29/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret (9)

Le "renouveau" du Cabaret a déjà vingt ans !

Après la démission de Lucien Jardez, les membres ont élu un nouveau Président en la personne de Philippe De Smet (voir l'article que nous lui avons consacré au sein du blog) et préparé la saison du 90ème anniversaire.

S'il n'y a pas eu de "révolution de palais", les fidèles amis du Cabaret ont néanmoins constaté une modernisation notamment dans la présentation des membres.

Finies ces deux rangées de tables où les membres siégeaient par ordre de préséance, abandonnée la présentation de chaque chansonnier par une introduction présidentielle, désormais, les membres sont attablés par groupes de deux ou trois auprès d'une petite table comme dans une guinguette et c'est le chansonnier lui-même qui présente sa chanson, son poème ou son monologue et demande le ban pour le précédent. 

Deux nouveaux membres sont venus renforcer l'équipe, Claude Delonville, un poète qui écrit tantôt en patois, tantôt en français et Michel Petit. Ils sont tous les deux lauréats du concours Prayez de 1996. Bientôt Jean-Marc Foucart (voir l'article que nous lui avons consacré au sein du blog) viendra les rejoindre. A la fin de l'année, pour fêter les nonante ans, le Cabaret enregistre un CD reprenant les quatre airs les plus connus des Tournaisiens dont l'hymne "Les Tournaisiens sont là" qu'ils n'avaient jusqu'alors jamais enregistré.  

Le Cabaret a acquis rapidement une nouvelle vitesse de croisière et, d'année en année, de nouveaux membres sont venus frapper à sa porte : Vincent Braeckelaere, Bernard Clément, Jean-Michel Carpentier, Pascal Winberg, Michel Derache, Danny Batteauw, Pol Wacheul, Christian Bridoux, Luc Feron, Georges Vico, Gérard Platevoet et l'actuel aspirant, Jonathan Delforge. 

Certains ne feront qu'un bref passage comme Michel Petit ou Bruno Delannay et, ainsi va la vie, d'autres nous quitteront pour toujours comme Marcel Roland, René Godet, Félicien Doyen, Jean-Pierre Verbeke ou André Wilbaux. 

Marcel Roland était né le 20 juin 1921 à Tournai. Lauréat du concours Prayez en 1953  avec ses chansons "L'Parc Communal" et "Mi, j'aime bin cha", il entre dans la Royale Compagnie en 1959. Avant de devenir directeur d'agence au sein d'un organisme financier, il avait tenu avec Fernande, son épouse, la coopérative socialiste de la rue Saint-Brice et, nanti d'un diplôme de comptabilité, avait travaillé aux Cafés Hivre. 

Au sein de la Compagnie, il exerça la fonction de grand argentier jusqu'à son départ le 15 janvier 1997. Il était reconnu comme remarquable interprète des œuvres des anciens mais on lui doit aussi "L'Vie tournaisienne" et "M'pétite école". Il restera à jamais dans la mémoire des amateurs de Revues comme le compère de Lucien Jardez dans le duo hilarant "Jojo et Nénesse". Habitant la rue Royale, il est décédé inopinément en septembre 2000.

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René Godet (à gauche de la photo) en compagnie de Jean-Marc Foucart et de Pierre Vanden Broecke en 1997.

René Godet était né à Tournai, le 18 juillet 1934. Fils de teinturier, il tint l'entreprise familiale située à la rue du Bourdon Saint-Jacques en compagnie de son épouse Josiane jusqu'au début des années 2000. René était un homme sensible à la détresse humaine et, avec son épouse, il s'est investi profondément au sein de  la Fondation Follereau (antenne tournaisienne des Amis du Père Damien), rendant souvent visite à "ses" amis, les lépreux de la léproserie espagnole San Francisco de Borja de Fontilles. Il est d'ailleurs à l'origine d'une charte signée entre la léproserie et la Ville de Tournai et de la venue à Tournai de malades guéris ou stabilisés. Il a évoqué son engagement dans un livre qu'il a publié  sous le titre"La Joie d'Aimer", paru en 1992. Serviteur de la cité des cinq clochers, il sera membre du Comité de l'a.s.b.l. "Les Amis de Tournai" et Chevalier Massier de la Confrérie des Chevaliers de la Tour.

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René Godet (à droite sur la photo) en compagnie de ses amis de la Fondation Follereau de Tournai en 1992.

Lauréat du Concours Adolphe Prayez en 1977 avec sa chanson "Edmond", il est entré au Cabaret en 1979. Dans l'esprit de la majorité des auditeurs, il a succédé à Louis Urbain avec ce côté "fleur bleue" qui transpirait dans la plupart de ses chansons. Inconditionnel de Charles Trenet qu'il nous disait avoir rencontré à Bruxelles et être allé applaudir à Paris lors de ses adieux, il choisissait souvent un air du "fou chantant" pour nous distiller ses textes où on sentait souvent pointer son côté Cyrano de Bergerac, pourfendeur des travers de la Société. Au sein de la Compagnie, il exerça la fonction de Secrétaire-bibliothécaire (succédant à Ghislain Perron) de 1997 à  2000. Obligé de quitter le ponton en raison du mal qui était apparu, il nous a quittés le 18 avril 2011. Son fils "Loulou Godet" est bien connu des auditeurs de l'émission "Les enfants de chœur", le dimanche sur Vivacité où il est fait de fréquentes apparitions, des téléspectateurs de No Télé où il apparaît, avec son compère Dominique Watrin, chaque samedi dans l'émission "Les Wapirates de l'Info", des spectateurs des Pi-Menteurs, spectacle de la salle La Fenêtre, et des lecteurs de la presse, où il fait paraître régulièrement des billets d'humeur et d'humour ! Bon sang ne peut mentir !

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Remise de la charge de René Godet en 1997 par Jean-Pierre Verbeke et André Wuibaut.

Alors qu'on disait son nonantième anniversaire menacé, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien fête, cette année, ses cent dix années d'existence et, comme dit la chanson : "Au Cabaret, i-a toudis des bieaux jours". 

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Philippe De Smet au piano accompagne Georges Vico - Christian Bridoux - Pascal Winberg et Gérard Platevoet lors d'un Cabaret donné à la "Résidence du Théâtre" à Tournai en janvier 2016.

Voici résumées les septante dernières années du Cabaret mais l'histoire est loin d'être terminée, l'Optimiste va continuer à brosser le portrait des membres actuels qu'il n'a pas encore eu l'occasion de rencontrer.

(sources : "Florilège du Cabaret", ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Compagnie - "Chint ans d'Cabaret", ouvrage de Pol Wacheul publié lors du centième anniversaire de la compagnie -  "Les Charges de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien", de Jean-Luc Dubart et Freddy Gaspardo, paru en 1998 - souvenirs personnels - photos : "Courrier de l'Escaut" et R.R.). 

S.T. mars 2017.

22/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (8)

1996, l'orage qui couvait au sein de la royale Compagnie éclate !

L'année 1996 restera à jamais gravée dans les annales de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Après la disparition de quatre membres importants et à l'issue d'une année sabbatique, on pensait que le Cabaret allait vivre à nouveau des jours plus sereins. Si, en septembre, au moment de la proclamation des résultats du Concours Prayez, le ciel semblait s'être illuminé, il était présomptueux de croire que les beaux jours étaient enfin revenus ! Non, l'orage qui couvait et que parfois on devinait aux travers de déclarations des uns ou d'attitudes des autres éclatera soudainement à la fin de l'année.

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Concours Prayez 1996 : trois des quatre lauréats deviendront membres de la Compagnie en 1997, (de gauche à droite à partir de la croix) : Jean-Marc Foucart (et non Jean-Marie), Claude Delonville et Michel Petit. Le titre du journal semble signifier qu'aucun des auteurs n'est habitant de Tournai-Ville, un chauvinisme qui n'est pas de bon aloi en raison de la situation, ils demeurent néanmoins dans les faubourgs !

Premier coup de tonnerre, la disparition de la célèbre gazette du Cabaret : "Les Infants d'Tournai", créée en novembre 1954, parue cinq cents fois et sabordée par son rédacteur en chef qu'est le Président Lucien Jardez. Des difficultés financières et le manque de textes à publier sont les raisons évoquées par lui pour justifier la fin de la parution. C'est avant tout la lassitude de l'homme-orchestre qui en est à l'origine.

Ardent défenseur du patois auquel il a donné ses lettres de noblesse, serviteur incontesté de la Compagnie qu'il a portée à des sommets et amenée à faire connaître au-delà des frontières du Tournaisis, fine plume pour la rédaction de monologues, auteur de multiples fois récompensé pour ses contributions patoisantes mais aussi pour ses écrits en langue française, Lucien Jardez est tout cela (et peut-être même plus) mais... il possède un défaut flagrant, il est dogmatique. Depuis des années, il décrète, de plus en plus, ce qui est bon et mauvais pour le Cabaret, se montre intransigeant sur la qualité des textes qui sont présentés par de jeunes auteurs et exige de ces derniers une extrême rigueur et un talent inné pour une entrée au Cabaret. Toujours en recherche du mot juste et de la belle expression, Lucien Jardez est devenu, peu à peu, le défenseur d'une forme d'élitisme qui n'aurait certainement pas été partagée par les membres-fondateurs en 1907.

Un pouvoir sans partage ne peut conduire qu'à des réactions parfois outrancières. Deux clans se sont formés : les "Anciens" qui reconnaissent les qualités de ce Président élu en 1964 et qui, avec l'âge, ont perdu la fougue de la jeunesse pour le contredire et les "Modernes" soutenus par d'autres membres plus anciens qui souhaitent injecter du sang neuf dans la Royale Compagnie. Lassé par ce déchirement, déçu par les critiques dont il est l'objet au sein de la Compagnie mais aussi parmi certains membres cotisants, le 27 novembre 1996, Lucien Jardez rédige et envoie sa lettre de démission. Il met ainsi un terme à 53 années de présence et 42 années de présidence. 

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extraits de la lettre de démission de Lucien Jardez. 

Les propos extraits de la lettre de démission qu'un "vent favorable" a amenée à la presse traduisent la personnalité de l'auteur. Les amoureux du Cabaret lui sont reconnaissants du travail accompli pour avoir fait du Cabaret Wallon Tournaisien, une vitrine du "parler de chez nous", et d'avoir prouvé à tous que la langue picarde n'était pas ce langage des vulgaires et du petit peuple comme aimaient à le proclamer bien haut les snobinards et les parvenus de l'époque. Lucien Jardez a donc parfaitement raison de déclarer que, sous sa présidence, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien a atteint des sommets qu'elle n'avait jamais connus au cours de son existence, malheureusement... était-il vraiment nécessaire d'ajouter la phrase "et qu'elle ne connaîtra probablement plus jamais" ? Ce sont là des mots qui mettent au grand jour une personnalité imbue d'elle-même et aigrie, des petites phrases qui vont ternir quelque peu l'image de celui qui restera pour longtemps encore un défenseur de notre patois digne de figurer au panthéon des auteurs tournaisiens et wallons. Déçus par le départ de cet homme d'exception tout autant que par ses écrits parus dans la presse, les quelque deux mille membres cotisants de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se demandent finalement si le président n'avait pas l'intention inavouée de voir disparaître le Cabaret à brève échéance en créant une absence de relève.

 

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Lucien Jardez avait été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de France en 1985.

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En 1994, Lucien Jardez, par ailleurs conservateur de "la Maison Tournaisienne", le musée de Folklore, était venu évoquer son autre passion pour Tournai, la préservation de son folklore, au cycle de conférences "Tournai, Au Fil du Temps" organisé au profit de l'institut d'Enseignement spécial "le Saulchoir" à Kain.  

Le départ inopiné de Lucien Jardez survenu dans une atmosphère conflictuelle latente ne doit pas faire oublier tout ce que la cité des cinq clochers doit à cet homme : outre sa très longue présidence au sein du Cabaret Wallon, il était aussi membre de l'A.S.B.L "Les Amis de Tournai", Chevalier Camerlingue de la "Confrérie des Chevaliers de la Tour". Il était également auteur de vaudevilles, de poèmes, de monologues et de nouvelles en prose, Conservateur du Musée de Folklore depuis 1982, Président de la section "Arts et Traditions populaires" au sein de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie, membre de l'Association Royale des Ecrivains Wallons. On lui doit la traduction en patois des BD : les "Pinderleots de l'Castafiore" (les Bijoux de la Castafiore d'Hergé) et "Les potieaux d'cabaret", ou encore "L'année de la bière", versions tournaisiennes des BD de Cauvin et Carpentier. Il a rédigé le "Glossaire picard tournaisien" et écrit "Les Géants de Tournai et leur suite" et "Tournai, Tournaisis". Il a participé aux émissions dialectales tournaisiennes sur Radio-Hainaut (Vivacité désormais) et, entre 1973 et 1984, il a composé tous les poèmes de présentation, en français, des Galas du Folklore Wallon qui se déroulaient au Palais des Beaux-Art de Bruxelles. 

Suite à la décision irrévocable de Lucien Jardez, plusieurs questions se posent désormais : que vont faire les Anciens qui l'ont toujours soutenu ? Qui va diriger le Cabaret ? Combien de membres comptera encore la Compagnie ?  Le Cabaret n'a-t-il pas reçu le coup de grâce ? 

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Le journaliste du "Courrier de l'Escaut" résume d'excellente manière la situation créée par le départ de l'homme qui incarnait le Cabaret depuis bien longtemps. 

Tel le phénix renaissant de ses cendres, le Cabaret va se doter d'un nouveau Président en la personne de son pianiste-accompagnateur Philippe De Smet (voir l'article qui lui a été consacré sur le présent blog). Symbole du renouveau annoncé, c'est le plus jeune membre qui va avoir la lourde charge d'assurer la continuité et on peut être... "optimiste" à ce sujet !

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007 à l'occasion du 100ème anniversaire la R.C.C.W.T. - presse locale - "Le Courrier de l'Escaut" pour les documents photographiques).

S.T. mars 2017.

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (7)

1995, Année sabbatique !

Après le Grand Cabaret d'octobre 1994 et après la disparition de trois de ses membres sur une courte période, la Compagnie est entrée en léthargie. Allait-elle disparaître ? On le redoute car la journée du 1er février 1995 est une nouvelle date à marquer d'une pierre noire, on apprend le décès d'Eloi Baudimont, né le 17 mars 1917, une des figures de proue du Cabaret. 

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Facétieux, au premier rang, Eloi Baudimont se retourne probablement pour dire à ses amis un de ces bons mots dont il avait le secret. 

 

1994 RCCWT décès Eloi Baudimont (1).jpgEloi Baudimont  était présent au Cabaret depuis 48 ans (il y est entré en 1947) et était Vice-président administrateur depuis 1980. On ne compte pas les œuvres que ce chansonnier de talent a écrites. Celles-ci traduisent les multiples facettes de cet auteur patoisant fécond, tendres ou caustiques, poétiques ou journalistiques. Parmi toutes celles qu'il nous a léguées, j'ai voulu reprendre quelques-unes que j'ai particulièrement appréciées et le choix fut extrêmement difficile :

"Eine partie d'fier", une chanson qui durera tant qu'on jouera au Jeu de fer à Tournai, elle explique ce jeu typiquement tournaisien aux profanes, "Karmesse" décrit cette atmosphère de fête qui envahit Tournai durant le mois de septembre,  "A l'Eau, à l'Eau" raconte, avec énormément d'humour, la mésaventure survenue à deux policiers tournaisiens au volant d'un tout nouveau véhicule lorsqu'ils se retrouvèrent dans l'Escaut quelques jours avant la Noël, "L'zizi" est une réponse à la sauce tournaisienne à la chanson de Pierre Perret qu'on entendait à longueur de journée sur les ondes. "L' Moulin d'chez Mamour", "Dins les rues d'Noter-Dame", "Quand ch'est Cabaret" chantent cette cité des cinq clochers qu'il aimait profondément. "Ein infant", "Papa et Manman", "Noces d'argent", "Eine femme", "Eloi" (chanson pour son petit-fils), sont des compositions dans lesquelles il donne libre cours à une tendresse qu'il dissimulait parfois sous un air sévère. Personnellement, j'ai toujours eu un faible pour sa chanson "Diminche" décrivant le déroulement d'une journée dominicale à la fin des années quarante. Dans "On n'fait pus c'qu'on veut", il parle des aléas de la vie moderne comparée à celle de jadis, une époque où on prenait le temps de vivre. L'évasion de 38 prisonniers de la maison d'arrêt de Tournai  en 1983 sera une source inépuisable de situations cocasses qu'il traduira sur un pot-pourri d'airs connus.

Avec son compère Albert Coens, Eloi Baudimont était à l'origine de tous les textes et mises en scène des "Revues de la Kermesse" . Indépendant à la tête d'une entreprise de plomberie située à la rue Duquesnoy, il était également supporter de la Royale Union Sportive Tournaisienne et une des voix (avec Bruno Delmotte) des marionnettes "Popol et D'siré" sur No Télé (voir l'article que nous lui avons consacré précédemment sur le blog).

Ce départ allait plonger un peu plus le Cabaret dans le doute quant à son avenir. Quatre membres vont relever le défi : Philippe De Smet, Eric Genty, René Godet et Jean-Pierre Verbeke. Ceux-ci ne peuvent admettre que les "Anciens" mettent la clé sous le paillasson. Le cabaret doit continuer à exister. Ils vont remuer ciel et terre et quatre aspirants vont répondre à leur appel et entrer au Cabaret en cette année 1995.

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On les appelait les "quatre barbus", ils représentaient le sang neuf dont la Compagnie avait le plus besoin. La légende de la photo demande cependant à être rectifiée. De gauche à droite : Rudy Sainlez - Freddy Dequesnes, Géry Derasse et Pierre Vanden Broecke. 

Mettant fin à son année sabbatique, le Cabaret célèbre son renouveau en septembre 1995, lors de l'hommage à la Chanson Wallonne et ensuite lors du Grand Cabaret d'octobre. Tout cela ne sera-t-il qu'un feu de paille ? Nous verrons qu'au sein de la société patoisante tournaisienne, la vie est loin d'être un long fleuve tranquille et que l'arrivée de nouveaux membres ne présage pas de nouveaux beaux jours car elle n'a pas occulté la profonde lassitude des "Anciens" ! Un fossé va se créer...

(Sources : "Florilège du Cabaret", ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la R.C.C.W.T - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007, à l'occasion du centenaire de la Compagnie - articles de la presse locale. Photos : "le Courrier de l'Escaut" grâce à l'aimable collaboration de Jean-Paul Foucart).

S.T. mars 2017.

06/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret (6)

Les années "nonante" : l'existence du Cabaret est en péril !

Il faut bien l'avouer, dès le début des années "nonante", pour une majorité de Tournaisiens, amis du Cabaret, la vénérable institution tournaisienne semble battre de l'aile. Le nombre de chansonniers se réduit peu à peu et la relève tarde à venir. Les membres du Cabaret ont-ils encore confiance en l'avenir ? On scrute, on épie les réactions des uns et des autres. 75ème, 80ème, 85ème, la multiplication des anniversaires semble signifier aux yeux de tous : "Voilà, encore cinq années de plus !" comme est parfois amené à le penser un être humain qui sent ses forces décliner et qui s'accroche à la vie, vivant au jour le jour. 

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Pour la première fois, la presse s'empare de cette incertitude qui plane sur la Royale Compagnie.

Par la voix de son Président, Lucien Jardez, le Cabaret annonce une année sabbatique pour 1995. La question est sur toutes les lèvres : les chansonniers reviendront-ils après celle-ci ?

L'année 1994 qui s'achève a sapé le moral des troupes, on a noté la disparition de trois membres et non des moindres.

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Anselme Dachy au piano d'accompagnement.

C'est tout d'abord Anselme Dachy qui tire sa révérence le 24 février 1994. Anselme était né, à Tournai, le 19 décembre 1910. Très jeune, il se tourna vers la musique. En 1928, après avoir suivi les cours de solfège et d'harmonie, il fut chargé par le Directeur de l'époque, Fernand Godart, des répétitions partielles d'une quarantaine de basses et barytons. Il devint répétiteur au Théâtre de Tournai durant les saisons théâtrales s'étalant de 1930 à 1933. Entré à l'armée comme engagé volontaire au sein de la Musique du 3ème Régiment de Chasseurs à pied, il fut fait prisonnier en mai 1940. Revenu de captivité en 1941, il devint organiste à l'église Saint-Brice recommandé par Maître Abel Debourle, son professeur, qui officiait à la cathédrale Notre-Dame. Dans les concerts et festivals de Bel Canto, Anselme Dachy accompagna des artistes célèbres comme Clara Claibert, Rudy Hirigoyen, Jean Demany... mais aussi des chansonniers comme Jacques Lippe, Gabriello et bien d'autres. Membre de la SABAM (la société des auteurs et compositeurs) depuis sa création, il a composé ou arrangé de nombreuses œuvres pour soliste, trio, quatuor ou quintette. Ses compositions furent interprétées sur les antennes de Radio-Luxembourg (l'ancêtre de l'actuelle RTL) et de l'I.N.R. (qui devint par la suite la RTB). Dans la région, ses compositions les plus connues sont : "la Marche des Amis de Tournai", "la Marche de la Police Tournaisienne" et "Au Faubourg de Tournai", un des classiques athois joué notamment durant la Ducasse d'Ath. On lui doit aussi la musique de trois opérettes dialectales : "L'Ordonnance du Lieut'nant", "L'reine du Quartier" et "In Piste", cette dernière sur un livret d'Edmond Roberte.

Entré au Cabaret en 1950, il en devient le pianiste-accompagnateur (peu de gens savent qu'il avait déjà tenu le piano du Cabaret à l'âge de vingt ans). 

En 1953, avec un chanteur déjà bien connu dans la cité des cinq clochers, "Jean Clercel" (alias Jean Leclercq), il alla en finale du Concours de la Chanson Française qui se déroulait à La Louvière. 

On ne compte plus le nombre d'orchestres, ni de chorales qu'il dirigea au cours de son existence, les plus connues à l'heure actuelle sont : la chorale "Coecillia", la "fanfare l'Avenir" d'Ellezelles, les "Matelots de la Dendre" à Ath pour les spectacles lyriques, la Royale Harmonie du Corps des Sapeurs Pompiers de la Ville de Tournai où il succéda à Alfred Verdière, le "Trio de Charme d'Anselme Dachy" qui presta régulièrement sur les antennes de Radio-Hainaut à la fin des années quarante, "l'Union Saint-Martin" à Ath et "l'Orchestre du Cabaret" pour lequel il créa la musique des "Revues de l'Karmesse". On lui doit "la Marche du Cabaret" créée à l'occasion du septante-cinquième anniversaire de la société.

Pianiste-accompagnateur, arrangeur et compositeur, il surprit le public, le jour, où il vint sur le ponton interpréter "J'sus l'pianisse", une chanson décrivant les bons et moins bons moments vécus par celui qui accompagne mais parfois rattrape les chansonniers. Ce ne fut pas la seule chanson qu'il composa pour le Cabaret.  

 

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Jean Leclercq, un véritable homme-orchestre.

A peine cinq mois après Anselme Dachy, Jean Leclercq disparaît à son tour. Depuis les cabarets d'octobre 1992, il n'apparaissait plus sur le ponton, éloigné par la maladie qui allait l'emporter. Né à Tournai, le 23 mai 1923, Jean Leclercq avait plus d'une corde à son arc. Il a été fantaisiste, présentateur de crochets (ces concours de chansons qui étaient l'ancêtre de "The Voice"), animateur de spectacles. Au cirque De Jonghe, il était "Monsieur Loyal". Chanteur, en 1953, il participa au Concours de la Chanson Française où, accompagné par Anselme Dachy, il interpréta "Dans la petite rue", une chanson dont il avait écrit les paroles et la musique. Les sportifs tournaisiens se souviennent également de lui, journaliste à l'Avenir du Tournaisis, un passionné de cyclisme qui créa la course le "Trèfle à Quatre Feuilles" d'abord ouverte aux amateurs et ensuite aux coureurs professionnels (1968-1977), épreuve en circuit qui arrivait sur la Grand-Place, juste en face du bureau du journal. Jean aimait aussi le football et j'ai eu la chance, lorsque j'étais rédacteur du journal le Rouge et Vert, organe des supporters de la Royale Union Sportive Tournaisienne, de le compter parmi les chroniqueurs. Son article était rédigé en patois. Jean Leclercq, connu de beaucoup de Tournaisiens par son nom de scène du temps où il chantait, "Jean Clercel", était entré au Cabaret en 1959. On se souvient de ses succès au sein de la Compagnie : "Adieu Charlot", "L'Bal à Van Spitael", "L'Manèche des Amoureux", "L'Bédeeau" interprété sur l'air du Moribond de Jacques Brel, "L'Visite du Roi" et tant d'autres très souvent bissées par le public. Au sein du Cabaret, il fut le co-fondateur, en 1968, du "Journal Canté" et participait à "la Chanson des Cinq". Homme jovial au visage rond, compositeur-interprète toujours souriant, il nous a quittés le 16 juillet 1994.

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  Jean Leclercq (portant lunettes) à l'arrivée d'une des nombreuses courses cyclistes qu'il mit sur pied.

 

L'adage "Jamais deux sans trois" allait, hélas, se vérifier, le 20 octobre, lorsque Lucien Feron s'éteignit, lui aussi, vaincu par une grave maladie (voir le portrait que nous lui avons consacré dans l'article précédent : Souvenirs du Cabaret n°5). 

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Le Cabaret à la Maison de la Culture en 1994 (de gauche à droite) : Philippe De Smet - Eric Genty - Jean-Pierre Verbeke - René Godet - André Dupriez - Ghislain Perron - André Wuilbaut - Félicien Doyen - Marcel Roland - Lucien Jardez et Eloi Baudimont.

La légende de la photo reprend la question que tout le monde se pose alors : "Est-ce l'ultime image ?".  

(sources : "Florilège du Cabaret" ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la RCCWT - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, ouvrage paru en 2007 à l'occasion du 100ème anniversaire - souvenirs personnels. Documents photographiques : presse locale, collectés par Jean-Paul Foucart).

S.T. mars 2017

01/03/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon (5)

Les années nonante : quand l'avenir est incertain !

Les années "quatre-vingts" avaient été marquées par la disparition de nombreux membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, les années "nonante" ne seront pas meilleures, peu à peu, l'avenir de la société semble devenir incertain !

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Les quatre lauréats du Concours Prayez de l'année 1990, deux feront leur entrée dans la Compagnie : René Franqué (l'homme au noeud papillon) et Freddy Dequesne (le barbu).

Au début de la décennie, tout le monde est conscient qu'une relève est nécessaire. Aussi, c'est avec plaisir que les amis du Cabaret voient arriver sur le ponton : René Franqué, en 1991 et Philippe De Smet, l'année suivante (voir l'article que nous lui avons consacré au sein de ce blog)

René Franqué est né à Tournai, le 16 juin 1937. En 1990, il est lauréat du concours Prayez avec "I féaut marier eine Tournaisienne", "Bains Douches" et "Que j't'aime bin". De son passage sur le ponton, on se rappellera ses chansons "Nicodème" et "Infant d'Tournai". On ne sait pour quelle(s) raison(s), il décida de quitter le Cabaret en 1994. Il est décédé le 25 février 2006.

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     Nouvelle disparition en 1991 : Cyrille Delbecq, vaincue par un mal implacable.  

Cyrille Delbecq était né à Anvaing le 15 janvier 1931. Lauréat au Concours Prayez en 1981, 1982 et 1983, il produisit de nombreuses œuvres qui furent toutes primées :"L'tartine d'grand-père", "Ch'est alfeos beon d'faire la guerre", "El pinsionnite ", "I n'a pus d'infants" "N'orvenez pus gramère", "Faire chinture". C'est une chanson résumant à merveille son ressenti, "L'pépette" (la peur), qu'il interpréta lors de sa première apparition sur le ponton comme membre aspirant en 1983. Ce garçon timide qui ne pouvait cacher l'immense trac qui le tenaillait au moment de se diriger vers le micro fut bissé par un public enthousiaste. Lui qui avait probablement espéré se rasseoir bien sagement parmi ses compagnons fut obligé de la chanter une seconde fois. De lui, on se rappelle également "Tant qu'cha dure, ch'est ducasse". Cyrille Delbecq qui exerçait la fonction de greffier près le Tribunal de Travail de Tournai habitait Kain et était reconnu par ceux qui le côtoyaient pour être un garçon d'une grande discrétion, d'une extrême simplicité et d'une bonté innée. Ces diverses qualités transpiraient d'ailleurs dans chacune de ses compositions. Hélas, la maladie se déclara en 1987, un mal implacable, sournois contre lequel il lutta jusqu'au 20 mars 1991, date à laquelle il nous quitta. Il venait d'avoir 60 ans !

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En 1992, le Cabaret fête son 85ème anniversaire et les joyeux compagnons sont reçus à l'Hôtel de Ville. Ils entourent le bourgmestre Roger Delcroix. 

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La chanson des Cinq interprétée lors du petit Cabaret de janvier 1992 était dédiée à Georges Sénéca, l'nouvieau député. 

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En 1993, Jean-Pierre Verbeke reçoit sa "charge" pour ses quinze années de présence au Cabaret.

Sur les murs du local du Cabaret Wallon sont accrochées les charges des membres de la Compagnie depuis Hector Kensière en 1924. Encadrée, la charge est une photo du visage de l'intéressé posée sur un corps caricaturé. Dans un décor en rapport avec son activité, son origine ou ses habitudes, le personnage est entouré de nombreux éléments qui le caractérisent  : vie professionnelle, passions, chansons, hobbys, petites manies parfois... Ces charges sont remises au titulaire après quelques années de présence (5 ans, 10 ans, voire 20 ans) et restent la propriété de la Société qui les expose dans le lieu de réunion. Afin que le public puisse les admirer, Jean-Luc Dubart (pour les textes) et Freddy Gaspardo (pour les photos) les ont publiées en 1997-1998, chaque semaine, dans le supplément du dimanche du journal Nord-Eclair.  

Puisqu'elle n'est pas très visible sur la photo, décrivons la charge de Jean-Pierre Verbeke. Grand par le talent et certainement le plus grand par la taille du Cabaret, Jean-Pierre est représenté attablé à son bureau d'agent de la Poste, les jambes démesurées allongées. De nombreux papiers jonchent le sol, ce sont probablement les compositions de chansons qui ne l'ont pas satisfait, entre les doigts, il tient un cigarillo. Au mur, un cadre le représente en marin rappelant qu'il a fait son service dans la marine. Une bulle en forme de nuage, symbolisant un rêve, le montre lors de ses vacances à Roquebrune, son lieu de villégiature préféré... Le texte (écrit en patois) dit : "A ses inspirations, il ne saurait mettre un frein ! Planant sur les sommets, la tête dans les nuages, il couvre, en rêvant, pages après pages, laissant sa muse tournaisienne lui dicter ses refrains" !

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Ils sont nombreux les lauréats du concours Prayez de 1993. Certains de ceux-ci viendront renforcer le Cabaret.

 

L'année 1994 se profile à l'horizon, elle sera terrible pour le Cabaret. La Royale Compagnie va-t-elle survivre ou bien mourir après 87 années d'existence ?

(sources : "Florilège du Cabaret " ouvrage paru en 1987 à l'occasion des 75 ans de la compagnie - "Chint ans d'Cabaret" ouvrage de Pol Wacheul publié en 2007 à l'occasion du centenaire - "les Charges de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien", ouvrage de Jean-Luc Dubart et Freddy Gaspardo paru en 1998 - documents photographiques : le Courrier de l'Escaut et Nord-Eclair)

S.T. mars 2017. 

27/02/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (4)

Les années noires !

 

Durant la décennie "quatre-vingts", le Cabaret Wallon Tournaisien va vivre des heures douloureuses avec la perte de nombreux membres.

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Albert Coens a laissé des œuvres immortelles.

La dernière fois que j'ai eu l'occasion de converser avec Albert Coens, c'était durant la saison 1983-1984, dans le cadre d'activités footballistiques, à la buvette du terrain B du Racing situé alors au Vert Bocage. C'était quelques mois avant son départ inopiné et rien ne laissait imaginer celui-ci. Il savait que mes préférences penchaient vers les "Rouge et Vert" de l'Union, lui le Racingman convaincu, mais cela n'avait jamais entaché des relations plus que cordiales que nous entretenions lors de nos (trop) rares rencontres. Albert Coens était né à Tournai, le 2 octobre 1926. En 1948, il avait été lauréat du Concours Adolphe Prayez. Il possédait aussi un prix d'excellence de la Classe d'Art dramatique du Conservatoire de Tournai, une maison qu'il connaissait bien puisqu'il en était le Secrétaire tout comme Walter Duvellier le fut. Entré au Cabaret où il restera de 1949 à 1975, il fit les belles soirées de la troupe patoisante tournaisienne grâce à ses multiples talents de poète, chansonnier, auteur de sketches, metteur en scène, régisseur.... Perfectionniste, il en est rapidement devenu une des figures de proue. Sa chanson " L'lapin du Lindi perdu" restera un classique de cette fête tournaisienne du début janvier tandis que son poème "Si..." reprend à lui seul les qualités souhaitées pour entrer dans la Royale Compagnie. On se rappelle le personnage truculent de paysan qu'il a interprété au sein d'une revue, adressant sa "Lette à Moneonque Michel", déclaration contre la fusion des communes dite avec cet humour dont il avait le secret. Ce membre-fondateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" dans lequel il écrivait sous le pseudonyme de Titisse, quitta malheureusement le ponton en 1976. Le 30 avril 1984, la rumeur se répandit dans toute la ville, Albert Coens était décédé inopinément. Il n'avait que 57 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Le 3 juillet 1984 disparaît Richard Leclaire, autre figure marquante du Cabaret.

Richard Leclaire est né à Tournai le 7 juin 1921. En 1956 et 1957, il sera lauréat du Concours Prayez, voie obligée pour frapper à la porte du Cabaret. A l'image de Marcel Roland, il exerçait sa profession dans le monde de la finance puisqu'il était le Directeur de la Caisse d'Epargne de Tournai, une institution aujourd'hui disparue. Il est entré au Cabaret en 1958. Au-delà de ses chansons à succès comme "L'Disco", "Rayon d'Solel", "Si cha s'reot à r'faire" (primée au Concours Prayez) ou "L'planque à roulettes", Richard Leclaire était également auteur de sketches diffusés dans les émissions dialectales de Radio-Hainaut et collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publiait des billets sous les pseudonymes de Chapic et Ketsu. En 1968, il créa avec Jean Leclercq, ce qui devint une institution au sein de la compagnie: "L'journal canté", un exercice en duo reprenant, sur un ton humoristique, les faits d'actualité qui se sont déroulés entre deux rendez-vous avec leur public des chansonniers tournaisiens. Avec son épouse, il composa des duos dont les spectateurs se souviennent au sein des revues. Le 3 juillet 1984, deux mois après Albert Coens, le Cabaret perdait un nouveau membre. Richard Leclaire venait de fêter ses 63 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

1984 : Lucien Feron fait son entrée au Cabaret, il a choisi pour parrains Réne Godet (à gauche) et Jean-Pierre Verbeke (à droite). 

Lucien Feron est né à l'ombre du clocher de Saint-Piat, le 16 septembre 1939. De cette enfance dans ce quartier typique de la cité des cinq clochers, il avait conservé l'esprit frondeur du "p'tit rambile", expression par laquelle on désigne le titi tournaisien. Lauréat à de nombreuses reprises au concours Prayez durant trois années consécutives, Lucien Feron entre au Cabaret comme aspirant en 1984. On ne compte pas ses succès qui vont déclencher les rires des spectateurs, ils prennent une place de choix dans la collection des œuvres léguées par les chansonniers tournaisiens. "L'cyclotourisse", est un portrait de ces cyclistes du dimanche dont certains se prennent pour des champions de la "petite reine" tandis que d'autres terminent leurs randonnées en "rois des comptoirs". Sa "Lette à Matante Bertha" est une évocation des multiples problèmes tragi-comiques rencontrés lors d'une hospitalisation (des propos toujours d'actualité !). "Chez Meura, i-a vingt ans", est une description précise et emprunte d'émotion du travail des ouvriers métallurgistes qui ont consacré leur carrière et leur vie à faire la renommée d'un fleuron de l'industrie tournaisienne qui venait juste de disparaître. "Quand les lilas fleurissent" contient une brassée de souvenirs personnels dont le personnage central est cette maman qu'il aimait tant et qu'il avait perdue. "Bonheomme" traduit aussi le côté tendre de l'auteur. Cet habitant la rue Roc Saint-Nicaise, vaincu par un mal implacable, est décédé le 20 octobre 1994. Lucien Feron venait de fêter ses 55 ans !  

  

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Lucien Feron (2ème à partir de la gauche) est devenu membre à titre définitif en septembre 1985. On le voit avec les lauréats du concours Prayez. Il était rare à l'époque de voir figurer une représente féminine au palmarès, cet honneur échoit à Josette Lambreth d'Hérinnes, une excellente plume patoisante régionale. Parmi les primés, on reconnaît également deux futurs membres du Cabaret, Rudy Sainlez (le "barbu" au centre) et Max François (le "moustachu").

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Durant cette décennie, la "grande faucheuse" ne semble vouloir pas lâcher la Royale Compagnie. En 1986 disparaît Edmond Roberte. 

Edmond Roberte est né à Maubray, le 18 mars 1920. Il travaillait à Tournai, au sein de la société Electrabel. En 1963, il est primé au Concours Prayez et il entre au Cabaret en 1965. Ses origines villageoises le désignaient sous l'expression "L'paysan du Cabaret". En plus de ses talents de chansonnier et de comédien, il est aussi un excellent musicien, organiste de l'église de son village natal. Il démontrera ses qualités musicales en accompagnant, à l'occasion, Anselme Dachy au piano à quatre mains. Auteur de sketches pour les émissions dialectales de Radio-Hainaut, collaborateur de la gazette "Les Infants d'Tournai" où il publie ses billets sous le pseudonyme d'E. Du Clair, il est également le créateur d'une opérette (aujourd'hui, on parlerait de comédie musicale) intitulée "In Piste !" sur une musique d'Anselme Dachy. On ne compte plus les succès d'Edmeond Roberte, chacune de ses apparitions étaient attendues avec impatience par les spectateurs. On retiendra en particulier : son imitation de Tino Rossi dans sa chanson "Orfroidiss'mint" (sur l'air de Tchi Tchi), "L'organiste", un auto-portrait tout en dérision, "Pianiste", un hommage à ces virtuoses du piano. "L'piston" est un autre de ses très nombreux succès. On le voit encore en sonneur de cloches avec son comparse Richard Leclaire au sein d'une revue. On se rappelle sa reprise du rôle créé par Albert Coens, coincé au volant d'une 2CV à la porte du "Bar des Cigales". On se souvient encore de ce plombier un peu naïf au sein d'une maternité dont un accouchement est marqué par un énorme quiproquo. En me rencontrant, il m'avait un jour déclaré : "Voici l'homme que je croise le vendredi mais que je ne vois jamais", l'explication de ces mots est simple : lui prenait l'autoroute entre Maubray et Tournai (pour assister aux réunions du Cabaret), tandis que qu'au même moment, je faisais la route inverse pour me rendre au cercle Montbrétia duquel j'étais membre. Amoureux de la nature, c'est alors qu'il était occupé à jardiner que, le 12 mai 1986, il est tombé, terrassé par un infarctus. Lui aussi n'avait que 66 ans !

Tournai, cabaret wallon tournaisien

Eric Genty, lauréat au concours Prayez de 1987, entre au Cabaret. 

La réputation du nouveau membre du Cabaret, entré en 1987, n'était plus à faire. Eric Genty est né à Orléans (F), le 16 octobre 1926, et est arrivé en Belgique à l'âge de 22 ans. Dans ce pays d'adoption, il demandera et obtiendra sa naturalisation. Durant les années soixante et septante, les Tournaisiens le rencontraient dans son magasin de la Grand-Place, à l'enseigne de "Tournai-Disques". Nul n'ignorait alors qu'il était le chanteur de l'orchestre d'Hector Delfosse et la plupart avaient certainement déjà fredonné une de ses chansons : "Le petit chapeau tyrolien", "Ah, si j'étais resté célibataire !", "Oh lala Louise", des succès qui faisaient la joie des réunions de famille ou des banquets de société. Son plus gros succès, celui qui le fera connaître par-delà les frontières, reste "La danse des canards", succès inusable et connu dans tout le monde francophone, interprété par J.J. Lionel, une chanson dont il écrivit les paroles sous le pseudonyme de Guy de Paris. Lorsqu'il entre au Cabaret, il exerce la fonction de huissier à l'Hôtel de Ville. Il fera d'ailleurs une chanson décrivant cette activité professionnelle pleine d'inattendus. On lui doit également "J'décatis, Katy", "Ch'est m'ville", "Mi,j'ai wardé". Eric Genty quittera le Cabaret en juillet 2000.

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"La chanson des Cinq" termine traditionnellement les séances de Cabaret. On reconnaît sur la photo (de gauche à droite) : Eloi Baudimont - Marcel Roland - Jean-Pierre Verbeke - Ghislain Perron et Jean Leclercq. Cette photo date de 1988. 

1907-1987, le Cabaret est devenu un alerte octogénaire, mais il est... toujours vert. 

(sources : "Florilège du Cabaret", un ouvrage paru en 1982 à l'occasion du 75ème anniversaire de la Royale Compagnie - "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul, un ouvrage paru en 2007 - souvenirs personnels de rencontres avec les chansonniers évoqués - documents photographiques : archives de la presse locale - remerciement à Jean-Paul Foucart).

S.T. février 2017

22/02/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (3)

Les golden sixties !

Durant les années soixante, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien va atteindre le sommet de son art et aussi de sa popularité grâce à "l'Orvue de l'Karmesse", un événement incontournable dont l'immense succès va l'obliger à multiplier les représentations entre le mois de septembre et la Toussaint (et même jusqu'au début du mois de décembre pour les dernières éditions). Vingt-huit revues à grand spectacle ont ainsi été mises sur pied par la troupe des chansonniers tournaisiens entre 1948 et 1975.  En 1982, à la Maison de la Culture, un public estimé à 19.000 spectateurs eut droit à une première revue-souvenir intitulée "Quand ch'éteot l'Orvue". Une ultime édition sera montée, en 2008, dans le cadre de l'année du centenaire, celle-ci résumait les précédentes en reprenant les meilleures scènes.

Jadis, Albert Coens et Eloi Baudimont écrivaient la presque totalité des sketches, sacrifiant, chaque année, leurs vacances à la recherche de gags, de quiproquos, de situations comiques qui déclenchaient les rires des spectateurs. Un travail méticuleux car il faut savoir que chaque scène avait son décor et aussi ses costumes. 

Les titres étaient toujours en rapport avec l'actualité de l'année : "Cha ch'est bazar" (l'année de l'ouverture de la grande surface de la rue de la Tête d'Or en 1962),  "Féaut caire d'ssus" (l'année du premier alunissage en 1969), "Ein point, ch'est tout" (l'année des élections en 1970), "Tout feu, tout femme" (à l'occasion de l'année de la femme en 1975)... Avec la participation des ballets de Mme Vercauteren, de l'orchestre du Cabaret dirigé par Anselme Dachy mais aussi avec les renforts d'Angélina Delcourt, Arlette Décarpentrie, Jacqueline Jardez, Jacqueline Perron, Anna Rivière, Anna Roberte, Raymonde Voiturier, de l'épouse de Richard Leclaire, de Robert Léonard, Léonard Rivière, Gaston Voiturier, Christian Bridoux (déjà !) et bien d'autres, c'étaient plusieurs dizaines de rôles qui occupaient la scène durant près de quatre heures. La revue "Tout feu, tout femme" fut jouée à vingt-huit reprises et vue par plus de 14.000 spectateurs. Un spectacle d'amateurs qui laissait rêveur certains professionnels ! 

 

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1966 : Jojo (Lucien Jardez) et Nénesse (Marcel Roland), deux compères qui apparaissaient entre les différentes scènes des revues. 

Jojo et Nénesse, les deux amis ont vraiment été mis à toutes les sauces. On les a vus agents de police (notre photo), écoliers en culottes courtes (l'année de l'apparition de l'enseignement rénové), colleurs d'affiches (l'année des élections), astronautes (l'année où le premier homme a posé le pied sur la lune), aéronautes, adeptes du sauna et même transformés en femmes (lors de l'année de la femme)...

Comme je l'ai dit, j'ai eu la chance de connaître dans ma jeunesse Edmond Godart et Georges Delcourt, en tant que voisins, j'ai aussi eu le plaisir de travailler en compagnie de Marcel Roland. Directeur d'agence à la Banque de Bruxelles, sa popularité et sa gentillesse lui ont amené de nombreux clients, tout heureux d'être conseillés par "Monsieur Nénesse" du Cabaret. Ce sympathique chansonnier était né le 20 juin 1921 à Tournai. Lauréat du Concours Prayez en 1953 avec sa chanson "L'Parc communal", il devint membre du Cabaret en 1959. En tant que directeur d'agence bancaire, c'est logiquement qu'il fut nommé au poste de Trésorier en 1980. Auteur de chansons, il était surtout un remarquable interprète qui vivait ses textes sachant transmettre son émotion au public ou déchaîner les éclats de rire dans la salle. On le voit encore sur le ponton interpréter : "La vie tournaisienne" ou "M'pétite école", compositions personnelles ou bien "L'Maclotte" de Fernand Colin, "L'Crasse pinte" de Léopold Kain, "On Minche bin à Tournai" de Georges Delcourt ou "Ein scandale au roduit "d'Adolphe Prayez. Marcel Roland qui demeurait à la rue Royale nous a quittés en 2000. 

 

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1966 : Lundi perdu, la tradition a été respectée, Anselme Dachy, l'accompagnateur des chansonniers (à côté de Lucien Jardez), est le nouveau roi de la société tandis que Walter Duvellier en est "l'seot" (à côté de Robert Pollet). 

Je risque de me répéter en disant que je rencontrais souvent Walter Duvellier puisque celui-ci a également habité dans une résidence du boulevard Bara, à deux pas de chez Georges Delcourt. Il était né le 3 avril 1903 à Chalon-sur-Saône (France). C'est en qualité de violoniste, musicien d'orchestre, qu'il est entré au Cabaret en 1924. A cette époque, les chansonniers n'étaient pas seulement accompagnés d'un pianiste, comme ce fut le cas par la suite, mais par un orchestre complet. Il a exercé la fonction de Trésorier de 1954 à 1959 et a été Vice-président de 1965 à son décès survenu le 14 mai 1974. Walter Duvellier exerçait la profession de Secrétaire au conservatoire de Musique. Au sein de la Compagnie, il était un interprète des chansons humoristiques puisées dans le répertoire des anciens. "L'fier à r'passer" semble être le seul monologue écrit par lui.

 

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1966 : Lors d'un "Petit Cabaret", Louis Urbain s'avance vers le micro, au piano, on retrouve Anselme Dachy, au premier rang (de gauche à droite) Edmond Godart - Lucien Jardez - Walter Duvellier. Au second rang : Eloi Baudimont - Albert Coens - Jean Leclercq - Robert Delvigne (?).

 

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1966 : Sous le titre "Le Cabaret part en vacances", les joyeux chansonniers tournaisiens annoncent leur spectacle du 12 mars en la Halle-aux-Draps. On reconnaît au centre du second rang Georges Delcourt et son épouse Angélina. Au premier rang, à droite, un des derniers entrés : Edmond Roberte. 

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Depuis toujours, la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien prête son concours à des œuvres philanthropiques. Les chansonniers se produisent à titre gratuit pour des associations caritatives ou a finalité sociale. On voit ici quelques membres lors d'un après-midi de 1967 à la Maison de Retraite des Sœurs de la Charité. Ce document nous permet de reconnaître Angélina Delcourt (la dame en noir à gauche), à côté de Marie-Louise Urbain et Fernande Durieux, l'épouse de Marcel Roland (à droite).

Je crois qu'il est utile de mettre à l'honneur ces gens de l'ombre que sont les épouses et compagnes des membres du Cabaret. Personne ne peut imaginer l'abnégation dont elles font preuve, le nombre d'heures qu'elles ont partagées avec cette "maîtresse envahissante" qu'est la Royale Compagnie. Petits et grands Cabarets, séances philanthropiques, prestations à Bruxelles ou ailleurs, écriture des chansons ou monologues, réunions hebdomadaires au local (durant lesquelles est bien souvent organisée une... troisième mi-temps !), préparation des spectacles et écriture des revues, répétitions pour ces dernières et soirées théâtrales en la Halle-aux-Draps, voilà autant d'absences justifiées d'un mari accaparé par le Cabaret. De plus, cette passion pour notre patois prend le plus souvent place après une journée de travail.

 

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Au sein de la Compagnie, l'Amitié n'est pas un vain mot. On voit les membres du Cabaret se recueillir sur la tombe d'André Pouril disparu en février 1967.

 

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Si désormais le Cabaret fête la Wallonie dans le salon de la Reine de l'Hôtel de Ville, il fut un temps où la cérémonie se déroulait au "Pichou Saint-Piat", le monument à la Chanson et à la Littérature wallonne. Le présent document représente la cérémonie qui s'y est déroulée en 1968. On reconnaît le président Lucien Jardez entouré d'André Glineur (à sa droite), autre excellent auteur patoisant, membre du Théâtre Wallon Tournaisien, et du bourgmestre Jean Hachez (à sa gauche).

 

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On sait que les traditions sont respectées par le Cabaret. Voici donc, en 1975, la bande de joyeux compères réunis sur le "bourloire" du café "Colombophile" à Kain pour l'annuel jeu de boule carréaulé. On reconnaît en bas (de gauche à droite) : Edmond Roberte - Albert Coens - Ghislain Perron. Debout : Max François - Louis Urbain - Marcel Roland - Lucien Jardez - Jean Leclercq - Anselme Dachy - André Dupriez et Charles Ghio. Ce jour-là, Charles Ghio allait être sacré roi de la Société. Peut-être ne doutait-on pas encore qu'Albert Coens allait cesser toute activité au sein de la Compagnie l'année suivante ! Le jeu de boule se terminait toujours par un souper aux "petits légumes".

 

 

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Pour clôturer les années septante, voici le Cabaret au grand complet en 1977. A cette occasion, le public découvre les deux nouveaux membres (en haut, à gauche) : Jean Pierre Verbeke et André Wilbaux.

 

(sources : documents extraits de la presse locale grâce à la collaboration de Jean-Paul Foucart et souvenirs personnels de membre-sympathisant du Cabaret). 

S.T. février 2017.

20/02/2017

Tournai : souvenirs du Cabaret Wallon Tournaisien (2)

De 1950 à nos jours : l'âge d'or du Cabaret Wallon.

Ce titre interpelle probablement les inconditionnels de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et mérite donc une explication. Les membres fondateurs ont donné ses lettres de noblesse à la Compagnie et nous ont laissé des œuvres indémodables, toujours interprétées de nos jours. On pense à : "L'Karmesse de Tournai" d'Auguste Mestdag, au "Lindi Parjuré" d'Achille Viehard, à "L'Robe blanque" d'Adolphe Prayez, à "Ch'est ainsin dins no ville" d'Eugène Landrieu", aux "Gosses de Tournai" d'Henri Thauvoye ou à "L'Maclotte" de Fernand Colin mais aussi à bien d'autres chansons qu'on entonne encore dans les fêtes de famille qui se déroulent à l'ombre des cinq clochers. 

Toutefois, peu à peu, après la seconde guerre mondiale, la Royale Compagnie a pris une toute autre dimension. Elle s'est ouverte au plus grand nombre de sympathisants, elle a multiplié les prestations, monté des revues à grand spectacle, vu ses soirées retransmises sur la chaîne nationale de télévision ou sur la télévision locale No Télé. Ces membres ont été régulièrement invités dans l'émission dialectale de Radio-Hainaut (devenue Vivacité). Pour répondre à l'attente des très nombreux spectateurs, les chansonniers ont été obligés de quitter la trop petite salle de l'étage du café Central sur la Grand-Place pour rejoindre la Halle-aux-Draps et la Maison de la Culture. Le Cabaret est régulièrement sorti de Tournai pour aller à la rencontre d'auditeurs qui l'attendaient à Bruxelles (le cercle des Tournaisiens de Bruxelles), dans les cercles estudiantins de la capitale ou de Louvain-la-Neuve et encore dernièrement à Ath.  

C'est cette évolution que nous découvrons par la photo. 

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1956 : Si le document n'est pas très net, on peut néanmoins reconnaître de gauche à droite : Eloi Baudimont - Albert Coens - Georges Delcourt - André Pouril (?) - Louis Urbain interprétant la "chanson des cinq" accompagnés au piano par Anselme Dachy. (photo : Courrier de l'Escaut).

André Pouril était né dans le Nord de la France en 1901. Primé au concours Prayez en 1928, il était entré au Cabaret l'année suivante. Il sera Secrétaire-Administrateur de 1956 à son décès survenu le 20 février 1967. 

tournai,cabaret wallon tournaisien

1956 : une société comme le Cabaret Wallon Tournaisien ne pouvait déroger à la tradition bien ancrée du "Lundi perdu". Emile Viehard est sacré roi et reçoit ses attributs des mains d'Eloi Baudimont (à droite) et de Lucien Jardez (au centre). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Fils d'Achille Viehard, membre-fondateur, Emile Viehard était né à Tournai le 1er mars 1875. Il était entré au Cabaret en 1923, il deviendra Vice-Président en 1948 et le restera jusqu'à son décès le 6 janvier 1961.

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  1959 : Du plus petit au plus grand (par la taille), on reconnaît : Robert Pollet - Jules Messiaen - Richard Leclaire et Charles Midavaine (photo : Le Courrier de l'Escaut).

A la fin des années cinquante, Robert Pollet était une des plus belles promesses de la Royale Compagnie. Il était né à Tournai, le 21 mars 1933 et entré au Cabaret en 1957. Auteur de chansons, poèmes, monologues et sketches, il pouvait aborder avec facilité les différentes facettes du rôle de chansonnier. Dans sa chanson "L'Marché du Sam'di", il nous balade de la Grand-Place à la place Saint-Pierre et nous fait une photographie précise et humoristique de ces petits faits qui émaillent les rencontres qu'on peut y faire. Souvent sur les routes pour son travail, un chauffard mit fin prématurément à ce talent lors d'un accident de la circulation survenu le 20 mars 1970.

Portant le même prénom que son grand-père, entré la Royale Compagnie en 1920, Charles Midavaine (Jr.) est né à Tournai en 1930 et est entré au Cabaret en 1955. Alors qu'il était Secrétaire-Administrateur depuis le 29 mai 1964, il démissionna un an plus tard, en avril 1965. Il avait été de nombreuses fois lauréat du concours Prayez.  

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1965 : une fois par an, les membres du RCCWT se retrouvent lors la ducasse de Kain pour jouer au jeu de boule. De gauche à droite on reconnaît : Jean Leclercq - Lucien Jardez - Charles Ghio - Georges Delcourt - Richard Leclaire - Edmond Godart et Félicien Doyen (toute une génération de chansonniers aujourd'hui disparue). (photo : le Courrier de l'Escaut).

Charles Ghio est entré au Cabaret en 1945, il était né à Tournai le 24 décembre 1896. Membre de la chorale "La Tournaisienne" et du Cercle Choral "Tornacum", cet excellent baryton va mettre sa voix puissante au service de la Royale Compagnie. En 1959, il en sera nommé trésorier et le restera jusqu'à son décès survenu le 18 février 1980. 

J'ai eu la chance de bien connaître Georges Delcourt et son épouse Angélina (celle qui interpréta des seconds rôles mémorables dans les différentes revues). Le chansonnier exerçait la profession de marbrier. Magasin et ateliers se situaient en haut de la rue Saint-Martin, à l'angle du boulevard Bara. Cet excellent comédien, à l'humour communicatif, qui vivait les chansons qu'il interprétait était né le 2 mars 1896 et entré au Cabaret en 1925. Parmi les très nombreuses œuvres qu'il nous a léguées, on se rappelle notamment : "On minche bin à Tournai", eine cancheonne à faire "meonter les ieaux" (à donner faim). Il nous a quittés le 27 mars 1968. 

Chaque jour, me rendant à l'école primaire, je rencontrais également Edmond Godart. Celui-ci demeurait sur le boulevard Bara, à deux pas de "l'porte d'Lille". Il exerçait la fonction de rédacteur au journal l'Avenir du Tournaisis et était également chroniqueur sportif et membre de nombreuses associations tournaisiennes (les Amis de Tournai, fondateur et scribe des Chevaliers de la Tour, animateur tournaisien des émissions dialectales de Radio-Hainaut, Président fondateur du Centre Culturel d'Art Dramatique de Tournai-Ath-Mouscron...). Né à Tournai, le 9 octobre 1893, il était entré au Cabaret en 1928 et en fut le Vice-président de 1958 à son décès survenu le 29 janvier 1973. Journaliste, chansonnier, poète, acteur, régisseur mais aussi lauréat de nombreux prix... on retient de lui des œuvres comme "L'cancheon d'nos clotiers", "Le chant de l'Union", un des deux clubs de football tournaisiens, "Canteons Sainte-Magrite" et bien d'autres. 

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 1965 : Louis Urbain

Avec Louis Urbain, c'est la vraie chanson sentimentale qui est entrée au Cabaret. Il était né dans la cité des cinq clochers, le 14 mars 1914. Plusieurs fois primé au concours Prayez et lauréat du concours de la littérature tournaisienne organisé par le Souvenir Tournaisien de Schaerbeek, il était entré au Cabaret en 1937. En 1965, il en devint Secrétaire-administrateur et le resta jusqu'à son décès survenu le 15 janvier 1980. Il était également membre fondateur et collaborateur régulier de la gazette "les Infants d'Tournai". Il nous a légué de très nombreuses chansons dont les titres évoquent ce côté "fleur bleue" qu'il revendiquait. Parmi celles-ci, on retiendra : "Pasque...", "J'aveos rêvé !", "J'vous aime bin !", "Toinette", "Les éautes" ou encore "Rôsse". 

L'album de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien se referme momentanément, d'autres photos viendront enrichir nos souvenirs !

(Sources : "Florilège du Cabaret 1907-1982) ouvrage paru à l'occasion du 75ème anniversaire du RCCWT - photos archives du "Courrier de l'Escaut". Je remercie mon ami Jean-Paul Foucart pour sa collaboration dans la recherche de documents).

S.T. Février 2017.

16/02/2017

Tournai : Souvenirs du Cabaret Wallon

Première partie :  Les Présidents !

En la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, la ville de Tournai possède une alerte centenaire. Fondée en 1907, la société a parcouru plus d'un siècle et son succès ne s'est jamais démenti. De son premier Président, Adolphe Wattiez jusqu'à l'actuel, Christian Bridoux, elle a drainé des dizaines et des dizaines de milliers de spectateurs ou auditeurs, amoureux d’œuvres poétiques ou humoristiques, surtout lorsque celles-ci sont exprimées dans le patois local. A l'origine, les buts avoués de ses membres fondateurs étaient de : "prouver que la Wallonie a une histoire, exalter l'art wallon et plus particulièrement tournaisien, rappeler la tradition francophile de Tournai". Les chansonniers seront les ardents défenseurs d'un patois picard, malheureusement, de plus en plus honni par les milieux bien-pensants et intellectuels qui, dans chaque région de notre pays, considéraient le parler local comme une tare, comme un langage vulgaire. Espérant s'élever dans la Société et ainsi se mettre au niveau des dirigeants et des bourgeois, certaines couches de la population trahissaient tout simplement le parler de leurs aïeux et reniaient leurs origines. 

Grâce à la presse régionale, il est possible de retrouver des visages connus, parfois aujourd'hui disparus, qui ont tous apporté leur pierre à l'édifice de la Compagnie. Remontant aux années cinquante, nous vous invitons donc à feuilleter l'album de famille de ce qu'on appelle, à Tournai : "L'Cabaret". Abordons le chapitre de ceux qui présidèrent à sa destinée. 

 

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En 1956, lorsque disparaît Alphonse Tassier qui connut la difficile tâche de diriger le Cabaret durant les heures sombres de la guerre après la disparition en 1942 d'Ernest Ponceau, son premier Président, c'est Charles Maillet que ses pairs portent à la tête de la société. Le choix est judicieux, l'homme est un auteur patoisant qui a déjà remporté de très nombreux prix. Il dirige le groupe de chansonniers avec sagesse et pédagogie. Il faut dire qu'au moment de fêter son demi-siècle d'existence, la Royale Compagnie compte alors pas moins de vingt membres actifs.

En 1964, celui qui préside aux destinées du Cabaret depuis huit ans demande à être déchargé de sa fonction en raison de son âge, il est alors âgé de 81 ans et compte 34 années de présence au sein de l'institution patoisante tournaisienne. Il en deviendra Président d'Honneur jusqu'à son décès en 1966.

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Un seul candidat se présente à la succession de Charles Maillet, Lucien Jardez est élu quatrième Président de la Compagnie. Il est entré au Cabaret en 1943 et est rédacteur en chef de la gazette "Les Infants d'Tournai" depuis 1958. Poète, auteur de monologues, Lucien Jardez compte également un prix d'excellence au cours dramatique du Conservatoire de Tournai. Homme d'une grande rigueur, exigeant avec lui-même, il l'est également avec les autres et sous sa présidence, il privilégie constamment la qualité à la quantité. Il va connaître la plus grande époque du Cabaret, notamment celle des revues annuelles qui attirent des milliers de personnes dans la Halle-aux-Draps et se jouent de la kermesse de septembre à la Toussaint. L'entreprise est titanesque et d'une rare qualité scénographique au point que la RTB et son réalisateur d'émissions dialectales, André Gevrey, viendront réaliser des captations des spectacles. "Un travail de pros réalisés par des amateurs (dans le sens noble du terme)" dira à cette occasion l'homme de télévision. Grâce à ses diffusions sur les antennes nationales, le Cabaret Wallon Tournaisien venait de conquérir ses lettres de noblesse mais aussi une réputation qui dépassa largement les frontières du Hainaut Occidental (comme on nommait jadis la Wallonie Picarde).

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Lucien Jardez (au centre de la photo) entre Charles Maillet (à gauche) et Hector Kensière (à droite).

Au cours de l'existence d'une société, les bons moments sont souvent ternis par des épisodes plus dramatiques comme on le verra par ailleurs. Le 27 novembre 1996, Lucien Jardez pris dans le tourbillon d'une querelle des "Anciens et des Modernes" jette le gant et rédige sa lettre de démission. 

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C'est l'accompagnateur des chansonniers, Philippe De Smet, qui est porté à la présidence, le 4 décembre 1996 (voir l'article que nous lui avons consacré dans le blog). A la veille des nonante années d'existence, c'est la toute première fois qu'un non-chansonnier prend la tête du Cabaret. Il aura la lourde tâche d'assurer le renouveau de la compagnie dont l'existence même a été sérieusement menacée quelques mois auparavant. Le cinquième Président va s'atteler à rajeunir les cadres, à faire entrer du sang neuf et à ressouder un groupe qui a été marqué par des dissensions internes mais aussi par les départs suite à des décès ou des démissions. Durant sa présidence, tous les petits et grands cabarets furent intégralement retransmis par la chaîne régionale No Télé permettant ainsi de porter l'image de la compagnie dans les foyers de Wallonie picarde, une heureuse initiative qui a pris fin récemment pour des raisons qui n'ont jamais réellement été expliquées aux téléspectateurs.  

Accaparé par ses nombreuses activités (voir également l'article que nous lui avons consacré sur le blog), Philippe cède le relais à Michel Derache, en 2008. Ce lauréat de nombreux prix au concours Prayez entre 2000 et 2005 est membre de la compagnie depuis un an seulement ! Il poursuivra le renouveau du Cabaret entamé par son prédécesseur et maintiendra la tradition des revues si appréciées du public. Celui-ci va assumer la tâche durant six années avant de passer le flambeau, au 1er janvier 2014, à Christian Bridoux qui devient le septième Président de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien (voir l'article que nous lui avons consacré). 

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Même si Christian Bridoux a un air interrogateur sur la photo, il mène le Cabaret avec sagesse et avec une vision de l'avenir comme le firent ses prédécesseurs. 

Une centaine de chansonniers a participé à cette odyssée, du sang neuf a fait son apparition ces dernières années, rejoint par "les Filles, Celles picardes", la gente uniquement masculine du Cabaret Wallon Tournaisien continue, d'année en année, à enrichir le folklore de notre cité et on espère, dans la cité des cinq clochers, qu'elle restera encore longtemps gardienne de la tradition patoisante de notre cité. 

(sources : "Chint ans d'Cabaret" de Pol Wacheul - photos : presse régionale et R. Rauwers).

S.T. février 2017.

21/09/2016

Tournai : les festivités de septembre (3)

Dimanche 11 : les cortèges !

La procession à peine rentrée à la cathédrale, vers 12h45, l'êvêque, Mgr Guy Harpigny, se rendit en cortège de la place de l'Evêché au pied du beffroi. Sur l'estrade, il alla remettre à Rudy Demotte, bourgmestre, les clés de la Ville reçues la veille. Alors que retentissait l'hymne "les Tournaisiens sont là", le premier magistrat de Tournai allait aussitôt transmettre le précieux sésame à Annick Veys, Présidente des Amis de Tournai, la chargeant ainsi, symboliquement, de continuer à animer la ville. 

Malgré qu'un soudain et temporaire petit crachin soit venu semer une certaine inquiétude chez les organisateurs, sur la Grand-Place, il n'y avait déjà plus une place de libre aux terrasses des cafés et des brasseries, beaucoup ayant fait le choix de s'y restaurer afin d'être en première ligne pour le spectacle de l'après-midi. Dès 14h, des harmonies et fanfares régionales occupèrent le kiosque dressé face à la Halle-aux-Draps afin de faire patienter la foule. Pendant ce temps, les rangées de chaises qui ceinturaient le forum tournaisien trouvaient, peu à peu, leurs occupants. 

 

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Les groupes Marie de Hongrie de Binche et Charles-Quint de Gand formant le groupe "Renaissance".

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Vers 15h, un premier spectacle de qualité sera offert aux spectateurs. Les groupes "Marie de Hongrie" de Binche et "Charles-Quint" de Gand reconstituèrent les somptueuses fêtes qui marquèrent la venue de l'Empereur à Tournai pour un chapitre de la Toison d'Or, en 1531. Malgré une amplification quelque peu faiblarde et quelques spectateurs qui se croyaient encore attablés au restaurant et tenaient salon, les tableaux proposés furent appréciés par une très large majorité de spectateurs.

 

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A 16h, venant de la place Crombez et ayant traversé le centre-ville par les rues Royale, de l'Hôpital N.D, de Courtrai, de la Tête d'Argent et Perdue, les cortèges débouchèrent sur la Grand-Place par la rue des Maux, emmenés par les porteurs de bannières du Manège de Blandain. Ce sera alors un tableau haut en couleur et en son qui sera offert aux Tournaisiens : musiques, chars et Géants vont défiler durant plus d'une heure. 

 

 

 

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De la garde anglaise au groupe sud-américain, de la formation musicale de Neufchâtel à la Band'As de Wattrelos, de la gondole vénitienne aux chars du Biscuit, de la Porcelaine ou des Amis de Tournai, tous les groupes composant ce long cortège apportèrent admiration et animation.

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Le groupe Jamaïque

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La formation musicale de Neufchâtel

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La Band'As de Wattrelos.

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Le char de la Soupière en hommage à la Porcelaine tournaisienne.

Emmenés par les porteurs tournaisiens de la Compagnie de l'Bancloque ou par ces habitués des rues de la cité des cinq clochers que sont les porteurs athois, les géants tournaisiens dansèrent et virevoltèrent sur des airs régionaux avant d'aller sagement se ranger à l'ombre de Christine de Lalaing, princesse d'Epinoy. Petit gag qui ne passa pas inaperçu, le kiosque ayant été mis à la disposition des harmonies et fanfares, c'est face à la statue de l'héroïne tournaisienne que les autorités communales et leurs invités avaient pris place mais c'est devant la tribune que, par habitude, tous les groupes firent leurs démonstrations. 

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Reine Tournay et Childéric dansent.

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Saragos et Châle Vert ont rejoint les croisés Lethalde et Engelbert et le Vendéen.

Le cortège se clôtura par les char de la "Chanson Tournaisienne". Petits Rambiles, Filles Celles picardes et membres de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien invitaient, comme chaque année, les spectateurs à reprendre en chœur les "cancheonnes tournisiennes qu'on aime tell'mint bin qu'on in predreot s'n'haleine à canter leu z'orfrains"". Autre petit gag, ce groupe, juché sur la plate-forme d'un très long camion, fut un des rares à vouloir faire le tour complet de l'esplanade. Hélas, bien trop long, le transport resta coincé entre rangées de spectateurs et statue et dut attendre que le public rejoigne le beffroi pour assister au spectacle de Monsieur Zo afin de se tirer de ce mauvais pas !

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Comme chaque année, le cortège se termina par la traditionnelle distribution des fleurs qui décoraient les différents chars. Un nouveau temps fort de cette journée marquée par la grisaille le matin et le soleil l'après-midi venait de prendre fin. 

Loin de se disperser, le public avait alors rendez-vous au pied du beffroi au sommet duquel les attendaient diverses personnalités. Cela est une autre histoire qui sera racontée dans le prochain article !

photos: S. et R. Van Rompaye-Rauwers.

S.T. septembre 2016