07/02/2017

Tournai : le coeur de la Wallonie picarde (16)

Péruwelz.

Notre balade parmi les entités qui composent la Wallonie picarde, débutée il y a quelques semaines déjà, touche, peu à peu, à sa fin. 

L'entité de Péruwelz se trouve à moins d'une quinzaine de kilomètres à l'Est de la cité des cinq clochers. Elle regroupe les anciennes communes de Baugnies, Bonsecours, Braffe, Brasménil, Bury, Callenelle, Péruwelz, Roucourt, Wasmes-Audemetz-Briffoeil et Wiers. Située le long de la frontière française, elle est voisine des villages de Flines-les-Mortagnes, Hergnies, Vieux-Condé et Condé-sur-Escaut (F). Elle est jumelée avec les communes françaises de Paray-Vieille Poste, Jaunay-Clan et Revest du Brion ainsi qu'avec la commune américaine de Brewton. 

La ville de Péruwelz est connue pour ses très nombreuses sources. Un très grand nombre de personnes habitant de part et d'autre de la frontière vient souvent s'y approvisionner en eau (à la fontaine du parc communal, de la Ferté, Tanchou, de Jaunay-Clan, de Verquesies...). Toutes les sources ne sont cependant pas potables, des mesures sont régulièrement réalisées pour le vérifier.

Le lieu de rendez-vous des Péruwelziens est le parc Simon situé au centre de la ville et son kiosque de style Art-Nouveau. Le dernier week-end du mois de juillet s'y déroulent les fêtes de la Sainte-Anne au moment de la grande ducasse de la cité. 

En ville, on découvre le buste de Jean Absil, le compositeur et pédagogue qui y est né en 1893. C'est aussi dans cette ville qu'a vu le jour, en 1896, le peintre Jean Leroy.  

On passe presque sans s'en rendre compte de Péruwelz à Bon-Secours. Cette commune est située à un peu plus de deux kilomètres de la frontière française. Au bout d'une longue avenue, elle est dominée par son imposante basilique, lieu d'un pèlerinage marial qui a débuté au Moyen-Age au lieu-dit : "Notre-Dame-du-chêne-entre-deux-bois". La basilique actuelle a été érigée entre 1885 et 1892. De style néo-gothique, elle est l'oeuvre de l'architecte anversois François Baeckelmans. Elle représente le point culminant des plaines du Parc de l'Escaut. 

En mai de chaque année, la cité rend hommage à l'occasion du "Remember Day" aux libérateurs et en particulier au premier soldat américain ayant pénétré en territoire belge, William Carroll. 

Au mois d'août se dispute la "Course des Sources", une épreuve de 13 kilomètres qui a la particularité de voir la plupart des participants porter des déguisements originaux pour le plus grand plaisir des spectateurs tandis que les athlètes engagés se disputent la victoire. 

Le dernier dimanche de septembre a lieu "l'Fiête des Rigolos", à cette occasion dans un grand cortège, les géants locaux et invités sont de sortie. On peut y voir, notamment, le "P'tit Fernand", géant à l'image de Fernand Bachelard, dit le Géant Atlas, qui fit les beaux soirs des émissions de la télévision française au temps de Jean Nohain. Né à Templeuve (Tournai), Fernand Bachelard a tenu durant longtemps un café sur la place de Bon-Secours, au pied de la basilique (voir l'article que nous lui avons consacré dans ce blog au moyen de la case "Rechercher").

 

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La forêt domaniale de Bon-Secours s'étend sur plus de trois cents hectares sur le versant belge (jusqu'à la limite de Blaton) et plus de six cents hectares en territoire français. Un peu plus de cent hectares sont classés en zone "Natura 2000". Certains disent même qu'en joignant les bois privés situés à la limite de celle-ci, on arrive à près de mille deux cents hectares composés d'arbres remarquables. Divers circuits à pied, en VTT, à cheval et même un parcours aux cimes des arbres sont possibles à partir de la Maison du Parc naturel des plaines de l'Escaut, aussi appelée "Maison de la Forêt".  

Certains ignorent encore que le village de Callenelle abrite la firme Saluc spécialisée dans la réalisation des boules de billard. Avec 80 % de la production mondiale, elle est le leader incontesté pour la production et la vente des boules pour le billard et le snooker dans le monde. 

Chaque année, le village de Wiers vous convie, lors du week-end de la Pentecôte, aux festivités organisées par le club de football local. "Wiers Pentecôte" est le rendez-vous des bons vivants depuis plus de cinquante ans et son succès est toujours confirmé (tournois de football, festivités sous chapiteau, repas, bals, animations pour petits et grands et surtout... une bière qui coule à flots). C'est la fête au village par excellence !

La région de Péruwelz est connue pour ses nombreux crossages qui ont lieu au moment du Carnaval (voir l'article que nous avons consacré sur ce blog à ces manifestations). 

Les autres villages qui constituent l'entité de Péruwelz ont conservé un caractère rural et intemporel.  

Pour les amoureux de la nature et ceux qui aiment prendre un bon bol d'air pur, voici une région de Wallonie picarde qui va totalement répondre à leur attente.

(sources : site de la ville de Péruwelz - et visites personnelles, photo : presse locale).

S.T. février 2017.

23/07/2012

Tournai : "capitale" de Wallonie picarde (6)

Cinquième balade en Wallonie picarde : du Pays Blanc à la cité des sources.

Voici déjà la cinquième balade que je vous propose à la découverte de ce bout de terre du Hainaut, la Wallonie picarde.

A l'Est, aux portes de la cité des cinq clochers, commence à affleurer le banc calcaire du Tournaisis,  celui-ci a donné naissance au "Pays Blanc", la poussière de la pierre à chaux recouvrant les arbres et les habitations jusqu'à leur donner, jadis, une perpétuelle impression hivernale. Afin d'éviter de traverser les champs d'extraction de la pierre et de nous mêler à la circulation de dizaines de camions qui viennent s'y approvisionner chaque jour, nous quitterons Tournai par la chaussée de Saint-Amand, jusqu'au village de Bruyelle, dont le nom signifie "petite Bruyère", entourant son église Sainte Rictrude. De là, nous gagnerons Antoing, la "capitale du Pays Blanc", au coeur d'une région où vécurent les "roctiers", ces gens qui travaillaient à "l'roque" (la carrière), des hommes costauds, aux traits rudes, aux visages burinés, aux mains calleuses, habitués à manier la masse, des hommes au grand coeur et à l'esprit de solidarité fort développé. 

Sur l'Escaut, Antoing est situé à environ cinq kilomètres de Tournai. La ville s'étend sur 31,1 km2 et compte environ 7.700 habitants. Elle regroupe, depuis la fusion des communes, les villages de Bruyelle, Calonne, Fontenoy, Maubray et Péronnes-les-Antoing.

L'élément touristique principal de la cité est, sans conteste, le château des Princes de Ligne, édifice féodal qui domine la vallée du Haut-Escaut, gardien aux murailles fortifiées du XIIe siècle, possédant un bolwerk (bastion fortifié) à son entrée. Dans l'Histoire, il a été propriété de trois familles, la Maison Antoing du VIIIe siècle au milieu du XIVe siècle, la Maison de Melun qui lui succéda et l'occupa jusqu'à la fin du XVIe siècle, après une alternance entre les de Melun et les de Ligne, le château devint la propriété à part entière des Princes de Ligne en 1725.

En 1971, le réalisateur belge Jean Brismée y tourna un film d'horreur qui porta plusieurs titres suivant les lieux de diffusion : "La plus longue nuit du diable", "Au service du diable" ou encore "Castle of death" ave Erika Blanc, Jean Servais, Colette Emmanuelle, Daniel Emilfork...

Un évènement plus heureux est le récent mariage intervenu en 2009 entre le prince Edouard Lamoral, Rodolphe de Ligne La Trémoille et la belle actrice italienne Isabella Orsini, les habitants vécurent un conte de fée comparable à ceux que la principauté de Monaco nous a si souvent habitués. 

L'Hôtel de Ville date du XVIe siècle, il a été plusieurs fois remanié et restauré au XXe siècle.

Haut lieu de l'extraction de la pierre, c'est tout naturellement que la commune a vu s'ouvrir le Musée de la Pierre.

Les amateurs d'archéologie seront comblés par la découverte, au hameau de Guéronde, d'un tumulus à tambour, avec enclos funéraire, datant du premier ou du second siècle de notre ère. 

De juin à août, la commune d'Antoing organise le "Concours des façades et jardins fleuris, du Potager ou de l'objet insolite" tandis que chaque troisième week-end de septembre se déroule la "Fête des Courges".

A quelques kilomètres d'Antoing, le village de Fontenoy est célèbre par la bataille qui s'y déroula le 11 mai 1745, lors de la guerre de succession d'Autriche. Face à face, on retrouva les troupes françaises de Louis XV placées sous le commandement du Maréchal de Saxe, troupes estimées à 47.000 hommes et les armées du Royaume de Grande-Bretagne, des Provinces Unies, de l'Electorat de Hanovre et de l'Archiduché d'Autriche commandées par William de Cumberland, fortes de 51.000 hommes. La tradition veut que ce serait au cours de cette bataille que fut prononcée la célèbre phrase : "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !". La victoire revint aux troupes françaises. Une croix celtique érigée au centre du village rappelle cette célèbre bataille à laquelle participèrent des soldats irlandais. 

Aux portes d'Antoing, on trouve un bien étrange village Maubray, un lieu où a sévi le "Maugré" ou "haine de cense", pratique largement répandue dans notre région agricole jusqu'au XXe siècle. Elle consiste en des représailles menées par des villageois prenant la défense d'un agriculteur qui a perdu ses terres au profit d'un nouveau locataire qui a offert un prix plus élevé. Le maugré peut prendre la forme de simples sabotages ou des attaques de bétail, jusqu'à des violences physiques, des incendies de granges ou de fermes et même des assassinats. L'expression vient de "mauvais gré" qui traduit l'état dans lequel le cultivateur quitte une exploitation qu'il a fait prospérer à la sueur de son front pour laisser la place à un autre qui profitera de son labeur. Un téléfilm tourné, il y a une quarantaine d'années, par la RTBf et interprété par de nombreux habitants du village, dont l'ancien bourgmestre, Maurice Brabant, relate cette tradition au travers de l'histoire de Louis Lacquement, dit le Curé des pourceaux, condamné, par la vindicte populaire, et exécuté pour un acte de mauvais gré dont il se déclarait innocent. 

Jouxtant Antoing et Maubray, Péronnes-les-Antoing se trouve à la jonction du canal vers Blaton-Nimy et de l'Escaut. Le village est principalement connu pour son "grand large", un vaste plan d'eau qui attire de nombreux promeneurs à la belle saison avec son centre ADEPS pour apprentissage de la voile, un port de plaisance pour la navigation fluviale et de nombreux chemins de promenade dans la nature. En juin 1980, c'est là que fut donné le départ des festivités marquant le 150e anniversaire de la Belgique en présence du roi Baudouin et de la reine Fabiola. le long du canal, le petit aérodrome voit l'envol régulier de planeurs qui survolent cet écrin d'eau et de verdure.

En évoquant le village de Calonnes, pays de roctiers, on se rappellera qu'Edmond Dubrunfaut y vécut à partir de 1922. Ce peintre né en 1920 et décédé en 2007 est aussi l'auteur de dessins, d'aquarelles, de tapisseries. Adepte du réalisme expressif, on lui doit, dans notre région, les visages ornant le rond-point de Bruyelle, la décoration du passage souterrain de la gare de Tournai. Il était parmi les fondateurs du Musée de la Tapisserie de Tournai. 

Nous poursuivons notre itinéraire, en repassant par Maubray, nous rejoignons Callenelle, un village mondialement connu grâce à l'usine SALUC, fabricante de boules qui équipent les billards du monde entier, nous traversons Wiers, village frontalier dont la "distillerie du Centenaire" produit depuis 1894, un apéritif de qualité fait à partir de plantes amères sélectionnées et de fruits dont des écorces d'orange séchées, l'Amer Labiau, un breuvage corsé et délicieux à boire avec la plus grande des modérations.

Nous arrivons à Péruwelz aussi appelée la "cité des sources" dont la plus importante est située dans le parc communal à proximité de la Grand'Place. A chaque heure du jour, on y voit arriver de nombreuses personnes originaires de la localité, des environs mais aussi de la France toute proche, venues y remplir des dizaines de bouteilles et même des jerricans de cette eau très pure et... gratuite. La ville de Péruwelz, cité frontalière à quelques kilomètres de sa voisine du Nord de la France, Condé-sur-Escaut, s'étend sur 60,6 km2 et compte une population d'environ 17.300 habitants. Elle regroupe neuf villages : Baugnies, Bonsecours, Braffe, Brasménil, Bury, Callenelle, Roucourt, Wasmes-Audemetz-Briffoeil et Wiers. Elle est jumelée avec les villes françaises de Jaunay-Clan, Paray-Vieille-Poste, Revest du Bion et avec la ville américaine de Brewton. 

Sur la route qui mène à la frontière et à Condé sur Escaut, nous traversons le village de Bonsecours dont la basilique de Notre-Dame de Bonsecours, édifice néo-gothique, situé au sommet d'une élévation, domine la région, lieu d'un pélerinage. Autour de celle-ci l'importante forêt qui s'étend des deux côtés de la frontière, est composée de la forêt domaniale et du massif de l'Hermitage. On ne manquera pas de s'y promener et de visiter la Maison du Parc inaugurée en 2001 qui vous fera découvrir la vie forestière sous tous ses aspects. Péruwelz est au coeur du "Parc naturel des plaines de l'Escaut" qui débute à l'est de Tournai et couvre toute la région frontalière jusqu'aux portes du Borinage. 

La ville est le lieu de naissance, en 1893, du compositeur Jean Absil (décédé en 1974), Prix de Rome, Prix Rubens, chef du groupe la Sirène, il composa le concerto pour piano imposé lors de la première édition du concours Eugène Isaye de 1938, qui deviendra par la suite, le Concours Reine Elisabeth de Belgique. Jean Absil sera également directeur de l'Académie d'Etterbeek et professeur à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. 

En revenant sur nos pas et en jetant un dernier coup d'oeil à la Grand'Place de Péruwelz dont les travaux de rénovation viennent d'être terminés au printemps 2012, nous reprendrons l'autoroute à destination de Tournai bouclant ainsi notre cinquième visite, un circuit d'une cinquantaine de kilomètres, à la découverte de ce beau pays qu'est la Wallonie picarde.

(S.T. juillet 2012)