Sportive Tournaisienne où il comptait également de très nombreux amis.

De lui, le journaliste Paul Debraine a tracé le portrait le plus représentatif en écrivant, en 1969, dans le Courrier de l'Escaut : "Il n'est non pas un supporter du Racing de Tournai mais LE supporter de ce club de football. LE supporter à l'état pur, sublimé, distillé, prêt à tout". En ces quelques mots tout était dit !

Roger Leveau est né en août 1924. En 1932, il s'est inscrit au Racing de Tournai où il évoluera parmi les équipes d'âge : cadet, scolaire, junior, hélas un grave accident va lui provoquer un épanchement de synovie et les médecins lui interdiront d'encore pratiquer le sport qu'il adore. 

Contraint et forcé, Roger passa alors de l'autre côté de la barrière, un peu plus tard, il rencontra Denise Boulé qui deviendra son épouse et qui, comme le recommandait à l'époque l'officier de l'Etat Civil, le suivra fidèlement toute sa vie, principalement sur tous les terrains de football.

Dans les années soixante, il habitait à la rue du Château, plus tard, il se rapprochera de ses "Jaune et Noir" en venant habiter à la rue Saint-Eleuthère, à quelques centaines de mètres du stade de l'avenue de Maire, depuis longtemps sa seconde maison.

C'est lors du premier match qu'il disputait avec les cadets que lui fut attribué le surnom qu'il porta toute sa vie et qui le fit connaître de tous les amateurs de football en Belgique. Ce jour-là, un derby opposé les jeunes racingmen et unionistes. Le score de la rencontre fut sans appel, les Rouge et Vert l'emportèrent sur le score de 1-11. Au moment où le joueur unioniste Roger Defever inscrivait le 7e but, Roger Leveau perdit sa casquette, certains dirent même qu'il la jeta, en signe de profonde déception. Son ami et coéquipier, Roger Van Cles, l'interpella et lui dit : "Relance le ballon, Casquette !" Désormais l'identité de Roger Leveau allait totalement disparaître au profit de cette nouvelle appellation et même Luc Varenne, sur les antennes de la RTB, parlera parfois de lui sous ce nom jeté. 

On ne rencontra jamais supporter plus acharné et plus attaché à ses couleurs que "Casquette". Un jour, il se rendit, à pied, à Renaix pour aller soutenir son équipe. Heureusement qu'une âme compatissante, en la personne de Mr Leroy, le ramena en voiture après la rencontre. En 1950, par un dimanche de grand froid, alors que le thermomètre flirtait allègrement avec la barre des moins cinq degrés, il prit le train pour Anvers. Arrivé à la gare, il se rendit compte qu'il n'y avait aucun moyen de locomotion pour l'amener au stade de Beveren situé à une petite douzaine de kilomètres. Il allait parcourir la distance au pas de course arrivant juste au moment où Jean Dedonder ratait un pénalty. Tout autre que lui aurait probablement râlé, mais, brave homme, il encouragea le joueur en lui disant " Allez Jean, çà arrive".

Bon garçon ne veut cependant pas dire qu'il acceptait facilement ce qu'il considérait comme étant une injustice. Ainsi lors d'une rencontre disputée à Uccle, dans la banlieue bruxelloise, l'arbitre, mal inspiré, avait annulé deux buts inscrits par les Tournaisiens. A la première annulation, notre ami Casquette lui fit bien comprendre, par la parole, que ce n'était pas très honnête. A la seconde, il bondit par dessus la balustrade et faisant tournoyer sa longue écharpe Jaune et Noir s'en alla dire sa façon de penser à cet énergumène ! Rattrapé par la police, ceinturé, il fut confié à la garde de deux dirigeants ucclois, dans la tribune principale, jusqu'à la fin du temps réglementaire, sanction suprême pour un homme qui arpentait toujours de long en large les "populaires".

Lorsque le 10 juin 1956, devant 12.000 spectateurs, le Racing remporta, au stade du Heysel, la Coupe de Belgique en battant le CS Verviers sur le score de 2-1, le journaliste écrivit dans "Les Sports" : "Et hop, Casquette sauta la barrière". Il le décrivit encore en ces termes : "Jamais il ne manque un match du Racing, et comme il n'est pas riche, les jours de fin de mois, quand son escarcelle sonne creux, c'est très simple, il va à pied" et il termina son article par cette phrase : "Pour tous les Casquettes de Belgique, que vive la Coupe".

Roger Leveau ne se contentait pas de supporter, d'encourager son club, il lui rendait également de très nombreux services. A la mi-temps des rencontres disputées à l'avenue de Maire, on le voyait faire le tour du terrain, montrant aux spectateurs le tableau reprenant les numéros gagnants de la "Tombola du Supporter". Si le Racing marquait un goal pendant son tour de terrain, alors, la consultation des résultats devenait pratiquement impossible, car le tableau était pris d'une danse frénétique, se balançant, montant, descendant, tournoyant au gré de la jubilation de celui qui le portait. 

Lors de la saison 58/59, il alla jusqu'à porter les cartes de membres et les abonnements avec son vélo, non seulement à Tournai et dans les faubourgs mais aussi dans les villages jusqu'à Leuze et Ath, soit à plus de trente kilomètres de la cité des cinq clochers.

Pour un tel dévouement, l'Union Belge de Football l'honora en 1973 en lui attribuant, en même temps qu'un supporter du Sporting Club d'Anderlecht et de l'Antwerp, la médaille du meilleur supporter. Ce fut sans doute pour lui, un des plus beaux jours de sa vie.

Durant des années, à la porte du stade, dans la pluie, sous la grèles ou le vent, son épouse Denise vendait imperturbablement et avec une extrême gentillesse, le journal "Le Supporter" l'organe des supporters du club Jaune et Noir.  

Casquette nous a quittés en février 1995, à l'âge de 70 ans. Durant près de 63 ans, il avait été le serviteur de SON club de football, il est remarquable de constater qu'à une époque où la plupart des spectateurs qu'on retrouvait autour d'un stade retournaient leur veste dès que la situation se dégradait, lui a accepté, avec philospohie, les rares moments de gloire mais aussi les nombreuses déceptions qui ont jalonné l'histoire du club car le Racing était sa vie et, comme chacun le sait, l'existence n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Lors de son décès, René Godet, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et supporter de l'Union lui dédia une chanson, un hommage qui dépassait le clivage du football tournaisien.

En mars 2011, son épouse, Denise, allait le rejoindre au paradis des supporters. Il n'a pas connu la fusion intervenue entre les deux clubs de la cité des cinq clochers pour donner naissance au Football Club de Tournai. Aux vues des résultats actuels d'un club vraiment peu emballant pour les quelques spectateurs, bien souvent déçus, qui le supportent encore, c'est peut-être mieux ainsi, lui qui qualifiait de "traîtres", les soi-disant sympathisants du club qui, comme des "rats", quittaient le navire après quelques mauvais résultats ! 

(sources : "Hourra, voici les Rats" de Jacques Lefebvre, ouvrage paru en 1983 à l'occasion du 75e anniversaire du club "Jaune et Noir" - livre qui m'a été dédicacé amicalement par Luc Varenne, moi qui était supporter de l'Union rivale et article de Paul Debraine que je rencontrais à la table de presse du stade de l'avenue de Maire, paru dans le Courrier de l'Escaut en 1969).

15/10/2007

Tournai : vie quotidienne d'antan (27)

Les derbies de football.

Depuis quelques semaines à l'atelier, au bureau ou dans les pages sportives de la presse locale on ne parlait plus que de cet évènement : le dimanche 30 novembre, au stade Gaston Horlait, la Royale Union Sportive Tournaisienne recevait, en derby, le club de la Drève de Maire, le rival local, le Royal Racing Club Tournaisien.

François était un supporter des Rouge et Vert de l'Union. Demeurant à la chaussée de Willemeau, à deux pas de la rue des Sports, il entendait souvent les clameurs des milliers de personnes qui encourageaient, tous les quinze jours, les "Infants". Le derby était le clou, le phare de la saison footballistique. Hier, en rentrant du travail, il avait eu l'occasion d'échanger quelques mots avec Charles Deligne qui habitait à quelques centaines de mètres de chez lui. Celui-ci avait évolué dans les années vingt et trente au sein du club unioniste où il avait laissé le souvenir d'un buteur exceptionnel et en était resté un supporter inconditionnel. Parler de football avec lui était un réel plaisir, il disséquait chaque rencontre et donnait un avis éclairé lors de conversations toujours passionnées.

Durant les années cinquante, il existait, à Tournai, deux grands quotidiens : l'Avenir du Tournaisis, journal proche du parti libéral tout acquis à la cause de l'Union et le Courrier de l'Escaut, d'obédience catholique, ardent défenseur des Rats (surnom des joueurs du Racing), leurs articles souvent dithyrambiques faisaient monter la pression dans les jours qui précédaient la rencontre. Le dimanche venu, des centaines d'automobiles, des dizaines de cars en provenance des villages et d'innombrables cyclistes ou motocyclistes envahissaient les abords du terrain à tel point, qu'une heure avant le match, on ne pouvait plus trouver une place pour se garer, entre la chaussée de Willemeau et le quartier du Maroc.

François et Victor étaient parmi les six mille spectateurs qui ceinturaient le vieux stade situé derrière l'hôpital civil. Sur le coup de 15 h, lorsque les deux équipes débouchèrent de l'étroit tunnel sous la tribune assise, une immense clameur, perceptible jusqu'au centre de la ville, s'éleva et les fanfares des deux clubs entamèrent l'une la marche de l'Union, l'autre celle des Rats. Les supporters de l'Union n'avaient d'yeux que pour les Hernandez, Soil, De Ruytter, Descamps, Loncheval, Steens, Marquette, Brackman, Vanderstadt, Defever ou Jean Marie Van Laecke (qui sera transféré par la suite à l'Olympic de Charleroi), les Jaune et Noir encourageaient les Liénard, Huyghe, Timmermans, Van Thygem, René Chantry, Pol Deneubourg, Leroy, "Dédé" Mangain, Roger Lambreth, Jules Devos ou Théo Gaillet.

Durant la saison 1950-1951, les Rouge et Vert avaient évolué en Division d'Honneur (l'actuelle division I) et à la fin de la saison 55-56, les Jaune et Noirs remporteraient la Coupe de Belgique en battant le CS Verviers en finale. Le score de ce match a finalement peu d'importance, le nul satisfaisait celui qui avait fait le court "déplacement", et en cas de défaite, le vaincu promettait de prendre sa revanche au match retour !

Henri Van Ros promènerait fièrement sa légendaire écharpe aux couleurs de l'Union, tandis que Roger Levau, dit Casquette, entamerait un pas de danse en sortant du terrain. En rentrant chez lui après la rencontre, François entra à la "Vieille Guinguette", là, devant un demi, il y avait autant d'entraîneurs ou de sélectionneurs qu'il n'y avaient de clients. Demain, à l'atelier, au bureau ou dans les magasins, le résultat ferait l'objet de toutes les conversations. Heureux football tournaisien d'alors, lui qui n'avait pas la concurrence de la télévision et qui, avec le cinéma et le théâtre, était pratiquement la seule distraction du dimanche. On y allait voir évoluer des "Infants d'Tournai" dont on était fier. "Autres temps, autres moeurs"... à force de le répéter, vous allez croire que la vie a bien changé depuis cinquante ans...