31/07/2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (10)

Dernière balade en Wallonie picarde, de la frontière française au pied du Mont de l'Enclus.

Entre Mouscron et Tournai, l'entité d'Estaimpuis s'étend sur 31,7 km2 et compte un peu plus de 10.000 habitants suite au regroupement en 1977 des communes d'Estaimbourg, Leers-Nord et Néchin. Sa traduction néerlandaise nous renseigne sur l'origine du nom de la commune, "Steenput", signifie "puits de pierre", y-en avait-il un à cet endroit jadis ? Une autre source apporte une autre origine. La Tournaisienne Yvonne Coinne effectue depuis longtemps des recherches sur les salines et les mines de fer de la région, (elle a d'ailleurs publié récemment une étude fort fouillée sur le sel),  elle a aussi étudié le bronze fait en partie d'étain ou de cuivre. On peut dès lors s'interroger, existait-il, en ce lieu, un filon, "un puits d'étain", expression qui désignerait une mine d'étain ? 

Sur son territoire, deux châteaux vont attirer notre attention. A Néchin, village frontalier, voisin de Toufflers (France), les ruines de celui de la Royère nous font découvrir le dernier château de plaine de notre région datant du moyen-âge. Il a été classé monument historique après la seconde guerre mondiale et on attribue la construction de son enceinte principale à Philippe le Bel qui l'aurait fait ériger, au XIVe siècle, à l'époque des guerres entre la France et la Flandre.

Le second est situé dans le village voisin d'Estaimbourg, le château de Bourgogne se trouve sur la place de ce petit village. Construction en briques et pierre, il est entouré de douves. Avant la fusion des communes de 1977, il fut la dernière maison communale du lieu, désormais il a été transformé en salles de réception et de banquets, au centre d'un domaine récréatif de 14 hectares avec son étang, rendez-vous incontournable des pêcheurs, son mini-golf, ses aires pour la pratique de la pétanque, ses allées ombragées pour la promenade, il est l'endroit choisi par les habitants de la région pour passer une journée de détente.

Amoureux de promenades, vous ne manquerez pas de vous balader, à pied ou à bicyclette, le long du canal de l'Espierre, creusé au début du XIXe siècle pour relier la Deûle à l'Escaut et permettre aux baquets chargés de charbon d'aller approvisionner les industries textiles qui fleurissaient alors dans cette région franco-belge. La "Maison du Canal", à Leers-Nord, est celle d'un ancien éclusier transformée en halte nautique pour les petits bateaux de plaisance qui naviguent à nouveau sur le cours d'eau depuis sa réouverture. Là, attablés autour d'un verre, on évoquera très certainement les "satcheux", un dur labeur exercé par des hommes, des femmes et des enfants qui halaient les bâteaux, à pied, tout le long de la berge, sur plus de huit kilomètres de distance. Chaque année, en septembre, la "confrérie des Satcheux" organise des festivités sur ce canal que vous pouvez aussi parcourir en pédalo.

L'entité voisine de Pecq, entre Estaimpuis et Tournai, s'étend sur 39,3 km2 et compte près de 5.000 habitants. Elle regroupe les anciennes communes d'Esquelmes, Hérinnes, Obigies et Warcoing situées de part et d'autre de l'Escaut qui coule paisiblement dans une campagne rectiligne. Elle est jumelée depuis 2004 avec la commune française de Manéglise dans le département de la Seine-Maritime. 

Le village d'Esquelmes est plus connu dans le Nord de la France par la présence d'une méga-discothèque, le long de la chaussée de Courtrai, qui attire des milliers de jeunes chaque week-end que par son église Saint-Eleuthère, en style roman du XIe siècle, située presque sur la rive du fleuve et qui est probablement parmi les plus anciennes de Belgique. On raconte qu'elle a été édifiée à l'emplacement d'un ancien temple datant du temps où les druides représentés la spiritualité mêlée à la magie dans un e vie proche de la nature. Son autel rappelle d'ailleurs une table de sacrifice de cette époque. Esquelmes avec moins de cent habitants était, avant la fusion des communes, un des plus petits villages de Belgique. 

De l'autre côté de l'Escaut, le village d'Obigies se prélasse sur les premiers contreforts du Mont-Saint-Aubert. Chaque année, en mai, il est envahi par des milliers de visiteurs venus à la "Fête du Géranium", un vaste marché coloré où le amateurs de jardinage peuvent acquérir différentes espèces de cette fleur décorative de l'ordre des géraniales. Les horticulteurs décorent l'église Saint-Amand, édifice religieux de style néo-roman, bâti au milieu du XIXe sièce sur des plans de l'architecte tournaisien Bruyenne, de dizaines de compositions florales et l'ornent d'un grand tapis de fleurs. Au 15 août, le village vit au son de sa "Fête des Jeunes" connues au-delà de nos frontières. Née en 1981, elle amène chaque année, plusieurs dizaines de milliers de spectateurs (certaines soirées on peut dénombrer pas loin de 10.000 personnes) venus danser sur la musique de DJ's internationaux et applaudir les stars de la chanson. Adamo, Dave, les Charlots, Frédéric François, Demis Roussos, Michel Fugain, Patricia Kaas, Franck Michaël, Hélène Ségara, Michèle Thorr et bien d'autres ont eu l'occasion, depuis trente ans, de se produire sur la méga-scène d'une des plus grandes discothèques à ciel ouvert de Belgique. 

Le village d'Hérines est connu dans de nombreux pays grâce à son ambassadeur, le Brass Band, sous la direction de son chef Edouard Elekan. Cette formation de grande qualité musicale se produit en effet un peu partout en Belgique mais aussi en France, Allemagne, Hollande, Angleterre ou au Grand Duché de Luxembourg. 

Il nous reste à évoque l'entité rurale de Celles située entre le Mont Saint-Aubert et le Mont de l'Enclus. Elle s'étend sur 67 km2 et compte près de 5.600 habitants depuis qu'elle regroupe les villages d'Escanaffles, Molenbaix, Popuelles, Pottes et Velaines. Au film du temps, cette région est devenu la résidence principale de personnes souhaitant vivre au calme de la campagne.

Popuelles, village de moins de 200 habitants, pourrait ainsi couler des heures paisibles au milieu de de champs de blé ondulant sous la brise légère et de prairies verdoyantes où paissent des vaches, où broutent des moutons, où le bruit d'un tracteur rompt parfois le silence, toutefois, chaque année, à la fin du mois de juin, y est organisé une fête dont les vachettes landaises sont les vedettes principales au même titre que les jeux inter-villages et le bal populaire, pendant trois jours des centaines de visiteurs viendront partager ce paysage bucolique, avant-goût de vacances toutes proches.

L'origine de la commune agricole de Pottes remonte très loin dans le temps. Elle se trouvait le long de la voie romaine qui reliait Audenaerde à Tournai.

Voici terminée notre découverte de la Wallonie picarde, comme vous pouvez le constater l'endroit est loin d'être un désert situé aux confins du Hainaut. Sites enchanteurs, Histoire, gastronomie, fêtes et folklore, il y a tant à découvrir, tant d'agréables moments à partager qu'on peut y venir régulièrement. 

(S.T. juillet 2012).